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Full text of "Mémoires de la Société des ingénieurs civils de France"

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TA 
S48 


SOCIÉTÉ 


DBS 


INGÉNIEURS  CIVILS 


ANNÉE   1886 


La  Société  n'esl  pas  solidaire  des  opinions  émises  par  ses  Membres 
dans  les  discussions,  ni  responsable  des  Notes  ou  Hémoires  publiés  dans 
le  BulUtin. 


MÉMOIRES 


KT 


COMPTE  RENDU  DES  TRAVAUX 


DE  LA 


SOCIÉTÉ 


DES 


INGÉNIEURS  CIVILS 


FONDÉE  LE  4  MARS   1848 

REGONRUK  d'UTUITÉ  PUBLIQUK  PAR  DÉGRBT  DU  22  DltoEMBRE  1860 


AUnVBES     i885 

DEUXIÈMB  VOLUME 


PARIS 

SIÈGE    DE    LA    SOCIÉTÉ 

10,   Olti  RODOBHONT,  10 

1885 


MÉMOIRES 


BT 


COMPTE  RENDU  DES  TRAVAUX 


US  UL 


SOcnfSTii   DES   XMOiSinBVRS   6IVIUI 


JUILLET  1885 


K*  T 


Sommaire  des  séances  du  mois  de  juillet  : 

1*  Observations  de  M.  Quéniel  au  sujet  de  la  communication  de 
M.  de  Bruignac  sur  les  hélices  propulsives^  réponse  de  M.  de  Bruignac 
et  remarque  de  M.  de  Comberousse  (séance  du  3  juillet,  page  8)  ; 

2*  Décès  de  M.  Henri  Tresca  (séance  du  3  juillet,  page  9)  ; 

3""  Lettre  de  M.  Fabry,  président  de  l'Union  des  Ingénieurs  sortis  des 
écoles  spéciales  de  Louvain  et  extrait  d*une  lettre  de  M.  de  Matthys, 
président  de  l'Association  des  Ingénieurs  sortis  des  écoles  spéciales 
de  Gand,  au  sujet  du  décès  de  M.  Tresca  (séance  du  3  juillet,  pages 
9  et  10); 

4*  Décès  de  M.  Husquin  de  Rbéyille  fils,  attaché  au  secrétariat  de  la 
Société  (séance  du  3  juillet,  page  10); 

S""  Lettre  de  M.  Bômches  (séance  du  3  juillet,  page  10]  ; 

&  Lettre  de  M.  Francisque  Reymond  (séance  du  3  juillet,  page  11); 

7*  Communication  de  M.  Âbel  Pifre  sur  son  Nouveau  système  de 
Moteurs  domestiques  (séance  du  3  juillet,  pages  12  à  16)  ; 

8""  Observations  de  MM.  Contamin  et  Edmond  Roy  sur  cette  commu- 
nication (séance  du  3  juillet,  pages  16  et  17.) 

163372 


—  6  — 

9"*  Note  de  M.  Touchet  sur  le  Rouleau  compresseur  électrique^  de 
M.  £.  Gellerat,  lue  par  M.  Giraud  (séance  du  3  juillet,  pages  17  à  22); 

10«  Compte  rendu  par  M.  Quéruel  des  essais  faits  en  mars  dernier 
sur  une. machine  à  vapeur  de  son  système,  construite  par  SI.  A.  Cres- 
pin  (séance  du  3  juillet,  pages  23  et  24); 

11"  Observation  de  M.  Douane  sur  ce  compte  rendu  (séance  du 
3  juillet^  pages  24  et  25)  ; 

12»  Lettre  de  M.  J.  Morandiere  au  sujet  de  l'exposition  d'Anvers 
(séance  du  17  juillet,  page  26)  ; 

13*  Hommage  à  la  Société,  par  M.  Fleury,  delà  part  de  M.  des  Tour- 
nelles,  du  Catalogue  détaillé  de  la  section  des  travaux  publics  à  l'Expo- 
sition coloniale  française,  à  Anvers  (séance  du  17  juillet,  pages  26 

et  27)  ; 

14*  Lettre  de  M.  G.  Cadolini,  président  du  Collège  des  Ingénieurs 
et  Architectes  de  Rome,  au  sujet  du  décès  de  M.  Tresca  (séance  du 
17  juillet,  page  27); 

15*  Cinquantenaire  de  F  établissement  du  chemin  de  fer  de  Saint-Ger^ 
main  et  du  réseau  français^  paroles  de  M.  de  Comberousse  (séance  du 
17  juillet,  pages  27  à  29); 

16**  L'entraînement  et  le  transport  par  les  eaux  courantes  des  vases  y 
sables  et  graviers  ;  communication  de  M.  Vauthier,  au  congrès  de  Blois 
de  l'Association  française  pour  l'avancement  des  sciences  ;  analyse  par 
M.  Auguste  Moreau  (séance  du  17  juillet,  pages  29  à  35)  ; 

17*  Communication  de  M.  A.  Potel  sur  les  intérêts  français  au  point 
de  vue  industriel  et  commercial^  dam  les  pays  de  la  Plata  (séance  du 
17juillet,pages36àS2); 

IS""  Observation  de  M.  Seyrig  sur  cette  communication  (séance  du 
17  juillet,  page  52)  ; 

19®  Notes  sur  l'Exposition  d'Anvers,  par  M.  J.  Morandiere  (Annexe 
au  procès  verbal  de  la  séance  du  17  juillet,  pages  54  à  61). 

Pendant  le  mois  de  juillet,  la  Société  a  reçu  : 

r  De  M.  Corthell,  membre  de  la  Société,  un  exemplaire  d'une  bro- 
chure intitulée  :  Tehuantepec  Ship  Railway; 

2«  De  la  Société  française  de  Physique,  un  exemplaire  du  tome  II  de 
la  Collection  de  Mémoires  relatifs  à  la  Physique  ; 

3*  De  M.  Girard,  membre  de  la  Société,  un  exemplaire  du  2«  rapport 
relatif  aux  Travaux  du  Laboratoire  municipal  de  Chimie  de  la  ville 
de  Paris  sur  les  falsifications  des  denrées  alimentaires; 


^-  7  — 

V*  De  M.  Piarron  de  Mondésir,  membre  de  la  Société,  des  observa- 
tions techniques  à  propos  du  mémoire  de  M.  Boudenoot  sur  la  distri- 
bution de  la  force  motrice  à  domicile,  au  moyen  de  Tair  raréfié; 

5®  De  M.  A.  Mallet,  membre  de  la  Société,  un  exemplaire  du  rapport 
de  M.  H.  Tresca  à  la  Société  d'Encouragement,  sur  le  système  de  loco- 
motiye  Gompound  de  M.  A.  Mallet  ; 

6*  De  M.  L.  Porillon,  membre  de  la  Société,  un  exemplaire  du  tome  F 
de  son  Traité  théorique  et  pratique  des  pompes  et  machines  à  élever 
les  eaux  (Texte  et  Atlas)  ; 

7*  De  M.  Dubuisson,  membre  de  la  Société,  deux  mémoires  faisant 
suite  aux  deux  premiers  et  intitulés  :  Essais  sur  F  amélioration  des  tra* 
vaux  publics,  conciliation  entre  le  travail  et  le  capital,  et  réorgani" 
sation  du  corps  des  ponts  et  chaussées; 

8°  De  M.  GiUot,  membre  de  la  Société,  un  mémoire  intitulé  :  De  la 
naiure  et  de  la  cause  de  la  chaleur  et  de  la  lumière  et  de  quelques-unes 
des  lois  qui  les  régissent; 

9""  De  M.  Goupil,  membre  de  la  Société,  une  Étude  sur  thélice 
aérienne; 

10^  De  M.  Carimantrand,  membre  de  la  Société  :  1*  Navigation  inté- 
rieure, touage  et  transports  de  la  Seine,  1873, 1  volume;  2*  Suppres^ 
sion  des  droits  de  pilotage  de  la  Seine,  1878,  1  volume;  3"*  Enquête 
relativeau  traité  de  commerce  avec  f  Angleterre,  1861  et  1862,  savoir  : 
8  volumes;  4®  Exposé  de  la  situation  de  l'Empire  de  1861  à  1869, 
10  volumes;  S"  Code  des  Ponts  et  Chaussées,  1836,  1  volume;  6*  No- 
tice sur  un  projet  de  canal  de  jonction  des  voies  navigables.de  Paris, 
par  M.  Yeaux,  1861,  1  volume. 


Les  membres  nouvellement  admis  sont  : 

MM.  BovETscHA  présenté  par  MM.  Gottschalk,  Lavalley  et  Molinos. 

Dabeste  de  la  Cha vanne  présenté  par  MM.  Carpentier,  Chevalier  et 
Pellit. 

Ennes  présenté  par  MM«  Gauvet,  Hegelbather  et  Tresca. 

MM.  Heilmann  —  Guyenet,  Robiû  et  Rouget, 

LouissE  —  Denis,  Dornès,  Molinos. 

Maximovitch  —  Gottschalk,  Lavalley  et  Molinos. 

Thomas  —  Hamoir,  Joubert  et  de  Schryver. 

TcHPiN  —  Dufrené,  Gérard  etVée. 


RÉSUMÉ 


DES 


PROCÈS -VERBAUX  DES  SÉANCES 


DU  MOIS  DE  JUILLET  1885 


Séance  dn  t  Juillet  I88ff. 


Présidence  de  M.  de  Comberousse. 

La  séance  est  ouverte  à  huit  heures  et  demie. 

M.  LE  Président  demande  s*il  n'y  a  pas  d'observations  sur  le  procès- 
verbal  de  la  dernière  séance. 

M.  DuROT  DE  Bruignac  indique  une  rectification  à  faire  à  la  première 
formule  de  la  page  300,  où  il  faut  remplacer  tg*  a  par  tg  2  a. 

M.  QuÉRUEL  dit  que,  lors  de  la  communication  de  H.  de  Bruignac  sur  les 
hélices,  il  n'avait  pas  en  main  quelques  documents  pouvant  offrir  de  l'in- 
térêt dans  cette  occasion.  Il  les  a  extraits  de  l'ouvrage  de  M.  l'amiral  Pftris, 
et  serait  bien  aise  de  les  voir  figurer  au  procès-verbal  de  la  séance  de  ce 
jour.  Ces  documents  montrent  combien  l'utilisation  de  Thélice  croit  en 
raison  de  la  réduction  de  la  surface  des  ailes.  Le  maximum  indiqué  sur 
le  tableau  dont  M.  Quéruel  demande  l'insertion,  est  en  faveur  des  ailes 
étroites,  dont  la  projection  ne  dépasse  pas  0,281  de  l'unité  de  surface  du 
cercle. 

M.  DuROT  DE  Bruignac  fait  des  réserves  au  sujet  des  résultats  auxquels 
M.  Quéruel  se  rapporte,  tant  au  point  de  vue  du  mode  d'évaluation  qu'à 
celui  delà  construction  des  hélices.  Si  l'on  mentionne,  au  procès- verbal, 
des  résultats  d'expériences  empruntés  à  Touvrage  de  M.  l'amiral  Paris,  il 
faudrait  aussi  noter  que  ces  expériences  ont  été  étudiées  et  appréciées  d'une 
manière  différente  dans  le  travail  de  M.  de  Bruignac. 

M.  LE  Président  croit  qu'il  faut  prendre  une  mesure  de  principe,  et 
décider  que  ce  qui  a  été  dit  en  séance  peut  bien  être  complété,  mais  que 
ce  qui  n'a  pas  été  dit  ne  doit  pas  figurer  au  procès-verbal. 


—  9  — 

Dans  Fespèce,  il  sufBra  de  mentionner  an  procès-verbal  de  cette  séance 
robseryation  faite  par  M.  Quémel,  qui  montre  qu'on  pourra  utilement 
consulter  l'ouvrage  de  M.  l'amiral  Paris,  devant  la  compétence  duquel  il 
faut  s'incliner,  et  d'enregistrer  les  réserves  de  M.  de  Bruignac. 

M.  QcÉBUEL  n'insiste  pas  sur  la  question. 

Le  procèsr-verbal  de  la  séance  du  19  juin^  rectifié  d'après  l'indication  de 
M.  de  Bruignac,  est  adopté. 

M.  LE  Président  se  fait  l'interprète  des  sentiments  douloureux  éprouvés 
par  la  Société  tout  entière  par  suite  de  la  mort  de  son  éminent  Président 
honoraire,  M.  H.  Tresca.  C'est  un  malheur  qui  a  vivement  frappé  chacun 
de  ses  membres.  Aussi  le  Comité  a-t-il  pensé  qu'il  convenait  de  porter  Te 
plus  tôt  possible  à  la  connaissance  de  tous,  les  discours  prononcés  sur  la 
tombe  de  M.  Tresca;  ces  discours,  au  nombre  de  sept,  seront,  en  consé- 
quence, annexés  au  procès-verbal  de  la  séance  de  ce  jour,  afin  que  tous  les 
membres  de  la  Société  soient  informés  sans  retard  des  témoignages  de 
sympathie  et  de  regret,  donnés  à  leur  éminent  Président  honoraire. 

Cette  grande  perte  a  été  ressentie  à  l'étranger  comme  en  France,  ainsi 
que  le  prouvent  les  lettres  suivantes,  venues  de  Belgique,  et  dont  M.  le 
Président  croit  devoir  donner  connaissance  à  la  Société. 

M.  le  Président  de  V  Union  des  Ingénieurs  sortis  des  Écoles  spéciaks  de 
Louvain  nous  écrit  en  ces  termes  : 

(c  A  monsieur  le  Président  et  à  Messieurs  les  membres  de  la  Société  des 
Ingénieurs  civils  de  France. 

«  Bruxelles,  le  26  juin  1885. 
«  Messieurs, 

<c  Nous  venons  d'apprendre,  avec  un  douloureux  élonnement,  la  mort 
de  M.  Henri  Tresca,  président  honoraire  de  la  Société  des  Ingénieurs 
civils. 

c<  An  nom  de  l'Union  des  ingénieurs  sortis  des  Écoles  spéciales  de 
Louvain,  nous  vous  adressons,  messieurs,  nos  condoléances  les  plus  vives 
et  les  plus  sincères. 

a  Monsieur  Tresca  avait,  par  ses  remarquables  travaux,  conquis  une  place 
ëminente  dans  le  monde  scientifique;  ses  brillantes  qualités  intellectuelles 
l'avaient  fait  hautement  apprécier  par  les  savants,  mais  c'étaient  surtout 
les  qualités  de  son  cœur  qui  lui  avaient  attiré  les  sympathies  universelles 
et  des  affections  impérissables. 

<c  Pour  nous,  messieurs,  nous  n'oublierons  jamais  Tintérét  que  votre 
regretté  Président  voulait  bien  porter  et  témoigner  à  l'Union  des  ingé- 
nieurs de  Louvain,  et  nous  garderons  à  la  mémoire  de  l'illustre  défunt  un 
souvenir  pieux  et  reconnaissant. 

«  Veuillez  agréer,  messieurs,  l'assurance  de  notre  respectueuse  consi- 
dération. 

«  Le  Secrétaire^  Le  Président^ 

a  fi«*  Albert  de  Fiibbaut.  H.  FABaT.  » 


—  10  — 

De  son  côté,  M*  de  Matlhys,  président  de  VAssociation  des  ingénieurs 
sortis  des  Écoles  spéciales  de  Gand^  accasaat  rôceptiooi  de  la  lettre  que 
votre  président  lai  avait  écrite  à  propos  de  l'aimabto  accueil  qui  nous 
attend  en  Belgique,  s'exprime  ainsi  sur  la  mort  de  M.  Tresca: 

«  Gand,  le  27  juin  1885. 
«  A  monsieur  le  Président  de  la  Société  des  Ingénieurs  civils. 

«  Monsieur  le  Président. 

•  •■••• •.......,...••..••.  •••>.  ,••• 

Nous  avons  appris  avec  une  vive  douleur  la  mort  de  M.  Tresca,  votre 

président  honoraire  et  membre  honoraire  de  notre  Association. 
«  Ce  décès  est  une  perte  irréparable  pour  nos  deux  Sociétés  et  laissera 

un  vide  profond  dans  le  monde  savant,  où  Téminent  M.  Tresca  occupait 

une  place  des  plus  distinguées. 
«  Veuillez  agréer,  etc. 

«  Le  Secrétaire^  Le  Président^ 

«  E.  Prayon»  h.  de  Maithys.  » 

Ces  témoignages  de  sympathie  seront  insérés  au  procès-verbal. 

M.  LE  Président  annonce  à  la  Société,  le  décès  de  M.  Giraudeau  et  celui 
de  H.  Husquin  de  Rhéville  fils,  attaché  au  secrétariat. 

Il  dit  que  la  Société  prend  la  plus  grande  part  au  malheur  qui  vient  de 
frapper  son  secrétaire-archiviste,  et  que  les  membres  qui  ont  pu  apprécier 
le  caractère  sympathique  de  M.  Husquin  de  Rhéville  fils,  ont  été  très 
péniblement  impressionnés  par  sa  mort  si  prématurée. 

La  Société  n'oubliera  pas  les  services  dévoués  que  M.  Husquin  de  Rhé- 
ville lui  rend  depuis  sa  fondation,  c'est-à-dire  depuis  37  ans,  et  elle  fera 
tout  ce  qu'elle  pourra  pour  adoucir  sa  douleur.  [Approbation  unanime.) 

M.  LE  Président  donne  lecture  de  la  lettre  suivante  de  M.  Bômches. 

«  Trieste,  le  20  J4iin  1885. 
«  A  monsieur  le  Président  de  la  Société  des  Ingénieurs  civils. 
«  Monsieur  le  Président, 

«  Je  vous  demande  la  permission  de  vous  adresser  ci-joint  la  note  pro. 
mise  sur  la  communication  sur  le  nouveau  port  de  Trieste,  que  j'ai  eu 
rhonneur  de  faire  à  la  Société  des  Ingénieurs  civils  de  France  dans  la 
séance  du  8  mai  passé. 

«  Je  saisis  avec  empressement^  l'occasion,  d'une  part,  pour  remercier 
l'honorable  Président  de  la  réception  gracieuse  dont  j'ai  été  l'objet  pen- 
dant mon  séjour  à  Paris,  et,  d'autre  part,  pour  exprimer  à  la  Société  tout 
entière  ma  vive  reconnaissance  pour  l'intérêt  bienveillant  prêté  à  ma 
communication.  J'en  suis  d'autant  plus  flatté,  que  l'intérêt  prouvé  a  été 


—  41  — 

diclè  non  seulement  par  les  sentiments  d'une  politesse  internationale, 
mais  anssi  par  le  zèle  traditionnel  avee  lequel  les  Ingénieurs  français 
poorsaivent  toutes  les  œuvres  techniques,  n'importe  où  elles  sont  exécu- 
tées, dans  leur  pays  ou  à  Tétranger. 

«  Veuillez  agréer^  etc. 

«  Signé  :  Bômches.  » 

H.  Ls  Président  ajoute  que  M.  Bômches  vient  d'être  nommé  chevalier 
de  Tordre  de  François-Joseph.  C'est  la  deuxième  distinction  que  lui  valent 
Ifô  travaux  du  port  de  Trieste;  M.  Bômches  avait  obtenu,  en  1875,  la 
grande  médaille  d'or  pour  les  arts  et  les  sciences. 

M.  LE  Président  rappelle  que  la  Société  a  bien  voulu  applaudir  à  Tini- 
tiative  prise  par  notre  collègue  M.  F.  Reymond,  ii  la  Chambre,  lors  de  la 
discussion  de  la  loi  sur  le  recrutement.  M.  Reymond  nous  écrit  à  ce  sujet 
la  lettre  suivante  : 

«  Paris,  le  3  juillet  1883. 
«  Mon  cher  Président, 

«  Si,  comme  je  le  crains,  je  suis  encore  empêché  de  me  rendre  demain 
au  Comité  et  à  la  séance,  veuillez,  toutenm'excusant,  dire  à  nos  collègues 
combien  j'ai  été  touché  de  la  bienveillante  appréciation  que  vous  avez 
faite  de  mes  paroles  à  la  Chambre,  et  de  la  façon  dont  cette  appréciation 
d'un  ami  ayait  été  accueillie  par  la  Société. 

«  Votre  bien  dévoué, 

«  F.  Reymond.  » 

M.  LE  Président  signale  parmi  les  ouvrages  reçus  : 

Une  brochure  de  M.  Corlhell,  membre  de  la  Société,  intitulée  Tehuan- 
tepec  skip  railway. 

Un  très  beau  volume  de  la  société  française  de  Physique.  La  société 
pablie,  en  ce  moment,  tous  les  travaux  des  créateurs  de  la  physique 
moderne.  Le  preipier  volume  comprend  les  travaux  de  Coulomb.  Le 
second,  celui  que  nous  venons  de  recevoir,  contient  des  mémoires  très 
intéressants  et  très  importants  relatifs  aux  travaux  d'OËrsled,  d'Ampère, 
d'Ârago,  etc.,  les  maîtres  de  l'électricité. 

Enfin,  de  M.  Girard,  membre  de  la  Société,  un  exemplaire  du  deuxième 
rapport  relatif  aux  travau»  du  Laboratoire  municipal  de  chimie  de  la 
tille  de  Paris  sur  les  falsifications  des  denrées  alimentaires.  On  sait  que  ces 
rapports  sont  extrêmement  remarquables  et  importants,  et  certainement 
ils  seront  consultés  à  la  bibliothèque  par  tous  ceux  qui  ont  besoin  de  se 
défendre  contre  la  falsification. 

L'ordre  du  jour  appelle  la  communication  de  M.  Abel  Pifre  sur  un  nou- 
veau système  (le  sien,  car  il  lui  appartient),  de  moteurs  domestiques.  M.  Abel 
Pifre  a  la  parole» 


—  12  — 

M.  Abel  PiFRB  commence  sa  communication  en  rappelant  à  la  Société 
le  problème  dont  il  Tavait  entretenue  en  1880,  et  relatif  à  l'utilisation  de 
la  chaleur  solaire.  Après  avoir  montré  en  quelques  mots  à  quelles  recher- 
ches ce  problème  Taconduit  pour  l'utilisation  parfaite  de  la  vapeur  obtenue 
par  les  réflecteurs,  il  ajoute  que  les  résultats  acquis  de  ce  côlé  Tont  mis 
sur  la  voie  d'une  autre  question  également  pleine  d'intérêt.  Cette  ques- 
tion est  celle  du  perfectionnement  de  l'outillage  de  la  petite  industrie  en 
France.  M.  Abel  Pitre  estime  que,  si  le  développement  de  la  machine  à 
vapeur  porté  à  sa  plus  haute  puissance  et  à  son  plus  haut  degré  de  per- 
fection a  été  la  cause  majeure  de  la  révolution  industrielle  qui  s'est 
étendue  à  tous  les  pays  civilisés,  la  même  machine  à  vapeur,  appropriée 
aux  besoins  de  la  petite  industrie,  comme  elle  l'a  été  aux  besoins  des 
grandes  entreprises,  doit  opérer  une  contre-révolution  salutaire  au 
moment  où  la  plupart  des  grands  ateliers  sont  en  souffrance. 

A  son  avis,  il  doit  se  produire  dans  le  domaine  industriel,  représenté 
actuellement  par  les  grandes  usines  et  les  centres  de  production  inten- 
sive, la  réaction  féconde  qui  s'est  produite  dans  la  propriété  territoriale 
en  France  lors  de  son  morcellement,  il  y  a  bientôt  un  siècle. 

Imbu  de  cette  opinion,  que  l'avenir  appartient  à  la  petite  industrie  bien 
outillée  et  bien  comprise  dans  un  pays  qui  brille  par  son  esprit  indi- 
viduel et  démocratique,  M.  Abel  Pifre,  fort  aussi  de  l'expérience  acquise 
par  ses  recherches  sur  l'utilisation  pratique  et  abordable  à  tous  de  la 
vapenr  produite  par  la  chaleur  solaire^  s'est  appliqué  à  créer  un  petit 
moteur  simple,  économique,  peu  encombrant,  et  pouvant  être  conduit 
par  tout  le  monde,  aussi  bien  dans  les  villes  que  dans  les  campagnes.  Il 
ne  prétend  pas  avoir  créé  de  toutes  pièces  et  d'un  seul  coup  un  moteur 
répondant  absolument  à  son  idéal,  mais  les  résultats  pratiques  et  satis- 
faisants qu'il  a  obtenus  lui  permettent  de  penser  qu'il  a  fait  entrer  la 
machine  h  vapeur  dans  une  voie  nouvelle  et  féconde,  et  c'est  à  ce  titre 
qu'il  présente  son  nouveau  moteur  à  la  Société. 

Ce  moteur,  il  Ta  baptisé  d'un  nom  qui  rappelle  le  but  de  sa  création. 
Il  l'a  nommé  «  automoteur  »  pour  indiquer  que  l'artisan,  le  petit  indus- 
triel, le  cultivateur,  ont  en  lui  un  moteur  pouvant  fonctionner  pour  ainsi 
dire  de  lui-même  pendant  un  temps  sufflsamment  long,  sans  que  sa  sur- 
veillance soit  jamais  une  sujétion  ou  une  source  de  dépenses  hors  de 
proportion  avec  le  travail  qu'il  produit  et  avec  les  ressources  de  celui 
qui  l'emploie. 

M.  Abel  Fifre  a  demandé  cette  solution*  à  la  vapeur  d'eau,  comme 
étant  ragent  de  transformation  de  chaleur  en  travail  le  plus  simple,  le 
mieux  connu,  le  plus  facilement  à  la  portée  de  tous  et  en  tous  lieux  appli- 
cable. Mais,  tout  en  s'adressant  à  la  vapeur  d'eau  comme  agent,  il  a  visé 
la  simplicité  de  mise  en  action  et  la  facilité  de  conduite  des  moteurs  à 
gaz,  la  vapeur  d'eau  nintervenant  que  par  ses  qualités  spéciales  qui  sont 
l'économie,  la  souplesse  d'action,  la  simplicité  et  le  petit  nombre  des 
organes  mécaniques.  Pour  remplir  ce  double  but,  il  ne  s'agissait  pas  de 


—  43  — 

taire  an  diminatif  de  la  machine  à  vapenr  actoelle.  En  effet,  ce  qui  rend 
inapplicable  la  machine  à  vapear  ordinaire  à  la  petiie  indastrie,  c'est  la 
sanreillance  qn^elle  exige  et  qui  est  la  même,  quelle  que  soit  la  force  uti- 
lisée. 

Or,  si  rinduslriel  qui  emploie  une  machine  de  25cheTaux  peut  regarder 
comme  insignifiante  la  dépense  d'un  chauffeur  mécanicien  spécial,  il  n'en 
est  pas  de  même  pour  celui  qui  n*a  besoin  que  d'une  force  de  1,  2,  3  ou  4 
chOTanx. 

M.  Abbl  Pifre  passe  alors  à  la  description  détaillée  de  son  automoteur, 
qui  comprend  trois  parties  principales  : 

1*  Le  générateur  ; 

2*  Le  moteur  proprement  dit; 

3*  Le  condenseur. 

Le  généraieur  est  vertical.  Il  est  surmonté  d'un  couTercle  comme  les 
poêles-calorifères  ordinaires,  et  c'est  par  ce  couyercle  que  se  fait  le  char- 
gement du  combustible,  au  lieu  d'avoir  lieu  par  une  porte  latérale,  à  la 
manière  ordinaire.  Le  combustible  versé  par  le  couvercle  s'accumule  dans 
une  sorte  de  trémie  intérieure  qui  descend  à  une  certaine  distance  au- 
dessus  de  la  grille  placée  tout  au  bas,  sur  un  cendrier  muni  d'une  porte 
d'air.  On  peut  donc  ainsi  accumuler  dans  cette  trémie  du  combustible 
pour  nne  durée  de  plusieurs  heures,  suivant  les  cas,  et  la  combustion  n'a 
lien  qu'an  bas  de  la  trémie,  d'une  façon  absolument  continue  et  régulière. 

Le  moteur  est  également  vertical,  du  type  si  connu  et  si  peu  encombrant 
dit  pi/on,  et  placé  à  cêté  du  générateur  sur  le  même  socle.  Il  comporte 
deux  tiroirs  de  distribution  qui  ont  pour  but  de  diminuer  l'étendue  des 
espaces  nuisibles.  Son  cylindre  est  tout  entier  en  bronze,  son  piston  et  ses 
tiroirs  en  un  métal  spécial  composé  par  H.  Abel  Pifre  et  analogue  à  Tanti- 
friction.  Sa  particularité  importante  est  de  n'exiger  d'autre  lubréflant  que 
la  vapeur  d'eau  qui  circule  à  son  intérieur,  et  de  supprimer  ainsi  toute 
dépense  et  sujétion  de  g]*aissage. 

I^  condenseur  est  un  condenseur  à  surface  dont  les  formes  varient  sui- 
vant les  installations  ou  applications  et  la  quantité  d'eau  de  réfrigération 
dont  on  peut  disposer. 

H.  Abbl  Pifrb,  après  cette  description  faite  devant  la  Société  sur  un 
dessin  dont  les  détails  seront  reproduits  dans  le  Bulletin,  explique  le 
fonctionnement  de  son  automoteur. 

La  chaudière  étant  remplie  d'eau  à  la  hauteur  indiquée  devant  l'indica- 
teur à  tube  de  verre  dont  elle  est  munie,  on  allume  le  feu  exactement 
comme  s'il  s'agissait  d'un  poêle-calorifère  ordinaire,  avec  un  peu  de  menu 
bois  sur  la  grille,  la  trémie.étant  remplie  ensuite  de  combustible.  La  vapeur 
produite  pas^e  dans  le  cylindre  où  elle  effectue  son  travail.  L'absence  com- 
plète de  graissage  dans  ce  cylindre  permet  à  cette  vapeur  de  rester  pure  de 
tout  corps  gras,  et  elle  se  rend,  convertie  en  eau  distillée  par  son  passage 
à  travers  le  condenseur,  dans  une  petite  boite  où  la  pompe  alimentaire  la 
prend  pour  la  réintégrer  dans  la  chaudière.  Puisque  cette  dernière  reçoit 


—  14  — 

ainsi  louie  leaa  qu'elle  a  perdue  par  le  fait  de  la  vaporisation,  on  conçoit 
que  le  niveau  de  Teau  y  reste  à  peu  près  constant  et  qu'un  ou  deux  litres, 
ajoutés  à  longs  intervalles,  suiBsent  pour  réparer  les  pertes  que  quelques 
petites  fuites  peuvent  avoir  occasionnées.  Au  cas  où  la  pompe  viendrait  à 
s'arrêter,  un  flotteur  électrique  placé  dans  la  boite  d'alimentation  fait 
aussitôt  résonner  une  sonnerie,  et  le  propriétaire  de  la  machine  averti» 
réamorce  cette  pompe  au  moyen  des  écrouset  robinets  spéciaux  dont  elle 
est  munie  à  cet  effet. 

Il  s'établit  de  la  sorte,  dans  l'automoteur  en  fonction,  un  cycle  fermé 
qui  dispense  de  toute  sujétion,  puisqu'il  supprime  les  soins  à  donner  au 
feu  et  l'entretien  du  niveau  de  l'eau.  Or,  ces  deux  points  sont  ceux  qui, 
dans  toute  machine  à  vapeur  ordinaire,  absorbent  au  plus  haut  degré 
l'attention  du  conducteur  de  la  machine. 

M,  ÂBEL  Pjfbe  a  construit  sur  ce  principe  des  automoteurs  de  quart  de 
cheval,  demi-cheval,  1  cheval,  2,  3.  et  4  chevaux.  Il  en  fait  d'ailleurs  de 
forces  supérieures,  mais  il  pense  qu'au  delà  de  10  chevaux,  par  exemple, 
son  système  perd  de  son  intérêt  spécial  parce  que,  au  delà  de  cette  force,  la 
présence  d'un  chauffeur  spécial  cesse  d*étre  une  dépense  hors  de  propor- 
tion avec  le  travail  produit. 

M.  PiFRE  a  attendu  pour  exposer  ses  idées  à  la  Société  qu'elles  fussent 
passées  de  la  théorie  à  la  pratique.  C'est  avec  confiance  qu'il  livre  ses  tra- 
vaux à  l'appréciation  de  la  Société,  Il  se  met  à  la  disposition  de  tous  ceux 
de  ses  membres  qui  désireraient  quelques  détails  sur  la  question  de  prin- 
cipe qu'il  vient  d'exposer,  et  il  se  fera  un  plaisir  de  joindre  la  démonstra- 
tion à  ses  explications  pour  tous  ceux  qui  désireraient  visiter  quelques- 
unes  de  ses  installations  {Applaudissemenis). 

M.  LB  Pbésident  ayant  demandé  si  quelque  membre  de  la  Société  veut 
faire  des  observations  à  la  suite  de  celte  communication,  un  grand  nombre 
de  questions  sont  posées  à  M.  Abel  Pifre,  notamment  par  MM.  Forest, 
Grespin,  Roy,  etc.,  sur  les  détails  de  construction  de  son  automoteur,  sur 
la  consommation  de  combustible,  le  réglage,  la  résistance  au  feu  des 
diverses  pièces  du  foyer,  etc.,  etc. 

M.  ÀBEL  Pifre  répond  successivement  à  ces  questions.  Le  diamètre  de 
la  chaudière  est  pour  un  demi-cheval,  de  0"',50,  la  surface  de  chauffe  de 
1">S25  par  cheval,  la  grille  ayant  18  décimètres  carrés.  Durant  des  essais 
prolongés,  on  est  arrivé,  comme  chiffre  le  plus  bas,  à  une  dépense  de  27 
à  28  kilogrammes  de  vapeur  pour  produire  un  sceI  cheval  ;  il  va  sans  dire 
qu'au  fur  et  à  mesure  que  la  puissance  de  la  machine  diminue  son  rende- 
ment devient  moindre. 

Le  poids  d'une  machine  d'un demi-oheval  est  de 550  kilogrammes:  pour 
1  cheval,  le  poids  est  de  650  kilogrammes  ;  pour  2  chevaux,  de  1 150  kilo- 
grammes. Les  poids  subisisent  une  diminution  de  250  kilogrammes^  pour 
les  applications  aux  canots  à  vapeur,  pour  lesquels  on  supprime  le  bâti 
horizontal. 

Le  réglage  de  la  marche  du  feu  se  fait  par  la  porte  du  cendrier  et  par 


—  15  — 

la  clef  de  ta  cheminée  ;  mais  il  est  préférable  de  n'utiliser,  dans  ce  but,  que 
le  premier  moyen,  caria  clef,  complètement  fermée,  pourrait  donner  des 
inconvéïiients  au  point  de  Tne  hygiénique.  La  porte  du  cendrier  fermée 
et  la  clef  à  moitié  fermée^  le  fèu  s'assoupit  assez  pour  tenir  la  chaudière 
en  pression,  prête  à  mettre  le  moteur  en  marche.  La  clef  ouverte  et  la 
porte  fermée,  Tantomoteur  tourne  à  yide  sans  monter  en  pression.  La 
porte  à  moitié  ouverte  et  la  clef  ouverte,  Tautomoteor  fournit  sa  force 
effective.  Enfin  la  porte  et  la  clef  ouvertes  en  grand,  la  chaudière  fournit 
tout  ce  qu'elle  peut  produire  de  vapeur,  et  Tautomoteur  est  à  son  effet 
maximum. 

Le  réglage  se  fait  directement  par  la  personne  qui  emploie  la  machine  ; 
on  n'a  pas  essayé  des  mouvements  automatiques. 

Le  combustible  est  chargé  dans  un  cylindre  ou  une  trémie  en  tôle  de 
3  millimètres.  Cette  pièce  est  rapportée,  elle  peut  être  facilement  changée 
sans  refaire  de  rivure  ;  sa  durée  est  assez  grande. 

L'automoteur  d'un  cheval  consomme,  en  moyenne,  un  hectolitre  de 
coke  par  10  heures  de  travail,  allumage  et  repos  de  midi  compris,  ce  qui 
correspond  à  4  kilogrammes  de  coke  par  cheval  et  par  heare.  Les  auto- 
moteurs de  4  chevaux  ne  consomment  que  210  litres  de  coke  pour  le 
même  temps,  ce  qui  fait  un  peu  plus  de  2  kilogrammes  par  cheval  et  par 
heure. 

L'emploi  du  coke  est  recommandé  de  préférence,  parce  que  c'est  un 
combustible  propre,  homogène,  facile  à  trouver  presque  partout,  ne  don- 
nant pas  de  fumée,  et,  surtout,  descendant  facilement  dans  la  trémie  de 
l'automoteur  parce  qu'il  ne  s'agglutine  jamais. 

Les  essais  faits  avec  la  houille,  tout  en  donnant  un  bon  fonctionnement, 
ont  montré  que,  dans  ce  cas,  il  fallait  rendre  hermétique  la  fermeture  du 
couvercle,  afin  d'éviter  toute  odeur,  et  qull  fallait  également  donner  de 
temps  en  temps  un  coup  de  ringard  dans  la  trémie  pour  faire  descendre  les 
morceaux  agglutinés  ensemble.  En  élargissant  la  trémie,  on  peut  chauffer 
au  bois. 

Les  gaz  sortant  de  la  cheminée  n'ont  pas  été  analysés;  on  n'a  pas  à 
redouter»  du  reste,  une  combustion  incomplète  du  coke,  car  bien  qu'il  soit 
chargé  sur  une  hauteur  considérable,  la  zone  annulaire  où  passe  Tair  n'a 
que  8  à  10  centimètres  d'épaisseur,  ce  qui  rend  la  combustion  très  com« 
plète. 

La  mise  en  pression  de  l'automoteur  exige  environ  vingt  minutes. 

La  conservation  des  tubes  de  la  chaudière  est  assurée  par  leur  position 
à  la  partie  inférieure  de  l'appareil,  là  ou  l'eau  ne  peut  jamais  manquer, 
et  par  leur  verticalité.  Aussi  n'a*t*on  jamais  constaté  un  cas  de  brûlure 
avec  la  disposition  actuelle.  Primitivement,  lorsque  ces  tubes  étaient  pla- 
cés presque  horizontalement,  la  circulation  s'y  faisait  mal,  et  il  y  a  eu 
quelques  cas  de  détérioration.  C'est  là  ce  qui  a  conduit  au  dispositif  avec 
tubes  verticaux. 

Les  incrustations  sont  è  peu  près  impossibles  dans  ces  tubes,  vu  la  rapi- 


—  16  — 

dite  de  la  circulation  de  Teau  à  lear  intériear,  où  rien  ne  la  gène.  U  faut 
d*aiUears  ne  pas  onblier  ce  fait  concluant,  que  Tantoniotear  employant 
toujours  la  même  eau,  les  dépôts  ne  pourraient  être  que  ceax  provenant 
des  deux  ou  trois  litres  d*eau  ajoutés  tous  les  jours  pour  réparer  les  pertes 
dues  à  quelques  fuites  ou  joints  mal  entretenus. 

H.  Abbl  PiFRE  ajoute  encore  qu'il  a  établi  des  comparaisons  de  prix  avec 
les  moteurs  à  gaz,  mais  qu'il  ne  veut  pas  entrer  (Uns  ce  détail,  s'étant 
borné  à  exposer  à  la  Société  une  question  de  principe;  on  peut,  d'ailleurs, 
comparer  les  machines,  sachant  que  Tautomoteur  consomme  un  hectolitre 
de  coke  par  cheval  et  par  jour. 

M.  LB  Pré8ide]!it  donno  la  parole  à  M.  Gontamin  qui  a  une  observation 
à  présenter. 

M.  GoNTAXiN  constate  qu'il  résulte  des  chiffres  cités>  qu'avec  4  kilo- 
grammes de  coke  par  heure,  on  produit  un  cheval  :  c'est  bien  en  dessous 
de  la  consommation  de  nos  petites  locomobiles  installées  pour  un  faible 
travail.  Seulement,  il  faudrait  savoir  quelle  est  la  quantité  d'eau  néces- 
saire pour  condenser  la  vapeur.  Cette  eau,  &  Paris,  coûte  très  cher. 

H.  ÂBEL  PiFEB  répond  qu'avec  son  condenseur  à  surface  placé  auprès 
de  l'automoteur,  avec  seulement  2  ou  3  mètres  de  longueur  de  tube 
d'échappement,  il  faut  compter  sur  une  dépense  de  270  litres  à  l'heure 
pour  l'automoteur  d'un  cheval,  de  500  litres  pour  celui  de  2  chevaux,  et 
de  700  litres  pour  celui  de  3  chevaux.  Mais  en  augmentant  la  longueur  du 
tuyau  d'échappement  avant  son  arrivée  au  condenseur,  on  descend  bien 
au-dessous  de  ces  consommations.  Il  cite  pour  exemple  un  automoteur 
d*un  demi-cheval,  qui,  avec  un  tube  d'échappement  de  25  à  30  mètres, 
placé  le  long  d'un  mur,  arrive  à  se  passer  d'eau.  M.  Abel  Pifre  ajoute 
qu'il  expérimente  depuis  quelque  temps  un  nouveau  condenseur  qui  sem* 
ble  devoir  diminuer  considérablement  la  dépense  d'eau  pour  ses  automo- 
teurs de  1,  2, 3  chevaux  et  au-dessus.  Mais  il  n'est  pas  sufQsamment  prêt 
pour  entrer  dans  le  détail  de  sa  construction. 

H.  Gontamin  dit  que,  dans  les  localités  où  il  n'y  a  pas  de  gaz,  cette  dis- 
position peut  évidemment  présenter  de  grands  avantages  sur  les  petites 
locomobiles  qui  exigent  un  grand  entretien.  Mais  là  où  l'on  a  du  gaz,  il 
faut  tenir  compte,  pour  apprécier  l'économie  de  l'automoteur,  et  du  prix 
du  gaz  et  du  prix  de  l'eau,  lorsqu'elle  coûte  cher. 

M.  Abel  PIfre  répond  que  la  comparaison  entre  l'automoteur  et  le 
moteur  à  gaz  peut  être  faite  immédiatement,  car  ce  sont  précisément  les 
meilleurs  moteurs  à  gaz,  ceux  qui  dépensent  le  moins  de  gaz  à  force 
égale,  qui  nécessitent  de  l'eau  pour  leur  refroidissement,  Or  ces  moteurs 
exigent  en  service  régulier  un  minimum  de  40  litres  par  heure  pour  ceux 
de  un  cheval,  90  litres  pour  deux  chevaux,  et  il  faut  y  ajouter  un  demi- 
kilogramme  d'huile  par  cheval  et  par  10  heures  rien  que  pour  leur  cylin- 
dre, dépense  qui  est  nulle  dans  l'automoteur, 

M.  Abel  Pifre,  répondant  ensuite  à  des  questions  qui  lui  sont  posées 
sur  les  formalités  administratives  nécessaires  pour  Finstallation  de  son 


—  17  — 

moteur,  dit  qa*une  simple  déclaration  sufAt.  Vu  la  faible  quantité  d*eau 
contenue  dans  les  chaudières,  on  pourrait  obtenir  une  dispense  spéciale, 
ainsi  qu'on  Tient  de  le  faire  observer;  mais  M.  Abel  Pifre  a  préféré 
satisfaire  d*abord  aux  règlements,  en  plaçant  sur  ses  automoteurs  le 
luxe  d'appareils  de  sûreté  qu'ils  comportent,  notamment  la  bâche  d'ali- 
mentation qui  constitue  une  contre-partie  de  l'indicateur  de  niveau  d'eau, 
son  avertisseur  électrique,  etc.  Tout  cela  ne  fait,  effectivement,  qu'aug- 
menter la  confiance  de  Tacquéreur,  et  c'est  lorsque  ses  automoteurs 
seront  répandus  en  grand  nombre,  qu'il  déposera  sa  demande  de  dis- 
pense, désirant  qu'elle  soit  appuyée  par  la  preuve  incontestable  qu'il  ne 
peut  arriver  aucun  accident. 

M.  Rot  demande  quel  est  le  prix  du  petit  moteur  d'un  cheval. 

M.  Abrl  PiFRS  dit  que  s'il  a  passé  sous  silence  le.s  prix  de  ses  appareils, 
c'est  qu'il  a  tenu  à  laisser  à  sa  communication  le  caractère  d'un  exposé 
de  principe. 

L'automoteur  d'un  cheval  coûte  2  000  francs;  celui  de  deux  chevaux 
2500  francs;  et  celui  de  trois  chevaux,  3  000  francs. 

M.  Rot  ajoute  que  c'est  aussi  une  question  de  principe  que  celle  du 
capital  à  dépenser  pour  faire  l'acquisition  d'un  moteur.  Évidemment,  le 
travail  exigé  par  la  construction  d^  la  chaudière,  de  la  machine  et  des 
appareils  de  condensation  est  important,  d'où  les  frais  de  premier  établis- 
sement assez  considérables. 

H.  LE  Président  remercie  M.  Abel  Pifre  de  sa  communication,  qui  a 
vivement  intéressé  la  Société.  La  discussion  a  été  très  longue  et  prouve 
avec  quelle  attention  on  a  suivi  ses  explications.  Nous  sommes  heureux 
d'avoir  entendu  M.  Abel  PiTre  montrer  que  la  machine  à  vapeur  pourrait 
soutenir  la  comparaison  avec  le  moteur  à  gaz.  Une  petite  excursion  à  bord 
du  bateau  qu'il  a  construit  permettrait  de  mieux  juger  encore  la  valeur 
de  son  système. 

M.  Abel  Pifre  dit  que  les  membres  de  la  Société  qui  voudraient  faire 
cette  excursion  seront  les  bienvenus. 

M.  LE  Président  informe  la  Société  que  M.  Touchet,  dont  la  note  sur  le 
rouleau  campressetar  électrique  de  M.  E.  Gellerat  est  à  l'ordre  du  jour,  se 
trouve  retenu  à  Versailles,  et  Ta  prié  de  faire  lire  son  travail  par  l'un  des 
secrétaires.  M.  Giraud  donnera  lecture  de  la  note,  très  courte,  mais  très 
intéressante.  On  est  surpris  de  voir  qu'on  peut  arriver  à  faire  mouvoir 
une  machine  aussi  lourde  que  le  rouleau  compresseur  par  l'électricité,  qui 
est  si  capricieuse.  Il  y  a  eu  un  échec  relatif,  mais  l'essai  resie  digne  de 
remarque. 

H.  Giraud  lit  la  note  suivante  : 

Une  intéressante  application  de  la  machine  dynamo-électrique  a  é(é 
faite,  à  la  fin  de  1883,  par  M.  E.  Gellerat,  entrepreneur  de  travaux  publics, 

BOLI..  2 


—  18  — 

chargé  depuis  un  grand  nombre  d'années,  du  cylindrage  des  chaussées 
macadamisées  de  Paris. 

Le  soussigné,  qui  a  eu  Thonneur  de  collaborer  h  Texpérience,  demande 
à  la  Société  la  permission  de  lui  rendre  compte,  en  quelques  lignes,  des 
résultats  obtenus. 

Le  problème  que  H.  Gellerat  s'était  posé  était  complexe  :  il  s'agissait  de 
faire  mouvoir  sûrement,  à  Taide  du  fluide  électrique,  à  une  vitesse  de 
trois  ou  quatre  kilomètres  à  Theure,  un  rouleau  compresseur  analogue  à 
ceux  qu'il  emploie,  c'est-à-dire  capable  de  marcher  avec  une  égale  faci- 
lité, en  avant  ou  en  arrière, et  assez  lourd  pour  produire  sur  les  empierre- 
ments à  comprimer  le  maxinium  d'effet  utile.  L'appareil  devait  porter 
avec  lui  son  générateur  électrique. 

Enfin,  le  mécanisme  de  la  direction  qui,  dans  les  cylindres  à  vapeur, 
est  commandé  à  bras  d'homme,  devait  être  mû  électriquement. 

Comme  il  ne  s'agissait  pas  seulement  de  Tétude  sur  le  papier  d'uhe 
machine  plus  ou  moins  heureusement  combinée,  mais  qu'on  voulait 
acquérir,  par  une  série  d'expériences  pratiques,  suffisamment  prolon- 
gées, la  certitude  que  l'appareil  était  susceptible  d'un  emploi  industriel 
régulier,  il  fallait,  tout  d'abord,  s'enquérir  d'une  source  électrique  puis- 
sante. 

Des  piles  primaires,  faciles  à  recharger  et,  par  conséquent,  d'une  durée 
indéfinie,  eussent  été  préférées  à  tous  égards.  Mais  aucune  de  celles  actuel- 
lement connues  ne  paraissant  présenter  de  garantie  suffisante,  le  prix 
de  celles  dont  il  était  le  plus  avantageusement  parlé  se  trouvant  beau- 
coup trop  élevé,  l'idée  de  leur  utilisation  devait  être  momentanément 
écartée. 

Les  piles  secondaires  ou  accumulateurs  pouvaient  seules  donner,  à  un 
prix  abordable,  la  force  dont  on  avait  besoin.  L'inconvénient  que  présen- 
tent les  accumulateurs  lorsqu'on  les  destine  à  actionner  un  véhicule 
automoteur  servant  aux  transports,  c'est-à-dire  leur  poids  considérable, 
devenait  un  avantage  pour  les  rouleaux  compresseurs,  puisque  le  résultat 
produit  par  ceux-ci  est  le  résultat  d'une  combinaison  intense  de  poids  et 
de  vitesse. 

M.  Gellerat  se  décida,  en  conséquence,  à  se  servir  des  accumulateurs 
et,  parmi  les  divers  types  connus,  choisit  les  accumulateurs  Faure  comme 
les  plus  parfaits  et  les  seuls  applicables  pour  le  moment. 

Les  conseils  et  les  indications  pratiques  de  notre  éminent  collègue, 
M.  Raffard,  lui  furent  précieux  à  cette  occasion.  Ils  lui  facilitèrent  beau- 
coup ses  recherches  et  lui  évitèrent  bien  des  tâtonnements. 

Un  dernier  point  restait  à  trancher  :  quelle  machine  dynamo  emploie- 
rait-on comme  machine  motrice  ?  Les  dynamos  Siemens  furent  choisis 
comme  les  plus  simples  et  comme  ayant  fait  déjà  leurs  preuves  dans 
diverses  applications. 

Pour  perdre  le  moins  de  temps  possible  en  constructions  spéciales, 
M.  Gellerat  prit  le  parti  de  faire  usage  du  châssis  d*un  de  ses  plus  petits 


—  49  — 

cylindres  à  vapeur  en  le  laissant  monté  tel  quel  sur  ses  roaleaux.  On  se 
borna  à  enlever  la  chaudière,  le  moteur  à  vapeur  et  sa  transmission, 
ainsi  que  les  caisses  à  eau  qui  devenaient  sans  objet. 

Il  resta,  par  conséquent,  une  plate-forme  d'environ  5",50  de  longueur 
sur  2  mètres  de  large,  portée  sur  deux  rouleaux  de  fonte  de  l">,20  de  dia- 
mètre et  de  1^,40  de  génératrice.  Le  tout  pouvait  peser  à  peu  près  dix  à 
onze  tonnes. 

Cette  plate-forme  fut  fermée  par  une  rampe  continue  en  tôle,  et  reçut 
one  couverture  de  même  nature  supportée  par  des  montants  en  fer.  Ces 
montants,  au  moyen  de  deux  rangs  de  tablettes  également  espacées  entre 
le  plancher  et  la  couverture,  permirent  de  caser,  en  trois  étages,  i04  accu- 
mulateurs Faure  du  type  pesant  environ  60  kilogrammes,  ce  qui  repré- 
sentait une  surcharge  de  6000  à  6500  kilogrammes. 

Vers  Taxe  transversal  de  la  machine,  on  avait  réservé  un  espace  vide 
pour  le  moteur  et  sa  transmission,  ainsi  que  pour  le  moteur  de  Vappareil 
de  la  direction  et  l'ouvrier  chargé  d'en  surveiller  la  marche. 

Dans  un  réduit  ménagé  àTarrière,  du  côté  droit,  se  tenait  le  mécanicien 
ayant  sous  la  main  les  commutateurs,  les  appareils  de  résistance  et  ceux 
destinés  à  mesurer  la  dépense  de  force  électrique. 


Moteur 

Les  dynamos  et  les  différents  organes  de  la  transmission  devaient  peser 
environ  une  tonne.  Le  poids  total  général  du  système,  avec  les  accumula- 
teurs, devait  donc  être  voisin  de  18  tonnes.  (Lorsque  l'appareil  fut  terminé 
et  chargé,  on  le  conduisit  sur  un  pont  à  bascule  et  son  poids  exact  fut 
reconnu  de  18500  kilogrammes.) 

Les  cylindres  à  vapeur  du  même  poids  ont  un  moteur  faisant  normale- 
ment 10  à  15  chevaux,  mais  capable  de  donner  exceptionnellement  et 
pour  un  coup  de  collier;  une  force  beaucoup  plus  considérable. 

Il  était  donc  de  toute  nécessité  de  munir  le  rouleau  électrique  d'un 
moteur  ayant  la  même  force  nominale  et  pouvant,  le  cas  échéant,  la 
dépasser. 

Le  dynamo  Siemens  du  type  D*,  à  la  vitesse  de  800  à  1 000  tours,  corres- 
pond à  6  chevaux-vapeur.  C'était  trop  peu  et  cependant  il  était  désirable 
de  pouvoir  employer  ce  type  sur  lequel  on  possédait  les  meilleures  et  les 
plus  complètes  indications.  M.  Gellerat  fut  donc  conduit  à  munir  son  rou- 
leau électrique  de  deux  dynamos  D'  actionnant  le  même  arbre,  ce  qui,  à 
une  vitesse  relativement  réduite,  devait  donner  douze  chevaux-vapeur  qui 
pouvaient  être  considérablement  dépassés,  s'il  était  nécessaire,  par  une 
simple  augmentation  de  vitesse. 

Pour  actionner  la  direction,  on  prit  une  petite  dynamo  D^  faisant  nor- 
malement un  cheval  et  quart,  ce  qui  était  bien  plus  que  suffisant  puisqu'il 
ne  s'agissait  que  de  remplacer  la  force  d'un  homme. 


—  20  — 


Transmission 

Ces  points  étant  réglés,  yoici  quelle  fat  la  disposition  arrêtée. 

Les  deux  dynamos  D'  furent  installées  sur  un  bâti  spécial  horizontal, 
un  peu  en  contre-bas  du  plancher  inférieur.  Elles  furent  placées  parallè- 
lement et  symétriquement  de  chaque  côté  de  Taxe  transversal  de  l'ap- 
pareil. 

L'extrémité  de  Taxe  de  chacune  d'elles  était  muni  d'un  pignon  denté  : 
les  deux  pignons  engrenant  avec  une  même  roue  dentée  calée  sur  un  arbre 
horizontal. 

Cet  arbre  commandait  à  son  tour,  par  un  engrenage  droit  d'un  rapport 
convenablement  choisi,  l'arbre  qui,  dans  les  cylindres  à  vapeur,  transmet 
le  mouvement  aux  pignons  qui  portent  les  chaines-galle  entraînant  les 
rouleaux,  et  qui  est  dénommé  :  «  arbre  intermédiaire.  » 

Cet  arbre  est  muni  du  côté  opposé  à  celui  où  il  reçoit  la  commande  du 
moteur,  d'une  petite  roue  droite  engrenant  avec  deux  petites  roues  sem- 
blables calées  sur  deux  bouts  d'arbres  parallèles  au  premier  et  symétri- 
quement placés  de  chaque  côté.  Ces  bouts  d'arbres  portent,  en  outre, 
chacun,  un  pignon  sur  lequel  vient  s'enrouter  une  chaîne-galle  très  résis- 
tante et,  en  même  temps,  très  simple. 

Disons,  en  passant,  que  ce  type  de  chaîne-galle,  imaginé  par  M.  Gellerat, 
est  maintenant  couramment  employé  dans  les  transmissions  d'un  grand 
nombre  d'appareils  et  notamment  des  excavateurs. 

La  chaîne  entraîne  une  grande  roue  dentée  parallèle  au  longeron  et 
qui,  par  l'intermédiaire  d'un  toc,  commande  le  rouleau,  quelle  que  soit  sa 
position  par  rapport  à  Taxe  de  la  machine. 

Les  rouleaux  sont  fous  sur  leur  essieu  qui  ne  peut  tourner  mais  dont 
une  des  extrémités  peut  se  déplacer  horizontalement.  L'autre  extrémité, 
terminée  par  un  renflement  sphérique  qui  lui  sert  de  rotule,  est  empri- 
sonnée dans  le  moyeu  de  la  roue  à  chaîne. 

Ces  dernières  dispositions  n'avaient  rien  de  spécial  au  rouleau  électrique  : 
ce  sont  celles  des  cylindres  à  vapeur. 


Direction 

La  direction,  comme  pour  les  cylindres  à  vapeur,  était  obtenue  par  la 
convergence  des  rouleaux  vers  le  centre  de  la  courbe  à  parcourir. 

Cette  convergence  résulte  du  rapprochement  ou  de  l'éloignement  des 
extrémités  libres  des  essieux. 

Ces  extrémités  libres  sont  rattachées  à  des  tirants  partant  des  écrous 


—  21  — 

dans  lesqaeis  passe  ane  même  tige  horizontale  dont  les  |deax  bouts  sont 
filetés  en  sens  inverse.  An  milieu  de  celle  tige,  est  un  petit  engrenage 
d*angle  qui  permel  de  la  faire  tourner  à  volonlé  d'un  côté  ou  de  Tautre. 

Ce  petit  engrenage  est  commandé  par  an  arbre  vertical  portant  un 
volant  manœuvré  par  an  homme. 

Dans  le  rouleaa  électrique,  le  volajil  était  remplacé  par  une  roue  d'an- 
gle engrenant  avec  an  pignon  calé  sor  Taie  d'une  petite  dynamo  0  ^ 


Fonctionnement  de  l'appareil 

Les  machines  D*  et  D^  étaient  pourvues  chacune  d'un  changement  de 
marche  à  quatre  balais. 

Un  levier  actionnant  un  mouvement  de  sonnette  et  placé  sous  la  main 
du  mécanicien  permettait  à  celui-ci  de  changer  instantanément  la  marche 
du  moteur,  sans  même  interrompre  le  circuit.  Cependant,  pour  éviter  les 
étincelles  elles  délérioralions  des  dynamos  qui  en  sont  la  conséquence,  il 
est  préférable  de  ne  changer  la  marche  qu'après  avoir  interrompu  le 
courant. 

Pour  la  dynamo  de  la  direction,  le  levier  de  changement  de  marche 
était  vertical.  Le  pilote,  en  l'inclinant  tantôt  à  droite  et  tantôt  à  gauche, 
dirigeait  la  machine  avec  autant  de  sûreté  et  sans  plus  de  fatigue  qu'un 
barreur  à  l'arrière  d'un  canot. 

Le  rouleau  électrique  portait,  comme  on  Ta  vu  plus  haut,  104  accumu- 
lateurs d'une  puissance  approximative  de  2  volts  chacun,  ce  qui  représen- 
tait environ  200  volts. 

Dix-sept  accumulateurs  étaient  réservés  à  la  direction  lorsqu'il  était 
nécessaire  de  la  faire  agir.  Le  surplus  était  employé,  soit  partiellement, 
soit  en  totalité,  pour  la  progression  du  rouleau.  Mais,  sur  un  terrain 
ferme,  cinquante  accumulateurs  suffisaient  avec  une  intensité  de  courant 
variant  entre  30   et  40    ampères,    ce  qui  représentait  une  force  de 

— _ =  350  kilogramme  très  ou  4  à  5  chevaux-vapeur.  Toutefois, 

avec  cette  faible  dépense,  on  n'obtenait  qu'une  vitesse  d'environ  2  kilo- 
mètres à  l'heure,  ce  qui  serait  insuffisant  dans  la  pratique. 

Après  diverses  évolutions  facilement  obtenues,  le  rouleau  fut  conduit 
hors  de  la  cour,  où  lés  premières  expériences  avaient  eu  lieu,  et  dirigé  sur 
an  empierrement  voisin. 

Cet  empierrement,  en  silex  roulé  de  carrière,  avait  une  épaisseur  de 
20  à  2S  centimètres.  Il  était  établi  sur  un  remblai  en  partie  argileux  et 
recouvrant  une  voûte  d'égout  récemment  construite;  la  chaussée  présen- 
tait une  déclivité  de  deux  à  trois  centimètres  par  mètre. 

Aussitôt  la  machine  sur  l'empierrement,  les  cent  quatre  accumulateurs 
tarent  mis  en  action,  le  cylindrage  commença  à  une  allure  normale  de 


\  j 


—  22  — 

trois  à  quatre  kilomètres  à  rbenre  et  se  poursuivit  pendant  près  de  trois 
heures,  arec  autant  de  facilité  que  si  la  machine  employée  eût  été  actionnée 
par  la  vapeur. 

La  dépense  d'électricité  se  mesurait  elle-même  à  la  résistance  rencon* 
trée  dans  la  chaussée.  L'intensité  du  courant,  qui  était  moyennement  de 
35  ampères,  atteignit  dans  un  passage  exceptionnellement  pénible  jusqu'à 
75  ampères,  ce  qui,  pour  les  104  accumulateurs,  correspondait  à  un  effort 

de  10  x75^  "*  ^^  chevaux-vapeur. 

Âpres  une  expérience  aussi  satisfaisante,  la  machine  fut  ramenée  à  son 
dépôt. 

Les  accumulateurs  avaient,  fonctionné  pendant  quatre  heures.  Ils 
n'étaient  pas  à  moitié  déchargés,  car  chacun  d'eux  accusait  encore  plus 
d'un  volt. 

H&tons-nous  de  dire,  toutefois,  qu'il  est  probable  qu'ils  n'auraient  pu 
servir  longtemps  encore  si  l'expérience  avait  dû  se  prolonger. 


COHGUISION. 


En  présence  d'un  pareil  résultat,  on  peut  affirmer  sans  utopie  que  l'élec- 
tricité est  la  véritable  force  motrice  de  l'avenir. 

Jamais,  croyons-nous,  ce  fluide  n'avait  mis  en  mouvement  des  poids 
comparables  aux  18500^  du  rouleau  électrique. 

Cependant,  l'emploi  industriel  de  cet  appareil  ne  parait  pas  encore 
possible.  L'inventeur  n'a  même  pas  pu  reproduire  publiquement  ses 
expériences,  au  centre  de  Paris,  comme  il  en  avait  l'intention  ;  les  accu- 
mulateurs Faure  s'étant  trouvé  appartenir  à  une  société  financière  qui  a 
sombré. 

En  outre,  et  en  laissant  de  côté  cette  fâcheuse  circonstance,  nous  sommes 
forcés  de  reconnaître  que  le  renouvellement,  après  chaque  période  de 
quatre  heures,  d'une  charge  de  5  000  à  6  000*«  d'accumulateurs,  ne  semble 
pas  bien  facile. 

.  U  faut  donc  attendre,  soit  des  accumulateurs  de  même  puissance  que 
ceux  de  Faure  mais  d'une  plus  grande  durée  et  d'un  poids  relativement 
faible,  soit  une  pile  primaire  efficace  et  économique. 

iBeaucoup  d'ingénieurs  d'une  compétence  particulière  poursuivent 
parallèlement,  en  ce  moment,  la  recherche  de  ces  deux  solutions.  —  Tout 
permet  d'espérer  que,  dans  peu  d'années,  elles  seront  acquises  à  l'industrie. 
Il  surgira  alors,  sans  aucun  doute,  des  applications  innombrables.  Celle 
du  rouleau  électrique  aura  été  une  des  premières  en  date,  et  M.  Gellerat 
pourra,  avec  justice,  en  revendiquer  l'honneur. 


—  23  — 

M.  LB  Présidsut  remercie  M.  Giraud  d'avoir  bien  voula  lire  la  note  de 
M.  Toachet.  L'essai  de  faire  mouToir  par  l'électricité  un  rouleau  com- 
presseur d'un  poids  aussi  considérable,  méritait  d'être  porté  à  la  connais- 
sance de  la  Société. 

L'ordre  du  jour  appelle  le  compte  rendu,  par  M.  Quéruel,  des  essais 
faits  au  mois  de  mars  dernier  sur  une  machine  à  vapeur  de  son  système, 
construite  par  M.  Â.  Crespin. 

M.  Qnémel  a  la  parole. 

H.  QuÉROBL  expose  d'abord  le  programme  des  expériences  qu'il  a  entre- 
prises. Le  programme  était  ainsi  fixé  : 

1*  Releré  de  diagrammes  correspondants  au  moyen  de  deux  appareils  ; 

2*  Pesée  de  l'eau  d'alimentation  ; 

3«  Jaugeage  de  l'eau  à  l'issue  du  condenseur  ; 

4*  Calorimétrie  ; 

S""  Application  du  frein. 

La  machine  soumise  aux  essais  est  verticale  (type  pilon),  à  deux  cylin- 
dres, manivelles  à  180  degrés. 

Les  diamètres  des  pistons  sont  : 

Petit  cylindre,  0-,315. 

Grand  cylindre,  0»,600. 

Course  commune,  0°»,725. 

L'expérience  B  au  frein  a  eu  lieu  le  15  mars  188S.  Sa  durée  a  été  de 
3  heures  10  minutes. 


Eau  d'alimentation  par  heure 441^ 

Puissance  indiquée 75**',83 

Puissance  nette  au  frein 69«''\00 

Rendement 0,91 

£au  d'alimentation  par  heure  et  par  force 

de  cheval  effectif 6S390 


Ce  nombre  6\390  était  plus  élevé  qu'à  l'ordinaire.  La  machine,  en 
effet,  n'avait  point  été  visitée  depuis  plus  d'une  année  et  les  ressorts 
étaient  un  peu  détendus.  La  vapeur  cotait  14  pour  100  d'eau. 

Après  avoir  remédié  par  un  léger  serrage  au  désordre  passager  des 
tiroirs,  deux  nouveaux  essais  ont  été  faits  en  marche  industrielle. 

La  moyenne  de  ces  deux  essais  a  été  : 


—  24  — 


■ 


Eau  d'alimentation  par  heure 

Puissaace  indiquée 

—        effective 

Eau  d'alimentation  par  cheval  effectif. 


ESSAI    G 

ESSAI    D 

29  avril  1885 

2  mai  1885 

à  13  ponr  100  d'ean 

à  11  ponr  100  d'emn 

398k,79 

361^6 

75'«>,07 

72*^17 

68ch,34 

65•^67 

5^835 

5S527 

Ainsi  avec  fuites  au  tiroir  et  vapeur  à  13  •/»  d'eau  B  =  6*^,390 

Fuites  arrêtées.  Vapeur  à  13  «/o  d'eau  .    .    .    .  C  =  5^,835 

—  —  11  Vo  d'eau  .    .    .    .  D  =  SS527 

Essai  du  23  janvier  1883  à  5  «/.  d'eau  .    .    .    .  A  =  5N011 

On  voit  par  ces  nombres  décroissants,  à  mesure  que  la  vapeur  devient 
plus  sèche,  Timportance  de  bonnes  chaudières  pour  la  production  de 
vapeurs  sëcbes. 
Comparé  avec  les  systèmes  les  plus  en  faveur  : 
Essai  B  du  15  mars  (système  Quéruel)  réalise  une  économie 


sur  la  moyenne  des  Gorliss  .    .    . 
sur  la  moyenne  des  2  cylindres  90' 


0,2811 

0,1840 


Essai  A  du  23  janvier  1883  (système  Quéruel)  réalise  une  économie 

sur  la  moyenne  des  Gorliss  ....    0,4363 
sur  la  moyenne  des  2  cylindres  90*".    .    0,3601 


Enfin,  la  calorimélrie  des  trois  essais  B,  G,  D  a  permis  de  contrôler  les 
opérations  analytiques  et  a  donné  la  preuve  de  leur  précision. 

M.  LE  Président  demande  si  quelque  membre  a  à  faire  des  observations 
sur  la  communication  de  M.  Quéruel. 

M.  Douane  prend  la  parole  pour  affirmer  les  résultats  que  M.  Quéruel  a 
annoncés.  Il  a  collaboré  à  ces  expériences  et  d'autres  personnes  qui  les 
suivaient  aussi,  sont  là  toutes  prêtes  à  certifier  l'exactitude  des  résultats 
indiqués  par  H.  Quéruel. 


—  25  — 

A  rexpérience  da  15  mars,  les  assistaats  ont  jaagé  Peau  ei  ont  trouvé 
6  kil.  390.  Ce  chiffre  a  une  grande  importance,  vu  la  Taible  force  de  la 
machine,  qui  est  de  69  chevaux  et  n'a  que  40  mètres  carrés  de  surface  de 
chauffe.  Cest  ce  qui  explique  parfaitement  les  entraînements  d'eau  dont 
M.Qnérnel  a  parlé  tout  à  Thenre. 

M.  LB  Phbsidbrt  remercie  M.  Quéruel  d'avoir  apporté  à  la  Société  les 
résultats  de  ses  essais,  qu'il  continue  avec  un  grand  courage,  depuis 
longtemps.  On  ne  peut  qu'être  heureux  des  résultats  qu'il  a  indiqués,  et 
des  progrès  accomplis  dans  les  recherches  à  l'aide  desquelles  ces  résultats 
ont  été  obtenus. 

MM.  Boveyscha,  Dareste  de  la  Ghavanne,  Eanes,  Heilmann  et  Maxi- 
movitch  ont  été  reçus  membres  sociétaires. 

La  séance  est  levée  à  11  heures. 


9émwÊ0e  émtl  J«lllat  tSSS. 


Présidence  de  M.  de  Comberoussb 


La  séance  est  ouverte  à  huit  heures  et  demie. 

M.  LB  Président  demande  s'il  y  a  des  observations  sur  le  procès-verbal 
de  la  dernière  séance. 
Le  procès-verbal  de  la  séance  du  3  juillet  est  adopté. 

H.  LE  Président  a  le  plaisir  d'annoncer  à  la  Société  que  trois  de  nos 
collègues  ont  été  nommés  chevaliers  de  la  Légion  d'honneur.  Ce  sont  : 
MM.  Gontamitt,  A.  Hailet  et  Léon  Francq.  Ces  trois  nominations  seront 
accueillies  avec  la  plus  vive  sympathie. 

M.  Pasquier  a  reçu  l'Ordre  de  chevalier  de  la  Couronne  de  Fer  d'Autriche 
et  du  Sauveur  de  Grèce. 

M.  LE  Président  signale,  parmi  les  ouvrages  offerts  :  Un  exemplaire  du 
Rapport  présenté  à  la  Sociélé  d'Encouragement,  par  M.  Tresca,  sur  le  sys- 
tème de  locomotive  Compound,  de  M.  A.  Mallet  ; 


—  26  — 

(Cette  publication  doit  être  recommandée  spécialement  comme  la  der- 
nière œuvre  de  notre  Président  honoraire  et  le  dernier  rapport  fait  par  lui 
à  la  Société  d'Encouragement..) 

Des  observations  techniques  formulées  par  M.  Piarron  de  Mondésir, 
membre  de  la  Société,  à  propos  du  mémoire  de  M.  Boudenoot  sur  la  distri* 
bution  ^e  la  force  motrice  à  domicile  au  moyen  de  Tair  raréfié  ; 

Un  exemplaire  du  tome  !•'  du  Traité  théorique  et  pratique  des  pompes  et 
machines  à  élever  les  eaux  (texte  et  atlas),  par  M.  Poillon,  membre  de  la 
Société. 

Cette  publication  promet  d'être  extrêmement  complète.  Elle  comble  une 
lacune  dans  la  partie  de  la  littérature  technique  qui  se  rapporte  à  l'éléva- 
tion des  eaux.  Il  n'y  a  aujourd'hui  sur  ce  sujet  que  l'ouvrage  de  M.  In  gfn\é' 
rai  Morin,  et  les  deux  gros  volumes  que  H.  Poillon  fait  paraître  eu  ce 
moment  sont  une  œuvro  importante. 

On  trouvera  plus  loin  le  détail  des  dons  faits  à  la  Société. 

M.  LE  Président  a  reçu  la  lettre  suivante  : 

«  Paris,  16  juillet  1885. 

«  Monsieur  le  Président, 

«  J'ai  l'honneur  de  vous  remettre  pour  la  Société  :  1^  Un  plan  portatif  de 
l'Exposition  d'Anvers,  ayant  au  verso  un  pUn  de  la  ville,  indiquant 
l'emplacement  de  l'Exposition,  près  de  l'avenue  du  Sud  ; 

«  2°  Quelques  notes  sommaires  prises  dans  une  courte  visite  au  commen- 
cement de  juin  dernier,  concernant  les  ponts  et  chaussées  de  Belgique  et 
le  matériel  des  chemins  de  fer. 

<c  Si  vous  jugez  que  ces  renseignements  offrent  quelque  intérêt  pour  nos 
collègues,  ils  pourraient  être  insérés  à  la  suite  du  compte  rendu  de  la 
séance  du  17  courant,  dont  le  procès-verbal  sera  distribué  pour  la  séance 
du  7  août,  c'est-à-dire  avant  le  départ  pour  Anvers. 

«  Veuillez  agréer,  etc. 

a  J.  MORANDIBEB.  » 

•  M.  LE  Président  remercie  M.  Morandiere  de  son  attention.  11  croit  utile, 
en  vue  du  prochain  voyage  des  membres  de  la  Société,  de  publier,  comme 
annexe  au  procès-verbal  de  cette  séance,  les  notes  recueillies  par  notre 
collègue. 

Il  fera  distribuer  également,  aux  membres  de  la  Société  qui  se  rendront 
à  Anvers,  le  petit  plan  dont  M.  Morandiere  nous  a  rapporté  un  spécimen. 

M.  Fleury  a  la  parole  pour  un  hommage  à  la  Société. 

M.  Flburt  a  l'honneur  de  déposer  sur  le  bureau  de  la  Société  quelques 
exemplaires  du  catalogue  détaillé  de  la  section  des  travaux  publics  à 
l'Exposition  coloniale  française,  k  Anvers.  C*est  plus  et  mieux  qu'un  cata- 
logue. Chaque  article  est  suivi  d'une  notice  intéressante,  très  complète  et 


~  37  — 

1res  exacte.  C*est  un  de  nos  collègues,  H.  des  Tournelles,  chargé  de 
Torganisation  de  cette  partie  de  l'Exposition,  qui  a  rédigé  ces  notes,  et  qui 
a  chargé  M.  Fleury  d'en  faire,  en  son  nom,  hommage  à  la  Société. 

M.  LB  PRÉsinBRT  remercie  MH.  Fleury  et  des  Tournelles. 

II  donne  connaissance  de  la  lettre  suivante  : 


«  Rome,  le  20  juillet  1885. 


<x  Monsieur  le  Président, 


«  C'est  avec  une  vive  douleur  que  nous  avons  appris  la  mort  de 
M.  Tresca,  Président  honoraire  de  votre  association. 

c(  Interprète  des  sentiments  éprouvés  par  tous  les  membres  de  notre 
association,  aussi  bien  que  par  tous  les  ing(^nieurs  de  la  ville,  je  vous 
adresse  les  expressions  de  la  plus  sincère  condoiôance,  en  vous  priant  d'en 
faire  part  aux  membres  de  votre  Société  distinguée. 

«  J'ai  l'honneur.  Monsieur  le  Président,  d'être,  avec  la  plus  parfaite 
considération, 

«  Ze  Président  du  Collège  des  Ingénieurs  et  Architectes  de  Home, 

«  6.  Gadoumi.  » 

Nous  envoyons  à  nos  confrèi*es  italiens  l'expression  de  notre  gratitude 
pour  leur  sympathie. 
M.  LB  PaÉsiDBNT  prend  la  parole  en  ces  termes  : 

Messieurs, 

Â.vant  de  suivre  Tordre  du  jour,  j*ai  à  vous  demander  la  permission  de 
saluer,  avec  vous,  un  anniversaire  qui  me  semble  ne  pas  pouvoir  passer 
inaperçu  à  la  Société  des  Ingénieurs  civils* 

L'établissement  du  premier  chemin  de  fer  français,  complètement  armé 
pour  le  transport  des  voyageurs  comme  pour  celui  des  marchandises,  a  été 
décrété,  il  y  a  juste  cinquante  ans,  le  9  juillet  1835. 

C'est,  en  effet,  la  date  de  la  loi  par  laquelle  Emile  Pereire  fut  autorisé 
à  construire,  à  ses  frais,  risques  et  périls ^  la  ligne  de  Paris  à  Saint-Germain. 

Ce  n'était  qu'une  petite  ligne  par  son  étendue,  puisqu'elle  n'avait  que 
18  kilomètres  de  longueur,  mais  elle  était  grande  par  ses  conséquences 
certaines. 

Les  premiers  essais,  vous  le  savez,  avaient  été  faits  à  Saint-Étienne  et 
à  Andrézieux,  où  le  génie  de  Marc  Seguin  venait  d'inventer,  avant  Georges 
Stephenson,  la  chaudière  tubulaire  avec  tirage  par  jet  de  vapeur.  Mais  le 
chemin  de  fer  de  Saint-Germain  offrait  le  premier  type  achevé  de  ce  nou- 
veau moyen  de  locomotion  qui  allait  transformer  si  profondément  les  con- 
ditions de  la  vie  moderne. 

Mooa  pouvons  donc  saluer  et  honorer  hautement  le  nom  du  courageux 


-  28  — 

ingénieur  qui,  avec  une  intuition  singulière  et  une  prescience  passionnée, 
vint  apporter  à  la  monarchie  de  Juillet  cette  puissance  nouvelle  et  cet 
ageat  de  civilisation. 

Ce  cadeau  ne  fut  pas  accepté  sans  résistance.  Il  fallut  lutter  pied  à  pied 
et  avec  une  rare  énergie.  Éinile  Pereire  se  dépensa  pendant  trois  ans  en 
efforts,  en  démarches,  en  éloquentes  démonstrations,  pour  parvenir  à  faire 
sortir  des  cartons  de  la  Chambre  le  projet  de  loi  nécessaire  pour  obtenir 
la  concession.  C'est  le  7  septembre  1832  qu'il  apporta  à  la  Direction  géné- 
rale des  ponts  et  chaussées  les  plans  du  chemin  de  fer  de  Paris  à  Saint- 
Germain;  c'est  le  9  juillet  1835  qu'il  eut  enfin  gain  de  cause  auprès  des 
Chambres  et  du  gouvernement. 

Les  hommes  d'État  souriaient  et  se  moquaient  un  peu;  les  savants  les 
plus  éminents  craignaient  et  doutaient. 

M.  Thiers  disait  à  Emile  Pereire  :  «  Votre  chemin  de  fer  n'est  qu'un 
joujou*  pour  amuser  les  Parisiens.  Jamais  vous  ne  pourrez  le  faire  servir 
au  transport  des  marchandises.  »  L'illustre  Arago  secouait  la  tête  et  mur- 
murait :  (c  Ce  n'est  pas  pratique.  C'est  très  ingénieux,  très  intéressant  ; 
mais  ce  n'est  pas  pratique.  » 

Seulement,  Emile  Pereire  avait  pour  lui  celle  force  immatérielle  qui 
transporte  les  montagnes  et  finit  par  réduire  les  obstacles  quels  qu'ils 
soient  :  il  avait  foi  en  son  idée,  il  croyait  à  l'avenir. 

Il  eut  le  bonheur  de  trouver,  comme  directeur  général  aux  Travaux 
Publics,  M.  Legrand,  homme  d'un  mérite  supérieur  et  dont  le  nom  ne  peut 
être  oublié.  M.  Legrand  fut,  dans  les  régions  officielles,  son  plus  fidèle 
auxiliaire  et  son  dévoué  défenseur.  Sans  lui,  il  eût  sans  doute  succombé. 

Les  banquiers,  chose  singulière,  étaient  encore  plus  hésitants,  plus 
récalcitrants  que  les  savants  et  les  hommes  d'État.  Et  pourtant  que  fallait-il 
pour  la  construction  du  chemin  de  fer  de  Saint-Germain,  d'après  les  plans 
et  devis  déposés?  Six  millions,  pas  plus.  Qu'est-ce  aujourd'hui  qu'une 
pareille  goutte  d'eau  pour  les  capitalistes  I  II  y  a  cinquante  ans^  Emile 
Pereire  ne  les  trouvait  pas  pour  une  création  qui  devait  révolutionner  le 
monde. 

Enfin  rbabile  ingénieur  triompha.  MM.  Adolphe  d'Eichtai  et  Auguste 
Thurneyssen  furent  les  premiers  convertis  et  déposèrent  ensemble  le  cau- 
tionnement de  deux  cent  mille  francs  exigé  par  le  gouvernement.  Un  peu 
après,  MM.  de  Rothschild  et  Samson-Davillier  se  laissèrent  convaincre  à 
leur  tour,  et  formèrent  avec  les  deux  premiers  capitalistes  le  conseil  d'ad- 
ministration de  la  nouvelle  entreprise. 

Du  jour  où  le  nom  de  M.  de  Rothschild  fut  prononcé,  les  difficultés  et 
les  hésitations  disparurent  et,  trois  mois  après,  la  concession  fut  obtenue. 

Je  n'ai  pas  besoin  de  dire  le  succès  magnifique  qui  récompensa  Emile 
Pereire  de  ses  efforts.  Secondé  par  son  frère  Isaac  qu'on  ne  peut  séparer 
de  lui,  il  inaugura,  comme  directeur,  le  chemin  de  fer  de  Saint-Germain, 
le  27  août  1837.  Ce  chemin  était,  dans  sa  pensée,  l'amorce  du  réseau  de 
l'Ouest.  La  ligne  dujNord  •  suivit  bientût  ;  puis,  celle  d'Orléans,  celle  de 


—  29  — 

Lyon,  celle  de  rRst  et  celle  du  Midi  :  les  cheiuias  de  fer  français  étaient 
créés. 

Emile  et  Isaac  Pereire  ne  furent  pas  seuls  ;  comme  tous  les  initiateurs, 
ils  surent  grouper  autour  d'eux  une  légion  d'hommes  d'élite.  Citons  au 
premier  rang  Stéphane  Mony,  l'un  de  nos  présidents  et  le  frère  atné  d'Eu- 
gène Flachat,  Lamé,  Clapeyron,  Eugène  Flachat  lui-même,  Fournel,  Petiet, 
Lechâtelier,  Maniel,  Golliguon,  Surrell.  N'oublions  pas,  dans  les  autres 
compagnies  qui  se  formèrent,  Yuigner,  Polonceau,  Vuillemin,  Love,  et 
tant  d'autres,  honneur  du  génie  civil.  [Très  bien!  Très  bieni) 

Le  chemin  de  fer  de  Saint-Germain  peut  être  fier  de  ses  enfants.  En  cin- 
quante ans,  le  réseau  français  a  passé  des  IS  kilomètres  de  ce  joujou  à 
31 560  kilomètres  en  exploitation.  Sa  valeur  est  de  12  milliards.  Ses  recettes 
brutes  s'élèvent  à  1 150  millions  et  ses  recettes  nettes  à  500  millions.  Il 
transporte  annuellement  180  millions  de  voyageurs  et  85  millions  de  tonnes 
de  marchandises.  Il  donne  à  l'État  83  millions  d'impôts,  sans  compter  le 
bénéfice  des  transports  gratuits  de  la  poste  et  des  réductions  de  prix 
consenties  pour  l'armée.  Enfin ,  son  personnel  forme  une  armée  de 
223000  hommes. 

Notre  Société  s'associe  de  tout  cœur  au  cinquantenaire  de  la  création 
des  chemins  de  fer  français,  elle  s'incline  devant  cette  œuvre  immense, 
elle  honore  profondément  la  mémoire  de  ceux  qui  ont  tant  contribué  à 
Faccomplir.  Nous  retrouverons  bientôt,  chez  nos  confrères  belges,  l'expres- 
sion de  la  même  sympathie  et  de  la  même  reconnaissance  pour  les  auteurs 
de  leur  réseau.  J*ai  tenu  à  ne  pas  rester  en  arrière  pour  la  France. 

Puisqu'il  faut  qu'il  y  ait  toujours  un  point  noir  dans  les  choses  humaines, 
permettez-moi  de  dire  en  terminant  que,  si  les  progrès  moraux  effectués 
pendant  ce  demi-siècle  avaient  été  à  la  hauteur  des  progrès  matériels  obte- 
nus, c'est  l'âge  d'or  qui  commencerait  sur  la  terre.  Malheureusement, 
nous  n'en  sommes  pas  encore  làl  {Applaudissements.) 

L'ordre  du  jour  appelle  l'analyse  par  M.  Auguste  Moreau  de  la  commu- 
mcalion  faite  par  notre  confrère,  M.  Yauthier,  au  congrès  de  l'Association 
française  pour  l'avancement  des  sciences,  tenu  à  Blois  en  1884,  sur  Ten- 
trdnement  et  le  transport  par  les  eaux  courantes  des  vases^  sables  et  gra- 
viers. La  question  est  délicate  et  intéressante.  M.  Yauthier  avait  promis 
d'assister  à  la  séance.  Nous  regrettons  qu'un  empêchement  survenu  au 
dernier  moment  nous  prive  de  sa  présence, 
M.  Auguste  Moreau  a  la  parole. 

M.  AuensTB  Moreau  expose  un  résumé  du  travail  de  M.  Yauthier. 
Après  avoir  bien  posé  la  question  qui  consiste  à  étudier  les  mouvements 
dans  l'eau  courante,  de  certaines  matières  de  densité  supérieure  à  la  sienne, 
M.  Yauthier  constate  qu'il  n'existe  pas  encore  d'étude  bien  approfondie  sur 
ce  sujet,  qu'il  se  propose  de  traiter.  Pour  cela  il  commence,  en  s'appuyant 
sur  les  formules  de  Dubuat,  basées  elles-mêmes  eii  grande  partie  sur  les 
expériences  de  Newton,  à  préciser  les  conditions  du  mouvement  d'un  corps 


—  30  — 

ayant  la  densité  de  la  pierre  el  descendant  dans  l'eau  sous  l'action  de  la 
pesanteur.  Il  rappelle  rapidement  les  formules  de  Dubuat  qui  vont  lai  être 
utiles  à  chaqne  pas  dans  la  suite. 

En  supposant  simplement  un  corps  sphérique  descendant  sous  l'effet  de 
la  pesanteur  dans  une  eau  en  repos  et  prenant  le  mètre  pour  unité  de 
longueur  et  la  seconde  pour  unité  de  temps;  appelant  en  outre  : 

g  l'accélération  due  à  la  pesanteur,  soit  9"»,8088  ou  iO  en  nombre  rond 

V  la  vitesse  ; 

e  la  base  du  système  des  logarithmes  népériens  ; 

8  l'espace  parcouru  ; 

d  le  diamètre  du  corps  sphérique  considéré  ; 

D  sa  densité; 

K  coefficient  de  résistance  du  liquide  au  mouvement  du  corps  plongé. 
—  Cette  résistance  étant  considérée,  ainsi  que  tout  le  monde  l'admet  au- 
jourd'hui, comme  proportionnelle  au  carré  de  la  vitesse  de  déplacement  et 
à  la  section  m  du  corps  normale  à  la  vitesse  (maître  couple  des  marins)  —  le 
terme  exprimant  la  résistance  R  est  de  la  forme: 

R  =  Kft>— . 

Gela  bien  établi,  si  l'on  pose  pour  simplifier  : 


et 


V,: 

-^l/- 

3K 

1), 

N 

-î-i/ 

'3ffK(D 

-1) 

et  si  l'on  admet  que  la  vitesse  et  Tespace  parcourus  sont  nuls  pour  tsszO'\ 
on  obtient  pour  valeur  de  la  vitesse  l'expression  transcendante  : 


eï^ï  — 1 


(A)  "'  e^t  +  1, 


et  pour  celle  de  l'espace  parcouru  : 

La  première  chose  à  faire  est  de  déterminer  la  valeur  du  coefficient  de 
résistance  K  dans  Thypotbèse  de  l'eau  et  d'un  corps  ayant  la  densité  de  la 
pierre, 

M.  Vauthier  s'arrête  avec  Newton  et  Dubuat  à  K=  0,S0,  tout  en  faisant 
remarquer  que  K  n'entrant  dans  les  expressions  précédentes  que  sous  le 


—  31  — 

radical,  des  hésitations  sur  le  choix  de  ce  coefficient  n'entraîneraient  pas 
de  grandes  différences  dans  le  résultat  final. 

Quant  à  la  densité  des  corps  entraînés  par  les  eaux,  elle  varie  entre  1.  S 
et  2. 5;  pour  simplifier  les  recherches  on  adoptera  le  chiffre  moyen  2.  En 
admettant,  comme  plus  haut,  que  g  =  1(>,  on  arrive  alors  aux  résultats 

^"i^^°*«  •  t; ,  =  5, 16393  VU 

^,       1,93648 

N  as-- — =r- 
Vd 

Pour  les  corps  de  très  faible  diamètre  d^  la  valeur  de  N  est  très  grande  ; 
il  en  est  donc  de  même  à  plus  forte  raison  de  e^  qui  entre  dans  les  deux 
formules  (A)  et  (B)  précédentes. 

Donc,  dans  (A)  la  fraction  . :  qui  peut  s'écrire 3- tend  rapide- 

ment  vers  1  lorsque  N  tend  vers  oo  ;  donct;  tend  vers  v^  et  on  a  à  la  limite 

Pour  la  formule  (B),  le  terme  transcendant  devient  absolument  négli- 
geable pour  les  mêmes  motifs. 

Néanmoins,  comme  tout  ce  qui  précède  est  vrai  pour  des  valeurs  de  d 
aussi  grandes  qu'on  voudra,  M.  Yautbier  examine  ce  que  deviennent  les 
termes  transcendants  des  formules  (A)  et  (B)  pour  des  sphères  ayant  respec- 
tivement pour  diamètres  : 

d  =  0»,0001  soit  1/10»  de  millimètre. 
d  =  0»,0100  soit  10  millimètres. 
d  =  1«,0000  soit  1000    — 

On  trouve  aisément  que,  dans  les  deux  premiers  cas,  les  termes  en  ques- 
tion diffèrent  assez  peu,  Tunde  Tunité,  l'autre  de  0,  de  sorte  qu'il  n'y 
a  pas  lieu  d*en  tenir  compte. 

Mais  il  n*en  est  plus  de  même  dans  le  dernier  qui  donne  : 

v^  ==5,16397 
N  =  1, 9365 

e  ss  6, 9344  ou  7  environ, 

de  sorte  que  l'on  a,  en  supposant  ^  :=  1  : 

eVl    ~    *' 

2  * 

et  j=  /.  (1+-TÏ)  =  0,1931. 

Donc,  pour  nn  bloc  de  4  mètre  de  diamètre,  la  vitesse  à  la  fin  de  la  prc- 


—  32  — 

mière  seconde  de  chute,  n'est  encore  que  les  trois  quarts  de  la  vitesse  limite 
et,  dans  la  mesure  de  l'espace  parcouru^  le  terme  transcendant  n*est  plus 
négligeable. 
Si  l'on  fait  ^  =  2,  on  a  : 

**  |/.(l+ If)  =  0,0008561. 

On  voit  donc  que,  même  pour  de  très  grands  blocs,  la  vitesse  converge 
avec  une  grande  rapidité  vers  la  vitesse  limite  ;  en  même  temps,  l'influence 
du  terme  transcendant  sur  l'espace  parcouru  tend  rapidement  à  s'annuler. 

Pour  bien  mettre  en  évidence  quelle  est  pratiquement  la  période  de  temps 
pendant  laquelle  il  peut  y  avoir  lieu  de  s'inquiéter  de  l'accélération  de  ta 
vitesse  et  de  l'espace  parcouru,  on  développe  v  en  série.  En  effectuant  sim- 
plement la  division  indiquée,  il  vient  : 

[222  1 

1  -  -nT  +  -iSi  -  ^ïîî  +  etc. 
e  e  e  J 

Or,  sauf  pour  de  très  gros  blocs,  e  est  tellement  grand  qu'on  peut 
se  contenter  du  premier  terme.  Si  Ton  veut  savoir  à  quel  moment  la  vitesse 
différera  de  la  vitesse  limite  d'une  quantité  donnée  0,001,  par  exemple,  on 
n'aura  qu'à  poser 

2  1 


e 

1000 

e 

=  2000 

N  t  iog.  e 

a=  log.  2000 

log.  2000 

3,3010300 

N  log.  e  N  iog.  €    ' 

ce  qui,  appliqué  aux  trois  dimensions  considérées  plus  haut,  donne  : 

pour  d  =  0,0001         ^  =  0",0393 
d  =  0,01  e  =  0",3925 

rf  =  l,00  ^=3",9251. 

En  calculant  les  espaces  correspondants,  on  voit  que  les  blocs  de  grosses 
dimensions  seuls  peuvent  exiger  l'étude  spéciale  de  la  période  de  vitesse 
accélérée;pourIes  vases,  sables,  graviers,  etc.,  ce  serait  un  pur  exercice 
d'analyse. 

Gela  posé,  M.  Vaulhier  a  dressé  un  tableau  concernant  treize  blocs  sphé- 
riques  dont  les  diamètres  varient  depuis  0'",0001  jusqu'à  1  mètre,  avec  les 
valeurs  de  K  et  de  D  admises  plus  haut.  Ce  tableau  donne  pour  chaque 


—  33  — 

cas,  le  temps  au  delà  duqael  la  vitesse  réelle  diffère  de  la  vitesse  limite  de 
moins  de  1/lOOOetles  espaces  parcourus  dans  lesquatre  premières  secondes 
de  la  chute. 

On  voit  à  rinspectioQ  de  ce  tableau  que,  pour  les  neuf  premiers  de  ces 
corps  jusqu'au  diamètre  de  0*,05,  il  est  inutile  de  pousser  le  calcul  au  delà 
de  la  deuxième  seconde  et  ce  n*est  que  pour  les  quatre  derniers  qu*il  y  a 
quelque  intérêt  à  pousser  jusqu'à  la  quatrième  seconde  :  c'est  pour  le  der- 
nier seulement  que  l'espace  parcouru  dans  la  troisième  diffère  sensiblement 
dn  v^  et  encore  l'écart  est-il  très  faible. 

Le  point  saillant  qui  se  dégage  de  tout  cela,  c'est  la  rapidité  avec  laquelle 
la  vitesse  de  chute  se  rapproche  d*une  vitesse  limite  qui,  théoriquement, 
n'est  jamais  atteinte. 

Cela  se  comprend  facilement  lorsqu'on  observe  que  cette  vitesse  limite 
est  notablement  plus  faible  que  celle  qui  résulterait  de  la  force  accélératrice 
qui  entraine  les  corps  au  départ,  avant  que  soil  née,  sous  l'influence  du 
mouvement  lui-même,  la  résistance  de  l'eau  qui  les  ralentit. 

Cette  force  qui  est  égale  au  poids  du  corps  diminué  de  la  poussée  du 
liquide  s'obtient  au  moyen  de  l'égalité. 

,       D-  1 

On  voit  ainsi  que,  dans  le  vide,  ces  petits  corps  devraient  parcourir  2'',50 
sous  l'action  de  cette  force  tandis  qu'en  réalité  ils  ne  parcourent  que  quel- 
ques décimètres  ou  même  quelques  centimètres  seulement. 

Même  pour  les  corps  très  volumineux,  les  vitesses  s'écartent  1res  rapide- 
ment de  ce  qu'elles  seraient  sous  l'action  de  g';  le  tableau  précité  le  mon- 
tre pour  la  sphère  de  1  mètre  de  diamètre.  A  la  fin  des  quatre  premières 
secondes,  les  vitesses  réelles  sont,  avec  les  vitesses  résultant  de  la  relation 
^  =  g'  tf  dans  les  rapports  exprimés  par  les  fractions  suivantes  : 
A  la  fin  de  la  première  seconde     0,77 

—  deuxième     —         0,50 

—  troisième      —  0,34 

—  quatrième    —         0,26 

La  vitesse  limite,  dont  la  valeur  numérique  joue  un  rôle  si  important  dans 
ce  qui  précède,  pourrait  d'ailleurs  cire  obtenue  immédiatcuieul  en  expri- 
mant qu'au  moment  de  l'équiUbjc  il  y  a  égalité  entre  le  poids  du  corps 
diminué  de  la  poussée  et  la  résistance  du  liquide  au  mouvement  descen- 
dant : 


d'où 


6    ^"      *^"^~*^-V 


v,=2[/ 


9à(i)^  1) 
3K 

BULL.  3 


—  34  — 

Le  seul  point  utile  à  savoir  que  met  en  lumière  l'analyse,  c'est  la  rapi- 
dité avec  laquelle  le  corps  tombant  tend  vers  cet  état  asymplotique  d'équi- 
libre qui,  dans  la  plupart  des  cas,  est  le  seul  qu'il  y  ait  lieu  de  considérer* 

Cela  posé,  un  corps  abandonné  dans  un  courant  de  vitesse  u  est  sollicité 
à  prendre  cette  vitesse  u  en  même  temps  qu'à  tomber  verticalement  sons 
l'influence  v' d'une  vitessequi,  sauf  pour  les  blocs  très  gros,  est  rapidement  Vj; 
il  suivra  donc,  en  réalité,  au  bout    d'un  temps  très  court,  une  direction 

dont  le  coefficient  angulaire  est  -^.  Si  le  corps  est  abandonné  à  une  hau- 
teur A  au-dessus  du  fond,  il  gagnera  ce  fond  en  un  temps  représenté  à  très 
peu  près  par  ^  =  —  et  à  une  distance  du  point  de  départ  qui  se  rappro- 

u 
che  beaucoup  de  (if  =  A  — . 

L'angle  de  la  trajectoire  avec  rhorizontalc  est  d'autant  plus  faible  que  v^ 
est  petit  par  rapport  à  u;  mais,  néanmoins,  cet  angle  est  sensible  pour  les 
corps  les  plus  ténus. 

Ainsi,  supposons ti  =  1",00,  h  =  1",00;  un  corps  de  O^.OOOl  de  diamètre 
(vase)  gagnera  le  fond  en  19^,38  à  une  distance  du  point  de  départ  égale  à 
19'",38.  Si  le  grain  aO",001  (sable),  les  chiffres  précédents  deviennent  6'' ,12 
el6"»,42.  Enfin,  pour  un  grain  deO»,01  (gravier),  4",94etl»,94.Ceschlfirres 
approximatifs  suffisent  pour  exprimer  nettement  la  physionomie  des  effets 
produits. 

En  réalité,  en  pratique,  la  trajectoire  ne  sera  pas  une  ligne  droite,  mais 
une  courbe  à  point  d'inflexion  à  cause  des  variations  de  vitesses  des  diffé- 
rents filets  d'eau  dans  une  même  verticale. 

Or,  dit  M.  Vauthier,  si  un  corps  tombe  dans  Teau  avec  une  vitesse  Vj,  il 
sera  retenu  en  équilibre  par  un  courant  vertical  ascendant  de  même  vitesse. 
Mais,  dans  un  cours  d'eau  naturel,  il  se  produit,  au  contact  des  parois,  et 
à  une  distance  plus  ou  moins  grande,  suivant  les  aspérités  de  celles-ci  et  la 
vitesse  de  l'eau,  des  courants  partiels  qui  s'écartent  plus  ou  moins  du  paral- 
lélisme avec  la  surface  du  courant. 

Supposons  un  des  corps  considérés  précédemment  placé  dans  un  de  ces 
courants  dirigés  vers  le  haut.  Si  la  composante  verticale  de  la  vitesse  de  ce 
courant  est  égale  ou  supérieure  à  la  vitesse  limite  V|,  correspondant  à  ce 
corps,  il  y  restera  suspendu  au  même  niveau  ou  remontera  avec  lui,  tout 
en  s' abaissant  relativement  de  v^k  chaque  seconde.  Et  si  la  vitesse  du  cou- 
rant partiel  qui  entratne  le  corps  s'affaiblit,  il  regagnera  de  nouveau  dans 
un  délai  plus  ou  moins  court,  le  fond  d'où  il  avait  été  enlevé. 

Cette  observation  semble  suffire  pour  se  rendre  compte  de  l'action  de  l'eau 
courante  sur  les  éléments  qui  composent  les  parois  de  son  lit;  et  les 
chiffres  donnés  dans  le  tableau  annexé  montrent  combien  cette  action  est 
variable  suivant  la  grosseur  de  ces  éléments. 

M.  Vauthier  a  pu  comparer  les  résultats  de  ses  calculs  avec  différentes 


—  35  — 

taUes  (Gneiss,  labiés  anglaises,  ctc.)f  donnant  les  vitesses  de  fond  cor- 
respondant à  rentratnenient  des  particnles  des  parois  du  lit  des  cours  d'eau, 
et  il  a  constaté  que  les  résultats  de  l'expérience  confirmaient  d'assez  près 
eeax  de  l'analyse.  La  loi  de  progression  de  la  vitesse  avec  la  grosseur  y  est 
sartout  nettement  retrouvée. 

Ce  n'est  pas  qu'il  y  ait  similitude  complète  entre  le  fait  d'entraînement 
de  corps  donnés  parallèlement  ou  en  contact  avec  les  parois  du  lit  sur  lequel 
ils  reposent  et  la  suspension  momentanée  dans  un  courant  tel  qu'elle  a  été 
considérée.  Mais  il  n'a  pas  paru  à  M.  Vauthier  qu'il  y  ait  lieu  de  poser 
et  d'essayer  de  résoudre  théoriquement  le  premier  problème»  eu  égard  aux 
effels  de  la  cohésion,  ou  de  l'enchevôtrement  des  éléments  qui  exercent,  dans 
ce  cas,  sur  les  effets  produits,  une  action  plus  importante  que  celle  qui 
résulte  de  leur  poids  ou  de  leur  forme 

En  somme,  les  considérations  précédentes  suffisent  pour  rendre  compte 
des  effets  de  transports  d'éléments  plus  ou  moins  volumineux  effectués 
par  les  eaux  courantes,  normalement  ou  accidentellement  animés  de 
vitesses  considérables,  sans  qu'il  y  ait  lieu  de  faire  intervenir  dans  la 
question  une puisiance  de  suspension  spéciale  dont  l'eau  serait  douée  ainsi 
qu'on  l'a  quelquefois  supposé. 

Après  avoir  appuyé  ses  théories  d'exemples  puisés  dans  les  matériaux 
charriés  par  la  Garonne,  la  Loire  et  les  égouts  de  Paris,  H.  Vauthier  tire 
les  conclusions  suivantes  : 

\^  L'eau  ne  jouit  pas  d'une  propriété  spéciale  en  vertu  de  laquelle  elle 
tiendrait  en  suspension  des  matières  quelque  ténues  qu'elles  soient,  d'une 
densité  supérieure  à  la  sienne  ; 

2*  Ces  matières  tendent  toujours  à  gagner  le  fond  avec  une  vitesse  qui 
dépend  de  leur  densité  et  qui  est  inverse  de  la  racine  carrée  de  leurs  dimen- 
sions transversales  ; 

3*  Eu  égard  à  la  grandeur  desdites  vitesses,  pour  des  matières  d'une  den- 
sité semblable  à  celles  qui  forment  les  parois  des  lits  des  cours  d'eau;  les  effets 
de  déplacement  et  de  transport  observés  dans  les  fleuves  et  rivières  s'expli- 
quent très  bien  par  le  fait  seul  des  courants  permanents  ou  accidentels  qui 
agissent  sur  le  fond  ; 

4*  Dans  l'appréciation  de  ces  effets,  il  faut  tenir  compte,  dans  une  mesure 
large,  du  degré  de  ténuité  des  matières  à  entraîner,  et  ce  qui  est  vrai 
pour  des  matières  extrêmement  divisées  comme  celles  qui  troublent  par 
exemple  la  Garonne  à  la  hauteur  de  Bordeaux  et  tous  les  cours  d'eau  petits 
ou  grands  pendant  leurs  crues,  est  absolument  faux  pour  des  matières  de 
ténuité  moindre. 

Enfin  M.  Vauthier  termine  eu  signalant  l'utilité  qu'il  y  aurait  à  reprendre 
de  nos  jours  et  avec  les  appareils  perfectionnés  que  nous  possédons  actuel- 
lement, les  expériences  de  Nev^ton  et  de  Dubuat  qui  sont  nos  seules  bases 
pour  l'étude  de  toutes  les  questions  de  ce  genre. 

M.  LE  PaisiDENT  remercie  H.  Auguste  Moreau  de  son  analyse  très  exacte 
qui  sera  insérée  au  procès-Terbal^  puisque  l'étude  de  M.  Vauthier  a  déjà 


—  36  — 

paru  dans  le  volume  qui  rend  compte  du  congrès  tenu  à  Blois,  en  1884,  par 
Î^Âssociation  française  pour  Tavancenient  des  sciences. 

L'ordre  du  jour  appelle  la  communication  de  M.  A.  Potel  sur  les  intérêts 
français,  au  point  de  vue  industHel  et  commercial,  dans  les  pays  de  la 
Plata. 

M.  LB  Président  présente  à  l'assemblée  H.  A.  Polel qui  n'est  pas  membre 
de  la  Société,  et  dont  il  se  fait  aujourd'hui  le  parrain.  M.  A.  Polel  veut 
bien  nous  apporter  un  résumé  des  observations  très  intéressantes  qu'il  a  pu 
recueillir  pendant  ses  voyages  dans  les  pays  de  la  Plata  où  tant  de  sympa- 
thies nous  sont  acquises.  Nous  croyons  qu'il  n'est  pas  inutile  pour  nous 
d'être  renseignés  sur  l'industrie  et  le  commerce  de  ces  contrées  lointaines 
où  nos  compatriotes  luttent  contre  la  concurrence  étrangère. 

M.  A.  Potel  a  la  parole. 

M.  PoTBL  prend  la  parole  en  ces  termes  : 

La  crise  industrielle  et  commerciale  que  la  vieille  Europe  traverse  en  ce 
moment,  a  provoqué  de  toutes  parts  un  mouvement  d'étude  des  meilleurs 
moyens  à  employer  pour  amener  un  développement  plus  grand  des  échanges 
avec  les  pays  non  producteurs. 

Les  avis  se  sont  partagés.  Pour  les  uns,  la  conquête  ou  l'achat  de  colo- 
nies nouvelles  est  indispensable  pour  atteindre  le  but  proposé;  pour 
d'autres,  et  je  n'hésite  pas  à  me  ranger  parmi  ceux-là,  la  solution  immé- 
diate pourrait  se  trouver  dans  une  meilleure  organisation  de  nos  forces 
commerciales,  en  nous  contentant  de  mieux  exploiter  les  pays  déjà  vieux 
comme  civilisation,  c'est-à-dire  riches,  ayant  des  besoins;  les  pays  où  les 
mœurs  sont  sensiblement  semblables  aux  nôtres,  mais  qui  ne  sont  pas 
encore  devenus  producteurs.  Pour  spécifier,  nous  citerons  le  Transwall, 
l'Australie  et  spécialement  les  Étals  compris  dans  la  vaste  péninsule  hispa- 
no-américaine. États  latins  comme  nous,  et  que  la  race  anglo-saxonne  n'a 
pas  encore  accaparés. 

Parmi  ces  États,  nous  nous  occuperons  tout  spécialement  aujourd'hui,  de 
deux  républiques,  la  République  argentine  et  celle  de  l'Uruguay,  que  je 
viens  de  visiter. 

Ce  fut  Jean  Diaz  de  Solis  qui  découvrit  le  Rio  de  la  Plata,  en  1516.  Parti 
du  port  de  Lepe  le  8  octobre,  il  relâcha  aux  Canaries,  puis,  poursuivant  sa 
route,  reconnut  la  magnifique  baie  où  se  bâtit  plus  tard  la  ville  de  Rio-de- 
Janeiro;  enfin,  continuant  à  longer  les  côtes,  il  arriva  dans  un  vaste  estuaire 
qu'il  prit  d'abord  pour  une  mer  intérieure  et,  à  cause  du  peu  de  salure  de 
ses  eaux,  il  la  dénomma  Mar  dulce. 

Onze  années  plus  tard,  Sébastien  Cabot  s'embarquait  à  Cadix  et  venait 
visiter  à  son  tour  ces  mêmes  parages.  La  légende  raconte  qu'en  arrivant, 
sachant  déjà  avoir  devant  lui  un  fleuve  et  non  une  mer,  il  jeta  par-dessus 
son  bord  une  pièce  de  monnaie  et  dénomma  ainsi  la  Mar  dulce  de  Solis, 
LE  Rio  DE  LA.  Plata  ou  Rivière  de  forgent. 

La  république  orientale  de  l'Uruguay,  qui  s'est  fondée  sur  la  rive  gauche 


—  37  — 

du  Rio  de  la  Plata,  république  dont  nous  voulons  plus  spécialement  nous 
occuper,  est  située  entre  le  30*5'  et  le  35®  de  latitude  sud  et  les  56<>15'  et 
60*45'  de  longitude  ouest  du  méridien  de  Paris. 

Presque  tout  son  territoire  est  entouré  d'eau;  on  peut  le  considérer 
comme  une  vaste  péninsule  réunie  à  l'extrémité  méridionale  de  l'empire  du 
Brésil. 

{M.  Potel  accompagne  ses  explications  de  nombreuses  projections  sur  le 
laèleaUy  exécutées  par  M.  Molteni.) 

Ainsi  que  l'a  constaté  le  général  Uruguayen  Reyes  en  1856,  la  ligne  de 
démarcation  de  cet  Ëtat  est  restée  la  même  que  celle  du  temps  de  la  domi- 
nation espagnole.  Cette  ligne  a  environ  450  milles  géographiques  d'étendue  ; 
elle  passe  par  les  crêtes  des  monts  Aedo  et  Santa-Anna,  jusqu'à  la  rencontre 
à  l'onest,  des  sources  de  la  rivière  Gouarim,  qui  débouche  dans  l'Uruguay» 
et,  à  Touest,  de  celles  du  Yaguaron  qui  débouche  dans  lé  fac  Mérim. 

Son  périmètre  ressemble  à  un  polygone  de  plusieurs  côtés;  il  est  bordé 
à  l'ouest  par  le  Yaguaron,  au  sud  par  le  Rio  de  la  Plata,  au  sud-est  par 
l'océan  Atlantique,  à  Test  et  au  nord-ouest  par  le  lac  Mérim  et  des  rivières 
secondaires. 

Le  général  Reyes  a  calculé  que  la  superficie  de  cette  République  est  de 
186920  kilomètres  carrés,  soit  un  peu  plus  du  tiers  de  la  France»  deux  fois 
la  superficie  du  Portugal. 

Son  sol  est  alternativement  composé  de  monticules  et  de  vallées.  II  est 
arrosé  par  une  multitude  de  rivières  et  de  cours  d'eau,  presque  tous  assez 
abondants.  Il  est  d'une  fertilité  remarquable  et  produit  tous  les  fruits  et  les 
légumes  d'Europe.  On  voit  dans  les  jardins  qui  entourent  Montevideo,  capi- 
tale de  la  République,  les  pommiers  à  côté  des  orangers,  les  cerisiers  et  la 
vigne  à  côté  des  figuiers  de  Barbarie,  c'est-à-dire  les  fruits  des  tropiques  à 
côlé  des  fruits  de  nos  climats  tempérés. 

Les  fleurs  sont  magnifiques  et  en  telle  abondance,  qu'elles  servent  à 
orner  les  plus  pauvres  demeures. 

La  vie  matérielle,  en  ces  pays,  est  à  très  bon  compte.  La  viande  vaut  30  à 
40  centimes  le  kilogramme,  le  vin  80  centimes  le  litre,  le  pain  et  les  légumes 
le  même  prix  qu'en  France,  un  beau  poisson  coûte  quelques  sous,  les  loyers 
seuls  sont  d'un  prix  aussi  élevé  qu'à  Paris. 

Dans  la  campagne,  vingt-cinq  livres  de  viande  de  bœuf  se  vendent  ordi- 
nairement 4  francs. 

Notre  but  étant  de  nous  occuper  ici  tout  spécialement  de  commerce  et 
d'industrie,  nous  ne  dirons  pas  comment  se  sont  formées  les  populations 
qai  habitent  ces  pays,  nous  nous  contenterons  simplement  de  constater 
comment  elles  sont  composées  à  l'heure  présente. 


—  38  — 


Espagoo]s 

Français^.... 

Brésiliens 

Argentins 

Anglais 

Allemands 

Autres  nationalités. . . 

Total 

Nationaux 

Ensemble 


RÉPUBLIQUES 


OniENTALC^ 

de 
VUruguay. 

36.303 

39.780 

14.375 

20.178 

15.540 

2.772 

2.154 

9.143 


ABOKNTIIfE 


123.641 

59.022 
55.432 


» 


140.222 
298.023 


I 


438.245 


17.950 

8.616 

99.084 


363.745 
2.578.255 


2.942.000 


BNSBMBLB 


159.944 
98.802 
69.807 
20.178 
15.546 
20,722 
10.741 

108.227 

2.876.278 


Total  général 3.380.245 


Nous  venons  de  donner  le  chiffre  de  la  population,  nous  allons  donner 
maintenant  le  chiffre  de  la  fortune  foncière  dans  ces  pays,  par  nationalité». 


IlaHeûî. 

Espagnols 

Français 

Anglais ; 

Allemands 

Autres  nationalités. . . 

Total 

Nationaux 

liiNSEMBLE. .  .  . 


RÉPUBLIQUES 


OHIERTALB 

de 
rUruguay 


franes 

123.156.973 

139.203.576 

72.271.197 

43.023.160 

16.860.868 

237.516.196 

632.031.970 
476.564.952 


ARGENTINE 


1   108.596.922 


francs 
165.159.115 
45.774.265 
53.519.700 
32.318.795 
16.180.725 
88 . 197 . 660 


ENSEMBLE 


401.150.260 
552.226.990 


953.377.250 


Total  oénbbal. 


fr&ncs 

288.316.088 
284.977.841 
125.790.897 
75.341.955 
33. 041.593 
325.713.856 

1.028.791.942 


2.061.974^72 


Le  climat  de  la  Plata  est  généralement  sain  et  tempéré;  cependant,  dans 
les  villes  du  littoral,  il  est  sujet,  vers  certaines  époques  de  Tannée,  à  des 
variations  brusques  de  température,  comme  du  reste  dans  les  villes  du 

1.  ReceDBement  de  1819. 
2  —  de  1881. 

3!  Tous  les  chiffres  que  noai  citon»  «ont  extralU  des  doeumenU  officiels  relevés  daos  les 

pajB  que  nous  avons  visités. 


—  39  — 

midi  de  l'Europe  avoisinant  la  mer.  Dans  les  mois  les  plus  chaads,  c'est-à* 
dire  en  décembre  et  janvier,  correspondant  pour  notre  hémisphère  aux  mois 
de  juillet  et  d'août,  la  température  maxima  dans  l'Uruguay  est  de  31''  cenli- 
grades,  et  dans  les  mois  les  plus  froids,  c'esl-4i-dire  juillet  et  août,  le  ther- 
momètre descend  rarement  à  0*. 

L'émigration  européenne  pour  les  pays  de  la  Plata  est  considérable.  Elle 
provientsartoat  de  l'Italie  et  del'Espagne.  Pour  laFrance,  la  majorité  desémi- 
granls  est  de  provenance  basque,  mais  leur  nombre  est  bien  moins  considé- 
rable que  celui  des  Italiens,  pour  la  plupart  Napolitains,  Milanais  ou  Génois. 
Il  est  du  reste  facile  de  se  rendre  compte  de  la  proportion  des  émigrants 
en  consultant  le  tableau  de  la  population,  que  nous  avons  donné  plus  haut. 

En  1878  et  1879,  dates  de  la  dernière  statistique  officielle,  publiée 
en  1882,  pour  l'Uruguay,  nous  avons  pu  constater  qu'il  était 

entré * 20224  personnes 

et  sorti 12989       — 

D'où  une  différence  à  l'entrée  de         7235  personnes. 

Sur  ce  nombre  3  881  immigrants  s'étaient  présentés  à  la  commission 
locale  d'immigration,  commission  qui  ne  fait  aucune  propagande  en  Europe. 
Elle  en  avait  placé  3  033. 

Malheureusement,  dans  le  nombre  des  personnes  qui  vont  chercher  l'ai- 
sance dans  les  pays  de  la  Plata,  la  plupart  n'ont  aucun  état  manuel,  de 
sorte  que  les  hommes  de  peine  et  les  domestiques  sont  en  grand  nombre 
§t  les  gens  de  métiers  font  défaut,  ce  qui  est  très  regrettable. 

Nous  croyons  que  c'est  la  place,  ici,  de  donner  le  montant  des  salaires 
ordinairement  payés  dans  ces  pays. 
Un  ménage  de  laboureur  gagne  par  mois,  avec  nourriture 

et  logement fr.    125  à  170 

Unlaboureur  seul,  avec  nourriture  et  logement 70  à  100 

Les  journaliers  pour  chemins  de  fer 80  à  100 

ou  de  G  fr.  80  à  2  francs  du  mètre  cube  suivant  la  nature  du 

terrain,  toujours  avec  nourriture  et  logement. 

Jardiniers  (logement  et  nourriture,  au  mois) 90  à  110 

Cuisinières  —  —      80  à  100 

Servantes  —  —      70  à    80 

Perruquiers  —  —      100  à  120 

Mécaniciens  —  —      300  à  350 

Relieurs  —  —      100  à  150 

Tailleurs  —  à  la  journée 7  à    10 

Charpentiers  —  —       5  à    10 

Cordonniers  —  —        5  à    10 

Forgerons  —  —        7  à    10 

Ferblantiers  —  —        6  à    10 

Maçons  —  —        7  h    10 

Selliers  —  — 6  à    10 


—  40  — 

Si  des  travailleurs  u'ayaiit  quo  lears  bras  comme  avoir,  nous  passons  h 
ceux  qui,  munis  de  quelques  capitaux,  voudraient  aller  tenter  fortune  dans 
ces  pays  d'outre*mer,  nous  leur  conseillons  de  se  grouper;  car  là,  comme  en 
Europe,  il  faut  de  l'argent  pour  organiser  un  établissement  quel  qu'il  soit. 

Jusqu'à  présent,  il  n'y  a  à  peu  près  que  l'élevage  des  bestiaux  qui  soit 
régulièrement  exploité,  mais  il  faut  d'assez  gros  capitaux  pour  le  tenter. 
Voici,  quelques  chiffres  de  rendement  que  nous  a  donnés  un  de  nos  bons 
amis,  établi  estanciero  dans  la  Plata,  depuis  une  dizaine  d'années. 

Nous  prenons  comme  exemple  une  ferme  ou  eitaneia  de  8  suertes  ou 
environ  6  lieues  carrées  qui  servirait  exclusivement  à  l'engraissement  et  h 
rélevage.  I)  est  possible  de  mettre  sur  cet  espace  environ  12  000  animaux. 

Première  année  : 

Achat  de  12000  veaux  mâles  à  3  piastres, 

soit  15  fr 180000  francs. 

1  année  d'intérêt  à  12  pour  100* 21600    — 

Location  du  terrain  et  frais  par  animal  5  fr.  .      60000    — 

Ensemble 261 600  francs. 

Deuxième  année,  animaux  de  trois  ans  : 

Intérêt  à  12  pour  100,  soit 31'392  francs. 

Location  et  frais 60  000    — 

Ensemble 352992  francs. 

Troisième  année,  animaux  de  quatre  ans  : 

Intérêt 32359  francs. 

Location  et  frais,  6  francs  par  animal 72  000    — 

Ensemble 467351  francs. 

Mortalité  générale  évaluée  15  p.  100,  moyenne 

prise  sur  la  deuxième  année 52949  francs. 

520300  francs. 
520300 

^"•^  î2ôôr=*^^'-^^- 

Or  le  prix  de  vente  des  bœufs  de  quatre  ans  a  été 
en  1881  de      82,50 

en  1882  de      87,00 

en  1883  de      75,00 

244;5Ô 

244  50 
La  moyenne  est  donc  de  — ^ —  =  81  fr.  50 

soit  pour  10  200  bœufs,  mortalité  déduite,  à  81  fr.  50.    831  300  francs. 

Bénéfice  réalisé 311 000  francs 

en  trois  années  ou  plus  de  100  000  francs  par  an,  en  dehors  des  12  pour 
100  d'intérêt  annuel  du  capital  employé. 

f .   12  pour  100  est  le  taux  ordinaire  de  l'argent  dans  la  Plala. 


—  4«  — 

Voilà  pour  les  gros  capitaux;  pour  les  capitaux  plus  restreints,  voici  ce 
que  peut  donner  rélevage  du  mouton,  plus  spécialement  tenté  dans  la  Répu- 
blique argentine.  Je  cite  ici  M.  Daireaux,  qui  a  étudié  cette  importante 
question  pendant  un  séjour  de  douze  années  dans  la  Plata. 

«t  L'e$iancia  consacrée  à  l'élevage  du  mouton  est  généralement  composée 
de  terrains  restreints;  cependant  il  y  a  de  riches  propriétaires  qui  occu- 
pent cinq,  six  et  même  dix  lieues.  Pour  un  troupeau  de  2  000  têtes,  200  hec- 
tares, 250  au  maximum,  suffisent;  la  terre  se  divise  en  conséquence,  et, 
sur  une  lieue  de  pâturages  passables,  on  peut  placer  de  dix  à  douze  trou* 
peaux  de  cette  importance.  On  trouve  facilement  des  terrains  à  louer,  bien 
qu'ils  soient  chaque  jour  plus  recherchés. 

«  Le  système  pratiqué  est  celui  de  l'association  :  le  propriétaire  ou  loca- 
taire du  terrain  fournit  un  rancAo.*  1000  brebis,  200  hectares,  à  un  métayer 
qui,  fournissant  également  i  000  brebis  et  entrant  pour  moitié  dans  les 
frais  d'installation,  aura  la  garde  du  troupeau.  Tous  les  produits  se  divise- 
ront par  moitié;  le  métayer  cependant  a  le  droit  de  nourrir  sa  famille  en 
tuant  les  animaux  nécessaires  à  sa  consommation;  il  doit  compte,  bien 
entendu,  de  chaque  peau  provenant  de  ces  abatages  quotidiens;  d'octobre 
à  décembre  a  lieu  la  tonte;  en  mai,  avant  la  mise  bas  d* automne,  qui  com- 
mence à  cette  époque  et  qui  est  la  plus  productive,  on  peut  vendre  les 
animaux  gras  ou  vieux  et  faire  place  ainsi  aux  agneaux. 

«  Le  produit  de  ce  genre  d'industrie  est  vraiment  prodigieux.  Nous  avons 
pris  au  hasard  le  compte  de  rendement  d'uu  troupeau  de  2  040  moutons 
élevés  par  un  métayer  soigneux,  associé  par  moitié.  Il  fut  payé,  en  avril, 
5  francs  par  tète,  soit  10200  francs;  en  décembre,  le  produit  net  en  laine 
fut  de  2  200  francs;  les  peaux  provenant  de  la  consommation  du  métayer 
et  de  quelques  animaux  morts  donnèrent  420  francs;  en  avril  suivant,  on 
put  extraire  du  troupeau  800  animaux  choisis  que  l'on  vendit  9  francs 
pièce,  soit  7  200  francs,  et  le  troupeau,  augmenté  déjà  des  mises  bas  d'avril, 
resta  encore  de  1 900  tètes  à  la  veille  de  la  mise  bas  d'automne,  qui  devait 
donner  au  moins  500  agneaux,  soit  un  revenu  de  près  de  100  pour  100  en 
une  seule  année,  pour  un  troupeau  très  ordinaire.  Certes,  il  y  a  des  mé- 
tayers peu  soigneux  et  des  propriétaires  négligents  qui  détruisent  ou  lais- 
sent perdre  leur  troupeau  peu  à  peu,  et,  au  bout  de  quelques  années,  sont 
plus  pauvres  qu*au  début;  mais  l'homme  travailleur  et  sobre  ne  trouvera 
nulle  part  un  emploi  plus  avantageux  d'un  petit  capital.  Ce  premier  capital, 
l'immigrant  qui  fera  preuve  de  qualités  sérieuses  ne  manquera  pas  de  pro- 
priétaires qui  le  lui  prêteront,  trop  heureux  de  s'attacher  un  homme  capable 
de  faire  prospérer  leurs  «intérêts  en  même  temps  que  les  siens  propres; 
mais  il  ne  faut  pas  croire  que  cette  vie  soit  des  plus  douces;  le  seul  charme, 
pour  celui  qui  aime  le  farniente  le  plus  invariable,  c'est  l'oisiveté  absolue.  » 

L'année  dernière,  on  a  abattu  dans  la  Plata  1 057  000  bêtes  à  cornes  et 
recueilli  57  millions  de  kilogrammes  de  laine.  Il  en  est  ainsi  depuis  plu- 
sieurs années. 

A  côté  de  rélevage,  de  nombreuses  industries  pourraient  être  installées 


—  42  — 

dans  la  Plata;  elles  offriraient  de  grands  avantages  à  ceux  qui  se  livre- 
raient à  leur  exploitation.  Nous  voulons  parler  entre  autres  de  distilleries, 
de  tanneries  et  surtout  d'entreprises  de  travaux  publics. 

Lors  de  la  conquête  par  les  Espagnols,  de  nombreuses  tribus  indiennes 
habitaient  les  plaines  de  la  Plata. 

Dans  la  République  argentine,  elles  ont  été  continuellement  poursuivies 
et  refoulées  plus  avant,  vers  la  Patagonie.  Le  même  sort  leur  est  réservé 
qu'aux  tribus  du  Far-West  de  l'Amérique  du  Nord.  Toutes  celles  qui 
veulent  garder  leur  indépendance,  qui  ne  veulent  pas  se  fondre  avec  l'élé- 
ment blanc,  sont  fatalement  destinées  à  disparaître  par  extermination. 

L*historique  de  ces  peuples  peu  connus^  nous  entraînerait  trop  loin  pour 
que  nous  puissions  le  faire  dans  ce  court  opuscule.  Disons  seulement  que 
la  dernière  tribu  qui  fut  détruite  dans  l'Uruguay  fut  celle  des  Charmât. 
C'est  en  1831,  près  Maldonado,  qu'ils  furent  vaincus.  Depuis  trois  siècles» 
ils  luttaient  contre  les  Espagnols,  avec  une  intrépidité  et  une  ténacité 
véritablement  extraordinaires. 

EnlSOOy  un  historien  espagnol* AraKa,  écrivait: 

<c  Peut-être  les  Charmas  ont-ils  coûté  plus  de  sang  à  l'Espagnol  que  les 
nombreuses  armées  de  Tlnca  et  de  Montezuma^  et  cependant  leur  nombre 
ne  s'élève  pas  au  chiffre  insignifiant  de  quatre  cents;  on  a  essayé  contre 
eux,  toujours  en  vain,  de  petites  et  de  grandes  expéditions;  sobres,  agiles 
et  forts,  plus  grands  en  moyenne  que  les  Européens,  tous  coulés  dans  le 
même  moule,  au  visage  énergique  et  bronzé,  encadré  de  cheveux  longs  et 
touffus,  ils  ont  Treil  perçant,  l'ouïe  extraordinairement  fine,  les  denta 
blanches,  la  main  et  le  pied  petits .  » 

Les  cinq  ou  six  Gharruas  qui  survécurent  au  combat»  furent  faiU  prison-* 
nierset  confiés  à  Montevideo  à  un  directeur  de  cirque  français»  qui  les  ame- 
na h  Paris,  où  le  dernier  d'entre  eux  finit  misérablement  dans  Un  hôpilaL 

Aujourd'hui  l'homme  qui  a  remplacé  llndion  dans  la  prairie^  qui  prend 
soin  de  la  propriété  et  se  livre  aux  rudes  travaux  des  champs,  s'appelle  le 
Gaucho.  Descendant  des  premiers  Espagnols  qui  ont  occupé  le  pays»  et  des 
China  ou  filles  d'Indiens»  il  tient  des  deux  races  :  de  l'Espagnol  il  a  la 
fierté  ;  de  l'Indien»  la  ruse,  la  souplesse,  l'adresse  et  le  génie  d'observation 
de  la  nature  dans  ses  lois  les  plus  communes. 

C'est  l'homme  primitif  dans  toute  l'acception  du  mot.  De  taille 
moyenne  et  bien  prise,  bronzé  par  le  sang  de  sa  race  et  par  le  soleil  qui 
le  frappe  en  pleine  face  du  matin  au  soir,  lorsqu'il  traverse  sur  son  cheval 
l'immense  plaine  appelée  pampa^  à  peine  garnie  jde  loin  en  loin  par  un 
om^ti»  il  est  toujours  d'humeur  gaie  et  égale  s'il  a  son  morceau  de  viande 
fraîche  à  faire  rôtir  dans  la  prairie  [assado)  et  son  verre  d'eau  journalier; 
quant  au  pain»  qu'il  en  ait  peu  on  point,  cela  lui  est  égal. 

Grande  et  large  est  son  hospitalité.  Il  reçoit  le  voyageur  comme  un 
frère,  ne  lui  demandant  jamais  où  il  va,  ni  d'où  il  vient.  Il  partage  avee 
lui  tout  ce  qu'il  possède»  sans  vouloir  accepter  le  moindre  payement»  à 


—  43  — 

moins  que  ce  ne  soit  à  titre  de  cadeaa  ou  de  souvenir  et  encore  faut-il  que 
ce  tie  soit  pas  de  l'argent. 

Pour  lui-môme,  il  n*a  pas  de  coquetterie.  De  larges  pantalons  appelés 
chiripa,  une  veste  de  drap  noir,  une  ceinture  dans  laquelle  est  passé  son 
couteau,  un  poncho^  ou  couverture  de  laine  douce^  rayée^  percée  en  son 
centre  d'un  trou  pour  passer  la  tète  et  un  êombrero  en  feutre,  voilà  son 
accoutrement. 

Dans  la  prairie^  il  est  ordinairement  chaussé  de  bandes  de  cuir  souple, 
attachées  à  ses  pieds  et  le  long  de  sa  jambe  jusqu'au  genou  au  moyen  de 
lanières,  à  la  façon  indienne  ;  mais  lorsqu'il  vient  en  ville,  il  met  de  belles 
bottes  à  récnyère  en  cuir  verni,  et  je  vous  assure  qu'avec  son  costume 
original,  ii  a  alors  fort  bel  air. 

S'il  n'est  pas  très  coquet  pour  lui,  il  n'en  est  pas  de  même  pour  son 
cheval.  Il  n'aime  pas  la  selle  anglaise  de  nos  pays,  il  lui  préfère  son  reeado^ 
qui  lui  compose  un  excellent  lit  lorsqu'il  couche  dans  la  plaine.  Ses  étriers 
sont  souvent  en  argent  massif^  d'une  forme  très  haute  et  toute  spéciale  ;  il 
en  est  de  même  de  la  garniture  du  mors  et  de  la  bride,  de  ses  éperons,  de 
la  poignée  et  du  fourreau  de  son  couteau.  Tout  l'argent  qu'il  pourra  gagner 
passe  dans  ces  ornements,  à  moins  qu'il  ne  boive  la  cagne  ou  eau-de-vie 
de  canne  à  sucre  à  la  pulperia,  et  ensuite  qu'il  ne  joue,  car  le  jeu  est  la 
passion  dominante  chez  lui.  Les  cartes  et  les  dés  i*altirent,  et  ce  vice  est 
tellement  enraciné  chez  le  gaucho  que<  s'il  devient  soldat,  bien  qu'il 
lui  soit  interdit  sous  les  peines  corporelles  les  plus  graves  d'avoir  des 
cartes  ou  des  dés,  il  invente  mille  combinaisons  pour  satisfaire  sa  passion. 
Une,  entre  autres,  m^a  paru  singulièrement  originale.  Deux  petits  tas  de 
sacre  à  peu  près  égaut  étant  formés,  et  deux  mouches  étant  attrapées,  les 
deuiL  joueurs  tirent  au  sort  le  tas  sur  lequel  chacun  d'eux  place  sa  mouche. 
Celle  des  deux  qui  a  le  plus  tôt  fini  son  tas  de  sucre,  fait  gagner  le  pro« 
priétaire  du  tas. 

I>ans  la  campagne,  lorsque  le  gaucho  a  tout  perdu  et  qu'il  soupçonne 
son  adversaire  d'avoir  triché,  ce  qui  arrive  souvent,  le  drame  succède  au 
jeu  :  les  couteaux  sont  tirés  et  presque  toujours  un  homme  reste  sur  le  car- 
reau le  ventre  ouvert.  Gomme  la  justice  est  loin,  le  plus  ordinairement  le 
dénouement  de  ces  scènes  tragiques  reste  ignoré. 

Jamais  le  gaucho  ne  vous  volera  de  l'argent,  —  je  parle  ici  du  travail* 
leur  et  non  du  bandit  qui  parcourt  les  plaines,  celui-ei  n'étant  plus  heureu  * 
sèment  qu'une  exception.  Hais  s'il  peut  vous  prendre  un  morceau  de  cuir 
capable  de  servir  à  Tornement  de  sa  selle  ou  de  sa  bride,  il  le  fera  sans 
vergogne  ne  considérant  pas  cela  comme  un  larcin. 

L'élevage  du  bétail  étant,  comme  nous  l'avons  dit,  la  seule  industrie  véri* 
tablement  grandement  établie,  c'est  au  gaueho  que  les  soins  tout  primitifs 
qu'elle  nécessite  sont  dévolus.  Ces  soins  portent  sur  trois  points. 

Lorsque  les  jeunes  taureaux  ont  six  mois,  on  les  marque  :  quand  ils  oni 
deox  ans,  on  les  castre,  et,  à  quatre  ans,  on  les  vend,  pour  être  tués  et 
salés,  puis  expédiés  au  Brésil  et  à  la  Havane,  où  ils  forment  la  meilleure 


—  44  — 

partie  de  la  nourriture  des  noirs  et  le  mets  national,  composé  de  cetle  viande 
cuite  avec  des  haricots    rouges ,  que  les  Brésiliens  appellent  Fejoade, 

Nous  avons  démontré  plus  haut,  ce  que  peut  rapporter  l'élevage  du 
bœuf  et  du  mouton,  nous  allons  maintenant  parler  de  l'industrie  du  tueur, 
c'est-à-dire  du  scUaderhta, 

Il  existe  dans  les  deux  républiques  dont  nous  nous  occupons  28  155  249 
bétes  à  cornes  et  68063  619  moutons. 

L'histoire  de  la  création  de  cet  immense  troupeau  est  réellement  très 
curieuse.  En  1553»  c'est-à-dire  cinquante  ans  après  les  premières  des- 
centes des  Espagnols  sur  les  rives  du  Rio  de  la  Plala,  les  frères  Goês, 
deux  Portugais  dont  l'histoire  a  conservé  les  noms,  amenèrent  de  Sainte- 
Catherine  sur  la  c6te  du  Brésil,  par  la  route  de  terre,  jusqu*à  l'Assomption 
du  Paraguay,  huit  vaches  et  un  taureau,  source  de  tout  ce  bétail.  Pour 
récompense  de  ce  voyage,  qui  dura  six  mois,  ils  reçurent  une  vache. 

Pendant  de  longues  années,  le  gouvernement  espagnol  se  refusa  à  laisser 
faire  aucune  espèce  d'exploitation,  de  sorte  que  ce  bétail  se  reproduisit  en 
liberté  d'une  façon  prodigieuse.  Les  propriétaires  ne  connaissaient  pas  le 
chiffre  de  leurs  troupeaux,  ce  qui  permettait  aux  voleurs  indiens  et  à  ceux 
venus,  du  côté  du  Brésil,  d'exercer  en  paix  leur  coupable  industrie. 

Enfin,  en  1794,  cinq  matelots  irlandais  venus  sur  la  c6te  de  Patagonie 
pour  la  pèche  de  la  baleine,  se  trouvant  échoués  et  recueillis  à  Buenos- 
Ayres,  eurent  l'idée  d'appliquer  à  la  conservation  de  la  viande  les  procédés 
de  salaison  et  de  séchage  employés  à  celle  du  poisson  ;  c'était  fort  simple, 
mais  l'ignorance  des  colons  était  telle,  ils  avaient  eu  jusque-là  si  peu  d'in- 
térêt à  s'occuper  de  ces  questions,  que  la  révélation  de  ces  cinq  matelots 
fut  accueillie  comme  une  découverte  des  plus  merveilleuses. 

On  fit  des  essais  qui  réussirent  parfaitement  :  des  échantillons  expédiés 
par  des  navires  en  partance  firent  le  tour  du  monde  sans  s'altérer  ;  en  uu 
mot,  le  résultat  fut  du  premier  coup  si  satisfaisant,  qu'après  quatre-vingts 
ans  aucune  modification  n'y  a  été  apportée. 

De  ce  jour,  l'industrie  si  importante  des  i a/a<ferof  était  créée.  Cependant 
il  ne  fallait  pas  songer  à  fabriquer  du  jour  au  lendemain  des  quantités  con- 
sidérables de  viande  salée.  Ce  qui  faisait  défaut,  c'étaient  non  seulement 
les  hommes  entendus  et  pratiques  dans  ce  travail  nouveau.  Mais  encore  le 
sel,  les  tonneaux,  et,  ce  qui  était  plus  grave,  les  capitaux.  Il  fallut,  comme 
toujours,  que  les  hacendados  s'adressassent  au  roi,  lui  demandant  de  favo- 
riser la  création  de  cette  industrie,  d'autoriser  la  venue  de  cent  ouvriers 
irlandais  catholiques  qui  pussent  enseigner  aux  nègres  ce  travail  nouveau  ; 
on  demandait  aussi  la  fondation  d'une  compagnie  qui  pût  acheter  et  cen- 
traliser tous  les  produits  que  Ton  préparerait  dans  les  estancias  pour  les 
exporter  dans  les  autres  colonies  et  le  continent  européen. 

Ces  pétitions  restèrent  sans  réponse,  et  les  colons  durent  se  contenter 
d'employer  le  nouveau  système  de  salaison,  chacun  séparément,  suivant  le 
nombre  de  ses  troupeaux  et  des  esclaves  dont  il  disposait,  mais  sans  que  l'on 
pût  songer  à  établir  des  saladeros.  Ce  ne  fut  que  de  longues  années  après 


'—  45  — 

que  quelques-uns  furent  créés  à  Bueoos-Ay ressassez  peu  importants  du  reste 
au  début  pour  qu'ils  n'aient  pas  laissé  trace  dans  les  documents  publics. 

£q  1822  seulement,  l'existence  en  est  constatée  par  un  règlement  qui  les 
atteint.  Ils  s'étaient  groupés  autour  de  Buenos-Ayres  el  devenaient  assez 
gênants  pour  la  ville,  qui  s'agrandissait  et  les  englobait,  pour  qu'une  ordon- 
nance leur  enjoignit  de  s'éloigner  à  une  demi-lieue  au  moins  du  palais 
municipal,  le  Caàildo.  Enfin  le  traité  de  1825  avec  TAngleterre,  en  auto- 
risant celle-ci  à  faire  le  commerce,  leur  donna  uneimpulsion  rapide,  décida 
par  cela  même  la  fortune  des hacendados,  quintupla  la  valeur  des  troupeaux 
et  contribua  à  la  création  d'une  aristocratie  de  propriétaires  qui  vint  prendre 
la  place  des  riches  négociants  espagnols  expulsés  en  1810.  A  la  même 
époque,  un  estanctero  platéen,  voyageant  en  Europe,  envoyait  à  Buenos- 
Ayres  pour  y  perfectionner  la  fusion  des  graisses,  un  chimiste  français, 
M.  Antoine  Gambacérès,  neveu  du  prince  de  l'empire,  qui  devait  consacrer 
sa  vie  au  progrès  de  cette  industrie,  et  qui  créa,  au  bout  de  quelques 
années  de  séjour,  un  établissement  modèle,  aujourd'hui  encore  exploité 
par  son  fils. 

Aujourd'hui,  plus  de  vingt  saladeros  fonctionnent  dans  les  deux  républi- 
ques et  on  y  abat  annuellement  1 200  000  têtes  de  bétail.  L'industrie  de  l'éle- 
vage du  mouton  est  également  très  prospère.  L'année  dernière  elle  a  donné 
comme  rendement  près  de  60  millions  de  kilogrammes  de  laine,  vendus 
119  millions  de  francs. 

On  compte  que  le  bénéfice  du  sc^laderista  est  d'environ  une  piastre,  soit 
un  peu  plus  de  cinq  francs  par  tête  d'animal  abattu. 

Nous  avons  dit  que  la  population  totale  des  deux  républiques  était  de 
3380  245  individus,  et  que  la  fortune  foncière  s'élevait  à  plus  de  2  milliards; 
nous  allons  maintenant  indiquer  le  chiffre  général  du  commerce  de  ces  con- 
trées, en  chiffres  ronds,  pour  les  années  1882  et  1883. 

1882      1883 

République  de  l'Uruguay 211        237 

—       argentine 618        700 

Soit  ensemble 821  et  937 

millions  de  francs. 

Dans  ces  chiffres,  la  France  est  comprise  pour  173  millions  1/2  en  1882, 
et  pour  232  millions  1/2  en  1883,  se  décomposant  ainsi  pour  1883. 

Importation  dans  ces  répubuques. 

République  de  l'Uruguay 18  mil.  3/4 

—  argentine 87    »    1/2 

Soit  :  .  .  .      106  mil.  1/4 

Exportation  en  franoe. 

République  de  l'Uruguay 21  mil.  1/4 

—  argentine 105    » 

Ensemble.  .  .  .      126  mil.  1/4 


—  46  — 

Ëh  bien,  messieurs,  ces  chiffres  qui  semblent  magnifiques  au  premier 
examen,  sont  au  fond  moins  brillants  que  ceux  qui  se  rapportent  au  com- 
merce de  nos  voisins.  Pendant  que  nos  transactions  avec  ces  pays  ont 
augmenté  depuis  quatre  ans  dans  la  proportion  de  50  pour  100,  celles  des 
Anglais  ont  augmenté  de  80  pour  100  et  celle  des  Allemands  de  400 
pour  100. 

Je  sais  bien  que  si  je  prends  les  chiffres  relevés  dans  la  statistique 
du  ministère  du  commerce,  les  232  millions  1/2  que  je  citais  tout  à  l'heure 
deviendront  un  peu  plus  de  348  millions;  mais,  si  je  prends  ce  dernier 
chiffre,  je  devrai  augmenter  dans  la  même  proportion  ceux  relatifs  à  nos 
voisins  et  le  résultat  restera  le  même.  La  différence  sensible,  que  je  signale, 
entre  les  chiffres  donnés  par  la  statistique  locale  des  douanes  et  le  chiffre 
du  ministère  du  commerce  français,  provient  du  taux  élevé  des  droits 
d'entrée  qui  fait  qu'on  ne  déclare  presque  jamais  la  valeur  réelle  des  mar- 
chandises importées.  Voici,  du  reste,  les  chiffres  donnés  par  le  ministère 
du  commerce,  par  nature  de  marchandises,  en  1883. 

Pour  prouver  que  lo  chiffre  de  nos  transactions  n'augmente  pas  dans  la 
même  proportion  que  celui  de  nos  voisins,  nous  allons  citer  quelques 
chiffres  extraits  du  dernier  rapport  de  M.  G.-B.  d'Anglade,  gérant  du  con- 
sulat général  de  France  à  Montevideo,  adressé  à  M.  le  ministre  du  com- 
merce le  16  août  de  Tannée  dernière. 

«  La  France,  dont  les  produits  industriels  étaient  autrefois  presque  sans 
rivaux,  bien  qu'elle  soit  encore  aussitôt  après  l'Angleterre,  dont  les  impor- 
tations dans  l'Uruguay  sont  les  plus  considérables,  n'augmente  pas  son 
commerce  avec  ce  pays-ci  dans  les  mêmes  proportions  que  l'Allemagne  et 
l'Italie,  par  exemple. 


«  En  1880,  la  France  avait  importé  dans  l'Uruguay  pour  18  204  480  fr. 

en  1881,  le  chiffre  diminuait  et  tombait  à 15  697508  — 

de  même  en  1882,  à 14183424  — 

et  raugmentation  de  l'année  1883  (4572169  fr.)  ne  donne 

qu'un  chiffre  de 18852793  — 

à  peine  supérieure  celui  de  l'année  1880. 


«  Voici,  au  contraire,  quels  sont  les  chiffres  des  importations  de  l'Italie 
dans  l'Uruguay  : 


1878 4.683.652  francs. 

1879 5.905.677      — 

1880 8 . 226 . 252      — 

1881 5.573.847      - 

1882.. 6.715.283       — 

1883.! 7.093.623      — 


—  47  — 

«  Les  importations  de  provenance  allemande,  ont  suivi  une  marche  plus 
rapide  encore  : 

1878 4.368.249  francs. 

1879 5 . 026 . 968      — 

1880 5.957.609      — 

1881 6.378. 183      — 

1882 7.585.336      — 

1883 10.961.244      — 

Et  M.  d'Anglade  continue  ainsi  : 

<c  Ce  sont  là  des  chiffres  éloquents,  et  il  y  aurait  lieu  pour  Tindustrie  et 
le  commerce  français  de  se  préoccuper  d'un  pareil  état  de  choses  qui,  s'il 
continuait,  pourrait  lui  devenir  fatal  sur  le  marché  de  la  Plata,  grand 
débouché  destiné  à  devenir  plus  grand  encore. 

«  J'ai  interrogé  à  ce  sujet  la  Chambre  consultative  du  commerce  français, 
qui  est  certainement  compétente,  et  parmi  les  raisons  nombreuses,  mais 
d'un  ordre  tout  spécial,  qui  m'ont  été  fournies,  j'ai  le  devoir  d'en  signale, 
une  à  la  bienveillante  attention  de  Votre  Excellence. 

«  Les  produits  de  l'industrie  française  arrivent  tous  sur  le  marché  de 
Montevideo  avec  des  prix  trop  élevés;  certainement  il  faut  mettre  en  ligne 
de  compte  la  main-d'œuvre  plus  chère  en  France  qu'en  Allemagne  ou  en 
Italie,  mais  aussi  la  connaissance  plus  exacte  du  marché  par  le  commerce 
allemand  et  italien. 

c<  Le  public  étant  habitué  ici  aux  produits  français,  qu'il  payait  des  prix 
très  élevés,  le  commerce  allemand  et  italien,  qui  fabrique  tout  spécialement 
en  vue  de  Texporlation,  a  copié  nos  modèles  en  flattant  les  goûts  du  pays 
et  est  arrivé  à  produire,  aux  dépens  de  la  qualité  de  l'objet,  des  meubles  par 
exempte  tout  couverts  (fomementation  dans  le  goût  oriental  à  un  prix  bien 
plus  bas  que  les  produits  similaires  français  beaucoup  plus  simples. 

a  D'après  l'avis  de  la  Chambre  consultative  du  commerce  français,  si 
notre  industrie  veut  pouvoir  lutter  avec  avantage,  il  est  indispensable  qu'elle 
produise  en  vue  de  Texportation  sans  chercher  à  imposer  son  goût  pour  le 
simple  et  le  beau.  » 

Pour  compléter  et  avant  d'indiquer  aussi  exactement  que  possible  les 

divers  articles  fournis  en  plus  grande  quantité  par  nos  voisins  que  par 

Dons-mèmes^  nous  allons  faire  connaître  en  chiffres  ronds  le  chiffre  du 

commerce  anglais  dans  la  Plata,  toujours  d'après  les  douanes  locales  : 

Importations  d* Angleterre  dans  la  Plata      545000000 

Exportations  de  la  Plata  en  Angleterre .  .         5  000  000 

Ensemble.  .  .  .      550  000  000 

On  remarquera  évidemment  que  nos  exportations  dépassent  nos  impor- 
tations de  2Q  millions,  quand,  chez  les  Anglais,  c'est  le  contraire  qui  existe. 
C'est  que  nous  sommes,  avec  les  Belges  et  les  Allemands,  les  grands  ache- 


—  48  — 

teurs  de  laines  de  la  Plata,  tandis  que  les  Anglais  approvisionnent  leurs 
usines  dans  leurs  colonies  d*Australie ,  ce  qui ,  pour  eux ,  présente  un 
double  bénéfice,  trop  facilement  appréciable,  pour  qu'il  soit  nécessaire 
d'insister  sur  ce  sujet. 

Voici  maintenant  les  divers  articles  sur  lesquels  nous  appelons  toute 
l'attention  des  industriels  de  notre  pays,  articles  relevés  sur  la  statistique 
des  douanes  locales  : 

FIL  DE  PEB  POUR  CLOTURBR  LES  PROPRIÉTÏ^.S 

L'Angleterre  a  fourni  Tannée  dernière 15.400  tonnes 

La  France 5.400    — 

La  Belgique 3.500    — 

L'Allemagne 2.000    — 

FBR8-BLA^G8. 

* 

L'Angleterre 868.000  kilog. 

La  Belgique 36.000    — 

La  France 1.325    — 

COLONNES  EN  PONTE  ET  POUTRELLES  EN  FER. 

Belgique 300.000  francs 

Angleterre 150.000    — 

France 200    — 

COGNAC. 

La  France  en  a  fourni  pour  4.400.000  francs 
L'Allemagne  (?)      —      pour  1.650.000    -* 

Puisque  je  suis  sur  la  question  des  liquides,  voici  la  quantité  de  vins  exportée 

d'Europe  à  laPlata: 
Espagne,  41  millions  et  demi  de  litres  représentant  18  millions  de  francs 
France,    31  millions  et  demi       —  —         le       —  — 

toujours,  comme  argent,  d'après  l'appréciation   donnée  par  les  douanes  de 

La  Plate. 

CHAUSSURES. 

Belgique 870.500  francs 

France 700.000    — 

Angleterre 500.000    — 

CHEMISES  DE  TOILE  ET  DE  COTON. 

Pour  cet  article,  c'est  nous  qui  tenons  la  tète. 

France 26.000  douzaines 

Angleterre . . .  •  18.000      — 

Italie 5.600      — 

Allemagne 5.900      — 

TOILES  d'emballage. 

Angleterre 4 .000.000  de  kilog. 

France 31.000       — 


—  49  — 

TOILES    DE  COTON. 

République  argeoline  <  : 

Angleterre 4.700.000  kilog.  +  6.200.000  mè  1res 

Allemagne 285.000    —  +  1.000.000      — 

ÉUU-Unis 154.000    —  +      407.000      - 

FraDce 134.000—  +2*780.000      - 

République  de  l'Uruguay  : 

Angleterre 12.000.000  — 

Fraace 400.000  — 

Allemagne 330.000  — 

États-Unis 280.000  — 

TOILES   DE   FIL. 

Angleterre  (R.  A.) 660.000  mètres 

Belgique 650.000    — 

France 250.000    — 

Allemagne 170.000    — 

Tissus  de  laine. 

Allemagne 650.000  mètres  4-  12.500  kil. 

Angleterre 400.000      —      +  20.200  — 

France 332  000      —      +53.000  — 

Belgique 67.000      —      +       » 

BONNKTERIB  DE  TOUTES  SORTES. 

Allemagne 220.000  douzaines 

Angleterre 210 .000      — 

France 135.000     — 

Mouchoirs. 

Angleterre 465.000  douzaines 

France 28.000      — 

Allemagne •••••••      12.500      — 

Papiers. 

à  éeriro  d'imprimerie  d'emballage 

Angleterre 105.000  kil.  450.000  kil.  182.000  kil. 

Italie 116.000—  92.000-  1.105.000  — 

France 100.000  -  55.000  —  82.000  - 

Espagne 95.000—  »  » 

Allemagne 75.000—  478.060-  20.000  — 

Belgique 65.000  —  580.000  -  75.000  — 

Papiers  pbints. 

France 70.000  kil.  pour    150.000  francs 

Allemagne 30.000         —         40.000    — 

Angleterre 18.000         —         25.000    — 

1.  Ilexbte  un  droit  d'entrée  différentiel  pour  tous  \e»  articlee  où  nous  indiquons  sépa- 
rinenl  les  kilograoïnies  et  les  mètres. 

BULL.  4 


—  50  — 

Machines. 

États-Unis 23.000  charrues. 

Angleterre 500       — 

France 9       — 

Machines  d'agriculture  diverses. 

Angleterre 1 .  150.000  francs. 

ÉUts-Unis 575.000      — 

France 75.000      — 

Machines  diverses  et  moteurs  a  vapeur. 

Angleterre 1.575.000  francs. 

ÉUts-Unis 1.375.000      — 

France 420.000      — 

Allemagne 300.000      — 

Magbqiks  a  coudre. 

Allemagne 7.746  machines  pour  825.000  francs. 

États-Unis 2.400       —          —  250.000      — 

Angleterre 1.028        —          —  100.000 

France 438       —         -         50.000      — 

SUCUBS. 

France 10.700  tonnes,  représentant  10.200.000  francs. 

Allwnagne 4.700      —      .  —  4.790.000.    — 

Belgique 2.300      —  —  2.140.000      — 

Hollande 1.600      —  —  1.500.000      — 

Charbon  de  terre. 

Angleterre 200.000  tonnes. 

ÉUts-Unis 2. 900      — 

France néant. 

Le  prix  de  la  tonne  de  charbon  à  la  Plata,  est  de  50  francs. 

Toiles  cirées* 

Angleterre 70.000  mètres. 

Allemagne 11. 000     — 

France 8.000      — 

Toiles  a  voile. 

Angleterre 530.000  kil.  -f    220.000  mètres. 

États-Unis 280.000 j-      50.000      — 

France 60.000 1-  843      — 

Verhes  a  vitres. 

Belgique 450.000  francs. 

France '  60.000      — 

Angleterre 25.000    .^ 

Meuble». 

France 670.000  francs. 

Allemagne ,.    450.000      — 

ÉUts-Unis 550.000      — 


—  51  — 

Bougies,  industrie  créée  en  France. 

Belgique 365.000  kilog. 

Hollande 164.000  - 

Allemagne ; 122.000  — 

Angleterre «. 124.000  — 

Italie 27.000  - 

France 7.800  — 

Ciments. 

Angleterre i 10.000  tonnes. 

France 1 .776      — 

Belgique 993      — 

Allemagne 660      — 

Ainsi  que  le  conslatenl  les  rapports  de  nos  consuls,  et  ainsi  que  j'ai  pu 
le  constater  par  moi-niénie  à  la  Plata,  notre  infériorité  relative  qui,  mal- 
heureusement va  en  s'accentuant,  tient  surtout  à  Torganisation  de  notre 
commerce.  Pendant  que  nos  concurrents  vont  vendre  directement  leurs 
produits,  s'informant  sur  place  des  besoins  de  leurs  acheteurs,  nous  atten- 
dons patiemment,  dans  nos  usines,  \e»  ordres  que  l'on  veut  bien  nous  trans- 
mettre. 

Il  nous  faut  absolument  changer  cette  façon  d'opérer,  sous  peine  d'une 
raine  certaine.  Deux  moyens  se  présentent  à  Tesprit;  tous  deux  sont  faciles 
el  pratiques.  L*un  des  deux  consiste  k  former  des  syndicats  d'industries 
diverses,  permettant  l'envoi  de  représentants  sur  place  tout  en  diminuant 
les  frais  pour  chacun  ;  l'autre,  à  créer  des  musées  industriels  et  commer* 
ciaux  dans  les  grands  centres  que  nous  voulons  exploiter.  Mais  cela  fait,  il 
y  aura  encore  une  grande  question  à  résoudre. 

On  a  vu  plus  haut  que  la  Plata  contient  70000  Français;  que  leur  for- 
lune  foncière  et  commerciale  était  estimée  à  plus  de  250000000  de  francs; 
que  nos  transactions  annuelles  avec  ces  pays  se  montent  à  232  millions. 
Eb  bien,  Ténorme  mouvement  d'argent  que  supposent  de  pareils  chiffres 
se  fait  par  les  mains  des  étrangers,  car  nous  n'avons  pas  de  banque  fran- 
çaUe  dans  la  Plata  I 

Montevideo  et  Buenos-Ayres  possèdent  huit  grandes  banques  :  une  est 
italienne,  une  espagnole,  trois  anglaises  disposant  d'un  capital  de  plus  de 
SO  millions,  trois  sont  locales,  et  il  y  a  aussi  quelques  maisons  de  commerce 
émettant  du  papier  sur  leurs  succursales  d'Europe.  Le  bilan  d'une  de  ces 
banques,  la  I/yndon  and  River  Plate  Bank  Co,  arrêté  au  30  septembre  der- 
nier, accuse  les  résultats  suivants  : 

«  Déduction  faite  des  créances  douteuses  et  des  intérêts  courants,  un 
bénéfice  net  de  161 600  £,  soit:  4  025  000  francs;  de  celte  somme  les 
directeurs  proposent  :  (A)  de  payer  le  22  décembre  un  dividende  de  4  pour 
100  et  boni  de  3  pour  100,  ce  qui  fait,  avec  le  dividende  payé  en  juin  der- 
rier,  une  distribution  de  11  pour  100  pour  l'exercice  terminé,  impôts  dé- 
duits; (B)  en  outre,  de  placer  25,000  £  au  capital  de  réserve,  qui  s'élèvera 


—  52  — 

ainsi  à  210  000  £,  soit,  5250000  francs;  de  sorte  qu'il  restera  encore  un 
solde  de  10  600  £  à  porter  au  compte  nouveau  de  profils  et  perles. 

Nos  commerçanls  et  nos  industriels  sont  trop  intéressés  h  ces  questions 
pour  que  ces  r  ésultats  magnifiques  ne  les  frappent  pas.  Car  ce  n'est  pas 
seulement  notre  argent  dont  l'étranger  profite  au  moyen  de  ses  banques, 
mais  bien  aussi  de  nos  affaires  elles-mêmes.  Quand  un  Français  va  porter 
son  papier  à  escompter  dans  une  banque  anglaise  ou  allemande,  le  direc- 
teur de  celle-ci  voit  avec  qui  notre  compatriote  trafique  et  il  s'empresse 
d'en  faire  part  à  ses  compatriotes.  Voilà  le  vrai  danger  et  celui  auquel  il 
faut  porter  un  remède  immédiat. 

Le  jour  où  une  banque  française  sera  fondée  dans  la  Plata,  il  sera  facile 
d'avoir  des  renseignements  certains  sur  les  affaires  qui  se  présenteront  et 
cela  dispensera  d'utiliser  les  intermédiaires  qui  prélèvent  sur  les  produits 
français  des  commissions  considérables. 

Alors  l'industrie  française  pourra  lutter  avantageusement  contre  les  pro- 
duits allemands  et  anglais.  Si  nos  articles  sont  un  peu  plus  chers  que  ceux 
de  nos  voisins,  ils  présentent  plus  de  garantie  de  solidité  et  d'élégance  que 
les  leurs  et  sont  plus  appréciés. 

En  outre,  de  grands  travaux  publics  restent  à  faire  dans  la  Plata.  Des 
ponts,  des  roules  sont  à  créer;  et,  dans  l'Uruguay,  une  loi  spéciale  auto- 
rise le  pouvoir  exécutif  è  traiter  avec  telle  compagnie  qui  se  présentera 
pour  ces  constructions,  en  l'autorisant  à  accorder  un  droit  de  péage  qui  ne 
pourra  excéder  trente  années  pour  payer  ces  travaux. 

Pans  ce  pays,  dont  la  superficie  est  égale  au  tiers  de  la  France,  il  existe 
seulement  205  kilomètres  de  chemin  de  fer.  Citer  ce  chiffre,  c'est  dire  ce 
qui  peut  être  fait.  Certaines  provinces  sont  complètement  dépourvues  de 
routes,  et  les  nombreux  troupeaux  qu'elles  renferment  restent  sans  valeur 
à  cause  des  difficultés  que  cet  état  de  choses  crée  pour  leur  transport.  La 
banque  pourrait  et  devrait  aider  les  constructeurs  et  les  entrepreneurs  qui 
demanderaient  des  concessions.  Son  devoir  serait  d'informer  nos  compa- 
triotes des  entreprises  lucratives  qui  pourraient  être  tentées  et  d'assurer  le 
vaste  mouvement  qu'elles  nécessiteraient  avec  la  France. 

Nul  doute,  que  nos  compatriotes  établis  dans  la  Plata  et  dont  nous 
disions  le  chiffre  de  la  fortune  tout  à  l'heure,  voyant  ce  mouvement  se 
dessiner  dans  la  mère  patrie,  ne  concourent  à  son  développement  en  y 
apportant  leurs  capitaux  et  ne  fournissent  ainsi  à  la  France  un  vaste  champ 
d'exploitation  pacifique,  qui  profitera  à  notre  pays  dans  une  large  mesure 
et  augmentera  le  bien-être  des  populations  qui  habitent  les  républiques 
qui  bordent  le  Itto  de  la  Plata.  (Applaudùsements.) 

M.  LE  Président  demande  si  quelqu'un  a  des  observations  à  faire  à 
M.  Potel.  M.  Seyrig  a  la  parole. 

M.  Setrig  ne  croit  pas,  le  fret  étant  de  35  francs,  qu'on  puisse  livrer  à 
la  Plata  le  charbon  français  en  concurrence  avec  le  charbon  anglais,  qui 
arrive  même  jusqu'à  Paris  ?  Il  ne  voit  pas  comment  on  pourrait  souhaiter 
voir  apparaître  le  charbon  français  sur  le  marché  de  la  Plata.  Nous  sommes 


-  53  - 

dans  des  conditions  dinfériorité  réelles,  qaant  aux  prix  de  revient  et  de 
transport.  Il  y  a  intérêt,  au  contraire,  à  faire  des  efforts  pour  les  produits 
manufacturés,  parce  que,  malgré  la  concurrence  de  TAUemagne  et  de 
l'Angleterre,  nos  articles  sont  encore  préférés  sur  certains  marchés. 

M.  PoTBL.  Absolument  préférés,  parce  qu'ils  sont  meilleurs  et  mieux 
fabriqués.  Malheureusement,  nos  produits  sont  copiés  par  les  Allemands, 
qui  les  vendent  sous  une  marque  française. 

M.  SmoH  demande  à  M.  Potel  s'il  pourrait  donner  quelques  renseigne- 
ments sur  le  lavage  des  laines.  Il  désirerait  savoir  si  les  lavoirs  se  déveiop* 
peut  dans  la  République  argentine. 

M.  PoTAL.  — -  Pas  encore,  ils  ne  se  développent  pas,  parce  qu'ils  né  savent 
pas  travailler,  ils  ne  font  que  commencer. 

M.  SmoN.  —  Ces  lavoirs 8ont*ils  dirigés  par  des  Français? 

M.  Potel  répond  qu'il  y  a  un  Français,  à  Montevideo,  qui  s'en  occupe; 
il  n'en  connaît  pas  dans  la  République  argentine. 

M.  LK  Président  remercie  vivement  M.  Potel  de  sa  très  intéressante  con- 
férence; elle  sort  un  peu  de  nos  études  ordinaires,  mais  il  n'est  pas  mauvais 
que  les  ingénieurs  civils  français  voient  un  peu  et  sachent  ce  qui  se  passe 
àTétranger.  M.  le  Président  est  de  l'avis  de  M.  Seyrig,  pour  la  houille  :  nous 
n'en  avons  pas  assez  noos-mémes  pour  aller  la  vendre  à  la  Plata.Maisan 
point  de  vue  des  objets  manufacturés,  il  en  est  autrement.  L'idée  de  M.  Potel 
de  fonder  une  banque  française  pour  sauvegarder  les  capitaux  français,  est 
eiceilente;  c'est  là  le  point  de  départ  h  créer;  mais  ceci  n'appartiont  pas 
aux  ingénieurs  civils,  qui  font  gagner  de  l'argent  aux  autres,  elne  sofit  pas 
assez  riches  pour  fonder  une  banque. 

M.  Potel  nous  a  montré  qu'on  pouvait  gagner  sa  vie  à  la  Plata  :  il  y 
aurait  là,  pour  les  populations  malheureuses  de  notre  pays,  un  exutoire 
qui  vaudrait  mieux  que  ce  qu'on  sera  forcé  de  faire  pour  les  récidivistes. 
U  vaudrait  certainement  mieux  aller  là-bas  gagner  sa  vie  honnêtement  et 
fructueusement  que  de  croupir  dans  le  vice  en  France. 

MM.  Louisse,  Thomas  et  Turpin,  ont  été  reçus  membres  sociétaires. 

ta  séance  est  levée  à  onze  heures. 


ANNEXE    AU    PROCÈS-VERBAL 
de  la  Séance  du  17  juillet  1885 


NOTES 

SUR  L'EXPOSITION  D'ANVERS 


Par  m.  «.  MOR4NDIBRE. 


NOTE  SUR  L'EXPOSITION 
DE  L'ADMINISTRATION  DES  PONTS  ET  GHAUSSiïES  DE  BELGIQUE 

t 
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»  *      .       .    ' 

L*expo|sitioD  de  l'Âdministratiou  des  ponts  et  chaussées  de  Belgique 
setrcmive  à  côté  de  la  section  de  renseignement.  Elle  comprend  des 
modèles  et  plans  de  travaux  fort  importants,  de  diverses  natures,  des 
cartes,  dessins  et  photographies  représentent  Tensemble  de  Tamé- 
Horation  projetée  et  en  partie  exécutée  des  cours  de  TEscaut  et  de  la 
Meuse.  Deux  méthodes  différentes  sont  appliquées. 
,  «  Les  indications  des  hauteurs  journalières  de  TEscaut  sont  prises  à 
diverses  stations,  et  les  appareils  mis  à  ces  points  sont  reliés  par  des 
fils  /électriques  à  des  tambours  enregistreurs,  sorte  de  marégraphes, 
tous  concentrés  dans  le  bureau  de  Tingénieur  à  Anvers.  Actuellement 
ces  appareils  sont  réunis  à  l'Exposition  où  on  les  voit  fonctionner. 

Des  dessins  représentent  également  les  beaux  travaux  exécutés  pour 
deux  canaux  à  grande  section.  On  trouve,  pour  Tun  d'eux,  un  élévateur 
hydraulique  de  beaucoup  plus  grande  dimension  que  celui  d'Anderton 
en  Angleterre.  Des  écluses,  d'une  disposition  nouvelle,  sont  flanquées 
de  deux  bassins  dont  les  fonds  sont  à  des  hauteurs  intermédiaires 
entre  le  plan  d'eau  supérieur  et  le  plan  d'eau  inférieur.  Des  portes  laté- 
rales permettent  de  remplir  ces  bassins,  dontTeau  est  ensuite  remise 
dans  récluse,  en  évitant  la  perte  d'une  égale  quantité  à  chaque  éclusée. 
On  a  exposé  un  modèle  de  cette  écluse* 


—  S5  — 

Ud&  partie  importante  de  Texposition  des  ponts  et  chaussées  est  con-^ 
sacrée  aux  travaux  du  port  d*  Anvers.  Lç  port  est  divisé  en  deux  parties, 
savoir  :  1*  les  bassins  à  flots,  où  Ton  trouve  les  entrepôts  et  la  grande 
gare  maritloie  du  cheinin  de  fer  ;  2^  les  quais  de  TEscaut,  obtenus  par 
la  régularisation  du  lit  du  fleuve,  et  donnant  une  profondeur  d'eau 
d*au  moins  8  à  9  mètres  contre  le  quai  à  marée  basse.  Un  spécimen 
du  quai  existe  dans  le  parc.  Tous  ces  bassins  et  quais,  desservis  pav 
des  voies  ferrées,  sont  munis  d'engins  hydrauliques  pour  la  manuten^r 
tion.  On  peut  citer  ;  une  grande  bigue  de  120  tonnes  et  un  pont  rou- 
lant pesant  373  tonnes,  donnant  une  passe  libre  de  27"',30.  Salongueur 
est  de  48°',36i  II  est  levé  au  moyen  de  deux  plongeurs  hydrauliques 
de  i'",80  de  diamètre,  et  tiré  par  des  chaînes  actionnées  à  Taidede 
plongeurs  de  O^'yGl  de  diamètre. 

Les  dépenses  effectuées  à  Anvers  peuvent  se  monter  à  124  millions 
de  francs. 

Le  mode  de  construction  des  quais  de  TEscaut  a  d'ailleurs  été  déjà 
signalé  à  la  Société  par  M.  Hersent  (Bulletin  d'avril  1882),  où  l'on 
trouvera  un  plan  d'Anvers  avec  indication  des  travaux  projetés,  aujour- 
d'hui terminés.  A  droite  de  ce  plan,  on  voit  une  grande  gare  appelée 
station  du  Sud^  actuellement  ouverte,  et  tout  contre  laquelle  se  trouve 
l'^Exposition  avec  sa  principale  entrée  dans  Y  avenue  du  Sud. 

On  trouve  en  outre  des  renseignements  sur  Anvers,  ses  bassins  et 
son  trafic,  dans  les  ouvrages  suivants  : 

Annales  des  ponts  et  chaussées^  1878. 

1"  Semestre.  Mémoire  de  M.  Quinette  de  Rochemont,  Annales  des 
ponts  ei  chaussées  y  1882.  2^  Semestre.  Note  par  M.  G.  Lechalas. 

Génie  civil^  l**  semestre  1884. 


NOTES  SUR  L'EXPOSITION  DES  CHEMINS^  DE  FER 

1 .  Matériel  fixe.  —  A  l'Exposition  d'Anvers,  le  matériel  fixe  n'a  point 
été  groupé  dans  un  endroit  spécial  et  les  chemins  de  fer  de  l'État  n'ont 
point  exposé.  Les  quelques  objets  isolés  et  épars  que  l'on  rencontre, 
sont  d'ailleurs  uniquement  des  spécimens  de  fabrication.  Il  est  donc 
difficile  de  citer  autre  chose  que  l'exposition  des  signaux  de  Saxby, 
une  autre  installation  d'aiguilles  et  de  signaux  de  M.  Flamache,  et  la 
collection  complète  du  Grand  Central  belge.  Signalons  aussi  les  appar 


~  56  _ 

reiU  électriques  de  la  compagnie  du  Nord,  dansTeipositiondeM.  Mors. 

2.  Matériel  roulant.  —  Un  très  petit  nombre  de  pays  ont  envoyé  du 
matériel  roulant  de  chemins  de  feràfExposition  d'Anvers.  La  Belgique 
seule  montre  de  très  nombreux  spécimens ,  mais  les  voitures  à 
Voyageurs,  et,  d'une  façon  générale,  les  types  courants  devront  être 
étudiés  sur  les  chemins  de  fer  eux-mêmes.  Notons  d'ailleurs  que  tous 
les  produits  sont  exposés  par  les  constructeurs,  et  que  l'administration 
des  chemins  de  fer  de  l'État  belge  n'est  point  exposante. 

Locomotives.  —  L'usine  de  la  Société  Cockerill  à  Serainç  a  mis  dans 
son  groupe  spécial,  situé  au  milieu  de  la  galerie  des  machines,  trois 
locomotives. 

i*  Citons  d'abord  la  machine  la  plus  intéressante  de  toute  l'Exposition 
par  sa  nouveauté.  Elle  a  été  construite  sur  les  plans  de  l'État  belge,  en 
vue  dé  remorquer  les  express  sur  les  fortes  inclinaisons  de  la  rampe  du 
Luxembourg  belge.  C'est  une  machine  à  tender  séparé,  montée  sur 
quatre  essieux,  dont  trois  accouplés  avec  roues  de  {""JOde  diamètre 
environ.  L'essieu  porteur  d'avant  est  muni  de  boites  radiales  du  système 
Roy.  Les  cylindres  inclinés  sont  placés  entre  le  premier  et  le  deuxième 
essieu;  le  tiroir  est  accessible  de  l'extérieur,  et  la  distribution  est  du 
système  Walchaerts.  Les  glissières  de  tête  du  piston  sont  à  la  partie 
supérieure  seulement.  La  chaudière  est  de  très  grande  dimension,  et 
le  foyer,  très  long  et  très  large,  est  situé  au-dessus  des  roues  d'arrière. 
Ce  foyer  manquait  de  hauteur,  et  l'on  a  eu,  dit-on,  recours  à  un 
artifice,  lequel  a  consisté  dans  l'isolement  du  corps  cylindrique  et  du 
foyer,  avec  deux  niveaux  d'eau  différents  ^  Une  communication  existe 
entre  lés  deux  chambres  d'eau,  et  une  autre  entre  les  deux  chambres 
de  vapeur,  munies  chacune  d'un  dôme  avec  tuyau  de  jonction.  (Notre 
collègue,  M.  A.  Mallet,  a  publié  une  disposition  analogue  dans  Is,  Revue 
industrielle  du  21  octobre  1875.)  Le  foyer  est  pourvu  de  quatre  portes 
et  les  hommes  de  service  sont  à  une  hauteur  inusitée,  de  telle  sorte 
que  l'abri  a  dû  recevoir  des  parois  latérales  fortement  cintrées  à  la 
partie  supérieure  pour  entrer  dans  le  gabarit,  et  assez  prolongées  pour 
empêcher  ceux  qui  sont  sur  la  plate-forme  de  passer  la  tête  au  dehors. 
Le  mécanicien  ne  trouvant  pas  sa  place  sur  la  plate-forme  d'arrière,  à 
cause  des  quatre  portes  de  chargement,  a  été  mis  dans  une  cabine  sur 

1.  La  machine  eiposée  &  Anfere  n'a  pas  deui  niveaux  différents.  Le  projet  avait  été  fait 
et  doit  être  repris. 


-  67  — 

le  côté  droit  de  la  machine,  et,  comme  il  est  impossible  de  se  rendre 
de  Favant  à  Tarrière  de  la  machine,  ce  mécanicien  communique  par 
un  acoustique  avec  les  chauffeurs. 

Parmi  les  détails  à  signaler,  il  faut  citer  l'emploi  d*un  changement 
de  marche  à  vapeur;  Fadoptionde  soupapes  chargées  directement  par 
deux  ressorts  et  un  balancier  suivant  la  disposition  Attock  ;  Tusage  de 
balanciers,  entre  la  première  et  la  deuxième  paire  de  roues  et  entre  la 
troisième  et  la  quatrième  ;  les  balanciers  du  premier  groupe  ont  leur 
pivot  attaché  à  un  grand  balancier  transversal»  de  telle  sorte  que  la 
répartition  de  la  charge  àTétat  statique  se  fait  sur  trois  points.  Les  res- 
sorts sont  du  modèle  en  usage  depuis  deux  ans  environ  sur  TÉtat  belge; 
ils  sont  assez  longs  et  fabriqués  avec  des  lames  qui  ne  reçoivent  aucune 
courbure  initiale,  de  telle  sorte  que  les  lames  sont  toutes  horizontales 
quand  le  ressort  n'est  pas  monté.  Sous  Tinfluence  de  la  charge,  le  res- 
sort fléchit  au-dessous  de  Thorizontale,  et  ses  conditions  d'établissement 
sont  telles  que  la  ligne  des  appuis  passe  sensiblement  par  le  milieu  de 
la  hauteur  du  ressort,  lequel  prend  alors  une  courbure  symétrique  en 
forme  de  poisson,  La  machine  est,  comme  toutes  les  machines  à  voya- 
geurs de  rÉtat  belge,  munie  du  frein  automatique  à  air  comprimé  sys- 
tème Westinghouse,  avec  sabots  agissant  sur  les  roues  motrices.  La 
cheminée,  dans  le  but  d'ofbrir  un  large  passage  aux  gaz,  est  de  section 
rteiangulaire  terminée  par  un  chapiteau  carré. 

^  La  deuxième  machine  exposée  par  Seraing  est  établie  d'après  le 
dernier  modèle  de  locomotives  à  marchandises  à  six  roues  accouplées  de 
l'État  belge,  dont  plusieurs  spécimens  sont  en  service  depuis  quelque 
temps  déjà.  Les  dispositions  des  cylindres  intérieurs  et  du  bâti  du  modèle 
qui  a  précédé  (et  qui  est  exposé  par  Haine-Saint-Pierre)^  ont  été  sensi- 
blement conservées,  mais  la  chaudière  a  été  élevée  afin  de  mettre  le 
foyer  au-dessus  des  roues  d'arrière  et  de  porter  la  grille  à  i  ",90  de 
largeur.  Les  parois  latérales  du  foyer  sont  inclinées.  Le  mécanicien 
peut  encore  sortir  sur  le  tablier  qui  règne  autour  de  la  machine,  au 
moyen  d^une  porte  ménagée  à  cet  effet  dans  la  face  avant  de  l'abri, 
comme  dans  les  machines  américaines.  Le  poids  total  en  service  est  de 
43  tonnes,  et  la  surface  totale  de  chauffe  est  de  133  mètres  carrés,  en 
prenant  pour  les  tubes  le  diamètre  extérieur.  On  trouve  dans  cette 
machine  plusieurs  des  dispositions  de  détail  déjà  signalées  pour  la 
première  machine  de  Seraing,  telles  que  :  changement  de  marche  à 
vapeur,  ressorts  à  courbure  symétrique, cheminée  carrée,  etc. 


—  IW  — 

'  3*  La  troisième  loeomotiTe  de  Seraing  est  du  type  Nord  à  huit  roues 
accouplées,  construite  pour  le  Nord-Belge  en  1872;  cette  machine  a 
parcouru  462  276  kilomètres,  et,  sans  rinscription  placée  dessus,  on 
pourrait  la  croire  neuve  à  quelques  petits  détails  près. 

L'exposition  de  la  Société  de  Marcinelle-Couillet^  qui  se  trouve  vers 
Textrémité  J)elge  de  la  galerie  des  machines,  comprend  4  locomotives, 
dont  une  seule  à  la  voie  normale  de  l"*,îSO.  Cette  machine  est  d'un 
modèle  courant  de  FËtat  belge,  à  6  roues  accouplées  d'environ  1"',70 
de  diamètre  pour  remorquer  les  trains  de  voyageurs  ou  de  marchan- 
dises sur  Jes  lignes  à  profils  accidentés.  Elle  pèse  34  tonnes  à  vide,  et 
37^5  en  charge.  La  deuxième  machine  est  pour  un  chemin  de  fer  du 
centre  de  Tltalie,  à  voie  de  1  mètre.  Elle  pèse  18^,5  à  vide,  24  tonnes 
en  charge,  et  est  montée  sur  6  roues  accouplées  de  K  ",04  de  diamètre. 
Les  cylindres  sont  extérieurs  ainsi  que  le  bâti,  et  la  distribution,  qui 
est  du  système  Walchaerts. 

Les  deux  autres  machines  de  CouiUet  sont  de  petites  locomotives- 
tenders  à  4  roues,  pour  voies  de  0'",60  à  0'",80  du  modèle  bien  connu, 
et  qui  fonctionne  avec  succès  sur  les  chemins  de  fer  du  type  dit  Decau* 
ville.  L'une  pèse  6  tonnes  à  vide,  l'autre  2\S. 

Les  autres  locomotives  de  la  section  belge  se  trouvent  dans  la  partie 
réservée  du  matériel  de  chemin  de  fer,  et  vont  être  décrites  dans  Tordre 
oi!i  elles  se  présentent,  en  partant  du  centre  de  la  galerie. 

CarelSy  de  Gand,  expose  2  machines,  une  grosse  et  une  petite.  La 
grosse  machine  est  du  modèle  express  de  l'État  belge  à  cylindres 
intérieurs  et  bâti  extérieur,  roues  de  2  mètres  de  diamètre.  Quelques 
changements  ont  été  apportés  au  type  usuel  ;  notamment  en  ce  qui 
concerne  la  distribution,  laquelle  a  été  adoptée  du  système  Walchaerts, 
afin  de  pouvoir  reporter  les  tiroirs  vers  l'extérieur  et  de  les  rendre  plus 
accessibles.  Le  changement  de  marche  à  vapeur  est  placé  contre  le 
mécanicien ,  sur  un  coffre  établi  à  cet  effet  le  long  de  l'abri.  Les 
ressorts  sont  à  courbure  symétrique  et  ceux  des  deux  premiers  essieux 
sont  réunis  par  des  balanciers.  La  glissière  des  têtes  de  piston  est 
placée  à  la  partie  inférieure. 

La  petite  machine  de  Carels,  située  sur  une  voie  latérale,  est  des- 
tinée aux  tramways,  et  est  munie  de  la  distribution  du  système  Joy. 

Viennent  ensuite  les  objets  de  la  Société  métallurgique^  ateliers  de 
Tubize^  au  nombre  de  trois  :   . 


~  89  — 

1*  Une  voiture  à  vapeur  du  type  État  belge  à  peu  près  analogue  à 
celles  exposées  eu  1 878  à  Paris  ; 

2*  Une  très  grosse  maehiue-teuder  qui  passe  pour  une  des  plus 
fortes  construites.  Cette  locomotive  est  montée  sur  5  essieux  dont 
4  accouplés,  chargés  de  15  tonnes  chac4m.  Le  poids  utile  pour  Tadhé- 
rence  est  de  60  tonnes,  et  le  poids  total  dépasserait  75  tonnes.  On  a 
pris  comme  point  de  départ  la  machine  de  rampe  à  cylindres  extérieurs 
de  l'État  belge,  et  Ton  a  augmenté  la  chaudière  et  les  approvisionne- 
ments en  ajoutant  à  l'arrière  un  essieu  porteur  à  déplacement  radiah 
La  dislribution  est  du  système  Waiehaerts-Stewart  sans  excentriques. 
La  cheminée  est  rectangulaire.  Les  soutes  de  cette  machine  contiennent, 
ditron,  10500  litres  d'eau  et  4500  kilogrammes  de  combustible.  La 
surface  de  chauffe  serait  de  160  mètres  carrés. 

La  troisième  machine   de  Tubize  est  une  petite  locomotive  de 
tramway,  d'un  type  primé  par  la  Société  des  chemins  vicinaux. 

La  Société  de  Haine-Saint- Pierre  a  envoyé  deux  locomotives  : 
{""  Une  machine  à  marchandises  à  6  roues  accouplées  et  à  cylindres 
intérieurs,  du  modèle  courant  de  l'État  belge  ; 
2*  Une  petite  locomotive-tender. 

La  Société  de  SainULéonard  de  Liège  est  représentée  par  une  loco* 
tive^tender  destinée  au  chemin  de  fer  d'Anvers  à  Gaud,  dont  la  voie  a 
seulement  i*",10  de  largeur,  et  qui,  ouvert  en  1847,  est  l'un  des  plus 
anciens  avec  voie  étroite.  Le  profil  étant  très  fficile,  il  n'y  a  qu'une  seule 
paire  de  roues  motrices,  le  bâti  est  extérieur  ainsi  que  les  cylindres. 
La  distribution  est  du  système  Walchaerts.  Le  frein  est  à  patin. 

Sur  la  même  ligne  que  les  locomotives  belges  et  vers  l'extrémité  de 
la  galerie,  se  trouvent  3  locomotives-tenders  à  4  roues  des  types  bien 
connus  de  Krauss^  de  Munich.  La  plus  petite  pèse  environ  2  tonnes, 

La  Société  de  Dyle  et  Bacalàn  a  exposé  un  tender  destiné  à  accom-^ 
pagner  la  machine  express  à  6  roues  accouplées  de  Seraing. 

On  ne  trouve  plus  maintenant  de  locomotives  exposées  que  dans  la 
w^ùon  française^  à  la  gauche  de  l'emplacement  occupé  par  la  Société 
des  anciens  Établissements  Cail^  lesquels  ont  envoyé  3  locomotives  : 
L'une  appartenant  à  la  Comps^nie  d'Oriéans  (M.  ForquenoÈ^  ingénieur 
en  chef  du  matériel  et  de  la  traction)  est  du  modèle  à  voyageurs  à 
4  roues  accouplées  de  l^jSO  de  diamètre,  et  à  4  essieux  avec  foyer 


—  60  — 

Ten-Brinck.  La  surface  totale  de  chauffe  est  de  143"',  60,  et  le  poids 
total  se  moQte  à  42^S  dont  26  tounes  udies  pour  Tadhércnoe.  Ces 
machÎQds  font  avec  succès  le  service  des  express  sur  les  lignes  à  profils 
accidentés,  comme  par  exemple  entre  Toulouse  et  Capedenac. 

La  deuxième  machine  exposée  par  Cail  est  une  machine-tender 
exécutée  sur  les  plans  de  la  Compagnie  de  l'Ouest  (M.  Clérault  ingé- 
nieur en  chef  du  matériel  et  de  la  traction),  et  d'un  modèle  récent, 
destinée  à  remorquer  les  trains  de  Paris  à  Saint-Germain  sans  changer 
.de  machine  au  Pecq,  comme  on  le  fait  aujourd'hui,  pour  gravir  la 
rampe  de  O'^yOSS  de  l'ancien  chemin  de  fer  atmosphérique.  Cette 
machine  est  à  6  roues  accouplées  de  {"^54  de  diamètre,  et  son  poids 
en  charge  est  de  39  tonnes  1/2.  Elle  est  munie  du  frein  Westinghouse 
à  air  comprimé  comme  presque  toutes  les  locomotives  à  voyageurs  de 
la  compagnie  des  chemins  de  fer  de  TOuest. 

La  troisième  locomotive  envoyée  par  la  Société  des  anciens  établis- 
sements r4ail  est  une  petite  locomotive  à  voie  de  O'^jâO  environ  du  type 
des  exploitations  de  cannes  à  sucre,  avec  cheminée  à  étouffoir. 

Dans  la  section  française,  on  trouve  des  dessins  représentant  les 
diverses  locomotives  construites  jusqu'à  ce  jour  dans  le  système  Com- 
pound^  sur  les  plans  de  notre  collègue  M.  A/aliei^  lequel  a  été  le 
premier  à  faire  cette  application  aux  locomotives,  dont  on  trouve 
maintenant  des  spécimens  en  France,  en  Russie,  en  Angleterre,  en 
Allemagne,  en  Grèce,  etc. 

Dans  la  grande  halle  générale,  à  l'extrémité  de  l'exposition  fran- 
çaise, et  séparée  de  celle-ci  par  la  salle  réservée  à  l'État  libre  du  Congo, 
se  trouve  la  salle  spéciale  de  M.  de  Lesseps,  Suez  et  Panama.  Dans 
cette  dernière,  on  voit  une  petite  machine  locomotive  exécutée  par 
la  Société  francù'belge^  d'après  le  système  Bourdon,  lequel  dérive  des 
machines  Brown,  de  Winterthur,  à  balancier  de  renvoi. 

Plusieurs  machines  de  tramviray,  au  lieu  d'être  exposées  dans  la 
galerie,  prennent  part  à  un  concours  de  traction  sur  le  tramway  allant 
de  l'Exposition  à  la  place  de  la  Commune.  Ce  tramway  est  à  trois  files 
de  rails  de  manière  à  admettre  des  véhicules  aux  voies  de  {"'ySO  et 
de  1  mètre.  On  y  voit  notamment  une  machine  de  Tubize,  une  de 
Krauss,  de  Munich;  une  de  Kessler,  de  Essiingen,  et  une  voiture  à 
vapeur  du  système  Rowan,  construite  par  la  Société  franco-belge. 


—  61  — 

Voitures  et  Wagons,  —  Il  n'existe  que  fort  peu  de  voitures  à 
voyageurs,  et  parmi  celles-ci  nous  citons  :  une  voiture  mixte  avec 
frein  à  vide  exécutée  par  la  Compagnie  du  Grand  Central  belge  dans 
les  ateliers  de  Louvain. 

Une  voiture  à  voyageurs,  à  guérite  et  à  frein  par  un  constructeur 
italien  et  destinée  aux  chemins  de  fer  de  la  haute  Italie. 

Une  voiture  mixte  avec  perron,  par  la  Société  de  Malines  pour  le 
chemin  de  fer  Lloyd-Rostock. 

Les  chantiers  de  la  Dyle  et  Bacalan  exposent  une  voiture  à  voie 
étroite,  montée  sur  bogies,  avec  perrons  extérieurs,  et  aussi  une 
voiture  de  1^  classe  à  6  roues  pour  TËtat  belge. 

On  trouve  également  plusieurs  véhicules  de  tramway  ou  de  chemin 
de  fer  à  voie  étroite  de  divers  constructeurs. 

Dans  la  section  française  est  un  véhicule  pour  tramway,  consistant 
en  une  terrasse  terminée  à  chaque  extrémité  par  un  compartiment. 
Ce  véhicule  a  été  construit  à  Blanc -Misseron  (Nord). 

Le  matériel  à  marchandises  compte  de  plus  nombreux  spécimens, 
parmi  lesquels  : 

Un  grand  wagon  à  6  roues  du  Grand  Central  belge. 

Un  wagon  plat  à  4  roues  de  la  même  compagnie,  construit  par  la 
Société  des  grosses  forges  de  la  Bestre. 

Un  wagon  à  houille  à  bords  en  bois,  à  frein,  à  huit  sabots  et  à  gué- 
rite, pourTÉtat  belge,  par  le  même  constructeur  que  le  précédent. 

Un  grand  wagon  à  20  tonnes  et  à  2  bogies  de  TÉtat  belge,  par  la 
Société  de  Morlanwelz. 

Un  châssis  de  wagon  du  même  constructeur,  avec  frein  à  hélice, 
système  Gambaro. 

Un  wagon  à  bois  par  Neulise  de  Bracquegnies. 

Un  wagon-tombereau ,  type  de  TÉtat  belge ,  avec  frein  à  maîn 
Stilmant  par  la  Société  de  Nivelles. 

Un  wagon  à  bords  en  tôle  très  hauts,  pour  le  transport  des  combus- 
tibles et  laines,  destiné  à  TÉtat  belge  et  construit  par  Balot  de  Louvain. 
En  dehors  de  ces  machines  ou  véhicules  complets,  on  voit,  dans 

les  sections  belge  et  française,  de  très  nombreux  spécimens  de  pièces 

de  forge  et  de  détails,  roues,  essieux,  ressorts,  etc.,  exposés  par  les 

constructeurs  qui  livrent  ces  pièces  aux  ateliers  de  construction. 


RECHERCHES 

SDR  LA 

CONSTRUCTION    THÉORIQUE 

HÉLICES  PROPULSIVES 


Par  m.  »VaO¥  »E  BnVI«NAC 


Cette  étude,  en  cherchant  à  analyser  le  fonctionnement  d'une  aube 
d'hélice,  donne  les  moyens  de  résoudre  un  double  problème:  cons- 
truire une  aube  réalisant  un  effet  demandé  ;  déterminer  Tefiet  d'une 
aube  donnée  quelconque. 

L'hélice  propulsive  classique  est  essentiellement  une  surface  héli- 
colde  engendrée  par  le  mouvement  d'une  ligne  droite  s'appuyant  sur 
une  hélice  à  pas  constant  et  sur  l'axe  de  celle-ci  auquel  elle  reste 
toujours  normale.  On  nomme  la  ligne  droite  génératrice  et  l'hélice 
directrice;  et  on  a  conservé  ces  désignations,  par  analogie,  dans  les  pro- 
pulseurs où  on  a  diversement  modifié  et  contourné  ces  lignes.  Ordi- 
nairement, chaque  aube  de  l'hélioe  est  limitée  par  un  cylindre  concen- 
trique à  base  circulaire  et  par  deux  plans  normaux  à  l'axe» 

On  a  imaginé  des  hélices  de  bien  des  sortes,  en  vue  d'en  améliorer 
l'effet.  Nous  ne  pouvons  songer  à  les  décrire  dans  une  simple  note  ; 
elles  se  trouvent  dans  les  ouvrages  spéciaux.  D'ailleurs  cette  revue 
offrirait  peu  d'intérêt,  et  la  comparaison  des  divers  systèmes  avec  le 
nôtre  ressortira  naturellement  de  l'exposé  suivant. 

La  préoccupation  principale  qui  s'est  montrée  dans  les  diverses 
formes  d'hélices  était  celle-ci  :  i^  maintenir  la  pression  de  l'eau  pen- 
dant son  parcours  sur  l'aube  au  mayen  d'une  directrice  à  pas  croissant  ; 


—  63  — 

2""  aonoler  le  pins  possible  a  l'action  centrifuge  »  de  l'hélice,  comme 
inutile  à  la  propulsion  et  par  conséquent  nuisible. 

Le  meilleur  eiemple,  peut-être,  de  ce  système,  est  Thélice  Hirsch, 
parue  il  y  a  environ  vingt  ans  et  légèrement  modifiée  depuis.  L'aube 
est  comprise,  comme  dans  Thélice  ordinaire,  entre  le  cylindre  concen- 
trique et  deux  plans  normaux  à  l'axe  ;  la  génératrice  et  la  directrice 
sont  des  courbes  tournant  leur  concavité  très  accentuée  dans  le  même 
sens,  celui  de  Faction  sur  Teau.  Au  début,  ou  peu  après,  M.  Hirsch 
adopta  pour  génératrice  une  spirale  d'Archimède. 

Cette  hélice  a  été  perfectionnée  notamment  par  M.  du  Rocher  du 
Quengo  qui,  par  des  motifs  calculés,  substitua  la  spirale  logarithmi- 
que à  la  spirale  d'Archimède  et  adopta  pour  directrice  une  sinusoïde. 
Du  reste,  il  ne  paraît  pas  avoir  décidé  s'il  convenait  de  se  borner  à  la 
partie  concave  de  la  sinusoïde,  ou  bien  de  l'employer  tout  entière,  afin 
délaisser  décroître  la  vitesse  de  l'eau  sur  l'aube  après  un  certain  point, 
et  de  l'abandonner  sans  vitesse. 

D'autres  auteurs,  comme  M.  Thornycroft  et  lord  Dundonald,  ont 
adopté  des  génératrices  paraboliques  diversement  tournées  ;  mais 
celles-ci,  au  lieu  d'être  contenues  dans  un  plan  normal  à  l'axe,  comme 
la  génératrice  Hirsch,  sont  dans  un  plan  passant  par  l'axe  ....  Nous 
nous  bornerons  à  dire  que  ce  dernier  système  diffère  entièrement  du 
système  Hirsch  et  de  ses  dérivés.  Au  système  Thornycroft  peut  s'appli- 
quer ce  que  nous  dirons  dans  la  suite...  Nous  croyons  ce  système 
inutile  et  même  défectueux  pour  l'hélice  considérée  isolément;  bien 
que  la  disposition  des  courants  le  long  du  navire  puisse  peut-être  le 
recommander '.•. 

Le  reproche  principal  qu'il  est  permis  de  faire  à  ces  systèmes, 
comme  à  tous  ceux  parus  jusqu'ici,  c'est  que  leurs  éléments  essentiels, 
—  génératrice,  directrice  ou  autres,  —  sont  choisis  trop  arbitrairement  ; 
par  une  intuition  générale  du  phénomène,  par  une  impression  de  sen- 
timent, plus  ou  moins  nette,  sur  la  manière  dont  l'aube  agit  sur  l'eau... 
inais  nullement  par  des  motifs  de  calcul  ou  des  considérations  de  mé- 
canique précises.  —  Sur  ces  bases  trop  vagues,  certains  auteurs  ont 
édifié  des  calculs  remarquables,  indiquant  bien  l'action  d'une  surface 
donnée  ;  mais  évidemment  ces  calculs  ne  pouvaient  diminuer  l'incer- 
ûtude  du  point  de  départ. 

1.  Daueequi  sait,  à  moins  de  mention  contraire,  nous  ne  parlerons  que  des  généra- 
Iricei  QoerlMi  dans  le  pton  normal  à  Faze  de  roiaUon. 


—  64  — 

L'étude  suivante,  au  contraire,  a  pour  but  de  déterminer  exacte- 
ment, autant  que  possible,  ce  que  doivent  être  la  génératrice  et  la 
directrice,  ou  les  éléments  par  lesquels  on  serait  conduit  à  les  rempla- 
cer, pour  satisfaire  à  la  condition  initiale  du  problème. 

Effet  centrifuge  de  t hélice*  Génératrice.  —  Il  importe  de  montrer 
d'abord  que  Tefiet  dit  centrifuge  de  Thélice  est  inévitable  et  résulte 
de  sa  constitution  essentielle;  qu*il  n'est  pas  proprement  nuisible  ; 
qu'en  le  supprimant  plus  ou  moins  on  n'améliore  pas  le  rendement,  au 
contraire,  et  qu'on  n'obtient  qu'une  illusion. 

Soit  (jSg.  A,pl.  iOi),  un  élément  de  surface  hélicolde  ordinaire  fixé  à 
l'extrémité  d'un  rayon  géométrique,  et  subissant  le  double  mouvement 
propre  à  Thélice  pendant  un  temps  dt  assez  court  pour  que  ce  mouve- 
ment se  projette  sur  une  étendue  sensiblement  plane  du  cyUndre  con- 
centrique de  même  rayon  ;  AB  est  la  projection  ou  trace  sur  le  cylindre 
de  la  position  initiale  de  l'élément  de  surface  au  début  du  mouvement  ; 
A'B'  sa  projection  à  la  fin  ;  le  point  A  est  la  projection  du  rayon.  AC  est 
le  mouvement  réel,  normal  à  ABS  d'une  particule  d*eau  partant  de  A. 
CH  est  la  projection  de  ce  mouvement  parallèlement  k  l'axe  de  Thélice, 
c'est  la  composante  utile  à  la  propulsion.  AH  est  la  composante  nor- 
male à  la  translation  du  bateau  ;  elle  est  inutile  à  la  translation  mais 
inévitable  avec  le  mode  d'action  biaise  de  Thélice.  y„  est  la  vitesse 
de  marche  du  navire  et  n  le  nombre  de  tours  de  l'hélice  par  seconde. 

La  vitesse  GH  n'est  aucunement  centrifuge.  La  vitesse  AH  n'est 
pas  centrifuge  relativement  au  rayon  qui  la  cause,  puisqu'elle  lui  est 
normale  ;  mais  elle  l'est  relativement  aux  autres  rayons  placés  tout 
autour  de  l'axe  au  même  instant,  comme  aux  autres  positions  du 
rayon  considéré.  Le  cône  tronqué  d'eau  agitée  qui  suit  une  hélice  est 
l'effet  de  ces  composantes  AH  tout  autour  de  l'axe...  A  un  instant  con- 
sidéré, cette  «  excentricité»  à  la  surface  de  l'eau  n'est  pas  due  aux 
aubes  alors  horizontales,  mais  aux  positions  antérieures  de  celle&-ci  et 
aux  autres  aubes...  Bref,  il  n'y  a  pas  de  tendance  centrifuge  autre  que 
l'effet  inévitable  de  l'une  des  composantes  de  l'action  biaise  de 
l'héUce. 


1 .  AC  est  normal  à  AB  al  Ton  néglige  le  frottement  de  rean  Pur  l'aube;  c'est  preeqne 
fxact  et  beaucoup  plus  simple;  les  auteurs,  sans  exception,  Je  crois,  le  font  ainsi.  —  Dn 
reste,  on  pourrait  appliquer  le  procédé  général  de  cette  étude  après  l'Introdoetion  d'un 
coefficient  de  frottement,  c'est-à-dire  d'un  coelfieient  d'indioaison  de  GA.  sur  AB. 


—  65  — 

Par  suite,  il  n*est  pas  utile  de  combattre  Tefiet,  dit  centrifuge,  de 
l'hélice  tant  que  Ton  emploie  ce  genre  de  propulseur;  on  n'a  qu'à 
donner  à  chaque  élément  l'angle,  mesuré  sur  le  cylindre  concentrique, 
qui  convient  le  mieux  à  la  propulsion. 

Sans  doute,  on  peut  aisément  diminuer  l'effet  «  centrifuge  »  par 
une  courbe  convenable  de  l'aube;  c'est  ce  qu'à  fait,  par  exemple, 
l'hélice  Dundonald  ;  —  on  y  réussirait  bien  mieux  encore  en  envelop- 
pant l'hélice  d'un  cylindre  concentrique  à  son  axe  de  rotation!  —  mais 
l'effet  obtenu  ne  serait  qu'un  trompe-l'œil;  on  n'aurait  augmenté  aucu- 
neineni  la  propulsion,  au  contraire,  et  on  aurait  seulement  créé  un 
travail  nuisible  de  frottement  latéral. 

Il  convient  d'appuyer  sur  ces  notions. 

Voyons  comment  agirait  un  élément  d'aube  courbe.  Quelle  que  soit 
la  forme  du  solide  reliant  cet  élément  à  l'axe  de  rotation,  on  peut  le 
considérer  comme  fixé  à  l'extrémité  d'un  rayon  géométrique  ;  seule- 
ment, au  lieu  que  ce  rayon  soit  en  contact  avec  l'élément  suivant  une 
ligne  droite,  comme  dans  le  cas  précédent,  ce  rayon  percera  l'élément 
ra  un  point. 

Pour  que  cet  élément  d'aube  courbe  soit  comparable  à  celui  d'aube 
ordinaire  considéré  tout  à  l'heure,  il  faut  que  sa  trace  sur  le  cylindre 
concentrique  fasse  toujours  l'angle  a  avec  un  plan  normal  à  l'axe. 
Nous  supposons  que  l'élément  est  tourné  de  façon  à  exercer  sur 
Teau  une  action  centripète  ;  mais  le  raisonnement  serait  semblable 
pour  une  direction  inverse.  Nous  considérerons  le  même  mouvement, 
i'srndi,  V„rf/. 

Le  mouvement  réel  de  la  particule  d'eau  est  toujours  normal  à  la 
surface.  Il  peut  alors  se  décomposer  en  trois  composantes,  l'une  paral- 
lèle à  CH,  l'autre  parallèle  à  AH,  la  troisième  parallèle  au  rayon.  Cette 
troisième  composante  est  centripète ,  c'est  elle  qui  cause  l'effet  désiré  ; 
mais  il  est  facile  de  voir  qu'elle  n'augmente  aucunement  la  propulsion. 

Il  faut  même  remarquer  que  la  composante  de  propulsion  utile,  ana- 
logue à  CH,  est  nécessairement  moindre  dans  ce  second  cas  que  CH 
dans  le  premier  cas,  figure  A. 

Pour  présenter  cette  démonstration  commodément,  il  suffit  d'ob- 
server qu'elle  revient  à  la  forme  suivante  d'un  théorème  de  descrip- 
tive usuelle,  dans  lequel  nous  conservons  les  lettres  de  la  figure  A  : 

Soit  (fig.  B)  un  point  A  situé  dans  le  plan  vertical  de  projection  et  un 
plan  oblique  C  A'N,  qui  n'est  autre  que  le  plan  de  l'élément  d'aube 

BDLL.  O 


—  66  — 

après  le  mouvement,  lequel  plan  passait  par  A  au  début  du  mouve- 
ment. CA'T  est  l'angle  de  propulsion.  Si  Ton  mène  une  perpendicu- 
laire AC  à  la  trace  verticale  et  une  perpendiculaire  AG^  au  plan,  le 
pied  r/  sera  plus  rapproché  du  plan'horizontal  que  G,  tant  que  A'N  fera 
un  angle  aigu  avec  la  ligne  de  terre ,  c*est-à-dire  tant  que  l'élément 
d'aube  ne  sera  pas  dirigé  selon  le  rayon,  comme  figure  À.  Or,  cette 
distance  du  pied  de  la  perpendiculaire  au  plan  horizontal  de  projection 
est  précisément  égale  k  la  composante  de  propulsion  utile  plus  Tavan- 
cément  y„{// du  bateau.  On  peut  donc  conclure  renoncé  suivant: 
Pour  le  même  rayon,  le  même  angle  de  propulsion  et  le  mime  mouve- 
ment élémentaire,  la  propulsion  dans  le  sens  de  la  marche  de  F  hélice  à 
génératrice  droite  selon  le  rayon  est  toujours  supérieure  à  celle  de 
C hélice  à  génératrice  courbe,  ou  droite  dans  toute  autre  direction  que 
celle  du  rayon. 

On  peut  étudier  le  même  effet  en  supposant  aux  aubes,  non  plus  le 
même  angle  de  propulsion,  mais  à  chacune  Tangle  de  propulsion 
maiima  qu'elle  comporte.  Nous  emploierons  (fig.  C)  une  épure  ana- 
logue à  la  précédente. 

Les  éléments  A,  A',  A'N,  etc.,  sont  les  mêmes  que  dans  le  cas  précé- 
dent. Si  l'on  veut  bien  anticiper  par  la  pensée  des  développements  que 
nous  donnerons  plus  loin,  on  reconnaîtra  facilement  le  procédé  par  lequel 
nous  déterminons  les  angles  a,  a',  de  propulsion  maxima  pour  chaque 
hélice  ;  ces  angles  sont  donnés  par  les  points  MM' ,  culminants  relativement 
k  LTy  des  demi-circonférences  construites  sur  AA'  et  AA".  On  voit  aisé- 
ment que  M'  est  plus  près  de  LT  que  M,  et  qu'il  en  sera  toujours  ainsi 
pour  toute  direction  de  A'N  autre  que  la  normale  à  LT,  c'est-à-dire  pour 
une  direction  quelconque  de  la  génératrice  courbe  ne  se  confondant 
pas  avec  la  génératrice  droite  selon  le  rayon.  On  peut  donc  conclure 
l'énoncé  général  suivant  :  Pour  un  même  point,  la  propulsion  maxima 
dans  le  sens  de  la  marche  que  comporte  Vaube  à  génératrice  droite  selon 
le  rayon  est  toujours  supérieure  à  la  propulsion  maxima  que  comporte 
taube  àgénératrice  courbe,  ou  droitedans  toute  autre  direction  que  celle 
du  rayon. 

Ces  considérations,  à  la  brièveté  desquelles  le  lecteur  suppléera  aisé- 
ment, nous  font  adopter  un  rayon  comme  génératrice  initiale.  —  On 
verra  bientôt  que  la  construction  méthodique  de  l'aube  déforme  pro- 
gressivement les  génératrices  à  partir  de  la  génératrice  initiale,  en 
sorte  qu'il  n'y  a  qu'une  seule  espèce  d'aube,  d'ailleurs  médiocre,  qui 


—  67  — 

ail  toutes  ses  génératrices  droites  selon  le  rayon.  Mais  nous  donnerons 
ensuite,  à  l'article  aube  striée^  un  moyen  de  conserver  à  toutes  les 
aubes,  dans  toute  leur  étendue,  les  qualités  de  propulsion  de  la  géné- 
ratrice droite  selon  le  rayon. 

Directrices;  méthode  de  construction.  —  Étant  donnée  la  première 
génératrice  de  Taube,  ou  arête  initiale,  qui  aborde  l'eau  la  première, 
le  système  logique  de  construction  de  l'aube  nous  paraît  le  suivant  : 
reconnaître  quel  serait  le  mouvement  de  l'eau  résultant  de  la  pro- 
pulsion voulue,  et  construire  l'aube  conformément.  Autrement  dit, 
concevoir  l'aube  comme  formée  de  la  juxtaposition  des  directrices  ou 
trajectoires  de  l'eau  réalisant  les  conditions  données  de  la  propul- 
sion. —  Le  raisonnement  consiste  à  admettre  que  les  directrices  étant 
conformes  au  mouvement  de  l'eau  [sous  l'impulsion  voulue,  récipro- 
quement elles  imprimeront  à  l'eau  cette  impulsion. 

La  condition  qui  nous  semble  préférable  est  celle-ci  :  une  fois 
déterminé,  par  des  considérations  que  nous  indiquerons,  l'angle  initial 
d'une  directrice,  construire  celle-ci  de  façon  que  la  propulsion  dans  le 
sens  de  la  marche  reste  constante  sur  toute  sa  longueur.  —  Bien 
entendu,  nous  considérons  les  directrices  non  pas  comme  des  lignes 
géométriques,  mais  comme  ayant  une  largeur  suffisante  pour  agir.  Nous 
admettons  aussi  que  cette  surface  de  la  directrice  est  dirigée  de  façon 
à  causer  la  propulsion  que  suppose  Fépure,  c'est-à-dire  dirigée  suivant 
le  rayon.  On  verra,  à  l'article  a  aube  striée,  »  quel  moyen  peut  être 
employé  pour  assurer  cette  condition  à  toutes  les  aubes.  S'il  n'en  était 
pas  ainsi  dans  un  cas  donné,  il  faudrait  en  tenir  compte,  ce  qui  est 
facile,  la  suite  montrera  comment. 

En  essayant  le  problème,  on  ne  tarde  pas  à  reconnaître  qu'on  ne 
peut  pas  utiliser  par  analogie  les  méthodes  de  calcul  des  autres  machi- 
nes bydrauliques,  telles  que  :  action  d'une  veine  fluide  frappant  une 
surface,  quantité  d'eau  passant  entre  les  aubes  de  l'hélice,  théories  des 
roues  ou  turbines,  pompes  centrifuges,  etc.  En  voici  les  motifs  :  1*  tou- 
tes ces  méthodes  renfermeraient  une  pétition  de  principe  en  supposant 
connu  le  mouvement  de  l'eau  qu'il  s'agit  précisément  de  déterminer; 
2*  l'hélice  a  tme  condition  toute  spéciale,  celle  de  prendre  l'eau  sans 
mouvement  et  de  l'abandonner  animée  de  la  vitesse  nécessaire  à  la 
propulsion;  3*  l'eau,  dans  l'hélice,  n'est  aucunement  guidée  en  dehors 
de  la  propulsion,  et  ne  travaille  pas  proprement  par  pesanteur;  4*  le 


À 


—  68  — 

moteur  fuit,  condition  toute  particulière  ;  5"*  les  méthodes  connues  ne 
permettent  pas  de  distinguer  les  diverses  accélérations  de  Teau,  diffé- 
rentes aux  divers  points  de  la  trajectoire. 

Ce  dernier  motif  conduit  à  considérer  Faction  isolée  d'une  particule 
d*eau.  C'est  le  seul  moyen  de  calculer  réellement  la  croissance  du  pas. 
Pour  cela,  il  faut  supposer  la  particule  d'eau  douée  de  la  résistance 
qu'elle  ne  doit  en  réalité  qu'à  l'ensemble  de  ses  voisines.  Outre  que  cette 
simplification  est  inévitable,  on  reconnaît,  en  pénétrant  dans  le  pro- 
blème, qu'elle  est  satisfaisante.  —  Nous  ne.  ferons  pas  intervenir  le 
poids  de  la  particule  d'eau,  parce  qu'il  n'agit  pas,  en  effet,  à  la  façon 
ordinaire,  aucune  des  particules  ne  tendant  à  tomber  relativement  à 
ses  voisines. 

Les  éléments  principaux  de  la  trajectoire  sont  :  le  rayon  et  l'angle 
de  propulsion  initiaux  ;  la  variation  d'angle  résultant  de  l'accélération 
et  causant  la  croissance  du  pas  ;  la  variation  de  rayon  résultant  de 
l'accélération  et  causant  Texcentricité  ;  l'angle  de  rotation  ;  l'angle  de 
retard  de  la  particule  d'eau  relativement  à  l'arête  initiale. 

Lorsqu'on  cherche  à  exprimer  ces  variables  par  une  formule,  on 
reconnaît  qu'elles  ne  sont  pas  séparables  exactement,  en  sorte  que  l'on 
est  conduit  à  opérer  par  approximations  successives. 

La  marche  la  plus  simple  consiste  à  supposer  d'abord  l'accélération 
nulle  ;  puis,  sur  la  trajectoire  ainsi  construite,  à  édifier  la  variation  du 
pas  et  l'excentricité.  —  Ces  deux  phases  de  construction  formeront 
les  sujets  de  deux  chapitres. 

La  justesse  de  cette  marche  et  de  l'hypothèse  fondamentale  nous 
parait  incontestable  ;  en  tout  cas,  elle  est  confirmée  parles  observations 
suivantes  :  l"*  l'hypothèse  de  la  particule  isolée,  indispensable  au 
second  chapitre,  pour  discerner  l'accélération,  est  sans  inconvénient 
au  premier,  car  les  calculs  resteraient  les  mêmes  si  l'on  considérait  à 
la  fois  toutes  les  particules  se  suivant  sur  une  trajectoire,  ou  bien  la 
masse  d'eau  réellement  en  cause  au  contact  de  la  zone  hélicolde  con- 
sidérée ;  il  n'y  a  donc  pas  là,  pour  le  premier  chapitre,  de  limitation 
réelle;  2^  le  calcul  du  premier  chapitre  convient,  non  seulement  au 
cas  limité  de  ce  chapitre,  mais  à  la  zone  initiale  de  Taube  dans  l'hy- 
pothèse la  plus  étendue  du  second  chapitre  ;  c'est  donc  un  calcul  par 
lequel  il  faudrait  débuter  en  toute  hypothèse  ;  3'  l'hypothèse  de  la  par- 
ticule isolée  donne  évidemment  des  résultats  plus  forl^  que  la  réalité 
pour  l'excentricité  et  la  variation  du  pas  ;  lors  donc  que  les  calculs  du 


—  69  — 

second  chapitre  montreront  que  ces  éléments  sont  très  petits  et  sou- 
vent négligeables,  on  sera  certain  à  fortiori  qu'il  en  est  réellement 
ainsi;  4*  la  variation  relativement  très  faible  de  pas  et  de  rayon  permet 
d'atteindre  du  premier  coup  l'approximation  suffisante,  et  6te  ainsi 
tonte  obscurité  à  la  méthode  suivie. 

A  ce  qui  précède  se  présente  une  objection  d'apparence  formidable  : 
si  la  génératrice  droite  est  la  meilleure  et  si  le  pas  ne  doit  pas  croître 
pratiquement  de  manière  sensible,  comment  se  fait-il  que  des  hélices 
à  génératrice  et  directrice  très  concaves,  comme  Thélice  Hirsch,  aient 
donné  des  résultats  positivement  meilleurs  que  les  hélices  anciennes  ? 

La  réponse  est  principalement  celle-ci  :  Les  directrices  très  concaves 
débutant  par  un  angle  beaucoup  trop  petit  et  finissant  par  un  angle 
beaucoup  trop  grand,  rencontraient  quelque  part  dans  leur  étendue 
l'angle  de  propulsion  maxima,  que  l'hélice  classique  ne  savait  pas  cal- 
culer et  n'avait  pas,  ce  qui  leur  donnait  une  supériorité  sur  cette  dernière 
malgré  leurs  défauts. 

Pour  ne  pas  trop  étendre  une  note  qui  doit  être  brève,  nous  ne  nous 
arrêterons  pas  à  des  objections  secondaires,  dont  la  réponse  ressortira 
d'ailleurs  de  la  suite  de  notre  exposé. 


CHAPITRE  PREMIER 

ÉTUDE  DK  L'EFFET  DES  HÉLICES  ORDINAIRES  ET  DES  DIVERSES  AUBES 

AYANT  DBS  DIRBCTRICBS  A  PAS  CONSTANT. 


Lorsque  la  particule  d'eau,  poussée  par  l'aube,  n'acquiert  pas  de 
vitesse,  ce  qui  est  la  condition  fondamentale  de  ce  premier  chapitre, 
elle  reste  toujours  à  la  même  distance  de  l'axe  de  rotation,  c'est-à-dire 
se  meut  sur  la  surface  du  cylindre  concentrique  ayant  le  rayon  initial 
pour  rayon. 

Il  en  résulte  qu'on  peut  considérer  le  mouvement  pendant  une  durée 
quelconque,  i''  par  exemple,  ce  qui  est  commode  pour  la  position  des 
formules  ;  c'est  ce  que  nous  ferons  ci-après. 


—  70  — 

Bien  que  la  même  particule  ne  reste  pas  au  contact  de  l'aube  pendant 
V\  tant  s'en  faut,  on  peut  raisonner  comme  si  cela  était ,  parce  qu  il 
revient  au  même  que  la  même  particule  glisse  (dans  ces  conditions) 
sur  une  aube  indéfinie,  ou  que  plusieurs  particules  se  succèdent  sur  une 
aube  ordinaire  dans  des  conditions  identiques.  —  En  tous  cas,  il  est 
légitime,  pour  simplifier  les  formules,  de  rapporter  à  la  i"  un  mouve- 
ment qpi  ne  devrait  durer  effectivement  qu'un  temps  beaucoup  plus 
court. 

I.  •—  FOBGB  PB0PUL81VE,  VITESSE  DE  nOPULSlOB  ^ 

Puisque  la  particule  d'eau  se  meut,  aussi  longtemps  qu'on  veut  la 
considérer,  sur  un  cylindre  concentrique  à  l'aie  ayant  pour  rayon  le 
rayon  initial,  on  peut  figurer  sa  trajectoire  en  supposant  ce  cylindre 
développé  sur  le  plan  tangent  au  cylindre  à  Textrémité  de  l'arête  ini- 
tiale. Dans  la  suite»  nous  supposerons  toigours  un  semblable  dévelop- 
pement. La  figure  (1)  représente  divers  développements  analogues 
correspondant  à  trois  rayons  différents  et  à  la  durée  de  1'^ 

Soit,  par  exemple,  le  développement  AC 9 À,.  Le  point  A  est  la  pro- 
jection de  l'arête  initiale;  AB,  est  le  développement  d'une  partie  de 
la  directrice,  qui  fait  en  A  l'angle  initial  de  l'aube  a  =:BftAT,  et  pro- 
pulse la  particule  d'eau.  Pendant  1'',  A  subit  un  mouvement  A  Atdont 
les  composantes  sont  :  AO  =  Yn,  vitesse  de  marche  ou  de  translation 
du  bateau,  parallèle  à  l'axe  de  l'hélice;  et  un  mouvement  de  rotation 
AjO  :=  2wrw,  n  étant  le  nombre  de  tours  que  fait  l'aube  par  1". 

V 

A  Ai  0  est  fangle  de  marche  a.,  dont  la  tangente  est  ^ — ^. 

La  particule  d'eau,  d'après  notre  hypothèse,  se  déplaçant  normale- 
ment à  la  surface  propulsive,  il  s'ensuit  que  la  trajectoire  réelle  de  la 
particule  d'eau  pendant  l'^  est  AC^  normale  à  ABt ,  l'angle  ACs  At  étant 
droit.  As  Ct  est  le  mouvement  apparent  de  la  particule  relativement  au 
point  A  de  l'arête  initiale,  d'où  elle  est  partie.  G, H  est  la  composante 
dans  le  sens  de  la  marche  du  mouvement  réel  de  la  particule  ;  AH  es^ 
la  composante  dans  le  sens  de  la  rotation. 

La  composante  de  rotation  AU  du  mouvement  réel  de  la  particule, 

1.  Sauf  mention  contraire,  noos  entendrons  toujours  dans  la  suite  par  propulsion,  vitesse 
de  propulsion,  force  propulsive,  etc.,  celles  dirigées  dans  le  sens  de  la  marche  du  bateau 
parallèlement  à  l'axe  de  rotation  de  t*héiice. 


—  71  — 

conséquence  inévitable  de  Taction  biaise  de  Thélice,  est  entièrement 
inutile  à  la  propulsion  puisqu'elle  est  normale  à  la  direction  de  marche 
du  bateau,  tandis  que  la  composante  parallèle  à  Taxe  du  mouvement 
réel  de  la  particule,  HCt—  Yp  ^vitesse  de propulsionj  »  est  entièrement 
olile  à  la  propulsion.  La  propulsion  résulte  de  la  résistance  de  la  par- 
ticule au  mouvement  réel  que  l'aube  lui  imprime. 

Yp  est  donc  l'élément  essentiel  du  calcul  de  l'action  propulsive  d'un 
élément  d'aube. 

Connaissant  Yp  au  moyen  d'un  calcul  que  nous  allons  donner,  on 
peut  déterminer  la  pression  qui  en  résulte  sur  l'aube  par  divers  moyens  ; 
nous  adopterons  ici  le  suivant. 

Nous  admettrons  comme  sensiblement  vrai,  pour  l'eau  comme  pour 
l'air,  que  les  pressions  normales  aux  surfaces,  résultant  de  vitesses  du 
fluide,  sont  proportionnelles  aux  carrés  des  vitesses,  c'est-à-dire  que 
l'on  a 


(1) 


;?.  _  Y* 
7:  ~  Y'« 


/).  étant  la  pression  normale  du  fluide  sur  une  surface  normale  à 
son  mouvement,  et  Y  la  vitesse  du  fluide  relativement  à  cette  surface. 
Les  données  expérimentales  de  cette  équation  pour  l'eaii  paraissant 
encore  trop  incertaines,  nous  emploierons  celles  de  l'air,  à  savoir  : 
Pour  une  vitesse  de  10  mètres  par  1",  la  pression  du  vent  par  mètre 
carré  de  surface  normale,  p^  =  ^i^^  etc.  Et  nous  appliquerons  cette 

base  à  l'eau  en  l'afiTectant  du  coefficient  y- r- ,  rapport  des  poids   du 

1 ,0 

mètre  cube  d'eau  et  du  mètre  cube  d'air. 

Yoici  comment  on  opère  pour  déterminer  Yp.  Soit  toujours  pour 

exemple  la  section  A  A^  C^,  pour  laquelle  l'angle  de  l'aube  C^  A,  0  =  a. 

Les  triangles  rectangles  C^AjI,  AC2H  sont  semblables,  avec  les 

angles  C2A^0  =  AC2H=a;  en  sorte  que  l'on  a  : 

AH   __HCa  +  Hl 
HCj  ~       lAj       ' 

ou  bien,  en  prenant  les  notations  pour  l'\ 


-  72  — 

Si,  ayant  \\,  on  cherchait  a,  on  tirerait  de  l'équation  précédente 


'^-^x-s/m-H^- 


(3) 

Le  double  signe  du  radical  convient  aux  deux  solutions  possibles,  pour 
la  même  valeur  de  Vp,  CjAjO,  C'^AjO;  mais  la  solution  Cj  Aj  0, 
correspondant  au  radical  négatif,  est  évidemment  la  seule  à  prendre, 
parce  que,  pour  la  même  propulsion,  elle  donne  moins  de  résistance 
de  torsion. 

Ces  relations,  entre  l'angle  d'une  section  et  la  vitesi^e  de  propulsion 
qu'elle  cause,  sont  tout  à  fait  générales,  c'est-à-dire  s'appliquent  à 
toutes  les  aubes  comprises  dans  ce  premier  chapitre,  à  la  seule  condi- 
tion qu'elles  soient,  comme  elles  sont  en  effet,  des  hélices  à  pas 
constant. 

Ces  formules  déterminent  entièrement  une  trajectoire  du  premier 
chapitre,  puisque  celle-ci  n'a  ni  excentricité  ni  relèvement;  mais  elles 
sont  encore  nécessaires  au  second  chapitre  pour  déterminer  l'angle 
d'attaque  de  Taréte  initiale,  autrement  dit  la  directrice  base  sur 
laquelle  on  applique  l'excentricité  et  le  relèvement. 

Les  formules  précédentes  se  modifient  dans  certains  cas  particuliers, 
dont  quelques-uns  seront  exposés  plus  loin;  nous  croyons  préférable 
de  ne  pas  les  anticiper  ici. 

Ce  qui  précède  permet  déjà  les  remarques  suivantes  : 

1"  Pour  calculer  une  aube  exactement,  il  faut  admettre  une  certaine 
vitesse  de  translation  et  de  rotation  ;  en  dehors  de  ces  données  son 
action  change. 

On  peut  calculer  cette  nouvelle  action,  en  toute  hypothèse,  par  le 
même  procédé  que  précédemment  ;  et  on  peut  calculer  pareillement 
l'effet  d'une  aube  donnée  quelconque.  Dans  ce  dernier  cas  néanmoins, 
il  faudrait  voir  dans  quelle  mesure  la  direction  générale  de  la  surface 
peut  modifier  l'action  des  directrices  considérées  individuellement,  et 
en  tenir  compte  ;  car  la  propulsion  totale  est  toujours  normale  à  la 
surface  générale  de  l'aube,  tandis  que  sa  composante  parallèle  à  l'axe 
intervient  seule  dans  le  travail  utile  de  propulsion.  Notre  procédé  de 
calcul  s'applique  toujours,  moyennant  que  l'on  détermine  bien  la  com- 
posante  de  propulsion  parallèle  à  l'axe.  Pour  une  aube  à  construire, 
on  verra,  à  l'article  «c  aube  striée,  »  comment  on  peut  toujours  faire 
que  l'élément  propulseur  soit  dirigé  selon  le  rayon. 


—  73  • 

La  vitesse  et  le  nombre  de  tours  sont  ordinairement  fiiés  par  des 
conditions  préalables.  S'il  n'en  était  pas  ainsi,  il  paraîtrait  facile  de  les 
choisir;  car,  d'une  part,  la  résistance  du  navire  çrott  environ  comme 
le  carré  de  sa  yitesse,  et,  d'autre  part,  l'hélice  fonctionne  d'autant  plus 
avantageusement  (on  le  verra)  que  ses  angles  sont  plus  petits,  c'est-à* 
dire  sa  vitesse  de  rotation  plus  grande.  Il  est  donc  probable  que  l'on 
filera  du  premier  coup  la  rotation  la  plus  rapide  possible  et  la  vitesse 
de  translation  nécessaire  dans  le  cas  particulier. 

2*  C'est  une  conception  fausse  dans  une  certaine  mesure,  et  dange- 
reuse, de  prendre  pour  vitesse  théorique  maxima  de  translation  d'une 
hélice  son  avancement  a  comme  dans  un  écrou  solide  ;  »  (ce  qui  suppo- 
serait, par  exemple,  AÀ2  en  prolongement  de  AB2);  car  ce  cas  diffère 
essentiellement  de  la  réalité,  dont  la  condition  fondamentale  est  que  le 
fluide  fuit  et  l'aube  le  suit  en  le  pressant.  On  ne  peut  pas  conclure 
légitimement  de  l'hypothèse  de  «  l'écrou  solide  »  vers  la  pratique, 
parce  que  la  base  du  raisonnement  et  sa  conclusion  sont  placées  dans 
des  conditions  contradictoires;  la  «  vitesse  de  propulsion,  »  essentielle 
au  calcul  des  hélices,  est  alors  rigoureusement  nulle. 

3*  On  ne  peut  pas  comparer  directement  l'essai  d'une  hélice  en 
marche  ou  bien  «  tirant  sur  un  point  fixe  ;  »  car  les  vitesses  de  propul- 
sion développées  dans  ces  deux  cas  sont  très  différentes. 

Si  l'élément  d'aube  AB^,  précédemment  étudié,  tirait  à  un  point  fixe 
pendant  V,  A  n'irait  pas  en  A^  mais  en  A^|.  La  particule  d'eau  aurait 
pour  trajectoire  yraie  une  normale  à  A  B,  prolongée  jusqu'à  la  rencontre 
d'an  cercle  de  diamètre  A  A't  =  2  ^  r  n  ;  ce  mouvement  serait  beaucoup 
plus  étendu  que  A  Ci.  On  trouve  aisément,  par  un  calcul  semblable  au 
précédent,  que  la  vitesse  de  propulsion  dans  ce  cas  serait 

ce  qui  revient  à  l'expression  (2)  dans  le  cas  oii  V„  =  0.  Si,  essayant  le 
même  élément  «  au  point  fixe,  »  on  youlait  en  tirer  une  conséquence 
pratique,  il  faudrait  conclure  Vpt  de  l'effort  de  traction  mesuré,  puis 
calculer  Vp  en  marche  par  la  relation  des  formules  (2)  et  (2').  On  voit 
aisément  que  cette  relation  est 


(2")       >^.  =  V,(l-2-^^J  =  V,-j 


V. 


+  '^*«" 


—  74  — 

La  formule  (2)  étant  générale,  ce  qui  précède  s'applique  aux  directrices 
d*une  aube  quelconque  prises  individuellement. 

Mais  la  question  est  loin  d'être  aussi  simple  en  pratique,  car  on  n'a 
pas  une  directrice  seulement,  mais  une  aube  entière  dont  la  vitesse  de 
propulsion  varie  avec  le  rayon. ..  Le  dynamomètre  ne  donnant  qu'une 
résultante  de  traction,  il  faudrait  calculer  la  traction  théorique  au  point 
fixe  propre  à  chaque  zone  au  moyen  des  formules  (1)  et  (2^)  ;  réduire 
ces  tractions  proportionnellement  à  la  résultante  du  dynamomètre  ;  en 
déduire  la  vitasse  de  propulsion  réelle  sur  chaque  zone  ;  la  transformer 
en  vitesse  en  marche  par  la  relation  (2^%  puis  en  conclure  la  pression 
en  marche  sur  chaque  zone  et  le  travail. ..  Encore  la  comparaison  ainsi 
faite  ne  serait-elle  jamais  exacte,  parce  que  Tessai  au  point  fii^e  cause 
plus  de  remous  d'eau  autour  de  l'hélice  que  l'essai  en  marche...  D'au- 
cune manière  donc,  l'essai  «  au  point  fixe  »  ne  nous  parait  recomman* 
dable  ;  mieux  vaudrait,  lorsque  le  loch  est  trompeur ,  parcourir  un 
espace  de  longueur  connue. 


IL  —  Aube  a  pbopulsion  maxima. 

Dans  le  cas  particulier  où,  comme  pour  la  section  A  AiCii  le  som- 
met Cl  du  rectangle  se  trouve  au  sommet  du  cercle  A  C|  A^  c'est-à-dire 
au  point  de  tangence  .d*une  parallèle  à  Ai  0,  on  remarque  que  Ci  I  est 
un  rayon  prolongé,  en  sorte  que  Ai  I  =:  1 0  =  nr  n;  il  en  résulte  les 
valeurs  particulières  suivantes  de  Y^  et  a,  que,  pour  les  distinguer, 
nous  désignerons  par  Yp  et  a,* 

AH  _CiH+HI  i:r,n  _  \  +  V- 

HCi-        Ail      '  V,     —       Yp 


(V 


\=-T-+v/^+'^ '••»*• 


La  figure  montre  que  le  signe  positif  du  radical  est  le  seul  bon  ;  car, 
dans  cette  section  spéciale, 

Al  K.  —  IL  A,  ^^  Il  \jfy 

en  sorte  que  l'expression  (4)  revient  à 

Vp  =KC,  — KH. 


—  76  — 
Pour  déterminer  a,,  on  a  directement 


(5)     tga,  =  -^  =     ^^  ^    ,  ou  encore,  tga,=  y  -^ 

Oa  pourrait  trouver  aussi,  en  substituant  la  valeur  (4)  de  Y^ 


(50  /y«o  = 


ou  bien 


(5") 


y  2xr.«  ^  V  4^- „•  ^ 


en  divisant  la  valeur  (50  par  k  r««  et  multipliant  le  tout,  haut  et  bas,  par 


■^V4^  +  *+2J.»" 


Od  reconnaît  aisément  que,  lorsque  la  vitesse  de  propulsion  atteint 
]e  sommet  du  cercle,  comme  H  Ci,  la  section  cause  la  propulsion  la  plus 
grande  que  comportent  son  rayon  et  les  vitesses  données.  Pour  cette 
raison,  nous  nommerons  une  telle  section  section  de  propulsion  maxima, 
ou  i'uiilisation  maxima.  —  Pour  des  raisons  que  Ton  verra,  nous  nom- 
merons parfois  le  rayon  r^  de  cette  section  rayon  minimum, 

n  est  utile  de  pouvoir  trouver  à  priori  Tangle  ou  le  rayon  d'une 
pareille  section,  si  on  a  Tun  ou  Fautre. 

Si  Ton  a  choisi  r»,  les  formules  (4)  et  (5)  donnent  Yp  et  a». 

Si,  ayant  Yp  par  une  donnée  quelconque,  on  cherchait  r^,  Tégalité 

^Po  "T  ^■»       TC  To  n 


xfon  Yp 


donnerait 


V  (Vp  + .  V„)  Yp 
(6)  r,  -  "^^    "  -  '• 


*  Tzn 


(Si  Ton  introduisait  cette  valeur  dans  l'expression  (3)  celle-ci  se  rédui- 
rait à  l'expression  (S),  ce  qui  doit  être.) 


—  76  — 

Nous  indiquerons  plus  loin,  au  sujet  de  diverses  aubes,  comment  y 
rechercher  la  section  de  propulsion  maxima. 

Si  Ton  construisait  une  aube  dont  toutes  les  sections  fussent  à  pro- 
pulsion maxima,  on  aurait  Vaube  à  propulsion  maxima,  la  plus  puis- 
sante que  les  vitesses  données  comportent. 

Pour  avoir  la  formule  des  tangentes  de  cette  aube,  il  suffirait  de 
prendre  Tune  des  expressions  (5),  en  y  faisant  r  variable;  par  exemple 


(7)  iga  =J^^  i/— ^, +  1. 


Cette  expression  devient 


si  Ton  veut  exprimer  r  en  fonction  d'un  rayon  particulier  r^,  en  posant 
r  =  K  fo. 

La  figure  (1)  indique  trois  sections  d'une  pareille  aube ,  celles  B'»  A», 
Bt"  A, ,  B^''  A, ,  correspondant  aux  sommets  Ci ,  M| ,  M, .  La  figure  (4) 
représente  le  schéma  de  cette  aube,  pour  certaines  données  calculées 
au  chapitre  HI.  L'arête  initiale  AB  est  seule  droite;  toutes  les  autres 
génératrices  sont  de  plus  en  plus  courbes. 

On  pourrait  trouver  commode  de  construire  cette  aube,  non  pas  avec 
ses  tangentes,  mais  au  moyen  des  a  distances  circulaires,  »  c'est-à-dire 
des  arcs  de  cercle  décrits  sur  le  plan  final  entre  la  projection  de  l'arête 
initiale  et  la  trace  finale  de  l'aube*  Voici  comment  on  opérerait. 

Si  l'étendue  de  l'aube  était  rapportée  à  la  i",  les  distances  circulaires 
cherchées  seraient  de  la  forme  générale  x  rn,  et  la  limite  supérieure  de 
l'aube,  contenant  tous  les  points  tels  que  C^  M^Ms,  serait  une  ligne  située 
dans  un  plan  passant  par  l'axe. 

Mais  si  on  limite  l'aube,  comme  à  l'ordinaire,  par  un  plan  normal 
à  l'axe  tel  que  C^F,  les  distances  circulaires  deviendront  telles  que  A3I 
et  auront  évidemment  pour  valeur 


Aal:=  izrn 


v.  +  v, 


p 


0 


v.+v.  ' 


—  77  — 

en  nommant  Vp   la  vitesse  de  propulsion  de  la  section  initiale  tangen- 

tiellement  à  laquelle  passe  le  plan  Ci  F,  et  Yp  la  vitesse  de  propulsion 

variable  dans  Taube  de  propulsion  maxima. 
Si  la  distance  entre  les  plans  initial  et  final,  au  lieu  d'être  V„  -|-  Vp 

comme  ci-dessus,  est  A,  et  la  distance  circulaire  correspondante  de  la 
section  initiale,  bi^ro  au  lieu  de  v:  r,  n,  les  distances  circulaires  seront  : 


h  0)o       ^'»  +   ^Po  ^"^  "I"  ^Po 

^  =--«x+\=''''"^"  v^=^="•'■T:+v^;• 
A  =  (V.  +  \)  ^. 

D'ailleurs  Vp  aura  évidemment  une  expression  générale  telle  que  (4) 

par  suite,  ^^  a  Tune  ou  l'autre  des  valeurs  suivantes  : 

2a>,r(V„  +  VpJ  2r.hT.n 


(9)       A,  = 


V.  +  V  i^TTFi'  +  V^      v„  +  V  i^^^'  +  yi 


On  voit  qu'il  suffit  d'avoir  h  pour  construire  toutes  les  sections, 
même  celle  initiale,  avec  la  deuxième  formule  (9). 

L'aube  à  propulsion  maxima  ayant,  en  chaque  section,  l'angle  le 
plus  grand  que  celle-ci  comporte  théoriquement,  on  peut  prévoir  que 
les  résultats  du  second  chapitre  ne  s'appliqueront  pas  à  elle.  11  faudra 
faire  cette  aube  assez  étroite  pour  que  l'accélération  de  la  particule 
fluide  parcourant  une  directrice,  c'est-à-dire  la  variation  de  pas,  soit 
négligeable.  On  verra  que  cette  aube  comporte  néanmoins  une  étendue 
pratique  très  suffisante. 

La  disposition  de  cette  aube  est  telle  que  la  génératrice  initiale  est 
seule  rigoureusement  droite  selon  le  rayon,  les  génératrices  suivantes 
se  courbent  ensuite  de  plus  en  plus.  Un  effet  semblable  se  produit  dans 
toutes  les  aubes  autres  que  celle  ordinaire  à  pas  constant.  On  trouvera 
à  la  fin  de  ce  chapitre,  à  Tartlcle  aube  striée,  un  moyen  de  conserver 
toujours  l'effet  de  la  génératrice  droite  selon  le  rayon.  Quant  à  l'aube 
à  propulsion  maxima,  dont  l'effet  propre  n'est  que  légèrement  centri- 


—  78  — 

pète,  il  n'y  aura  peut-être  pas  d'importance  à  la  corriger  par  les 
stries. 


III.   —   UÉUCK  OBDUfAIKE   ▲   PAS   CONSTANT. 

Cette  aube,  nous  l'avons  rappelé,  a  pour  directrice  une  hélice  à  pas 
constant,  et  toutes  ses  génératrices  droites,  normales  à  Taxe.  Sa  pro- 
jection sur  le  plan  final  est  un  secteur.  Toute  section  par  un  cylindre 
circulaire  concentrique  est  une  hélice  de  même  pas  que  la  directrice. 
—  La  figure  (i)  représente  trois  sections  d'une  telle  aube  A  Ci  Ai, 

A.  \j%  Af,    A.  \jn  A3. 

Les  tangentes  de  cette  aube  ont  pour  expression  — -,  h  étant  la  dis- 

tance  entre  les  plans  extrêmes  et  co  l'angle  du  secteur. 

Si  l'on  exprime  cette  tangente  en  fonction  des  quantités  de  la  section 
d'utilisation  maxima,  qui  se  trouve  quelque  part  dans  cette  aube 
on  a  : 


(10)  ^^a= = ^•  — 


0      '  o    ____        ^       •  ■'0  , 

y 


«rn 


OU  encore  ^ffa=  —-^' r  =  iço^-^^iffOL^.-r^ 


si  Ton  remplace  r  variable  par  k  r«,  r.  étant  le  rayon  minimum,  c'est-à- 
dire  à  la  section  d'utilisation  maxima. 

Il  est  souvent  utile,  comme  on  le  verra  par  la  suite,  de  trouver  cette 
section  d'utilisation  maxima  ;  voici  comment  on  opérerait  pour  l'aube 
à  pas  constant. 

On  a,  d'après  la  figure  (1),  pour  une  section  quelconque,  de  rayon  r 
et  d'angle  a, 

^  2iïr« 

(DO  =  D  A-f-Vm  est  le  pas  rapporté  à  la  seconde;  toutes  les  sections 
convergent  en  D  parce  que  toutes  ont  le  même  pas  constant.) 
On  remarque  ensuite  que,  dans  la  section  d'utilisation  maxima, 


—  79  — 

Cjl étant  un  rayon  prolongé  du  cercle  ACiAi,  on  a  A, K=KA, 
A{  I = 1 0,  At  C,  =  Cl  D,  ce  qui  fait  que  les  triangles  A,  Ci  A  et  A  Ci  D  sont 
égaux,  et  A|  A  =  A  D  ;  d'où 


d'où,  en  réduisant, 

(11)  n=  l/ri9o^(rlga-^y 

Ce  qui  importe  principalement,  c'est  de  connaître  les  vitesses  de 
propulsion  Yp  dans  les  diverses  sections  de  cette  aube.  La  figure  (i)  indi- 
que que  ces  vitesses,  telles  que  HCi,  Hd,  HC,,  croissent  rapidement 
avec  le  rayon. 

Si  on  introduit  dans  l'expression  (2),  qui  convient  à  toute  section,  la 
valeur  de  ^^  a  dans  le  cas  présent,  il  vient  : 

'  \    %rn     I 

remplaçant  %rn   par  K'-*  'xr^n  ,  et  se  souvenant  que  l'expression  (6) 
donne  ïTTw*  =  (  V^^  +  Vm)  V,^»  il  vient  : 

Si  Ton  cherche  la  différence  entre  V,  et  V. ,  on  obtient 

K  étant  toujours  plus  grand  que  i ,  cette  différence  est  toujours  positive, 
ce  qui  manifeste  la  croissance  constante  de  Yp  avec  le  rayon. 

Bien  que  Yp  croisse  avec  le  rayon,  il  n'augmente  pas  indéfiniment, 

il  a  même  une  liimte  rapprochée  qui  est  2  Yp  -(-  Y^.  En  effet»  si  Ton 


—  80  — 
suppose   K   iofini   dans   la   formule   (12'),   il   reste   sensiblement 

La  figure  (1)  indiquait  une  limite,  en  montrant  que  tous  les  angles 
convergent  en  D,  en  sorte  que  les  vitesses  propulsives  ne  peuvent  dé- 
passer A  D. 

On  voH  d'ailleurs,  par  suite  des  propriétés  de  la  section  d'uti- 
lisation  maxima,  que  A  D  =  2  Vp  +  ^n»*  '^^  eftei^  A,  I  =  10, 

d'où  C.  I=DD'  =  Vp^  +  V„;  d'où  AD  =  2  Vp^  +  V„. 

Tous  les  angles  AG,  D,  AC4D,AC3D  étant  droits,  et  leurs  côtés  con- 
vergeant en  A  et  en  D,  les  points  Ci,  Gt,  G»,  sont  sur  une  demi- 
circonférence. 

Comparaison  entre  les  hélices  à  pas  constant  et  à  propulsion 
maxima.  —  La  figure  1  donne  pour  différence  des  tangentes  de  ces 
aubes,  pour  un  même  rayon 


'p„"T^«        ^p„    I    '»        'p^        ^ 


4b 


o 


m  Tcm  Tcrw 


Cette  différence  ne  parait  pas  donner  de  réduction   intéressante 
entre  les  formules  (7  et  10). 
La  différence  des  distances  circulaires  est 


Cette  différence  s'annule  pourr=ro,  ce  qui  devait  être,  la  quantité 
sous  le  radical  devenant 

Cette  différence  est  positive  pour  r^r^^  et  négative  pour  r  <:ir^. 
Cela  montre,  comme  on  pouvait  le  prévoir,  que  la  trace  sur  le  plan 
final  de  l'aube  à  propulsion  maiima  croise  l'arête  finale  de  l'aube  à 
pas  constant  à  la  section  d'utilisation  maxima  de  celle-ci. 


-  81  — 


IV.   —  AUBE  A  V1TB88B  1>B  PBOPCLSION  ÉGALB. 

Lorsqu'on  étudie  le  travail  d*une  aube,  comme  nous  ferons  plus  loin, 
00  voit  que  le  rendement  yarie  inversement  à  la  puissance.  Par  suite, 
si  Ton  n'a  pas  besoin  de  toute  la  puissance  possible,  on  évitera  l'aube 
à  propulsion  maxima,  qui  rend  le  moins  et  par  conséquent  coûte  le 
plus,  pour  préférer  des  formes  plus  adoucies. 

Il  se  présente  naturellement  de  faire  une  aube  dont  la  vitesse  de 
propulsion  reste  la  même  à  tous  les  rayons,  à  partir  d'une  section 
initiale  qui  peut,  soit  être  prise  arbitrairement  moyennant  que  ses 
éléments  concordent,  soit  être  une  section  d^utilisation  maxima.  C'est 
ce  second  cas  que  nous  considérerons  dans  la  suite. 

L'expression  (3)  étant  tout  à  fait  générale  s'applique  au  cas  présent, 
moyennant  que  l'on  y  mette  pour  vitesse  de  propulsion  constante  Vp 
de  la  section  initiale;  on  aura  donc  pour  l'aube  à  vitesse  de  propul- 
sion égale 


V  4-V 

(!3)  ' 


Si  l'on  exprime  le  rayon  variable  r  en  fonction  du  rayon  de  la  section 
initiale  en  posant  r  =  Kr«,  l'expression  précédente  devient  : 


,.=.-_^,(-Y. 


v.+v, 


et,  d'après  l'expression  (6) 


?^-\A 


^^^_^v/0[:+\)\_4  A.(^-+V\  ^MZi 


o 


V. 


BULL.  ^ 


—  82  — 

La  figure  (1)  indique  aisément  la  formation  graphique  de  ces  angles, 
tels  que  PsAtO,  P3A1O,  la  section  initiale  étant  ACi  Ai  et  Vp  =CiH 
=  P,H=P,H. 

Pour  avoir  les  distances  circulaires,  servant  à  construire  Taube 
autrement  que  par  les  tangentes,  on  opérera  comme  suit. 

Soit  A«  cette  distance,  et  h  la  distance  entre  les  plans  initial  et  final  ; 
on  a  évidenmient 


ir'^^ 


(15))   ^^~'^^     ^y«oK_vï?=T-^V 

1 


i 


V-.+\  K— v/K*  — 1 


selon  que  Ton  emploie  h  ou  bien  la  distance  circulaire  à  la  section 
d'utilisation  maxima,  ^^r^. 

Siy  pour  représenter  la  forme  de  Taube  à  vitesse  de  propulsion 
égale,  on  calcule  la  formule  (13)  pour  quelques  valeurs,  il  vient 

pour  K  =1  -^ =  1  A,=<D.ro.l 

^ — vK — 1 

—  =1.25  —  =2  _=— ,2 
_  =1,50  —  =2,61  _=:_.2,61 

—  =1,75  —  =3,18  —=—.3,18 

—  =2,00  —  =3,73  —=—.3,73 

Pour  K  <;  1 ,  le  radical  devient  imaginaire,  et,  par  suite,  A,.  En  efiet, 
la  figure  (1)  indique  que,  au-dessous  de  r«,  toutes  les  vitesses  de  pro- 
pulsion sont  moindres  que  Yp  •  La  trace  de  Taube  à  propulsion  égale 
sur  le  plan  final  s'arrête  à  la  section  de  rayon  minimum.  C'est  dans  ce 
cas  que  r^  est  bien  nommé  le  «  rayon  minimum  »  de  l'aube  utile. 

Comparaison  entre  les  hélices  à  p^  constant  et  à  vitesse  de  propul-* 
sion  égale.  —  Pour  comparer  ces  aubes,  il  faut  les  placer  dans  des 
conditions  aussi  semblables  que  possible  ;  ce  sera  en  leur  supposant 
môme  arête  initiale  et  même  directrice  au  rayon  minimum  ;  elles  seront 
confondues  en  ces  deux  points. 


—  83  - 

Si  l'on  nomme  a  les  angles  deThélice  à  pas  constant  et  «oies  autres, 
les  formules  (10}  et  (14)  donneront  pour  différence  des  tangentes. 


tgcL 


-  ^^««= v/  '^^^^  (^  -  ^+  ^^^=^) 


Voici  cette  différence  calculée  pour  diverses  valeurs  de  K 


pourK=  1  /ya  — ^^a.=  |/LLilL2XO 

—  =  i,25  —  =  —  X  0,30 

—  =  1,50  -  =  —  X  0,286 

—  =  1,75  —  =  —  X  0,257 

—  =  2,00  —  ==  _  X  0,232 

Ces  différences  décroissent  à  mesure  que  le  rayon  augmente  ;  il  n'en 
est  pas  de  même  des  distances  circulaires  entre  les  traces  ;  celles-ci 
seront 

On  obtient,  pour  diverses  valeurs  de  K, 
l'our  K  =  1        D  =      0 


1,25   -  =  -0,7oyVp^(V„+VpJ.^ 


-  i^l,3      -  =  —  1,13.  — 

-  =1,73    —  =  —1,44.  — 

-  =2,       —=  —  1,73.  — 


d= 


=  0,75.^V,^(V.+V,^).\^o 

—  ==  0,38.  —  -.^ 

—  =  0,31.  —  -.' 

—  =  0,29.  —  -^ 


Le  signe  négatif  des  différences  premières  prouve  que  la  trace  de 
laube  à  propulsion  égale  est  plus  éloignée  que  l'autre  de  la  projection 
de  Tarète  initiale,  ce  que  Tépure  et  les  données  indiquaient.  La  décrois- 
sance des  différences  secondes  d  înontre  que  la  trace  de  Taube  à  pro- 
pulsion égale  tourne  sa  concavité  vers  l'autre  trace  tout  en  s'en  éloi- 
gnant de  plus  en  plus.  En  dessous  de  r»  il  n'y  a  plus  de  différences 
puisque  A  est  imaginaire  ;  la  trace  de  l'aube  à  vitesse  de  propulsion 
égale  s'arrête  en  ce  point. 

On  pouvait  prévoir  que  les  différences  posées  dans. le  sens  de  la  for- 


—  84  — 


mule  (16)  seraient  négatives,  car  le  dénominateur  K  —  vK* — *  est 
évidemment  positif,  et,  diaprés  Téquation  générale 


K 


^  V  *^'  —  *  —  K±  v/K«  — i' 


la  différence  K  —  j^— r=p==  égale  —  l/  K^  _  i  •  —  Le  facteur 
variable  de  la  formule  (16)  est  l'ordonnée  d'une  hyperbole 


1 


y  =  -  V  K«—  1,  puisque  K—  ^^_^j^.i_j  =  —  V  K'^  -  1. 

En  changeant  le  signe  des  radicaux,  on  obtient  des  difiérences  posi- 
tives ;  c'est  la  2*  solution  signalée  par  la  figure,  mauvaise  parce  qu'elle 
cause  plus  de  résistance  de  rotation  pour  la  même  propulsion. 

La  différence  des  vitesses  de  propulsion  des  deux  hélices,  pour  un 
même  rayon,  sera  d'après  la  valeur  (120  de  Vp 

~V-  +  V,_,  (1  +  K»)         '•    .        V.  +  V,,  (K'  4-  !) 

Cette  différence  est  la  même  que  celle  trouvée,  dans  l'aube  à  pas 
constant,  entre  les  vitesses  de  propulsion  aux  rayons  r^  et  r;  on  com- 
prend, en  effet,  que  :  La  différence  des  vitesses  de  propulsion  des  aubes 
à  pas  constant  et  d  vitesse  de  propulsion  égale  pour  un  mime  rayon, 
égale  la  diff^érence  des  vitesses  de  propulsion  dans  F  aube  d  pas  constant 
entre  le  rayon  minimum  et  le  rayon  considéré. 


y.  —  ADBB  A  V1TK88E  DE  PROPULSION  ÉGALE  EN  TOUS  POINTS,  NORMALEMENT 

A.  SA  SURFACE. 

On  peut  se  proposer  bien  des  conditions  auxquelles  une  aube  serait 
astreinte  -,  il  suffira  d'indiquer  les  principales. 
Dans  le  cas  d'une  propulsion  égale  normalement  à  Taube,  il  faut 


-  88  - 

évidemment,  comme  pour  la  vitesse  de  propulsion  égale  dans  le  sens 
de  la  marche,  choisir  un  point  de  départ;  ce  sera  une  section  initiale 
quelconque,  ou  bien  à  utilisation  inaxima,  déGnie  par  ses  quantités 
^•f  »■  et  â^. 

Si,  par  exemple,  cette  section  initiale  est  A  Ci  Ai  (fig.  1),  toutes  les 

vitesses  de  propulsion  normales,  égales  à  A  C  i ,  seront  déterminées 

par  l'arc  Cj  N  dont  le  centre  est  en  A.  Il  faut  en  déduire,  pour  un  point 

quelconque  de  rayon  r,  l'angle  a  et  la  vitesse  de  propulsion  Vp,  à 

laquelle  il  faut  toujours  revenir  pour  calculer  Teffet  utile. 

Soit  le  point  r,  dont  l'angle  «  est  C  A,  0;  A  C  A3  étant  rectangle  en  C, 
on  a 


(«7)  5m(AA3C)==5m(a-a„)=:A^=£gigLL=^^    \ 

^  A  A,       2r.rn     "J^r.  r^i  cos  a^ 

cos  a  m 


2n  =  AAaO  étant  l'angle  de  marche  delà  section  cherchée,  et  ayant 
A  C  =  A  C 1 ,  par  définition. 

On  a  aussi,  d'après  la  propriété  générale  de  toutes  les  sections  et  par 
défiDition, 


Vo  V.  Y,  cosa 


cos  a«        ^^^*  cosa 


o 


L'aube  dont  il  s'agit  est,  à  la  fois  c  à  vitesse  de  propulsion  égale  et  à  près- 
sioQ  égale  normalement  à  sa  surface.  »  Cette  pression  est  la  pression  réci- 
proque de  Feau  et  de  Taube,  résultant  de  la  vitesse  de  propulsion.  On 
verra  que  cette  aube  est  la  seule  pour  laquelle  la  pression  et  la  vitesse 
de  propulsion  puissent  restera  la  fois  constantes. 

Cette  aube  est  notablement  plus  puissante  que  celle  à  vitesse  de  pro- 
pulsion égale  dans  le  sens  de  la  marche,  comme  le  montre  la  figure. 

Bien  que  cette  aube  causât  probablement  moins  de  tumulte  dans 
Feau  qu'une  autre,  elle  en  produirait  encore  parce  que  les  vitesses 
absolues  de  Teau,  quoique  égales  entre  elles,  ont  des  directions  diver- 
gentes. La  pratique  permettra  de  juger  ^bn  les  cas  quelle  peut  être 
Timportance  d'amoindrir  les  remous. 


—  86  — 


YI.    -^  AUBE  A  PRESSION   ÉGALE,'  DANS  LE  SENS  DE    LA   MARCHE, 

EN  TOUT  POINT  DE  SA  SCRPACB. 


•      »     <    • 


La  formule  (1)  s*appliquant  aux  pressions  et  vitesses  normales  aux 
surfaces,  convient  à  la  pression  de  l'eau  normalement  à  l'aube;  mais 
les  projections,  parallèlement  à  Taxe  par  exemple,  ne  sont  plus  dans 
le  même  rq)port. 

Ainsi,  si  Ton  cherche  la  pression  de  propulsion  p  parallèle  à  Taxe 
en  un  point  dont  la*  vitesse  de  propulsion  est  Yp  et  p.  la  pression  nor- 
male à  Taube,  on  posera,  d'après  l'expression  (O9 

43^  _       y,  _    13  Yp^        .     _  _J^JL 


\cosay 


13'        p 
tandis  que  l'on  aurait  un  résultat  faux  en  posant  jjrr  =  ^  ,  ou  telle 

autre  expression  qui  ne  reviendrait  pas  à  la  première.  — Pour  Teau,  on 

13  Yp^     1000      ,.^  V 
aurait  p=p,tt>5a=  77^77—^— -7-5-  =100  — ^. 
^     ^  100co5a    4,3  cosd 

Par  suite  si  l'on  prend  pour  base  de  l'aube  à  pression  égale  dans  le 

sens  de  la  marche  dont  il  s'agit,  une  section  initiale  a,  Yp  ,  l'équation 

générale  de  condition  sera 

Comme  seconde  équation  pour  déterminer  a,  si  Ton  ne  découvre  pas, 
comme  dans  le  cas  précédent,  une  expression  plus  commode,  on  serait 
réduit  à  l'équation  (3)  ;  elle  conduit  à  un  calcul  compliqué,  parce  que 
a  ne  s'y  présente  pas  sous  la  même  forme  que  dans  l'expression  précé- 
dente. 

Aussi,  on  peut  préférer  obtenir  le  résultat  par  tâtonnement,  ce  qui  est 
facile  lorsqu'on  a  préparé  l'aube  à  vitesse  de  propulsion  égale.  On  s'en 
rendra  compte  par  l'exemple  donné  plus  loin.—*  Du  reste,  j'incline  à  pen- 
ser que  l*aubè  à  vitesse  de  propulsion  égale  seraitpratiquement  meilleure 
que  celle-ci,  parce  qu'dle  imprimerait  un  peu  moins  de  trouble  à  l'eau. 


—  87  — 


YIl.  —  AUBI  A  REltrDEMBNT  ÉGAL  RIf  TOUS  SES   POIKTS. 

Nous  parlerons  plus  loin  du  travail  et  du  rendement  des  aubes. 
Disons  dès  maintenant  que  le  rendement  est  le  quotient  du  travail  pro- 
pulseur dans  le  sens  de  la  marche^  divisé  par  la  somme  de  ce  travail 
propulseur  et  du  travail  purement  résistant  causé  par  la  rotation. 

L'équation  de  condition,  résultant  de  cette  définition  et  de  ce  qui  sera 
dit  phis  loin  du  travail,  est 

y  2      •  Y« 

400  ^,  V.  •  100  -îi-  y. 


C08  Oo 


«wa  cos  et  cosao  cos^ol. 

et  en  simplifiant, 

T 

tg  a^r^  =L  tg (xr,  lgct=z  ig a^  -^i  ce  qui  est  la  tangente  de  Taube  ordi- 

naire  à  pas  constant. 

L*aube  ordinaire  à  pas  constant  est  donc  aussi  à  rendement  constant. 
On  verra  plus  loin  que  ce  rendement  est  médiocre,  et  que  Ton  peut 
obtenir  un  rendement  très  supérieur  ;  en  sorte  que  l'égalité  de  rende-^ 
ment  n'a  pas  d'avantage. 


YIII.  —  AVm  A   PBOPUtSlOM  MUflMA  ET  A   RSUDEMINT  MAXIMUM. 

Il  est  naturel  de  penser  à  une  telle  aube  lorsqu'on  n'a  pas  besoin  de 
dépasser  une  certaine  vitesse  de  marche  et  que  les  conditions  de  l'hé- 
Kee  laissent  beaucoup  de  marge^  comme  il  est  ordinaire. 

Nous  ne  nous  arrêterons  pas  à  chercher  les  formules  de  cette  aube^ 
qui  paraissent  devoir  être  compliquées,  parce  qu'il  est  facile,  et  par 
suite  préférable,  de  la  construire  par  un  léger  tfttonnement,  lorsqu'on 
a  préparé  l'aube  à  vitesse  de  propulsion  égale.  On  le  verra  plus  loin 
par  un  exeniple* 

Cet  exemple  montrera  que,  dans  cette  aube,  le  rendement  crott  avec 
le  rayon  et  inversement  à  l'angle.  On  peutdcmo  améliorer  le  rendement 


—  88  — 

empiriquement,  soit  en  retranchant  les  moins  bonnes  parties  de 
Taube,  soit  en  diminuant  les  angles  à  partir  du  plus  grand  rayon,  dans 
la  mesure  que  permet  le  travail  nécessaire. 


IX.  —   TRAVAIL  MOTEUR   d'uNS   HÉUCB. 

Nous  ne  considérerons  dans  tout  ceci  que  le  travail  propre  de  Thé- 
lice,  indépendamment  du  moteur  et  de  la  résistance  de  la  transmission. 

Ce  travail  se  compose  de  deux  éléments  distincts  :  1*"  le  travail  pro- 
pulseur^ parallèle  à  la  marche,  correspondant  ù  la  résistance  à  la  trans- 
lation du  bateau  ou  autre  appareil  propulsé  ;  2^  le  travail  de  rotation 
proprement  dit  de  Thélice. 

Nous  regarderons  comme  évident,  d'après  ce  qui  précède  et  la  défi- 
nition du  travail,  que  :  1"  le  travail  propulseur  est  le  produit  de  la 
pression  de  Teau  sur  Taube  dans  le  sens  de  la  marche,  multipliée  par 
la  vitesse  de  translation  Y.  ;  2®  le  travail  de  rotation  est  la  somme  des 
produits  obtenus  en  multipliant  la  pression  de  l'eau  sur  Taube  en  cha- 
que point  normalement  à  Taxe,  par  le  chemin  circulaire  2  icr  n  parcouru 
par  le  point  en  i". 

La  vitesse  de  propulsion  Y,  n'intervient  pas  directement  dans  le  tra- 
vail ;  elle  n'est,  comme  la  rotation,  que  Tune  des  causes  servant  à  en<^ 
tretenir;7„  y  laquelle  intervient  dans  le  travail.  Y^  etY^/^a  sont  les 
deux  projections  du  mouvement  réel  de  la  particule  fluide,  lequel 
cause  la  résistance  p„  élément  du  travail,  p^  est  facteur  du  travail, 
mais  nullement  la  vitesse  correspondante  de  la  particule.  C'est  donc 
par  une  appréciation  fausse,  à  notre  avis,  que  l'on  a  quelquefois  regardé 
le  travail  propulseur  comme  proportionnel  au  cercle  entier  décrit  par 
l'hélice.  On  en  a  conclu  que  le  nombre  des  aubes  importait  peu,  ce 
qui  nous  semble  inadmissible.  Si  l'expérience  a  paru  le  confirmer,  c'est 
que  les  essais,  ou  évaluations  étaient  faits  dans  des  conditions  si  incor- 
rectes, que  diverses  causes  d'erreur  étaient  réunies. 

Les  pressions,  parallèle  et  aonnaJe  à  l'axe,  dont  nous  parlons,  n'étant 
que  les  projections  de  la  pression  réeUe  de  l'eau  qui  est  normale  à 
l'aube,  il  s'ensuit  que  la  surface  à  considérer  dans  le  calcul  des  tra- 
vaux est  la  surface  même  de  l'aube,  et  non  pas  sa  projection  parallèle- 
ment ou  normalement  à  l'axe. 

Ainsi,  s  étant  une  partie  d'aube  assez  petite  pour  que  la  pression  de 


—  89  ~ 

Teau  sur  elle  soit  regardée  comme  uniforme,  a  son  angle,  r  son  rayon 
moyen,  eip^  la  pression  normale  à  cette  surface  par  mètre  carré,  les 
tra?aux  de  cette  surface  seront  : 

p, .5.  cosa.  V,        et        pn.s.àna.Zicrn. 

Ici  et  dans  la  suite  nous  laissons  de  côté,  pour  plus  de  simplicité, 
les  coefficients  de  correction  que  Texpérience  indiquera  ;  mais  il  est 
entendu  que  nos  formules  sont  théoriques  et  comportent  ces  coeffi- 
cients. 

La  formule  géométrique  exacte  des  travaux  pour  les  trois  aubes 
que  nous  avons  précisées  davantage  parce  qu'elles  paraissent  le  plus 
utiles,  est  facile  à  poser,  ne  pouvant  s'intégrer  exactement,  et  longue 
à  calculer  approximativement.  Par  conséquent  cette  formule  a  pou 
d'intérêt  et  nous  ne  la  donnerons  pas.  En  pratique,  puisqu'il  faut  de 
toute  façon  en  venir  à  une  approximation,  il  vaut  beaucoup  mieux  cal- 
culer directement  les  travaux  en  prenant  des  zones  circulaires  d'aube 
assez  étroites  pour  que  la  pression  puisse  être  regardée  comme  sensi- 
blement égale  sur  toute  leur  étendue. 

Certains  auteurs  ont  pensé  que  le  travail  de  l'aube  était  égal^  mais  de 
sens  contraire,  à  celui  de  Teau  poussée  par  l'aube.  Il  importe  de  remar- 
quer que  cette  assimilation,  vraisemblable  à  première  vue,  est  tout  à 
fait  fausse.  Les  considérations  précédentes,  examinées  de  près,  peuvent 
en  convaincre.  Mais  on  en  trouve  la  preuve  évidente  en  supposant  que 
Teau,  devenant  de  plus  en  plus  visqueuse  ou  lourde,  finisse  par  résis- 
ter comme  un  écrou  fixe  ;  on  reconnaît,  dans  ce  cas,  que  le  travail  de 
Teau  tendrait  vers  zéro  tandis  que  le  travail  de  propulsion  tendrait 
vers  son  maximum. 


X.   — -   RENDEMENT. 

D'après  la  notion  générale  du  rendement,  nommant  Tp  et  T^  les 
travaux  de  propulsion  et  de  rotation,  on  aura  comme  expression  géné- 
rale du  rendement  R  sur  une  zone  circulaire  mince  z, 


tp-f-T,     z, p^.cosa.y^^  z.p^sina.2  itrn     cosa. Va-|- sin a. 2ic 


—  90  - 

Cette  expression  montre  que  le  rendement  croit  inversement  à  Tan- 
gle,  et  aussi  inversement  an  rayon  à  moins  que  la  décroissanee  de  l'an- 
gle inversement  au  rayon  ne  soit  assez  rapide  pour  compenser  ce  second 
effet.  Cela  a  lieu  dans  Faube  d'égale  vitesse  de  propulsion. 

Nous  ne  donnerons  pas  l'expression  géométrique  exacte  du  rende- 
ment dans  les  diverses  aubes,  pour  la  raison  même  qui  nous  a  dispensés 
d'en  formuler  les  travaux.  En  pratique,  on  calculerait  le  rendement 
moyen  en  faisant  la  somme  des  travaux  partiels  et  les  introduisant  dans 
la  formule  précédente.  On  en  verra  l'exemple  plus  loin. 

En  appliquant  la  formule  générale  précédente  à  l'aube  ordinaire  à 
pas  constant,  on  trouve,  comme  on  l'a  déjà  vu,  que  son  rendement  est 
le  même  dans  toutes  les  zones.  En  effet,  nommant  z  la  longueur  d'une 
zone  circulaire  d'aube  suffisamment  étroite  et  h  la  distance  des  plans 
limites  de  l'aube,  on  a 


C05  a.  Va  +  «n  a.  2  itrn     «VJ*  v     j_  ^  o  w.Va-["^  2icn' 

Z  '    z 

expression  de  laquelle  toutes  les  quantités  variables  ont  disparu. 


XI.  —  DISPOSITION  DES  AUBES. 

!•  Arête  initiale.  —  Nous  avons  expliqué  au  début  pourquoi  l'on 
doit,  selon  nous,  préférer  l'arête  initiale  droite.  Il  convient  néanmoins 
de  remarquer  que  les  constructions  indiquées  dans  ce  chapitre,  et  cel- 
les même  du  second,  pourraient  s'appliquer  à  partir  d'une  arête  initiale 
quelconque,  et  quelles  conserveraient  leur  valeur  générale,  sauf 
l'amoindrissement  résultant  de  l'action  centripète  ou  centrifuge  dont 
nous  avons  montré  l'inconvénient.  Cet  amoindrissement  serait  même 
évité  par  l'emploi  de  stries  convenables  dont  il  sera  parlé. 

2*  Partie  inerte  de  Faube,  ou  bras.  —  On  sait  que  les  hélices  ordi- 
naires ont  une  action  propulsive  très  faible  près  de  l'axe,  et  que  cette 
partie  cause  surtout  des  remous  nuisibles.  Il  y  a  là  un  travail  nécessai- 
rement perdu,  parce  qu'on  ne  peut  éviter,  avec  la  forme  ordinaire  en 
cette  partie,  que  l'eau  poussée  par  une  aube  n'aille  heurter  la  pré- 
cédente. 


—  91  • 

Nous  croyons  préférable,  en  général,  de  renoncer  entièrement  à  uti- 
liser pour  la  propulsion  une  certaine  étendue  d*aube  à  partir  de  Taxe, 
et  de  faire  cette  partie  de  forme  telle  qu'elle  ne  gêne  aucunement  la 
marche  et  ne  joue  plus  que  le  rôle  de  bras. 

Pour  cela,  il  suffît  de  donner  à  la  surface  géométrique  médiane  de 
cette  partie  la  forme  d'une  hélice  ordinaire  à  pas  constant,  ayant  pour 
angles  les  angles  de  marche,  dont  les  tangentes  ont  pour  expression 

On  comprend  qu'une  telle  surface  géométrique  traverserait  Teau  sans 
lui  imprimer  ni  en  recevoir  aucune  pression.  —  Nous  nommerons  aube 
inerte  ou  bras^  cette  partie  de  Taube,  et  aube  utile  la  partie  qui  lui  fera 
suite  exerçant  la  propulsion. 

La  longueur  du  bras  correspondra  généralement  à  To  ;  à  son  extrémité 
sera  située  la  section  initiale  Oq,  Yp ,  par  laquelle  débuteront  ordinaire- 
ment les  aubes  utiles. 

En  pratique,  pour  la  solidité,  l'aube  inerte  aura  ses  sections  de  forme 
lenticulaire  allongée,  forme  conciliant  la  résistance  nécessaire  avec  la 
facilité  de  translation  dans  l'eau.  Cette  aube  inerte  peut  aussi  être  diver- 
sement épaissie,  évidée  ou  échancrée,  tout  en  conservant  son  inclinaison 
principale. 

En  général,  il  conviendra  de  faire  le  bras  aussi  long  que  possible. 
Toutes  les  indications  de  cette  étude  conseillent  de  faire  l'hélice  du  plus 
grand  diamètre  que  permettent  le  tirant  d'eau  et  les  autres  conditions 
du  navire.  A  partir  de  l'extrémité  du  rayon,  on  prendra  la  longueur 
nécessaire  pour  Taube  utile,  et  tout  le  reste  jusqu'à  Taxe,  le  plus  pos- 
sible, sera  aube  inerte...  —  Telle  est  l'indication  principale  pour  la 
plupart  des  aubes.  Toutefois,  il  faudra  examiner  soigneusement  l'in- 
fluence du  rendement,  si  la  question  d'économie  domine. 

On  peut  se  demander  quel  deviendra  le  rôle  du  bras  inerte  lorsque  le 
navire  ne  marchera  plus  aux  vitesses  normales  pour  lesquelles  le  bras 
a  été  calculé. 

Si  les  vitesses,  de  translation  et  de  rotation,  varient  dans  la  même 
proportion,  l'action  du  bras  sur  l'eau  restera  nulle. 

Si  ces  vitesses  varient  différemment,  le  bras  exercera  une  propulsion 
utile  tant  que  la  vitesse  de  rotation  sera  proportionnellement  supé- 


—  92  — 

rieure  à  la  vitesse  de  translation  par  comparaison  à  leur  rapport  pri- 
mitif. 

Si  la  vitesse  de  translation  devient  proportionnellement  supérieure  à 
Tautre,  le  bras  exercera  une  action  retardatrice.  Mais  ce  second  cas 
parait  devoir  être  très  exceptionnel. 

Quand  l'hélice  sera  traînée  folle  par  le  navire,  allant  à  la  voile  ou 
autrement,  le  bras  résistera  plus  que  le  reste  de  Taube  ;  mais  ce  cas 
n*a  pas  grande  importance. 

L'ensemble  de  ces  aperçus  est  tout  à  fait  en  faveur  du  bras  inerte. 
Ce  sera  d'ailleurs  au  constructeur  à  mettre  en  balance  les  éventualités 
prévues  d  un  navire  proposé  et  à  choisir  en  conséquence.  Il  semble 
qu'une  forme  de  bras,  non  pas  trop  théorique,  mais  convenablement 
épaissie,  évidée  ou  échancrée,  conviendra  le  plus  souvent. 

3*"  Nombre  des  aubes.  —  Ce  nombre  dépend  de  diverses  conditions. 

La  puissance,  ou  pression  propulsive,  étant  proportionnelle  à  la  sur- 
face utile  des  aubes,  il  faut  mettre  le  plus  d'aubes  possible,  si  Ton 
cherche  à  atteindre  le  plus  possible  de  puissance.  Mais  le  nombre  et 
l'étendue  des  aubes  doivent  être  limités  par  cette  double  condition,  que 
les  aubes  ne  se  gênent  pas  entre  elles  et  que  l'eau  circule  entre  elles 
assez  facilement. 

Pour  qu'une  aube  ne  gêne  pas  Taction  propulsive  de  la  suivante,  il 
nous  parait  sufGsant  d'admettre,  comme  limite  inférieure  de  l'écarte- 
ment,  que  les  normales  à  la  surface  d'une  aube  le  long  de  l'arête 
initiale  ne  rencontrent  pas  l'aube  précédente. 

Faut-il  s'imposer  aussi  que  les  normales  à  l'aube  ne  rencontrent  pas 
le  courant  entraîné  à  l'arrière  de  l'aube  précédente  ?  Si  ce  courant  est 
normal  à  l'aube,  la  condition  précédente  suffit.  Mais  si,  comme  il  parait 
probable,  le  courant  d'eau  entraînée  est  parallèle  à  l'angle  démarche, 
ou  d'une  direction  intermédiaire  entre  celle-ci  et  les  normales,  nul 
espacement  ne  suffira  théoriquement  pour  que  ce  'courant  ne  soit  pas 
rencontré  par  les  normales  à  l'aube  suivante...  Il  serait  pratiquement 
assez,  à  notre  avis,  que  les  normales  ne  rencontrassent  pas  l'espace  où 
des  arrachements  d'eau  et  des  vides  se  produisent  encore  ;  cet  espace 
doit  être  peu  étendu;  en  sorte  que  un  espacement  un  peu  plus  grand 
que  celui  résultant  de  lu  première  règle  conviendrait  probablement. 

Pour  que  le  <  débit  »  entre  les  aubes  reste  suffisant,  il  faut  tenir 
compte  à  la  fois  de  leur  épaisseur  et  de  leur  angle. 


—  93  — 

Ainsi,  R  étant  le  plus  grand  rayon  de  Thélice,  la  quantité  d*eau  à 
débiter  au  travers  par  1"  est  sensiblement  ic  R  '  V^.  Pour  tenir  compte 
des  obstacles,  le  débit  des  aubes  doit  rester  notablement  supérieur  à 
ce  cube  ;  il  a  environ  pour  expression 


RA 
(20)  /    ^J^d; 


p 

rû«< 


d^  variable,  étant  la  plus  petite  distance  normale  entre  les  aubes  dans 
chaque  zone,  r,  et  ol^  correspondant  ici  au  point  où  l'aube  est  franche- 
ment dégagée  du  moyeu.  En  pratique,  ce  cube  pourra  s'évaluer 
approximativement,  sans  intégration. 

S*il  y  a  des  c  couronnes,  »  dont  nous  parlerons,  on  en  tiendra  éga- 
lement compte. 

L'expérience  des  navires  a  paru  conseiller  des  aubes  très  rares,  deux, 
trois,  quatre  au  plus,  alors  ;mènie  qu'elles  étaient  très  étroites.  Cette 
distance  a  été  adoptée  parce  qu'on  a  reconnu  qu'un  plus  grand  nombre 
d'aubes  n'augmentait  pas  la  propulsion.  Nous  pensons  que  des  aubes 
mieux  étudiées  pourraient  être  rapprochées  davantage,  comme  nous 
venons  de  le  dire,  et  qu'une  aussi  grande  distance  n'est  pas  nécessaire 
pour  laisser  l'action  de  chaque  aube  suffisamment  indépendante.  Les 
résultats  observés  peuvent  tenir,  soit  à  la  forme  des  aubes,  parfois 
remarquablement  mauvaise  théoriquement,  soit  à  ce  que  Taube  active 
était  prolongée  jusqu'au  moyeu.  Il  doit  en  résulter,  près  du  moyeu,  un 
tumulte  violent,  qui  n'a  peut-être  même  pas  pour  compensation  une 
propulsion  insignifiante,  et  absorbe  inutilement  un  grand  effort,  lequel 
augmente  rapidement  avec  le  nombre  des  aubes.  On  a  donc  reconnu 
l'utilité  d'avoir  moins  d'aubes,  sans  discerner  toutes  les  causes  du  mal 
ni  le  meilleur  moyen  d'y  remédier. 

4®  Couronnes.  —  Les  considérations  précédentes  suggèrent,  pour 
accroître  la  puissance  au  moyen  du  nombre  d'aubes,  de  diminuer 
autant  que  possible  le  nombre  des  bras,  trois  ou  quatre  au  plus,  et  de 
placer  un  nombre  plus  grand  d'aubes  utiles  sur  une  couronne,  qui 
serait  schématiquement  un  tronçon  de  cylindre  concentrique  à  l'aube; 
les  bras  reliant  le  moyeu  à  la  couronne. 

La  section  d'une  couronne  selon  une  génératrice,  c'est-à-dire  parai- 


—  94  — 

lèlement  à  Taxe,  sera  lenticulaire  ou  demi-lenticulaire,  le  plus  effilée 
possible  afin  d'offrir  moins  de  résistance  au  passage  dans  Teau.  Cette 
résistance  sera  peu  importante  comparativement  à  celle  du  reste  de 
Taube,  parce  que,  dans  tous  les  cas,  la  couronne  traversera  l'eau  dans 
la  direction  du  grand  axe  de  sa  section  lenticulaire. 

5*  Poupes.  —  Nous  inclinons  à  penser  que  «  Tarrachement  »  d'eau 
produit  à  Tarrière  de  l'aube  est  utile  à  la  propulsion,  parce  qu'il  cause 
à  l'arrière  de  Taube  une  traction  de  même  sens  que  la  pression  à  l'avant. 

Toutefois,  si  on  voulait  supprimer  ou  atténuer  notablement  cet  effet, 
on  y  parviendrait  en  armant  l'arrière  de  l'aube  d'un  développement  en 
forme  de  poupe,  dont  les  surfaces  de  départ  suivant  les  arêtes  initiale 
et  finale  seraient  dirigées  selon  l'angle  de  marche. 

Peut-être  vaudrait-il  mieux  que  ces  surfaces  de  départ  fussent 
d'abord  évasées  sur  une  plus  grande  largeur  que  celle  des  aubes  afin 
d'accompagner  la  forme  des  remous. 

Dans  ce  cas,  la  distance  des  aubes  se  mesurerait  depuis  l'extrémité 
d'une  poupe  jusqu'à  l'aube  suivante,  et  la  question  du  «  débit  i>  pren- 
drait une  importance  particulière. 

Dans  les  hélices  à  eau,  auxquelles  seules  cette  construction  peut 
s'appliquer,  on  annulerait  presque  complètement  le  surpoids  de  cette 
poupe  en  la  faisant  creuse  et  hermétiquement  close.  - 

6*  Zones  de  raccord,  —  Toutes  les  aubes  dont  il  a  été  question  abor- 
dent Teau  avec  choc,  ce  qui  peut  causer  une  perte  de  travail  et  un 
ébranlement...  Pour  que  l'aube  abordât  l'eau  sans  choc,  il  faudrait 
qu'elle  le  fit  selon  l'angle  de  marche;  pour  cela  il  suffirait  de  faire  pré- 
céder l'aube  utile  d'une  bande  parallèle  à  l'arête  initiale,  s'y  raccor- 
dant tangentiellement  à  l'aube,  et  terminée  de  l'autre  côté  selon  l'angle 
de  marche.  Cette  bande,  dont  la  surface  serait  d'apparence  un  peu  coni- 
que, devrait  être  très  étroite,  pour  ne  pas  trop  affaiblir  l'action  de 
l'aube  ;  car  il  est  évident  que  l'entraînement  graduel  ainsi  donné  à  l'eau 
affaiblirait  sa  résistance  utile  dont  le  choc  est  peut-être  un  élément  à 
conserver. . .  Ne  perdrait-on  pas  en  force,  par  accroissement  de  poids 
et  de  largeur  de  l'aube,  plus  que  l'on  ne  gagnerait  en  douceur?  Aussi 
donnons-nous  cette  indication  sous  toutes  réserves,  et  surtout  pour  en 
signaler  les  côtés  dangereux. 

Quant  à  une  zone  postérieure,  qui  s'infléchirait  de  façon  à  laisser 


—  96  — 

]*eau  diminuer  de  vitesse  sur  Taube  et  la  quitter  plus  ou  moins  tran- 
quille, nous  n'y  verrions  aucun  avantage...  L'action  essentielle  de  Thé- 
lice  consiste  à  imprimer  à  Teau  une  vitesse  réelle  pour  qu'elle  résiste... 
Dès  que  Teau  ne  sert  plus  ainsi,  mieux  vaut  Tabandonner  tout  à  fait  : 
l'aube  et  Peau  se  quittent  alors,  ajoimées  de  vitesses  réelles  de  direc- 
tions différentes  et  presque  contraires,  et  sans  plus  exercer  l'une  sur 
l'autre  la  moindre  action...  L'eau  à  peine  quittée,  même  daûs  sa  plus 
grande  vitesse,  n'est  plus  rien  à  l'aube.  —  Ceci  doit  s'entendre  au  point 
de  vue  pratique,  mais  non  pas  rigoureusement  au  point  de  vue  théorique 
d'actions  assez  faibles  pour  n'avoir  guère  qu'un  intérêt  de  curio- 
sité. 

7"*  Zone  finale  flexible.  —  Il  convient  de  mentionner  une  disposition 
des  aubes,  qui  n'appartient  plus  à  l'hélice  proprement  dite  et  ne  sem* 
ble  pas  devoir  s'appliquer  aux  aubes  à  eau,  mais  qui  aurait  peut-être 
assez  d'avantage  pour  qu'il  fallût  l'essayer  dans  une  étude  de  construc- 
tion aéronautique.  Ce  serait  d'ajouter  à  l'aube  une  zone  finale  flexible 
comme  l'extrémité  des  plumes  ou  le  tour  des  ailes. 

La  partie  flexible  ayant  ses  normales  plus  rapprochées  de  la  direction 
de  marche  lors  de  la  flexion  qu'au  repos ,  pourrait  donner  ainsi  une 
meilleure  propulsion.  Cet  effet  va  croissant  vers  le  bord.  Il  semble  que 
les  ailes  d'oiseaux  propulsent  surtout  par  cette  flexion  de  leur  frange. 
Chez  les  insectes,  l'action  de  l'aile  ne  parait  due  généralement  qu'à  sa 
flexion  seule,  c'est-à-dire  que  le  plan  de  l'aile  battante  reste  normal  au 
battement,  ce  qui  n'a  pas  lieu  chez  l'oiseau,  à  cause  de  l'action  aviatrice 
que  l'aile  doit  en  outre  exercer. 

On  pourrait  examiner  aussi  la  construction  d'aubes  progressivement 
flexibles  à  partir  d'une  certaine  zone  initiale,  dirigée  selon  un  certain 
^^^1  probablement  égal,  au  moins,  à  celui  de  l'aube  rigide. 

8"  Auàe  striée.  —  Ce  que  nous  avons  dit  de  l'avantage  d'une  géné- 
ratrice droite  dirigée  selon  le  rayon  géométrique  ne  s'accorde  pas  entiè- 
rement avec  les  formes  suggérées  par  ce  chapitre  ;  l'aube  ordinaire  à 
pas  constant  est  seule  à  avoir  une  pareille  génératrice,  et  elle  a  d'ail- 
leurs des  conditions  de  grande  infériorité. 

On  moyen  de  tout  concilier  serait  de  donner  à  la  surface  de  l'aube 
utile,  conservée  toujours  très  lisse,  une  disposition  striée...  Ces  stries 
seraient  comme  de  petites  marches  formées,  d'un  côté  par  un  triangle 


^  96  — 

effilé  de  cylindre  à  peu  près  concentrique  ^  de  l'autre  par  une  zone 
d'hélicolde  à  pas  constant  dirigée  selon  Tangie  convenable  ;  Tarèle 
finale  serait  une  ligne  en  zigzag  formée  de  petites  parties  de  rayons  et 
de  petits  tronçons  de  génératrices  de  cylindres,  et  les  stries  iraient 
toutes  mourir  sur  l'arête  initiale  droite. 

On  jugera,  en  pratique,  si  Ton  croit  cette  disposition  préférable  ou 
s'il  suffit,  au  moins  parfois,  de  s'en  tenir  à  la  surface  uniforme.  Cela 
doit  varier  selon  les  cas.  Nous  en  dirons  quelques  mots  dans  l'exemple 
du  troisième  chapitre. 

Au  moyen  de  semblables  stries,  une  aube  d'ailleurs  incorrecte  pourrait 
devenirbonne.  Ainsi,  une  aubetelleque  celledelordDundonald,ayantune 
génératrice  courbe  dans  le  plan  de  Taxe,  pourrait  avoir  des  stries  direc- 
trices conformes  à  nos  calculs.  La  génératrice  courbe  dans  le  plan  d* axe, 
toujours  inutile  ^  à  notre  avis,  n'aurait  du  moins  plus  d'inconvénient. 
En  somme,  les  directrices  convenables  peuvent  s'appliquer  sur  une 
arête  initiale  quelconque,  moyennant  une  disposition  qui  sauvegarde 
leur  action  individuelle. 

Action  centrifuge  de  l'héuce.  —  Nous  avons  parié,  au  début,  de 
l'action  dite  centrifuge  des  hélices,  d'où  résulte  derrière  le  navire  un 
cône  tronqué  d'eau  agitée  ayant  pour  petite  base  le  cercle  de  l'hélice. 
Des  auteurs  ont  pensé  que  cette  action  centrifuge  était  un  défaut,  et 
qu'une  hélice  parfaite  ne  déterminerait  derrière  elle  qu'un  cylindre 
d'eau  agitée  ayant  son  cercle  pour  base.  A  nos  yeux,  comme  nous 
l'avons  dit,  l'effet  centrifuge  que  l'on  observe  est  inséparable  de  l'hélice, 
et  n'est  pas  autre  que  le  résultat  de  l'ensemble  des  propulsions  nor- 
males à  la  surface  de  l'aube  dans  toutes  ses  positions  successives.  Ici, 
comme  ailleurs,  la  force  centrifuge  n'est  qu'une  force  apparente,  la 
force  réelle  étant  tangentielle. 

On  pourra  remarquer,  il  est  vrai,  que  les  hélices  formeront  un  cône 
d'eau  agitée  d'autant  moins  divergent  que  leur  rendement  sera  meil- 
leur ;  mais  cela  tient  seulement  à  ce  que  le  rendement  croît,  comme 
on  Ta  vu,  inversement  à  l'angle. 

Recul  positif  et  négatif.  —  On  nomme  recul  positif  d'une  hélice  la 

1.  Sauf  U  petite  excentricité  calculée  au  deuxième  chapitre. 

2.  Quant  à  r hélice  prise  isolément,  et  sauf  la  réserve  déjà  faite  à  regard  des  courants 
le  long  du  navire. 


—  97  — 

différence  entre  la  vitesse  de  marche  et  celle  que  causerait  l'hélice  si 
elle  tournait  dans  un  écrou  solide  ;  ce  cas  étant  regardé  comme  la 
limite  idéale  de  l'action  de  Thélice. 

L'analyse  des  mouvements,  que  nous  avons  donnée  au  début,  mon- 
tre qu'il  y  a  une  différence  radicale  entre  les  actions  théoriques  de  la 
vis  et  de  l'hélice  propulsive,  et  qu'on  ne  saurait  les  assimiler.  Si  l'hélice 
tournait  comme  dans  un  écrou  solide,  c'est  que  Y^  serait  devenu  suf- 
fisant pour  que  les  angles  de  l'aube  fussent  des  angles  de  marche, 
alors  la  propulsion  serait  rigoureusement  nulle.  «  L'écroù  solide  n 
implique  un  milieu  solide  ;  dans  un  milieu  fluide,  il  ne  peut  y  avoir  de 
propulsion  que  si  Yp  est  réel.  Yp  est  le  recul  théorique,  qui  ne  peut  ni 
ne  doit  disparaître.  L'avancement  dans  un  écrou  solide  serait  le  pas, 
2  (Va  -f"  YpJ  à  la  1",  dans  les  aubes  à  pas  constant. 

Il  arrive  assez  souvent  que  le  recul  devient  faible,  moindre  probable- 
ment que  nos  formules  ne  l'indiqueraient.  Il  arrive  même  que  le  recul 
devient  négatifs  c'est-à-<lire  que  l'hélice  avance  plus  que  si  elle  tournait 
dans  un  écrou  solide!...  Les  expérimentateurs  eux-mêmes  (amiral 
Paris,  Traité  de  P hélice  propulsive^  52  et  suiv.),  en  admettant  ces  obser- 
vations pour  certaines,  leur  attribuent  des  causes  qui  laissent  intactes 
nos  déductions  :  ils  pensent  que  l'entratnement  de  l'eau  par  le  frot- 
tement du  navire  et  le  gonflement  de  l'eau  au-dessus  de  l'hélice, 
causent  un  courant  surtout  superficiel,  plus  ou  moins  rapide,  poursui- 
vant le  navire  et  aidant  l'action  de  l'hélice.  —  Nous  pensons  que  les 
formules  ne  doivent  pas  être  établies  pour  les  conditions  d'expériences 
dans  lesquelles  il  est  admis  que  les  indications  de  vitesse  sont  inexactes  ; 
qn'U  convient,  conune  nous  l'avons  fait,  de  baser  les  formules  sur  des 
hypothèses  ou  données  précises;  et  que  les  perturbations  diverses,  que 
l'on  ne  peut  pas  circonscrire  ni  prévoir  exactement,  ne  doivent  inter- 
venir que  sous  la  forme  de  coefficients  empiriques  de  correction  des 
formules...  Du  reste  Y»  est  essentiellement  relative,  c'est  la  vitesse  du 
bateau  relativement  à  l'eau  ambiante;  si  donc  cette  eau,  par  une  cause 
quelconque,  a  une  vitesse  propre,  on  prendra  Y^  en  conséquence,  et  les 
formules  resteront  les  mêmes. 


Mise  en  mabche.  — On  a  vu,  par  les  remarques  de  r«articie  1,  que, 
pour  une  même  rotation,  la  propulsion  croit  inversement  à  Y„,.  Il  en 
résulte  que  la  mise  en  marche  ne  peut  pas  présenter  d'obstacle,  puisque 

BULL.  7 


—  98  — 

l'hélice  développe  alors  un  surcroît  de  puissance  qui  amène  progres- 
sivement le  bateau  à  sa  vitesse  normale. 


CHAPITRE  II 

ABCBBaCBB  D'miB   AXJBB  A  PAS  VAUABLB. 

Étant  donnée  une  arête  initiale^  non  pas  purement  géométrique 
mais  de  largeur  suffisante  pour  agir,  déterminée  par  la  méthode  du 
{^  chapitre,  c'est-à-dire  présentant  une  suite  d'angles  initiaux  cal- 
culés pour  un  efiet  voulu,  nous  nous  proposons  de  trouver  la  forme  de 
raubfr,-à  la  suite  de  l'arête  initiale,  propre  à  continuer  cet  effet*,  c'est- 
à-dire  à  maintenir  égale  sur  chaque  trajectoire  la  pression  dans  le  sens 
de  la  marche  qui  engendre  le  travail  utile  de  propulsion,  la  parti- 
cule fluide  étant  ici  supposée  capable  d'accélération. 

Cette  forme  sera  trouvée,  si  Ton  détermine  la  trajectoire  de  chaque 
particule  fluide  dans  les  conditions  de  ce  chapitre  ;  car  la  surface  de 
l'aube  résulte  de  l'ensemble  des  trajectoires  des  particules  fluides. 

Nous  ferons  cette  recherche  pour  une  seule  trajectoire,  toutes  les 
autres  se  déterminant  exactement  de  même. 

Nous  admettrons  que  la  particule  fluide,  tout  en  s'accélérant,  con- 
tinue à  agir  par  une  résistance  propre  et  non  par  le  concours  de  toutes 
les  particules  voisines  ;  cette  simplification  (nous  l'avons  remarqué  au 
début),  nécessaire  à  la  présente  analyse,  ne  fausse  pas  gravement  le 
phénomène  et  donne  des  résultats  forcés  dans  le  sens  utile. 

N'ayant  affaire  qu'à  une  trajectoire,  nous  nommerons  Oo  ,ro,  V, ,  les 
éléments  au  point  de  départ  sur  l'arête  initiale  ;  a  et  r  seront  les  élé- 
ments variables  dans  la  suite  de  la  trajectoire  en  conséquence  de  l'ac- 
célération de  la  particule  qui  la  décrit. 

L'angle  de  l'aube  en  un  point  sera  déterminé  par  deux  plans  conte- 
nant ce  point,  l'un  normal  à  l'axe,  l'autre  contenant  le  rayon  en  ce 
point  et  l'élément  infinitésimal  de  la  trajectoire. 

La  trajectoire  n'est  pas  une  ligne  purement  géométrique,  mais  de 


1 .  Parmi  les  condiUuns  dl^erMi  que  l'on  pourrait  poser,  ceile-oi  nous  piratl  U  pius 
naturelle  ;  nous  n'en  considérerom  pas  d'autre. 


—  99  — 

largeur  suffisante  pour  agir  et  dirigée  selon  les  rayons,  comme  il  a  été 
dit  au  l^  chapitre. 

m 

On  a  VU  au  î«  chapitre  (article  V)  que  la  vitesse  et  la  pression  de  la 
particule  ne  restaient  constantes  à  la  fois  que  normalement  à  Taube  ;  or, 
la  condition  adoptée  tout  à  l'heure  étant  que  la  pression  de  propulsion 
restera  constante  sur  la  trajectoire,  il  s'ensuit  que  la  vitesse  de  propul- 
sion y  variera.  Comme  il  revient  au  même  que  cette  vitesse  varie  entre 
des  trajectoires  d'angles  constants,  comme  au  l*'  chapitre,  ou  sur  une 
même  trajectoire  d'angle  variable,  comme  ici,  puisque  la  condition 
de  Tarticle  VI  est  établie  d'une  manière  générale,  on  aura  encore  la 
formule  (18)  pour  expression  de  la  vitesse  de  propulsion  variable  le 
long  de  la  trajectoire,  soit  : 


(21)  n  =  Vpi/^î!î^; 


et  par  suite, 
(22) 


T       —      ^1»     4    A<^«      —  ^P 

'-       co$a\  cosa.        ^cosacosa,* 


Nous  prendrons  pour  coordonnées  :  un  plan  normal  à  l'axe  passant 
par  l'arête  initiale,  contenant  les  ouvertures  angulaires  a>  décrites  par 
l'aube  ;  des  normales  zkee  plan,  parallèles  à  l'axe;  des  rayotis  r,  qui 
seront  des  droites  parallèles  au  plan  des  a>  et  coupant  l'axe. 

Afin  de  simplifier  l'introduction  du  temps  dans  le  calcul^  nous  le 
représenterons  en  fonction  du  mouvement  angulaire  de  l'aiibe  «o^  qui 
est  nniforme,  en  posant  ^  =  K  u>,  m  étant  l'angle  décrit  dans  le  temps  /• 
Or  on  a  évidemment  : 

u»  a>  2wn'  2iuw'  2%n 

Les  temps,  comme  les  co,  seront  comptés  à  partir  du  moment  où  la 
particule  fluide,  qui  décrit  la  trajectoire,  rencontre  l'arête  initiale. 

Les  variables  du  problème  ne  ponvant,  comme  on  le  verra,  être 
séparées  complètement,  il  nous  a  paru  que  la  marche  la  plus  simple, 
sinon  la  seule  praticable,  était  de  considérer  les  mouvements  élémen- 
taires du  second  ordre.  Cette  méthode  a  été  présentée  dans  les  Mémoires 
de  la  Société  des  Ingénieurs  civils  {Remarques  sur  V effet  dune  force^ 


—  100  — 

août  1884)  ;  il  est  nécessaire  de  s^en  souvenir  pour  poursuivre  ce  cha- 
pitre. 

Voici  la  suite  des  déductions  qui  basent  les  raisonnements  de  ce 
chapitre. 

L'eau  ne  réâiste  à  Taube,  et  par  conséquent  ne  propulse,  que  par  la 
partie  de  la  vitesse  à  elle  imprimée  qu'elle  n'a  pas  encore  acquise.  A. 
mesure  que  l'eau  acquiert  de  la  vitesse  propre,  la  propulsion  diminue 
d'autant,  et  c'est  précisément  cette  perte  de  vitesse  qu'il  faut  rétablir 
pour  conserver  la  propulsion  égale. 

Cette  partie  de  vitesse  imprimée,  qui  est  acquise,  correspond  à  Tac- 
célération  due  à  une  force  constante,  car  l'action  de  l'angle  constant  est 
naturellement  telle,  et  nous  nous  proposons  précisément  de  la  main- 
tenir toujours  la  même.  Par  conséquent,  le  relèvement  de  l'aube, 
devant  accompagner  la  particule  d'eau  pour  maintenir  la  propulsion, 
sera  précisément  celui  correspondant  à  l'accélération  due  à  une  force 
constante. 

La  vitesse  élémentaire  due  à  une  force  constante,  désignée  par  ;  dans 
la  formule  usuelle,  est  ici  Yp,  puisque  Yp  est  la  vitesse  de  propulsion 
de  l'angle  initial,  qui  est  facteur  des  impulsions  acquises  et  doit  l'être 
par  conséquent  des  impulsions  à  restituer. 


I.    —   RECHKBCHB   DK  l'oRDONMÉB  Z  PABALLÈLB  ▲  l'aXB. 

L'ordonnée  z  étant  mesurée  à  partir  du  plan  normal  à  l'axe  qui  con- 
tient l'arête  initiale,  devra  tenir  compte  de  la  translation  de  l'aube. 
Après  un  temps  /  =:  K  û,  correspondant  à  un  mouvement  angulaire  û, 
le  déplacement,  tant  apparent  que  réel,  de  la  particule  suivant  les  z, 
sera  Y»  /,  plus  Yp  /,  plus  un  terme  correspondant  à  l'accélération  de  la 
particule  relativement  à  l'angle  initial.  Posons  d'abord  l'expression  de  z 
cherché  pour  l'expliquer  ensuite  : 


OA 


z  =  Y.KÛ-f  YpKû-f-     1  I  VpV/^^K^rfco' 


cosoio 


Oao    "^  0«« 


Le  premier  terme  se  comprend  de  lui-même. 

Dans  le  second  terme,  Yp  reste  constant,  bien  que  le  rayon  et  l'angle 


—  !01  — 

varient  dans  la  partie  de  la  trajectoire  considérée,  parce  que  ce  terme 
représeotele  mouvement  du  1"  chapitre  auquel  Taccélération  ne  fait 
que  s'ajouter.  —  Le  mouvement  réel  Yp  K  co  suffisait  à  la  propulsion 
lorsqu'il  n'y  avait  pas  d'accélération;  lorsqu'il  y  a  accélération,  l'action 
propulsive  s'amoindrit  d'autant;  par  conséquent  cette  action  sera  main- 
tenue ce  qu'elle  doit  être  si  le  parcours  réel  de  la  particule  égale  la 
somme  de  YpKci)  et  de  l'accélération. 

Le  troisième  terme  est  l'intégrale  des  mouvements  élémentaires 
y\dfi^  projections  des  impulsions  de  la  pression  normale  variable  et 
de  leurs  répétitions  par  suite  de  l'inertie.  Si  l'impulsion  projetée  dans 
le  sens  des  z  était  constante,  l'expression  sous  l'intégrale  serait  Y^K'  diù^^ 
analogue  kjdi'^. 

L'expression  développée  de  z  est  donc  : 

OOo  Otto 

Généralement,  ce  troisième  terme  et  autres  semblables  ne  peuvent 
pas  s'intégrer  exactement.  Pour  éviter  l'intégration  double  approxima- 
tive, qui  est  très  longue,  il  conviendrait  d'employer  la  formule  modifiée 
qui  en  dispense  (J.  A.  Serret,  II,  693)  ;  elle  est  tout  à  fait  générale 
pour  ce  cas. 

Nous  reviendrons  à  l'expression  de  2  ;  on  verra  qu'elle  peut  souvent 
se  simplifier  en  la  suivante,  immédiatement  calculable , 

(230  «  =  ô^Û  +  iû+  1  cYpp4— «0", 

dans  laquelle  c  est  une  constante  convenablement  choisie.  —  On  verra 
plus  loin  que  le  troisième  terme  de  z  suffit  en  pratique  pour  détermi- 
ner convenablement  a. 


IL  —  VABIATION  Ot  l'aNGUB  a. 

Pour  chercher  a,  nous  considérerons  un  élément  de  trajectoire  cor- 
respondant à  un  mouvement  angulaire  infiniment  petit  (/(o,  et  déter- 
miné par  son  angle  et  son  rayon  a  et  r,  (fig.  2). 


—  102  — 

Pendant  que  Taube  décrit  A.'  0  :=  r  rfw  en  avançant  de  A  0= V.Krfw, 
la  particule  fluide  s'ayance,  non  plus  normalement  à  Télément  d'aube 
en  ÀCy  comme  au  l^**  chapitre,  mais  obliquement  en  AB',  par  suite  du 
mouvement  normal  D  A,  composé  d'une  impulsion  nouvelle 

\ K^di^\ 


l/^  COS  et  COS  OLo 


qui  ne  peut  pas  se  voir  sur  la  figure,  et  d'un  entraînement  sans  vitesse 
acquise  DA,  de  même  direction,  et  de  la  résultante  DB\  résultante  des 
projections  sur  le  plan  de  la  figure  de  toutes  les  impulsions  antérieures, 
une  seule  de  chaque  ' .  —  Tous  ces  effets  ont  lieu  simultanément. 

Bien  que  Ton  ne  connaisse  pas  l'obliquité  de  B' A,  on  peut  trouvera, 
au  moins  approximativement,  par  les  considérations  suivantes. 

On  remarque  d'abord  que  B'I  n'est  autre  que  la  différentielle  de  z 
tirée  de  l'expression  (23). 

Afl=:rdid  —  1 0.  La  composante  A  D,  étant  un  entraînement  sans 
vitesse  acquise  (sauf  un  infiniment  petit),  est  normale  à  A'B^  c'est  la 
projection  de  DD',  différentielle  du  second  terme  de  z  ci-dessus»  en 
sorte  que  sa  projection  AD'  a  pour  expression  y^Kdtùtga. 

Pour  exprimer  D' H,  reste  de  01,  c'est-à-dire  la  projection  deDB', 
il  faut  remarquer  que  la  suite  d'impulsions  originelles,  dont  les  projec- 
tions parallèles  à  Taxe  forment  le  troisième  terme  de  dz,  ont  été  exer^ 
cées  en  des  points  divers  du  mouvement,  faisant  chacun  avec  le  plan  de 
la  figure  un  angle  variable  (yi  —  y)  >  ^^  nommant  Yi  l'angle  de  dépla- 
cement réel  de  la  molécule  correspondant  à  la  figure  (2),  et  y  la  valeur 
variable  de  cet  angle  ;  y  ^st  mesuré  à  partir  de  la  position  initiale  de 
de  Tarète  initiale. 

Ces  considérations  conduisent  immédiatement  à  poser  la  formule 
suivante  de  la  tangente  de  oi,  valeur  particulière  cherchée  de  a  : 


tg  ai= 


rd 


Jod.  V  ^^^^ 

Jooo  y  cosa. 


1 .  Si  Ton  eonsidérait  un  mouTement  Ad!,  quelque  petit  qu'il  fût,  il  y  aurait  une  iaté- 
grale  double  de  mouToments  élémentaires,  ce  qui  compliquerait  beaucoup;  pour  un  mou» 
▼ement  du,  il  n'y  a  que  T intégrale  timple. 


—  103  — 

Supprimant  partout  dtù^  facteur  commun,  et  remplaçant  K  par  sa  valeur, 
il  vient  : 


V  V 

2ww  '^2icn 


(24)ry«.== 


L'expression  précédente  ne  peut  être  calculée  que  par  approximations 
successives,  parce  qu'elle  contient  réunies  deux  qualités  «  et  (o  dont  la 
relation  est  précisément  cherchée;  de  plus  r  est  variable.  Mais  cette 
expression  se  simplifie  dans  certains  cas,  comme  on  va  le  voir. 

Notons  d*abord  que  si  Ton  peut,  dans  certains  cas  sur  lesquels  nous 
reviendrons,  poser  : 


ICOSOL 


(^  et  ^  étant  des  constantes  bim  choisies),   et  que  Ton  remplace 
a  et  r  variables  par  «i  et  r.,  la  formule  (34)  devient  : 

(240  'y««= 


formule  qui,  indépendamment  des  constantes  ecf  k  déterminer,  donne 
a, /or/.  On  en  tire  : 


(24")  ^9^— — 7 n^^ 


^.+«v,j'*' 


wn 


O+'^S^)     ^.('+'^5^) 


(»"'  "'=î:FF^'v^[»''-"'i'--''.'»''"-''>-''} 


—  104  — 

On  remarque  de  plus  que  le  groupe  des  impulsions  élémentaires 
différentes',  dont  D  B'  est  la  résultante,  disposées  successivement  en 
polygone  dans  Tordre  de  leur  apparition,  forment  une  courbe  hélicolde  * 
parlant  de  D  pour  aboutir  en  B'  ;  son  pas,  variable  par  suite  de  la 
variabilité  de  a  et  des  éléments  de  la  courbe,  correspond  à  y  =  360*  ; 
son  rayon,  variable  par  les  mêmes  raisons,  est  tel  que  la  circonférence 
décrite  avec  lui'  est  égale  en  longueur  à  la  somme  des  projections,  sur 
le  plan  des  u)  r,  des  éléments  de  cette  bélicolde  ;  Taxe  de  cette  hélicolde 
est  parallèle  à  Y„,  et  les  éléments  ont  pour  valeur 


Vp 


^  cas  a  cos  0^ 


II  résulte  de  là  que  le  troisième  terme  du  dénominateur  de  Terpres- 
sion  (24)  disparaît  pour  toutes  les  valeurs  de  a  correspondant  à  y  mul- 
tiple de  X,  soit  Y=180%  360%  540%  720^ etc.  La  résultante  DB'(fig.2), 
normale  à  A'O  dans  tous  ces  cas,  oscille  autour  de  cette  position  pour 
toutes  les  valeurs  intermédiaires  de  a.  On  a  exactement  dans  ces  cas, 


cos*      1      j 
1(1) 


(25)         .j._2^^i'    i^n  ^  J  0^        V     cosa^k^n 


2%n 


Si,  dans  des  cas  que  nous  examinerons,  on  peut,  avec  une  approxi- 
mation suffisante,  remplacer 


t 


/  cosct 

^        cos  OLo 


■  \ 


I 

1.  Pour  que  le  polygone  des  impulsions  acquises,  en  un  point,  soit  setislblement  une  héli- 
coYde,  il  fiûit  considérer  seulement  des  épures  ou  expressions  différentielles,  comme  la 
figure  (2)  et  l'expression  (24);  toute  épure  ou  expression  finie  donne  un  polygone  des  im- 
pulsions très  notablement  différent  de  rtiélicolde,  parce  que  les  c6tés  du  polygone  sont  alors 
des  sommes  de  longueurs  très  di?eriies  au  lieu  d'être  des  éléments  à  peu  près  pareils 
(V.  fig-  16). 

2.  Cette  circonférence  n'est  pas  exactement  fermée  puisque  le  rayon  Tarie  ua  peu. 


—  105  — 

par  uae  constante  c  convenablement  choisie,  et  supposer  r  constant, 
Texpression  précédente  devient 


V          V             V 
(25'  tffa,  = ^^ 


'••-2^'^*' 


d'où 


(25") 


et  aussi 


(25'")        c«.=2^[-/y««,+?^/9«,-^-l]. 

Les  remarques  suivantes  permettront  d'apprécier  quand  et  comment 
OD  peut  simplifier,  ainsi  que  nous  Tavons  indiqué,  les  formules  (2â), 
(24)  et  (25). 

4*  Comme  a  va  croissant  à  partir  de  a,,  le  facteur 

1  y  cosot 

est  fractionnaire  pour  toute  valeur  de  a  autre  que  a^^  De  même 
cos  (yi — y)  ^^^  toujours  fractionnaire,  sauf  le  cas  extrême  oùil  serait  égal 
à  \  •  Enfin  r  est  toujours  plus  grand  que  r^.  Si  donc,  dans  les  expressions 
simplifiées  des  formules  (23)  à  (25),  on  fait,  selon  le  cas,  c  =1,  (/  =  i 
et  r  =  To,  on  aura  toujours  des  résultats  foris.  Si,  d'ailleurs,  ces  résul- 
tats sont  encore  très  petits,  on  en  conclura  a  fortiori  qu'ils  sont  bien 
réeDement  tels. 

2*  Dans  les  limites  ordinaires,  la  variation  de  a  est  l^ès  petite.  On 
peut  le  reconnaître  d'abord  au  moyen  du  3*  terme  de  z  qui  correspond 
au  relèvement  de  la  directrice. 

Si  Ton  prend,  par  exemple,  des  valeurs  qui  se  rencontreront  au 
3*  chapitre,  en  posant  :Vp  =2™,  181;  V„  =  8  mètres;  n=  1,5; 
^  =  1",50;  et  que  l'on  calcule  z  pour  w  =  45*  =  0*,785  et 


—  106  — 

o>'=:90*=  1",571,  on  obtient,  avec  la  formule  (23'),  en  y  faisant 
c  =  l. 

Pour  48% 

_  8.0,785  .  2,184.0,78S  ■  2,181.0,616228 
~     9,42     •"       9,42       "•"     2.88,7364 

=  0",666622  +  0-,18635  +  0-,00775 

=  0",86072. 

Pour  90% 

a'  =  l-,333334  +  0-,3727  -\-  0-,03l  =  l-,737. 

Pour  tt)  :=  -^ ,  Tordoimée  serait 

z  =  0",3333  +  0",093175  +  0",00194  =  0",4284. 

Ces  valeurs,  supérieures  à  la  réalité,  montrent  que  la  courbure  de 
Taube  est  très  faible,  surtout  dans  les  petits  angles. 

Ce  troisième  terme  de  z  permet  aussi  de  calculer  la  variation  de  a, 
car  on  a  sensiblement  pour  les  petites  valeurs  de  {a  —  a.)^  en  nommaat  x 
Tare  compris  entre  la  directrice  du  premier  chapitre  et  celle  du 
second, 

z       y^E}w^cosa^ Vp  (0*  eos  «, 

Dans  le  cas  de  l'exemple  précédent,  pour  (i>  =  4S*  et  a,  =  39^1', 
on  a 

;r  =  0-,00775  X  (0,77144  =cos  39^31)  =  0-,00597866; 
Ce  petit  arc  x  est  décrit  par  un  rayon  sensiblement  égal  à 

z         0,860 


Bina.      0,6363 


=  1*,38; 


ce  qui  fait  que  x  ramené  à  1  mètre  devient  0",00443,  correspondant 
environ  à  un  quart  de  degré  d'ouverture  angulaire  ;  la  tangente  fait 
donc  à  peu  près  un  demi-degré  avec  la  direction  initiale.  C'est  ce  que 
le  troisième  terme  de  z  avait  indiqué. 


—  i07  — 

3*  Puisqu'une  valeur  de  o  assez  grande,  telle  que  45^,  correspond  k 
une  yariation  très  petite  de  a  (300,  on  peut  prévoir -qu'une  dîfE&- 
renée  a  —  a»  considérable,  20"*  par  exemple,  correspondrait  à  une  très 
grande  valeur  de  m»  de  plusieurs  tours  d'hélice,  c'est^ihdire  à  une  aube 
iniaginaire  beaucoup  plus  étendue  qu'on  ne  les  fait.  D'ailleurs,  on 
reconnaîtra  tout  à  l'heure  que  l'oscillation  de  D  B'  (fig.  2),  ou  la  pro- 
jection Diy^,  reste  toujours  comparativement  petite.  Il  en  résulte  que, 
dans  les  cas  ordinaires,  on  peut  évaluer  la  valeur  de  ca  correspondant  à 
l'asgle  maximum  par  la  formule  (2.V''),  qui  se  prête  à  une  approxima* 
tien  plus  sûre  avec  les  fortes  valeurs  que  la  formule  (24),  et  que  l'on 
aura  un  résultat  suffisamment  exact  même  si  y  n'est  pas  multipte  exact 
de  X.  Cette  déduction  s'éclaircira  par  TappUcation  suivante. 

yoici,*d'abord ,  l'exemple  du  calcul  de  m  correspondant  à  l'angle 
maximum,  par  la  formule  (25^'^,  avec  les  doimées  et  les  éléments  du 
cas  déjà  considéré 

V.=8-,00;V,^2-,181;«=i,8;ro=4-,5;a.=39-3i';a(f?ui:r)=59«45'. 
2x11=9,42  '^=  3,239  (^)'  =  10,494121 

2xr.n=  44,13  gi-  =  0,4064  /y  (59*45)  =  4,74473 

^=  3-,668  /y*(59*45)=2,9403 

Ces  éléments,  introduits  dans  la  formule  26'^  donnent  ccoi  =32",97. 
Si  c=l,  coi  =32",97,  valeur  faible  correspondant  à 

^  =  5,25  tour,. 

0  faudrait  donc  au  moins  8,25  tours  de  Thélice  pour  que  la  trajectoire 
considérée  de  l'aube  atteignit  l'angle  maximum  de  59*45\ 

Si  l'on  prenait  pour  c  la  valeur  moyenne  approximative  0,90,  on 
àxsnii 

ni»   ICI 

(0,  =:  36**,63...  correspondant  à  -g-^  =  5,83  tours... 
Cette  valeur,  pour  certaines  raisons,  nous  semble  moins  approchée  que 


—  108  — 

la  précédente.  En  tout  cas,  il  est  préférable,  pour  les  évaluations,  de 
prendre  les  limites  dont  le  sens  d^erreur  est  connu. 

La  figure  (3)  représente,  pour  l'exemple  précédent,  la  construction 
de  la  formule  (24)  et  notamment  l'application  de  la  formule  (28^. 

On  7  remarque  que  la  verticale  DB'  de  l'épure  est  bien  égale 

à  O'ySOS,  valeur  calculée  de  .  ^^  \.  Cela  prouve  que,  du  moins  à  la 

suite  des  simplifications  introduites,  la  valeur  maximum  de  a  correspond 
sensiblement  à  une  valeur  de  y  multiple  exact  de  tc,  puisque  le  polygone 
des  impulsions  élémentaires  se  ferme  sur  une  résultante  verticale. 

Voici  maintenant  l'évaluation  de  l'oscillation  de  D  B\  toujours  pour 
le  même  exemple. 

Pour  la  calculer,  il  faut  avoir  la  valeur  de  f  correspondant  à  celle 
de  (Oi  qui  vient  d'être  obtenue  ^  Bien  que  nous  n'ayons  pas  encore  établi 
la  formule  de  y»  ce  qui  précède  suffît  pour  reconnaître  que  l'on  a  sen- 
siblement 


et  à  peu  près,  comme  valeur  /or/e, 

c  remplaçant  le  radical ,  comme  plus  haut  ^t  g  ol^  étant  une  valeur 
moyenne,  et  r.  renplaçant  r,  qui  varie  très  peu  comme  on  le  verra. 

Cette  formule,  calculée  pour  a=  32,97^  ai  =:  49^38',  valeur  moyenne 
dont  la  tangente  est  1,17638,  etc  =  0,9  qui  convient  sensiblement 
dans  ce  cas,  avec 


2il81  .  ^ - 

1,5X6,28X1,5  —  ''''^*' 


donne 


qo  07 
Y  =  (0,154  X  1,17638  X  32,97  =5,973)  +5,973  X  jg~  X  0,9=45-,3i  . 

1 .  En  général,  on  peut  értluer  roaeilUUon  directement  en  ftiMnt  ^i  =  90*  dant  le 
troiiième  terme  du  dénominateur  de  (24)  et  prenant  mi  correspondant  ^  l'aide  de  la  Taleor 
de  7  cl-denouB  égalée  à  90* 


—  109  ~ 

~^  égale  2,45,  c'est-à-dire  2,5,  sauf  les  erreurs  d'une  formule  que 

nous  savons  être  seulement  approximative,  puisque  le  résultat  doit  être 
un  nombre  entier  de  demi-tours.  Ainsi  y  =  2,8  tours. 

Pour  Y=2',5,  le  pas  de  Thélicolde,  dont  la  résultante  verticale 
est  0",809,  est 

0,809 


2,5 
et  son  rayon  sera  sensiblement  : 


=  0",3236 


,,,   ,           0,3236.^7  0,      0,3236.0,82483      «„  «,a 
au  début,  6  28        ~    62S ~     '       ~  ^' 

0,3236.  <yA      0,3236.1,71473       -  «_-       ^ 
an  sommet,  6,28        =  6.28 =  0,087  =  R. 

Cette  hélicolde  est  tracée  sur  la  figure  (3),  Les  parties  vues  corres- 
pondent au  sens  de  mouvement  de  la  figure  (1).  Nous  avons  construit 
sur  cette  épure  a  correspondant  à  y  =  180*.  Pour  trouver  un  angle  sur 
l'épure  à  Taide  d'une  ordonnée  calculée,  il  faut  un  tâtonnement  ;  mieux 
vaut  calculer  Tangle  par  la  formule  et  contrôler  le  résultat  par 
l'épure. 

On  peut  trouver,  au  moyen  de  rhélicoKde  ainsi  tracée,  Tinclinaison  de 
la  composante  D  B'  (fig.  2)  pour  un  angle  quelconque  ;  il  suffit  de  cons- 
truire au  point  D,  correspondant  à  ce  cas,  une  partie  de  Thélicolde 
tracée  pour  Tangle  maximum  ;  son  extrémité  supérieure  donnera  le 
point  B^  Cette  héUcolde  est  toujours  la  même  pour  une  même  direc- 
trice, sauf  que  la  partie  à  employer  dans  Tépure  varie,  avec  Tangle,  en 
longueur  et  en  position  initiale. 

Ces  divers  essais  nous  paraissent  montrer  que  la  formule  (2S0  permet, 
dans  tous  les  cas,  une  évaluation  suffisante  de  la  valeur  de  co  corres- 
pondant à  Tangle  maximum,  ou  a  de  fortes  variations  de  a  ;  cette  for^ 
mule  ayant  l'avantage  d'un  dénominateur  plus  exact  que  la  formule  (24'). 
On  voit  au  moins  comment  on  peut  utiliser  les  formules  sans  les  calculer 
exactement  par  approximations  successives. 

4*  Pour  les  petites  variations  de  a,  qui  sont  celles  de  la  pratique,  il 
convient  d'employer  ^a  formule  (24),  applicable  à  tous  les  cas,  parce 
que,  alors,  les  simpliàcations  nécessaires  sont  plus  exactes.  Dans  ce 


—  no  — 

cas,  c  =  ( ,  sezisiblement.  On  peut  dernier  la  même  valeur  à  e'  qui 
s'en  éloigne  peu. 

Toutes  ces  simplifications  rendent  encore  plus  forit  la  valeur 
de  a,  (240- 

Sîl'on  applique  ces  hypothèses  à  la  formule  (24'^pour  o)  =4S*=0,785, 
avec  toutes  les  données  prises  plus  haut  pour  exemples  il  vient 
/^'Oi  =  40''34^  ce  qui  est  environ  l""  de  variation  avec  a».  En  réalité,  la 
variation  de  a  est  moindre,  comme  le  troisième  terme  de  z  l'a  montré. 
L'indication  delà  formule  (23)  parait  la  plus  approchée,  puisqu'elle  est 
moindre  que  celle-ci  et  encore  forte. 

Lorsqu'on  veut  essayer,  d'après  les  indicalionB  précédentes,  la  varia- 
tion de  a  pour  une  section  d'aube  donnée  d'ouverture  (i»o  et  de  hauteur  A, 
il  faut  trouver  ci>  correspondant  à  cette  section.  Pour  cela,  on  tire  direc- 
tement de  la  figure  (4),  en  nommant  r  le  rayon  de  la  section  consi- 
dérée et  Yy  sa  vitesse  propulsive  : 

d'où 

_  ,     M.r'4n*n'   _^     //    4it*n*M.r*   \'       tt>.*r'4i;'n* 

Si  la  section  était  à  utilisation  maxima,  cette  expression  se  réduirait 
à  a>=:2  <i»o)  ce  qui  doit  étre« 
Pour  éviter  Y^,  il  suffit  de  remarquer  que 


iAT 


Il  vient 


d'où 

(26) 


^y«=;f,=  ^^-  +  y^^d-oùA=(V,  +  Y,)K..> 


a)r=(i)or4-  (A —  Y.  Kw)  —  ; 

co«r 


'•        -^    s=0,0S32«85;-— ^—^==0,1281  ;8,J89.0,Wil  ==:J.WWJ(r9 
2ini  l|Uo3ooo 

(t,98t9209)*  =  8,989826989t&B81  ;  8,688.  0,9281  ^  8,8859808 


—  m  — 

Si  Ton  a  une  épure,  on  pourra,  en  général,  obtenir  u>  suffisamment 
en  le  mesurant  sur  elle. 

Nous  résumerons  ce  qui  précède  après  avoir  examiné  les  variations 
de  Y  et  de  r. 


m.  —  DÉTERMINATIOH  DK  I<*AKOLC  Y*  ' 

L'angle  Yi  dans  le  plan  des  u>  r,  est  Tangle  dont  la  particule  s'est  dépla* 
cée  réellement  depuis  le  début  du  mouvement  jusqu^à  Tinstant  consi- 
déré ;  c'est  Tangle  entre  la  position  initiale  de  Taréte  initiale  et  la  position 
actuelle  de  la  particule  sur  la  trajectoire.  Par  conséquent,  cd— f  est  la 
mesure  angulaire  du  retard  de  la  particule  relativement  à  Taréte  ini- 
tiale. Le  centre  de  tous  ces  angles  est  toujours  Taxe  de  rotation. 

On  comprend  que  d^esX  formé  de  deux  éléments;  un  monvement  dû 
à  l'accélération  antérieure  et  par  conséquent  inutile  à  la  propulsion,  et 
un  entraînement  sans  accélération  augmenté  d'une  impulsion  nouvelle. 
Ce  second  élément,  essentiel  à  la  propulsion  ^  est  considérable  dans  les 
aubes  d'hélices  propulsives.  (Ce  double  mouvement  a  été  étudié,  au 
point  de  vue  général,  dans  les  Remarques  sur  ttffet  d'une  farce.) 

Si  l'on  rapproche  les  indications  précédentes  des  généralités  des 
Remarques  sur  V effet  d^une  force^  on  arrive  à  poser  aisément  comme 
formule  générale  de  tg  f 

,n  r  A  /»"  r  A   ^m^  7^  «, 


(«)«= 


/''ifïïï  "•"•"••'+/      /Vl/^T^SiW""-'"'' 


•«o  OOo  O  «o 


•«•  •«•        ©a. 


r  est  la  valeur  chenshée  de  y  correspondant  à  une  valeur  Q  donnée  ; 
wi  Yi  sont  les  valeurs  particulières  en  chaque  point  considérées  comme 
liiûles  des  intégrales  premières;  «,7  sont  l'expression  variable.  Les 
projections  sont  faites  sur  la  position  initiale  de  l'arè&e  initiale  et  sur 
une  normale  à  cette  arête  partant  de  l'origine  de  la  trajectoire.  Les 


—  H2  — 

intégrales  simples  représentent  Tentralnement  sans  accélération^  les 
intégrales  doubles  le  mouvement  acquis  par  la  molécule  ;  le  radical 
nlntervient  pas  dans  les  intégrales  simples  parce  que  celles-ci,  comme 
on  Ta  vu  au  sujet  de  z,  ne  représentent  que  Faction  de  la  vitesse  ini- 
tiale. 

La  figure  (16)  représente  approximativement  la  génération  der  pour 
le  cas  simple  où  il  n'y  a  que  les  intégrales  doubles  et  où  l'impulsion  est 
constante.  Cette  figure  représente  le  mouvement  dans  le  sens  habituel 
des  figures  qui  n'est  pas  celui  de  la  figure  (1).  Pour  voir  la  figure  (46) 
dans  le  sens  de  la  figure  (1),  il  faudrait  regarder  la  première  par  trans- 
parence, en  plaçant  le  plus  grand  rayon  en  bas. 

Si  Ton  connaît  le  rayon,  ou  sa  formule  approchée,  il  est  plus  simple 
de  prendre  le  sinus  ou  le  cosinus  ;  ainsi 

0A«  oeio  oeio 

Ce  que  nous  avons  dit  pour  a  et  ce  que  l'on  verra  pour  r  permettent 
souvent  de  simplifier  cette  formule  en  évaluant  le  radical  et  prenant, 
soit  To  constant,  soit  une  formule  simpliGée  de  R. 

Les  formules  (27)  se  développent  dans  le  plan  des  o)  r.  On  peut,  comme 
nous  l'avons  déjà  dit  incidemment,  déduire  des  figures  (1  à  3),  normales 
au  plan  des  cor,  la  formule  suivante  de  y 


OToVo  Ot*o^  or»  oo 


Cette  formule,  qui  exige  également  r,  se  simplifie  comme  la  précé- 
dente ;  elle  est  plus  simple  que  celle-ci  lorsqu'on  peut  poser  r^  =  r. 
Yi  est  la  partie  de  f  correspondant  à  l'entraînement  sans  accélération  ; 
Yi  correspond  à  Taccélération. 

Dans  toutes  ces  formules,  les  variables  sont  réunies  ;  pour  les  séparer, 

il  faut  faire  disparaître  les  signes  Tpar  dîfiérentiation.  Cette  opération 


—  113  — 

est,  sinon  courte,  du  moins  possible,  parce  que,  ainsi  qu^on  le  démon- 
tre par  des  considérations  qu'il  serait  trop  long  d'introduire  ici,  il  faut 

diiférentier,  dans  ce  cas,  par  simple  suppression  du  signe  /  sans  addi^ 

tion  de  terme. 

Mais  le  calcul  de  y  6st  généralement  inutile  en  pratique,  une  évalua- 
tion  peut  suffire,  r  ne  sert  que  pour  calculer  a  et  r;  on  a  vu  qu'une 
évaluation  approximative  suffisait  souvent  pour  a;  on  va  voir  qu'il  en 
est  de  même  et  plus  encore  pour  le  rayon. 


IV.  —  Détermination  dd  rayon. 

La  croissance  du  rayon  à  partir  de  r^,  ou  excentricité,  est  causée  par 
rintégrale  des  impulsions  reçues  par  la  particule  et  leur  reproduction 
par  inertie,  projetées  sur  la  direction  du  rayon  ;  c'est  l'effet  étudié  dans 
une  partie  des  Remarques  sur  F  effet  dune  force. 

Dans  le  mouvement  réel  de  la  particule  compris  par  Yi  ce  n'est  pas  le 
mouvement  de  simple  entraînement  correspondant  à  Yi  qui  cause 
rexcentricité,  mais  l'accélération  correspondant  à  yz-  Dans  la  formule 
du  rayon,  Yi  ^t  yi  doivent  intervenir  de  la  manière  qui  a  été  vue  dans 
les  9.  Remarques.  » 

On  sait  (J.-A.  Serret,  II,  703)  intégrer  une  expression  de  la  forme 

(Pr 

—  =  (/y",  dans  le  cas  où  y  varie  uniformément  ;  et  (d'après  une 

démonstration  que  je  ne  puis  introduire  ici)  il  est  probable  que  cette 
intégration  s'applique  au  cas  où  y  varie  irrégulièrement.  Quoi  qu'il  en 
soit,  comme  y  varie  peu  irrégulièrement,  et  eu  égard  aux  circonstan- 
ces du  problème  actuel,  l'intégration  dont  il  s'agit  s'appliquera  toujours 
suffisamment  au  cas  présent  pour  fournir  l'évaluation  approximative 
<iue  nous  cherchons. 

Si  Ton  détermine  les  constantes  de  l'intégrale   /  ( —  =  ^y  /  pour 

d^  constant,  on  parvient  à  l'expression  : 

(29)  r  =  lr.(eïVm;+,-W«j 

BDLL.  8 


—  114  — 

On  a  vu,  dans  les  «  Remarques  »  que  cette  valeur  du  rayon  n'est 
plus  exacte  lorsque  ^  est  mixte,  c'est-à-dire  composé  d'accélération  et 
d'entraînement  simple,  comme  dans  le  cas  de  l'hélice.  Mais,  en  faisant 
des  hypothèses  simplifiées  sur  le  rapport  de  Yi  et  ^j,  on  pourra  appli- 
quer la  formule  (29)  avec  une  approximation  suffisante  ^  La  précaution 
à  prendre,  comme  pour  a,  sera  de  reconnaître  dans  quel  sens  l'erreur 
est  commise. 

Prenons  l'exemple  déjà  cité. 

Pour  un  mouvement  w  et  un  angle  constant  a,  on  a  vu,  et  on  recon- 
naît aisément,  que  Tentraînement  simple  est  : 


(i> 


Pour  a)=45''=0",785;r,  =  l-,50;ao=39-31  ;  Vp=2",181;n=l,5 
on  aura,  par  suite  de  la  faible  variation  de  a,  une  valeur  de  y  beaucoup 
trop  forte  en  posant  tga  =  i,..  On  aura  d'abord  : 

Le  relèvement  de  a  étant  moindre  que  1°,  comme  nous  l'avons  vu,  il 
eàt  très  exagéré  d'admettre  que  ce  relèvement  intercepte  1°  sur  le  plan 
des  Mr;  prenant  néanmoins  cette  valeur  trop  forte  pourri,  il  vient  : 

Y.  =  0-,12H  ;  Y.  =  0-,0174  ;  f  =  0-,1385  ;  m  =  ^^=0,125632 


V 0,125632  =0,3544...  U,3544.0,i385=  0,0490844; 
d'Où  r=i.  1,50  (  e'^'''''  +^-o.o*«08^; 

loge.  0,04908  =  0,021317...    nomb.  =  1,03      r-Jg  =  0,932 ; 

r  =  ^  1",50  (1,03  ••  -f-  0,932)  =  1«,3015. 

Cet  accroissement  du  rayon,  de  0'*,0015,  bien  que  négligeable,  est 
notablement  supérieur  à  la  realité,  puisque  tous  les  éléments  sont 
forcés. 

On  voit  donc  qu'en  exagérant  tous  les  éléments,  on  ne  trouve 
cependant,  dans  les  cas  ordinaires,  qu'une  variation  de  r  négligeable. 

1.  Dans  ee  cas,  m  est  le  rapport  de  if,  à  -y. 


—  115  — 


Conclusion  du  second  chapitre. 

I 

Ce  qui  a  été  dit  dans  ce  chapitre  suffit  pour  indiquer  la  marche  à  sui- 
Tre  pour  déterminer  directement  et  avec  une  exactitude  suffisante 
a,  Y  ^^  ^»  ^u  moyen  des  formules  qui,  prises  rigoureusement,  sont 
inéTitablement  fonction  Tune  de  l'autre,  et  ne  peuvent  se  calculer  alors 
que  par  approximations  successives.  On  voit  par  quelle  voie,  relative- 
ment simple,  on  peut  se  donner,  dans  chaque  cas,  des  limites  de  ces 
quantités  et  juger  ce  que  l'on  peut  négliger.  — Il  sera  toujours  prudent 
de  faire  ces  essais,  au  moins  pour  les  points  culminants  du  cas  traité, 

n  est  probable  que,  dans  la  pratique,  la  variation  du  rayon  sera 
généralement  négligeable  et  que  la  croissance  du  pas  se  déterminera 
suffisamment  à  vue  d'œil  à  l'aide  d'une  limite  extrême.  L'aube,  alors, 
sera  construite  comme  au  premier  chapitre,  et  on  appliquera  sur  l'arête 
finale  le  relèvement  jugé  nécessaire;  le  reste  de  la  directrice  ou  trajec- 
toire sera  courbé  approximativement  en  conséquence. 

On  verra  l'application  de  ces  remarques  dans  l'exemple  suivant. 


CHAPITRE  III 

CALCUL  D'un  EXEMPLE. 


Nous  prendrons  pour  cet  exemple  les  données  d'un  navire  qui  a  été 
constniil  ;  c'est  un  croiseur. 
Y.  =  16  noeuds  ;>  sensiblement,  pour  simplifier,  8"par  1^^ 
n  =  1,5  nombre  de  tours  de  l'hélice  par  1'^ 
tirant  d'eau  'î"",10 

longueur  99",00 

largeur  15", 40 

déplacement  5  740,00  tonneaux. 

Au  maximum  d'effort,  ce  croiseur  développait,  dans  les  cylindres, 
7  400  chevaux. 

Avec  ces  données,  nous  calculerons  :  les  principales  dispositions 
d'aubes  du  premier  chapitre,  —  à  propulsion  maxima,  à  vitesse  de 


—  116  — 

propulsion  égale  et  à  pas  constant,  —  dans  quelques  cas  ;  les  travaux 
de  ces  aubes,  pour  les  comparer;  la  variation  du  pas  et  du  rayon  résul- 
tant de  l'accélération,  pour  apprécier  leur  importance. 

Diamètre  de  rhélice.  —  D'après  le  tirant  d'eau,  nous  prendrons 
6  mètres  comme  diamètre  extérieur  de  l'hélice  ;  il  ne  semble  pas  pru- 
dent de  dépasser  ce  chiffre. 

Y 
Angles  de  marche.  —  Ces  angles  ayant  pour  tangentes  ^    *   ,    on 

trouvera  aux  divers  rayons  : 

au  rayon  de  1»,00,  tga„,  =  0,8488  :  1      =  0,8488,  a.  =  40My 

i  ,50,            =              :  4,5  =  0,5638,  =  29^0' 

2  ,00,            =              :  2     =  0,4244,  =  23*  »' 

2  ,50,            =             :  2,5  =  0,339  ,  =  48U4' 

3  ,00,            =             :  3     =  0,2829,  =  15H8' 

Aube  à  propulsion  maxima.  —  Les  angles  de  cette  aube  le  long  de 
l'arête  initiale  et  les  vitesses  de  propulsion  correspondantes  seront, 
d'après  les  formules  (7)  et  (8)  : 

pourr  =  l^OO,  tga^  =  2,16     ,  a^  =  65M0'  \^  =    2-,181 

=  1  ,50,           =  i,7145,       =  59^5'  =    4  ,122 

=  2  ,00,           =  1,5107,       =  56*29'  =    6  ,235 

=  2  ,50,           =  1,396!,        =  54*23'  =    8  ,440 

=  3  ,00,           =  1,3222,        =  52^52'  =  10  ,690 

Aube  ordinaire  à  pas  constant.  —  L'aube  de  ce  genre  qui  nous  pa- 
rait se  rapprocher  le  mieux  de  l'aube  précédente  est  celle  qui  a  même 
section  au  rayon  de  1  mètre.  Pour  avoir  les  tangentes  aux  divers 
rayons,  il  suffira  de  diviser  la  tangente  en  ce  point  (2,16),  par  le  rap- 
port des  rayons.  Les  vitesses  de  propulsion  se  calculeront  par  la  for- 
mule (12').  Il  vient  : 

pour  A  =  1  ,tga  =  -=^=  2,16,      a    =  65M0'.  Y,^=  2»,18i 
=  1,5,        =  ^*4  =  1,44,  =  55M4'       =  4  ,02 

1,0 

=  2   ,         =  .  .  .  z=  1,08,  =  47M3'       =  5  ,70 

=  2,5,         = .  .  .  =  0,864,  =  40*50'       =  7  ,07 

=  3    ,         =....  =  0,72  ,  =  35-46'       =  8  ,14 


—  m  — 

Ces  résultats  permettent  une  première  comparaison  des  aubes  ;  elle 
sera  complétée  par  le  calcul  des  travaux. 

La  figure  (4)  représente^  Taube  à  propulsion  maxima  que  nous 
venons  de  calculer  ;  la  figure  (S),  Taube  à  pas  constant;  la  figure  (6), 
Tune  et  Tautre  superposées,  coïncidant  par  :  Taxe,  Taréte  initiale  et  la 
section  B^^G,  à  i  mètre  de  rayon.  Les  lignes  H..  L.  sont  les  intersec- 
tions de  plans  normaux  à  Taxe. 

La  figure  (7)  représente  la  même  aube  à  propulsion  maxima  munie 
d'un  bras  inerte  de  1  mètre  de  rayon. 

On  sait  que  Taube  à  propulsion  maxima  a  le  pas  de  chaque  directrice 
nécessairement  constant.  Ce  que  nous  avons  dit  de  la  variation  de  a, 
et  le  faible  angle  au  centre  de  cette  aube,  paraît  permettre  de  donner 
ici  à  Taube  0*°,50  de  hauteur  parallèlement  à  Taxe.  Mais  il  est  prudent 
de  contrôler  cette  appréciation  par  un  calcul. 

Pour  évaluer  approximativement  la  variation  de  a  au  plus  grand 
rayon  de  Taube,  figures  (4)  et  (7),  afin  déjuger  si  la  hauteur  prévue  de 
0°*,50  n'est  pas  trop  forte,  on  mesure  sur  l'épure  que  tù^,  pour  ce  point, 
est  environ  7*30',  de  sorte  que  la  formule  (26)  donne  pour  la  valeur  de 
là  correspondante  : 


iù 


_  9. 0,1307' +  0,2S  _  9.  0,01708249  +0,25_0,4037_^^ 
-9.„,,307+5^"  9.0.«7  +  «,m6  "1:8»-    ■ 


Avec  cette  valeur  et  la  formule  (23^),  on  calcule  approximativement 
(fort)  le  troisième  terme  de  z,  pour  le  même  point  : 


1  Vp<^'  _  *     10,69.0,252'    _  10,69.0,063804  _  ^„  ^^^^ 

2  TTr?  ~  2  88,7364       ~         177,4728      ""     ' 


Cette  valeur  étant  trop  forte  et  le  relèvement  '  étant  moindre  qu'elle, 


1 .  Toutes  ees  reprétenialioDS  sont  tehématiques,  par  simple  èpare  géomélrique.  Les  habi- 
tades  de  la  eonstraelion  et  ce  que  nous  avons  dit  sofAsent  pour  tracer  aisément  Taube 
véritable.  L'hélleolde  du  broê^  là  où  elle  est  représentée,  est  supposée  prolongée  Jusqu'au 
plan  final  ;  ee  n'est  évideounent  pas  nécessaire. 

3.  Dans  cette  aube,  Je  le  répète,  le  relèvement  n'est  qu'une  hypothèse  pour  apprécier  la 
dlmloBlion  do  pression  qui  peut  se  produire. 


—  H8  — 

il  parait,  d'après  i^ensemble  de  l'étude,  que  l'accélération  réelle  serait 
négligeable,  et  que  Ton  peut  admettre  par  conséquent  la  hauteur 
d'aube  deO'BO.  Tout  au  pbis,  l'aube  perdra-t-elle  un  peu  de  pression 
vers  son  angle  final  extrême.  C'est,  du  reste,  au  constructeur  à  appré* 
cier  chaque  cas. 

Ce  que  nous  ayons  dit  de  l'espacement  des  aubes  ne  permet  pas  à 
l'hélice  à  propulsion  maiima  d'avoir  plus  de  quatre  aubes  comme 
celles  figures  (4)  et  (7);  mais,  à  l'aide  decouronnes,  on  peut  augmenter 
le  nombre  des  aubes.  On  en  verra  l'avantage  au  calcul  des  travaux. 

La  figure  (8)  représente  l'hélice  à  propulsion  maxima  calculée  plus 
haut,  ayant  huit  aubes  de  1  mètre  de  longueur  sur  couronne  avec  quatre 
ou  trois  bras  inertes  de  2  mètres.  La  figure  (8Q  indique  la  construction 
pratique  de  l'hélice  entière. 

L'héUce  maxima,  figure  (9),  a  seize  aubes  de  1  mètre  sur  couronne, 
avec  quatre  bras  inertes  ;  seulement,  l'espacement  requis  entre  les 
aubes  a  nécessité  de  ne  donner  à  l'hélice  que  0"  ,36  de  hauteur  au  lieu 
deO-,80. 

L'héKce  maxima,  figure  (10),  a  seize  aubes  de  0",50[sui*  couronne, 
avec  quatre  bras  inertes  ;  ce  raccourcissement  des  aubes  a  permis  d'éle- 
ver la  hauteur  de  l'hélice  à  0'",46.  On  verra  plus  loin  la  comparaison 
des  travaux  de  ces  diverses  dispositions. 

Aube  à  vitesse  de  propulsion  égale.  —  Un  mètre  nous  parait  la  plus 
petite  longueur  qu'il  convienne  d'attribuer  ici  à  l'aube  inerte  ou  bras. 
Pour  calculer  une  aube  à  vitesse  de  propulsion  égale  à  partir  de  la  sec- 
tion de  propulsion  maxima  au  rayon  de  1  mètre,  nous  emploierons  la 
formule  (14)  avec  la  tangente  2,16  déjà  calculée  pour  cette  section.  On 
obtient  : 

pour  K  =  1,0,  tga,  =  2,16        ,  a    =  6li'W,  V,    =  2",18l 

=  1,8,  tga,  =  0,8258   ,  =  39*31 ,           =      » 

=  2,0,          =  0,57888 ,  =  30»  4 ,           =      » 

=  2,5,          =0,45036,  =  24H5,           =      » 

=  3,0,          =  0,37152  ,  =  20*23 ,           =      » 

On  remarque  que,  vers  le  plus  grand  rayon,  ces  angles  se  rappro- 
chent assez  de  ceux  de  marche  ;  on  verra  par  le  calcul  du  travail  la 

I 

puissance  qui  leur  reste. 


—  H9  — 

Cette  aube  est  représentée  fignre  (11).  Théoriquement,  la  section  enC 
n'a  pas  d'étendue  puisque  Tangle  y  est  maximum  ;  nous  avons  tracé 
ainsi  le  schéma  figure  (il);  pratiquement,  il  faudrait  donner  à  cette 
section  retendue  B^^G  de  l'aube  à  propulsion  maxima  figures  (4)  et  (7). 
H...I...  sont  toujours  les  intersections  de  plans  normaux  à  Taxe  pour 
montrer  la  forme. 

La  figure  (12)  représente  la  même  aube  dans  laquelle,  seulement, 
le  bras  inerte  est  prolongé  jusqu'à  1",80  pour  des  motifs  que  l'on  verra 
en  calculant  le  travail.  L'hélice  ainsi  disposée  pourrait  avoir  huit 
aubes. 

L'aube,  figure  (13),  est  encore  à  vitesse  de  propulsion  égale  avec  un 
bras  de  l'^yBO;  mais,  au  lieu  d'être  l'aube  précédente  rognée  comme 
ceUe  figure  (12),  elle  débute  par  la  section  de  propulsion  maxima 
à  1",50  ;  elle  est  moins  étendue  et  plus  forte  que  l'aube,  figures  (11) 
et  (42).  Voici  les  éléments  de  cette  aube,  calculés  comme  précédem- 
ment : 

poarK=l,0      (r  =  l,50),  /yao=lJ14S  ,«  =  59H5,  Vp  =4»122 
=  4,333  (  =2,00),  tgoi  =0,7727  ,     =37^42,      =    id. 
=  1,666  (  =2,50),         =0,5713  ,      =29*45,      =    id. 
=2,0      (  =3,00),         =0,45828,      =24*37,      =   id. 

La  figure  (14)  représente  l'aube  figure  (13),  dont  on  a  diminué  l'angle 
empiriquement  depuis  S  jusqu'à  B'^'B,  afin  que  la  trace  devienne  SO  ou 
SI,  au  lieu  de  SE^  dans  le  but  d'améliorer  le  rendement  dans  la  partie 
de  l'aube  où  il  est  le  moindre. 

Sur  les  figures  (11)  et  (14)  est  indiquée  en  ponctuée  la  Umite  des  aubes 
pour  huit  aubes,  c'est-à-dire  la  trace  sur  le  plan  final  des  normales  à 
l'arête  initiale  de  l'aube  suivante.  Cela  indique  la  limite  extrême  du 
rapprochement  possible  des  aubes. 

La  figure  (15)  représente  l'aube,  figure  (14),  simplement  prolongée 
sous  les  mêmes  angles  dans  la  partie  SS'  jusqu'en  SK  parallèle  à  la 
limite.  Cela  montre  un  des  moyens  d'augmenter  le  travail  d'une  aube 
calculée  lorsqu'elle  n'atteint  pas  l'étendue  possible.  —  Les  lignes 
H..L.S..J..  sont  les  intersections  de  plans  normaux  à  l'axe. 

On  a  rencontré,  au  second  chapitre,  un  essai  de  la  variation  de  a 
relatif  à  la  section  moyenne  de  l'aube  figure  (11).  Nous  allons  faire  un 


—  120  — 

semblable  essai  pour  la  section  extrême  de  l'aube  figure  (43).  Les 
formules  (26)  et  (230  domient  : 


9.0.366+0,28      _  M55__ft..q,. 
"~  9.0,366  +  0,4246  ~  3,7186  ~      '       ' 

T  -n^  =    i7?,i26    =  ^  '^^^' 

Cette  valeur  de  la  partie  de  rordonnée  correspondant  au  relèvement 
de  l'aube  étant  supérieure  à  ce  relèvement,  on  reconnaît,  eu  égard  à 
la  longueur  de  la  directrice  au  point  considéré^  que  a  —  a»  est  moindre 
que  un  demi-degré. 

Nous  ne  pousserons  pas  plus  loin  les  recherches  de  ce  genre,  ce  qui 
précède  suffisant  pour  l'indication  qui  est  le  but  de  cet  exemple .  En 
pratique,  on  jugera  combien  de  points  il  est  bon  de  vérifier. 

Travail  et  rendement  des  aubes.  —  Pour  calculer  le  travail  des 
aubes,  il  faut  mesurer  leur  surface  par  zones  assez  étroites  pour  pou- 
voir y  regarder  la  pression  comme  uniforme.  Nous  nous  contenterons 
ici  de  prendre  des  zones  de  0",50  de  largeur  dans  le  sens  du  rayon. 
Cette  approximation  parait  suffisante  pour  la  comparaison  dont  il  s'agit. 
En  pratique,  on  prendra  les  zones  aussi  étroites  qu'on  le  croira  utile; 
quelques  essais  de  calcul  montreront  vite  la  limite  convenable. 

Les  dimensions  circulaires  normales  au  rayon  seront  mesurées  sur 
les  épures  des  diverses  aubes  précédemment  indiquées. 

Nous  ne  considérerons  ici  que  le  travail  sur  la  face  active  de  l'aube. 
Le  travail  à  l'arrière  manque  de  données  tant  soit  peu  précises,  et  ce 
n'est  que  par  une  hypothèse  évidemment  risquée  qu'on  l'égalerait  au 
travail  à  l'avant.  D'ailleurs,  il  parait  préférable  de  réserver  ce  travail 
comme  surcroît  de  puissance. 


421  — 


Aube  à  propulsion  maxima,  travail  et  rendement. 

V  Aube>  fig.  (7),  ou  fig.  (4)  en  négligeant  la  partie  entre  Taxe  et 
1  mètre  de  rayon. 


! 
2 

> 

< 

X 

,1 

.  ■. 
1,00 

1,50 

m 

:2,5o 

3,00 

c  • 
z 

< 

Lon- 
gueur 

des 
direc- 
trices 

me- 
sorées 

ou 
cal- 
culées 

Sorfaeet 

des 

tra- 

pèses 

YiUiKt 

de 
propul- 
sion 

\ 

ViUiiei 
de 

propul- 
sion 

■trailei 

à 
ranhe 

\ 

eo$m. 

Pressions 

normales 

à  raube 

par  m.  q. 

Pn  •= 

Pressions 

dans 

le  sens 

de 

la  marche 

parm.q. 

Pressions 

dans 

le  sens 

de 

la  rotation 

par  m.  q. 

freimii 

dans 
le  sens 

deU 
marche 

par 
trapése 

PrCMÎMI 

de 
rota- 
tion 
multi- 
pliées 
parle 
rayon 
moyen, 

par 
trapèie 

65»,10 
5de,45 

52»,5î 

■. 
0,55 

0,585 

0,60 

0,62 

0,63 

B.q. 

0,3825 
0,2950 
0,9050 
0,3100 

B. 

2,181 
4,122 
6,238 
8,442 
10,692 

D. 

5,193 

8,18^ 

11,297 

14.496 

17,711 

k. 

2  693,61 

6  691,24 

12  746,41 

20  967,04 

31  364,41 

• 

k. 
1 131,26 

3  370,81 

7  038,31 

12  210,36 

18  933,75 

k. 
2  444,53 

5  780,16 

10  627,70 

17  044,73 

25  004,65 

k. 

635 

.  1535 

9  935 

4  827 

kfm. 
1487 
4  235 
9  494 
17  922 

9932 

38  138 

Travail  propulseur  (4  aubes) 

9  932^  X  4  X  8"  =  317  824'»™  (4  237  chevaux). 
Travail  de  rotation  (4  aubes) 
33138  X  (9,42  =  2%n)  X  4  =  1248639^»,84  (16  648  chevaux). 

Rendement  de  l'hélice  .^^.^    , — r-rr=  =20,2..  p.  0/0. 

iuu4o  -f-  4  237  '^ 

On  peut  remarquer,  par  le  détail  des  calculs,  que  le  rendement  parait 

iiiminuer  vers  le  plus  grand  rayon  ;  en  sorte  que,  en  cas  d'une  pareille 

aube,  on  peut  étudier  la  solution  d'un  rayon  moindre  que  le  plus  grand 

possible...  —  La  comparaison  de  ces  hélices  avec  les  autres  résultera 

des  calculs  qui  vont  suivre.  —  Pour  les  autres  dispositions  de  l'aube  à 

propulsion  maxima,  nous  nous  contenterons  de  donner  le  travail  de 

propulsion. 


—  122  — 

2*  La  même  hélice  avec  8  aubes  de  l  mètre  (flg.  8). 

(2  935  +  4  827)  X  8  X  8-  =  496  768»"»  (6  623  chevaux). 

3""  La  même  avec  10  aubes  (elle  peut  les  admettre,  la  formule  donne 
même  11..) 

(2  935  +  4  827)  X  80  =  620  960*«"  (8  279  chevaux). 

4*  16  aubes  de  O^^ZQ  de  hauteur,  avec  1  mètre  de  longueur  utile 
(flg.  9). 

0«2187l^Ml±ii2iO.^=2  104,..l 

42  2in»j:<8qw  5587X16X8  =  715136»»- 

0"«,2237  if^lLiil?M.  =  3  483,.. 

(9*535  chevaux). 
5*  4  6  aubes  de  0"*,46  de  hauteur,  avec  0,50  de  longueur  utile  (fig.  10). 

0-S2875  *2  210^4-18  9  33fc  ^  16  ><  g  =673  031^«-  (7  640  chev.). 

Ce  qui  précède  suffit  pour  indiquer  la  comparaison  entre  les  diverses 
dispositions  à  propulsion  maxima.  L'hélice  la  plus  paissante  aurait  une 
longueur  utile  entre  1  mètre  et  0",50,  voisine  de  1  mètre  probable- 
ment, avec  16  aubes  et  la  hauteur  correspondante  ;  elle  approcherait  de 
10  000  chevaux  propulseurs  théoriques.  —  On  voit  que  cette  hélice 
comporte  une  marge  considérable  en  plus  de  la  puissance  réalisée  par 
le  croiseur. 

On  reconnaît  que  cette  aube  aurait  une  action  légèrement  centripète 
comparativement  à  celle  de  rayons  géométriques.^Toutefois  cette  action 
étant  faible  et  de  sens  plutôt  favorable,  il  serait  probablement  sans 
intérêt  de  s'astreindre  ici  à  la  petite  complication  des  stries. 


—  «23  — 


Aube  ordinaire  à  pas  constant  ;  travail  et  rondement. 


YONS 

Lon- 

ftteurt 

des 

Sirfacei 
dea 

YitoiiM 

de 
propnl* 

Vitciiti 

de 

propal- 

sion 

«ormalti 

PreaaioDa 

normales 

à  l'aube 

par  m.  q. 

Preaaiona 

dans 

le  sens 

de 

Preiaions 

dans 

le  seu 

de 

Preitistt 
dans 

le  sens 
delà 

Prciiitii 

de 

roUtion 

multi* 

pliëes 

parle 

rayon 

moyea 

par 
trapèse 

< 

f 

tes 

< 

diree- 
tricea 

trapèxei 

BIOQ 

à  l'aube 

\ 

coim, 

la  marche 
parm.q. 

la  rotation 
parm.q. 

marche 

par 
trapèse 

1 

■1. 

■.q. 

ta. 

m. 

k. 

k. 

k. 

k. 

1«B. 

iO,50 

0,51 

1 
'1,00 

0,26 

196 

317 

65%lO 

0,55 

2,181 

5,193 

2  696,72 

1  132,56 

2  446,90 

0,29 

576 

1  187 

1,50 

1 

55-,14 

0,61 

0,3225 

4,02 

7,067 

4  994,25 

2  840,73 

4  107,46 

1931 

2  870 

1^.00 

1 

47o,13 

0,68 

0,36 

5,70 

8,410 

7  072,81 

4  793,45 

5  200,11 

2  053 

4  431 

|2,oO 
î 

40«,50 

0,76 

0,d025 

7,07 

9,360 

8  760,96 

6  616,98 

5  741,30 

2  977 

6  418 

'3.00 

350,46 

0,85 

8,14 

10,044 

10  090,00 

8  176,73 

5  911,73 

~ 

• 

7  033 

15  253 

Travail  propulseur  (4  aubes) 

7  033^  X  8-  X  4  =  228  086^«-  (3  000  chevaux). 

Travail  de  rotatiou  (4  aubes) 

15  253*w>  X  9,42  X  4  =  574  732^"  (7  660  chevaux). 

n     ,         ,  3  000  00       ^o  ..         ^.^ 
Rendement    .^  ^»^    =  28,14..  p.  0/0. 

Si  Ton  applique  ce  rendement  à  Thélice  du  croiseur  pris  pour  exemple, 
laquelle  développait  au  maximum  7  400  chevaux  moteurs,  on  trouve 

7  400  X  0,28  =  2  072  chevaux. 

Il  est  probable  que  le  travail  utile ,  c'est-à-dire  la  résistance  à  la 
translation  du  navire,  augmenté  de  toutes  les  pertes,  dépassait  peu 
2000  chevaux. 

On  voit  que  le  travail  propulseur  de  l'aube  à  pas  constant  n'est  pas 
les  3/4  de  celui  de  Taube  comparable  à  propulsion  maxima  ;  par  contre^ 


—  1  24  — 

le  rendement  est  meilleur. . .  C'est  le  but  à  atteindre  qui  réglera  le 
choix...  Mais  on  va  voir  que,  si  Ton  n*a  pas  besoin  de  toute  la  puissance 
possible,  Taube  à  vitesse  de  propulsion  égale,  ou  les  aubes  voisines, 
seraient  préférables. 


Aube  à  vitesse  de  propulsion  égale;  travail  et  rendement. 
Aube  théorique,  fig.  li,  ayant  2  mètres  de  longueur  utile. 


• 

O 

>• 
< 

B. 

1,00 
1,50 
3,00 
2,50 
3,00 

• 

Lon- 

ipieur 

des 

direc* 
triées. 

Sor- 

faees 

des 

trapèies 

Vitesse 
de 
pro- 
pulsion 

Vitesses 

de 
propttt> 
sion 
nor- 
males 

* 

a 
l'aube, 

y* 

Pressions 
normales 
à  l'aube 
par  m.  q. 

P.  =:ioo  X 

Vcof  «y 

Pressions 

dans 

le  sent 

delà 

marebe, 

par  m.  q. 

p..  COI. 

Pressions 

dans  le  sens 

delà 

rotation 
par  m.  q. 

p„  m. 

Prtiiîsii 
dans 

le  sens 
de  la 

maiehe, 
par 

trapèie. 

PrettiHi 
de 

rotation 
moi- 

tipliéei 
parle 
nyoQ 

moyen, 
par 

trapèie. 

cos  « 

6oo,10 
3Ô%31 
30»,04 
24%15 
20-,03 

0 

0,79 

1,00 

1,21 

1,43 

B*  q. 

0,1975 
0,4475 
0,5525 
0,6600 

B. 

2,181 

» 

5,193 
2,827 
2,520 
2.392 
2,321 

2  696,72 
799,19 
635,04 
572,17 
538,70 

k. 

1 132,57 

616,53 
549,59 
521,68 
506,05 

k. 

2  447,36 

508,53 
318,16 
235,00 
184,69 

k. 

172,72 
260,92 
295,94 
339,15 

826,72 
323,70 
343,82 
380.8": 

1 068,73 

1875,ld 

Travail  propulseur  1 068  X  8"  X  8'  =  68  399*««  (912  chevaux). 

Travail  de  rotation  1  875  X  9,42  X  8  =  141  SOg^'-'fl  884 chevaux). 

91200 
Rendement  g,^   ,   ^334  =  32,60  p.  0/0. 

On  remarque  que  le  rendement  est  surtout  compromis  par  la  partie 
de  Taube  la  plus  voisine  du  bras  ;  on  peut  corriger  la  forme  de  façon  à 
amoindrir  cet  effet.  Si  Ton  supprime  simplement  cette  partie  pour 
n'avoir  que  1",50  d'aube  utile,  il  vient  (fig.  12)  : 

Travail  propulseur  896^ 01  X  8  X  8  =  87  344*«- (764  chevaux). 

TravaU  de  rotation  ^048^39  X  9,42X8=79006*«-(1  083chev.). 

Rendement  764   1    ^  053  =  *2,0..  p.  0/0. 

Ce  rendement  parait  voisin  du  meilleur  que  l'on  puisse  atteindre  ; 
mais  cette  hélice  est  probablement  trop  faible  pour  le  navire  considéré. 


—  425  — 

Sans  chercher  à  augmenter  sa  force  en  étendant  sa  surface,  comme  la 
figure  (15)  en  oftre  un  exemple,  il  y  a  lieu  d'essayer  l'aube,  figure  (13), 
qui  part  d'une  section  de  propulsion  maxima  au  rayon  de  f  ",50. 

Yoici  les  résultats  relatifs  à  l'aube,  figure  (13).  Nous  calculerons  en 
prenant  à  l'origine  de  l'aube  utile,  c'est-à-dire  à  1",50,  toute  la  lon- 
gueur de  la  directrice  à  propulsion  maiima  comprise  entre  les  plans 
initial  et  final;  c'est  évidemment  ainsi  qu'il  convient  de  faire  en  pra- 
tique, sans  s*arrêter  à  la  forme  purement  théorique  que  nous  avons 
signalée  dans  le  cas  précédent. 


1 

z. 

en 
u 

ViUttei 
de 

Lon- 
gueurs 

SirriMt 

YiUiici 

de 
propul- 

Pressions 

normales 

à  l'aube 

Pressions 

dsns 

le  sens 

Pressions 

dans 

le  sens 

Frtiiisii 

dans 
le  sens 

Preiiitii 

de 

roution 

multi- 

0 

c 

propul  - 

des 

des 

normalof 

par  m.  q. 

de 

de 

delà 

pliées 

•< 

•ion 

diree- 

à  l'aube 

p^  =100  X 

la  marche 

la  rotation 

marche 

parte 
rayon 

< 

\ 

trice* 

trapèzes 

CM  • 

C'Y 

\co9  «y 

parm.  q. 

parm.q. 

par 
trapèsê 

moyen 
par 

trapète 

m. 

n. 

n.  q. 

n. 

k. 

k. 

k. 

k. 

kfB. 

1.30 

59«,45 

4,122 

0,58 

0,35 

8,182 

6  694,51 

3  372,49 

5  782,98 

977,55 

2  295,03 

3,00 

1 

37»,42 

» 

0,82 

0,46 

5,290 

3  798,41 

2  214,16 

1  711,31 

957,72 

l  462,45 

î,50 

29»,45 

.« 

1,02 

0,555 

4,740 

2  246,76 

1  950,63 

1 114,86 

1  059,77 

1  504,12 

300 

ou  on 

1  21 

4,531 

2  061  71 

1  868,86 

856,30 

« 

*•»•* 

♦  WJl,  1  fc 

2  995,04 

5  261,60 

Travail  propulseur  2  993  X  S^X  8«  =  491682*«",56(2355chevaux). 
Travail  de  rotaUon 5  261,6  X  9,42  X  8 = 396  5 12^«"  (S  286  chevaux). 

Rendement  2555-J-5  286  ~  ^^'^^  p.  0/0. 

On  remarque  que  le  seul  fait  de  construire  cette  aube  sur  l'angle 
maximum  à  {"'fSO,  au  lieu  de  cet  angle  à  1  mètre,  a  presque  triplé  Xh 
puissance.  Quant  au  rendement,  il  est  resté  le  même. 

Si  Ton  cherche,  comme  précédemment,  à  améliorer  le  rendement 
en  supprimant  la  première  section,  qui  est  la  moins  favorable,  il  vient  : 

Travail  propulseur  2017*,49  X  8  X  8=  129  il9*«",36  (1  721  chev.). 

TravaUderototion  2  966*,57  X  9,42  X  8=223  660*«-,71  (2  980  ch.). 

Rendement  j  7^1  ■  2  980  ~  ^^'^^  P"  ^1^' 

Mais  ce  procédé  de  retranchement  n'est  admissible  que  si  l'on  dis- 


—  12»  — 

pose  d'un  excès  de  force  suffisant;  dans  notre  exemple,  il  faudrait  pro- 
bablement conserver  2000  chevaux  propulseurs*  En  pratique,  on 
pourrait  employer  quelque  moyen  semblable  aux  suivants. 

i""  Essayer  une  nouvelle  aube,  de  rayon  inerte  compris  entre  1  mètre 
et  l^fSO,  dont  on  pourrait  retrancher  la  partie  comprise  entre  Torigine 
et  l'^ySO.  Cela  suppose  encore  que  Ton  dispose  d'un  certain  excès  de 
force. 

2®  Substituer  empiriquement,  à  Tangle  initial  de  59%45,  un  angle 
continuant  la  forme  des  angles  suivants  ;  par  exemple,  46''  au  rayon  de 
1",50.  Cela  donne  le  contourKSI,fig.  (14).  On  obtient  pour  cet  essai  : 


se; 
o 

< 

ce 


1,50 
2,00 
S  50 
3  00 


td 

e 
< 


46* 

87-,42 
29*,45 
24»,37 


Vitetiet 

Yilciiei 

de 

SiriscM 

nor- 

Direc- 

males 

propul- 

dei 

à  Taubi 

sion 

liieet 

Y 

trapèies 

\ 

P 

cas  m, 

n. 

m. 

nq. 

m. 

3,20 

0,70 

0,38 

4,606 

4,12 

0,82 

0,46 

5,S9 

M 

1,02 

0,655 

4,74 

W 

1,21 

4,53 

Pressions 

normales 

par  m.  q. 


k. 

2  121,52 
2  798,41 
2  246,76 
2  051,71 


PrasaioDs 

dans  le 

sens 

de 

marche 

par  m.  q. 


1  478,37 

2  214,16 
10  50,64 
1868,87 


Pressions 

dans  le 

sens 

de  la 

rotation 

par  m.  q. 


k. 

1  525,72 

1  711,31 

1  114,86 

856,31 


Preasions 
• 
mardie 

par 
trapèie 


k. 

700,53 

9^,72 

1  059,77 


2  718,02 


Pressions 

de 
rotation 
multi- 
pliées 

le  rayoD 

moyen 

par 

trapèze 


kf.. 

1 075,97 
1  462,15 
1  504,12 


40  42,54 


Travail  propulseur  2  74  8X8X8  =  173953^"  (2319  chevaux). 
Travail  de  rotation  4042  X  9,42  X  8  =  304646*«-  (4  062  chev.)- 

oQjqnn 

»«°**«'"^°*  2  319  +  4  062  =3^'^*  P-  ^/"- 

On  voit  que  ce  procédé  empirique  a  amélioré  le  rendement  presque 
autant  que  le  retranchement  précédent,  tout  en  coi^ervant  suffisam- 
ment le  travail  moteur. 

On  aurait  pu  également  continuer  le  co,ntour  KS  de  Taube,  fig.  (14), 
jusqu'en  0,  par  exemple  ;  Tangle  résultant  en  0  est  environ  51''.  On 
aurait  ainsi  une  aube  plus  forte,  mais  de  rendement  moindre. 

Si,  le  travail  propulseur  nécessaire  étant  exactement  donné,  on  con- 
tinuait le  tâtonnement  précédent  (et  llmportanoe  du  résultat  en  vaut 
la  peine),  en  diminuant  progressiveiMQt  les  angles  et  rognant  les  par- 


—  127  — 

ties  les  moins  favorables,  on  armerait  à  améliorer  encore  notablement 
le  rendement. 

On  pourrait,  comme  pour  Thélice  à  propulsion  maxima,  relier  par 
une  couronne  la  partie  interne  de  ces  aubes,  afin  de  n'avoir  que  4  bras 
au  plus  pour  les  8  aubes.  On  pourrait  peut-être  encore,  à  Taide  de  la 
couronne,  avoir  plus  de  8  aubes;  on  examinerait  alors  s'il  vaut  mieux, 
pour  améliorer  le  rendement,  adoucir  les  angles  ou  se  rapprocher  de 
l'aube,  figure  (12),...  Nous  n'entrerons  pas  plus  avant  dans  ces  détails, 
ce  que  nous  avons  dit  suffisant  pour  les  signaler  ;  en  général,  une  étude 
de  construction  devra  s'y  arrêter. 

Le  genre  de  tâtonnement  dont  nous  parlons  conduirait  vers  Taube  à 
propulsion  minima  et  à  rendement  maximum,  dont  il  a  été  question 
au  premier  chapitre.  Ce  serait  un  procédé  probablement,  plus  simple, 
en  général ,  que  l'emploi  de  formules  compliquées.  Onpeut  juger  que 
Faube  à  vitesse  de  propulsion  égale,  facile  à  calculer,  serait  une  bonne 
base  pour  ce  travail  parce  qu'elle  n'est  pas  éloignée  du  but. 

Pour  augmenter  la  force  d'une  aube  calculée,  on  procéderait  inver- 
sement. On  se  rapprocherait  ainsi  de  l'aube  à  pression  égale,  puisque 
les  calculs  précédents  font  voir  que  les  pressions  décroissent  un  peu 
inversement  au  rayon  dans  l'aube  à  vitesse  de  propulsion  égale.  Celle-ci 
serait  une  base  d'autant  meilleure  que  son  rendement  est  le  plus  grand. 

3*  Étendre  l'aube,  autant  qu'on  le  juge  possible,  vers  la  limite 
extrême  fixée  par  l'aube  suivante.  La  figure  (15)  en  offre  un  exemple. 

Le  rendement  des  diverses  zones  augmentant  un  peu  avec  le  rayon , 
le  mode  d'extension  de  l'aube  le  plus  logique  serait  par  zones  concen- 
triques atteignant  la  limite,  à  partir  de  Textrémité  du  rayon...  On  peut 
se  borner  à  étendre  l'aube  parallèlement  à  la  limite,  comme  le  repré- 
sente la  figure  (15). 

Pour  consolider  au  besoin  une  aube  ainsi  étendue,  on  pourrait  pro- 
longer l'aube  du  bras  sous  l'aube  utile  et  placer  entre  elles  des  arcs- 
boutants;  ou  bien,  déplacer  un  peu  le  bras  afin  qu'il  fût  symétrique  en 
projection  à  la  projection  de  l'aube...  Ce  dernier  genre  de  construction 
est  généralement  recommandable. 

Il  convient  de  remarquer  que  la  suppression  de  la  zone  de  moindre 
rendement  est  utile  pour  diminuer  l'efiet  centrifuge  que  les  stries  dont 
nous  avons  parlé  ont  pour  objet  d'annuler...  Toutes  ces  considérations, 
que  nous  ne  pouvons  qu'indiquer  ici,  devraient  être  pesées  ensemble 
dans  une  étude  pratique.  Nous  pensons  que  l'on  serait  généralement 


—  128  — 

conduit  vers  la  solution  d'aubes  courtes  sur  couronne,  adoucies  le  plus 
possible,  et  dont  Faction  centrifuge  ou  centripète  sera  parfois  assez 
faible  pour  dispenser  des  stries. 

Ce  qui  est  essentiel  pour  ces  calculs,  et  poar  toute  sorte  de  calcul 
sérieux,  c'est  de  connaître  suffisamment  la  résistance  propre  à  la  trans- 
lation du  navire.  C'est  vers  ce  point,  encore  mal  connu,  que  doivent 
tendre  les  recherches. 

Sans  conclure  rigoureusement  de  l'exemple  précédent  à  d'autres  cas, 
il  semble  permis  d'indiquer  qu'une  bonne  construction  rendra  pos- 
sible :  soit  d'accroître  de  33  pour  100  la  puissance  d'une  aube  à  pas 
constant  ordinaire,  si  Ton  cherche  la  plus  grande  force  ;  soit  d'obtenir 
un  rendement  de  33  pour  100  supérieur,  si  Ton  vise  à  l'économie. 
Avec  la  disposition  d'aubes  sur  couronne,  on  irait  jusqu'à  tripler  la 
puissance  comparativement  à  l'hélice  ordinaire. 


TABLE   DES   M  ATI  EUES 


PtÉAMBOLC 62 

Effel  centrifuge  de  l'hélice.  Génératrice 64 

Dlreclricce.  Nélbode  de  conslructfon 67 

Cbap.  I***.  —  Étude  de  TeETet  des  hélices  ordinaires  et  des  diverses  aubes  ayant  des 

directrices  à  pas  eonsiant 69 

I.  —  Force  propulsive,  vitesse  de  propulsion 70 

II.  —  Aube  à  propulsion  maiima. . . . , 7  4 

111.  —  Hélice  ordinaire  à  pas  constant 78 

Comparaison  des  hélices  à  pas  constant  et  ii  propulsion 

roaiima 80 

iV.  —  Aube  à  vitesse  de  propulsion  égale 81 

Comparaison  des  hélices  à  pas  constant  et  à  vitesse  de 

propulsion  égale 82 

y.  —  Aube  à  vitesse  de  propulsion  égale  en  tous  points,  norma- 
lement à  sa  surface 84 

VI.  —  Aube  à  pression  égale  dans  le  sens  de  la  marche  en  tout 

point  de  sa  surbee 86 

Yll.  —  Aube  à  rendement  égal  en  tous  ses  points 87 

VJIl.  —  Aube  à  propulsion  minima  et  à  rendement  maximum. . .  87 

IX.  —  Travail  moteur  d'une  hélice 88 

X.  —  Rendement 89 

XI.  —  Disposition  des  aubes 90 

1°  Arête  initiale 90 

2»  Bras 90 

Z^  Nombre  des  aubes 92 

4«  Couronnes 93 

6»  Poupes 94 

6®  Zones  de  raccord 94 

7<»  Zone  finale  flexible 95 

8*  Aube  striée 96 

Action  centrifuge  de  Thélice 96 

Recul 96 

Mise  en  marche 97 

Chap.  il.  —    Recherche  d*une  aube  ù  pas  variable 98 

1.  —  Recherche  de  Tordonnée  s 100 

II.  —  Variation  de  l'angli;  a 101 

III.  —  Détermination  de  l'angle  ^ 111 

IV.  —  Détermination  du  rayon , 113 

Conclusion  du  deuxième  chapitre 115 

Chap.  III.  ^  Calcul  d'un  exemple 115 


BULI. 


DISCOURS  PRONONCÉS 

AUX  OBSÈQUES  DE  M.  TRESCA 


Discours  de  H.  Maurice  LEVY. 

HINBHI  DK  L'acADÉHII 

Messieurs, 

On  dirait  presque  que  le  confrère  éminent  que  la  mort  vient  de  nous 
enlever,  avait  le  dédain  de  la  vie,  tant  il  prenait  peu  de  soin  de  la 
sienne,  tant  il  écoutait  peu  les  avertissements  de  la  maladie. 

L'âge  et  la  souffrance  n'ont  pu  fléchir  cette  nature  de  fer.  La  mort 
Ta  trouvé  debout  avec  la  fermeté  d'âme  antique  ;  ni  les  inquiétudes  de 
ses  enfants,  ni  les  conseils  affectueux  de  ses  amis  n'avaient  réussi  à 
calmer,  un  seul  instant,  son  ardeur  au  travail,  son  infatigable  activité. 

Membre  de  l'Académie  des  sciences,  membre  et  plusieurs  fois  prési- 
dent de  la  Société  des  Ingénieurs  civQs,  vice-président  de  la  Société 
d'encouragement,  membre  du  Conseil  supérieur  de  l'enseignement 
technique,  président  du  Conseil  de  perfectionnement  de  l'École 
centrale,  membre  du  conseil  du  Conservatoire  des  Arts  et  Métiers, 
président  de  la  Commission  des  poids  et  mesures,  secrétaire  de  la 
Section  française  de  la  commission  du  mètre,  vice-président  de 
la  Société  des  électriciens,  membre,  et  depuis  la  mort  de  Leverrier, 
président  de  la  commission  d'unification  de  l'heure,  il  était  partout 
présent  et  partout  actif,  préparé  à  toutes  les  questions,  toujours  prêt 
à  prendre  la  parole  en  public  ou  dans  les  commissions  ;  véritable  acca- 
pareur de  travail,  il  commençait  toujours  par  se  charger  de  la  part  la 
plus  lourde,  ne  trouvant  jamais,  quand  l'intérêt  de  la  science  ou  le  bien 


—  131  — 

public  était  en  cause  ^  aucune  tâche  iDgrate^  aucun  effort  au-dessus  de 
sa  volonté. 

Vendredi  dernier,  il  assistait  à  la  réunion  hebdomadaire  de  la  Société 
des  Ingénieurs  civils,  plein  de  vie,  remplissant  la  séance  de  cette 
parole  calme  et  persuasive,  toujours  écoutée,  que  TAcadémie  connaît 
si  bien. 

En  sortant  de  la  salle,  il  s^affaissa  pour  ne  plus  se  relever. 

Dimanche,  il  rendait  le  dernier  soupir,  sans  avoir  souffert,  sans  avoir 
repris  connaissance. 

S'il  avait  eu  à  choisir  sa  mort,  il  Teût  souhaitée  telle. 

Henri-Edouard  Tresca  est  né  àDunkerque  le  12  octobre  1814.  Il  fut 
reçu  à  l'Ecole  de  Saint-Cyr  en  1832;  mais  ses  goûts  et  ses  aptitudes 
poar  les  sciences  le  portaient  tout  naturellement  vers  l'École  poly- 
technique. 

n  y  fut  admis  en  1833,  après  avoir  remporté,  au  concours  général, 
le  premier  prix  de  physique  de  la  classe  de  mathématiques  spéciales. 
Il  sortit  de  l'École  dans  les  ponts  et  chaussées,  mais  il  n'y  resta  pas 
longtemps.  Nommé  élève  ingénieur  en  1838,  il  donna  sa  démission  en 
i84< ,  pour  exercer  la  profession  d'ingénieur  civil. 

11  commença  par  la  construction  de  deux  usines  pour  la  fabrica-^ 
tien  de  l'acide  stéarique  et  la  distillation  des  huiles  minérales,  trouvant, 
chemin  faisant,  un  moyen  nouveau  d'extraction  des  huiles  et  un  v^rin 
hydraulique  portatif  qu'il  proposait  d'appliquer  au  pesage  des  voitures 
sur  les  routes. 

11  cherchait  alors  sa  voie.  Mais  un  homme  de  sa  trempe  n'est  pas 
long  à  découvrir  le  fil  d'Ariane  qui  le  conduira  désormais  sûrement 
dans  le  labyrinthe  de  la  vie. 

11  le  trouva  à  l'Exposition  de  Londres  en  1850. 

C'était  la  première  exposition  universelle.  Tout  était  à  créer. 

M.  Tresca  fut  nommé  ingénieur  chargé  du  classement  des  produits 
français. 

Son  activité  et  ses  connaissances  étendues  appelèrent  bien  vite  l'at- 
tention sur  lui  et,  en  18S2,  U  entra  dans  ce  Conservatoire  des  Arts  et 
Métiers,  auquel  il  consacrera  le  meilleur  de  sa  vie,  auquel  son  nom, 
avec  celui  de  Charles  Dupin  et  du  général  Morin  restera  attaché. 

En  18S4,  il  succéda  au  général  Morin  dans  sa  chaire  de  mécanique, 
fut  nonusié  membre  du  jury  chargé  de  désigner  le  personnel  de  nos 
Écoles  d'arts  et  métiers  et  inspecteur  de  ces  Écoles. 


À 


—  132  — 

Cette  dernière  fonction,  il  en  fut  investi  à  un  moment  où  eUe  ne 
présentait  rien  d'enviable.  Le  choléra  sévissait  avec  violence  dans  le 
midi  de  la  France.  M.  Tresca  part  pour  inspecter  TÉcole  d'Aix. 

La  capitale  de  la  Provence,  d'habitude  si  animée  et  si  exubérante, 
était  plongée  dans  un  silence  morne  ;  les  rues  désertes  n'étaient  par- 
courues que  par  de  funèbres  convois.  M.  Tresca  fait  Tinspection  des 
services  de  TÉcole  et  prend,  de  concert  avec  le  directeur,  les  mesures 
sanitaires  exigées.  Sa  tâche  remplie,  il  se  rend  à  son  h6tel. 

Là  aussi,  la  table  d'hôte  était  vide.  M.  Tresca  y  était  seul. 

Un  convive  pourtant  devait  Ty  rejoindre  :  c'était  lun  des  professeurs 
de  TÉcole  qu'il  venait  d'inspecter;  mais  il  manqua  au  rendez- vous 
donné. 

Il  était  mort;  il  venait  de  succomber  à  une  attaque  foudroyante. 

A  cette  nouvelle,  sans  peser  la  responsabilité  qu'il  assumait, 
M.  Tresca  retourne  à  l'École  et,  de  sa  propre  autorité,  en  ordonne  le 
licenciement. 

Un  inspecteur,  en  France,  n'a,  et  avec  raison,  aucun  pouvoir  propre. 
Si  M.  Tresca  s'était  borné  à  proposer  le  licenciement  dans  un  rapport, 
il  était  certain,  ayant  agi  régulièrement,  d'obtenir  l'approbation  minis- 
térielle. 

Il  préféra  celle  de  sa  conscience.  Il  eut  les  deux. 

A  partir  de  1854,  le  nom  de  M.  Tresca  va  grandissant  et  sa  carrière 
s'élargissant  rapidement.  L'École  centrale  et  l'Institut  agronomique, 
à  l'exemple  du  Conservatoire,  vont  bientôt  lui  confier  leurs  cours  de 
mécanique  appliquée.  Ses  expériences  feront  loi,  non  seulement  en 
France,  mais  aussi  à  l'étranger.  Les  architectes  et  les  ingénieurs  en 
accepteront  les  résultats  et  iront  puiser  largement  dans  ses  procès- 
verbaux  d'expériences,  d'abord  simplement  manuscrits,  et,  plus  tard, 
publiés  en  grande  partie  dans  les  Annales  du  Conservatoire ^  une  de 
ses  créations. 

Mais  ce  qu'il  plaçait  au-dessus  de  tous  les  services  qu'il  rendait 
ainsi  à  l'industrie,  ce  qui  l'a  préoccupé  sans  cesse  dans  les  vingt  der- 
nières années  de  sa  vie,  ce  sont  ses  études  nombreuses,  variées,  théo- 
riques et  appliquées,  sur  ce  qu'avec  une  grande  audace,  mais  une 
parfaite  justesse,  il  a  appelé  V écoulement  des  solides. 

Ce  n'est  pas  le  lieu  ici  d'indiquer  en  détail  les  prodiges  d'habileté 
qu'il  a  accomplis  pour  découvrir  expérimentalement  les  lois  de  ces 
phénomènes.  Nous  dirons  seulement  qu'il  est  parvenu  à  pénétrer,  en 


—  133  — 

quelque  sorte,  à  Tintérieur  de  la  matière  ductile,  à  y  introduire  des 
nuées  d'éclaireurs  qui  lui  apportaient  un  compte  fidèle  des  modifica- 
tions profondes  qu'y  déterminaient  les  colossales  pressions  auxquelles 
il  la  soumettait. 

Les  résultats  qu'il  a  obtenus  démontrent  une  fois  de  plus  l'unité  des 
lois  physiques  et  sont  aussi  importants  à  ce  point  de  vue  que  par  leurs 
applications  industrielles. 

Personne  n'ignore  les  services  rendus,  par  lui,  dans  la  commission 
du  mètre  ;  mais  ce  que  ceux-là  seuls  qui  l'ont  suivi  peuvent  apprécier, 
c'est  le  talent,  la  persévérance,  le  dévouement  qu'il  y  a  montrés. 

C'est  lui  qui,  après  une  étude  approfondie  de  tous  les  côtés  de  la 
question,  a  proposé  la  forme  qui  a  été  définitivement  adoptée  par  la 
commission  internationale  pour  les  mètres-étalons  à  distribuer  à 
toutes  les  nations. 

Elle  procure,  à  poids  égal,  une  résistance  vingt-cinq  fois  plus  grande 
que  l'étalon  de  nos  archives,  ce  qui  fait,  ainsi  qu'il  aimait  à  le  dire, 
qu'on  pourra  se  donner  des  coups  de  bâton  avec  son  mètre  sans  l'al- 
térer. 

Il  semble  que,  chez  M.  Tresca,  l'acuité  d'esprit  et  l'aptitude  à  se 
mettre  au  courant  de  questions  nouvelles,  n'aient  fait  que  croître  avec 
l'âge. 

Il  en  a  donné  une  dernière  preuve  bien  frappante  lors  de  l'Exposi- 
tioQ  d'électricité  de  1880. 

Il  y  entra  novice  et  en  sortit  oracle. 

Parmi  les  physiciens  de  profession  et  de  grand  renom  qui  concou- 
rurent aux  essais  des  appareils  exposés,  quoique  non  préparé,  il  prit 
immédiatement  la  tête;  cela  est  si  vrai  que,  depuis,  il  ne  peut  plus 
être  question  d'expériences  à  entreprendre  sur  la  lumière  électrique, 
le  transport  de  la  force  par  l'électricité,  sans  que  son  nom  vienne  sur 
toutes  les  lèvres. 

A  l'avenir  il  n'en  sera  plus  parlé  sans  qu'un  soupir  s'échappe  de 
tous  les  cœurs,  et  les  électriciens  se  joindront  aux  mécaniciens  pour 
pleurer  sur  une  aussi  grande  perte. 

Les  humbles  et  les  débutants  de  la  science  la  pleureront  aussi.  Car 
ils  sont  nombreux,  ceux  à  qui  il  a  rendu  service.  Son  cabinet  du  Con- 
servatoire était  envahi  par  les  demandeurs,  même  après  qu'il  eut  cessé 
d'y  remplir  des  fonctions  administratives.  Tous  étaient  reçus  et,  pour 

peu  qu'ils  en  fussent  dignes,  servis. 


—  134  — 

Adieu»  cher  confrère  et  vénéré  maître.  Ta  yie  qui  n*est  qu'un  labeur 
ininterrompu,  un  effort  incessant  et  désintéressé  vers  le  bien^  sera  un 
grand  exemple  pour  tous. 

Ton  nom  honoré  reste  représenté,  parmi  nous,  par  tes  trois  fils 
dignes  tous  les  trois  de  le  porter.  Deux  d'entre  eux  t'ont  secondé  avec 
un  dévouement  sans  bornes  et  sont,  sur  bien  des  points,  les  héritiers 
de  ton  œuvre  qu'Us  connaissent  dans  ses  moindres  détails;  le  troi- 
sième, sorti  avec  éclat  de  l'École  polytechnique,  est  aujourd'hui  ingé- 
nieur en  chef  des  ponts  et  chaussées. 

Tu  laisseras  un  grand  vide,  non  seulement  à  l'Académie  des  sciences, 
mais  partout  où  tu  as  passé. 

Nous  qui  t'avons  suivi  dans  ta  superbe  carrière,  dans  ta  prodigieuse 
activité,  nous  le  savons. 

Tous  l'apprendront. 

Adieu. 


Discours    de    H.  le  colonel  LAUSSEDAT 

DI&BCTBOt  M  CONSBRTâTOIll  NATIONAL  9BS  ARTS  XT  atTISM 


MSSSIEDBS, 

Tous  ceux  qui  ont  eu  l'honneur  de  connaître  l'éminent  collègue  que 
nous  accompagnons  au  bord  de  cette  tombe  savent  que  jamais  exis- 
tence n'a  été  plus  laborieuse  ni  mieux  remplie  que  la  sienne. 

Tresca  est  mort  et  devait  mourir  sur  la  brèche.  Nul,  en  effet,  ne  se 
préoccupait  moins  que  lui  de  l'état  de  sa  santé,  nul  n'a  bravé  plus 
stoïquement  la  douleur  et  jusqu'à  la  mort  qui,  depuis  plus  de  deux 
ans,  le  menaçait.  C'est  avec  un  sentiment  de  fierté  mêlé  de  tristesse  que 
nous  rendons  cet  hommage  à  sa  mémoire,  dans  un  temps  où  l'on  est 
disposé  à'  admettre  que  les  générations  actuelles  sont  moins  énergiques 
que  celles  qui  les  ont  précédées.  Quel  éloquent  démenti  à  cette  insi- 
nuation, venue  du  dehors,  que  la  vie  de  ce  travailleur  infatigable,  de 
cet  esprit  si  ouvert  pourtant,  si  accessible  à  toutes  les  manifestations 
de  rintelligence,  qui  ne  trouvait  ou  plutôt  ne  cherchait  systématique- 


—  185  — 

meDt  de  distraction  que  dans  les  séances  de  rAcadémie  et  des  nom- 
breuses associations  scientifiques  dont  il  était  presque  toujours  le 
membre  le  plus  assidu  et  le  plus  actif. 

Quel  plus  fortifiant  exemple  à  offrir  à  toute  cette  jeunesse  qui  nous 
écoute  et  à  laquelle  nous  n'hésitons  pas  à  dire  que  nous  comptons  sur 
elle  dans  Tavenir,  dans  un  avenir  prochain  peut-être. 

TfiiscA  (Henri-Edouard),  né  à  Dunkerque,  le  12  octobre  181 4,  appar- 
tenait à  une  famille  distinguée,  je  devrais  dire  à  une  famille  illustre; 
car  elle  comptait  Jean-Bart  au  nombre  de  ses  ancêtres. 

Après  avoir  fait  de  brillantes  études  littéraires  et  scientifiques  au 
collège  Louis-le-Grand,  il  entrait  en  1833  à  TÉcole  polytechnique,  d'où 
il  sortait  en  1835  dans  les  ponts  et  chaussées. 

Ses  condisciples  à  Louis-le-Grand,  ses  camarades  à  l'École  poly- 
technique, et  il  en  est  un  que  je  ne  veux  pas  oublier  de  nommer, 
l'illustre  artiste  Gustave  Froment  qui  était  son  meilleur  ami  et  qui  fut 
lui-même  un  prodige,  qualifiaient  de  merveilleuse  la  facilité  avec 
laquelle  Tresca  s'assimilait  tout  ce  qu'on  leur  enseignait. 

Celui-ci  eut  une  occasion  de  donner  une  preuve  bien  frappante  de 
cette  facilité  qui  allait  jusqu'à  l'intuition.  L'École  ayant  été  licenciée 
en  1834,  à  la  suite  de  troubles  politiques,  les  professeurs  et  les  élèves 
se  concertèrent  pour  que  les  cours  ne  fussent  pas  interrompus,  et 
Thénard,  qui  avait  distingué  Tresca,  le  chargea  de  réorganiser  au 
dehors,  le  cours  de  chimie,  le  prit  pour  préparateur  et,  au  besoin,  pour 
suppléant.  On  m'a  assuré  que  Tresca  alla  jusqu'à  faire  des  leçons  à 
ses  camarades. 

A  la  sortie  de  l'École  des  ponts  et  chaussées,  une  longue  maladie  le 
détermina  à  renoncer  à  une  carrière  dans  laquelle  il  eût,  on  ne  pour- 
rait en  douter,  rendu  les  plus  grands  services  ;  un  peu  plus  tard,  il  se 
fit  ingénieur  civil  et  s'occupa  de  travaux  industriels. 

Il  avait  été  nommé,  en  1851,  par  le  Gouvernement  français,  inspec- 
teur prmcipal  de  l'exposition  universelle  de  Londres.  C'est  dans  cette 
situation  qu'il  fit  la  connaissance  du  colonel,  depuis  général  Morin, 
professeur  de  mécanique  appliquée  au  Conservatoire  des  Arts  et  Métiers 
et  directeur  de  l'établissement.  Après  avoir  échangé,  dans  la  halle  des 
machines  en  mouvement  qu'ils  visitaient  ensemble,  quelques  idées 
sur  l'ntihté  qu'offrirait  à  Paris  une  installation  permanente  analogue, 
pratiquée  toutefois  sur  une  moindre  échelle,  le  colonel  Morin  frappé 


—  136  — 

du  grand  sens  et  de  la  sagacité  de  son  interlocuteur,  lui  offrait,  séance 
tenante,  Temploi  d'ingénieur  au  Conservatoire.  Cet  emploi,  à  la  vérité, 
n'existait  pas,  mais  le  colonel  savait  qu'il  en  obtiendrait  aisément  la 
création.  Il  s'agissait,  effectivement,  de  réaliser  une  de  ses  plus  heu- 
reuses conceptions,  un  projet  de  laboratoire  de  mécanique  industrielle, 
qu*il  avait  formé  longtemps  avant  l'exposition  de  Londres  et  qui  avait 
môme  reçu  un  commencement  d'exécution,  dès  1843.  Il  lui  avait  seu- 
lement manqué  jusque-là  un  auxiliaire  capable  et  convaincu  et  il  venait 
de  le  trouver. 

Dans  tout  ce  que  j'ai  à  dire  des  améliorations  introduites  au  Conser- 
vatoire, à  partir  de  1852,  je  ne  saurais  séparer  le  nom  du  général 
Morin  de  celui  de  son  collaborateur  dévoué,  qu'en  toutes  circonstances 
il  se  plaisait  à  appeler  son  ami,  son  bras  droit. 

Le  public  nombreux  qui  visite  la  nef  de  la  merveilleuse  église  de 
Saint-Martin-des-Champs,  dans  laquelle  sont  installées  les  machines 
en  mouvement,  n'y  voit  tout  d'abord  qu'un  spectacle  fait  pour  éveiller 
sa  curiosité.  Il  ignore  généralement,  mais  ni  les  savants,  ni  les  cons- 
tructeurs n'ignorent  que  c'est  dans  ce  laboratoire  de  mécanique 
qu'ont  été  entreprises  et  menées  à  bonne  fin  des  expériences  fonda- 
mentales et  exécutés  de$  essais  innombrables  de  machines  et  d'appareils 
dont  il  s'agissait  de  reconnaître,  d'apprécier,  de  mesurer  le  degré  de 
puissance  et  d'utilité  pratique. 

Les  recherches  personnelles  de  M.  Tresca  sur  le  poinçonnage  et  le 
rabotage  des  métaux  qui  devaient  le  conduire  à  formuler  les  lois  de 
l'écoulement  des  solides  et  celles  de  la  déformation  des  corps,  en 
général,  bien  qu'elles  aient  été  exécutées  au  Conservatoire  des  Arts  et 
Métiers^  avec  les  ressources  dont  cet  établissement  seul  disposait  alors, 
seront  appréciées  avec  une  plus  grande  autorité  que  la  mienne.  Il  en 
sera  de  même  des  expériences  entreprises  en  commun  avec  M.  Ch. 
Laboulaye  pour  la  détermination  de  l'équivalent  mécanique  de  la  cha- 
leur ainsi  que  les  autres  expériences  de  physique  et  de  mécanique  qui 
ont  attiré  l'attention  du  monde  savant  et  ouvert  à  notre  collègue  les 
portes  de  l'Institut.  Ma  tâche  est  d'ailleurs  encore  bien  vaste  et  je 
crains  déjà  de  ne  pas  la  remplir  comme  je  le  désirerais;  je  me  bornerai 
donc  à  rénumération  nécessairement  succijicte  des  services  rendus  à 
l'industrie  dans  le  laboratoire  de  mécanique.  Si  Ton  se  reporte  à 
trente-cinq  ans  en  arrière  et  si  l'on  se  représente  les  efforts  incessants 
tentés  depuis  cette  époque  jusqu'à  ce  jour,  pour  créer  ou  perfectionner 


—  137  — 

les  machines  et  les  appareils  de  toute  nature  proposés  à  la  grande 
comme  à  la  petite  industrie,  on  comprendra,  je  devrais  dire,  on  devi- 
nera le  rôle  considérable  de  ce  laboratoire. 

11  importait,  parmi  tant  d'inventions,  de  reconnaître  celles  qui  pou- 
vaient  devenir  fécondes,  produire  des  résultats  vraiment  économiques, 
augmenter  les  ressources  des  fabriques,  sans  compromettre  les  capi- 
taux engagés,  sans  gaspiller  les  forces  que  Ton  employait,  qu'il  s*aglt 
de  forces  naturelles  ou  des  matériaux,  combustibles  ou  autres,  qui 
servaient  à  leur  donner  naissance. 

Les  expériences  instituées  au  Conservatoire,  à  l'aide  dlnstruments 
dus,  pour  la  plupart,  à  nos  grands  ingénieurs  français  et  au  général 
Morin  en  particulier,  et  exécutées  avec  une  habileté  et  une  conscience 
à  Tabri  de  toute  critique  et  de  tout  soupçon,  ont  joué,  je  le  répète,  un 
rôle  considérable  dans  le  triage  qu'il  fallait  faire  entre  les  machines 
récemment  inventées  et  dans  le  classement  même  de  celles  que  Ton 
employait  déjà  depuis  un  certain  temps. 

Aucune,  en  effet,  n'échappait  à  ces  épreuves,  à  ce  contrôle  délicat,  et, 
quand  les  chiffres  qui  servaient  à  traduire  les  résultats  des  expériences 
étaient  publiés,  personne  n'en  a  jamais  contesté  Texactitude.  La  ma- 
chine ou  Tappareil  soumis  à  ce  critérium  était  jugé. 

Le  portefeuille  industriel  du  Conservatoire  qui  est,  sans  aucun  doute, 
le  recueil  le  plus  précieux  dans  son  genre,  contient  les  dessins  de  la 
plupart  des  machines  expérimentées. 

Les  procès-verbaux  des  expériences  sont  également  accompagnés 
de  dessins  exacts,  et,  à  partir  de  1860,  date  de  la  création  des  annales 
du  Conservatoire  dont  M.  Tresca  fut  un  des  fondateurs  et  le  principal 
rédacteur,  ces  procès-verbaux  furent  publiés  par  leur  laborieux  auteur 
dans  plus  de  quatre-vingts  articles  sur  la  mécanique  appliquée. 

Pour  compléter  ces  indications  bien  sommaires,  j'ajouterai  que  le 
directeur  et  H.  Tresca,  qui  lui  avait  succédé  dans  la  chaire  de  méca- 
nique et  avait  reçu  le  titre  de  sous-directeur,  avaient  encore  installé 
tous  les  appareils  nécessaires  pour  les  essais  relatifs  à  la  résistance  des 
matériaux. 

Les  administrations  de  l'État,  les  administrations  locales,  les  archi- 
tectes, les  propriétaires  de  carrières,  les  industriels,  en  général,  connais- 
sent bien  cette  organisation  du  service  des  expériences  et  y  font  un  appel 
incessant. 

Je  ne  crois  pas  avoir  besoin  de  dire  que  l'administration  actuelle 


—  138  — 

s'efiorce  de  répondre  à  toutes  ces  demandes  et  qu'elle  continue  la  tra- 
dition dont  elle  a  Théritage,  en  suivant  attentivement  tous  les  progrès 
des  arts  mécaniques.  En  ce  moment  même,  elle  fait  construire  un  labo- 
ratoire d'électricité  qui  peut  être  considéré  comme  le  complément  indis- 
pensable du  laboratoire  de  mécanique. 

On  me  permettra  sans  doute  de  rappeler  ici  que  l'outillage  du  Conser- 
vatoire fut  utilisé  pendant  le  siège  de  Paris  par  Tresca  et  par  ses  collè- 
gues du  génie  civil,  pour  les  essais  de  bronze  employé  à  la  fabrication 
des  canons  de  la  défense  et  pour  la  vérification  du  matériel  de  guerre. 
Pendant  cette  période  douloureuse,  Tresca  se  montra  ce  qu'il  a  tou- 
jours été,  plein  d'activité  et  de  ressources,  et  tous  ses  collabor.iteurs 
témoigneraient,  comme  moi,  de  l'ardeur  patriotique  qui  l'animait  et 
qui  doublait  ses  forces. 

Je  ne  veux  pas  entrer  ici  dans  tous  les  détails  relatifs  au  développe- 
ment des  différents  services  du  Conservatoire,  à  l'accroissement  des 
bâtiments  et  des  collections  provoqué  par  l'administration  à  laquelle  a 
appartenu  M.  Tresca  ;  je  me  bornerai  à  dire,  et  cela  suffira  pour 
donner  une  idée  de  l'activité  déployée  par  le  directeur  et  le  sous-direc- 
teur, que,  dans  une  période  de  quinze  ans,  de  1853  à  1869,  la  valeur 
totale  des  objets  composant  les  collections  avait  plus  que  doublé  et 
qu'il  en  avait  été  de  même  de  l'étendue  des  galeries  ouvertes  au 
public. 

Je  ne  saurais  omettre  de  signaler  encore,  parmi  les  travaux  accomplis 
au  Conservatoire  par  M.  Tresca,  les  comparaisons  délicates  qu'il  entre- 
prit avec  la  collaboration  de  Silbermann,  des  étalons  prototypes  des 
poids  et  mesures  des  archives  et  du  Conservatoire. 

Il  préludait  ainsi  à  l'organisation  d'un  service  très  important  de 
vérification  confié  à  l'un  de  ses  fils,  qui  a  été  et  qui  est  encore  d'ane 
grande  utilité ,  tant  pour  les  besoins  de  l'administration  française  que 
dans  nos  relations  avec  les  pays  étrangers,  au  point  de  vue  de  l'exten- 
sion du  système  métrique  décimal.  C'est  à  ces  travaux,  en  quelque 
sorte  préparatoires,  qu'il  faut  également  rattacher  la  participation  con- 
sidérable du  Conservatoire  et  celle  de  M.  Tresca  lui-même  à  l'œuvre 
non  encore  terminée,  mais  très  avancée  de  la  conmiission  internatio- 
nale du  mètre. 

Dans  les  moments  de  liberté  assez  rares  que  lui  laissaient  son  ensei- 
gnement et  ses  expériences,  M.  Tresca  trouvait  le  temps  de  visiter  les 
usines  les  plus  intéressantes,  en  France  et  même  à  l'étranger^  et  il  s*y 


—  139  — 

créait  de  précieuses  relations  dont  bénéficiait  le  Conservatoire.  II  sui- 
vait ayec  non  moins  d'intérêt  les  progrès  de  nos  écoles  d'arts  et  métiers 
et  de  DOS  autres  écoles  industrielles.  A  Tépocpie  de  Tannexion  de  la 
Sayoie,  il  fut  même  chargé  de  la  réorganisation  de  l'école  d'horlogerie 
de  Cluses.  Aussi  les  avis  qu'il  émettait  devant  le  conseil  supérieur  de 
renseignement  technique,  dont  il  a  fait  partie  pendant  de  longues 
années,  étaient-ils  écoutés  avec  la  plus  grande  attention.  Tout  récem- 
ment encore,  et  malgré  l'état  de  sa  santé  fortement  ébranlée,  il  présen- 
tait à  ce  conseil  qui  s'occupe  d'organiser  sérieusement  renseignement 
industriel  et  les  études  commerciales,  un  rapport  étendu  et  lumineux 
dont  les  conclusions  seront  sans  doute  adoptées  dans  leur  en- 
semble. 

J'ai  essayé.  Messieurs,  de  retracer,  bien  imparfaitement  sans  doute, 
mais  avec  un  vif  désir  de  la  faire  apprécier  comme  elle  le  mérite,  la 
carrière  de  Tresca,  professeur  et  sous-directeur  du  Conservatoire  des 
Arts  et  Métiers.  L'activité  de  cet  homme  remarquable  ne  s'est  pas 
arrêtée  au  seuil  de  notre  grand  établissement,  mais  il  appartient  à 
d'autres  orateurs  de  la  suivre  au  dehors  et  de  vous  dire  ce  qu'ils  savent 
mieux  que  moi.  J'ai  cependant  encore  à  m'acquitter  de  deux  missions 
qui  m'ont  été  confiées  par  M.  le  Directeur  de  l'Institut  agronomique  et 
par  M.  le  Président  de  la  Société  internationale  des  électriciens. 

A  propos  de  l'Institut  agronomique,  je  rappellerai  que  M.  Tresca  a 
contribué,  toujours  avec  le  général  Morin,  à  installer  provisoirement 
cette  école  créée  en  1848,  délaissée  sous  l'empire  et  réorganisée  en 
i876,  dans  les  bâtiments  du  Conservatoire  des  Arts  et  Métiers. 

C'était  un  grand  service  rendu  à  la  direction  de  l'agriculture  qui  est 
devenue  aujourd'hui  un  ministère,  et  un  service  d'autant  plus  méritoire 
que  le  Conservatoire  lui-même  était  déjà  bien  à  l'étroit.  M.  Tresca  fut 
nommé  professeur  de  mécanique  à  l'Institut  et  il  a  occupé  cette  chaire, 
comme  il  occupait  celle  du  Conservatoire  et  celle  de  l'École  centrale, 
avec  une  rare  distinction  et,  le  dirai-je,  avec  l'énergie  qu'il  dépensait 
partout  à  la  fois,  jusqu'à  l'épuisement  de  ses  forces. 

En  ce  qui  concerne  la  Société  internationale  des  électriciens,  je  me 
bornerai  à  dire  que  son  sympathique  président,  M.  Georges  Berger, 
m'a  écrit  la  lettre  la  plus  émue  en  me  priant  simplement  de  rappeler 
sur  cette  tombe  que  Tresca  était  membre  fondateur  et  zélé  vice-prési- 
dent de  cette  Société  dont  il  avait  pressenti  la  très  grande  importance 
scientifique  et  industrielle. 


—     140  — 

J'aurais  terminé,  Messieurs,  s'il  ne  me  restait  un  dernier  devoir  de 
cœur  et  de  conscience  à  remplir. 

M.  Tn^sca  avait  une  famille  nombreuse  et  excellente  au  milieu  de 
laquelle  il  se  reposait  de  ses  travaux  et  qui  lui  prodiguait  des  soins  qui 
Tout  préservé ,  à  coup  sûr ,  pendant  longtemps  [du  danger  auquel 
l'exposait  son  imprudente  confiance  dans  la  force  de  sa  constitution.  Je 
ne  me  permettrai  pas  de  louer  autrement  les  femmes  de  cette  famille 
si  dignes  de  notre  respectueuse  sympathie,  mais  je  peux  du  moins 
parler  des  hommes  pour  lesquels  je  professe  autant  d'estime  que  d'af- 
fection. 

Toutes  les  personnes  qui  ont  fréquenté  le  Conservatoire  savent  avec 
quel  dévouement  deux  des  fils  de  M.  Tresca,  Alfred  et  Gustave,  Tont 
assisté  dans  ses  travaux.  Il  a  fait  d'eux  d'habiles  expérimentateurs  et 
je  suis  heureux  de  saisir  cette  occasion,  si  douloureuse  qu'eUe  soit,  de 
rendre  publiquement  justice  à  leur  mérite  dont  le  Conservatoire  a  déjà 
tiré  un  grand  profit. 

J'ai  eu,  directement  ou  indirectement,  sous  mes  ordres,  le  troisième 
fils  et  le  gendre  de  M.  Tresca,  et  je  me  plais  à  reconnaître  que,  chez  eux 
comme  chez  les  deux  autres,  j'ai  retrouvé  ces  grandes  qualités,  une 
intelligence  sûre  associée  à  un  dévouement  sans  bornes. 

N'y  a-t-il  pas  là  une  tradition  digne  d'être  signalée  en  ce  moment 
et  n'est-ce  pas  encore  faire  l'éloge  du  père  qui  a  su  inspirer  à  tous  les 
siens  cet  ardent  amour  du  travail  qui  le  caractérisait  à  un  si  haut 
degré,  qui  a  fait  sa  force,  et,  en  fin  de  compte,  sa  gloire  ! 

Car,  Messieurs,  c'est  une  personnalité  considérable  que  nous  voyons 
disparaître,  dont  nous  avons  le  droit  d'être  fiers  et  que  nous  ne  saurions 
trop  regretter. 

Adieu,  Tresca,  adieu  mon  cher  et  honoré  collègue. 


Discours  de  H.  A.  CAUYET 

DIRCCTBDE   DI  L'ÉCOLK  CSHTlALC. 

_  f 

J'ai  la  triste  et  douloureuse  mission  d'adresser,  au  nom  de  rEcole 
centrale  des  Arts  et  Manufactures,  une  parole  d'adieu  à  son  éminent 
Professeur  et  au  Président  vénéré  de  son  Conseil.  Nous  aimions  tous. 


—  141  — 

et  bien  profondément,  ce  savant  infatigable,  cet  ingénieur  si  distingué, 
ce  cœur  bon  et  généreux,  cet  homme  droit,  aimable  et  désintéressé. 
Nous  étions  heureux  d*avoir  au  milieu  de  nous  ce  haut  représentant 
de  la  science  française,  aussi  renommé  dans  sa  patrie  que  dans  les 
pays  étrangers.  Son  nom  suffisait  à  donner  de  Téclat  à  notre  ensei- 
gnement. Sa  parole  nette,  franche  et  persuasive  éclairait  nos  délibéra- 
tions. 

Au  début  de  sa  carrière  d'ingénieur,  il  pressentit  bien  vite  qu'étant 
sons  Tempire  de  son  esprit  étendu  et  investigateur,  il  aurait  de  la  peine 
à  se  maintenir  dans  les  limites  imposées  à  des  fonctions  brillantes  et 
honorées,  mais  quelquefois  resserrées  par  les  liens  nécessaires  d'une 
administration  publique.  Il  fut  attiré  par  les  horizons  lointains  de  la 
haute  science  et  de  ses  applications  :  il  voulut  rester  libre  et  s'appar- 
tenir. En  1837,  à  peine  âgé  de  23  ans,  il  avait  déjà  quitté  le  service 
des  ponts  et  chaussées,  où  l'avaient  appelé  ses  brillants  succès  à  l'École 
polytechnique,  et  débutait  dans  l'industrie  en  construisant  une  usine 
destinée  à  la  fabrication  de  l'acide  stéarique. 

Jusqu'en  1852,  il  se  livra  à  divers  autres  travaux  industriels,  tous 
importants  par  leur  nouveauté  et  donnant  la  mesure  d'un  esprit  ardent 
et  entraîné  par  l'amour  du  progrès. 

Au  conmiencement  de  cette  même  année,  un  événement  décisif 
imprima  à  la  carrière  de  M.  Tresca  une  nouvelle  direction  :  il  fut 
appelé  au  Conservatoire  des  Arts  et  Métiers  où  il  se  consacra  plus  spé- 
cialement à  l'enseignement  et  aux  travaux  de  mécanique  appliquée.  — 
Cet  enseignement  présentait  alors  de  grandes  difficultés .  Plus  que 
tout  autre,  il  procède  par  démonstrations  rigoureusement  scientifiques, 
ayant  leur  origine  dans  les'  faits  de  l'expérience  et  de  la  pratique.  Or, 
à  cette  époque,  les  résultats  de  l'expérience  n'offraient  pas  encore  aux 
jeunes  savants  les  richesses  dont  ils  peuvent  disposer  aujourd'hui. 
M.  Tresca  ne  sépara  jamais  ces  deux  éléments^  théorie  et  pratique,  si 
nécessaires  l'un  à  l'autre.  Au  moyen  d'un  vaste  laboratoire  de  méca- 
nique, qui  était  sa  création,  les  propriétés  des  matériaux,  le  mode  de 
fonctionnement  des  machines  et  leur  rendement,  livrèrent  au  Génie 
civil  leurs  secrets  les  plus  profonds  et  les  plus  variés. 

Une  parole  plus  autorisée  vient  de  mettre  en  lumière  la  part  si 
féconde  que  prit  M.  Tresca  dans  les  travaux  et  Padministration  du 
Conservatoire  des  Arts  et  Métiers.  Le  renom  qu'il  y  acquit  rapidement 
le  fit  rechercher  partout  en  France  et  même  à  l'étranger,  là  où  il  y 


—  142  — 

avait  une  iostitutioDy  une  société  ou  un  enseignement  s'occupant  des 
choses  de  la  technologie.  En  1854,  l'École  centrale  s'empressa  de  lui 
ouvrir  ses  portes,  en  l'appelant  à  siéger  dans  le  jury  d'admission.  Ces 
fonctions  d'examinateur  à  l'entrée  ne  prirent  fin  (pi'en  186S,  alors 
qu'il  fut  nommé  professeur  du  cours  de  mécanique  appliquée  de 
deuxième  année,  succédant  dans  cette  chaire  à  notre  illustre  mattre 
Bélanger.  Cette  nomination  eut  pour  conséquence  de  le  porter  au 
conseil  de  l'École.  En  même  temps,  il  fut  désigné  comme  Président  du 
jury  d'admission. 

Du  jour  où  M.  Tresca  siégea  dans  les  conseils  de  l'École,  il  prit  une 
part  des  plus  importantes  dans  toutes  les  discussions  où  s'agitaient  ses 
grands  intérêts.  En  1874,  une  commission  ministérielle  fut  formée  en 
vue  d'étudier  les  dispositions  à  prendre  pour  l'installation  future  et 
définitive  de  l'École.  M.  Tresca  en  fit  partie.  Cette  étude  n'était  pas  une 
nouveauté  pour  cet  esprit  investigateur  et  toujours  dévoué  au  bien 
public,  fiien  avant  cette  date,  nous  avions  agité  ensemble  cette  ques* 
tien  dans  nos  entretiens  particuliers,  même  jusqu'au  sein  du  Conseil, 
et  ces  discussions  avaient  conduit  à  formuler  par  avance  ce  qui  est 
devenu  aujourd'hui  une  réalité. 

En  1875,  M.  Philipps,  ayant  sa  santé  altérée  et  ayant  dû  abandon- 
ner la  chaire  d'hydraulique  de  3*  année,  M.  Tresca  laissa  son  cours  de 
2*  année  pour  succéder  à  son  éminent  collègue  de  l'Institut . 

Depuis  son  entrée  au  Conservatoire  des  Arts  et  Métiers,  c'est-à-dire 
depuis  i882,  M.  Tresca,  chercheur  infatigable  du  vrai,  doué  d'une 
activité  et  d'une  puissance  de  travail  extraordinaires,  menait  de  front 
des  publications  d'ouvrages,  les  travaux  du  savant,  ceux  du  professeur 
et  de  l'ingénieur.  Ses  découvertes,  ses  ouvrages,  ses  travaux  scienti- 
fiques lui  méritèrent  un  fauteuil  à  l'Académie  des  sciences. 

L'armée,  la  défense  nationale,  l'agriculture,  l'industrie,  le  commerce, 
les  travaux  publics,  l'instniction  publique,  les  jurys  des  expositions 
universelles  n'avaient  pas  réclamé  en  vain  le  concours  du  savant,  du 
professeur  et  de  l'ingénieur.  Les  écoles,  les  sociétés  scientifiques  et 
industrielles,  s'honoraient  de  l'appeler  dans  leur  sein  et  n'avaient  pas 
de  membre  plus  actif  et  plus  fécond.  Il  était  partout,  toujours  à  la  hau- 
teur de  sa  tâche  et  jouissant  partout  d'une  autorité  incontestée.  Ses 
œuvres  sont  immenses  et  il  est  difficile  de  le  suivre  dans  le  vaste  en- 
semble de  ses  occupations  si  nombreuses  et  si  variées.  Rien  n'a  man- 
qué à  cet  aimable  et  vaillant  caractère.  C'est  ainsi  qu'en  1870  les  élans 


—  143  — 

de  son  ardent  patriotisme  iospirèrent  ses  prodigieux  travaux  pour 
rartilierie  de  la  défense  de  Paris,  et,  un  peu  plus  tard,  sa  courageuse 
résistance,  si  grosse  de  périls,  aux  injonctions  persistantes  de  la  Com- 
mune. 

Dans  ces  derniers  temps,  deux  études  semblaient  surtout  Fintéresser. 
Il  s'était  attaché  plus  particulièrement,  d'abord  au  problème  du  trans- 
port  de  la  force  à  distance  au  moyen  de  Télectricité,  secondement,  à 
l'oi^anisation  et  au  développement  de  l'enseignement  technique.  Son 
rapport  sur  cet  enseignement,  publié  dernièrement  par  les  soins  du 
Ministère  du  commerce,  est  une  œuvre  considérable  où  on  trouvera 
certainement  les  principaux  éléments  de  son  organisation  déGnitive. 

Pendant  que  M.  Tresca  était  arrivé  ainsi  à  l'apogée  de  sa  gloire,  un 
grand  deuil  nous  affligeait  profondément.  Le  plus  éminent  des  fonda- 
teurs de  rÉcole,  l'illustre  Dumas,  avait  été  enlevé  à  notre  aJSection  le 
11  avril  1884.  Il  n'avait  pas  cessé  d'occuper  la  présidence  du  Conseil 
depuis  plus  de  cinquante  ans.  Un  sentiment  intime^  et  on  peut  dire 
unanime  parmi  ses  collègues,  indiquait  le  nom  de  M.  Tresca  comme 
devant  succéder  au  grand  nom  de  Dumas.  La  situation  était  critique 
et  difficile.  Quelques  mois  à  peine  nous  séparaient  de  notre  installa- 
tion définitive  dans  les  nouveaux  bâtiments  de  l'Ëcole.  La  rentrée  des 
élèves,  qui  même,  dans  les  temps  ordinaires,  est  une  lourde  tâche, 
était,  cette  fois,  toute  pleine  de  difficultés  et  de  complications  :  elle 
exigea  des  efiorts  surhumains.  M.  Tresca  ne  voulut  pas  se  ménager, 
et  ses  forces,  usées  avant  la  fin,  trahirent  son  courage.  II  tomba  et  fut 
atteint  par  une  maladie  grave.  C'était  la  seconde  fois,  et  à  court  inter- 
valle, qu'il  subissait  une  crise  des  plus  inquiétantes.  Sa  forte  et  puis- 
sante organisation  vint  encore  à  bout  de  cette  violente  attaque  du  mal. 
Ses  forces  se  ranimèrent  assez  rapidement  et  avec  elles  reparut  son 
étonnante  activité.  En  le  voyant  reprendre  une  à  une  ses  immenses 
occupations,  on  pouvait  croire  que  sa  riche  nature  lui  permettait  de 
braver  impunément  le  poids  des  ans  et  les  fatigues  d'un  travail  exces- 
sif. Vainement  des  amis,  tout  soucieux  de  ces  cruels  avertissements, 
cherchaient  à  le  rappeler  à  la  raison,  en  lui  observant  qu'à  son  âge,  on 
ne  devait  plus  se  livrer  à  de  tels  labeurs:  «  Que  voulez-vous,  répon* 
dait-il  avec  un  sourire  plein  de  finesse  et  de  bonhomie,  cela  durera 
tant  qne  ce  sera  possible;  mais  je  ne  saurais  m'arréter.  » 

C'est  ainsi  que  ce  puissant  athlète  a  été  foudroyé  en  plein  champ  de 
bataille.  Mais  la  mort,  toute  soudaine  et  terrible  qu'elle  a  été,  a  su  Iq 


—  144  — 

respecter  en  lui  réservant  une  fin  digne  d*une  aussi  belle  et  aussi  glo- 
rieuse existence.  Jusqu'à  sa  dernière  heure,  M.  Tresca  a  vécu  comme 
il  avait  toujours  voulu  vivre  :  il  a  travaillé  et  enseigné  ! 

Gloire  et  honneur  à  ceux  qui  comme  vous,  cher  Maître,  ont  atteint 
les  limites  de  la  vie  dans  toute  la  plénitude  de  leur  intelligence  et  dans 
toute  la  force  de  leur  génie  ; 

A  ceux  qui,  par  leurs  vertus,  par  leur  courage  et  leurs  utiles  tra- 
vaux, ont  contribué  si  largement  à  la  grandeur  morale  et  matérielle 
de  la  patrie  ; 

A  ceux  enfin  qui,  jusqu'à  leur  dernier  jour,  ont  été  les  serviteurs 
dévoués  du  bien,  de  la  science  et  du  progrès. 

Ceux-là  ne  périssent  jamais.  Les  générations  futures  gardent  et 
vénèrent  leur  souvenir. 

Puissent  ces  consolantes  pensées,  ainsi  que  les  témoignages  de  notre 
vive  et  affectueuse  affliction,  adoucir  la  douleur  de  son  excellente 
famille,  qu'il  aimait  tant  et  dont  il  était  adoré. 

Adieu,  cher  Tresca,  adieu! 


Discours  de  M.  HATON  DE  LA  GOUPILLIÈRE 


« 


MSMBRB  DK   L'ACADÉMII. 

AU  NOM   DE   LA  SOCiBTB  D'sNCOURAGBIfBNT   POUR  l'iNDUSTRIB  NATIONALE 


Messieurs, 

La  Société  d'encouragement  pour  l'industrie  nationale  vient  de  faire 
Tune  des  pertes  les  plus  sensibles  qu'il  pût  lui  être  donné  d'éprouver. 
M.  Tresca,  son  vice-président,  était  pour  notre  Comité  des  sciences 
mécaniques  l'un  des  pionniers  les  plus  dévoués  et  les  plus  infatigables. 
Membre  de  la  Société  depuis  1855,  il  a,  pendant  ces  trente  années, 
tracé  dans  l'œuvre  commune  un  siUon  profond  et  ineffaçable.  D'un 
esprit  perspicace  pour  l'analyse,  d'un  jugement  net  dans  les  conclu- 
sions, mettant  un  caractère  ferme  et  loyal  au  service  de  ses  convictions, 
il  apportait  dans  nos  travaux  un  concours  doublement  précieux,  comme 


—  145  — 

savant  et  comme  expérimentateur.  La  Société  d'encouragement  ne  se 
limite  pas,  en  efiet,  aux  questions  que  le  savoir  sufBt  à  résoudre 
directement  ;  des  expériences,  spéciales  à  chaque  cas,  deviennent 
parfois  nécessaires.  M.  Tresca  y  excellait,  comme  nous  le  savons  tous. 
Expérimentateur  de  premier  ordre,  il  pouvait  revendiquer  tout  entier 
le  mérite  du  secours  qu*ii  nous  apportait  sous  cette  forme;  car  les 
moyens  d'action  que  lui  fournissait,  au  Conservatoire  des  Arts  e( 
Métiers,  la  galerie  des  machines  en  mouvement,  avaient  été  créés  par 
lui,  et  il  les  mettait  en  œuvre  avec  Taide  de  ses  fils,  ces  ingénieurs  si 
distingués  qu'il  a  formés  à  son  école. 

Les  rapports  dont  il  a  enrichi  notre  Bulletin  y  dépassent  le  nombre 
de  cent.  Bornons-nous  à  citer  au  hasard  un  important  travail  sur  l'his- 
toire et  l'avenir  des  moteurs  à  gaz,  ses  expériences  sur  la  machine  à 
air  chaud  de  Belou,  sur  la  roue  Sagcbien,  l'accumulateur  Armstrong, 
le  régulateur  Farcot,  sur  la  résistance  comparative  des  diverses  sortes 
de  courroies,  sur  la  flexion  et  la  torsion  poussées  au  delà  des  limites 
d'élasticité.  Notre  Bulletin^  dont  il  était  le  fécond  pourvoyeur,  a,  le 
premier,  donné  asile  à  son  beau  mémoire  sur  le  rabotage  des  métaux, 
qu'a  depuis  revendiqué  la  collection  des  mémoires  de  l'Institut.  Des 
voix  autorisées  vous  ont  retracé  tout  à  l'heure  l'œuvre  considérable  de 
science  générale  qui  a  été  accomplie  par  Henri  Tresca.  J'évite  d'y 
revenir,  de  peur  d'en  affaiblir  l'écho,  et  parce  que  le  riche  tribut  qu'a 
reçu  en  propre  la  Société  d'encouragement  constitue  à  lui  seul  une 
œuvre  complète,  dont  il  me  suffit  de  rappeler  toute  la  valeur. 

La  Société  n'a  pas  voulu  être  ingrate  envers  celui  qui  a  tant  fait  pour 
elle,  et  l'a  appelé  Tannée  dernière  à  la  vice-présidence  de  son  Conseil. 
Que  l'hommage  douloureux  déposé  sur  cette  tombe  par  ses  collègues 
puisse  apporter  à  cette  famille  si  dévouée  à  son  chef  quelque  adoucis- 
sement pour  les  déchirements  de  la  première  heure  !  Quant  à  nous, 
qui  l'aimions,  et  qui  ne  possédons  plus  que  son  souvenir,  nous  remet- 
tons avec  confiance  au  Dieu  de  justice  celui  qui  a  poursuivi  avec  tant 
d'ardeur  la  justice  et  la  vérité  ! 


BULL.  10 


—  146  — 


Discours  de  H.  DE  GOMBEROUSSE 

nÉlIDIMT  Dl  LA  SOCitTt  DIS  INOÉNII0R8  CIVILS 


Messieurs, 

C'est  au  nom  de  la  Société  des  Ingénieurs  civils  que  je  salue  une 
dernière  fois,  avec  vous,  M.  Henri  Tresca,  son  Président  honoraire, 
et  que  j'exprime  à  sa  famille  la  plus  douloureuse  sympathie. 

Après  les  voix  éloquentes  et  autorisées  que  vous  venez  d'écouler, 
je  ne  m'étendrai  pas  sur  sa  carrière  scientifique  ;  mais  je  vous  demande 
la  permission  d'insister  un  instant  sur  quelques  détails  qui  nous  appar- 
tiennent peut-être  plus  spécialement. 

M.  Tresca,  comme  on  vous  Ta  dit,  entra  à  TËcoIe  polytechnique 
après  de  brillantes  études.  Il  passa  le  troisième  dans  la  première 
division  et  fut  nommé  élève-ingénieur  des  ponts  et  chaussées  en  i83o. 

La  carrière  s'ouvrait  donc  devant  lui,  toute  tracée.  Une  cruelle 
maladie,  supportée  avec  un  courage  et  une  énergie  qui  devaient  la 
vaincre,  l'empêcha  de  suivre  régulièrement  la  filière  accoutumée. 

En  1841,  il  était  démissionnaire  et,  comme  un  certain  non^bre  de 
ses  camarades,  il  se  tournait  du  côté  de  l'industrie  privée,  il  devenait 
ingénieur  civil. 

Il  le  resta  toujours,  montrant  déjà  cette  activité  singulière  qui  est 
l'un  des  traits  distinctifs  de  sa  physionomie. 

En  1837,  à  l'âge  de  23  ans,  il  construisait  une  usine  pour  la  fabri- 
cation de  l'acide  stéarique;  en  1838,  il  inventait  un  nouveau  procédé 
d'extraction  des  huiles  minérales;  en  1842,  il  imaginait  un  mode  de 
pesage  des  voitures  sur  les  routes,  à  l'aide  d'une  presse  hydraulique 
portative. 

En  1846,  nous  le  trouvons  ingénieur  des  mines  de  houille  de  Cham- 
bois  (Saône-et-Loire)  ;  et,  en  1847,  il  élève  une  usine  d'extraction  et 
de  distillation  d'huile  minérale  à  Buxière-la-Grue  (Allier) . 

En  1850,  la  fondation  de  l'Institut  agronomique  de  Versailles  le 
ramène  vers  d'autres  préoccupations.  Il  concourt  à  la  fois  pour  la 
chaire  de  génie  rural  et  pour  celle  de  physique,  et  lutte  courtoisement 


—  147  — 

avec  son  futur  collègue  au  Couservatoire  des  Arts  et  Métiers,  M.  Kmile 
Trélat. 

Eo  4  85 1 ,  il  part  pour  Londres  où  s'ouvre  la  preoûère  Exposition 
universelle.  Il  y  débute  comme  inspecteur  des  machines  et  y  reste 
comme  inspecteur  principal. 

Il  est  alors  attaché,  en  1852,  au  Conservatoire  des  Arts  et  Métiers, 
comme  ingénieur  chargé  des  expériences  ;  et,  à  partir  de  ce  moment, 
c'est  renseignement  qui,  sans  Tabsorber,  devient  la  partie  la  plus 
importante  de  ses  travaux,  c'est  à  la  science  appliquée  qu'il  consacre 
ses  veilles  et  ses  efforts.  Il  rentre,  pour  ainsi  dire,  dans  le  monde 
officiel  qu'il  avait  abandonné  en  1841. 

Je  tenais  à  rappeler  ces  faits  peu  connus,  qui  ont  permis  de  regarder 
M.  Henri  Tresca,avec  un  autre  de  nos  présidents,  M.  Yvon-Yillarceau, 
comme  le  représentant  du  génie  civil  à  l'Académie  des  sciences. 

11  appartenait  à  notre  Société  dès  1853.  Il  en  devenait  le  président 
ea  1862  et,  en  1871,  pour  reconnaître  les  services  qu'il  avait  essayé 
de  rendre  à  la  Défense  nationale,  en  y  associant  notre  profession  autant 
qu'il  était  en  lui,  nous  l'élisions  notre  Président  honoraire  à  c6té  d'Eu- 
gène Flacbat  et  du  général  Morin. 

U  est  difficile  de  parler  de  cette  année  que  j'aime  mieux  appeler 
lugubre  que  terrible  ;  car  on  résiste  à  ce  qui  est  terrible  et  l'on  est 
accablé  par  ce  qui  est  lugubre.  Cependant,  devant  cette  tombe  ouverte, 
nous  ne  pouvons  oublier  une  des  pages  les  plus  remarquables  de  la  vie 
de  celui  que  nous  perdons, 

Au  mois  d'août  1870,  M.  Yuillemin,  alors  président  de  la  Société, 
avait,  en  vue  de  l'investissement  possible  de  Paris,  offert  au  Ministre 
des  Travaux  publics  le  concours  des  Ingénieurs  civils  pour  la  défense 
delà  capitale.  Cette  offre  avait  été  acceptée.  D'autre  part,  sur  la  pro- 
position de  notre  collègue  Victor  Bois,  et  à  la  date  du  13  septembre, 
une  Commission  de  cinq  membres  avait  été  instituée  par  M.  Dorian  au 
Conservatoire  des  Arts  et  Métiers^  afin  d'utiliser  et  de  répartir  dans  les 
directions  nécessaires  les  services  et  le  dévouement  de  nos  confrères. 

Cette  commission,  dite  du  Génie  civil,  qui  représentait  les  Ecoles 
scientifiques  et  industrielles  :  École  polytechnique,  École  centrale, 
Écoles  d'arts  et  métiers,  était  composée  de  MM.  Tresca,  Laurens, 
Vuillemin,  Martin  et  Martelet. 

Nous  ne  serons  contredit  par  personne  en  rappelant  que  M.  Tresca, 
son  président,  en  fut  l'âme  et  le  moteur  infatigable. 


—  148  — 

Je  n*ai  pas  besoin  de  louer  le  patriotisme  et  le  désintéressement  de 
la  commission  du  Génie  civil  et  des  nombreui  ingénieurs  qui  Tout  aidée 
dans  l'accomplissement  de  sa  tâche.  Tout  a  été  gratuit.  Tous  les  mar- 
chés ont  été  passés  au  grand  jour.  Tous  les  industriels  capables  ont  été 
sollicités.  Et,  Ton  a  pu  affirmer  hautement  que,  malgré  les  conditions 
si  défavorables  où  Ton  était  placé,  les  travaux  exécutés  sous  la  direc- 
tion de  la  commission  du  Génie  civil  ont  soutenu  largement  la  compa- 
raison avec  les  travaux  similaires  accomplis  hors  de  Paris,  au  point  de 
vue  de  la  bonne  fabrication  et  de  la  modicité  des  prix. 

Avoir  montré  à  l'Etat  qu'il  pouvait^  qu'il  devait  désormais  compter 
sur  l'industrie  privée  pour  la  fabrication  des  armes  et  de  tous  les 
engins  de  guerre,  c'est  une  importante  lumière  dont  une  part  consi- 
dérable revient  certainement  à  M.  Tresca,  et  que  nous  ne  pouvions 
pas  voiler  sur  sa  tombe. 

Son  rôle,  relativement  aux  Expositions  locales,  nationales  ou  uni- 
verselles, fut  réellement  extraordinaire.  Nous  avons  parcouru  la  liste 
de  ces  Expositions  où  M.  Tresca  était  membre  des  comités,  directeur 
des  expériences,  président  de  classe  ou  de  groupe,  vice-président  du 
jury  international  des  récompenses,  et  nous  nous  sommes  demandé 
comment  il  avait  pu  résister  à  un  labeur  si  écrasant.  On  le  voyait  par- 
tout, le  premier  et  le  dernier  aux  visites  et  aux  séances.  Les  nécessités 
delà  vie  matérielle  disparaissaient  pour  lui.  On  était  obligé  de  l'arrêter 
et  de  le  supplier  en  se  plaignant  soi-même,  pour  qu'il  consentit  à 
prendre  quelque  nourriture.  Il  a  dû  sans  doute  user  peu  à  peu,  dans 
cet  incroyable  entraînement,  sa  robuste  constitution. 

En  1878,  notre  Société,  pour  mieux  prendre  part  à  la  grande  solen- 
nité qui  se  préparait,  pria  M.  Tresca  de  redevenir  son  président  actif, 
et  elle  lui  adjoignit  comme  vice- présidents  quatre  anciens  présidents. 
M.  Tresca  répondit  à.  cet  appel,  malgré  le  lourd  surcroît  qu'il  avait 
accepté  à  l'Exposition  universelle.  Il  alla  plus  loin.  Il  aida  à  la  forma- 
tion d'un  Congrès  international  du  génie  civil,  et  y  prit  la  part  la  plus 
active  comme  président.  C'était  un  nouveau  service  rendu  par  lui  aux 
Ingénieurs  civils. 

Dans  son  allocution  à  la  dernière  séance  du  Congrès,  il  disait  : 

c  Messieurs,  les  prix  sont  décernés,  le  Jury  international  a  terminé 
ses  délibérations.  Je  suis  tenu  au  secret,  je  ne  puis  citer  aucun  des 
lauréats.  Mais  je  puis^  du  moins,  vous  dire  que  le  génie  civil,  sous 
toutes  ses  formes,  recevra  plus  du  tiers  de  la  totalité  des  récompenses. 


—  1*9  — 

J^avais  donc  raison  de  prétendre  que  ses  travaux  sont  bien  ceux  qui 
caractérisent  notre  siècle...  » 

C'est  là  comme  le  testament  quMl  laissait  à  notre  Société,  Tencou- 
rageant  dans  sa  marche  continue  et  progressive. 

Mais  il  ne  nous  quittait  pas,  il  s'intéressait  toujours  à  nos  succès, 
il  en  prenait  sa  part. 

L'année  dernière,  il  présidait  la  brillante  réception  faite  à  Paris,  par 
la  Société  des  Ingénieurs  civils  de  France,  aux  ingénieurs  belges  et 
hollandais.  Il  restait  le  plus  vif,  le  plus  jeune  de  tous.  Nos  hôtes  par- 
tirent charmés  ;  lui,  ne  l'était  pas  moins. 

Il  se  promettait  une  grande  joie  à  retourner  cette  année  en  Bel- 
gique où,  à  leur  tour,  nos  confrères  étrangeyrs  veulent  nous  recevoir. 
Il  manquera  à  la  Société,  heureuse  de  se  grouper  autour  de  son  Pré- 
sident honoraire;  il  manquera  à  nos  amis  qui  l'attendaient  de  l'autre 
côté  de  la  frontière.  La  vie  est  ainsi.  Les  couchers  de  soleil  sont 
souvent  bien  doux  et  bien  beaux  ;  mais  ce  sont  des  disparitions,  et  la 
nuit  est  proche. 

Je  vous  demande  pardon,  je  n'ai  pu  ro'arréter.  Il  y  a  tant  à  dire 
sur  des  jours  si  remplis. 

Ici.  dans  l'enceinte  où  nous  sommes,  ceux  qui  sont  fatigués  se  repo- 
sent. Mais  si  notre  Président  honoraire  pouvait  se  lever  à  notre  voix, 
lui  qui  a  tant  mérité  de  se  reposer,  il  nous  répondrait  :  «  Je  ne  suis 
pas  fatigué.  » 

Il  semblait,  en  effet,  de  fer  et  d'acier  comme  les  machines  qu'il 
aimait.  Il  bravait  tout.  Il  n'a  pas  vieilli.  Il  a  obéi  à  une  loi  inéluctable, 
sans  subir  aucune  décadence.  Il  n'a  cessé  de  travailler  qu'en  finissant 
de  vivre. 

C'est  là  une  bénédiction  que  son  énergique  volonté  et  son  infatiga- 
ble ardeur  scientifique  méritaient. 

Et,  maintenant,  nous  lui  disons  un  dernier  adieu  avec  une  émotion 
bien  vive  et  de  plus  près  peut  être  que  ses  autres  amis  ;  car  c'est 
dans  l'hôtel  de  la  Société  qu'il  a  subi  la  première  et  brusque  atteinte, 
c'est  au  milieu  de  nous  que  ses  yeux  ont  commencé  à  se  fermer. 

Adieu,  mon  cher  collègue,  adieu,  mon  cher  Président. 


—  480  — 


Discours  de  H.  Louis  PASSY 

.    SBCBtTAEBI   PEBPtTBKL  DZ  Lk  SOCIÉTÉ   NATIOMALI   B'aORICOLTDBB. 

Mei^redi  dernier,  Tresca  assistait  à  la  séance  de  la  Société  natio- 
nale d*agriculture,  et,  avec  sa  lucidité  et  son  autorité  ordinaires,  discu- 
tait une  question  délicate  soulevée  dans  la  section  de  mécanique 
agricole  et  d'irrigation;  vendredi,  Tresca  était  frappé,  frappé  à  mort. 
Et  le  voilà  perdu  pour  toujours,  arraché  subitement  à  Taffection  de  sa 
famille,  de  ses  confrères,  de  ses  amis  !  Dans  le  concert  de  toutes  les 
sociétés  savantes  qui  s'empressent  de  rendre  à  sa  mémoire  un  solennel 
hommage,  la  Société  nationale  d'agriculture  tient  à  mêler  sa  voix  et  à 
dire  ses  regrets.  Soâ  deuil  est  grand,  mais  le  grand  deuil  aujourd'hui 
est  conduit  par  le  Conservatoire  et  l'École  centrale  dont  Tresca  a  été, 
pendant  tant  d'années,  l'inspiration  vivante,  et,  pour  me  servir  d'une 
expression  scientifique,  l'infatigable  instrument. 

L'histoire  du  Conservatoire  des  Arts  et  Métiers  et  de  TEcole  centrale 
des  arts  et  manufactures  est  tellement  liée  à  la  vie  de  Tresca  qull 
appartenait  aux  représentants  de  ces  grandes  et  nobles  institutions 
d'en  retracer  les  épisodes  scientifiques  :  mais  Thomme,  l'homme  avec 
l'originalité  de  sa  nature  et  de  son  talent,  appartient  à  tout  le  monde. 
Quand,  au  nom  de  l'Académie  des  sciences,  il  prononça  l'éloge  de 
Frédéric  Sauvage,  Tresca  définit  l'inventeur  de  l'hélice  a  un  chercheur 
obstiné.  »  Tresca  aussi  était  un  chercheur,  mais  ce  chercheur  ne  per- 
mettait guère  à  la  méditation  de  prendre  le  tour  de  l'imagination.  Il 
suivait  le  côté  pratique  des  choses  plutôt  que  le  côté  artistique  ;  l'attrait 
de  la  nouveauté  ne  lui  faisait  pas  perdre  de  vue  Tutilité  véritable  d'une 
combinaison,  et  chacun  sent  bien  que  c'est  surtout  par  la  finesse  et  la 
sûreté  du  jugement  que  le  professeur  de  mécanique  appliquée  pouvait 
et  devait  rendre  à  l'agriculture  de  réels  services.  Heureux  ceux  qui  ont 
le  don  de  première  vue  et  qui  reçoivent  la  lumière  soudaine  de  la 
découverte,  mais  honneur  à  ceux  qui  savent,  par  des  qualités  presque 
contraires  de  bon  sens,  de  critique  et  de  science,  reprendre  cette 
lumière,  l'analyser,  la  mesurer,  et  mettre  en  œuvre  cette  découverte 
que  le  hasard  dispute  parfois  au  génie  de  Thomme  ! 

Si  l'on  ne  peut  pas  dire  que  la  vocation  naturelle  de  Tresca  fut  le 


—  161  — 

professorat,  on  peut  noter  que  les  circonstances  en  avaient  fait  la  con- 
ditioB  de  sa  vie.  «  Le  professorat,  a-t-il  dit  un  jour,  est  une  mission 
laborieuse  dans  laquelle  le  professeur  se  donne  tout  entier.  »  Et  Tresca 
se  donna  tout  entier  au  Conservatoire  et  à  TÉcole  centrale  !  L'ensei- 
gnement de  la  mécanique  appliquée  offrait  des  difficultés  particulières. 
Il  s'était  rendu  compte,  par  exemple ,  que  son  auditoire,  dont  la  con- 
quête était  l'objet  de  ses  continuelles  préoccupations,  que  cet  audi- 
tobe,  dis-je,  était  saisi  bien  plus  vivement  par  l'exposé  de  faits  clai- 
rement expliqués,  que  par  des  déductions  théoriques.  Tout  l'effort 
de  son  enseignement  se  concentra  dans  un  heureux  accord  et  dans  un 
perpétuel  échange  de  théories  soutenues  par  des  expériences  spéciales, 
expériences  destinées  à  pénétrer,  à  découvrir,  à  juger  toutes  les  ques- 
tions que  soulève  l'étude  de  la  mécanique  depuis  la  découverte  des 
forces  oatunelles  jusqu'à  la  simple  démonstration  des  principales 
machines  de  Tagriculture  et  de  l'industrie.  Tresca  n'aurait  pas  pu 
mener  à  bonne  fin  l'éducation  de  son  auditoire  et  la  solution  de  ces 
problèmes  s'il  n'avait  eu  la  fortune  d'aider  à  l'établissement,  dans  les 
salles  du  Conservatoire,  d'un  laboratoire  et  d'une  galerie  de  méca« 
nique,  et  de  contribuer  à  la  création  de  ces  Annales  du  Conservatoire, 
où  il  consigna  le  fruit  de  ses  longues  et  patientes  recherches. 

A  l'influence  et  à  la  notoriété  qu'il  avait  conquises  par  ses  travaux 
dans^  le  public  des  sociétés  savantes  et  des  écoles  spéciales,  Tresca 
avait  ajouté  l'autorité  du  grand  public,  par  son  action  prépondérante 
dans  les  expositions  universelles  de  18S1,  4855  et  1862,  par  sa  ferme 
et  patriotique  conduite  pendant  les  épreuves  de  1 870  et  les  jours  ensan- 
glantés de  la  Commune,  et  par  certains  incidents  de  sa  carrière  pro- 
fessionnelle. Tresca  était  Tresca,  à  l'Académie  des  Sciences,  au  Conser- 
vatoire, àTÉcole  centrale,  à  la  Société  d'encouragement,  à  la  Société 
des  Ingénieurs  cvrils,  lorsque,  en  1876,  il  y  a  neuf  ans  à  peine,  il  entra 
dans  notre  compagnie.  Je  m'en  souviens.  Séguier  mourut  et  Tresca 
souhaita  le  remplacer.  Chacun  se  fit  honneur  de  sa  venue,  et  Tresca 
prit  place  dans  la  Section  de  mécanique  agricole,  à  côté  du  général 
Morin,  d'Hervé  Mangon  et  de  Delesse,  tous  tfois  ses  confrères  à 
l'Acadàirie  des  sciences.  L'entrée  de  Tresca  à  la  Société  d'agriculture 
ne  fut  donc  pas  un  des  échelons  de  sa  fortune  et  im  des  degrés  de  sa 
renommée.  La  Société  ne  fut  pas  non  plus  une  de  ces  arènes  scienti- 
fiques où  il  aimait  à  porter  fièrement  le  drapeau  de  la  bataille,  mais 
une  retraite  où  il  vint  se  reposer  de  ses  luttes  et  de  ses  travaux,  et 


—  182  — 

donner  en  passant  la  preuve  de  son  dévouement  à  l'agriculture.  Il 
trouvait  d'ailleurs  dans  notre  Société,  non  seulement  des  études  qui 
lui  étaient  familières  et  chères,  mais  des  amis  de  vieille  date,  et  entre 
autres  le  général  Morin,  dont  Tamitié  remplit  toute  sa  vie,  et  régla 
pour  ainsi  dire  toute  sa  carrière  ! 

J'ai  nommé  le  général  Morin  et  je  m'explique.  Quand  on  veut  con- 
naître Tresca,  il  faut  lire  le  discours  qu'il  prononça  sur  la  tombe  de 
notre  éminent  confrère,  de  son  intime  ami,  le  général  Morin  :  «  C'est 
l'homme  de  bien,  dit-il  le  jour  des  suprêmes  adieux,  c'est  l'homme 
que  j'ai  le  plus  aimé.  Pendant  trente  ans,  il  m'a  été  donné  de  vivre 
à  c6té  de  lui,  de  recevoir  chaque  jour  ses  conseils  et  d'admirer  l'esprit 
de  sagesse  et  d'indépendance  qui  dictait  toutes  ses  déterminations.  » 
Quels  aveux,  Messieurs,  et  quelle  lumière  sur  toute  la  vie  !  Ne  voit-on 
pas  ces  deux  hommes  vivre  pendant  trente  années  de  la  même  science 
et  du  même  cœur?  Ne  sent-on  pas  l'ascendant  que  Morin  avait  pris 
sur  Tresca,  et  l'influence  qu'à  son  tour  Tresca  devait  exercer  sur 
Morin?  Quand  Tresca  loue  dans  Morin  l'esprit  de  sagesse  et  d'indé- 
pendance, ne  semble-t-il  pas  se  louer  lui-même?  Quand  il  rappelle  la 
parfaite  obligeance  avec  laquelle  Morin  prodiguait  ses  conseils  et  son 
temps  à  tous  ceux  qui  voulaient  les  prendre,  ne  se  souvient-on  pas  de 
l'abandon  avec  lequel  Tresca  se  donnait  pour  ainsi  dire  à  tous  ceux 
qu'il  en  croyait  dignes?  M.  Boussingault  ayant  dit  un  jour  que  Morin 
était  un  caractère.  «  Oui,  s'écria  Tresca,  Morin  était  un  caractère  dans 
lequel  le  cœur  ne  vieillit  jamais.  »  La  note  du  cœur  reparaît  toujours, 
et  Morin  est  bien  l'homme  que  Tresca  a  le  plus  aimé.  Tels  nous  avons 
vu  Tresca  et  Morin  à  la  Société  d'agriculture,  vifs,  nets,  sincères,  mais 
supérieurement  distingués  dans  leur  indépendance  :  telle  nous  apparaît 
encore  l'image  de  nos  deux  confrères,  partageant  la  même  tâche  en 
partageant  les  mêmes  sentiments,  et,  pour  ainsi  dire,  enchaînés  Tun 
à  l'autre  dans  les  labeurs  de  la  vie  scientifique  par  la  communauté  des 
études,  aussi  bien  que  par  la  ressemblance  des  caractères. 

En  rappelant  ses  propres  paroles,  en  nommant  le  compagnon  de  sa 
vie,  en  louant  les  qualités  de  son  cœur  et  la  nature  de  sou  talent,  j'ai 
l'espérance  d'avoir  rendu  à  Tresca  un  hommage  qui  l'aurait  touché. 
Après  tant  de  discours  qui  relèvent  au  plus  haut  point  les  titres  de  sa 
renommée,  je  ne  puis  rien  faire  de  mieux,  ce  me  semble,  que  de 
prendre  d'une  main  le  souvenir  des  amis  qui  sont  morts,  et  de  l'autre 
les  regrets  des  amis  qui  demeurent,  et  de  tresser,  avec  les  souvenirs 


—  163  — 

du  pas!)é  et  les  regrets  du  présent,  une  pieuse  couronne  pour  Toffrir 
à  la  famille  de  celui  qui  est  encore  là,  sous  nos  yeux,  et  qui,  dans 
quelques  instants,  n'y  sera  plus. 


Discours  de  H.  NOBLOT 

PRÉSIDENT   Dt   L'aSSOCUTION    AMICALI   DIX    \NCllM8  <LfeVBS   Dt   L'CCOLI   CBHTRALl 

DKS  AKT8  IT   MAMUrACTDBIl 

Mbssisurs, 

L'éloge  de  Tami  que  nous  venons  de  perdre  si  inopinément  a  été 
fait  par  des  voix  plus  éloquentes  et  plus  autorisées  que  la  mienne  ; 
je  ne  saurais  rien  y  ajouter. 

J*ai  cependant  à  remplir  un  devoir  auquel  je  ne  veux  ni  ne  puis  me 
soustraire  ;  ce  devoir,  c'est  de  dire  à  Tresca  un  dernier  adieu  au  nom 
de  l'Association  des  anciens  élèves  de  l'École  centrale. 

Tresca,  en  raison  de  sou  origine,  ne  faisait  pas  partie  de  l'Asso- 
ciation ;  mais  il  lui  appartenait,  par  l'intérêt  puissant  qu'il  n'a  cessé 
de  témoigner  à  cette  œuvre  d'union  fraternelle  ;  il  lui  appartenait  par 
son  fils,  notre  camarade,  si  cruellement  éprouvé,  dont  nous  parta- 
geons la  douleur,  et  qui,  j'en  suis  certain,  suivra  vaillamment  la  voie 
de  travail  et  d'honneur  que  son  père  lui  a  tracée. 

Ainsi  donc,  mon  cher  Tresca,  au  nom  de  tous  nos  camarades,  au 
nom  surtout  des  vingt  promotions  qui  ont  profité  de  votre  enseigne- 
ment, au  nom  de  l'amitié  et  de  la  reconnaissance,  je  viens  vous  dire, 
non  pas  adieu,  mais,  au  revoir  I 


à 


CHRONIQUE 


SovMAmc.  —  Chaudières  en  acier.  —  Frein  restituteur  pour  tramways.  —  Lei  patentai  eo 
Angleterre.  —  Assainissement  de  la  YiUe  de  Blankenberghe.  —  Les  télégraphes  aax 
États-Unis.  —  Le  touage.  —  Le  pétrole  en  Amérique. 


Clifiiidièreft  en  acier.  —  La  question  de  l'emploi  de  l'acier  pour  la 
construction  des  chaudières  a  été  traitée  dans  une  récente  communication 
de  M.  Smart,  à  Y  Institution  of  civil  Engtneers, 

L'auteur  rappelle  que  la  tôle  de  fer  était,  jusqu*à  une  époque  très  ra|)- 
prochée,  la  seule  matière  employée  couramment  dans  la  construction  des 
chaudières  à  vapeur.  On  a  commencé  récemment  à  se  servir  d'acier  doux 
et  l'emploi  de  ce  métal  se  répand  très  rapidement.  Le  premier  avantage  de 
l'acier  est  sa  plus  grande  résistance,  qui  est  de  30  à  36  pour  100  supé- 
rieure à  celle  du  fer.  Les  chaudières  d'acier  peuvent  donc»  à  pression 
égale,  être  faites  plus  légères  qu'en  fer;c*est  un  très  important  avantage 
pour  certaines  applications.  On  peut  aussi  à  poids  égal  faire  supporter  aux 
chaudières  une  pression  plus  élevée,  point  intéressant  dans  le  cas  de  chau- 
dières chauffées  extérieurement,  où  il  y  a  une  limite  à  l'épaisseur  des  tôles, 
ou  encore,  dans  ce  cas,  donner  aux  chaudières  un  plus  grand  diamètre. 

On  peut  ajouter  que  l'épaisseur  modérée  des  tôles  que  permet  l'emploi  de 
l'acier  est  une  condition  très  favorable  pour  la  bonne  confection  des 
joints,  les  diverses  parties  peuvent  être  plus  facilement  cintrées  et  embou- 
ties, l'assemblage  et  le  rivetage  se  font  mieux  et  on  est  plus  assuré  de  la 
perfection  du  travail. 

La  plus  grande  résistance  n'est  pas  le  seul  avantage  de  l'acier;  il  a  de 
plus  une  ductilité  supérieure  et  une  limite  d'élasticité  plus  élevée  par  rap- 
port à  la  tension  qui  détermine  la  rupture.  Malheureusement,  si  on  peut 
invoquer  comme  avantage  la  ductilité  supérieure,  on  doit  ajouter  que  ce 
n'est  qu'à  condition  que  cette  ductilité  existe  réellement,  ce  qui  n'a  pas 
toujours  lieu.  On  ne  peut  nier  que  des  cas  bien  constatés  n'aient,  malgré 
l'extension  rapide  de  l'emploi  de  l'acier  pour  les  chaudières,  laissé  subsister 
des  doutes  dans  certains  esprits  relativement  à  la  sécurité  de  l'emploi  de  ce 
métal. 


—  158  — 

Il  est  juste  de  dire  que  la  plupart  des  échecs  observés  étaient  dus  à  l'em- 
ploi d'acier  impropre  à  l'usage  prévu,  notamment  d'acier  dur,  mais  on  a 
également  pu  constater  des  défauts  très  graves  dans  certaines  tôles  d'un 
lot  ou  même  dans  certaines  parties  d'une  tôle,  le  reste  étant  parfaitement 
sain  ;  des  tôles  déjà  cintrées  et  embouties  sans  accident  ont  éprouvé  des 
ruptures  dans  la  suite  du  travail.  Toutefois,  à  mesure  que  les  chaudron- 
niers se  sont  familiarisés  avec  la  manière  de  travailler  les  tôles  d'acier,  on 
a  eu  moins  de  faits  de  ce  genre  à  constater.  On  a  remarqué  en  effet  que, 
lorsqu'une  tôle  est  chauffée  sur  toute  son  étendue  dans  un  four  et  que  le 
rabattage  se  fait  sur  la  circonférence  entière,  il  y  a  beaucoup  moins  de 
chances  de  fissures  que  lorsque  la  tôle  est  chauffée  par  parties  à  la  forge 
et  rabattue  en  plusieurs  fois. 

Le  chauffage  de  la  tôle  entière  supprime  ou  atténue  les  tensions  locales 
dues  aux  différences  de  dilatation  et  de  contraction,  et  il  y  a  moins  de 
chaDces  de  trop  chauffer  le  métal.  L'expérience  semble  indiquer  que  l'acier 
se  comporte  très  différemment  à  des  températures  différentes;  à  froid  ou  à 
la  chaleur  rouge,  il  supportera  un  traitement  qui  amènera  sa  rupture  en 
fragments  ou  tout  au  moins  sa  détérioration  complète  à  des  températures 
intermédiaires. 

L'inspection  des  tôles  avariées  fait  voir  que  ia  ductilité  a  fait  défaut  dans 
les  parties  où  se  sont  produites  les  fractures,  et  que  ce  fait  est  dû  moins  à 
la  qualité  de  la  matière  qu'au  travail  effectué  à  une  température  trop  basse 
ou  trop  élevée. 

Cest  une  simple  affaire  de  précaution,  et  on  peut  dire  que  Tacicr  de 
qualité  convenable  pour  la  confection  des  chaudières  étant  plus  «ductile  et 
plus  homogène  que  le  fer  se  laissera  mieux  travailler  que  ce  dernier;  on 
sait,  en  effet,  qu'il  faut  des  qualités  spéciales  de  fer  pour  supporter  un 
travail  un  peu  délicat  et  que  même  les  meilleures  marques  sont  sujettes  à 
présenter  des  défauts  de  fabrication.  Mais,  quel  que  soit  le  mode  de  chauf- 
fage employé  pour  l'acier,  four  ou  forge,  le  métal  doit  toujours  être  recuit 
après  le  travail. 

Malgré  ces  difficultés,  l'usage  de  l'acier  se  répand  et  il  existe  déjà  actuel- 
lement des  milliers'  de  chaudières  de  ce  métal;  il  n'y  a  donc  pas  eu  d'in- 
convénients graves  dans  la  fabrication  ou  dans  l'emploi  de  ces  engins. 
M.  William  Parker,  inspecteur  en  chef  du  Lloyd,  dans  un  mémoire  lu  en 
1881  à  VInstitutton  of  Naval  Archttects,  constatait  (|u'à  part  le  cas  bien 
connu  des  chaudières  du  Ltvadiaj  yacht  de  l'empereur  de  Russie,  il  avait 
eu  à  inspecter  la  construction  de  onze  cents  chaudières  en  acier,  sans  avoir 
constaté  un  seul  fait  de  fracture  dans  les  tôles  pendant  le  travail. 

Il  est  bien  reconnu  que  la  ténacité  etencore  plus  la  ductilité  sont  modi- 
fiées dans  le  métal  des  chaudières  par  un  long  usage.  Pour  apprécier  à 
quel  degré  se  produisent  ces  modifications  pour  l'acier,  M.  Barnaby  a  fait 
récemment  une  série  d'expériences  aux  Gyclops  Works  à  Sbeffield.  Il  a  pris 
une  série  d'échantillons  de  tôles  d'acier  Siemens  et  Ressemer  et  de  fer  de 
Gammeli  et  de  Bowling  et  les  a  soumis  à  des  chauffages  et  refroidissements 


—  156  — 

répétés,  de  manière  à  reproduire  les  conditions  de  travail  des  chaudières 
à  vapeur.  Les  essais  faits  ensuite  sur  ces  échantillons  n*out  indiqué  aucune 
détérioration  sensible  du  métal,  bien  que  certaines  pièces  aient  été  chauffées 
et  refroidies  soixante  fois.  D'autres  expériences  ont  été  faites  en  laissant  les 
échantillons  seize  jours  sous  Tautel  d'un  four  à  recuire,  de  manière  que, 
sans  éprouver  l'action  directe  de  la  flamme,  ils  fussent  soumis  pendant  le  jour 
à  la  chaleur  rouge  et  à  une  plus  basse  température  pendant  la  nuit.  Pen* 
dant  ce  temps  les  pièces  perdirent  trois  millimètres  d'épaisseur  par  l'oxy- 
dation. Les  essais  faits  ensuite  firent  voir  que  l'acier  avait  conservé  ses 
qualités  primitives  beaucoup  mieux  que  le  fer,  ce  qui  n'est  pas  de  nature 
à  décourager  dans  la  voie  de  l'extension  de  l'usage  de  l'acier  pour  les 
chaudières. 

On  commence  à  employer  également  l'acier  pour  les  rivets;  on  doii  les 
chauffer  à  une  température  moins  élevée  que  les  rivets  en  fer«  et,  comme 
il  serait  difficile  avec  les  moyens  ordinaires  d'apporter  assez  de  précaution 
dans  cette  opération,  on  doit  conseiller  l'emploi  de  fours  à  chauffer  les 
rivets  maintenus  à  une  température  très  régulière. 

Les  rivets  d'acier  sont  déjà  très  employés  dans  la  construction  des  navires 
et  leur  usage  deviendra  bientôt  général  dans  celle  des  chaudières.  Ils  ont 
une  plus  grande  résistance,  et  une  autre  considération  porte  à  leur  donner 
la  préférence,  c'est  l'action  corrosive  que  le  fer  exerce  sur  l'acier,  lorsque 
ces  deux  métaux  sont  en  communication  électrique.  Les  personnes  que  cette 
question  intéresse  sauront  gré  à  TAmirauté  des  expériences  très  con- 
cluantes qu'elle  a  fait  faire  à  Portsmouth,  où  des  plaques  de  fer  et  d'acier, 
les  unes  en  connexion  et  les  autres  en  non-connexion  électrique,  ont  été  im- 
mergées pendant  six  mois.  Les  expériences,  qui  ont  été  communiquées  à 
Ylnstitution  of  Naval  Architects  en  1883,  par  M.  J.  Farquharson,  ont  mon- 
tré que,  dans  le  cas  de  la  connexion  électrique,  la  perte  de  poids  par  oxyda- 
tion avait  été  double  de  la  perte  dans  l'autre  cas.  D'autres  expériences  ont 
confirmé  ces  faits.  Il  en  résulte  également  que  l'acier  est  en  lui-même  un 
peu  plus  sujet  à  la  corrosion  que  le  fer;  mais  la  différence  est  assez  faible 
et  la  supériorité  de  l'acier  à  d'autres  points  de  vue  assez  grande  pour  que 
Taciersoit  appelé  à  se  substituer  au  fer  pour  la  construction  navale. 

Une  précaution  très  importante  dans  la  construction  des  chaudières  est 
d'enlever  l'oxyde  de  la  surface  des  tôles.  Des  expériences  faites  par  l'Ami- 
rauté ont  montré  que  la  présence  d'une  couche  d'oxyde  à  la  surface  de 
tôles  d'acier  dans  certaines  places  amène  la  corrosion  rapide  des  parties 
où  il  n'y  a  pas  d'oxyde,  comme  le  ferait  la  présence  du  cuivre.  On  conseille 
donc  de  décaper  les  tôles  avec  de  l'acide  chlorhydrique  étendu  ou  avec 
une  dissolution  de  sel  ammoniaque. 

Il  y  a  encore  une  remarque  à  faire  au  sujet  de  la  comparaison  entre  le 
fer  et  l'acier.  Les  meilleures  marques  de  tôles  de  fer  sont  d'un  prix  élevé 
et  on  les  réserve  pour  les  coups  de  feu,  pour  les  parties  qui  doivent  être 
fortement  embouties  ou  rabattues,  etc.,  mais  pour  le  reste  beaucoup  de 
chaudronniers  se  servent  de  fer  de  qualité  ordinaire,  quelquefois  très  mé- 


—  187  — 

diocre.  On  voit  même  trop  souvent  employer  des  tôles  qui  ne  devraient  pas 
entrer  dans  la  construction  des  chaudières  ;  ainsi  certains  fabricants  sont 
obligés  de  poinçonner  les  tôles  d'abord  et  de  les  cintrer  après,  pratique  qui 
est  toujours  mauvaise,  mais  qui  est  extrêmement  dangereuse  avec  des  tôles 
médiocres,  parce  qu'il  peut,  pendant  le  cintrage,  se  produire  des  commen- 
cements de  rupture  dans  la  ligne  des  trous  de  rivets.  L'inconvénient  signalé 
ici  de  la  différence  de  qualité  des  tôles  dans  les  diverses  parties  des  chau- 
dières est  beaucoup  moins  à  craindre  avec  l'emploi  de  l'acier. 

Pour  le  rivetage,  il  faut  avoir  grand  soin  d'enlever  les  bavures  produites 
par  le  forage  des  trous;  avec  le  poinçonnage,  il  y  a  une  autre  précaution  à 
prendre,  c'est  d'avoir  à  l'intérieur  le  petit  diamètre  des  trous;  il  faut  donc 
poinçonner  les  tôles  supérieures  sur  la  face  inférieure  et  les  tôles  de  des- 
sous sur  la  face  supérieure. 

L'effet  du  poinçonnage  sur  les  tôles  d'acier  varie  non  seulement  avec  la 
qualité  de  la  matière,  mais  encore  avec  l'épaisseur  des  tôles. 

Les  expériences  faites  sur  les  tôles  des  chaudières  du  Livadia  ont  fait 
voir  que  le  poinçonnage  de  tôles  Ressemer  ou  Siemens  d'une  épaisseur  su- 
périeure à  15  millimètres,  avec  le  maximum  de  différence  entre  les  diamè- 
tres des  poinçons  et  des  matrices  compatibles  avec  un  bon  travail,  fait  per- 
dre à  la  tôle  30  pour  100  de  sa  ténacité,  tandis  que  l'alésage  des  trous  et  le 
recuit  des  tôles  leur  rend  leurs  qualités  primitives. 

Le  profejiseur  Kennedy,  dans  les  expériences  qu'il  a  faites  pour  l'/ru^t- 
ivAûm  ofUechanical  Engineers^  en  opérant  sur  des  tôles  d'acier  de  6  et 
9  millimètres  d'épaisseur,  a  constaté  que  la  ténacité  du  métal  était  aug- 
mentée entre  les  trous  de  rivets  par  la  localisation  de  l'extension  çt  que  l'af- 
faiblissement dû  au  poinçonnage  se  trouvait  ainsi  plus  que  compensé;  une 
différence  de  1 1/2  millimètre  sur  le  diamètre  des  matrices  pour  des  tôles 
de  l'épaisseur  indiquée  ci-dessus  ne  donne  d'ailleurs  pas  d'affaiblissement 
sensible  dans  la  résistance  du  métal. 

L'accident  du  Livadia  avait,  pendant  quelque  temps,  fait  renoncer  au 
poinçonnage,  mais  on  y  revient  maintenant.Toutefois,  certaines  maisons  de 
premier  ordre  continuent  à  le  proscrire;  elles  forent  les  trous  en  poinçon- 
nant un  petit  trou  qu'on  alèse  pour  l'amener  au  diamètre  définitif;  quelque- 
fois on  profite  de  cette  opération  pour  forer  les  trous  de  la  tôle  inférieure 
préalablement  assemblée  avec  l'autre  par  quelques  boulons. 

Les  joints  longitudinaux  à  recouvrement  sont  mauvais  avec  les  tôles  de 
forte  épaisseur,  on  doit  employer  des  assemblages  à  couvre-joints  à  double 
et  triple  rang  de  rivets.  Les  couvre-joints  doivent  toujours  être  pris  dans 
des  tôles  et  non  dans  des  fers  plats.  Les  joints  circulaires  se  font  générale- 
ment à  recouvrement  et  à  simple  rang  de  rivets,  mais  pour  les  chaudières 
marines  il  est  préférable  d'avoir  deux  rangs. 

Dans  la  discussion  qui  a  suivi  la  lecture  du  mémoire  de  M.  Smart,  il  a  été 
présenté  d'intéressantes  observations.  M.  Webb  a  signalé  le  bon  effet  sur 
la  conservation  des  tôles  d'acier  du  zinc  dont  il  met  12  kilogrammes  dans 
la  poche  de  vidange  de  ses  chaudières  de  locomotives;  avec  cette  précaution 


—  158  — 

il  assure  la  durée  à  peu  près  indéfinie  de  la  partie  eiLtérieure  des  chaudières. 
H.  Lavington  E.  Fletcher  a  indiqué  plusieurs  faits  pour  appuyer  les 
observations  du  mémoire  sur  les  précautions  à  prendre  pour  le  travail  des 
tôles  d'acier;  il  faut  éviter  le  chauffage  inégal  des  tôles;  aussi  est-il  préfé- 
rable de  cintrer  à  froid  lorsque  l'épaisseur  le  permet;  sinon  il  faut  employer 
de  grandes  précautions  pour  chauffer  également  les  tôles  de  forte  épaisseur 
comme  celles  des  chaudières  marines;  on  peut  citer  un  cas  tout  récent  où 
une  chaudière  de  ce  type  de  3"^,%  de  diamètre  et  4°'90  de  longueur,  s'est 
rompue  à  Tépreuve  à  la  presse  hydraulique  sous  une  pression  de  17  kilo- 
grammes par  centimètre  carré,  et  l'insuffisance  de  résistance  doit  être 
attribuée  à  la  cause  qui  vient  d'être  signalée. 


^••litatear  ponr  tramway.  Nous  avons,  dans  la  Chro- 
nique de  mai  1880,  page  643,  parlé  de  l'essai  fait  à  Londres  d'un  appareil 
dit  en  anglais  restarter^  destiné  à  faciliter  le  démarrage  des  voitures  de 
tramway  en  rendant  à  ce  moroeot  la  puissance  détruite  par  Tactiondu  frein 
lors  de  l'arrêt.  On  a  depuis  beaucoup  étudié  celte  question  et  proposé 
divers  systèmes,  mais  aucun  ne  parait  avoir  réussi,  car,  dernièrement  encore, 
une  Compagnie  de  tramways  proposait  un  prix  pour  la  meilleure  solution 
du  problême. 

Il  a  été  fait,  au  mois  de  mars  de  cette  année,  une  communicalton  sur  ce 
sujet  au  club  des  Ingénieurs  de  Saint-Louis  (États-Unis),  par  M.  J.-B. 
Johnson. 

L'auteur  constate  que,  dans  tous  les  essais  dont  il  a  eu  connaissance,  les 
ressorts  servant  à  emmagasiner  Ténergie  lors  de  l'arrêt  ont  invariable- 
ment cassé.  Il  a  donc  cherché  à  se  rendre  compte  de  VeSei  et  a  fait  la  théo- 
rie de  ces  appareils. 

Nous  ne  donnerons  que  les  conclusions. 

Si  on  appelle  P"  le  poids  de  la  voiture  chargée  de  voyageurs,  et  V  le 
poids  du  ressort,  on  a  P  =  F  -|-  P"'. 

L'auteur,  en  prenant  pour  point  de  départ  que  de  l'acier  ayant  une  résis- 
tance extrême  de  42  à  45  kilogrammes  par  millimètre  carré  peut  emmaga- 
siner 2  kilogrammètres  par  kilogramme,  arrive  à  établir  une  expression  de 

la  l'oinic  F=  ( |  P". 

\  55300  — Y*  y  " 

V  ctiinl  la  vitesse  exprimée  en  pouces  par  seconde. 

Si  la  vitesse  de  la  voiture  est  inférieure  k  la  racine  carrée  de  56  300, 
c'esl-à-dire  moindre  que  6",10  ou  21 600  mètres  à  l'heure,  le  poids  P 
pourra  avoir  une  valeur  finie,  mais,  à  cette  limite,  pour  nne  valeur  finie  de 
P"  le  poids  du  ressort  aura  une  valeur  infinie.  Si  P"est  nul,  P'  sera  indéter- 
miné, c'esl-à-dire  qu'à  cette  vitesse,  quelles  que  soient  les  dimensions  du 
ressorl,  il  ne  pourra  emmagasiner  que  l'énergie  due  à  son  propre  poids. 
Au  delà  de  cette  vitesse,  il  ne  pourra  même  pas  emmagasiner  l'énergie  due 
à  son  poids,  car  P*'  deviendrait  négatif. 

Si  on  prend  le  cas  d'une  voiture  ordinaire  des  tramways  de  Saint-Louis 


—  489  — 

pesant  2  063  kilogrammes  vide  et  6206  kilogrammes  avec  sa  charge  maxima 
de  6S  Toyageurs,  on  tirera  de  l'équation  ci-dessus  pour  P'  une  valeur  de 
1540- kilogrammes.  Il  est  évident  qu'un  ressort  de  celte  dimension  ne  sau- 
rait être  installé  sur  une  voilure  de  tramway. 

L'autenr  va  plus  loin  et  examine  la  question  sous  les  trois  points  de  vue 
solvants  : 

1*  Calculer  l'épaisseur  d'un  ressort  en  spirale  de  diamètre  et  longueur 
donnés  capable  d^absorber  l'énergie  de  la  voiture  en  mouvement; 

2*  Calculer  la  section  et  la  longueur  d'un  ressort  capable  d'absorber 
l'énergie  de  la  voiture  sans  faire  gUsaer  les  roues  ; 

3*  Calculer  TeSet  d*un  ressort  de  section  raisonnable  proportionné  de 
manière  à  ce  qu'il  arrive  à  sa  limite  de  travail  lorsque  les  roues  commencent 
à  fçlisser  sur  les  rails. 

Daus  le  premier  cas,  si  le  diamètre  de  la  spirale  est  de  G'*,375  et  sa  lon- 
gueur de  1",250,  le  ressort  devant  peser  1540  kilogramines,  le  diamètre 
de  l'acier  serait  de  0"450,  dimension  qui  rendrait  impossible  la  confection 
da  ressort,  mais,  lors  même  qu'on  pourrait  le  faire,  TefTort  exercé  à  la  cir- 
conférence des  roues,  27600  kilogrammes,  amènerait  le  glissement 
immédiat  de  celles-ci  sur  les  rails,  comme  on  peut  s'en  rendre  compte  faci- 
lement. 

Dans  le  second  cas,  on  trouverait  pour  le  ressort  de  0",185  de  diamètre 
une  longueur  de  4",50,  la  course  de  compression  atteindrait  1",45;  c'est 
inadmissible  en  pratique. 

Enfin,  pour  la  troisième  question,  on  trouve  qu'un  ressort  du  poids  de 
225  kilogrammes,  en  acier  de  25  millimètres  de  diamètre,  enroulé  en  spi- 
rale sur  0",375  de  diamètre  et  1  mètre  de  longueur,  calculé  pour  un  effort 
maximum  de  3  850  kilogrammes  à  la  circonférence  des  roues  ce  qui  cor- 
respond au  commencement  du  glissement  des  roues  avec  leur  charge 
maxima,  ne  pourrait  emmagasiner  que  15  pour  100  de  l'énei^ie  de  la  voi- 
ture en  mouvement.  Ce  n'est  pas  la  peine  d'employer  un  appareil  donnant 
une  si  faible  restitution. 

M.  Johnson  pense  que  la  solution  de  la  question  serait  plutôt  dans  rem- 
ploi d'un  ressort  d'air  comprimé;  le  poids  de  Pair  est  insignifiant  et  le 
degré  de  compression  n'a  pour  ainsi  dire  pas  de  limites.  L'élévatiop  de 
lempérature  déterminée  par  la  compression  n'est  pas  à  craindre,  parce  que 
la  chaleur  sera  instantanément  absorbée  par  le  métal  de  l'enveloppe. 

On  pourrait  arriver  à  un  cylindre  de  1°,50  de  longueur  et  0"*,25  de  dia- 
mètre en  fer,  pesant  avec  ses  accessoires  110  à  112  kilogrammes.  Cette 
solution  est  réalisable  ;  maintenant  le  bénéfice  est-il  suffisant  pour  justifier 
l'emploi  de  l'appareil? 

La  puissance  vive  de  la  voiture  en  mouvement  sur  niveau  n'est  pas  supé- 
rieure à  1650  kilogramme  très,  dont  les  deux  tiers  seulement,  soit  1090, 
peuvent  être  utilisés  pour  la  remise  en  marche,  et  cela  dans  le  cas  du  char- 
geaient complet  de  65  voyageurs.  Si  le  nombre  des  voyageurs  est  bien 
moindre,  25  par  e^^emple,  la  puissance  vive  ne  sera  plus  que  de  994  kilo- 


—  160  — 

grammètres  dont  6S6  seulement  seront  disponibles  ;  ce  chiffre  représente 
le  travail  d'un  cheval  pendant  10  secondes  ou  celui  de  deux  pendant  5  se- 
condes. Si  on  suppose  20  arrêts  par  voyage  aller  et  retour  et  2  voyages  de 
1  heure  et  demie  chacun  pour  le  travail  journalier  d'un  cheval,  récooomie 
tolale  de  travail  réalisée  correspond  au  travail  d'un  cheval  pendant3  minutes 
et  un  tiers,  soit  2  pour  100  du  total.  Si  on  considère  que  le  démarrage  se 
fait  au  pas,  ce  qui  fatigue  beaucoup  moius  les  chevaux,  on  peut  se  deman- 
der si  l'appareil  en  question  a  réellement  quelque  utilité,  lors  même  qu'il 
n*y  aurait  aucune  difficulté  à  le  réaliser. 

Les  frais  de  traction  proprement  dits  sur  les  tramways  à  traction  animale 
représentent  à  peu  près  30  pour  100  des  dépenses  totales  d'exploitation,  de 
sorte  qu'une  économie  de  2  pour  100  sur  les  premières  conduit  à  un  béné- 
fice définitif  de  6  pour  1 000.  Ge  serait  encore  acceptable,  malgré  la  modi- 
cité de  ce  chiffre,  s'il  n'y  avait  pas  de  compensation;  mais,  si  on  suppose 
que  l'appareil  pèse  43S  kilogrammes,  ou  4  pour  100  de  la  charge  à  traî- 
ner, la  traction  coûtera  4  pour  100  de  plus  et,  comme  l'écononiie  n'est  que 
de  2  pour  100,  le  résultat  net  de  l'opération  se  chiffrera  par  une  perte  de 
2  pour  100. 
M.  Johnson  conclut  donc  que  : 

1®  il  est  absolument  impossible  d'emmagasiner  la  puissance  vive  d'une 
voilure  de  tramway  chargée  et  marchant  à  dix  kilomètres  à  l'heure  dans 
un  appareil  consistant  en  ressorts  d'acier. 

2®  Une  partie  importante  de  cette  puissance  vive  peut  être  recueillie  dans 
un  cylindre  contenant  de  l'air  qui  se  trouve  comprimé  et  peut  être  utilisée 
pour  la  remise  en  mouvement  du  véhicule; 

9^  Le  travail  imposé  aux  chevaux  pour  la  traction  du  poids  supplémen- 
taire représenté  par  l'appareil  restituteur  est  supérieur  à  l'économie  de 
travail  qui  peut  résulter  de  l'emmagasinage  de  la  puissance  vive  du  véhicule 
en  mouvement. 

L'auteur  termine  en  citant  la  description  donnée,  par  un  journal  soi- 
disant  sérieux,  d'un  appareil  destiné  à  remplacer  les  chevaux  pour  la  trac- 
tion sur  les  tramways  et  composé  de  80  ressorts  d'acier  qu'une  machine 
fixe  devait  tendre  pour  qu'ils  donnassent  ensuite  le  mouvement  à  la  voiture. 
L'inventeur  avait  poussé  la  précaution  jusqu'à  placer  un  appareil  de  remon- 
tage à  bras  que  le  conducteur  aurait  fait  mouvoir  au  cas  où,  par  accident, 
le  ressort  serait  arrivé  è  fond  de  course  avant  que  la  voiture  n'eût  atteint 
son  terminus.  II  est  clair  que  le  susdit  conducteur  ferait  beaucoup  mieux, 
en  pareil  cas,  de  descendre  de  sa  voiture  et  de  se  mettre  bravement  à  la 
pousser  en  recourant  à  la  bonne  volonté  des  voyageurs  ou  des  passants,  il 
utiliserait  beaucoup  mieux  son  travail. 

Nous  rappellerons  qu'au  congrès  du  Génie  civil,  en  1878,  noire  u^ègue 
M.  Fontaine,  avait,  dans  une  très  intéressante  communication  sur  les  moteurs 
domestiques,  donné  quelques  chiffres  sur  cette  question  des  ressorts  an 
point  de  vue  de  la  mise  en  mouvement  des  machines  k  coudre  et  montré 
l'extrême  faiblesse  du  rendement.  Il  indiquait  que,  si  on  admet  que  un 


—  161  — 

kiiogrammcs  d'acier  peut  emmagasiner  un  travail  de  20  kilogrammëires,  il 
faudra  pour  faire  mouvoir  une  machine  à  coudre  exigeant  un  kilogrammètre 
pendant  une  heure,  avec 50  pour  100  d'effet  utile»  un  ressort  pesant  300  kilo- 
grammes. On  peut  juger  d'aprèe  ces  chiffres  ce  que  pèserait  un  ressort 
pour  voiture  de  tramway.  Or,  le  chiffre  de  20  kilogrammètres  par  kilo- 
gramme d'acier  est  très  supérieur  à  celui  qu'admet  Tauteur  américain. 

Les  i^atoBtos  eu  Amgimimwwm-  Le  contrôleur  général  des  patentes 
(brevets  d'invention)  vient  de  publier  son  rapport  qui  est  le  second  depuis 
la  mise  en  vigueur  de  l'acte  de  1883qui  a,  comme  on  sait,  modifié  l'ancienne 
législation  sur  la  matière.  On  peut  juger  si  les  nouvelles  dispositions  sont 
appréciées  des  inventeurs  par  le  fait  que  le  nombre  des  patentes  prises 
chaque  année  qui  avait  d'ailleurs  toujours  été  en  augmentant,  de  1211, 
par  exemple,  en  1852  à  6  241  en  1882,  a  sauté  à  17 110  en  1884.  £n  1883, 
le  chiffre  avait  été  plus  faible  à  cause  du  changement  et  en  fait  1884  donne 
accroissement  de  95  pour  100  sur  1883. 

79  pour  100  des  demandes  ont  été  faites  par  des  personnes  résidant  dans 
le  Royaume-Uni,  dont  12356  pour  TAngleterre  et  le  Pays  de  Galles,  901 
pour  rËcosse  et  254  seulement  pour  l'Irlande.  Sur  le  reste  la  plus  grande 
partie,  1181,  appartient  à  des  habitants  des  États-Unis;  les  Allemands 
figurent  pour  890  et  les  Français  pour  788.  Des  résidents  dans  27  autres 
pays,  dont  13  étant  des  possessions  britanniques,  figurent  sur  la  liste  pour 
175  patentes  ;  il  y  en  a  3  pour  TÉgypte.  Il  n'y  a  eu  en  1883  que  trois  cas 
d*appel  contre  les  décisions  de  contrôleur,  ce  qui  semble  indiquer  que  ces 
décisions  donnent  satisfaction  aux  intéressés.  Le  plus  grand  nombre  de 
demandes  correspond  au  mois  de  janvier  qui  donne  2499;  le  plus  faible 
au  mois  d'août  992.  Le  plus  grand  nombre  pour  un  seul  jour  correspond 
au  i*'  janvier  où  oi^  a  reçu  266  demandes. 

On  ne  fait  pas  encore  connaître  le  nombre  de  patentes  délivrées  sur  les 
17110  demandes  déposées. 

La  bibliothèque  publique  du  Patent-office  a  reçu,  en  1884,  39  508  visi- 
teurs contre  32  748  dans  l'année  précédente.  Les  publications  du  Patent- 
office  ont  été  envoyées  à  46  villes  et  à  un  grand  nombre  d'administrations 
publiques  et  de  sociétés  savantes  du  Royaume-Uni,  à  9  colonies  britan- 
niques, et  à  9  États  étrangers.  Les  séries  complètes  des  spécifications  abré- 
gées ont  été  envoyées  à  280  sociétés  savantes  ou  littéraires  du  Royaume-Uni 
et  des  États-Unis. 

Le  nombre  de  dessins  enregistrés  en  1884  a  été  de  19  515,  contre  17166 
en  1883,  et  celui  des  marques  de  fabrique  de  7104,  contre  4105  pour  l'an- 
née précédente.  Les  recettes  du  Patent-office  se  sont  élevées  au  chiffre  con- 
sidérable de  2  593200  francs,  dont  2  224900  pour  les  patentes,  87  000 
pour  les  dessins,  175  000  pour  les  marques  de  fabrique  et  106  000  pour  les 
ventes  de  publications. 

L'excédent  des  recettes  sur  les  dépenses  donne  un  chiffre  rond  de  un 
million  de  francs.  Les  plus  grosses  dépenses  sont  les  traitements  des  fonc- 

BULL.  il 


—  162  — 

tionnaires  et  employés,  900  000  francs  eu  nombre  rond  et  les  impressions 
425  000  francs. 

AsMiiiil««ciiicnt  de  la  Tille  de  Blankealiergbe.  Le  BuUetin 
de  l'Association  des  Ingénieurs  sortis  de  f  École  de  Liège  contient  une  com- 
munication faite  à  la  section  de  Bruxelles  le  24  janvier  dernier  par  M.  Ken- 
nis  sur  un  projet  d'assainissement  de  la  ville  de  Blankenberghe  dont  il  est 
l'auteur. 

Blankenberghe,  qui  est  une  station  balnéaire  très  connue,  voisine  d*Os- 
tende,  occupe  une  superficie  d'environ  30  hectares  dont  un  cinquième 
est  bâti.  La  population  normale  est  de  2500  habitants,  mais  la  popu- 
lation étrangère  peut  atteindre  15  000  âmes  aux  mois  d'août  et  de  sep- 
tembre. 

La  situation  topographique  de  la  ville  peut  se  résumer  en  un  promenoir 
longeant  la  ville,  se  dirigeant  de  Test  à  l'ouest  et  légèrement  incliné  vers 
l'ouest;  parallèlement  au  promenoir  se  trouvent  deux  rampes  d'accès; 
l'une  partant  du  centre  de  la  ville  vers  l'est,  dite  digue  du  comte  Jean, 
l'autre  vers  le  phare,  à  l'ouest,  dite  la  rue  du  Port.  Ces  deux  voies  de 
communication  ont  à  peu  près  la  même  inclinaison. 

La  digue  du  comte  Jean  et  la  rue  du  Port  sont  reliées  au  promenoir  par 
des  rues  secondaires  dites  «  Rampes  »,  au  nombre  de  sept. 

Les  promenoirs  à  la  mer  sont  en  outre  reliés  au  centre  de  la  ville  par 
trois  escaliers,  d'une  hauteur  d'environ  4  mètres,  suivis  de  rampes. 

Les  pavages  de  la  ville  ne  présentent  pas  une  variation  de  niveau  de 
50  centimètres. 

Les  eaux  de  la  surface  sont  conduites  dans  les  fossés  des  wateringues 
à  l'est  et  à  l'ouest  de  la  ville.  Après  chaque  averse,  on  trouve  dans  les  tilets 
d'eau  de  la  voirie  plusieurs  mètres  cubes  de  sable  très  fin  que  l'eau  pluviale 
a  enlevé  dans  tous  les  recoins  et  sur  toutes  les  saillies  des  façades  des  mai- 
sons. Les  eaux  ménagères  sont  actuellement  jetées  dans  les  filets  d'eau  de 
la  voie  publique  au  moyen  de  tuyaux  venant  des  éviers  et  débouchant  sous 
la  bordure  des  trottoirs. 

Les  matières  fécales  sont  accumulées  dans  des  fosses  plus  ou  moins 
étanches.  Toutes  les  maisons  sont  infectées  des  gaz  de  la  fermentation  qui 
se  produit  dans  ces  fosses.  Les  eaux  qui  servent  à  l'alimentation  sont  char- 
gées de  matières  organiques. 

Le  projet  consiste  dans  l'établissement  d'une  canalisation  souterraine 
pour  conduire  les  matières  fécales,  les  eaux  ménagères  et  les  eaux  de 
chasse  dont  on  peut  calculer  le  débit  de  manière  qu'après  le  départ  des 
matières  fécales  et  des  eaux  ménagères  tout  le  périmètre  et  la  section 
mouillée  par  celles-ci  soient  rincés  par  le  passage  des  eaux  de  chasse.  Kn 
n'admettant  que  des  liquides  dont  on  peut  très  approximativement  calculer 
le  débit)  on  réduit  à  un  minimum  les  variations  de  niveau  dans  l'égout  et 
l'on  ne  s'expose  pas  aux  émanations  que  donnent  dans  les  égouts  les 
parois  successivement  mouillées  et  exposées  ensuite  à  l'air.  L'admission 


—  «63  — 

des  eaux  pluviales  dans  les  égouts  expose  à  de  grandes  variations  de  niveau 
et  à  l'introduction  des  sables  fins  dans  les  égouts. 

La  section  transversale  de  l'égout  est  constituée  par  un  tiers  de  cylindre 
de0",15  de  diamètre  pour  radier,  deux  plans  inclinés  à  60  degrés  rejoi- 
gnent les  banquettes  h  0°*,50  au-dessus  du  radier.  L'accès  pour  la  visite  et 
le  curage  est  assuré  par  deux  pieds-droits  de  0",17  ^e  hauteur  au-dessus 
des  banqueltes  surmontés  d'une  voûte  en  plein  cintre  de  0»,84  de  diamètre. 
Saos  cette  section  libre  peut  circuler  sur  les  banquettes  un  wagon  muni 
de  vannes  de  curage. 

La  section  transversale  de  Tégout  projeté  s'écarte  tant  soit  peu  de  la 
section  ovoïde  que  Ton  donne  ordinairement  aux  égouts.  Le  passage  des 
matières  y  subira,  à  la  vérité,  un  frottement  plus  considérable  ;  mais  aussi, 
pour  la  même  raison,  le  rinçage  des  parois  par  les  eaux  de  chasse  sera 
plus  efficace  et  cela  d'autant  plus  que  tous  les  radiers  sont  inclinés  au  mi- 
nimum à  3  millimètres  par  mètre,  beaucoup  ont  des  pentes  de  plusieurs 
centimètres  et  les  eaux  de  chasse  sont  projetées  tangentiellement  aux 
radiers  avec  une  vitesse  dépassant  1"*,20. 

Ces  pentes  relativement  considérables,  eu  égard  à  la  situation  topogra- 
phique  de  la  ville,  ont  été  obtenues  en  divisant  le  réseau  en  31  tronçons 
se  réunissant  dans  un  émissaire  unique  et  en  réduisant  ainsi  à  un  minimum 
les  longueurs  à  parcourir  par  chacun  des  tronçons. 

Les  tuyaux  de  chute  venant  des  maisons  sont  moulés  dans  les  parois  dii| 
l'égout  en  même  temps  que  celui-ci  et  dans  une  direction  oblique  par  rap- 
port à  l'axe.  En  face  de  chacun  d'eux  se  trouve  moulée  une  rainure  empê- 
chant les  matières  des  tuyaux  de  se  relever  et  de  souiller  les  parois. 

Les  tuyaux  de  chute  seront  prolongés  au  travers  des  maisons  pour 
déboucher  au-dessus  des  toitures.  Il  n'y  a  que  les  communications  des 
tuyaux  d'éviers  et  watcr-closels  qui  seront  munis  de  siphons  en  S  avant 
leur  jonction  avec  les  tuyaux  de  chute.  Ceux-ci  mettront  donc  constamment 
Tair  des  égouts  en  communication  avec  l'atmosphère.  La  ventilation  des 
égouts  sera  en  outre  prévue  par  les  dispositions  prises  dans  la  construc- 
tion des  réservoirs  de  chasse. 

Au  fur  et  k  mesure  que  la  section  d'écoulement  devra  être  rendue  plus 
considérable,  les  tuyaux  de  chute  déboucheront  dans  l'égout  aune  hauteur 
plus  grande  au-dessus  du  radier. 

La  section  de  l'égout  sera  constante  dans  toute  la  ville  et  construite  dans 
le  système  monolithe  en  béton  de  ciment  k  pierrailles  de  moins  de  0",02  et 
sur  moules  en  tôle  avec  glissières  coniques  et  appareil  de  décintrement 
mécanique  employés  dans  la  plaine  de  Gennevilliers.  Des  longueurs  de 
3  mètres  seront  ainsi  successivement  coulées.  Après  quinze  ou  vingt  mi- 
nutes on  décintrait,  on  avançait  le  moule  et  les  collerettes. 

Les  réservoirs  de  chasse  sont  obtenus  par  le  prolongement  de  4  mètres 
de  l'égout  au  delà  du  dernier  tuyau  de  chute  de  chacun  des  31  tronçons 
d'égout.  Un  mur  pignon  en  amont  et  un  autre  en  aval  donnent  une  capa<- 
cilé  pour  l'eau  d'environ  2  000  litres. 


—  164  — 

Ces  réservoirs  sont  munis  d'un  siphon  annulaire  formé  d'un  tuyau  et 
d*une  cloche. 

Le  tuyau  traverse  le  fond  et  plonge  dans  une  cuvetle  dont  le  niveau  d'eau 
est  à  quelques  centimètres  au-dessus  du  sommet  du  radier  de  l'égout.  La 
cloche  est  posée  concentriquement  au  tuyau  qui  reste  avec  son  extrémité 
supérieure  à  quelques  centimètres  en  dessous  du  dôme  de  la  cloche,  tandis 
qu'au  bas  de  la  cloche  un  espace  est  réservé  pour  permettre  l'accès  de  Teau 
dans  l'appareil. 

Un  robinet  de  0*^,03  de  diamètre  de  passage  alimente  le  réservoir.  L'eau 
montant  successivement  chasse  l'air  de  la  cloche. 

La  chute  de  l'eau  dans  le  tuyau  central  détermine  une  succion  qui  amorce 
le  siphon  et  donne  lieu  à  la  vidange  de  tout  le  réservoir  par  un  tuyau  de 
0",10  de  diamètre. 

Toutes  les  matières  d'égout  et  les  eaux  de  chasse,  les  eaux  drainées  le 
long  des  parois  extérieures  de  l'égout  sont  réunies  dans  une  citerne  dont 
l'air  se  trouve  en  communication  directe  avec  les  cendriers  des  générateurs 
à  vapeur. 

Les  pompes  sont  du  système  Western,  à  action  directe,  dont  tous  les 
organes  sont  combinés  pour  le  service  spécial  des  pompes  à  t  sewage.  » 

Dans  une  même  salle  de  machines  se  trouvent  deux  de  ces  appareils 
(alors  que  l'un  d'eux  est  en  mesure  d'assurer  le  service),  et  les  pompes 
du  même  système  pour  élever  l'eau  du  canal  de  Bruges  à  Blankenberghe 
dans  un  réservoir  château-d*eau  de  450  mètres  cubes  de  capacité  établi 
dans  les  combles  du  Casino,  à  22  mètres  au-dessus  du  niveau  général  des 
rues  de  la  ville. 

De  ce  réservoir  rayonnent  des  conduites  dans  toutes  les  rues  pour 
alimenter  les  réservoirs  de  chasse  et  les  robinets  du  service  d'incendie. 
Ultérieurement,  quand  on  aura  drainé  les  eaux  des  dunes,  toutes  les  instal- 
lations prévues  pourront  conduire  les  eaux  potables  à  domicile. 

Les  eaux  pluviales  continueront  h  circuler  le  long  des  filets  d'eau  de  la 
voie  publique,  y  déposeront  à  chaque  averse  leurs  sables  et  se  rendront 
ensuite  dans  les  deux  wateringues  où,  depuis  de  nombreuses  années,  elles 
ont  été  des  plus  utiles  pour  les  pâturages  pendant  les  grandes  sécheresses. 
Les  matières  d'égoul  sont  aspirées  par  les  pompes  dans  la  citerne  et 
refoulées  à  deux  kilomètres  de  Blankenberghe  vers  trente-deux  hectares 
de  terres  d'un  même  tenant,  situées  dans  une  direction  telle  que  les  vents 
dominants  de  la  contrée  passant  sur  elles  vont  directement  à  la  mer  sans 
passer  ni  sur  Blankenberghe,  ni  sur  le  village  de  Wylkerque,  ni  sur  aucune 
agglomération  bâtie.  Ces  terres,  fortement  chaulées  et  drainées,  auront 
pour  émissaire  principal  du  drainage  un  petit  cours  d'eau  qui,  en  serpen- 
tant ensuite  au  travers  des  pâtures,  retournera  Teau  au  canal.  Les  matières 
d'égout,  filtrées  au  travers  de  ce  sol,  laisseront  leurs  principes  fertilisants 
au  sol,  et  l'eau  claire  et  limpide,  comme  on  en  obtient  aux  drains  de  la 
plaine  de  Gennevilliers,  retournera  au  canal. 
L'ensemble  du  système  fait  donc  servir  l'eau  du  canal  à  l'assainissement 


—  16S  — 

de  la  ville  et  à  la  fertilisation  des  champs.  Le  montant  du  devis,  y  compris 
les  conduites  d'eau,  chftteau-d'eau,  service  des  incendies  et  des  irrigations 
et  5118  mètres  d'égouts,  s'élève  à  460000  francs,  en  nombre  rond. 

Le*  téléi^rai^lM*  aux  Étal««lJ«to.  D'après  une  note  que  nous 
Irouvonsdans  ['Engineering  News^  tes  États-Unis  auraient  263  950  kiio- 
mèlres  de  lignes  télégraphiques,  14402  bureaux  et  auraient  expédié. 
Tannée  dernière,  57942247  télégrammes.  Ces  chiffres  donnent  plus  du 
triple  comme  longueur,  et  presque  le  double  comme  nombre  de  bureaux 
et  de  télégrammes,  par  rapport  à  ceux  des  autres  pays  qui  viennent  en  léte. 

Gomme  longueur,  ces  derniers  seraient  la  France  avec  73  860  kilomètres, 
rAllemagne  avec  72560;  l'Autriche  avec  50100,  et,  dit  le  journal  Amé- 
ricain, l'Australie  avec  35 150  [kilomètres.  La  Grande-Bretagne  ne  vien- 
drait qu'après  comme  longueur  de  lignes,  mais  elle  lient  la  tète  pour  le 
nombre  de  télégrammes,  31 345880,  co  qui  fait  un  peu  plus  de  la  moitié  du 
chiffre  correspondant  pour  les  États-Unis. 

Pour  le  nombre  des  bureaux  télégraphiques,  l'Allemagne  vient  la  pre- 
mière avec  7  366,  et  la  Bulgarie  la  dernière  avec  37. 

Le  (oaai^c.  Malgré  les  avantages  importants  qu'il  présente  pour  la 
traction  des  bateaux  sur  les  voies  navigables  intérieures,  le  louage  est 
relativement  peu  employé.  Ainsi  il  n'existe  pas  en  Angleterre;  aux  Ëtals- 
Cnis,  on  en  a  fait  l'essai  avec  très  peu  de  succès  sur  une  faible  partie  du 
canal  de  l'Érié.  En  Belgique,  il  y  a  28  kilomètres  de  chaîne  pour  2  000  kilo- 
mètres de  voies  navigables,  ce  qui  représente  1  1/2  pour  100;  en  France, 
les  diverses  compagnies  de  louage  de  la  Seine  et  celle  de  l'Yonne,  ont 
441  kilomètres  de  chaîne  pour  13000  kilomètres  de  voies  navigables,  soit 
3  1/2  pour  100.  En  Allemagne,  il  y  a,  pour  11  600  kilomètres  de  voies 
navigables,  883  kilomètres  de  chaîne,  soit  8  pour  100,  et  120  kilo- 
mètres de  câble  ou  1  pour  100,  ensemble  1 003  kilomètres  ou  9  pour  100. 
L'Autriche  a  180  kilomètres  de  touage  à  chaîne,  sur  le  Danube  entre 
Presbourg  et  Pochiarn. 

Le  pétrole  en  Amérlqoe.  Le  production  du  pétrole  brut  aux  États- 
Unis  s'est  élevée  en  1884  au  chiffre  formidable  de  24089758  barils  de 
42  gallons»  soit  160  litres;  la  presque  totalité  provient  des  puits  de  Pensyl- 
vanie  et  de  l'État  de  New-York,  car  les  autres  n'ont  fourni  que  467  000  ba- 
rils. La  valeur  totale  de  la  production,  au  prix  moyen  sur  place  de  4  fr.  25 
le  baril  (un  peu  plus  de  2  1/2' centimes  le  litre),  représente  une  somme  de 
102  millions  de  francs. 

L'année  précédente,  la  production  avait  été  inférieure  de  689529  barils, 
mais  comme  le  prix  moyen  sur  place  était  de  5  fr.  50,  la  valeur  totale  de 
la  production  a  été,  en  1884,  malgré  l'accroissement  notable  de  cette  pro- 
doctioD,  inférieure  de  près  de  27  millions  de  francs  à  celle  de  l'année 
précédente. 


—  166  — 

Uq  fait  intéressant  à  noter  est  le  développement  de  la  production  da 
pétrole  en  Californie;  cet  État  vient  aujourd'hui  comme  importance  à  ce 
point  de  vue,  immédiatement  après  la  Pensylvauie  et  TÉtat  de  New*York; 
après  la  Californie,  viennent  la  Virginie  occidentale,  TOhio  et  le  Kentucky. 
Le  Colorado,  le  Wyoming  et  le  Nouveau-Mexique  ne  donnent  encore  que 
des  traces  de  pétrole. 

La  Californie  n*a  produit  en  1878  que  15227  barils  de  42  galions;  en 
1879, 19858;  en  1880,  la  production  s'élevait  à  42400;  en  1881,  à  50000; 
en  1882,  à  70000;  Taugmoiiintion  s'est  accentuée  encore  en  1883,  et  on 
pense  que  la  production  de  1884  aura  atteint  100  000  barils.  La  totalité 
de  cette  production  est  consommée  dans  TËtat  même,  plus  une  notable 
quantité  importée  des  États  de  l'Est. 

La  valeur  du  gaz  naturel  employé  en  1884  aux  États-Unis  pour  les 
emplois  industriels  et  domestiques  est  évaluée  à  7  millions  de  francs,  en 
nombre  rond,  contre  2 1/2  millions  en  1883;  cette  valeur  est  celle  du  com- 
bustible solide  que  remplace  le  gaz  naturel. 


COMPTES   RENDUS 


SOCIÉTÉ  D'ENCOURAGEMENT  POUR  L'INDUSTRIE  NATIONALE 


MAI  1885. 

Rapport  de  M.  Trssga  sur  le  «irstèiiic  de  l#e*iii*UTe  ten^MinJ, 

de  M.  Mallet. 

Nous  devons  nous  borner  à  rappeler  que  ce  rapport  est  le  dernier  fait 
pour  la  Société  d'Encouragement  par  notre  très  regretté  Président  hono- 
raire et  à  exprimer  à  cette  occasion  nos  sentiments  de  reconnaissance  à 
sa  mémoire. 

Rapport  de  M.  Lavoll^e  au  sujet  d'une  proposition  de  M.  Delaueibr, 
relative  à  la  rerimimm  de  Vmwiieie  tO  de  la  toi  de  tM4  ewp  les 
brevet*  d'iBTenttea. 


V 


—  167  — 

Cet  article  dispose,  comme  on  sait,  que  la  cession  totale  ou  partielle 
d'un  brevet  ne  pourra  être  faite  que  par  acte  notarié  et  après  le  payement 
de  la  totalité  de  la  taxe. 

Cette  obligation  est  particulière  à  la  France,  et  le  rapporteur  est  d*avis 
que,  gènanle  pour  les  inventeurs  et  rendant  plus  difficile  la  cession  des 
brevets,  elle  peut  être  supprimée,  sans  perle  pour  le  Trésor,  et  avec  profit 
pour  les  brevetés. 

Clapet  de  retenue  p*iir  «i^parelle  à  TApear.  A  la  suite  de 
l'accident  de  Maroaval,  l'administration  a  recommandé  aux  maîtres  de 
forges  de  faire  usage  d'un  clapet  d'arrêt  de  vapeur  à  installer  sur  chacun 
des  générateurs  constituant  un  groupe  desservi  par  une  conduite  commune. 
Le  clapet  doit  se  fermer  automatiquement  en  cas  de  rupture. 

Une  disposition  construite  dans  les  ateliers  de  M.  Artige,  à  Grenelle, 
est  ici  décrite. 

C'est  un  clapet  soutenu  par  un  ressort  et  intercalé  sur  la  conduite  de 
vapeur.  A  l'état  normal,  ce  clapet  reste  suspendu  et  n'oppose  pas  d'obstacle 
à  l'écoulement  de  la  vapeur;  mais  si,  par  suite  d'une  rupture,  cet  écoule- 
ment prend  une  intensité  anormale,  il  s'établit  une  différence  de  pression 
entre  le  dessus  et  le  dessous  du  clapet,  lequel  vient  s'appliquer  immédiate- 
ment sur  son  siège. 

Cet  appareil  a  été  expérimenté  sur  une  conduite  de  45  millimètres  de 
diamètre,  on  a  reconnu  qu'il  remplissait  les  conditions  suivantes  : 

En  service  normal,  il  ne  crée  aucune  résistance  nuisible  sur  le  passage 
delà  vapeur; 

En  cas  de  rupture  de  la  conduite  ou  de  l'un  des  récipients  qu'elle  des- 
sert, il  se  ferme  immédiatement  et  sans  choc  et  empêche  la  vapeur  de  sortir 
de  la  chaudière  sur  laquelle  il  est  fixé. 

Enfin,  dès  que  Tavarie  est  réparée,  il  s'ouvre  de  lui-même  et  se  trouve 
de  nouveau  prêt  à  fonctionner. 

Notes  sur  lee  deeeéehement*  de  la  Tallée  du  Pé,  par  M.  A. 

HÉRisson. 


^  l'IHdIam,  «an  état  naturel,  aa  taaian,  aan  dépét  par 
vêle  électrique  et  aea  applleatlana  dana  lea  arta.  (Traduit  du 
journal  Ofthe  School  of  Mine$.) 


—  168  — 


ANNALES  DES  PONTS  ET  CHAUSSÉES 


MAI  1885. 


Étude  sur  la  rémîmimmee  des  matérlAiix  éan*  le*  mur»  de 
•oatènement,  par  M.  Hetier,  ingénieur  en  chef  des  ponts  et  chaussées. 

Le  but  de  ce  travail  est,  en  profitant  des  résultats  acquis,  d'établir  à 
Faide  des  principes  de  la  résistance  des  matériaux  des  formules  et  des 
procédés  pratiques  pour  construire  des  murs  solides  sans  dimensions 
exagérées.  On  y  étudie  les  murs  qui  doivent  soutenir  de  l'eau  ou  murs- 
barrages  et  ceux  qui  doivent  soutenir  des  remblais  ou  murs  de  soutènement. 

L'auteur  examine  successivement  la  manière  dont  cèdent  les  murs  de 
soutènement,  l'évaluation  de  la  poussée  dans  les  divers  cas,  les  pressions 
et  les  tensions  dans  les  sections  du  mur  et  leurs  variations,  et  arrive  à 
poser  les  équations  différentielles  du  problème.  Après  ces  généralités,  les 
murs-barrages  avec  ou  sans  contreforts  et  les  murs  de  soutènement  égale- 
ment avec  ou  sans  contreforts,  et  les  murs  en  pierres  sèches,  les  perrés,  etc., 
sont  étudiés  en  détail  et  des  applications  numériques  sont  faites  dans 
chaque  cas. 

Note  sur  rinetallatlen  de  l'éclalpege  électrique  à  l'héiel  de 
▼nie,  par  M.  Bartbt,  ingénieur  en  chef  des  ponts  et  chaussées. 
-  Cette  note  décrit  l'installation  exécutée  et  les  résultats  obtenus  dans  la 
période  du  20  octobre  1883  au  26  avril  1884. 

On  disposait,  pour  la  force  motrice,  de  vapeur  à  6^,5  fournie  par  deux 
chaudières  de  Naeyer;  cette  vapeur  est  ulilisée  dans  deux  machines  Com- 
pound  de  50  chevaux  nominaux  chacune,  actionnant  un  même  arbre  de 
transmission  qui  donne  le  mouvement  aux  machines  dynamos.  Celles-ci, 
au  nombre  de  deux,  sont  du  système  Edison,  type  R  ancien  modèle,  et 
pouvant  alimenter  chacune  250  lampes  A  de  16  candies;  les  machines  sont 
accouplées  en  batteries,  elles  ont  une  force  électromotrice  de  110  volts  et 
chacune  peut  fournir  un  courant  de  190  ampères;  la  vitesse  de  rota* 
tion  est  de  920  tours. 

Les  lampes  du  plus  petit  modèle  sont  seules  installées  deux  à  deux  sur 
le  même  circuit;  la  majeure  partie  des  lampes  est  placée  en  dérivation, 
c'est-à-dire  que  le  courant  ne  les  traverse  pas  successivement,  mais  se 
ramifie  en  autant  de  courants  dérivés  qu'il  y  a  de  lampes.  Cette  disposition, 
en  offrant  un  grand  nombre  de  débouchés  au  courant,  diminue  la  résis- 
tance du  circuit  extérieur.  Il  faut  toutefois  avoir  la  précaution  d'installer 
près  des  dynamos  un  régulateur  agissant  directement  sur  l'intensité  du 


~  169  ^ 

coarant  dérivé  qui  traverse  les  électro-aimants»  pour  faire  varier  Tioten- 
site  da  courant  général. 

Il  y  a  447  lampes  appartenant  à  trois  modèles  :  les  lampes  A,  de 
32 candies;  les  lampes  B,  de  16,  et  les  lampes  G,  de  8;  les  premières  sont 
an  nombre  de  429.  Un  cheval  alimente  4,5  des  premières,  7,S  des  secondes 
et  15  des  troisièmes;  en  moyenne,  on  obtient  la  lumière  de  13  carcels  de 
9,5  candies  par  cheval. 

La  dépense  totale  d'exploitation  pendant  la  période  indiquée  ci-dessus 
a  été  établie  comme  suit  : 

Salaire  des  électriciens  et  mécaniciens fr.    5  039  80 

Huile,  bidons,  chiffons,  tresses  en  colon,  elc  .  .  .  1 568  20 

Location  du  matériel  d'éclairage  et  lampes  ....  2  330    » 

Dépenses  diverses 3190  41 

Total fr.  12128  41 

Mais,  comme  les  dépenses  diverses  constituent  en  réalité  des  dépenses 
d'installation  qui  avaient  dû  être  imputées  au  crédit  d'entretien,  il  ne  faut 
prendre  que  8  938  francs  et  y  ajouter  5  868  fr.  24  pour  139  720  kilogrammes 
de  charbon  brûlé;  en  comptant  pour  intérêts  et  amortissement  10  pour  100 
des  100000  francs  qu'a  coûté  l'établissement  du  matériel  moteur  et  du 
matériel  électrique,  on  arrive  à  un  total  de  24806  fr.  24,  qui  donne 
0  fr.  1386  par  foyer  heure.  Il  faut  retrancher  de  ce  chiffre  la  partie 
correspondante  à  la  location  des  appareils  pour  faire  la  comparaison  avec 
les  antres  systèmes  d'éclairage  ;  il  resterait  donc  seulement  0  fr.  126;  la 
dépense  serait  pour  Téclairage  à  Thuile  de  0  fr.  130,  et  pour  le  gaz  de 
0  fr.  058. 

L'éclairage  électrique  par  incandescence  est  donc,  à  intensité  égale,  plus 
coûteux  que  le  gaz,  mais  c'est  un  mode  d'éclairage  agréable  et  qui,  avec 
les  soins  d'une  bonne  exploitation  en  régie,  peut  arriver  à  la  régularité 
et  à  la  fixité.  Sous  ce  rapport  l'expérience  de  l'hôtel  de  ville  est  con- 
cluante. 

Note  sur  un  appareil  emwe^mtrmnr  pour  la  détermination  simul- 
tanée de  la  résistance  de  rupture  et  de  la  déformation  des  matériaux  de 
construction,  par  MM.  H.  Lb  Ghàtklibh,  ingénieur  des  mines,  et  L.  Le  Cha- 
TBUBR,  ingénieur  des  ponts  et  chaussées. 

Note  sur  un  appareil  eareflatreiir  de  alTeaa,  par  M.  Lb  Gha- 
TKLiBB,  ingénieur  des  ponts  et  chaussées. 


—  170  — 


SOCrÊTÉ  INDUSTRIELLE  DE  MULHOUSE 


AVRIL,   KAI,  JUIN  1885. 

Notes  diverses  de  ehlaiic  analytique»  par  M.  Ch.  db  là  Harpe. 

Rapport  général  sur  la  marelie  de  r Aeeoelation  alaaeienne  des 
l^raprlétairea  d^apparella  à  Tapeur»  à  la  fia  de  son  dix-septième 
exercice  1884,  présenté  à  l'assemblée  générale  du  14  janvier  1885,  par 
M.  Ernbst  Zuber,  président  du  conseil  d'administration. 

Rapport  de  M.  Walther-Meunibr,  ingénieur  en  chef  de  rAssociation 
alsacienne  des  propriétaires  d'appareils  à  vapeur  sur  lea  traTaax  exé- 
entés  sons  aa  direetlon  en  1894. 

Les  chaudières  inscrites  sur  les  registres  de  l'Association,  au  nombre  de 
2133  à  la  fin  de  1883,  ont  eu  une  augmentation  de  247  et  une  diminution 
de  99,  ce  qui  porte  le  chiffre,  au  31  décembre  1884,  à  2281,  dont  1 510  en 
Alsace-Lorraine,  733  dans  les  départements  français  limitrophes  et  38  dans 
le  Luxembourg. 

Le  rapport  donne  les  résultats  du  service  ordinaire,  visites,  consulta- 
tions, etc.,  et  du  service  extraordinaire,  essais  à  la  presse,  essais  de 
machines  et  chaudières,  etc.  Parmi  ces  derniers  figurent  les  essais  d'une 
locomobile  de  MM.  Quiri  et  C«,  de  Schiltigheim  et  d*une  machine  Gorliss, 
du  Greusot;  nous  avons,  dans  une  chronique  précédente,  donné  les  résul- 
tats de  cet  essai.  II  y  a  également  des  expériences  faites  sur  des  foyers 
fumivores  Zacharias  et  Orvis,  et  des  analyses  chimiques  exécutées  sur  des 
matières  désincrustantes. 

Le  rapport  se  termine  par  le  chapitre  des  accidents,  heureusement  peu 
nombreux,  comprenant  des  fuites  à  un  générateur  par  manque  d'eau,  la 
rupture  d'un  assemblage  dans  une  chaudière  à  petits  tubes  à  eau,  l'explo- 
sion d'un  bouilleur,  celle  d'un  récipient  d'eau  chaude  et  enfin  la  rupture 
d'une  conduite  d'alimentation  en  fonte. 

Eaaai  dn  eomptenr  à  ean,  ayatème  ttehnaid  (de  Zurich),  rapport 
présenté  au  nom  du  comité  de  mécanique  par  M.  W.  Grossbtestb. 

Nous  avons  indiqué  le  principe  dQ  cet  appareil  dans  la  Ghronique  d'a- 
vril 1885,  page  582  ;  il  a  été  installé  chez  MM.  Schlumberger  fils  et  G* 
sur  l'alimentation  de  quatre  générateurs  de  la  filature. 

Mis  en  place  le  30  septembre  1883,  il  a  fonctionné  d'abord  jusqu'au 
17  octobre,  placé  entre  le  réchauffeur  et  les  générateurs  ]  l'eau  mesurée 
marquait  jusqu'à  158<»  sans  descendre  au-dessous  de  90®.  Le  17  octobre,  il 


—  171  — 

« 

ftUat  k  démonter  et  il  fut  trouvé  garni  intérieurement  d'incrustations  dues 
à  la  haute  température  de  l'eau. 

Réparé,  il  fut  mis  en  place  le  27  décembre  1883*  entre  la  pompe  d'ali- 
mentation et  le  réchauffeur,  mesurant  ainsi  de  Teau  à  la  température  de  10^ 
à  15';  depuis  ce  jour,  il  a  fonctionné  d'une  manière  satisfaisante. 

Le  contrôle  se  faisait  par  l'emploi  de  deux  réservoirs  de  3  000  litres  cha- 
can,  dont  l'un  se  vidait  pendant  que  l'autre  se  remplissait  et  où  puisait  la 
pompe  alimentaire;  les  chauffeurs  notaient  chaque  jour  le  nombre  de  ca«- 
pacités  employées. 

Dans  une  très  longue  période  (du  28  mai  au  13  décembre)  où  il  a  mesuré 
14086695  litres,  soit  en  moyenne  83  353  par  jour,  on  a  fait  des  observa- 
lions  très  précises  qui  ont  donné  des  différences  de  i|65'pour  100  en 
moyennei  l'écart  maximum  étant  1,80. 

Il  y  aurait,  paralt*il,  déjà  beaucoup  de  compteurs  de  ce  système  en  ser- 
vice. M.  Schmid  a  envoyé  une  liste  où  227  sont  indiqués,  répartis  dans  les 
pays  les  plus  divers. 

Le  rapport  fait  observer  que  l'exactitude  de  ces  appareils  dépend  unique- 
ment des  soins  apportés  à  la  construction,  et  l'on  peut  dire  que  chacun 
d'eux  devrait  être  contrôlé  avant  l'emploi  et  même,  pendant  Tusage,  être 
essayé  de  temps  à  autre.  Cette  réserve  faite,  il  n'en  est  pas  moins  établi 
qu'il  est  possible  d'avoir,  par  cet  appareil  bien  construit,  une  mesure  exacte 
du  volume  de  Teau  d'alimentation  des  générateurs. 

Aussi,  considérant  que  l'appareil  a  subi  d*une  manière  satisfaisante  les 
épreuves  imposées,  et  qu'il  a  rempli  les  conditions  formulées  au  programme 
des  prix,  le  rapport  conclut  à  ce  qu'il  soit  décerné  à  H.  Schmid  le  prix 
proposé. 

Note  sur  quelques  faits  relatifs  à  Taeldc  •xallfiiie  et  à  ralmnlae» 

par  MM.  Camille  Kobchiir  et  L.  Mathieu-Plesst. 

Note  sur  la  pr«4a«tf«n  dvnoivd'aHlIUie,  par  M.  Ch.  Zubghbr. 

Note  sur  un  procédé  pour  PMnpIaeer  la  terre  ém  pipe  dmmm 
llnipreaalan  anr  tiaaa,  par  M.  0.  Brener. 

n  s'agit  de  l'emploi  d'amidon  blanc  délayé  avec  un  peu  d'eau  et  ajouté  à 
froid,  soit  aux  couleurs  toutes  faites,  soit  à  l'épaississement  qui  sert  à  les 
couper.  Le  prix  de  l'amidon  blanc  étant  plus  élevé  que  celui  de  la  terre  de 
pipe,  ce  procédé  ne  réalise  pas  d'économie,  mais  ce  point  est  compensé  par 
les  avantages  obtenus. 

Analyse  d'une  note  sur  la  me«are  du  paiiTair  Inlirlflavt  dea 

hnilc»,  par  U.  Woodburt,  présentée  par  M.  Poupardin. 

Dans  l'appareil  employé,  l'huile  à  essayer  se  trouve  entre  deux  plateaux; 
celui  du  bas  reçoit  un  mouvement  de  rotation  et  tend  à  entraîner  le  plateau 
supérieur;  ce  dernier  a  la  forme  d'un  disque  creux,  terminé  à  sa  partie  in- 
férieure par  une  surface  bien  plane.  L'espace  annulaire,  laissé  libre  à  son 
intériear,  permet  de  le  faire  traverser  par  un  courant  d'eau  froide,  afin 


—  172  — 

d'empêcher  sa  température  de  monter,  par  suite  du  frottement  et  de  ia 
maintenir  à  un  point  donné.  Lorsqu'on  veut  au  contraire  étudier  l'effet  de 
l'augmentation  de  température,  on  arrête  cette  eau  ;  un  thermomètre  plongé 
dans  un  tube  de  cuivre  qui  trayerse  le  plateau  jusqu'à  sa  partie  inférieure 
permet  de  relever  exactement  la  quantité  dont  cette  température  s'élève. 

Le  plateau  supérieur  est  chargé  d'un  certain  poids  et  un  dynamomètre, 
ingénieusement  disposé,  indique  l'effort  qui  tend  à  entraîner  le  disque  supé- 
rieur suivant  le  mouvement  du  disque  inférieur. 

L'auteur  a  étudié  la  variation  de  cet  effort  pour  des  températures  variant 
de  4  à  38  degrés  et  la  pression  de  0ks,07  à  2^,8Q  par  centimètre  carré.  La 
force  qui  tend  à  entraîner  le  disque  supérieur  ne  croît  pas  proportionnelle- 
ment à  la  pression  et  cet  accroissement  n'est  pas  uniforme  ;  cela  tient  à  ce 
que  l'huile  qui  est  entre  les  surfaces  provoque  elle-même,  par  sa  propre 
cohésion,  une  résistance. 

D'une  manière  générale,  le  coefficient  de  frottement  diminue  d'une  part 
avec  la  pression  et  de  l'autre  avec  la  fluidité  de  l'huile  accusée  par  la  tem- 
pérature. La  présence  d'un  lubréfiant  fait  que  la  constance  du  coefficient  de 
frottement  pour  les  différentes  pressions  n'est  pas  rigoureusement  exacte; 
le  problème  dans  ce  cas  se  rapproche  de  celui  de  l'hydraulique  conceruant 
l'écoulement  de  liquides  à  travers  de  minces  orifices. 

On  doit  faire  remarquer  d'ailleurs  que,  bien  que  le  coefficient  de  frotte- 
ment diminue  avec  l'augmentation  de  la  fluidité  de  l'huile,  il  ne  faudrait 
pas  pousser  à  l'extrême  remploi  d'huile  très  fluide,  sauf  pour  de  très  fai- 
bles pressions,  car  la  couche  d'huile,  pour  être  eflScace,  doit  toujours  pou- 
voir être  assez  épaisse  pour  empêcher  tout  contact  des  deux  pièces  métal- 
liques considérées. 

Réponse  de  M.  Schedrbr-Eestner  à  M.  F.  Fischer,  concernant  les 

muBÎjmem  dem  prodalto  i^axcaz  de  1a  e^fliliasiion  de  lahoalllc. 

Note  sur  Tlnipréi^BatleB    des    éekalae   à  la   eréeaete«  par 

M.  Ch.  Zundkl. 

M.  Fiedier,  directeur  de  rÉcole  d'agriculture  de  Rouffach,  a  recom- 
mandé depuis  plusieurs  années  ce  procédé  pour  donner  aux  échalas  et 
tuteurs  une  durée  de  vingt-cinq  à  trente  ans. et  permettre  d'employer  à  cet 
usage  toutes  les  essences  de  bois,  au  lieu  d'essences  fort  chères  de  chêne  et 
de  châtaignier. 

Ce  procédé  est  aujourd'hui  très  employé  dans  le  Palatinat  et  dans  les 
vignobles  du  Rhin  et  de  la  Moselle  et  réussit  parfaitement;  de  plus,  la 
dépense  est  insignifiante. 

Les  échalas  sont  placés  dans  une  chaudière  verticale  en  tôle  de  2*,7S  de 
hauteur  sur  1",25  de  diamètre  chauffée  par  le  bas  par  un  foyer.  Cette  chau- 
dière est  remplie  de  créosote  de  houille;  on  chauffe  pendant  six  à  huit  heures 
et  on  laisse  refroidir.  La  créosote  bouillant  au-dessus  de  i%5  degrés,  chasse 
l'eau  du  bois  et  la  remplace  dans  l'intérieur.  On  compte  que  mille  échalas 
absorbent  100  kilogrammes  de  créosote  valant  12  francs. 


—  173  — 

M.  Fiedier  a  calculé  que,  pour  rAlsace-Lorrainey  réconomie  serait  d*au- 
moins  1 250  000  francs  par  an,  sans  compter  la  main-d'œuvre  que  deman- 
deot  14  000  000  d'échalas  pour  être  appointés  chaque  année,  et,  si  cette 
opération  se  faisait  sur  tous  les  tuteurs»  poteaux,  perches  à  houblons,  clô- 
tures et  autres  qu'emploie  la  culture,  cette  économie  serait  doublée. 


COMPTES  RENDUS  MENSUELS  DES  RÉUNIONS  DE  LA  SOCIÉTÉ 

DE  L'INDUSTRIE  MINÉRALE 


Séance  de  Montchanin  le  19  avril  1885. 

Communication  de  M.  Bonnottb  sur  le  transport  de  la  farce  aia- 
Mc€  an  m^mjeu  de  la  vai^eap  dans  les  travaux  du  puits  Saint-Léger, 
n*  1,  aux  mines  de  Saint-Berain. 

Il  s'agit  d'un  treuil  à  vapeur  alimenté  par  de  la  vapeur  venant  du  jour. 
La  notice,  devant  figurer  in  extenso  au  Bulletin,  n'est  pas  reproduite  dans 
les  procès-verbaux. 

Communication  de  M.  Mathbt  sur  l'emplaide  la  djraaniMe  gelée 

et  les  moyens  propres  à  conserver  la  dynamite  plastique. 

l'exsudation  de  la  nitro-glycérine  étant  la  cause  des  accidents  qui  se 
produisent  lorsqu'on  fait  dégeler  la  dynamite,  on  doit  rejeter  tous  les 
moyens  qui  tendent  à  produire  cette  exsudation  en  portant  la  substance 
explosive  à  une  température  qui,  comme  on  va  le  voir,  ne  doit  pas  attein- 
dre 25  degrés,  même  en  utilisant  le  bain-marie. 

La  note  signale  un  certain  nombre  de  faits  d'explosions  dus  h  cette 
cause;  de  plus  l'auteur  a  fait,  avec  le  concours  de  M.  Nivon,  ingénieur  aux 
mines  de  Blanzy,  une  série  d'expériences  sur  le  dégel  de  la  dynamite,  dont 
les  résultats  sont  de  nature  à  faire  modifier  les  termes  de  la  circulaire  du 
9  août  1880,  en  ce  qui  a  trait  particulièrement  au  mode  de  dégel  de  la 
dynamite  au  bain-marie. 

On  peut  en  effet  conclure  de  ces  divers  faits  et  expériences  que  : 

1*  L'opération  du  dégel  de  la  dynamite  est  toujours  dangereuse  parle 
fait  de  l'exsudation  de  la  nitro'glycérine; 

2^  Que  cette  exsudation  se  produit  à  une  température  qui  ne  dépasse  pas 
25  degrés; 

3*  Que  l'usage  du  bain-marie  pour  dégeler  des  quantités  notables  de  dy- 
namite est  tout  à  fait  impraticable  à  cause  du  long  temps  qu'il  exige. 

L'application  rigoureuse  des  termes  de  la  circulaire  du  9  août  1880,  dans 


—  174  — 

son  acception  la  plus  étroite,  serait  donc  la  mise  en  demeure  d'arrêter  tout 
emploi  delà  dynamite  parles  temps  froids. 

Il  serait  nécessaire  de  modifier  les  termes  de  la  circulaire  : 

1«  En  tolérant  le  transport  de  dépôt  à  dépôt  de  la  dynamite  gelée; 

2®  En  supprimant  la  recommandation  de  l'opération  du  dégel  au  bain- 
marie; 

3^  En  autorisant  la  création  de  dépôts  journaliers,  à  proximité  ou  dans 
l'intérieur  même  des  travaux,  où  s'opérera  le  dégel  de  la  dynamite  sans 
aucune  espèce  de  danger. 

A  la  suite  de  cette  communication,  M.  Walckenaer  a  appelé  Tattention 
sur  la  solution  employée  en  Allemagne,  qui  consiste  à  établir  des  dépôts 
souterrains  où,  par  suite  de  leur  disposition  même,  la  température  est  telle 
que  la  dynamite  ne  peut  geler. 

Ces  dépôts  sont  soumis  à  des  réglementations  particulières  et  leur  conte- 
nance est  limitée  à  300  kilogrammes  d'explosifs  de  toute  nature.  C'est  pro- 
bablement là  la  solution  la  plus  satisfaisante  pour  la  conservation,  à  l'état 
de  plasticité,  de  la  dynamite  employée  aux  travaux  souterrains,  et  il  est  à 
désirer  que  l'Administration  des  mines  modifie  dans  ce  sens  ses  dernières 
circulaires. 


SOCIÉTÉ  DES  INGÉNIEURS  ALl.EMANDS 


N^26.  — 27yt«>il885. 

Métier  à  tulle  avec  mécanisme  Jacquard,  par  Ernest  Muller  (fin). 

Mesure  de  la  vitesse  des  projectiles,  par  H.  Lehmann. 

Appareil  mélangeur  de  Schlickeyem. 

Métallurgie.  —  L'or. 

Groupe  de  Berlin^  —  Application  de  Télectriciié  au  transport  par  terre  et 
par  eau.  —  Écoulement  de  la  vapeur. 

Groupe  de  Bergues.  —  Inconvénients  de  la  fumée  des  cheminées  de 
fabriques.  —  Appareil  pour  prévenir  les  incendies,  de  Wilmsmann. 

Patentes. 

Bibliographie.  —  L'éclairage  électrique  par  le  D' Emst  Hagen.  —  Anvers 
et  TExposilion  universelle  de  1885.  —  Bibliothèque  de  voyage  de  Griebe.— 
Ouvrages  adressés  à  la  Société. 

Variétés.  —  Gaz  à  l'eau.  —  Production  de  pluie  artificielle.  —  Assem- 
blée générale  de  l'Association  d'hygiène  technique.  —  Coupole  de  l'obser- 
vatoire de  Nice. 


—  175  — 


No  27.  —  4  Juillet  1885. 

Principes  de  constraction  des  soupapes  pour  pompes  et  machines  souf- 
flantes, par  A.  Rieder. 

PonU,  —  Construction  des  ponts  métalliques. 

Machmes-outiU. — Machines  à  fraiser. —  Mécanisme  de  descente  de  porte- 
outilS;  de  Fontanié. 

Groupe  de  Cologne, 

Groupe  de  la  haute  Silésie,  —  Programme  de  l'assemblée  générale. 

Groupe  de  Siegen, 

Patentes. 

Bibliographie,  —  Loi  des  résistances  proportionnelles  et  ses  applications, 
de  Fried.  Kick.  —  Ouvrages  adressés  à  la  Société. 

Variétés,  —  Lancements  et  essais  de  navires.  —  Vingt-cinquième  réu- 
nion annuelle  de  l'association  allemande  pour  les  questions  de  gaz  et  d'eau. 
—  Installation  de  l'éclairage  électrique  sur  le  navire-école  d'artillerie  le 
Mars.  —  Navigation  sur  les  voies  navigables  de  Berlin.  —  Service  des 
patentes.  —  Résistance  au  feu  des  colonnes  métalliques  et  des  piliers  en 
maçonnerie.  —  Éclairage  électrique  de  l'exposition  des  inventions  à  Londres. 


N«  28.  —  11  Juillet  1885. 

Ordre  du  jour  de  la  ving^sixième  réunion  générale  de  l'Association  à 
Stettin. 

Principes  de  construction  des  soupapes  pour  pompes  et  machines  souf- 
flantes, de  A.  Rieder  (fin). 

Électrotechnie.  —  Nouvelle  application  de  l'électricité  pour  la  métallur- 
gie du  plomb. 

Groupe  du  Palatinat  et  Saarbruck.  —  Fabrication  du  coke  avec  conden- 
sation des  sous-produits. 

Vofiétés.  —  Assemblée  générale  de  l'association  allemande  des  maîtres 
de  forges  à  Dusseldorf.  —  Amélioration  de  la  navigation  de  la  Moselle  entre 
Metz  et  Coblentz.  —  Présence  de  l'ammoniaque  dans  les  gaz  des  hauts 
fourneaux  au  coke.  — ■  Modèles  pour  l'enseignement. 

Patentes. 

Le  Secrétaire-Rédacteur^ 
A.  Mallbt. 


Paiir.  —  Imp.  C.  Ca?iomoi<t  et  V.  Rkkault,  rue  dei  Poitems,  6. 


•    I. 


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II 


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ÎTRUCTi 


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B*       fÉ 


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flSÉMOIRES 


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COMPTE  RENDU  DES  TRAVAUX 


DE  LA 


SOCIÉTÉ   DES   INGÉNIEVBS    CIVILS 


AOUT   ^885 


NO    H 


Sommaire  des  séances  du  mois  d'août  : 

1*  Congrès  métallurgique  et  géologique  tenu  à  Budapest,  les  li,  15 
et  16  septembre  1888  (séance  du  7  août,  page  179)  ; 

2*  Fondation  d'une  Société  nouvelle  cTingénieurs  et  (Tindustriels 
belges j  lettre  d'avis  (séance  du  7  août,  page  480)  ; 

3*  Chemin  de  fer  métropolitain  (Lettre  de  M.  Haag  relative  à  son) 
(séance  du  7  août,  page  181)  ; 

4*  Dynamomètres  de  traction  et  de  rotation  de  M.  Taurines  (Lettre 
de  M.  de  Cossigny).  (Séance  du  7  août,  page  183); 

5*  Observations  de  M.  Mallet  sur  la  lettre  de  M.  de  Cossigny  (séance 
du  7  août,  page  185); 

6*  Compte  rendu,  par  M.  Edmond  Roy,  des  résultats  des  Expé- 
riences sur  un  bateau  à  hélice  mobile  de  son  système  (séance  du 
7  août,  pages  186  à  196); 

?  Observations  de  MM.  Quéruel,  Cariniantrand  et  Edmond  Roy,  sur 
la  communication  précédente  (séance  du  7  août,  ]>ages  196  à  200)  ; 

8*  Communication  de  M.  A.  Bonnet  sur  un  Appareil  élévatoire  de 
30  mètres  avec  chariot  transbordeur  (séance  du  7  août  pages  200 
à  207). 


—  178  — 

9^  Remarques  de  MM.  Forest,  Badois  et  Quéruel,  sur  la  communi- 
cation précédente  (séance  du  7  août,  pages  207  et  208). 

Pendant  le  mois  d'août,  la  Société  a  reçu  : 

De  M.  Barré  de  Saint- Venant,  membre  de  l'Académie  des  sciences, 
un  exemplaire  de  sa  Notice  sur  le  but  théorique  des  principaux  travaux 
de  Henri  Tresca. 

De  M.  Yauthier,  membre  de  la  Société,  deux  exemplaires  de  sa  dépo- 
sition devant  la  commission  des  Yoles  navigables,  sur  Tendiguement  et 
les  mouvements  des  fonds  de  Testuaire  de  la  Seine. 

De  M.  Auguste  Moreau,  membre  de  la  Société,  un  exemplaire  d'un 
Rapport  sur  le  chemin  de  fer  métropolitain  de  Paris. 

De  M.  Alexis  Godillot,  membre  de  la  Société,  un  exemplaire  d'une 
Notice  sur  son  appareil  distribuant  mécaniquement  le  combustible  sur 
la  grille  des  générateurs. 

De  M.  J.-A.  Normand,  membre  de  la  Société,  un  exemplaire  de  son 
Étude  sur  les  torpilleurs. 

De  M.  Tellier,  membre  de  la  Société,  un  exemplaire  d'une  note  inti- 
tulée :  le  véritable  Métropolitain. 

De  M.  Munster,  éditeur,  un  exemplaire  de  l'ouvrage  de  M.  G.-B.  Bia- 
dego,  intitulé  :  Monographie  technique  (Texte  et  Atlas). 

De  M.  Camus,  éditeur,  un  exemplaire  du  Manuel  des  candidats  aux 
Écoles  nationales  d'Arts  et  Métiers,  par  M.  Delacroix. 

De  M.  Gallizio  Pietro,  un  exemplaire  de  sa  notice  intulée  :  Di  alcuni 
casi  di  resistenza  dei  materiali  e  délia  annualité  per  fimpianto  e  la 
conservaùone  in  perpétua  di  una  costruziofie. 


Les  membres  nouvellement  admis  sont  : 

MM.  Gassaud  présenté  par  MM»  Ëdoux»  Marguerite  Delachalonny  et  Ver- 

gnoL 
Verrier  —  Gottschalk,  L*  Martin  et  H«  Tresca. 


RÉSUMÉ 


DU 


PROCÈS-VERBAL  DE  LA  SÉANCE 


DU  MOIS  D'AOUT  ^885 


Séance  du  7  Août  18SS. 


Présioencb  de  m.  de  Cohbeeoussk. 


La  séance  est  ouverte  à  huit  heures  et  demie. 

Le  procès- verbal  de  la  dernière  séance  est  adopté. 

M.  LE  Président  a  le  plaisir  d*annoncer  à  la  Société»  que  notre  confrère, 
M.  Appert,  a  été  promu  Officier  de  la  Légion  d'honneur,  et  que  nos  con- 
frères, MH.E.Cacheux,  Ernest  Herscher  et  Morel,  ont  été  nommés  Cheva- 
liers de  la  Légion  d'honneur. 

M.  Vernes  a  reçu  la  Croix  d'officier  du  Nicham. 

M.  LE  Pr£sideiit  regrette  d'avoir  à  faire  part  du  décès  de  MM.  Grieumard 
el  Louis  Parent. 

La  Société  a  reçu  de  Budapest,  au  nom  des  Miniers  et  Métallurgistes  hon- 
grois, réunis  aux  membres  de  la  Société  géologique  hongroise,  une  invita- 
tion au  Congrès  minier,  métallurgique  et  géologique,  qui  se  tiendra  dans 
cette  capitale,  à  propos  de  l'Exposition  nationale  hongroise,  les  14, 15  et 
16  septembre  1885.  A  partir  du  17  septembre,  des  excursions  de  trois  ou 
quatre  jours  auront  lieu  dans  différentes  directions,  intéressantes  pour  les 
géologues. 

Le  Congrès  a  pour  but  de  permettre  aux  mineurs,  aux  métallurgistes  et 
aux  géologues  de  faire  connaissance,  de  nouer  des  relations  entre  eux, 
d'échanger  leurs  vues  et  de  se  communiquer  les  résultats  de  leurs  études 
et  de  leurs  travaux.  Le  Règlement  dit  qu'on  se  servira  des  langues  hon- 
groise, allemande  et  française. 

Ce  Règlement  mentionne  qu'il  est  désirable  que  chaque  communication 


—  180  — 

ne  dure  pas  plus  d'une  demi-heure.  Les  personnes  désireuses  de  prendre 
part  à  ce  Congrès  sont  priées  d'en  informer,  avant  le  10  août»  le  Comité  qui 
siège  à  Budapest,  afin  d'obtenir  les  facilités  de  parcours,  assurées  déjà  par 
les  Compagnies  de  chemins  de  fer. 

Le  Président  est  M.  W.  Zsigmondi;  le  Vice-Président,  M.  de  Kespely. 

M.  lbPrésidemt  laissera  la  lettre,  adressée  à  la  Société,  avec  les  indica- 
tions données  en  langue  hongroise  et  allemande,  à  M.  Husquin  de  Rhévillc, 
afin  que  ceux  de  nos  collègues  qui  auraient  le  désir  d'aller  à  ce  Congrès 
puissent  avoir  tous  les  éléments  d'information  nécessaires. 

M.  LE  Président  ajoute  qu'il  a  été  donné  avis  à  la  Société  des  Ingénieurs 
civils  de  la  fondation  d'une  Société  nouvelle  :  la  Société  belge  des  Ingé- 
nieurs et  des  Industriels.  Voici  la  lettre  qui  nous  a  été  adressée  dans  les 
termes  les  plus  cordiaux  : 

Bruxelles  (Palais  de  la  Bourse,  rue  du  Midi),  le  28  juillet  1885. 

«  Monsieur  le  Président, 

«  Nous  avons  l'honneur  de  vous  faire  part  de  la  constitution  de  la 
Société  belge  des  Ingénieurs  et  des  Industriels^  dont  le  siège  est  établi  à 
Bruxelles,  au  Palais  de  la  Bourse  de  cette  ville,  et  de  vous  communiquer, 
avec  ses  Statuts,  une  circulaire  qui  indique  son  but  et  son  programme. 

«  Nous  saisissons  avec  empressement  cette  occasion,  Monsieur  le  Prési- 
dent, pour  adresser  en  son  nom,  à  la  Société  des  Ingénieurs  civils  de  France, 
que  vous  présidez,  l'expression  de  ses  sentiments  de  haute  estime  et  l'hom- 
mage de  ses  cordiales  sympathies. 

«  Ainsi  que  le  portent  les  articles  41  et  42  de  ses  Statuts,  notre  Société 
donne  accès  dans  ses  locaux  aux  ingénieurs  et  aux  industriels  de  l'étranger 
présentés  par  un  de  ses  membres. 

«  Nous  vous  prions.  Monsieur  le  Président,  de  bien  vouloir  inviter,  en 
notre  nom,  Messieurs  les  membres  de  votre  Société  à  nous  faire  l'honneur 
d'user  largement  de  cette  prérogative  pendant  les  séjours  qu'ils  seront 
appelés  à  faire  à  Bruxelles,  et  de  les  assurer  qu'ils  seront  reçus  parmi  nous 
avec  la  plus  franche  cordialité. 

'(  Nous  serions  infiniment  honorés  aussi.  Monsieur  le  Président,  s'il  nous 
était  donné  de  compter  de  vos  Sociétaires  parmi  nos  membres.  Ils  rencon- 
treraient dans  nos  rangs  l'accueil  le  plus  empressé. 

«  A  ce  sujet,  nous  croyons  utile  de  vous  faire  remarquer  que,  selon  les 
dispositions  de  nos  Statuts,  la  cotisation  annuelle  est  réduite  à  dix  francs  en 
aveur  de  nos  Sociétaires  qui  sont  membres  des  Associations  d'Ingénieurs 
sortis  des  Ecoles  techniques  tant  de  l'étranger  que  de  la  Belgique. 

«  La  Société  des  Ingénieurs  civils  compte  un  grand  nombre  d'Ingénieurs 
qui  sont  dans  les  conditions  voulues  pour  jouir  de  cette  réduction. 

«  Permettez-nous,  Monsieur  le  Président,  de  vous  prier  de  vouloir  bien 
es  instruire  de  cette  disposition. 

«  Le  but  commun  de  nos  Sociétés  et  la  confiance  qu'elles  ont  assurément 


r 


—  48i  — 

toutes  deux,  dans  refiicacilé  de  l'union  de  tous  les  efforts,  nous  font  espé- 
rer, Monsieur  le  Président,  que  des  relations  actives  et  cordiales  s'établiront 
entre  elles  et  ajouteront  un  lien  de  plus  à  ceux  qui  unissent  si  étroitement 
déjà  la  France  et  la  Belgique. 

«  C'est  dans  cette  pensée,  Monsieur  le  Président,  que  nous  vous  prions 
d'agréer  l'assurance  de  notre  haute  considération  et  de  nos  sentiments 
dévoués. 

»  Pour  la  Commission  administrative  : 

«  Un  Secrétaire^  «  Un  Vice-Président, 

a  Ch.  LkGRAND.  «   C.  DE  BURLET.    » 

M.  LB  PaésiDENT  croit  au  succès  de  la  Société  belge  des  Ingénieurs  et  des 
Industriels  et  remercie  ses  fondateurs  de  leur  cordial  témoignage.  Nul 
doute  que  leur  appel  sympathique  ne  soit  entendu  de  bon  nombre  de  nos 
collègues. 

M.  LE  Président  doit  signaler  encore,  parmi  les  pièces  de  la  correspon- 
dance, une  lettre  de  M.  Haag^  relative  à  son  projet  de  Métropolitain.  Elle  est 
une  suite  nécessaire  des  importantes  communications  que  M.  Haag  a  bien 
voulu  nous  faire,  et  elle  est  accompagnée  d'un  tableau  synoptique  qui  sera 
('gaiement  inséré  au  procès-verbal. 

Voici  la  lettre  de  H.  Haag. 

Paris,  !•'  août  1885. 
a  Monsieur  le  Président, 

«  C'est  par  une  communication  à  la  Société  des  Ingénieurs  civils  que 
j'ai  fait  connaître  pour  la  première  fois  mon  projet  de  chemin  de  fer  Métro- 
politain dans  Paris  :  depuis  lors,  j'ai  tenu  la  Société  exactement  au  cou- 
rant du  développement  et  du  progrès  de  mes  études ,  et  le  bienveillant 
accueil  que  j'y  ai  constamment  rencontré  m'a  été  d'un  puissant  secours 
dans  la  campagne  difficile  que  j'ai  entreprise. 

«  Permettez-moi  donc.  Monsieur  le  Président,  de  protester  encore  aujour- 
d'hui, dans  le  sein  de  cette  môme  société,  contre  des  allégations  systémati- 
quement reproduites  à  l'égard  de  mon  projet,  et  qui  ne  tendraient  à  rien 
moins  qu'à  le  faire  passer  pour  une  conception  absolument  chimérique  et 
fantaisiste. 

«  On  a  répété  dernièrement  encore,  devant  la  commission  de  classement 
des  chemins  de  fer,  que  le  kilomètre  de  mon  projet  coûterait  100  et  même 
200  et  300  millions.  La  Société  des  Ingénieurs  civils,  qui  connaît  mes  esti- 
mations et  les  études  laborieuses  sur  lesquelles  elles  reposent,  sait  à  quoi 
s'en  tenir  sur  la  valeur  de  ces  critiques  sans  bases  sérieuses.  Elle  sait, 
d'après  ma  dernière  communication  (séance  du  10  avril  dernier),  que  l'en- 
semble du  réseau  que  je  projette  avec  un  développement  de  21  1/2  kilo- 
mètres, dont  5  1/2  à  quadruple  voie,  nécessiterait  une  dépense  totale 
maximum  de  360  millions;  ce  qui  porte  à  16  1/2  millions  le  prix  kilomé- 
trique. Hais  il  y  a  plus  ;  ce  prix,  en  effet,  est  destiné  à  s'abaisser  au  fur  et 


—  182  — 


à  mesure  que  le  réseau  métropolitain  se  développera/ les  nouvelles  lignes 
à  construire  devant  être  en  général  bien  moins  coûteuses  que  celles  du 
premier  réseau,  pour  la  création  desquelles  la  grosse  difficulté  du  perce- 
ment central  de  Paris  se  trouve  une  fois  pour  toutes  résolue. 

Enfin,  depuis  le  mois  d'avril  dernier,  j'ai  fait  faire  d'une  part  un  relevé 
exact  des  résultats  des  dernières  expropriations  faites  dans  le  centre  de 
Paris,  et  d'autre  part  des  démarches  auprès  des  propriétaires  d'un  certain 
nombre  d'immeubles  situés  sur  le  tracé  de  mon  artère  centrale,  en  choisis- 
sant plus  particulièrement  les  maisons  d'angle.  Les  prix  auxquels  j*ai  été 
conduit  par  ces  derniers  renseignements,  et  qui  se  trouvent  consignés  dans 
le  tableau  résumé  ci-joint,  permettent  d'espérer  que  le  chiffre  moyen 
de  2  000  francs  par  mètre,  auquel  correspondent  mes  évaluations,  laisse 
encore  une  marge  plus  que  suffisante  pour  parer  à  tout  mécompte. 

a  Veuillez  agréer»  Monsieur  le  Président,  l'expression  de  mes  sentiments 

les  plus  distingués. 

«  Paul  Haag.  » 

CHEMIN  DE   FER    MÉTROPOLITAIN. 


Projet 

Tableau  synoptique  indiquant  les  résultats  ob^ 
tenus  ou  les  prévisions  de  la  ville  de  Paris 
pour  quatre^vingt-'Onze  imvueidf  les  similaires 
à  ceux  atteints  par  le  tracé  du  chemin  de 
fer  métropolitain.  Projet  Haag. 

RÉCAPITULATION 

Prli  noyan 
p«r  m.  q. 

11  immeubles    pour  ragrandlfsn- 
ment  de  la  gare  Sainl-Laxare. . .   1 452^39 
5  Immeubles   pour   l*agrandis8e- 
meut   de  la  BibUothèque  naUo- 

nale 2488  24 

75  immeublee  pour  )*ou?erture  de 
.    la  rue   Dussoubs  et  la  création 
d*UD  opéra  populaire  au  boule- 
Tard  lionne -NouTelle 1405  50 

PRIX  MOYEN  GÉNÉRAL. 


29  892  920f  00 
'   19023",97 


=^  1  571^27. 


Nota.  ^^  L'estimaUon  des  immeubles  à 
exproprier  pour  Touverture  de  la  rue  Dus- 
jiottbs  et  la  création  d'un  opéra  populaire  au 
bouloYard  Bonne-NouveUe,  a  été  confiée  par 
M.  Allard,  ingénieur  en  chef  de  la  ville  de 
PariSy  à  M.  GhevlroRt  eommlssaire  Toyer  des 
)•  et  10*  arrondlsiemenUf 


Situation  synoptique  des  pourparlers  avec  di- 
vers propriétaires  pour  obtenir  des  cessions 
amiables  de  diX'Sept  immeubles  sur  le 
tracé, 

RÉCAPITULATION 

Ml  ■•!«■ 
par  m.  q. 

Section  de  la   gare  Saint-Lazare 

au  carrelbnr  brouot 1 618^81 

Seetlon  du  carrefour  Drouot  à  la 
ree  Saint-Martin 2347  35 

Section  de  la  rue  Saint*Marlin  à 

lagaredeLyon 1389  51 

PRIX    MOYEN    GENERAL. 

Fonder 9  46400Q'00 

auquel  il  y  a  lieu 
d'ajouter  33  0/0 
pour  Indemnités 
locaUves 3  154  666  66 


Total. 


•  • 


12  618666^66 


=  1  840^31 


6  856», 79 

Nota.  —  11  est  Indispensable  d:  faire 
observer  que  les  pourparlers  ont  été  engagés 
pour  60  immeubles,  tous,  maisons  d'angle  ou 
les  plus  belles  du  parcours ,  et  que,  dans  un 
temps  relativement  court,  il  pourra  être 
ajouté  les  demandes  des  propriétaires  qui  ont 
un  gérant  intermédiaire. 


—  183  — 

H.  LE  Président  fait  remarquer  que,  d'après  le  tableau  dressé  par 
M.  Haag,  tandis  que  la  Ville  atteint  dans  ses  expropriations  analogues  le 
chiffre  moyen  de  1  571  fr.  27  par  mètre  carré,  M.  Haag,  en  s'adressant  aui 
propriétaires,  arrive  au  prix  moyen  de  1  840  fr.  31;  d'où,  une  différence  en 
plus  de  269  francs  par  mètre.  Hais  il  faut  ajouter  immédiatement  que 
M.  Haag  a  choisi,  pour  son  évaluation,  les  maisons  d'angle,  les  maisons 
les  plus  luxeuses  et  les  plus  importantes  distribuées  sur  le  parcours  de  son 
tracé.  Si,  avec  ces  maisons  luxueuses,  il  parvient  au  prix  de  1  840  francs 
par  mètre  carré,  le  prix  de  2  000  francs  qu'il  s'est  fixé  ne  sera  jamais  dé- 
passé, et  il  obtiendra  certainement  un  prix  inférieur. 

Nous  espérons  que  M.  Haag,  après  la  rentrée,  fera  connaître  à  la  Société 
les  nouvelles  études  qu'il  poursuit  en  ce  moment. 

M.  LE  PrIsident  prévient  enfin  ses  confrères  qu'il  aura  à  les  prier  de 
transformer  en  Assemblée  générale  extraordinaire  la  secoude  séance  du 
mois  d'octobre.  Dans  cette  séance,  le  Comité  aura  à  proposer  à  la  Société 
l'acceptation  du  legs  Fusco,  sous  bénéfice  d'inventaire.  Une  fois  la  décision 
de  l'Assemblée  acquise,  les  démarches  nécessaires  seront  faites  auprès  de 
M.  le  Ministre  du  commerce  et  auprès  du  Conseil  d'État.  Plus  tard,  le  Tribu* 
nal  civil  devra,  sans  doute,  prononcer  sur  la  marche  à  suivre  par  la  Société 
des  Ingénieurs  civils  et  par  l'Association  amicale  des  anciens  élèves  de 
l'Ëcole  centrale,  après  l'acceptation  du  legs  et  leur  mise  en  possession. 

Si  Ton  se  plaignait  que  le  Président  eût  un  peu  tardé  à  saisir  l'Assem- 
blée, il  ne  pourrait  qu'accepter  ce  reproche  qui  s'adresserait  à  sa  prudence, 
et  non  à  sa  négligence.  Les  intérêts  d'une  société  comme  la  nôtre  ne  doivent 
pas  être  engagés  à  la  légère,  lorsqu'il  s'agit  d'une  réalisation  complexe  et  à 
longue  échéance. 

M.  LE  Président,  sur  la  demande  de  M.  Quéruel,  et  avant  de  passer  k 
l'ordre  du  jour,  fait  donner  lecture  d'une  lettre  de  M.  de  Cossigny,  qui  se 
rapporte  à  la  communication  faite  par  M.Mallet,  dans  la  séance  du  10  avril 
dernier,  en  rendant  compte  de  l'ouvrage  de  M.  Buchetti  sur  l'essai  des  ma- 
chines à  vapeur, 

(c  Courcelles-Clérey  (Aube),  7  août  1885. 

«  Monsieur  le  Président, 

«  Dans  l'intéressant  compte  rendu,  fait  par  M.  Mallet,  de  l'ouvrage  de 
M.  Buchetti  ;  Guide  pour  Fessai  des  machines  à  vapeur,  etc.,  je  lis  la  phrase 
suivante  :  «  Le  plus  grand  dynamomètre  de  traction  qui  ait  jamais  été  exé- 
<(  cuté  est  probablement  l'appareil  construit  en  1844,  pour  l'arsenal  de 
«  Woolwicb,  par  notre  vénéré  collègue  H.  CoUadon,  dans  le  but  de  me- 
«  surer  le  travail  transmis  aux  roues  des  bateaux  à  vapeur.  »  Cette  asser- 
tion, qui  eût  été  vraie  peu  de  temps  après  1844,  est  tout  au  moins  douteuse 
aujourd'hui,  car  il  y  a  environ  trente  ans  que  la  marine  nationale  française 
possède  aussiy  non  seulement  des  dynamomètres  de  traction,  mais  encore 


—  184  — 

des  dynamomètres  de  rotation,  aussi  précis  que  puissants  et  susceptibles 
d'être  adaptés  aux  plus  grands  navires;  instruments  dont  Tinvention  aussi 
bien  que  la  construction  sont  absolument  françaises. 

«  Les  appareils  que  je  viens  rappeler  ici  sont  dus  à  Taurines,  un  ancien 
professeur  à  l'École  d'artillerie  de  marine  de  Brest;  qui,  dès  1848,  je  crois, 
entreprit  à  ses  frais  personnels  et  sur  un  canot  de  petites  dimensions,  une 
série  d*expériences  dans  le  but  de  déterminer  les  proportions  et  les  formes 
les  plus  avantageuses  pour  les  hélices  propulsives  des  navires. 

<c  Taurines  ne  put  aller  loin  dans  ses  recherches  sans  éprouver  l'insuflî- 
sance  des  moyens  dont  on  disposait  alors  pour  évaluer  les  quantités  de 
travail  transmises  par  les  divers  organes  des  machines  en  mouvement;  et 
c'est  ainsi  que  la  création  de  dynamomètres  spé<nalement  applicables  aux 
navires  à  vapeur  devint  sa  principale  préoccupation.  Plusieurs  appareils, 
d'une  très  grande  puissance,  ont  notamment  été  fournis  par  lui  à  l'État 
vers  le  commencement  de  1856. 

«  Ainsi  que  je  l'ai  dit,  les  dynanomètres  dont  il  s'agit  sont  de  deux 
sortes;  le  dynanomètre  de  rotation,  qui  donne  la  quantité  de  travail 
transmise,  pendant  un  temps  donné,  au  propulseur  par  l'arbre  de  couche 
qu'actionne  la  machine  à  vapeur;  et  le  dynamomètre  de  poussée  qui  donne 
la  mesure  de  la  force  horizontale  qui  fait  avancer  le  navire. 

«  Les  énormes  arbres  de  transmission  des  grands  bâtiments  à  vapeur  sont 
généralement  composés  de  deux  et,  plus  souvent  même,  de  trois  pièces, 
disposées  presque  bout  à  bout»  suivant  un  môme  axe  rectiligne.  Les  bouts 
contigus  sont  reliés  entre  eux,  dans  le  service  ordinaire,  à  l'aide  de  divers 
dispositifs  qu'il  ne  s'agit  pas  ici  de  décrire.  Or,  lorsqu'on  se  dispose  à  faire 
une  série  d'essais,  on  supprime  les  pièces  d'accouplement  d'un  quelconque 
des  joints  de  l'arbre,  et  on  leur  substitue  le  dynanomètre  de  rotation.  Quant 
au  dynanomètre  de  poussée,  il  est  disposé  de  manière  à  recevoir  la  pression 
du  bout  de  l'arbre  porteur  de  l'hélice,  préalablement  disposé,  par  des 
moyens  assez  simples,  de  manière  à  pouvoir  se  mouvoir  longitudinalemcnt 
de  quelques  centimètres  dans  ses  coussinets.  Chacun  des  dynatnomètres 
proprement  dits  commande  un  appareil  enregistreur  qui  permet  de  prendre, 
de  temps  à  autre,  autant  de  diagrammes  qu'on  le  désire;  et  qui  fait  mou- 
voir, en  même  temps,  un  compteur-totalisateur,  à  cadran  et  à  aiguilles, 
fonctionnant  d'une  manière  continue  pendant  un,  temps  en  quelque  sorte 
indéfini.  Le  cadran  du  premier  appareil  donne,  à  un  instant  quelconque,  le 
nombre  do  kilogrammètres  transmis  par  l'arbre  moteur  depuis  le  commen- 
cement de  la  mise  en  marche.  Le  cadran  de  l'autre  dynamomètre  marque 
le  nombre  qui,  divisé  par  celui  des  tours  de  l'arbre,  comptés  également  de- 
puis la  mise  en  marche,  donne  pour  quotient  l'effort  moyeu,  en  kilo- 
grammes, qui  a  déterminé  la  marche  du  navire.  . 

«  Pour  la  construction  de  ses  appareils,  Taurines  avait  établi  à  Glicby  un 
petit  atelier  où  il  surveillait  lui-même  la  confection  et  la  trempe  de  ses 
ressorts,  où  il  les  essayait'et  les  tarait  à  l'aide  de  procédés  ingénieux.  Quant 
9UX  enregistreurs,  aux  organes  plus  délicats,  il  en  avait  confié  la  construc- 


—  188  — 

tion  à  ringénieur  Froment,  constructeur  d'instruments  de  précision  à  Paris; 
j'ai  eu,  moi*méme,  à  en  étudier  certains  détails  et  à  en  diriger  l'exécution  \ 

«  Les  instruments  de  Taurines  et  les  belles  expériences  qui  ont  été 
exécutées,  avec  leur  aide,  d'abord  sous  sa  direction,  et  ensuite  par  plu- 
sieurs ingénieurs  de  la  marine,  ont  jeté  un  grand  jour  sur  le  rendement 
réel  des  machines  à  vapeur  marines,  sur  l'influence  des  diverses  disposi- 
tions des  hélices  propulsives,  sur  celle  des  différentes  formes  des  coques 
relativement  à  la  marche.  C'est  en  définitive  à  ces  travaux  que  sont  dus, 
en  grande  partie,  les  immenses  progrès  réalisés  dans  la  navigation  à  vapeur. 
Aussi,  en  1873,  sur  le  rapport  du  général  Morin,  l'Académie  des  sciences 
a-t-elle  décerné  à  Tauteur  un  prix  de  3  000  francs.  Cette  récompense  bien 
méritée  avait  d'autant  plus  d'à  propos  que  Taurines  est  un  des  exemples  de 
ces  hommes  instruits,  intelligents  et  laborieux  qui,  tout  en  rendant  service 
à  leur  pays  et  à  l'humanité,  n'ont  pas  su  trouver  pour  eux-mêmes  le  chemin 
de  la  fortune.  La  dernière  fois  que  j'ai  eu  l'occasion  de  le  rencontrer  (il  y  a 
déjà  pas  mal  d'années  de  cela)  il  habitait  un  très  modeste  logement  aux 
Batignolles;  l'éloignement  me  l'a  fait  depuis  perdre  de  vue,  mais  il  était 
déjà  âgé,  et  doit  être  mort  depuis  lors,  vraisemblablement. 

«  Si  vous  croyez,  Monsieur  le  Président,  que  cette  notice  puisse  avoir 
quelque  intérêt  pour  les  membres  de  la  Société,  veuillez,  je  vous  prie,  la 
porter  à  leur  connaissance,  soit  en  en  donnant  lecture  h  une  séance,  soit 
en  la  faisant  insérer  dans  le  Bulletin. 

«  Agréez,  Monsieur  le  Président  et  honoré  collègue,  l'expression  de  mes 
KDtiments  les  plus  distingués  et  les  plus  dévoués. 

«  J.  DE  CottSIG.NY.   » 


H.  Mallet  ne  fait  aucune  difficulté  de  rendre  pleine  justice  aux  travaux 
de  M.  Taurines,  qui  lui  sont  bien  connus,  mais  il  avoue  ne  pas  se  rendre 
bien  compte  des  motifs  de  la  réclamation  de  M.  de  Cossigny. 

Dans  son  analyse  de  l'ouvrage  de  M.  Buchelti,  en  exprimant  le  regret  que 
celui-ci  n'ait  pas  cru  devoir  y  comprendre  les  dynamomètres,  il  a  cité  en 
passant  les  noms  de  quelques  membres  de  la  Société  qui  avaient  attaché 
leur  nom  à  des  appareils  de  ce  genre,  mais  il  n'a  pas  eu  la  prétention 
d'efOeurer  même  la  question.  On  ne  saurait  donc  lui  reprocher  d'avoir 
passé  sous  silence  le  nom  de  M.  Taurines,  pas  plus  que  celui  d'autres  cons- 
tructeurs de  dynamomètres,  quel  que  soit  d'ailleurs  leur  mérite. 

M.  Hallbt  a  indiqué,  il  est  vrai,  que  le  dynamomètre  de  Wooiwich  était 
probablement  le  plus  puissant  dynamomètre  de  traction  qui  ait  été  cons- 
truit. La  lettre  de  H.  de  Cossigny,  qui  semble  prendre  cette  assertion  pour 


1.  Ged  M  puMtt  en  1855,  année  d'nne  exposition  univerteTle.  Froment  désirant  être 
libre  de  se  consacrer  entièrement  à  Tétude  de  l'exposition  et  à  ses  fonctions  de  membre 
do  jorj,  Je  m'élais  chargé  profisoirement  de  la  direction  et  de  la  BurTeiilanee  de  ses 
•ieliers. 


—  186  -^ 

point  de  départ  ne  Tinfirme  en  aucune  manière»  puisqu'elle  ne  lui  oppose 
que  des  appareils  dont  le  mode  d'action  et  la  disposition  sont  différents. 

M.  Mallet  se  bornera  à  ces  courtes  observations,  il  serait  heureux  de 
cet  incident  si  M.  CoUadon  voulait  bien  en  profiter  et  envoyer  sur  celte 
question  intéressante  une  de  ses  communications  toujours  si  bien  accueil- 
lies par  la  Société. 

M.  LB  PRÉSIDENT.  L'ordre  du  jour  appelle  le  compte  rendu,  par 
M.  Edmond  Roy  y  des  résultais  des  expériences  sur  un  bateau  à  hélice  mobile 
de  son  système.  M.  Edmond  Roy  a  la  parole. 

M.  Edmond  Rot»  avant  de  décrire  les  dispositions  du  bateau  dont  il  veut 
entretenir  la  Société,  demande  la  permission  d'exposer  l'état  actuel  des 
voies  de  navigation  et  des  moyens  de  traction  qui  y  sont  en  usage.  On 
comprendra  mieux  ainsi  pourquoi  il  s'est  livré  à  la  recherche  de  nouvelles 
dispositions. 

M.  Edmond  Rot  donne  communication  de  son  mémoire  sur  les  voies  et 
le  matériel  flottant  de  navigation  intérieure.  Depuis  une  dizaine  d'années, 
il  a  été  apporté  de  notables  améliorations  aux  voies  de  navigation  :  on  a 
unifié  la  longueur  des  écluses,  relevé  quelques  biefs,  et  assuré,  en  temps 
de  sécheresse,  Talimentation  de  quelques  canaux.  Ces  travaux  modestes, 
faits  avec  une  dépense  relativement  faible,  rendent  déjà  et  rendront  un  bien 
plus  grand  service  au  pays  que  certains  travaux  et  dépenses  énormes  faites 
en  vue  d'un  intérêt  local. 

Bien  que  ces  voies  de  navigation  soient  encore  loin  d'avoir  l'unité  de 
régime  de  profondeur  nécessaire,  pour  en  obtenir  tous  les  résultats  écono- 
miques qu'elles  pourraient  donner,  telles  qu'elles  sont  actuellement  dans  le 
Nord,  l'Est  et  le  Centre-Est,  elles  n'en  constituent  pas  moins  depuis  l'unifi- 
cation de  la  longueur  des  écluses,  avec  le  bassin  de  la  Seine,  vers  lequel 
elles  convergent  toutes,  un  assez  beau  réseau  de  voies  de  navigation. 

Mais  le  matériel  flottant  employé  répond-il  aux  améliorations  de  la  voie? 
à  la  régularité  et  à  la  célérité  de  marche  que  les  chemins  de  fer  assurent 
au  commerce  et  à  l'industrie? 

Sur  la  basse  Seine,  on  peut  dire  oui.  Le  touage,  les  remorqueurs 
assurent  une  marche  régulière;  mais ,  sur  tous  les  canaux  et  rivières  cana- 
lisées aflluentes,  c'est  toujours  le  vieux  bateau,  lourd,  informe,  remorqué 
à  bras  d'hommes  ou  par  des  chevaux,  d'il  y  a  deux  cents  ans,  mettant 
autant  de  semaines  que  le  chemin  de  fer  met  de  jours,  à  parcourir  la 
distance  d'un  point  à  un  autre. 

H.  Roy  s'est  occupé,  il  y  a  déjà  plusieurs  années,  d'étudier  les  différents 
modes  de  traction  de  la  batellerie,  pour  se  rendre  compte  de  la  raison 
d'être  et  du  prix  de  revient  de  chacun  d'eux. 

Régime  des  écluses*  —  Dans  la  partie  inférieure  des  fleuves,  là  où  le 


—  187  — 

régime  des  pentes  est  faible»  les  écluses  sont  assez  éloignées  les  unes  de^ 
autres,  en  moyenne  dé  20  à  25  kilomètres;  remploi  d'un  moteur  spécial, 
tooear  ou  remorqueur,  traînant  des  convois  de  cinq  à  six  bateaux,  y  donne 
un  bon  effet  utile,  mais  il  ne  présente  un  avantage  sérieux  que  sur  un  par- 
cours très  faible,  relativement  à  l'ensemble  du  réseau  indiqué,  et  avec 
la  condition  expresse  d'avoir  dépensé  une  somme  de  60  millions  sur 
un  faible  parcours  de  240  kilomètres,  pour  construire  des  écluses  gigan- 
tesques, pouvant  contenir  un  train  de  six  à  sept  bateaux  avec  son  toueur 
ou  son  remorqueur. 

C'est  là  une  solution  qui  ne  saurait  être  appliquée  à  l'ensemble  de  nos 
voies  de  navigation. 

RemeignemenU  officiels,  —  D*après  les  documents  officiels  publiés  par 
le  ministère  des  travaux  publics,  le  développement  de  nos  voies  navigables 
ayant  des  écluses  ne  pouvant  contenir  qu'un  seul  bateau,  est  de  plus  de 
8000  kilomètres. 

La  distance  moyenne  entre  deux  écluses,  sur  Iqs  rivières  canalisées,  est 
de  6  700  mètres. 

Pour  les  canaux  proprement  dits,  cette  distance  est  de  2400  mètre$. 

Le  nombre  d'écluses  ne  pouvant  contenir  qu'un  seul  bateau  sur  ces  deu^ 
types  de  voies  navigables,  est  de  2  450. 

Les  dimensions  réglementaires  de  ces  écluses  sont  aujourd'hui  : 

Largeur 5"  ,20 

Longueur  utile 38",50 

Le  maintien  de  ce  type  d'écluse,  pour  l'ensemble  denos  voles  de  naviga- 
tion intérieure,  s'impose  donc;  il  est  du  reste  très  suffisant,  puisqu'il 
permet  d'avoir,  avec  une  profondeur  d'eau  de  2  mètres,  des  bateaux  de 
formes  convenables,  portant  250  à  260  tonnes  de  marchandises;  mais, 
malheureusement,  sur  la  plupart  des  rivières  canalisées  et  canaux  situés  à 
TEst  de  Paris,  dans  le  Centre  et  dans  le  Midi,  la  profondeur  normale  ne 
dépasse  pas  4",60. 

Unité  de  profondeur,  défense  nationale.  —  Si  la  profondeur  de  2  mètres 
est  nécessaire  sur  les  grandes  lignes  de  navigation  intérieure  au  point  de 
vue  économique  des  transports,  elle  s'impose  aujourd'hui  au  point  de  vue 
de  la  défense  nationale,  ainsi  que  nous  l'a  prouvé  le  récent  voyage  du 
Havre  à  Marseille  du  torpilleur  n®  62  par  l'intérieur  de  la  France,  mais 
auquel  il  a  fallu  mettre  une  allège  pour  pouvoir  passer  par  la  haute  Seine, 
la  Sadne  et  le  Rhône.  Quel  puissant  moyen  de  défense  donnerait  à  ce 
nouvel  engin  de  guerre  l'approfondissement  à  2  mètres  des  canaux  du  Midi 
et  latéraux  à  la  Garonne,  lui  permettant  de  passer  sans  coup  férîr  de 
rOcéan  à  la  Méditerranée,  sans  avoir  recours  à  la  solution  utopique  et 
aatioationale  d'an  canal  interocéanique  à  travers  la  France,  poar  permettre 
aux  navires  de  passer  directement  de  la  Méditerranée  dans  l'Océan,  au 


—  188  — 

profit  des  puissances  du  Nord  et  au  détriment  du  transit  par  les  voies  de 
communication  françaises. 

Passage  des  faites,  —  La  chute  maximum  des  écluses  ordinaires  est  de 
3  mètres;  souvent,  en  arrivant  au  faîte  des  canaux  à  point  de  partage,  la 
distance  entre  deux  écluses  consécutives  ne  dépasse  pas  100  à  200  mètres; 
quelquefois,  dans  des  passages  difficiles,  quatre  ou  cinq  écluses  sonl 
superposées  Tune  à  Taulre;  là,  ce  serait  le  cas  d'appliquer  le  sas  bydrau- 
lique. 

Dans  ces  conditions,  le  voyage  des  bateaux  ne  saurait  s'effectuer  par 
groupe  de  plusieurs  bateaux  traînés  par  un  toueur  ou  un  remorqueur,  par 
suite  des  pertes  de  temps  qui  en  résulteraient  au  passage  des  écluses. 

Comme  exemple  de  lignes  de  navigation  en  communication  avec  Paris, 
M.  Roy  indiquera  sommairement  quel  est  le  régime  des  pentes  des  deux 
plus  importantes. 

Ligne  du  nord.  —  l*"  La  ligne  de  Paris  aux  bassins  houillers  du  Nord  et 
du  Pas-de-Calais  et  à  Dunkerque,  dont  la  longueur  est  de  478  kilomètres, 
emprunte  la  Seine  sur  72  kilomètres,  avec  trois  écluses  seulement; 
l'Oise  canalisée,  sur  104  kilomètres,  avec  7  écluses;  puis  les  canaux  du 
Nord  qui,  sur  un  parcours  de  305  kilomètres,  présentent  jusqu'à  Dunkerque 
soixante-cinq  écluses  à  franchir,  soit  des  distances  respectives  entre 
écluses  : 

Sur  la  Seine  de 24000  mètres. 

Sur  l'Oise  canalisée  de  ...  ^ 15  000      — 

Sur  les  canaux  de 4600     — 

Le  faite  de  cette  ligne  est  situé  sur  le  canal  de  Saint-Quentin,  à  l'altitude 
de  83"',30,  il  est  franchi  par  un  grand  souterrain  de  5  670  mètres  de  lon- 
gueur. 

Ligne  de  Lyon.  —  2'  La  ligne  de  Paris  à  Lyon  qui  suit  la  haute  Seinesur 
un  parcours  : 

De 101  kilomètres.      12  écluses. 

L'Yonne  canalisée 81         —             17      — 

Le  canal  de  Bourgogne  .  .  .  .  242         —  191      — 

La  Saône  canalisée 212        —            11      — 

Total 636'  kilomètres.    231  écluses. 

Présentant  une  distance  moyenne  entre  écluses  : 

Sur  rivières  canalisées  de 10  kilomètres. 

Sur  le  canal  de 1  270  mètres. 


«  V 


—  18»  — 

Le  fktte  de  cette  ligue,  est  à  l'altitude  de  378",80,  il  est  franchi  par  un 
soQterrain  de  3  300  mètres  de  longueur,  situé  sur  le  canal  de  Bour* 
gogoe. 

Ce  sont  là  deux  types  principaux  de  voies  de  navigation,  —  c'est  donc 
sur  les  moyens  de  les  parcourir  dans  leur  ensemble,  dans  les  meilleures 
conditions  de  vitesse  et  de  dépense,  que  devrait  être  établi  le  matériel  flot- 
tant d*un  service  sérieux  de  transports  à  longues  distances. 

Longueur  des  biefs.  —  De  l'examen  du  régime  éclusier  des  deux  grandes 
lignes  de  navigation  qu'on  vient  d'indiquer,  il  résulte  que  la  longueur 
moyenne  des  biefs  est  : 

Sur  les  principales  rivières  canalisées 14  000  mètres., 

Sur  les  canaux 2  900      — 

Vitesses  de  marche.  —  La  vitesse  de  marche  d'un  loueur  ou  d'un  remor- 
qoeor,  remorquant  un  train  de  4  à  6  bateaux,  est  de  6  000  mètres  & 
l'heure  en  rivière. 

De  leur  marche  sur  canaux,  nous  ne  nous  en  occuperons  pas,  puisque 
nous  avons  déjà  expliqué  jpourquoi  leur  emploi  n'y  était  pas  possible,  sauf 
quelques  cas  isolés,  tels  que  passage  de  souterrains  et  très  longs  biefs. 

La  vitesse  d'un  bateau  à  vapeur  porteur  est  en  moyenne  également  : 

En  rivière  canalisée  de 6  000  mètres  à  l'heure. 

En  canal  de  .  .  .  .*■ 4000  — 

Celle  d'un  bateau  halé  par  des  chevaux 

ne  dépasse  guère 3000  — 

Temps  pour  franchir  une  écluse.  —  L'expérience  démontre  que,  sur  les 
rivières  canalisées,  où  se  trouvent  des  écluses  permettant  au  remorqueur 
de  se  loger  avec  deux  bateaux,  comme  sur  l'Yonne,  le  temps  néces- 
saire pour  franchir  une  écluse,  pour  le  toueur  ou  le  remorqueur  avec 
quatre  bateaux,  est  au  moins  de  60  minutes  ;  pour  un  bateau  à  vapeur 
voyageant  seul 10  à  15  minutes. 

Pour  un  bateau  haie  par  chevaux. 25  minutes. 

Vitesses  effectives.  —  Si  de  ces  données  on  déduit  la  vitesse  effective  de 
chaque  mode  de  traction,  en  tenant  compte  de  la  dimension  des  écluses 
pour  les  trains  remorqués  par  teneurs  ou  remorqueurs,  on  trouve  pour 
vitesse  effective  à  l'heure  : 


~  190  — 


1 

* 

SUR  BIVlfcBKS  CAHALISilS  AVEC  LONOOlUa  HOTIMNI 

DB  BIIFS  01 

Gaaaiii 

bief  moyen 

.     de 

2900  mètres 

écluse 

1  bsteao 

24000  mètres 

éolaie 

pour  tout  train 

basse  Seine 

UOOO»  écluse  pour 
3  bateaai       1  bateau 

6  700  mètres 

écluse 

IbatMtt 

mètres. 

mètres. 

mètres. 

mètres. 

mètres. 

Toueur  pu  remorqueur. . . . 

5400 

4200 

3200 

2050 

» 

Bateau  à  vapeur  porteur. . . 

5600 

5400 

5400 

4900 

2900 

Bateau  halé  par  ehoTaux. . . 

2800 

2750 

2750 

2500 

2070 

Inutilité  des  grandes  écluses.  —  On  voit  par  ces  résultats  que  les  écluses 
gigantesques  de  la  basse  Seine  n'ont  rien  fait  gagner  pour  la  célérité  des 
transports,  comparativement  au  bateau  à  vapeur»  qui  ne  demandait  pas 
tant  de  sacrifices  superflus.  Nous  verrons  plus  loin  caque  vaut  le  touage, 
comparé,  au  point  de  vue  économique,  avec  le  bateau  à  vapeur  porteur. 

En  ce  qui  concerne  les  avantages  du  bateau  à  vapeur  sur  le  halage  par 
chevaux,  et  sans  tenir  aucun  compte  des  pertes  de  temps  auxquelles 
donne  lieu  le  service  de  relayage,  ils  sont  trop  palpables  et  ne  se  discu- 
tent pas. 

Distances  virtuelles.  —  De  ces  comparaisons  de  vitesses  de  marche, 
réduites  en  raison  de  la  diminution  de  la  longueur  des  biefs,  autrement  dit 
de  la  multiplicité  des  écluses,  il  résnlte  un  fait,  sanctionné  par  la  pratique, 
sur  lequel  11  faut  appeler  l'attention,  c'est  que  le  nombre  des  écluses  que 
l'on  rencontre  sur  le  parcours  d'un  canal,  donne  la  mesure  pratique  des  dis- 
tances virtuelles^  chacune  d*elles  étant  évaluée  comme  équivalente  à  un 
parcours  de  1  kilomètre. 

.  De  la  résistance  à  la  traction.  —  En  matière  de  transports  par  voie 
d'eau,  l'accélération  de  vitesse  de  marche  est  une  chose  qui  coûte  très  cher, 
bien  plus  cher  que  sur  la  voie  ferrée,  où  la  résistance  de  traction  par 
tonne  change  peu  avec  Taccroissement  de  vitesse;  tandis  que  sur  la  voie 
d^eau  elle  crott  comme  le  carré  des  vitesses.  Pratiquement,  et  pour  des 
bateaux  à  marchandises,  auxquels  on  ne  saurait  donner  des  formes  trèsfines, 
afin  d'utiliser  le  mieux  possible  la  longueur  et  la  largeur  des  écluses; 
transporter  la  plus  grande  quantité  de  marchandises  que  comportent  les 
dimensions  du  bateau  qui  doit  franchirces  écluses;  pratiquement,  disons- 
nous,  il  faut  comptersurunerésistance  par  mètrecarré  de  section  de  mattre-^ 
couple  immergé  j  de  10  kilogrammes  en  rivière  et  30  kilogrammes  en  canal, 
pour  une  vitesse  de  1  mètre  par  seconde  et  ajouter  encore  0^,*25  par  mètre 
carré  de  contour  mouillé;  c'est  ce  qui  explique  les  faibles  vitesses  sur  les- 


—  191  — 

quelles  les  comparaisons  de  marche  ont  été  établies,  suivant  les  différents 
modes  de  traction,  vitesses  qui  correspondent,  néanmoins,  à  un  parcours 
jouroalierde  70  à  TS- kilomètres  sur  rivières  canalisées»  et  de  40  à  45  kilo- 
mètres sur  canaux,  à  charge  complète,  en  eau  moyenne,  pour  la  traction  à 
vapeur  en  ne  marchant  que  pendant  14  à  15  heures  par  jour. 
Cette  marche  correspond  à  celle  des  marchandises  en  petite  vitesse  sur 
les  chemins  de  fer.  Au  point  de  vue  de  la  célérité,  la  navigation  à  vapeur 
peut  donc  rendre  les  mêmes  services  que  le  chemin  de  fer. 

Condiltom  économiques,  —  D'après  tout  ce  qui  précède,  le  bateau  à 
vapeur  porteur  se  présentant  comme  la  solution  la  plus  rationnelle,  au 
point  de  vue  de  l'exploitation  de  l'ensemble  des  voies  de  navigation,  il  faut 
qu'il  réponde  aussi  bien  aux  conditions  économiques  qu'à  celles  de  célérité 
et  de  régularité  de  marche  :  il  doit,  comme  tout  autre  véhicule  de  trans- 
port^ pouvoir  voyager  à  vide,  en  utilisant  bien  sa  puissance  motrice;  son 
poids  mort  doit  être  aussi  réduit  que  possible,  pouf  bien  utiliser  la  faible 
profondeur  des  cours  d'eau  au  profit  de  la  charge  utile. 

Nécessité  de  Vimmersion  constante  de  Vhélice,  —  Si  en  charge  il  peut 
ayoir  un  enfoncement  de  l'^jSO,  tandis  qu'à  vide  il  n'aura  plus  que  35  à  37 
centimètres  d'enfoncement  moyen,  l'hélice,  qui  ne  peut  être  d'un  trop  petit 
diamètre,  ne  sera  donc  noyée  qu'à  moitié.  Il  est  donc  impossible,  dans  ces 
conditions,  de  faire  voyager  le  bateau  à  vapeur  ordinaire;  il  manque  de 
moyen  d'action  pour  marcher  aussi  bien  à  vide  que  chargé. 

M.  Roy  a  cherché  une  solution  pratique  permettant  d'immerger  l'hélice, 
quelle  que  fût  la  condition  de  chargement  du  bateau. 

Description  du  mécanisme  de  thélice  mobile.  —  C'est  cette  solution,  et 
les  résultats  économiques  de  son  application  qu'il  a^  Vhonneur  de  commu- 
niquer à  la  Société. 

Ainsi  que  vous  le  voyez  par  le  petit  modèle  que  vous  avez  sous  les  yeux, 
Thélice  et  le  gouvernail  sont  mobiles  dans  le  sens  vertical,  jusqu'à  possi* 
bililé  de  l'immersion  complète  de  l'hélice,  lorsque  le  bateau  est  vide. 

k  cet  effet,  la  tête  de  l'arbre  de  l'hélice  est  terminée  par  une  partie  sphé* 
rique,  parle  centre  de  laquelle  passe  un  fort  tourillon.  Cette  partie  sphé* 
rique  s'emboîte  exacteihent  dans  une  demi-sphère  creuse  faisant  partie  de 
Tarbre  moteur,  plus  un  segment  de  sphère  creuse,  relié  avec  l'arbre 
moteur  par  des  boulons,  pour  maintenir  la  sphère  de  l'arbre  de  Thélice 
dans  la  coquille  de  l'arbre  moteur,  surtout  pour  la  marche  en  arrière. 
I)eux  rainures,  dans  lesquelles  s'engagent  les  deux  extrémités  du  tourillon 
de  la  sphère,  jnunies  de  taquets  rectîlignes,  sont  pratiquées  dans  la 
coquille  et  dans  le  segment  relié  à  l'arbre  moteur,  et  servent  à  l'entraine- 
ment  rotatoire,  quelle  que  soit  la  position  de  l'arbre  de  l'hélice. 

li'étambot  est  en  forme  de  fourchette  à  sa  partie  inférieure;  dans  cette 
fourchette  glisse  un  patin  qui  maintient  l'arbre  de  l'hélice  dans  le  sens 
transversal. 

L'extrémité  de  l'arbre  de  l'hélice  repose  dans  un  palier  supporté  par  le 
gooremail^  disposé  à  cet  effet  en  forme  de  béquille* 


—  192  — 

La  tige  du  gouvernail  est  filetée,  passe  dans  la  tète  de  Tétambot  sur 
lequel  elle  repose  par  un  fort  écrou»  lequel  sert  à  faire  descendre  ou 
remonter  le  gouvernail  et  en  même  temps  Thélice,  de  la  quantité  nécessaire 
pour  que  celle-ci  puisse  être  toujours  noyée,  quel  que  soit  renfoncement 
de  la  coque  du  bateau. 

Par  cette  combinaison  de  solidarité  de  renfoncement  de  Tbélice  et  du 
gouvernail,  on  assure  la  sécurité  de  pouvoir,  dans  tous  les  cas,  bien  gou- 
verner le  bateau,  ce  qui  est  un  point  important. 

Le  joint  d'étanchéité  est  fait  par  un  presse-étoupe  ayant  un  large  patio 
en  forme  d'arc  de  cercle,  dont  le  centre  est  le  même  que  celui  de  la  sphère; 
ce  presse-étoupe  suit  les  mouvements  verticaux  de  Tarbre  de  l'hélice,  et 
son  patin  ferme,  dans  tous  les  cas,  l'orifice  du  fourreau  en  tôle,  rivé  sur 
Tétambot,  dans  lequel  passe  l'arbre  de  Thélice. 

Dimensions  du  Descartes»  —  Le  bateau  à  vapeur  le  Descartes,  de  ce  type, 
queM.  Roy  a  fait  construire,  a  les  dimensions  ci-après:  il  fut  construit  avant 
l'achèvement  de  l'allongement  à  SS'^jSO  de  toutes  les  écluses  des  canaux  da 
nord,  et  n'a  pas^  par  suite,  toute  la  puissance  de  tonnage  qu'on  pourrait  lui 
donner  aujourd'hui,  sans  avoir  besoin  d'augmenter  la  puissance  de  sa 
machine  : 

Longueur  d'étrave  eu  étambot. 3S",40 

Largeur  intérieure 4",92 

Hauteur  sous  pont 2"',2S 

Épaisseur  des  tôles  de  la  coque 4,  S  et  7  mil. 

Volume  des  chambres  de  chargement 280  m.  cubes 

Enfoncement,  moyen  à  vide  avec  tous  ses  agrès  et 

10  tonnes  de  charbon  dans  les  soutes 0,370 

Chargement  utile  correspondant  à  chaque  centi- 
mètre d'enfoncement 1 500  kilog. 

Chargement  avec  1"',80  d'enfoncement 215  tonnes 

Machine  à  vapeur  sans  condensation ,  du  type  Compoundy  à  pilon. 

Puissance  utile  maximum 35  chevaux 

Surface  de  chauffe  de  la  chaudière 26  m.  carrés 

Timbre  —  9  kil. 

Diamètre  de  l'hélice 1»,300 

Les  péniches  du  nord,  de  35  mètres  de  long,  portent  250  tonnes. 
Le  rapport  de  tonnage  utile  de  ce  type  de  bateau  k  vapeur,  par  rapport 
aux  bateaux  les  plus  informes  et  les  plus  lourds  à  traîner,  portant  le  plus 

215 

de  charge,  est  donc  comme  ^.  \  soit  0,86. 

Prix  de  remorque.  —  Le  prix  de  remorque  des  bateaux  ordinaires,  soit 
par  chevaux,  soit  par  le  touage,  sont  les  suivants  : 


—  193  — 


Bateaux  chargés  remorqués  par  chevaux^  par  kilomètre  : 

Sur  l'Oise  canalisée,  en  descente 0  fr.  70 

Sur  les  canaux  du  Nord,  en  moyenne 1        » 

Sur  le  canal  de  Bourgogne  el  l'Yonne 1      20 

Bateaux  vides  sur  rivières  canalisées  (moyenne)  .  .  »      40 

Sur  canaux »      50 


Remorque  par  le  touage^  en  remonte^  pow*  bateaux  chargés. 

De  Conflans  à  Paris  à  0  fr.  008  par  tonne  et  par  kilomètre. 

Soit  pour  un  bateau  de  250  tonnes 2  fr.    »  par  kilom. 

De  Paris  à  Montereau,  pour  la  coque  du 

bateau,  vide  ou  chargé  (100  kilom.)*  ..90        »        — 

Plus  par  tonne »       01        — 

Ce  qui  fait  ressortir  le  prix  de  remorque, 

par  tonne  et  par  kilomètre,  pour  un 

bateau  chargé  de  150  tonnes,  à  0  fr.  016, 

soit 2       50        — 

Sur  l'Yonne,  la  remorque  par  le  touagc  en 

remonte  est  de  0  fr.  01  par  tonne  et  par 

kilomètre,  soit  pour  150  tonnes 1       50       — 

Pour  la  traversée  du  canal  de  Bourgogne, 

les  bateaux  accélérés,  marchant  jour  et 

nuit  pendant  cinq    jours,  chargés  de 

140  à  150  tonnes,  ont  7  hommes  et 

4  chevaux,  ce  qui  fait  ressortir  le  prix 

de  halage  à 1       30       — 

Sur  la  haute  comme  sur  la  basse  Seine,  les  bateaux  à  vapeur  remor- 
queurs ont  pour  ainsi  dire  annihilé  les  services  de  touage;  leur  prix  de 
remorque  est  moindre  de  25  à  30  pour  100  que  celui  du  touage. 

Expériences  du  Descartes.  —  Le  bateau  à  vapeur  le  Desçartes^  pour 
faire  le  voyage  de  Paris  à  Lyon,  aller  et  retour  avec  130  tonnes  de  charge 
en  allant,  30  tonnes  seulement  en  retour  a  dépensé  : 

Charbon,  15  200  kilogrammes  à  30  francs 456  francs. 

Mécanicien  et  chauffeur 305      — 

Huile,  graisse,  chiffons 70      — 

Petit  entretien  de  la  machine 60      — 

Pour  intérêt  et  amortissement  de  la  machine  à  10  pour  100 

l'an,  pour  le  voyage 100     — 

Total  .  .  .• 991  francs. 

BULL.  !•) 


—  194  — 

Le  parcours  aller  et  retour  étant  de  1  276  kilomètres,  le  prix  de  remorque 
par  kilomètre  est  ressorti  à  0  fr.  71. 

Il  a  effectué  le  voyage  à  Taller  en  13  jours. 

Et  au  retour,  en  12  jours. 

Les  bateaux  accélérés  de  Paris  à  Lyon,  remorqués  par  vapeur  jusqu'à 
Montereau,  par  le  touage  de  Montereau  à  Laroche,  par  chevaux  (canal  de 
Bourgogne),  de  Laroche  à  Saint-Jean-de-Losne  et  par  vapeur  sur  la  Saône 
jusqu'à  Lyon,  meltent  14  à  16  jours. pour  effectuer  ce  voyage. 

Pendant  les  grandes  crues  de  la  «Seine  du  mois  de  décembre  dernier, 
alors  que  tous  les  vannages  des  barrages  étaient  abattus,  le  Descartes  est 
descendu  de  Paris  à  Rouen  avec  227  tonnes  de  chargement  en  27  heures; 
il  est  remonté  à  Paris  avec  un  chargement  de  140  tonnes  en  45  heures  :  sa 
consommation  de  charbon  a  été,  pour  aller  et  retour,  de  6  SOO  kilogrammes, 
sa  dépense  de  traction  comptée  comme  plus  haut  est  revenue  à  460  francs, 
pour  un  parcours  de  490  kilomètres. 

Soit  par  kilomètre,  0  fr.  95. 

Si  on  compare  ces  prix  de  traction  kilométrique  avec  ceux  du  touage  et 
de  remorque  par  chevaux,  on  voit  qu'ils  leur  sont  inférieurs  de  50  pour  100, 
qu'ils  sont  inférieurs  à  ceux  du  halage  par  chevaux,  et  donnent  sur  Tan- 
cienne  batellerie  l'immense  avantage  de  la  régularité  et  de  la  célérité  des 
transports. 

Prix  de  revient  kilométrique  de  la  tonne,  —  Si  on  veut  se  rendre  compte 
du  prix  total  de  revient  des  transports  effectués  dans  ces  deux  voynges,  qui 
caractérisent  pour  ainsi  dire  les  prix  extrêmes,  désavantageux  et  avanta- 
geux, attendu  que  dans  le  voyage  de  Paris  à  Lyon,  le  Descartes  est  allé 
avec  une  charge  de  130  tonnes,  et  est  revenu  avec  30  tonnes  seulement. 

Les  dépenses  totales  du  voyage  compris  frais  d'assurances,  chargement 
et  déchargement  des  marchandises,  toutes  de  première  catégorie,  sucres, 
étoffes,  papiers  peints,  fécules,  etc. 

Se  sont  élevées  à 2316  francs. 

Ce  qui,  pour  1  276  kilomètres  et  un  chargement  aller 
et  retour  de  160  tonnes  de  marchandises,  donne  un  prix 
de  revient  kilométrique  par  tonne  utile  de 0  fr.  01135 

Le  voyage  de  Rouen  peut  être  considéré  comme  un  voyage  à  pleine 
charge,  avec  des  marchandises  de  peu  de  valeur,  des  pyrites  de  fer  pour 
descendre,  des  avoines  pour  remonter. 

Le  prix  de  revient  total,  non  compris  chargement  et  dé* 
chargement  s'est  élevé  à 697  fr.  40 

Soit  pour  227  -|"  130  tonnes  et  un  parcours  total  de 
484  kilomètres,  par  tonne  et  par  kilomètre 0  fr.  0l>8 

On  voit  par  ces  résultats  que  le  bateau  à  vapeur  porteur  est  bien  le  type 


—  495  — 

qu'il  convient  d'employer  pour  rendre  aux  transports  par  voie  d'eau  leur 
ancienne  vitalité,  et  que  le  commerce  et  l'industrie  ont  beaucoup  à  en 

espérer. 

Comparaison  avec  les  chemins  de  fer.  —  En  ce  qui  concerne  la  compa- 
raison avec  les  chemins  de  fer,  il  convient  de  reconnaître,  qu'en  moyenne, 
les  distances  à  parcourir  par  voie  d*eau,  pour  aller  d'un  point  à  un  autre, 
sont  50  pour  100  plus  longues  que  celles  de  la  voie  ferrée  :  si  donc  aux 
priiL  kilométriques  de  la  tonne  transf)ortée  par  voie  d'eau,  qui  précèdent, 
on  ajoute  50  pour  100,  on  arrive  à  0  fr.017  et  0  fr.  012,  en  ne  comptant 
que  la  distance  par  chemin  de  fer. 

Sur  les  chemins  de  fer,  rien  que  le  prix  de  revient  kilométrique  de  trac- 
lion  de  la  tonne  utile,  est  de  Ofr.  009,  ce  prix  ne  représente  que40/100  du 
prix  de  revient  total,  comprenant  tous  les  frais  d'entretien,  d'exploitation 
et  d'administration,  soit  0  fr.  0225. 

Donc,  les  voies  de  navigation  peuvent,  pour  les  marchandises  en  petite 
vitesse,  lutter  très  avantageusement  avec  les  chemins  de  fer,  à  tous  les 
points  de  vue. 

£n  faisant  cette  communication  h  la  Société,  M.  Roy  a  aussi  songé 
à  répondre,  en  partie,  au  remarquable  travail  sur  les  principales  voies 
de  navigation  d'Europe,  sur  celles  de  la  France  en  particulier,  offert  à 
notre  Société  par  notre  éminent  collègue,  M.  Nordling. 

Ce  travail,  qu'à  son  grand  regret  il  n'a  pu  suivre  dans  tous  ses  détails, 
parce  qu'il  est  imprimé  en  allemand,  comporte  des  renseignements  très 
précis  et  pleins  d'intérêt  sur  le  régime  des  déclivités  des  principales  voies 
navigables;  renseignements  que  Ion  ne  trouve  dans  aucune  publication 
française  en  vente  dans  le  commerce. 

Notre  éminent  collègue  pense,  que  les  voies  de  navigation,  ne  peuvent 
rivaliser  avec  les  chemins  de  fer  pour  le  bon  marché  et  la  régularité  des 
transports. 

H.  Roy  a  fait  de  son  mieux  pour  les  réhabiliter,  bien  moins  par  l'exposé 
de  la  question  qu'il  vient  d'avoir  l'honneur  de  faire,  que  par  les  résultats 
d'expériences  qu'il  a  présentés,  concernant  Tamélioration  du  matériel  flot- 
tant^ sans  laquelle  celle  de  la  voie  ne  donnerait  que  des  résultats  secon- 
daires. 

M.  Edmond  Rot,  après  cet  exposé,  indique  une  autre  nouveauté  que  com- 
porte son  bateau.  Le  mode  de  chargement  adopté  rend  la  chaudière  par- 
faitement fumivore.  C'est  ce  qu'a  constaté  Tannée  dernière  une  commission 
prise  dans  le  sein  du  Comité  technique  des  chemins  de  fer.  Après  un  voyage 
de  cette  commission  sur  le  bateau  en  question,  le  ministre  des  travaux  pu- 
blics a  adressé  le  7  juin  1884  la  circulaire  suivante  aux  administrateurs 
des  grandes  compagnies  de  chemins  de  fer. 

«  Messieurs,  mon  administration  a  été  saisie  de  l'examen  d'un  appareil 
fumivore,  pour  foyer  de  machines  locomotives,  imaginé  par  M.  Edmond 
Roy. 


—  196  — 

«  J'ai  soumis  cette  iuvenlion  au  comité  de  l'exploitation  technique  des 
chemins  de  fer. 

«  D'après  le  rapport  qui  lui  a  été  présenté  par  un  de  ses  membres  et 
dont  le  comité  a  adopté  les  conclusions  «  on  est  en  droit  d'espérer  que 
0  l'appareil  de  M.  Roy,  rationnel  dans  son  principe  et  dans  ses  disposi- 
«  lions,  réussira  dans  l'application  ;  une  adaptation  partielle,  constatée  d'ail- 
«  leurs  par  deux  membres  du  comité,  a  déjà  donné,  sur  un  foyer  de  chau- 
a  dière  de  bateau,  une  fumivorité  très  satisfaisante...  il  serait  désirable 
«  qu'un  essai  de  cet  appareil  fût  tenté,  notamment  sur  les  lignes  qui  ont 
«  intérêt,  par  leur  situation,  à  se  servir  de  combustibles  menus  ou  tout 
«  venants.  » 

«  En  suite  de  cet  avis,  que  j'ai  approuvé,  j'ai  l'honneur  de  vous  signaler 
l'appareil  de  M.  Edmond  Roy,  en  vous  invitant  à  examiner  s'il  n'y  aurait 
pas  lieu  de  l'employer  sur  tout  ou  partie  de  votre  réseau. 

a  Je  vous  serai  obligé  de  me  faire  connaître,  à  bref  délai,  les  intentions 
de  votre  compagnie. 

«  Recevez,  messieurs,  l'assurance  de  ma  considération  très  distinguée. 

«  Le  ministre  des  travaux  publics^ 
«  Signé  :  D.  Ratnal. 

«  Pour  ampliation  : 

«  Le  conseiller  d'État,  directeur  des  chemins  de  fer, 

«  Signé  :  Cendres.  » 


Et  j'ajouterai,  dit  M.  Roy,  que  nos  grandes  compagnies  se  sont  empres- 
sées de  n'en  rien  faire. 

Dans  l'appareil  de  M.  Roy,  le  combustible  n'est  jamais  jeté  directement 
sur  la  grille.  Il  est  reçu  dans  une  espèce  de  réservoir  où  il  commence  à 
s'échauffer.  Ce  réservoir  a  pour  fond  une  palette  mobile  qui,  par  la  position 
qu'on  lui  donne,  permet  de  charger  la  grille  à  volonté,  soit  d'un  seul  coup, 
soit  dans  la  proportion  voulue.  Une  ouverture  permet  de  laisser  passer  la 
quantité  d'air  nécessaire  à  la  combustion  des  gaz.  Ce  dispositif  très  simple 
n'entratne  aucune  modification  importante  dans  la  chaudière.  [Applaudis- 
sements,) 

M.  LE  Président  remercie  M.  Edmond  Roy  de  sa  très  intéressante  com- 
munication. 

M.  Qu£ruel  désire,  à  propos  de  la  communication  de  M.  Roy,  dire  queK 
ques  mots  sur  la  question  des  écluses.  On  a  parlé  des  écluses,  en  général, 
et  de  leurs  dimensions.  On  est  d'accord  sur  leur  manque  de  longueur. 
L'administration  s'est  bornée  à  les  allonger  de  3  ou  4  mètres:  c'est  un  ira- 


—  197  — 

vail  insaffisant.  Pendant  qu'on  remaniait  les  écluses,  il  fallait  en  doubler 
encore  la  longueur;  et  le  meilleur  argument  en  faveur  de  cet  allonge- 
ment a  été  donné  par  M.  Roy,  lorsqu'il  a  dit  que,  actuellement,  on  fait  des 
bateaux  de  formes  cubiques,  lourds  à  la  traction,  qui  occupent  enlièrement 
le  cube  libre  de  l'écluse.  Pourquoi  ces  formes  défectueuses?  parce  qu'il 
y  a  insuffisance  de  longueur.  Si  on  avait  une  plus  grande  longueur,  on 
façonnerait  les  extrémités  des  bateaux,  et  la  dépense  de  traction  serait 
beaucoup  moindre. 

Quant  an  tonnage,  M.  Quéruel  est  d'accord  avec  M.  Molinos.  Il  convien- 
drait de  faire  des  bateaux  deSOO  tonnes  au  moins,  de  manière  à  permettre 
la  réduction  du  prix  du  fret. 

La  Société  devrait  appuyer  cet  ordre  dUdées,  parce  qu'il  en  résulterait 
un  grand  avantage  pour  la  navigation. 

M.  Quéruel  veut  dire  encore  un  mot  sur  la  machine  sans  condensation 
qui  a  été  employée  par  notre  collègue.  A  son  avis,  lorsqu'on  a  de  Teau  en 
abondance,  ce  n'est  pas  une  bonne  solution  de  ne  pas  profiter  de  tous  les 
avantages  que  procure  la  condensation.  En  la  faisant  par  surface,  on  emploie 
alors  l'eau  distillée,  dans  les  chaudières,  et  ses  inconvénients  peuvent  être 
conjurés  par  un  mélange  d'eau  naturelle.  On  arrive  ainsi  à  avoir  des  chau* 
dières  qui  se  conservent  parfaitement  bien. 

M.Carimantrand.  En  ce  qui  concerne  les  dimensions  des  écluses,  elles 
sont  généralement  limitées  par  la  quantité  d'eau  disponible  dans  les 
canaux.  Dans  cette  saison-ci,  la  plupart  des  canaux  manquent  d'eau. 

Au  canal  de  Saint-Denis,  on  avait  augmenté  dans  les  projets  la  longueur 
des  écluses,  et  au  moment  de  l'exécution  on  a  été  obligé  de  la  diminuer; 
cela  pour  économiser  Teau.  M.  Carimantrand  demandera  à  M.  Roy  s'il 
a  connaissance  du  système  dans  lequel  il  s'est  rencontré  avec  M.  Lacroix, 
qui  a  eu  la  même  idée  que  lui  :  savoir,  faire  varier  la  hauteur  des  hélices, 
parce  que  les  bateaux  en  effet  ne  ramènent  rien,  à  la  descente  vers  Paris, 
et  qu'alors  les  hélices  ne  sont  plus  suffisamment  immergées  et  perdent  leur 
force  propulsive  effective.  Seulement,  M.  Lacroix,  au  lieu  de  faire  monter 
son  hélice  avec  une  vis,  la  faisait  monter  avec  une  crémaillère.  En  1862,  il 
a  formé  une  Société  dénommée,  Compagnie  générale  de  Navigation  à  va- 
peur sur  les  canaux,  à  l'aide  de  Thélice  mobile,  système  Lacroix.  Cette 
compagnie  fit  construire,  chez  M.  Joly  à  Argenteuil,  dix-huit  bateaux  de  ce 
système,  qui  ont  fonctionné  sur  les  canaux  du  Nord  pendant  sept  ou 
huit  ans;  ils  ont  disparu,  sans  qu'on  sache  pourquoi,  et  M.Carimantrand 
a  pensé  que  H.  Roy  pourrait  le  savoir.  Ces  bateaux  avaient  les  mômes 
dimensions  qne  ceux  de  H.  Roy,  c'est-à-dire  celles  des  péniches. 

M.EdmohdRot  n'a  pas  eu  connaissance  de  ce  système.  Il  a  fait  construire 
son  bateau  dans  le  Nord,  et  on  ne  lui  a  pas  parlé  de  ce  type  de  bateau. 

Il  répondra  à  M.  Quéruel  au  sujet  de  l'allongement  des  écluses  et  des 
bateaux  de  600  tonnes.  Si  on  les  doublait  de  longueur,  on  arriverait  à  avoir 
des  bateaux  ayant  4",90  de  largeur  au  maximun,  pour  une  longeur  de 
SO  à  60  mètres.  Mais  alors,  ce  n'est  plus  un  engin  de  navigation  pratique. 


—  198  — 

Ensuite,  pour  la  navigation  intérieure,  il  ne  partage  pas  du  tout  Topinion 
de  ceux  qui  veulent  de  grands  chargements,  parce  que,  600  tonnes  de 
marchandises,  cela  occupe  le  bateau  longtemps.  Le  bateau  de  600  tonnes 
peut  avoir  sa  raison  d'être  sur  la  basse  Seine,  ou  pour  apporter  les  pierres 
ou  les  marchandises  très  lourdes.  Mais,  pour  le  transport  de  marchandises 
à  détailler  par  colis,  le  bateau  de  600  tonnes  est  très  dispendieux,  surtout 
par  suite  des  nombreux  chargements  et  déchargements. 

De  plus,  il  y  a  2500  écluses  faites;  on  a  fait  une  dépense  qui  a  considéra- 
blement amélioré  la  navigation,  mais  on  aurait  dû  faire  une  dépense  plus 
grande  encore.  Ce  qui  serait  à  désirer,  c'est  que,  sur  les  canaux  où  il  y  a  un 
trafic  important,  on  fit  des  écluses  doubles,  c'est-à-dire  permettant  simulta- 
nément à  un  bateau  de  monter  tandis  qu'un  autre  descend,  pour  doubler 
la  rapidité  de  l'opération.  Mais,  dans  les  canaux  alimentés  par  des  prises 
d'eau  secondaires,  avec  ce  système,  on  accroît  considérablement  la  dépense 
d*eau,  et  on  pourrait  n'en  avoir  pas  assez. 

Pour  la  machine,  M.  Roy  comprend  qu'une  machine  de  bateau  soit  h  haute 
pression.  Son  avis  est  celui-ci  :  c'est  que  la  vapeur  dont  il  se  sert  est  à 
9  kilogrammes;  le  rapport  des  cylindres  est  de  2  1/2,  si  l'on  détend  de  1/5, 
on  arrive  à  avoir  huit  ou  neuf  fois  le  volume  primitif  de  la  vapeur.  M.  Roy 
pense  que,  lorsqu'on  a  utilisé  la  vapeur  à  huit  ou  neuf  fois  son  volume  pri- 
mitif, c'est  un  bon  résultat. 

Puis,  il  y  a  à  considérer  la  légèreté  de  l'engin.  On  a  vu  que  le  bateau 
présenté  ne  cale  à  l'arrière,  avec  une  provision  de  10  tonnes  de  charbon, 
que  65  centimètres;  c'est  parce  que  M.  Roy  a  une  machine  très  simple  :  c'est 
la  locomotive  qu'il  a  appliquée  au  bateau  ;  cela  s'appelle  la  locomotive  Corn- 
pound,  si  vous  voulez,  avec  sa  distribution  et  toutes  ses  dispositions,  c'est 
tout  à  fait  la  locomotive.  Il  fait  travailler  la  vapeur  à  six  ou  huit  fois  son 
volume.  Il  doit  ajouter  que  cette  machine  développe  au  maximum  35  che- 
vaux; elle  a  25  mètres  carrés  de  surface  de  chauffe.  Quand  elle  fait 
35  chevaux,  elle  fait  160  tours  par  minute.  En  marche  normale,  elle  fait 
100  tours  à  peu  près.  En  marche  normale,  quand  elle  ferait  20  chevaux, 
cela  irait  encore,  mais  ce  serait  un  peu  juste.  Mais,  quand  on  porte  la  vitesse 
à  180  mètres,  quand  on  remonte  un  courant,  ou  un  pont,  si  l'on  a  une 
machine  à  condensation,  on  ne  peut  pas  profiter  de  l'échappement,  on  ne 
fait  pas  varier  la  puissance  de  la  chaudière  suivant  les  besoins.  C'est  là  uu 
grave  défaut,  au  point  de  vue  des  bateaux,  parce  qu'il  faut  avoir  des 
machines  dont  les  dimensions  correspondent  complètement  à  l'effort  maxi- 
mum à  exercer. 

Il  faut  tenir  compte  aussi  de  la  simplification  du  mécanisme.  Dans  les 
bateaux,  on  a  un  mécanicien  qu'on  n'a  pas  sous  les  yeux;  ce  n'est  pas 
comme  dans  les  chemins  de  fer,  où  il  y  a  des  chefs  de  dépôt  et  des  chefs 
mécaniciens  qui  exercent  une  active  surveillance. 

Dans  les  bateaux,  on  envoie  le  mécanicien  en  route,  et  il  est  abandonné 
à  lui-même.  Il  y  a  des  mécaniciens  maladroits;  s'il  survient  quelque  déran- 
gement à  la  machine,  ils  ne  savent  pas  le  réparer  et  perdent  la  tête.  M.  Roy 


—  199  — 

a  voulu  réduire  la  machine  simplement  au  piston  et  au  tiroir.  Du  reste,  il 
avoue  que  c'est  le  reproche  qu'on  fait,  à  première  vue,  à  cette  machine;  on 
s'imagine,  quand  on  voit  ce  petit  joujou,  qu'il  ne  peut  pas  remonter  le  cou- 
rant. C'est  pour  cela  que  M.  Roy  lui  a  fait  remonter  la  Seine,  avec  les  plus 
grandes  crues,  et  il  avait  encore  de  la  vapeur  de  reste,  parce  qu'il  avait  un 
échappement  qui  activait  le  feu  comme  dans  les  chemins  de  fer.  Pourquoi 
les  machines  à  grande  vitesse  ont  elles  relativement  peu  de  surface  de 
cbaulTe?  parce  qu'elles  ont  un  échappement  très  intense  qui  active  le  feu. 
Voilà  les  motifs  qui  ont  guidé  M.  Roy.  D'abord,  la  possibilité  de  faire  varier 
la  puissance  de  la  machine  suivant  les  besoins;  et  ensuite,  la  simplicité  des 
pièces  mécaniques,  parce  qu'on  confie  ces  engins  aux  mains  d'un  homme 
qui  n'est  pas  habile  mécanicien. 

M.  Carimanthand.  Les  marins  et  les  bateliers  ne  sont  pas  d*accord  avec 
M.  Roy,  car,  pour  la  marine  marchande,  on  fait  de  plus  en  plus  de  gros 
navires.  Sur  la  Seine,  il  y  a  quelques  années,  on  ne  voyait  pas  de  bateaux  de 
plus  de  300  tonnes,  personne  ne  voulait  de  bateaux  de  500  tonnes,  on  disait 
qu'on  ne  pouvait  pas  les  gouverner. 

Aujourd'hui,  depuis  Tamélioralion  apportée  dans  le  régime  du  fleuve,  il 
il  y  a  des  bateaux,  de  SOO  et  de  600  tonnes;  et  quand  les  travaux  de 
la  Seine  seront  terminés  (on  promet  qu'ils  le  seront  dans  deux  ans), 
quand  le  canal  de  Tancarville  sera  fini,  on  pourra  faire  des  bateaux  de 
1 000  tonnes,  et  avec  cela,  on  abaissera  de  40  pour  100  le  prix  de  revient 
des  transports,  parce  que  il  y  a  des  frais  fixes  constants,  qui  restent  les 
mêmes  pour  1  000  tonnes  que  pour  300  et  600  tonnes. 

Sur  le  Rhin,  il  y  a  déjà  des  bateaux  de  1000  tonnes;  ce  tonnage  sera 
bientôt  atteint  sur  la  Seine.  Il  est  vrai  qu'on  n'a  pas  toujours  1000  tonnes 
de  marchandises  h  mettre,  mais  les  bateaux  qui  apportent  le  charbon  et  les 
céréales  peuvent  en  apporter  1  000  tonnes,  et  d'ailleurs  le  matériel  flottant 
ne  marche  pas  toujours  à  pleine  charge. 

Les  mines  d*Anzin  et  toutes  les  mines  du  nord,  savent  parfaitement 
qu'on  arrivera  à  diminuer  beaucoup  los  frais  de  transport  en  augmentant 
le  tonnage  des  bateaux  :  ils  demandent  qu'on  fasse  creuser  un  canal,  qui 
coûtera  100  millions,  d'une  profondeur  de  3  mètres,  dans  l'espoir  d'avoir 
de  grands  bateaux.  C'est  une  demande  universelle  dans  les  régions  du 
nord. 

M.  Roy  répond  qu'il  s'est  placé  surtout  au  point  de  vue  de  la  question 
des  transports,  en  général,  pour  le  commerce  et  l'industrie,  entre  Paris  et 
Rouen.  On  a  fait  une  canalisation.  Il  y  a  deux  points  extrêmes  :  Paris  et 
Rouen;  on  ne  parle  que  du  transport  de  la  marchandise  d'un  de  ces  points 
vers  l'autre,  et  on  laisse  de  côté  le  service  des  points  intermédiaires.  Dans  la 
prévision  des  bateaux  de  800  tonnes,  on  ne  songe  qu'à  prendre  du  charbon, 
par  exemple,  ou  toute  autre  marchandise  à  Rouen,  pour  l'apporter  à  Paris, 
et  vice  versa;  mais,  pour  l'industrie  courante,  ce  n'est  pas  le  cas,  et  ce  n'est 
pas  le  cas  des  voies  de  communication  dont  il  a  entretenu  la  Société.  Dans 
les  canaux  allant  sur  Test,  Nancy,  Charleville,  ou  vers  Lyon,  il  faut  consi- 


^    200   - 

dérer  les  transports  pour  desservir  les  localités  qu'on  rencontre  entre  les 
points  extrêmes.  Ge  n'est  pas  avec  des  bateaux  de  800  tonnes  que,  dans  ces 
conditions,  on  abaisserait  le  prix  du  transport;  cela  Taugmenterait,  au 
contraire,  parce  que  Ton  ne  peut  pas  employer  une  masse  comme  celle-lh 
pour  faire  des  chargements  et  des  déchargements  sur  tout  le  parcours.  Ces 
bateaux  peuvent  être  utiles  pour  un  service  local  ;  mais,  jusqu'à  preuve  du 
contraire,  il  n'est  pas  très  convaincu.  En  ce  qui  concerne  la  navigation  flu- 
viale, pour  la  Seine,  il  aurait  mieux  valu  qu*on  coupât  les  boucles  que  de 
laisser  les  parcours  aussi  longs  :  le  trajet  est  de  80  pour  100  plus  long  que 
celui  du  chemin  de  fer.  La  dépense  qui  a  été  faite  n'a  pas  apporté  une 
grande  amélioration  à  la  navigation. 

M.  Garimartrand.  Les  transports  par  eau  ne  sont  pratiques  que  pour  les 
grandes  quantités. 

M.  Rot.  Dans  ces  conditions-là,  ils  peuvent  à  peine  rêtre,  parce  que  les 
distances  sont  trop  grandes. 

M.  Garucautrand.  Si  le  trajet  est  plus  long  par  eau  que  par  chemin  de 
fer,  la  situation  est  la  même  pour  les  petits  bateaux  que  pour  les  grands. 

M.  Rot  répète  qu'il  y  avait  autre  chose  à  faire  que  ce  qui  a  été  fait.  Si 
on  avait  raccourci  le  parcours  de  45  kilomètres,  avec  les  grands  bateaux, 
il  aurait  pu  y  avoir  une  lutte  sérieuse  avec  le  chemin  de  fer. 

M.  LE  PRisiDERT.  Est-cc  quc  M.  Quéruel  a  quelque  chose  à  dire? 

M.  Quéruel.  Il  est  trop  tard  pour  présenter  des  considérations  étendues , 
mais  il  y  aurait  des  raisons  à  opposer  à  l'argumentation  de  H.  Roy. 

M.  LE  Président.  Au  retour  des  vacances,  la  parole  pourra  être  donnée  à 
M.  Quéruel  pour  faire  des  observations  à  propos  du  procès-verbal  ;  il  lui 
sera  ainsi  possible  de  compléter  ce  qu'il  a  dit  aujourd'hui. 

L'ordre  du  jour  appelle  la  communication  de  M.  Bonnet  sur  un  Appareil 
élévatoire  de  30  mètres  avec  chariot  transbordeur. 

M.  Bonnet  nous  avait  promis  de  prendre  la  parole  devant  la  Société 
beaucoup  plus  tôt;  il  avait  l'intention  de  nous  entretenir  de  questions  im- 
portantes sur  l'organisation  des  services  et  la  partie  mécanique  du  nouvel 
Hôtel  des  Postes,  à  Tinstallation  duquel  il  a  contribué  dans  une  assez 
grande  proportion;  mais  il  a  remis  cette  communication  à  la  rentrée  des 
vacances,  parce  que,  alors,  il  pourra  nous  conduire  visiter  le  nouvel  Hôtel 
des  Postes,  avant  que  le  service  ne  soit  mis  en  train.  Pour  nous  dédom- 
mager un  peu,  M.  Bonnet  a  bien  voulu  nous  entretenir  de  cet  appareil 
élévatoire,  disposition  très  ingénieuse  qu'il  va  exposer  devant  la  Société. 
Encore  a-t-il  attendu  cette  dernière  séance,  qui  est  un  peu  défavora- 
ble, pour  être  sûr  que  l'appareil  fonctionnait  dans  de  bonnes  condi- 
tions; il  a  été  jusqu'au  bout,  comme  un  bon  ingénieur  qui  ne  montre  son 
travail  que  lorsqu'il  est  sûr  que  l'appareil  imaginé  par  lui  est  tout  à  fait 
pratique. 

M.  Bonnet  remercie  M.  le  Président  de  la  manière  dont  il  vient  de  parler 


—  201  — 

desacommunication,  et  il  compte  sur  la  bienveillance  de  ses  collègues 
pour  écouter  sa  monographie. 

M.  A.  Bonnet  commence  par  faire  rtiislorique  de  la  question. 

Au  mois  de  février  1881,  il  a  été  appelé,  lors  de  la  construction  du  gros 
œavre  de  THôtel  des  Postes,  à  étudier  un  moyen  permettant  une  pose 
rapide  des  pièces  formant  Tossalure  extérieure  de  la  future  construction. 

Les  assises  devaient êlre  amenées  aune  hauteur  de  12  mètres,  au-dessus 
du  niveau  du  trottoir  des  rues  environnantes,  sur  un  développement  total 
de  380  mètres,  en  une  seule  campagne. 

Pour  atteindre  ce  résultat,  les  moyens  mécaniques  ont  été  substitués  aux 
moyens  en  usage  dans  les  chantiers  de  Paris. 

L'appareil  employé  a  été  une  grue  à  balancier^  dont  la  charpente  entière 
était  en  bois  de  sapin,  et  la  hauteur  de  13°^,500.  Cette  grue  se  déplaçait  sur 
une  voie  de  1",750  de  largeur. 

Les  résultats  ont  été  satisfaisants  et  le  problème  résolu. 

Pour  diverses  raisons,  un  appareil  plus  puissant  ne  fut  pas  demandé  et 
l'achèvement  de  THôtel  eutlieu  avec  les  méthodes  habituellement  employées 
parles  poseurs  de  pierre. 

An  mois  de  juin  1882,  il  a  été  demandé,  à  M.  Bonnet,  un  appareil  sem- 
blable à  celui  employé  aux  Postes,  pour  l'édification  de  la  nef  au  chantier 
de  Montmartre. 

Il  s'agissait  de  construire  cette  nef  sans  employer  une  charpente  consi- 
dérable qui  eût  coûté  plus  de  500  000  francs. 

Le  premier  appareil  monté  au  chantier  de  Montmartre  avait  15  mètres 
de  hauteur  totale. 

Les  résultats  ayant  pleinement  confirmé  les  prévisions,  M.  Bonnet  a  été 
appelé  à  résoudre  un  problème  plus  complexe.  C'est  la  solution  de  ce 
problème  qui  fait  l'objet  de  la  communication. 

Le  programme  imposé  se  résume  de  la  manière  suivante  : 

En  hauteur  l'appareil  doit  pouvoir  opérer  U  pose  des  assises  jusqu'aux 
sommiers  des  voûtes,  poser  les  sommiers  et  établir  les  voûtes;  l'extrados 
étant  à  27  mètres  du  sol  de  la  nef. 

En  déplacement,  la  grue  doit  desservir  les  deux  côtés  de  la  nef  et  tout 
le  pourtour  du  chœur. 

La  nef  s'étend  sur  une  longueur  de  52",500  et  le  chœur  a  un  rayon  de 
7*,280  dans  œuvre. 

Ses  piliers  ont  4",500  d'épaisseur. 

La  partie  centrale  de  l'ensemble  de  l'édifice  devait  rester  entièrement 
libre. 

La  translation,  dans  la  nef  et  au  pourtour  du  chœur,  étant  nécessaire- 
ment  effectuée  à  la  volonté  d'un  mécanicien,  et  suivant  les  besoins  du  ser- 
vice, par  des  moyens  mécaniques  dont  la  puissance  moirice  serait 
demandée  à  une  machine  à  vapeur  placée  sur  la  plate-forme  de  l'appareil. 

Un  homme  seul  devant  suffire  à  la  manœuvre  complète. 

Dans  la  partie  correspondant  au  chœur.  Taxe  du  rail  extérieur  pouvait 


—  202  — 

avoir  au  maximum  6'",860  de  rayon.  Le  passage  dans  cette  partie  ne  pou- 
vait être  obtenu  qu'en  rendant  mobile  l'un  des  essieux  ou  en  employant  un 
appareil  auxiliaire. 

Le  poids  total  est  de  25  tonnes  ;  la  manœuvre  d'un  essieu  mobile  esi 
dangereuse  dans  de  telles  conditions  de  charge,  on  a  donc  dû  recourir  à 
un  appareil  auxiliaire  spécialement  disposé  pour  transborder  Tappareil 
élévatoire. 

L'élude  comprend  donc  trois  parties  distinctes  : 

1®  l'appareil  élévatoire; 

2**  le  chariot  transbordeur; 

3*  la  voie. 

APPAREIL  ÉLÉVATOIRE. 

La  pose  doit  avoir  lieu  à  27  mètres  au-dessus  de  la  nef,  comme  hauteur 
maximum. 

Certaines  obligations  locales  ont  conduit  à  surélever  le  rail  de  2  mètres 
au-dessus  du  sol  de  la  nef.  Le  plan  supérieur  de  pose  se  trouve  ramené  à 
25  mètres  du  niveau  du  rail. 

Afin  d'atteindre  le  porte  à  faux,  assez  considérable^  de  4°*,500,  demandé 
par  l'épaisseur  des  piliers,  l'axe  du  balancier  a  dû  être  établi  à  25  mètres 
au-dessus  du  rail. 

Le  balancier  a  11  mètres,  ce  qui  donne  une  hauteur  de  30^,50  au-dessus 
du  rail  pour  l'axe  de  la  poulie  recevant  la  chaîne  de  charge. 

Balancier,  —  Le  balancier  est  formé  par  deux  poutres  en  treillis  montées 
parallèlement  sur  un  axe  en  fer  qui  les  traverse  toutes  deux  dans  des  tour- 
teaux en  fonte  rivés  sur  des  tôles  qui  forment  l'âme  des  poutres  au  milieu 
et  aux  extrémités. 

Ces  poutres  sont  entretoisées  de  distance  en  distance  par  des  entre- 
toises intérieures. 

Aux  deux  extrémités  du  balancier  sont  placées  deux  poulies  :  Tune  la 
poulie  recevant  la  chaîne  de  charge,  l'autre  la  poulie  servant  au  rappel  du 
balancier. 

L'axe  d'oscillation  porte  aussi  une  poulie  qui  sert  à  renvoyer  la  chaîne  de 
charge  au  treuil  de  manœuvre  placé  sur  la  plate-forme  inférieure. 

Les  pierres  employées  à  Montmartre  sont  toutes  des  pierres  dures  de 
Château-Landon  ;  le  levage  est  fait  à  la  louve,  les  pierres  arrivant  toute 
taillées. 

Le  balancier  doit  opérer  la  pose  directement  sans  bardage  supplémen- 
taire; il  doit  donc  pouvoir  prendre  toutes  les  positions,  depuis  la  position 
horizontale  jusqu'au  relèvement  total  limité  par  la  chaîne  de  charge 
ramenée  contre  les  montants. 

Pour  que  celte  manœuvre  soit  régulière,  le  centre  de  gravité  du  balancier 
a  dû  être  fixé  un  peu  en  dessous  de  Taxe  d'oscillation  au  moyen  d'un  contre- 
poids spécial. 


—  203  — 

Pylône.  Le  pylône,  portant  le  balancier  à  la  partie  supérieure  et  la 
macbioerie  à  la  partie  inférieure,  est  formé  de  pièces  de  charpente  en  pitch- 
pin. 

H  est  composé  de  deux  montants  verticaux  assemblés  dans  un  des  lon- 
gerons du  châssis  inférieur  et  réunis  entre  eux,  à  diverses  hauteurs,  par 
des  entretoises.  Dans  le  plan  vertical  des  montants,  deux  contre-fiches  laté- 
rales viennent  buter  ces  pièces.  £n  arrière  des  montants,  deux  autres  con- 
tre-fiches. 
Pour  la  constitution  de  cet  ensemble,  le  métal  devait  être  rejeté  : 
l"*  par  suite  du  poids  qui  aurait  remonté  le  centre  de  gravité  total  et 
compromis  la  stabilité; 

2*  comme  rendant  très  difficile  l'assemblage  au  moment  du  montage  sur 
place  ; 
3«  par  raison  d'économie  de  premier  établissement. 
Les  pièces  travaillent  toutes  à  compressioA  sauf  les  contre-fiches  d'arrière 
qai  travaillent  à  traction,  l'emploi  du  pitchpin  est  motivé  dans  cette  appli- 
cation. 

Les  voies  d'accès  de  la  butte  Montmartre  ont  obligé  à  constituer  les  pièces 
en  deux  parties,  le  passage  ne  pouvant  s'effectuer  au  delà  de  17  mètres  de 
longueur. 
Les  pièces  sont  assemblées  à  traits  de  Jupiter  de  3  mètres  de  longueur. 
Les  deux  longerons  sur  lesquels  sont  boulonnées  et  encastrées  les  pièces 
du  pylône^  sont  formés  de  deux  morceaux  de  chêne  de  fort  équarrissage. 
Ils  sont  réunis  entre  eux  par  deux  traverses  également  en  chêne  et  bou- 
lonnées. 

Les  longerons  et  leurs  traverses  forment  un  châssis  sur  lequel  est  instal- 
lée la  machinerie. 

Tout  l'ensemble  est  porté  par  deux  essieux  en  fer  sur  lesquels  sont  calées 
des  roues  en  acier  de  0",60U  de  diamètre. 
La  machinerie  est  complexe,  elle  doit  répondre  aux  besoins  suivants  : 
!•  élévation  du  fardeau  ; 
2*  manœuvre  du  balancier; 
3»  translation  de  la  grue; 
4*  translation  du  chariot  transbordeur. 

La  puissance  motrice  est  demandée  à  une  machine  à  vapeur,  mi-fixe, 
verticale. 

Cette  machine  commande,  au  moyen  d'une  courroie,  un  arbre  de  la  trans- 
mission, lequel  arbre  donne  le  mouvement  : 
!•  au  treuil  de  charge; 
2"*  au  treuil  de  rappel  du  balancier; 
3"*  à  la  translation. 

Treuils.  Les  treuils  sont  du  système  «  Bernier  »  afin  de  ne  pas  former  un 
matériel  hors  série  pour  l'en! repreneur  et  de  conserver  les  habitudes  des 
ouvriers  du  chantier.  Les  débrayages  de  ces  treuils  sont  ramenés  près  de  la 
machine  sous  la  main  du  mécanicien. 


—  204  — 

Le  treuil  de  charge  est  entre  les  deux  montants,  le  treuil  de  rappel  du 
balancier  est  fixé  aux  contre-fiches  d'arrière. 

Ces  treuils  sont  à  deux  vilesses,  mais  ils  fonctionnent  toujours  : 

Le  treuil  de  charge  à  la  grande  vitesse. 

Le  treuil  de  rappel  à  la  petite  vitesse.  • 

La  descente  des  pierres  ou  des  bennes  à  mortier  s'effectue  au  frein. 

Translation.  La  translation  est  obtenue  par  des  engrenages  commandant 
l'essieu  placé  sous  la  machine  et  elle  est  mise  en  mouvement,  à  la  main,  par 
un  embrayage  à  doubles  cônes  de  friction  permettan  t  le  renversement  du 
sens  de  la  marche. 

Le  dernier  engrenage,  qui  communique  le  mouvement  à  l'essieu  moteur, 
est  monté  fou  sur  cet  essieu  et  il  n'en  devient  solidaire  que  par  le  moyen  d'un 
embrayage  à  emboîtements  qui  est  manœuvré  du  plancher  même  de  la 
machine. 

Puissance  de  t  appareil  élévatoire.  La  puissance  de  l'appareil  a  été  calcu- 
lée pour  résister  aux  efforts  provenant  d'une  charge  de  2800  kilogrammes, 
ce  qui  correspond  à  un  volume  de  1"",200,  la  densité  du  Château-Landon 
étant  de  2  400  kilogrammes  environ. 

Dans  ces  conditions,  le  fer  travaille  à  6  kilogrammes  par  millimètre  carré 
pour  le  balancier  (flexion  et  compression),  à  6%50  pour  les  essieux;  la  fonte 
à  2  kilogrammes  par  millimètre  carré  pour  les  dents  d'engrenages;  le  bois 
de  pitchpin  à  0^,061  par  millimètre  carré  pour  compression  seule  et  à 
0^,850  par  millimètre  carré  lorsqu'il  travaille  à  flexion  et  compression  à  la 
fois. 

L'appareil  peut  lever  et  poser  80  à  100  mètres  cubes  par  jour  suivant  les 
conditions  d'alimentation  du  chantier  et  de  hauteur  de  pose.  La  hauteur  n'a 
d'influence  que  dans  les  valeurs  extrêmes,  le  montage  se  faisant  pendant 
que  la  translation  s'effectue. 

Stabilité.  Une  des  questions  les  plus  importantes  est  la  stabilité. 

Le  moment  résistant  a  été  trouvé  de 

27  750 

Le  moment  de  renversement  maximum  est  donné  par  la  charge  2800,  le 
balancier  étant  horizontal;  sa  valeur  est  de 

14280 
Rapport  du  moment  résistant  au  moment  renversant 

27750 


14  280 


=  1,943. 


donnant  une  sécurité  absolue  dans  le  cas  le  plus  défavorable. 

L'influence  du  vent  est  considérable  au  point  élevé  où  fonctionne  l'appa- 
reil. 

En  tenant  compte  des  circonstances  locales,  la  stabilité  n'est  compro- 
mise que  lorsque  le  vent  a  une  intensité  supérieure  à  celle  qui  correspond 
à  une  pression  de  162  kilogrammes  par  mètre  carré,  le  balancier  étant 


—  208  — 

droit,  et  de  222  kilogrammes  par  mèlre  carré,  le  balancier  étant  hori- 
zontal, et  encore  faut-il  que  la  direction  soit  normale  à  Taxe  de  la  voie  et 
à  l'amère  de  l'appareil. 

Sécurité  des  manœuvres.  Depuis  1881,  il  a  été  constaté  qu'il  ne  s'était  pas 
posé  moins  de  jSOOO  mètres  cubes  avec  ces  appareils,  non  seulement  sans 
danger  ponr  l'existence  des  hommes  qui  ont  été  employés,  mais  encore 
sans  qu'aucun  d'eux  ait  été  seulement  blessé. 

CHABIOT  TRANSBORDEUR. 

L'appareil  auxiliaire  devant  transborder  l'appareil  élévatoire,  doit  se 
déplacer  sur  une  voie  circulaire  dont  le  rail  extérieur  ne  peut  avoir  plus  de 
6»,860  de  rayon,  à  Taxe. 

Les  essieux  de  la  grue  étant  distants  de  5  mètres,  le  chariot  à  6'',500  de 
longueur  totale. 

Conditions  d^ établissement.  Les  conditions  d'établissement  du  chariot 
transbordeur  sont  les  suivantes  : 

1*  Permettre  Taccès  facile  à  Tappareil  venant  des  voies  latérales  ou  s'y 
rendant. 

2*  Il  doit  être  relié  à  la  voie  latérale  jusqu'au  moment  où  l'appareil  devient 
solidaire  du  chariot. 

3*  Le  chariot  et  l'appareil  doivent  être  rendus  solidaires  par  un  mouve- 
ment automatique,  et  cette  solidarité  doit  exister  pendant  toute  la  translation 
aatour  dû  choeur^ 

k^  Le  mouvement  moteur  doit  être  pris  directement  sur  le  mouvement  de 
translation  de  l'appareil. 

5*  Le  chariot  étant  nécessairement  relié  &  la  voie  latérale  sur  laquelle 
l'appareil  pose  les  pierres  de  la  nef,  pendant  cette  période,  il  y  a  enclenche- 
ment des  pièces  mobiles  du  chariot  afin  que  l'appareil  ne  puisse  s'engager 
sur  ce  chariot,  sans  que  celui-ci  ne  soit  prêt  à  le  recevoir. 

Chariot.  Le  chariot  est  formé  par  un  châssis  métallique  composé  de  deux 
longerons,  de  deux  traverses  et  de  plusieurs  entretoises.  La  rigidité  de 
l'ensemble  est  assurée  par  des  goussets  et  deux  contreventements  horizon- 
taux. Les  roues  sont  extérieures,  avec  supports  spéciaux,  disposition 
donnant  la  hauteur  minimum.  Leur  nombre  est  de  cinq  pour  assurer  la 
stabilité  du  côté  de  la  charge. 

Liaison  du  chariot  et  des  voies  d'accès,  —  La  liaison  du  chariot  et  des 
voies  latérales  est  obtenue  par  des  verrous  fixés  sur  les  traverses  et  manœu- 
vres au  moment  du  départ,  Tenclenchement  se  fait  automatiquement.  Dans 
cette  position,  les  voies  du  chariot  sont  rigoureusement  dans  le  prolonge- 
ment des  voies  d'accès.  Les  longerons  reposent  sur  des  patins  en  acier  légè- 
rement inclinés  afin  d'éviter  le  frottement  au  départ. 
Solidarité  de  F  appareil  et  du  chariot.  A  chaque  extrémité  des  rails  du 

chariot  est  disposé  un  verrou  en  fer  forgé  coulissant  dans  des  guides  en 

fonte. 


—  206  — 

Ces  verrous  sonl  manœuvres  par  des  bielles  mises  en  mouvement  par  un 
levier  à  contrepoids.  Les  bielles  sont  en  deux  parties  avec  écrous  de 
réglage. 

Le  fonctionnement  est  automatique  au  moyen  d'un  taquet  de  butée  fixé 
sur  le  longeron  de  la  grue.  Le  taquet  entraîne  le  levier  et  les  verrous  vien- 
nent buter  sur  les  boudins  des  roues;  dès  que  le  mouvement  de  l'appareil 
a  son  amplitude  complète,  les  boudins  découvrent  les  verrous  qui>  rendus 
libres,  achèvent  leur  fermeture  sous  l'action  du  contrepoids.  L'ouverture 
se  fait  à  la  main. 

Mouvement  moteur  du  chariot.  Une  des  particularités  du  système  adopté 
consiste  à  demander  le  mouvement  moteur  du  chariot  à  l'appareil  éléva- 
toire  lui-même. 

Ce  mouvement  est  pris  sur  le  dernier  engrenage  de  la  translation  monté 
fou  sur  Tessieu. 

Un  ensemble  de  deux  harnais  de  roues  coniques  transmet  le  mouvement 
au  chariot  au  moyen  d'une  crémaillère  scellée  dans  le  sol  du  chœur. 

Pour  éviter  les  erreurs  de  mise  en  route,  le  sens  de  marche  des  roues  du 
chariot  est  le  même  que  celui  de  la  grue  pour  un  même  déplacement  du 
levier  d'embrayage. 

Enclenchement  des  pièces  mobiles.  Il  y  a  lieu  de  se  préoccuper  de  rendre 
impossible  un  accident  résultant  de  ce  que  les  pièces  mobiles  du  chariot, 
manœuvrées  pendant  que  la  grue  fonctionne  sur  les  voies  latérales,  aient 
pu  amener  l'ouverture  de  tous  les  verrous  à  la  fois. 

On  a  acquis  toute  sécurité  en  terminant  l'arbre  des  bielles  des  verrous 
par  une  série  de  loviers  actionnant  un  étrier  qui^  doué  d'un  mouvement  en 
sens  inverse  de  celui  du  levier  auquel  il  est  relief  vient  entourer  l'extrémité 
du  second  levier  et  empêche  le  déplacement  de  celui-ci. 

VOIES. 

Les  voies  latérales  sont  formées  de  deux  alignements  droits  raccordés 
par  une  courbe  de  106",75  de  rayon. 

Les  voies  de  la  nef  ont  S^^^SSO  de  largeur  d'axe  en  axe. 

Les  rails  sont  en  acier,  type  du  chemin  de  fer  du  Nord,  pesant  30  kilo- 
grammes le  mètre.  Ils  sont  po>és  sur  longrines  entretoisées.  Il  y  a  trois 
entretoises  par  largeur  de  rail  de  8  mètres* 

Les  rails  du  chariot  sont  établis  à  0*^,595  en  contre-bas  de  ceux  des  voies 
latérales.  La  voie  a  3">,100  de  largeur,  le  rail  extérieur  étant  cintré, 
comme  il  a  été  dit,  a  6'",860  de  rayon» 

Levage  surplace*  Le  levage  sur  place  s'est  fait  avec  une  grande  facilité 
en  utilisant  une  charpente  existante  de  13  mètres  de  hauteur.  Il  a  été  fixé, 
sur  cette  charpente,  deux  sapines  inclinées  Tune  vers  l'autre,  reliées  par  des 
traverses.  La  traverse  supérieure  portait  la  chape  d'une  poulie  sur  laquelle 
s^enroulait  le  câble  d'un  treuil  placé  sur  le  sol  de  la  nef.  La  poulie  était  à 
36  mètres  du  soL 


—  207  — 

L'appareil  élévatoire  et  le  chariot  transbordeur  ont  été  exécutés  d'une 
manière  remarquable  dans  les  ateliers  de  MM.  Rénaux  fils  et  Bonpain,  à 
Rouen.  H.  Bonpain  est  un  de  nos  collègues  les  plus  sympathiques. 

Le  levage  a  été  fait  avec  une  précision  parfaite. 

M.  BoNHBT  ajoute  qu'il  aurait  pu  aborder  plus  tôt  celle  communication, 
mais  que,  d'accord  en  cela  avec  notre  cher  et  érainent  président,  il  a  voulu 
attendre  que  l'expérience  ait  apporté  une  consécration  à  ses  prévisions  : 
aujourd'hui  l'expérience  est  complète,  et,  depuis  la  mise  en  service,  les  ap- 
pareils n'ont  pas  cessé  de  donner  une  solution  complète  du  problème  qui 
avait  été  posé.  {Applaitdissements.) 

M.  LE  Président.  Quelqu'un  a-t-il  quelques  observations  à  faire  sur  la 
commanication  de  M.  Bonnet  ou  des  questions  à  lui  poser. 

M.  FoREST  demande  à  M.  Bonnet  de  vouloir  bien  donner  un  aperçu  du 
prii  de  revient  de  l'appareil  pour  des  installations  de  différentes  hauteurs. 

M.  Bonnet.  L'ensemble  coûte  à  peu  près  33  000  francs  pour  une  hauteur 
de  30  mètres.  La  charpente  des  bas-côtés  a  coûté  720000  francs;  celle  du 
chœur  aurait  coûté  500000  francs  au  moins. 

M.  FoRBST.  Est-ce  que  les  voies  sont  comprises  dans  ce  prix? 

M.  Bonnet.  Il  y  en  a  pour  3  000  francs,  les  rails  compris.  Quant  à  la 
charpente  particulière  de  la  crypte  remplaçant  le  sol,  c'est  un  cas  spécial 
dont  il  n*y  a  pas  à  tenir  compte  dans  le  prix  de  revient. 

M.  LE  Président.  Les  observations  qui  viennent  d'être  faites  prouvent 
rimportance  et  l'intérêt  de  ces  grands  appareils  élévatoires,  puisque,  pour 
les  grandes  constructions,  ils  peuvent  remplacer  les  charpentes  énormes 
qu'on  est  obligé  d'établir.  D'après  les  chiffres  que  vient  de  donner  M.  Bon- 
net, s'il  s'agissait  d'une  dépense  de  500  000  francs,  et  que  l'emploi  de  cet 
appareil  permit  de  n*en  dépenser  que  33  000,  on  réaliserait  une  économie 
considérable. 

M.  Bonnet.  Deux  mois  après  que  Tappareirest  en  marche,  Tentrepreneur 
l'a  déjà  payé,  il  y  a  une  économie  de  main-d'œuvre  énorme. 

M.  Badois.  Comment  se  fait  la  pose  des  pierres?  Est-ce  par  assises  ou 
n'importe  comment? 

M.  Bonnet.  M.  Badois  signale  là  un  des  grands  avantages  de  l'appareil. 
Oq  prend  la  pierre  et  on  la  pose  n'importe  où,  quand  elle  arrive,  à  condi- 
tion, naturellement,  que  la  pierre  sous-jacente  puisse  la  recevoir.  Il  y  a 
quelquefois  trois  ou  quatre  assises  montées  dans  un  coin«  et  rien  dans 
l'autre.  On  peut  poser,  dans  une  assise,  toutes  les  pierres  et  laisser  celle 
du  milieu;  quand  elle  arrive^  elle  se  pose  parfaitement^ 

M.  Badois.  Gomment  l'entrepreneur  règle^t-il  son  chantier  avec  cet 
appareil? 

M.  Bonnet.  —  D'après  la  dimension  des  pierres  qui  arrivent;  il  fait  tailler 
quelquefois  trois  assises  à  l'avance,  on  n'a  plus  besoin  de  poser  les  pierres 
par  assises  complètes,  comme  nous  le  disions  tout  à  l'heure. 

M;  Badois.  —  Le  mouvement  du  balancier  se  fait-il  facilement? 


---  208  — 

M.  Bonnet.  ^  Très  facilement.  On  prend  la  pierre,  et  on  va  la  porter 
quelquefois  à  15  mèlres  à  l'endroit  où  elle  doit  être  posée.  Pendant  ce 
temps,  le  mécanicien  règle  le  balancier,  monte  la  pierre,  et  donne  du  nez  s'il 
y  a  lieu;  mais,  il  est  presque  toujourssûr  d'arriver  à  l'endroit  voulu;  il  n'y  a 
presque  pas  de  fausses  manœuvres.  Le  mécanicien  sait  où  la  pierre  va,  et 
quand  elle  arrive,  il  la  pose  exactement  à  la  place  qu'elle  doit  occuper. 

M.  QuERUEL.  —  Avec  ce  système,  il  y  a  moins  de  danger  d'écorner  les 
pierres? 

M.  Bonnet.  —  Et  les  hommes.  Il  y  a  pour  eux  comme  pour  les  pierres, 
une  sécurité  absolue. 

M.  FoRBST.  —  Comment  procédera-l-on  pour  les  voûtes? 

M.  Bonnet.  —  On  battra  en  retraite. 

M.  LE  Président.  —  Y  a-t-il  encore  d'autres  observations?  Si  personne 
ne  demande  plus  la  parole,  je  remercierai  M.  Bonnet  de  son  très  intéressant 
travail,  et  je  le  prierai  de  vouloir  bien  penser  à  nous  fidèlement  à  la  rentrée, 
pour  faire  une  visite  à  l'Hôtel  des  Postes,  comme  il  a  bien  voulu  nous  le 
promettre. 

Le  chariot  transbordeur,  sur  lequel  H.  Bonnet  aurait  pu  appuyer  davan- 
tage, est  une  œuvre  remarquable  au  point  de  vue  mécanique  et  au  point  de 
vue  de  la  précision. 

Le  mémoire  de  M.  Bonnet  sera  publié  in  e&lenso  dans  le  Bulletin. 

MM.  Gassaud  et  Verrier  ont  été  reçus  membres  sociélaires. 
La  séance  est  levée  à  onze  heures  et  quart. 


APPAREIL  ÉLÉVATOIRE 


DE  30  MÈTRES  DE  HAUTEUR 


AVEC  CHARIOT  TRANSBORDEUR 


Par  m.  AvciuSTE  BONIKET 


Historique  de  la  question.  —  Au  mois  de  février  1881,  lors  de  la 
construction  du  gros  œuvre  de  THôtel  des  Postes,  à  Paris,  oous  fûmes 
appelé  à  étudier  un  moyen  permettant  une  pose  rapide  des  pierres 
formant  l'ossature  extérieure  de  la  future  construction. 

11  s'agissait  d'amener  les  assises  à  environ  4  mètres  au-dessus  du 
niveau  du  plancher  haut  du  rez-de-chaussée,  sur  un  développement 
d'environ  380  mètres,  en  une  seule  campagne  :  celle  qui  commençait 
deux  mois  plus  tard,  en  avril  1881. 

Pour  atteindre  sûrement  le  résultat  demandé,  il  était  de  toute  évi- 
dence qu*il  fallait  substituer  les  moyens  mécaniques  aux  moyens  babi- 
luellement  en  usage  dans  les  chantiers  de  construction  de  Paris. 

Après  des  études  et  des  tâtonnements,  nous  avons  été  amené  à  l'éta- 
blissement d'une  grue  à  balancier  dont  la  charpente  entière  était  en 
boisdesapin,  balancier  compris,  et  qui  était  mise  en  mouvement  par 
Qoe  machine  à  vapeur  du  système  mi-fixe. 

Cette  grue,  de  13'°,500  de  hauteur  totale,  était  établie  sur  une  voie 
de  l"",75flde  largeur  entre  axes  des  rails. 

L'étude  détaillée  et  la  construction,  de  l'appareil,  n'ont  permis  sa 
mise  en  service  que  vers  le  1 5  mai. 

Les  résultats  ont  été  satisfaisants  et  le  problème  résolu  :  du  jour  de 
la  livraison  de  la  grue  à  la  fin  du  mois  de  septembre  de  la  même  année, 

BtILL.  14 


-  210  — 

les  assises  étaient  amenées  à  un  niveau  de  12  mètres  au-dessus  des 
trottoirs,  sur  tout  le  périmètre  de  rédifice. 

Pour  diverses  raisons  un  appareil  plus  puissant  ne  fut  pas  demandé 
et  l'achèvement  de  THôtel  eut  lieu  avec  les  moyens  habituellement 
employés  par  les  poseurs  de  pierre. 

Au  mois  de  juin  1882,  M.  Riffaud,  Thabile  entrepreneur  de  Paris, 
chargé  de  la  construction  de  Téglise  de  Montmartre,  fut  frappé  de  la 
rapidité  et  de  la  précision  de  manœuvre  de  la  machine  employée  Tan- 
née précédente  à  THôtel  des  Postes.  Il  avait  remarqué  aussi  que  les 
charpentes,  servant  au  bardage  des  pierres,  étaient  supprimées  com- 
plètement. 

Ce  dernier  avantage  était  d'une  importance  de  premier  ordre  pour 
l'édification  delà  nef,  au  chantier  de  Montmartre.  Après  un  bienveil- 
lant examen,  M.  Rauline,  architecte,  remplaçant  l'architecte  en  chef, 
M.  Âbadie,  alors  malade,  nous  a  demandé  l'établissement  d'un  appa- 
reil semblable  à  celui  employé  à  l'Hôtel  des  Postes  avec  de  légères 
modifications  :  l'appareil  fut  porté  à  1 S  mètres  de  hauteur  totale. 

C'est  dans  ces  conditions  que  l'on  est  arrivé  à  la  23"  assise;  à  Mont- 
martre les  assises  sont  réglées  en  hauteur  à  0'",45. 

La  marche  des  travaux  ayant  été  très  régulière  et  l'économie  résul- 
tant de  la  suppression  des  échafaudages  se  'chiffrant  par  plus  de 
200  000  francs,  l'année  dernière  nous  avons  été  appelé  à  résoudre  un 
problème  beaucoup  plus  complexe. 

C'est  sa  solution  qui  fait  l'objet  de  cette  communication. 

-  Données  du  problème.  <—  Le  programme  qui  nous  était  imposé  se 
résumait  de  la  manière  suivante  : 

En  hauteur,  l'appareil  devait  pouvoir  opérer  la  pose  des  assises,  non 
seulement  jusqu'aux  sommiers  des  voûtes,  mais  encore  poser  ces  som- 
miers et  établir  les  voûtes,  l'extrados  de  celles-ci  étant  à  environ 
27  mètres  du  sol  de  la  nef. 

En  déplacement,  la  grue  devait  desservir  les  deux  côtés  de  la  nef  et 
tout  le  pourtour  du  chœur. 

La  nef  s'étend  sur  une  longueur  de  52'°,500  et  le  chœur  a  un  rayon 
de  7°',280  dans  œuvre,  ainsi  qu'on  peut  le  constater  sur  le  plan  des 
voies  annexé  à  ce  mémoire. 

Les  piliers  ont  4™, 500  d'épaisseur. 

La  partie  centrale  de  l'édifice  devait  rester  entièrement  libre  pour 


—  2il  — 

permettre  de  satisfaire  aux  besoins  du  culte  pendant  la  construction. 

La  translation  étant  nécessairement  effectuée,  dans  la  nef  et  au 
pourtour  du  chœur,  à  la  volonté  d'un  mécanicien  et  suivant  les  besoins 
du  service,  par  des  moyens  mécaniques  dont  la  puissance  motrice 
serait  demandée  à  une  machine  à  vapeur  placée  sur  la  plate -forme  de 
l'appareil. 

Un  honmie  seul  devant  suffire  à  la  manœuvre  complète. 

Tout  en  remplissant  ce  programme^  il  ne  fallait  pas  songer  à  opérer, 
par  l'appareil  élévatoire  seul,  la  translation  dans  une  courbe  intéres- 
sant les  deux  tiers  d'une  circonférence,  l'axe  du  rail  extérieur  devant 
avoir  un  rayon  de  courbure  de  6*", 860  au  maximum. 

Le  passage,  dans  une  courbe  d'un  aussi  faible  rayon,  ne  pouvait 
être  obtenu  qu'en  établissant  l'un  des  essieux  en  deux  tronçons  très 
courts,  recevant  chacun  une  roue,  et  se  déplaçant  afin  que  les  trois 
essieux  soient  dirigés  suivant  des  rayons  de  la  courbe. 

Le  poids  total  est  d'environ  25  tonnes,  soit  6  250  kilogrammes  sur 
chaque  roue  ;  dans  ces  conditions  de  charge  les  essieux  ne  pouvaient 
ètpe  mobiles. 

Un  appareil  auxiliaire,  spécialement  disposé  pour  transborder  l'appa- 
reil  élévatoire,  d'un  alignement  droit  à  un  autre,  devenait  indispen* 
sable. 

Notre  étude  comprend  donc  trois  parties  distinctes  : 

i*  L'appareil  élévatoire: 

2"*  Le  chariot  transbordeur; 

3*  Les  voies. 


1.  APPAREIL  ELEVATOIRE 


Conditions  d'étabusseuent.  —  D*après  le  programme  imposé  nous 
devions  réaliser  la  pose  des  pierres  et  la  manœuvre  des  services  accès-* 
.soires,  tels  que  les  bennes  contenant  le  mortier,  à  environ  27  mètres 
du  sol  de  la  nef. 

Comme  nous  le  constaterons  dans  l'étude  de  la  voie,  par  suite  de 
certaines  obligations  locales,  le  rail  a  dû  être  surélevé  de  i  "^yiOO  par 
rapport  au  sol  de  la  nef,  surélévation  qui  a  été  portée  à  2  mètres  pour 
permettre  l'établissement  du  chariot  transbordeur. 


—  212  — 

Le  plan  supérieur  de  la  pose  se  trouvait  donc  ramené  à  23  mètres  du 
niveau  du  rail . 

En  choisissant  le  type  adopté  précédemment  d'un  balancier  oscillant 
établi  au  sommet  d'un  pylône  en  forme  de  pyramide,  il  devenait 
nécessaire  de  prendre  la  hauteur  de  25  mètres  comme  cote  de 
la  distance  de  cet  axe  au  rail,  afin  de  permettre  d'atteindre  le  porte 
à  faux  assez  considérable,  de  i^'^SOO,  demandé  par  l'épaisseur  des 
piliers  :  le  service  extrême  devant  s'effectuer  avec  le  balancier  placé 
horizontalement. 

Nous  avons  arrêté  la  hauteur  du  pylône  à  2S  mètres  et  la  longueur 
du  demi-balancier  à  5°*,500,  soit  une  hauteur  totale  de  30'",o00 
au-dessus  du  rail  pour  Taxe  de  la  poulie  recevant  la  chaîne  de 
charge,  le  balancier  étant  redressé. 

Les  deux  parties  de  ce  balancier  sont  symétriques  afin  de  n'aaiener 
aucune  modification  dans  la  répartition  des  charges,  et  par  conséquent 
nous  avons  donné  au  balancier  une  longueur  totale  de  1 1  mètres  entre 
les  axes  des  poulies  extrêmes. 

Les  dimensions  principales  motivées,  nous  allons  décrire  le  mode 
de  construction  adopté  et  Tensemble  des  engins  mécaniques  assurant 
le  service  complet. 

Balancier.  — Cette  pièce  importante  ne  pouvait  plus  être  constituée, 
comme  dans  les  premiers  appareils,  par  deux  poutres  en  bois  armées  de 
tirants  en  fer  boulonnés  dans  des  sabots  en  fonte  recevant  les  axes  des 
poulies  et  l'axe  d'oscillation. 

La  longueur  de  H  mètres  devait  rendre  difficile  une  égalité  de  résis- 
tance nécessaire,  et,  de  plus,  le  poids  de  l'ensemble  devenait  plus 
considérable  qu'avec  deux  poutres  formées  de  treillis  en  fer  :  l'emploi 
du  métal  s'imposait  donc,  les  conditions  de  légèreté  et  de  régularité  de 
résistance  étant  de  premier  ordre  à  une  hauteur  de  2S  mètres  et  primant 
toutes  les  autres,  notamment  celles  de  l'économie  dans  la  dépense 
d'établissement. 

Le  balancier  a  été  formé  par  deux  poutres  en  treillis  de  fer^  ayant 
0™,410  de  hauteur  à  l'axe  et  0",230  à  chaque  extrémité.  Ces  poutres 
sont  montées  parallèlement  sur  un  axe  en  fer  qui  les  traverse  toutes 
deux  dans  des  tourteaux  en  fonte  rivés  sur  des  tôles  qui  forment  Tâme 
des  poutres  au  milieu  et  aux  extrémités. 

Pour  augmenter  la  résistance  tout  en  réservant  le  poids,  ces  poutres 


—  213  — 

ODt  été  armées  de  tirants  en  fer  à  la  partie  supérieure  ;  de  distance  en 
distance  des  entretoises  évidées,  placées  à  l'intérieur,  maintiennent  un 
écarteraent  invariable  entre  les  deux  flasques. 

A  chaque  extrémité  de  ce  balancier  sont  disposés  des  axes  tournant 
dans  des  coussinets  en  bronze  montés  dans  les  tourteaux  en  fonte  ;  ces 
coussinets  portent  des  graisseurs  de  la  Coux  contenant  de  l'huile  pour 
plusieurs  mois,  le  nombre  des  remplacements  du  corps  lubrifiant  de- 
vant être  réduit  autant  que  possible  ;  des  poulies,  calées  sur  ces  axes, 
reçoivent,  Tune  la  chaîne  de  charge,  l'autre  la  chaîne  de  retenue  ou  de 
rappel  du  balancier. 

L'accès  de  ces  extrémités  du  balancier  est  rendu  possible  par  des 
échelons  rivés  sur  le  dessus  des  cornières  supérieures  du  balancier, 
les  tirants  formant  une  sorte  de  double  rampe  de  sécurité. 

La  chaîne  de  charge,  visible  sur  l'ensemble  de  la  grue  (pi.  102), 
porte  à  la  partie  inférieure  un  crochet  sur  lequel  sont  frappés  les 
contrepoids  nécessaires  pour  opérer  la  descente  de  la  chaîne  à  vide. 
Ces  contrepoids  pèsent  ensemble  ISO  kilogrammes  environ,  formant 
l'équilibre  d'une  partie  de  la  chaîne  et  du  frottement  de  la  poulie  su- 
périeure. 

Cette  chaîne,  après  son  enroulement  sur  la  poulie  supérieure,  passe 
entre  les  deux  flasques  du  balancier  et,  s'enroulant  de  nouveau  sur  une 
deuxième  poulie  montée  folle  sur  le  milieu  de  l'axe  d'oscillation,  est 
renvoyée  au  treuil  de  charge  placé  sur  la  plate-forme  inférieure,  dont 
nous  parlerons  plus  en  détail  en  étudiant  la  machinerie. 

Les  pierres  employées  à  Montmartre  sont  toutes  des  pierres  dures 
provenant  des  carrières  Civet  et  C'®  à  Ghâteau-Landon  ;  le  levage  est 
fait  à  la  louve,  les  pierres  arrivant  toutes  taillées  et  moulurées. 

Le  balancier  doit  permettre  la  pose  des  pierres  directement  à  leur 
emplacement  définitif  sans  aucun  bardage  supplémentaire  ;  il  est  donc 
nécessaire  qu'il  puisse  prendre  toutes  les  positions  depuis  la  position 
horizontale  jusqu'au  relèvement  total  limité  par  la  chaîne  de  charge 
ramenée  contre  les  montants. 

En  calculant  la  position  du  centre  de  gravité,  on  le  trouve  situé  à 
O"',210  au-dessus  de  Taxe  d'oscillation;  il  résulte  de  celte  situation  que, 
lorsque  le  balancier  dépasse  la  position  faisant  un  angle  de  SO  degrés 
avec  rborizontale,  il  ne  doit  plus  obéir  à  la  chaîne  de  rappel  et  qu'il 
doit  s'appliquer  brusquement  sur  la  charpente  du  pylône. 

Pour  donner  au  balancier  une  manœuvre  réguUère,  il  devient  néces- 


—  214  - 

sâire  de  ramener  son  centre  de  gravité  en  coïncidence  avec  Taxe  d'os- 
cillation, de  le  placer  même  en  dessous  de  cet  axe. 

Cette  manœuvre  régulière  est  réalisée  par  des  contrepoids  réunis  à 
la  partie  inférieure  du  balancier  par  des  cornières  et  des  tirants  ;  le 
dessin  montre  parfaitement  l'ensemble  de  ces  dispositions. 

Ghabpente.  —  Le  pylône,  portant  le  balancier  à  la  partie  supérieure 
et  la  machinerie  à  la  partie  inférieure,  est  formé  par  un  ensemble  de 
pièces  de  charpentes  en  bois,  à  Texclusion  de  toute  partie  métallique  en 
dehors  des  boulons  d'assemblage. 

II  est  composé  de  deux  montants  verticaux  assemblés  dans  un  des 
longerons  du  châssis  inférieur  et  réunis  entre  eux  à  diverses  hauteurs, 
par  des  entretoises  ;  extérieurement,  et  dans  le  plan  vertical  contenant 
les  axes  des  montants,  deux  contre-fiches  viennent  contrebuter  ces 
pièces  avec  lesquelles  elles  sont  boulonnées  et  entretoisées. 

En  arrière  de  chacun  des  montants  deux  autres  pièces  inclinées, 
(1  les  contre-fiches  d'arrière,  »  reliées  aux  autres  pièces  principales  par 
des  boulons  et  des  étriers,  que  les  desseins  montrent  très  clairement; 
la  liaison  est  complétée  par  des  entretoises. 

Pour  la  constitution  de  cet  ensemble  Temploi  du  métal  n'était  pas 
indiqué  pour  diverses  raisons  : 

1*  Le  poids  qui  eût  remonté  le  centre  de  gravité  total  à  une  trop 
grande  hauteur  au-dessus  du  sol  et  aurait  compromis  la  stabilité  ; 

2"*  La  difficulté  d'assemblage  des  pièces  au  moment  du  levage  ; 

3**  L'économie  du  prix  de  premier  établissement. 

Les  pièces  travaillent  toutes  à  la  compression  sauf  les  contre-fiches 
d'arrière  qui  travaillent  à  traction  ;  l'emploi  du  bois  de  sapin  est  favo- 
rable, il  est  plus  léger  que  le  chêne  à  égalité  de  volume  et  au  moins 
aussi  résistant  dans  les  conditions  des  efforts  agissant  sur  les  montants 
et  les  contre-fiches. 

Le  bois  de  sapin  se  fend  facilement,  cet  inconvénient  présente  une 
certaine  gravité  dans  l'application  spéciale  dont  nous  nous  occupons, 
aussi  avons-nous  cru  devoir  choisir  un  bois  de  même  nature,  mais  plus 
ferme  ;  la  charpente  est  exécutée  en  pitchpin. 

Ce  bois  se  trouvant  en  très  beaux  échantillons  dans  les  provenances 
du  Venezuela,  il  nous  était  possible  de  composer  la  charpente  d'élé- 
ments d'une  seule  pièce. 

II  fallait  se  préoccuper  du  transport  et,  malheureusement,  si  Ton 
pouvait  admettre  les  longueurs  de  21  à  22  mètres  jusqu'au  pied  de  la 


—  218  — 

butte  Montmartre»  les  voies  d'accès  à  notre  disposition  pour  parvenir 
au  sommet  ne  permettaient  le  passage  que  jusqu'à  i7  mètres  de  lon- 
gueur, encore  en  prenant  des  précautions  spéciales  et  en  s'arrètant  au 
niveau  du  sol  de  la  crypte  du  monument. 

Nous  avons  donc  été  conduit  à  l'emploi  de  pièces  fractionnées  :  les 
montants  et  les  contre-fiches  d'arrière  sont  formés  de  deux  parties 
assemblées  à  traits  de  Jupiter  de  3  mètres  de  longueur  dont  les  dessins 
font  voir  les  étriers  à  la  partie  supérieure  pour  les  montants  au  tiers 
inférieur  pour  les  contre-fiches. 

Les  pièces  formant  le  pylône  sont  assemblées  avec  deux  longerons 
à  la  partie  inférieure.  Elles  sont  reliées  à  ces  longerons  par  de  fortes 
ferrures  boulonnées  et  encastrées,  et  ceux-ci  sont  réunis  entre  eux 
par  deux  traverses,  ayant  le  même  équarrissage,  et  des  boulons  ;  leur 
longueur  est  de  6  "",300. 

Ces  quatre  pièces,  longerons  et  traverses,  forment  le  châssis  rece- 
vant un  plancher  sur  lequel  est  installée  la  machinerie;  elles  sont 
exécutées  en  chêne,  les  efforts  qui  agissent  étant  des  efforts  de  flexion. 

Tout  cet  ensemble  balancier,  charpente  du  pylône,  châssis,  est  porté 
sur  deux  essieux  en  fer  de  0'°,4S0  de  diamètre,  distants  de  5  mètres 
et  sur  lesquels  sont  calées  des  roues  en  acier  de  0'°,600  de  diamètre 
à  la  circonférence  de  roulement. 

Machinerie.  —  La  machinerie  est  complexe  elle  doit  répondre  aux 
besoins  suivants  : 

1®  Elévation  du  fardeau  ; 

2^  Manœuvre  du  balancier  ; 

3*"  Translation  de  la  grue  ; 

4'  Translation  du  chariot  transbordeur. 

La  puissance  motrice  est  demandée  à  une  machine  à  vapeur  du 
système  mi-fixe,  qui  a  été  choisie  verticale  afin  de  trouver  plus  facile- 
ment son  placement  sur  le  plancher  du  châssis. 

Cette  machine  est  du  type  construit  par  MM.  Boulet  et  C**",  elle  est 
de  la  force  de  cinq  chevaux  de  75  kilogramme  très,  l'arbre  moteur 
tourne  à  108  tours  par  minute. 

Cette  machine  met  en  mouvement  un  arbre  de  transmission  secon- 
daire au  moyen  d'une  courroie. 

Cette  transmission  auxiliaire  est  établie  sur  une  charpente  spéciale 
formant  un  entretoisement  de  toutes  les  pièces,   elle  est  située  à 


^  216  — 

i^'jSOO  au-dessus  du  plancher  sur  lequel  est  fixée  la  machine  motrice 
et  elle  donne  le  mouvement  : 

(a)  Au  treuil  de  charge  ; 

(0)  Au  treuil  de  rappel  du  balancier  ; 

(y)  a  la  translation. 

Treuils.  —  Il  s'agit,  pour  les  treuils,  de  choisir  un  type  en  usage 
dans  les  chantiers  de  Paris,  qui  ne  forme  pas  un  matériel  hors  série 
pour  Tentrepreneur  et  dont  les  ouvriers  ont  la  constante  habitude. 

Pour  répondre  à  ces  conditions  nous  avons  cru  devoir  appliquer,  à 
l'appareil  élévatoire,  deux  treuils  a  Bernier  »  disposés  pour  fonction- 
nement à  la  vapeur  et  mettant  en  mouvement  une  chaîne  de  0"',017 
de  diamètre  aux  maillons. 

Pour  les  applications  de  l'appareil  élévatoire  où  le  système  «  Ber- 
nier »  ne  s'impose  pas  par  les  considérations  qui  précèdent»  il  y  a 
avantage  à  manœuvrer  les  chaînes  de  charge  et  de  rappel  du  balan- 
cier, par  les  treuils  du  système  Mégy,  Écheverria  et  Bazan. 

En  effet,  les  treuils  de  ce  dernier  système  donnent  une  sécurité 
complète,  dans  la  manœuvre,  en  limitant  la  charge  à  élever  à  une 
valeur  maximum  qui  sert  à  régler  l'action  du  ressort  transmettant  le 
mouvement  moteur  au  tambour  du  treuil. 

Les  débrayages  des  courroies  des  deux  treuils,  quel  que  soit  le 
système  employé,  sont  ramenés  près  de  la  mise  en  marche  de  la  ma- 
chine motrice  afin  d'être  absolument  sous  la  main  du  mécanicien  sans 
qu'il  y  ait,  pour  celui-ci,  aucun  déplacement. 

Le  treuil  de  charge  est  placé  entre  les  deux  montants  verticaux,  le 
treuil  de  rappel  est  fixé  entre  les  deux  contre-fiches  d'arrière.  Les 
dessins  montrent  très  bien  l'installation  particulière  de  chacun  de  ces 
appareils. 

Ces  treuils  sont  à  deux  vitesses,  mais  ils  fonctionnent  presque  exclu- 
sivement : 

Le  treuil  de  charge,  à  la  grande  vitesse  ; 

Le  treuil  de  rappel,  à  la  petite  vitesse  ; 

La  descente  des  pierres  et  des  bennes  à  mortier  s'effectue  au  moyen 
du  frein  comme  sur  tous  les  chantiers  de  construction.  11  en  est  de 
même  pour  l'abaissement  du  balancier. 

Translation.  —  La  translation  s'effectue  par  transmission  d'eogre- 


—  217  — 

nages  à  l'essieu  placé  sous  la  machine  motrice  el  elle  est  commandée 
à  la  main  au  moyen  d'un  engrenage  à  doubles  cônes  de  friction  ; 
suivant  celui  des  cônes  qui  est  attaqué  par  le  débrayage,  le  déplace- 
meDi  de  la  grue  a  lieju,  sur  la  voie,  dans  un  sens  ou  dans  Tautre  avec 
une  vitesse  de  O^jOOS  à  0",100  par  seconde. 

Le  dernier  engrenage,  qui  communique  le  mouvement  à  l'essieu 
moteur,  est  monté  fou  sur  cet  essieu  et  il  n'en  devient  solidaire  qu'au 
moyen  d'un  embrayage  à  emboîtements,  qui  est  mis  en  action  par  le 
mécanicien  agissant  sur  un  grand  levier  vertical  placé  près  des  autres 
manœuvres  sur  le  plancher  même  de  la  machine. 

Ce  dispositif,  est  établi  pour  pouvoir  réaliser  le  mouvement  de  trans- 
lation de  la  grue,  lorsqu'elle  est  placée  sur  le  chariot  transbordeur, 
comme  nous  le  verrons  en  étudiant  celui-ci. 

Puissance  de  la  grue.  Résistance.  —  La  grue  a  été  calculée  pour 
résister  aux  efforts  provenant  d'une  charge  de 

2  800  kilogrammes. 

La  densité  des  pierres  de  Chateau-Landon  variant  de 

2380  à  2430 

le  volume  maximum  qui  peut  être  élevé,  au  chantier  de  Montmartre, 
est  de 

l'"%200. 

Dans  ces  conditions  :  le  fer  travaille  à 

6'',500  par  millimètre  carré 

aussi  bien  à  la  flexion  qu'à  la  compression  pour  les  éléments  consti- 
tuant le  balancier  ;  à 

6  kilogrammes  par  millimètre  carré 

pour  les  essieux  ;  la  fonte  travaille  à 

2  kilogrammes  par  millimètre  carré 

pour  les  dents  d*engrenages  ;  le  bois  à 

0'',061  par  millimètre  carré 
pour  compression  seule  ;  et  à 

0^,850  par  millimètre  carré 


—  218  — 

lorsqu'il  est  soumis  à  la  fois  à  un  effort  de  compression  et  à  un  effort 
de  flexion,  comme  cela  a  lieu  pour  la  partie  supérieure  des  montants 
au-dessus  de  l'assemblage  des  contre-fiches. 

L'appareil  peut  lever  et  poser  80  à  100  mètres  cubes  par  jour  suivant 
les  conditions  d'alimentation  du  chantier  et  de  hauteur  de  pose. 

La  hauteur,  cependant,  n'a  d'influence  sur  la  rapidité  de  la  pose 
que  dans  les  valeurs  extrêmes  parce  que  le  montage  se  fait  en  même 
temps  que  la  translation  s'effectue. 

C'est  ici  le  moment  de  faire  remarquer  que  les  pierres  peuvent  être 
mises  en  place,  en  n'importe  quel  point  accessible  à  la  grue,  sans  qu'il 
soit  besoin  de  régler  la  pose  par  assises  horizontales  ainsi  que  cela  a 
lieu  avec  lebardage  ordinaire. 

Certains  points  de  la  construction  peuvent  même  être  en  avance  de 
plusieurs  assises  sur  d'autres  points  ce  qui  permet  à  l'entrepreneur  de 
régler  son  chantier  de  taille  non  plus  absolument  sur  l'état  d'avance- 
ment, mais  bien  sur  les  dimensions  des  pierres  qui  lui  arrivent  de  la 
carrière,  diminuant  ainsi  les  déchets  et  les  fausses  coupes  et  réalisant 
une  économie. 

■ 

Stabilité.  —  Une  des  questions  les  plus  importantes  à  résoudre 
était  d'assurer  la  stabilité  de  l'appareil. 

Comme  nous  l'avons  indiqué  précédemment^  le  poids  total  des  pièces, 
après  exécution,  est  de  25  000  kilogrammes,  c'est  ce  poids  réparti  con- 
venablement qui  doit  assurer  l'équilibre. 

Le  centre  de  gravité  total,  étant  calculé  par  les  méthodes  habituelles, 
s'est  trouvé  : 

r  A  une  hauteur  de  7",740  au-dessus  du  rail  extérieur; 

2''  A  une  distance  de  1°*,  100  de  la  verticale  passant  par  Taxe  de  ce 
rail; 

3*"  Et  dans  le  plan  vertical  passant  par  les  axes  des  montants  et  des 
contre-fiches  d'arrière. 

Le  moment  résistant  est  donc  de  : 

25000X1,100  =  27  500 
Le  moment  de  renversement  maximum  est  donné  par  la  charge 

2  800  kilogrammes , 
le  balancier  étant  horizontal  ;  dans  cette  position^  l'axe  du  rail,  autour 


—  219  — 

duquel  tend  à  se  faire  la  rotation,  est  situé  à  S",! 00  de  Taxe  de  la 
chatne  de  charge.  Ce  moment  de  renversement  est  donc  : 

2  800  X5,1  =  U280. 

Le  rapport  du  moment  résistant  au  moment  de  renversement  est 

donc  : 


27  800 
14  280 


=  1 ,925 


donnant  ainsi  une  sécurité  absolue. 

Il  convient  d'ajouter  que  la  manœuvre  avec  le  balancier  horizontal 
n'est  qu'un  cas  presque  accidentel. 

On  peut  se  rendre  compte  de  la  valeur  variable  de  la  stabilité  par  le 
tableau  ci- après  : 


Rapport  du  moment 

DUtance  du  crochet 

Charge  d'équilibre 

ftn  moment  de  renteneoient. 

de  cbargement 

qui  ne  doit  pat  être  dépassée. 

Goefficieot  de  sécurité. 

à  l'axe  du  rail  extérieur. 

(Sans  influence  du  vent.) 

mètres. 

kilogrammes. 

1,925 

5,100(bal.horizoDt.) 

5420 

2,195 

4,500 

6140        n 

2,440 

4,000 

6875 

2,820 

3,500 

7900 

3,270 

3,000 

9166 

3,950 

2,500 

11050 

4,880 

2,000 

13758 

9,760 

1,000 

27500 

19,520 

0,500 

55000 

Nota.  —  La  charge  que  l'on  ne  dépasse  pas  est  de  : 

2  800  kilogrammes. 


L'influence  du  vent  a  une  grande  importance  dans  l'étude  de  la 
stabilité  d'un  appareil  de  ce  genre. 

A  l'altitude  assez  haute  où  se  trouve  la  grue  et  à  cause  de  l'isolement 
complet  de  la  butte  Montmartre,  les  ouragans  sont  fréquents  :  deux 
ont  sévi  pendant  la  belle  saison,  cette  année. 

Dans  l'application  particulière  dont  nous  nous  occupons  il  y  a  une 


—  220  — 

circonstance  très  favorable  à  la  résistance  à  l'action  du  vent  :  la  grue 
est  protégée  dans  la  partie  inférieure,  sur  une  hauteur  d'environ 
12  mètres,  par  les  charpentes  et  les  parties  construites  de  l'édifice  que 
l'on  voit  très  bien  sur  la  partie  gauche  du  dessin. 

11  reste  cependant  i  8  mètres  entièrement  exposés  à  l'action  totale 
des  ouragans,  ces  18  mètres  étant  dans  la  position  la  plus  défavorable 
à  la  résistance. 

Nous  avons  cru  devoir  appliquer,  à  l'appareil  élévatoire,  le  mode 
de  calcul  qui  servit  à  déterminer  les  conditions  de  stabilité  lors  de  la 
construction  du  phare  d'Aar-Nem  dans  la  baie  des  Trépassés  (Finistère). 

Cette  méthode  de  calcul  est  déduite  d*une  série  d'expériences  faites 
par  l'administration  des  phares  et  tient  compte  de  toutes  les  circons* 
tances  particulières  aux  constructions  élevées  et  isolées. 

Ces  calculs  nous  ont  conduit  aux  résultats  suivants  : 

La  direction  du  vent  étant  normale  à  la  voie  et  agissant  à  l'arrière 
de  la  grue,  pour  que  la  stabilité  soit  sur  le  point  d'être  compromise,  il 
faut  que  la  pression  par  mètre  carré  soit  de  : 

162  kilogrammes  le  balancier  étant  droit,  et  de 
222  kilogrammes  le  balancier  étant  horizontal. 

Ces  chiffres  supposent  la  grue  non  chargée  ;  seul  cas  à  prévoir  pour 
ces  actions  extrêmes  puisque  bien  avant  qu'elles  ne  se  réalisent,  les 
ouvriers  doivent  avoir  cessé  tout  travail  sur  le  chantier. 

Sécurité  dans  les  manoeuvres.  —  En  terminant  cette  étude,  nous 
devons  attirer  l'attention  sur  un  fait  que  nous  avons  constaté  depuis 
1881  et  qui,  pour  nous  Ingénieurs  ayant  la  responsabilité  de  la  vie  des 
hommes  qui  travaillent  sous  nos  ordres,  est  d'un  grand  intérêt  :  la 
pose  de  15  000  mètres  cubes  de  pierre,  par  ces  appareils,  s'est  effec- 
tuée non  seulement  sans  danger  pour  l'existence  des  personnes  qui 
y  ont  été  employées  mais  encore  sans  qu'aucune  d'elles  ait  été  blessée 
sérieusement. 


II  CHARIOT  TRANSBORDEUR 

Conditions  d'établissement.  —  L'appareil  élévatoire,  ainsi  que  nous 
l'avons  dit  en  commençant,  doit  permettre  la  construction  des  murs  du 


—  221  — 

pourtour  du  chœur,  le  nu  des  soubassements  de  cette  partie  de  l'édifice 
appartenant  à  une  portion  de  cylindre  de  7'°,280.  La  voie  qui  dessert 
cette  partie  du  chantier  ne  peut  avoir  plus  de  6°^,860  de  rayon  pour 
l'aie  du  rail  extérieur. 

Les  essieux  de  la  grue  étant  distants  de  5  mètres  on  a  donné  une 
longueur  de  G'^ySOO  au  chariot  transbordeur,  longueur  égale  à  celle 
des  longerons  du  châssis  inférieur  de  l'appareil  élévatoire. 

Les  conditions  spéciales  d'établissement  du  chariot,  sont  les  sui- 
vantes : 

1*11  doit  permettre  un  accès  facile  à  l'appareil,  soit  en  venant  des 
voies  latérales  soit  en  se  rendant  à  ces  voies  ; 

2*  Le  chariot  est  relié  à  la  voie  latérale,  par  laquelle  arrive  la  grue, 
jusqu'au  moment  où  la  grue  devient  solidaire  du  chariot  ; 

3'  Le  chariot  et  la  grue  sont  rendus  solidaires  par  un  mouvement 
automatique  et  cette  solidarité  doit  exister  pendant  toute  la  translation 
autour  du  chœur  ; 

4°  Le  mouvement  moteur  du  chariot  est  pris  directement  sur  le  mou- 
vement de  translation  de  la  grue  ; 

5°  Le  chariot  est  relié  à  la  voie  latérale,  sur  laquelle  se  trouve  la  grue, 
lorsqu'elle  opère  la  pose  des  pierres  dans  la  nef  ;  pendant  cette  période 
il  y  a  enclenchement  des  pièces  mobiles  du  chariot  afin  que  la  grue  ne 
puisse  s'engager  sur  ledit  chariot  sans  que  celui-ci  soit  prêt  à  la 
recevoir. 

Description.  Le  chariot  est  formé  par  un  châssis  métallique,  à  âme 
pleine,  composé  essentiellement  de  deux  longerons  entretoisés  par 
deux  traverses  extrêmes,  deux  traverses  intermédiaires  et  deux  con- 
treventements  horizontaux. 

La  rigidité  de  l'ensemble  est  encore  augmentée  par  des  goussets  6 
(fîg.  I,  pi.  103)  reliant  les  entretoises  et  les  longerons. 

Les  longerons  ont  6"',S00  de  longueur.  Les  poutres  formant  les  lon- 
gerons elles  traverses  ont  0",370  de  hauteur. 

Le  chariot  est  établi  sur  roues  extérieures  au  châssis  reposant  sur 
des  supports  spéciaux  B  (fig.  I),  disposition  qui  permet  de  donner  à 
Tensemble  le  minimum  de  hauteur. 

Ces  roues  sont  au  nombre  de  5,  afin  d'assurer  la  stabilité  ;  elles  ont 
0",600  de  diamètre  au  roulement,  et  elles  sont  calées  sur  des  essieux 
dirigés  suivant  le  rayon  m  n  de  courbure  de  la  voie. 


-   222  — 

Liaison  du  chariot  et  des  voies  laiéralks.  Accès.  —  Pour  opérer  la 
liaison  du  chariot  avec  les  voies  latérales^  les  deux  traverses  extrêmes 
portent  chacune  un  verrou  que  Ton  voit  très  nettement  en  avant  du  des- 
sin, (pi.  102.) 

Le  déclenchement  du  verrou  se  fait  à  la  main  au  moment  où  la  grue 
quitte  le  chariot  ;  l'enclenchement  est  automatique  et  s'effectue  d^s  que 
la  traverse  extrême  du  chariot  arrive  en  contact  avec  la  traverse  de 
butée  de  la  voie  latérale. 

A  ce  moment  les  rails  du  chariot  et  les  rails  de  la  voie  latérale  sont 
rigoureusement  dans  le  prolongement  les  uns  des  autres. 

Les  longerons  reposent,  dans  la  position  du  contact  de  butée,  sur 
des  patins  en  acier  légèrement  inclinés  afin  d'éviter  le  frottement  au 
départ. 

Ces  patins  ont  pour  but  d'empêcher  le  chariot  transbordeur  de  bas- 
culer quand  la  grue  s'engage  sur  ses  rails,  le  moment  donné  par  le 
poids  du  chariot  par  rapport  à  l'axe  passant  par  le  point  de  contact  des 
roues  sur  le  chemin  circulaire  étant,  à  cet  inslant,  inférieur  au  moment 
donné  par  le  poids  de  la  grue  par  rapport  à  ce  même  axe. 
f  Les  rails  du  chariot  sont  montés  sur  les  longerons  par  les  moyens 
habituellement  employés  pour  fixer  les  rails,  sur  les  plaques  tournantes, 
dans  les  chemins  de  fer  :  ils  reposent  sur  des  sellettes  et  sont  bou- 
lonnés par  l'intermédiaire  de  crapauds  en  fonte. 

SoLiDARiiÉ  DE  LA  GRUE  ET  DU  CHARIOT.  —  L'appareil  élévatoire  étant 
arrivé  sur  le  chariot,  il  est  nécessaire  que  la  solidarité  de  l'ensemble 
soit  rendue  complète. 

A  chaque  extrémité  des  rails  il  est  disposé,  à  cet  effet,  un  verrou  en 
fer  forgé  coulissant  dans  des  guides  en  fonte  établis  dans  des  conditions 
de  soUdité  exceptionnelles. 

Ces  verrous  et  leurs  guidages  se  voient  au  premier  plan  de  la 
planche  102.  Ils  reçoivent  la  butée  des  boudins  des  roues  de  la  grue. 

Ces  verrous  sont  manœuvres  par  des  bielles  actionnées  par  un  levier 
à  contrepoids  L  (flg.  II,  pi.  103)  semblable  à  ceux  employés  par  les 
compagnies  de  chemins  de  fer  pour  les  changements  de  voies. 

Les  bielles  sont  en  deux  parties  avec  filetages  en  sens  inverse  et 
écrous  de  réglage. 

Le  fonctionnement  de  ces  leviers,  et  par  suite  des  systèmes  qu'ils 
commandent i  est  automatique,  il  a  lieu  de  la  manière  suivante  : 


—  223  — 

Les  verrous  sont  ouverts  quand  le  levier  a  dépassé  légèrement  la 
position  verticale,  quand  il  est  en  m  n  (âg.  II,  pi.  i03). 

Lorsque  la  grue  est  près  d'être  complètement  engagée  sur  le  chariot, 
an  taquet  de  i^utée,  qui  est  fixé  sur  le  longeron  de  la  grue,  entraine  le 
levier  à  contrepoids  hors  de  la  position  verticale,  jusqu'au  moment  où 
les  deux  verrous  qu'il  commande  viennent  buter  intérieurement  sur 
les  boudins  des  roues. 

Dans  cette  position,  le  taquet  est  dégagé  du  contact  de  Textrémité 
da  levier,  les  verrous  sont  prêts  à  se  fermer  et  la  grue  peut  achever  son 
mouvement. 

Dès  que  ce  mouvement  a  son  amplitude  complète ,  les  boudins 
découvrent  les  verrous  qui,  rendus  libres,  achèvent  leur  ferme- 
ture sous  l'action  toujours  croissante  de  la  pesanteur  du  levier  de 
manœuvre. 

Le  taquet  de  butée  se  voit  sur  le  longeron  de  droite  du  châssis  de  la 
grue  (pK  102).  Le  levier  a  terminé  son  mouvement  et  les  verrous  sont 
fermés. 

L'ouverture  des  verrous  ne  peut  avoir  lieu  que  sous  l'action  volon- 
taire du  mécanicien^  par  une  manœuvre  à  la  main.  La  solidarité  est  donc 
complète  pendant  toute  la  période  de  translation  de  l'ensemble  autour 
du  chœur. 

Mouvement  uoteub  du  chariot.  —  Un  des  points  intéressants  du 
système  adopté  consiste  à  demander  le  mouvement  moteur  du  chariot, 
autour  du  chœur,  à  l'appareil  élévatoire  lui-même. 

Nous  avons  indiqué  que  le  dernier  engrenage  placé  sur  l'essieu  mo* 
teur  delà  grue  était  monté  fou  sur  cet  essieu  et  qu'il  en  devenait  soli- 
daire au  moyen  d'un  embrayage  à  emboîtements. 

Dès  que  l'appareil  élévatoire  est  placé  sur  le  chariot  et  que  les  verrous 
sont  fermés,  le  mécanicien  débraye  le  manchon  au  moyen  du  levier  ver- 
tical qu'il  a  sous  la  main. 

Un  aide  vient,  à  son  commandement^  faire  glisser  Tengrenage  t 
(fig.  m,  pi.  i  03)  placé  sur  l'arbre  auxiliaire  ÂB  appartenant  au  cha* 
riot.  Cet  engrenage  I  est  relié  à  l'arbre  AB^  au  moyen  d'une  longue 
clavette,  et  il  est  manœuvré  par  un  levier  d'embrayage  LL'  dont  les 
positions  extrêmes  sont  assurées  par  une  broche  b  s'engageant  dans 
an  arc  de  cercle.  Cette  broche  est  reliée  au  châssis  par  une  chatnetto; 

Sur  l'arbre  auxiliaire  AB  se  trouve  calé  un  engrenage  conique  m^ 


—  224  — 

qui  donne  le  mouvement  à  une  autre  roue  n,  calée  sur  l'arbre  J,  dirigé 
suivant  un  rayon  de  la  circonférence  de  l'axe  de  la  voie  desservant  le 
chœur. 

Sur  cet  arbre  J  est  calée  une  roue  légèrement  conique  0,  qui  en- 
grène avec  une  crémaillère  scellée  sur  le  sol  du  chœur  entre  les  deux 
files  de  rails  et  très  visible  dans  la  planche  \  h2 . 

Le  sommet  des  surfaces  coniques  de  la  roue  0  est  évidemment  le 
centre  des  voies  de  service  du  chariot. 

Le  fonctionnement  devient  alors  fort  simple  ;  le  mécanicien,  en  agis- 
sant sur  le  débrayage  à  cônes  de  friction,  transmet  le  mouvement  à 
l'engrenage,  0,  roulant  sur  la  crémaillère  en  passant  par  l'essieu  de  la 
grue  qui  est  devenu  un  axe  de  rotation  pour  l'engrenage  qu'il  reçoit. 
L'ensemble,  chariot  et  appareil  élévatoire,  manœuvre  comme  nous 
l'avons  expliqué  pour  l'appareil  élévatoire  seul. 

Afin  d'éviter  les  erreurs  dans  la  mise  en  route,  le  sens  de  marche  des 
rpues  du  chariot  est  le  même  que  celui  des  roues  de  la  grue  pour  un 
même  déplacement  du  levier  d'embrayage. 

Lorsque  l'appareil  élévatoire  doit  quitter  le  chariot,  la  manœuvre  se 
fait  en  sens  inverse  de  celle  que  nous  venons  de  décrire. 

L'aide  mécanicien  fait  glisser,  en  sens  inverse  de  celui  indiqué  ci- 
dessus,  l'engrenage  moteur  du  chariot  I  (fig.  IIl,  pi.  103),  le  mécani- 
cien embraye  le  manchon  à  emboîtements  de  l'essieu  de  la  grue.  Le 
levier  L  (fig.  II)  des  verrous,  du  côté  de  la  voie  latérale,  est  relevé  et 
l'appareil  élévatoire,  devenu  libre,  fonctionne  normalement  laissant 
le  chariot  solidaire  de  la  traverse  de  butée  et  prêt  pour  recevoir 
ultérieurement  l'appareil  élévatoire. 

Comme  nous  venons  de  le  voir,  le  levier  a  été  relevé  pour  rendre 
la  voie  libre,  il  y  a  donc  à  se  préoccuper  de  la  rencontre  du  taquet 
automatique  d'enclenchement  des  verrous,  situé  sur  le  longeron 
du  châssis  de  la  grue,  qui  va  attaquer  l'extrémité  du  levier  en  sens 
inverse  du  mouvement  de  bascule  qu'il  doit  communiquer  à  celui-ci. 

II  faut  supprimer  son  action,  c'est  ce  qu'il  a  été  facile  de  réaliser 
en  rendant  ce  taquet  mobile  autour  de  son  axe,  en  le  maintenant  dans 
sa  position  normale  par  un  étrier  servant  de  butoir  et  en  le  ramenant 
au  contact  de  ce  butoir  par  un  contrepoids  fixé  à  l'extrémité  d'un  levier 
d'équerre  avec  le  taquet  lui-même. 

Lorsque  l'extrémité  du  levier  sera  rencontrée  par  le  taquet,  au  mo- 
ment où  la  grue  quittera  le  chariot,  ce  taquet  oscillera  autour  de  son 


—  225  — 

axe  sans  actionner  le  levier  et  il  reviendra  automatiquement  à  sa  posi- 
tion normale  aussitôt  que  l'obstacle  sera  dépassé. 

Ekclanchkhent  des  pièces  mobiles  du  chariot.  —  Nous  venons  d'ex- 
pliquer comment  le  chariot  laissait  toujours  libre  l'accès  de  la  grue. 
Il  y  avait  lieu  de  se  préoccuper  de  rendre  impossible  un  accident 
résultant  de  ce  que  les  pièces  mobiles  du  chariot,  manœuvrées  pendant 
que  l'appareil  élévatoire  fonctionne  sur  les  voies  latérales,  aient  pu 
amener  l'ouverture  de  tous  les  verrous  à  la  fois.  En  effet  les  deux 
leviers  étant  verticaux  la  voie  est  libre  et  la  grue  ne  rencontrant  aucun 
arrêt  dépasse  l'extrémité  du  chariot. 

On  acquiert  toute  sécurité  en  terminant  l'arbre  de  commande  des 
verrous,  du  côté  opposé  au  levier,  par  une  manivelle  et  une  bielle 
hf  (fig.  II,  pi.  103)  qui  actionnent  un  étrier  E,  en  lui  donnant  un 
mouvement  en  sens  inverse  de  celui  du  levier  qui  est  relié  avec  lui. 

Dans  ce  déplacement  l'étrier  E  vient  entourer  l'extrémité  du  levier  L 
et  empêche  qu'il  soit  possible  de  relever  celui-ci.  Ce  dispositif  existant 
de  chaque  côté  du  chariot,  il  en  résulte  qu'on  ne  peut  relever  un  levier, 
tel  que  L,  sans  avoir,  préalablement,  abaissé  l'autre. 

Les  leviers,  dans  la  position  basse,  correspondent  à  la  fermeture 
des  verrous,  par  conséquent  on  ne  peut  rendre  la  voie  libre,  d'un 
c6lé,  qu'après  l'avoir  fermée  du  côté  opposé.  La  grue  ne  peut  s'en- 
gager sur  le  chariot  sans  que,  automatiquement,  les  verrous  extrêmes 
ne  forment  butée  car,  s'il  en  était  autrement,  ce  seraient  les  verrous 
du  côté  de  la  voie  d'accès  qui  eussent  été  fermés  et  la  voie  n'eût  pas 
été  libre. 

La  sécurité  est  donc  complète. 


III.  —  VOIES. 


Pour  terminer  cette  étude  nous  n'avons  plus  que  quelques  mots  à 
dire  des  voies  sur  lesquelles  circulent  les  appareils  que  nous  venons 
de  décrire. 

La  configuration  générale  du  plan  de  ces  voies  (pi.  i04)  est  formée 
par  deux  alignements  droits,  continués  par  deux  courbes  de  1 06^^,750 


—  226  -^ 

de  rayon  prolongées  par  deux  nouveaux  aliguements  droits,  ayant 
une  longueur  de  G'^yTOO,  qui  donnent  la  direction  de  Taxe  du  chariot 
à  chacune  des  butées. 

Les  voies  de  la  nef  ont  2"", 880  de  largeur,  les  rails  sont  en  acier  et 
ont  été  pris  sur  le  type  de  30  kilogrammes  de  la  compagnie  du  Nord. 
Ces  rails  sont  fixés  sur  des  longrines  entretoisées  par  des  madriers  et 
des  boulons.  Il  y  a  trois  entretoisements  par  longueur  de  rails  de 
8  mètres. 

Les  longrines  sont  posées  sur  un  plancher  général  régnant  sur  toute 
la  crypte,  les  voûtes  qui  reçoivent  les  mosaïques  du  sol  définitif  n'étant 
pas  encore  construites. 

Les  rails  desservant  le  chœur  sont  établis  à  O^'jSQS  en  contrebas  de 
la  voie  de  la  nef  afin  de  permettre  Tinterposition  du  chariot  entre  ces 
deux  niveaux. 

Le  sol  définitif  étant  préparé  dans  cette  partie  de  Tédifice,  les  lon- 
grines sont  scellées  dans  la  maçonnerie  recouvrant  l'extrados  des 
voûtes  de  la  crypte. 

La  voie  a  une  largeur  différente  de  celle  indiquée  pour  la  nef  puis- 
qu'elle doit  recevoir  les  roues  du  chariot  qui  sont  situées  en  dehors 
des  longerons  de  celui-ci  ;  cette  voie  a  3",100  de  largeur,  Taxe  du  rail 
extérieur  étant  cintré  suivant  une  circonférence  de  6",860  de  rayon, 
celui  du  rail  intérieur  n'étant  que  de  3",760. 

La  crémaillère  placée  entre  ces  deux  files  de  rails  a  4°°, 470  de  rayon  ; 
sur  ses  faces  latérales  roulent  quatre  galets  qui  concourent  avec  les 
boudins  des  roues  à  empêcher  tout  déraillement. 

Le  plan  complet  des  voies  comprend,  tous  les  développements  néces- 
saires et  donne  tous  les  détails  d'installation  (pi.  104). 


LEVAGE  SUR  PLACE 


Le  levage  de  l'appareil  élévatoire  s'est  fait  avec  une  grande  facilité, 
en  utilisant  une  charpente  de  12  mètres  de  hauteur  que  montrent  les 
dessins  (pi.  1 02)  et  qui  a  servi  à  Tédification  des  bas-côtés  du  mo- 
nument. 

On  a  fixé  sur  cette  charpente  deux  sapines  légèrement  inclinées  Tune 


—  227  — 

vers  l'autre,  distantes  de  4  mètres  environ  à  la  base  et  réunies  entre 
elles  par  des  traverses  formant  échelons.  La  traverse  supérieure,  con- 
stituée par  des  madriers  moisés  à  la  tête  des  sapines,  a  reçu  la  chape 
d'une  poulie  sur  laquelle  s'enroulait  la  corde  d'un  treuil  placé  sur  le 
sol  provisoire  de  la  nef.  Cette  poulie  était  à  36  mètres  du  sol. 

Les  sapines  étaient  retenues  par  des  haubans  dont  on  réglait  à  ve- 
louté la  tension  pendant  le  levage  des  pièces  les  plus  pesantes. 

L'ensemble  de  l'appareil  élévatoire  et  du  chariot  transbordeur  a  été 
exécuté  d'une  manière  remarquable  dans  les  ateliers  de  MM.  Rénaux 
fils  et  Bonpain,  à  Rouen.  M.  Bonpain  est  un  de  nos  collègues  les  plus 
sympathiques. 

Le  levage  a  été  fait  avec  une  précision  irréprochable. 

Nous  aurions  pu  aborder  plus  tôt  cette  communication  ;  mais,  d'ac- 
cord en  cela  avec  notre  cher  et  éminent  Président,  nous  avons  voulu 
attendre  qu'une  expérience  de  quelques  mois  puisse  apporter  une  con- 
sécration à  nos  prévisions  ;  aujourd'hui  cette  consécration  est  com- 
plète, les  appareils  n'ont  pas  cessé  de  fonctionner  régulièrement  depuis 
la  mise  en  marche  et  de  donner  une  solution  du  problème  qui  nous 
avait  été  posé,  avec  tant  de  hardiesse,  par  l'architecte  M  Rauline. 


1 
.« 


CHRONIQUE 


Sommaire.  —  Locomotives  employées  aux  travaux  du  tannel  de  l'Arlberg.  —  Les  ateliers 
de  Baldwin.  —  Les  Aciéries  de  Bilbao.  —  L'iodostrie  minérale  en  Belgique.  ~~ 
R.  Fairlie.  ^~  Observations  sur  le  Tonctionnement  des  machines  à  deux  cylindres. 


LoeomotlTC»  employée»  aux  travanx  dn  tannel  de 
TArlberg.  Nous  trouvons  dans  les  abstracts  of  papers  m  foreign  transac- 
tions^ contenus  dans  les  publications  de  X Institution  of  civil  Engineers,  le 
résumé  suivant  d'une  note  parue  dans  le  Zeitschrift  fur  Berg-Hûtten  und 
Salinen  fK^s^n  sur  les  locomotives  employées  auic  travaux  du  tunnel  de 
l'Arlberg. 

Le  tunnel,  de  10  270  mètres  de  longueur^  est  en  alignement  droit,  mais 
avec  des  inclinaisons  différentes;  la  rampe,  en  partant  de  l'entrée  ouest, 
est  de  15  millièmessur  6 170  mètres,  etest  suivie  d'une  pente  de  2  millièmes 
sur  les  4 100  mètres  restant,  ce  qui  place  le  point  culminant  à  i  035  mètres 
au  delà  du  milieu.  Ce  fait,  joint  à  celui  que  l'avancement  a  été  plus  rapide 
sur  Tallaque  est  que  sur  Tautre,  puisque  les  deux  galeries  se  sont  rencon- 
rées  à  5  500  mètres  de  l'entrée  est,  a  rendu  nécessaire  l'enlèvement  des 
déblais  sur  une  rampe  de  15  millimètres  de  plus  de  1  500  mètres  de  lon- 
gueur, ce  qui  a  exigé  l'emploi  de  moteurs  mécaniques. 

Le  tunnel  a  été  exécuté  dans  le  système  anglais,  avec  la  galerie  d'avance- 
ment à  la  partie  inférieure  ;  cette  galerie,  de  2", 50  de  hauteur  sur  2°,75  de 
large,  était  reliée,  à  des  distances  de  65  mètres  environ,  par  des  ouvertures 
de  3  à  4  mètres  carrés  de  section  avec  une  autre  galerie  placée  à  la  partie 
supérieure  et  percée  à  la  main ,  tandis  que  la  galerie  inférieure  était  per- 
cée mécaniquement.  La  galerie  supérieure  servait  à  l'élargissement  qu'on 
pratiquait  de  haut  en  bas  sur  1  500  mètres  environ  de  longueur,  la  cons- 
truction du  revêtement  en  maçonnerie  suivant  à  mesure  de  l'élargisse- 
ment. Comme  le  contrat  stipulait  que  le  tunnel  devait  être  entièrement  ter- 
minée 180  jours  après  la  rencontre  des  deux  galeries  d'avancement,  la 
question  de  l'enlèvement  des  déblais,  qui  devait  être  opéré  par  une  voie 
unique,  dans  la  galerie  inférieure,  prenait  une  importance  capitale. 

Le  cube,  par  mètre  linéaire  du  tunnel  à  double  voie,  était  de  80  mètres 
d'une  densité  moyenne  de  2, 8;  de  plus,  le  revêlement  employait  environ 
29  mètres  cubes  d'une  densité  de  2,  6;  en  ajoutant  les  outils,  les  bois 
rails,  etc.,  on  arrivait  à  une  charge  de  90  vers  l'ouest  et  de  340  tonnes 
vers  l'est,  par  mètre  courant,  soit,  avec  un  avancement  de  5",50  par  jour, 


—  229  — 

à  une  charge  totale  de  1 81S  tonnes  utiles  représentant  3  025  tonnes  brutes 
par  jour  à  enlever  sur  chaque  extrémité  du  tunnel. 

La  voie  était  établie  à  récarlement  de  O'^jTOO;  les  wagons  de  2"',57  de 
longueur  à  l'intérieur,  l"',!^  de  largeur  et  0'°,53  de  hauteur,  portaient 
2,30  mètres  cubes  de  déblais  correspondant  à  l'^ySO  d'excavation. 

Les  trains  devaient  se  succéder  d'après  un  horaire  parfaitement  réglé , 
de  manière  que  les  ouvriers  pussent  connaître  le  moment  précis  oà  le  char- 
gement ou  le  déchargement  des  wagons  devait  être  terminé.  Il  y  avait 
12  trains  dans  chaque  sens  à  Test  et  16  à  l'ouest;  sur  ce  dernier  sens,  le 
retour  s'effectuait  par  la  gravité  seule.  Chaque  train  avait  un  conducteur 
et  chaque  chantier  de  travail  était  désigné  par  un  numéro.  Le  conducteur 
recevait  à  chaque  chantier,  en  passant,  Tindication  des  matériaux  ou  wagons 
vides  nécessaires,  et  on  constituait  le  Irain  suivant  de  manière  à  satisfaire 
à  ces  demandes;  ce  train  se  dirigeait  vers  une  station  centrale  établie  dans 
le  tunnel  le  plus  près  possible  des  chantiers[de  travail,  d'où  on  conduisait  h 
la  main  les  wagons  à  chaque  chantier.  De  même  pour  le  retour. 

Les  locomotives,  construites  par  Krauss  et  Gie,  de  Munich,  étaient  dispo- 
sées de  façon  à  fonctionner  dans  le  tunnel  d'après  le  principe  de  teau  chaude, 
Celaient  des  machines-tender  ordinaires  avec  des  chaudières  très  volumi- 
neuses relativement  et  pouvant  supporter  des  pressions  de  15  atmosphères, 
de  manière  qu'on  pût,  par  le  chauffage  ordinaire,  emmagasiner  dans  Teau 
assez  de  chaleur  pour  fonctionner  dans  le  tunnel  sans  combustion  dans  le 
foyer,  la  cheminée  étant  hermétiquement  fermée;  on  a  appelé  ce  mode  de 
fonctionnement  système  à  chauffage  intermittent.  Il  y  avait  deux  types  de 
machines  dont  les  dimensions  sont  données  dans  le  tabeau  ci-dessous. 

I  n 

1  Diamètre  du  cylindre  d mètres.  D,23  à    0,25 

2  Course  des  pistons  / —  0,30       0,30 

3  Diamètre  des  roues  motrices  D.  .  .  —  0,58       0,58 

4  Écartement  des  deux  essieux.  ...  —  1,40        1,40 
3  Surface  de  chauffe mètres  carrés.    18,01      27,59 

6  Surface  de  grille —  0,30      0.425 

7  Pression  maxima  p atmosp.  effectives.      15  15 

8  Volume  de  vapeur  de  la  chaudière,  décimètres  cubes.     660        945 

9  _      d'eau  —  —  2,340      3,500 

10  Capacité  des  caisses  à  eau —  660         765 

11  —  soutes  à  combustible,  —  235         495 

12  Poids  en  service tonnes  10  14,5 

13  Hauteur  maxima  de  la  machine.  .  .         mètres.  3,50  3,50 

14  Largeur         -           _         .  .  .             -  2,10  2,10 

15  Longueur      —           —         ...             -  4,35  4,95 
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—  230  — 

Les  dispositions  sp(kiales  de  ces  machines,  en  vue  des  parcours  souter- 
rains, comprenaient  : 

1^  Un  r^ulateur  établi  pour  fonctionner  comme  détendeur  ; 

2®  Un  double  clapet  placé  dans  le  tuyau  d*échappementpour  permettre  à 
la  vapeur  sortant  des  cylindres  de  passer  dans  la  cheminée  ou  dans  un 
tuyau  spécial  aboutissant  à  l'extérieur; 

3^  Deux  injecteurs  aspirants  de  Kœrting; 

4"*  Des  enveloppes  non  conductrices  spéciales  autour  de  la  chaudière 
pour  protéger  celle-ci  contre  le  refroidissement  ; 

5^  Des  dispositions  pour  fermer  hermétiquement  la  cheminée  et  le  cen- 
drier, depuis  la  plate-forme; 

6*"  Un  frein  à  action  rapide  et  puissante,  système  Exter,  et  une  sablière. 
Ces  deux  appareils  sont  disposés  sur  la  droite  de  la  machine  qui  ne  porte 
qu'un  seul  homme;  celui-ci  est  dans  une  cabine  close,  et  le  mécanisme  est 
entièrement  entouré. 

La  note  originale  discute  le  travail  développé  eu  égard  à  la  pression,  la 
vitesse,  etc.,  d'une  manière  trop  détaillée  pour  qu'il  soit  possible  de  la 
reproduire  in  extenso.  La  limite  inférieure  de  pression  à  laquelle  on  ait 
trouvé  utile  de  marcher  est  de  6,7  atmosphères  pour  la  plus  grande  ma- 
chine, et  5, 4  pour  la  plus  petite;  mais,  en  service  courant,  on  ne  descen- 
dait pas  au-dessous  de  7.  La  charge  maxima,  traînée  par  la  petite  machine, 
était  de  117  tonnes  sur  rampe  de  2  millièmes,  et  par  la  grosse,  de  50  tonnes 
sur  15  millièmes. 

Dans  le  premier  cas,  la  machine  pouvait  parcourir  4  340  mètres  sans 
chauffage,  et  dans  le  second,  3  675  mètres.  En  pratique,  ces  distances  ont 
été  trouvées  un  peu  moindres.  Si  on  suppose  que  la  petite  machine  travaille 
à  niveau,  elle  pourra,  en  utilisant  son  adhérence  entière,  traîner  100  tonnes 
sur  une  rampe  de  1  »25  millièmes  ou  148  tonnes  sur  une  pente  de  même 
valeur  ;  avec  des  wagons  pesant  350  kilogrammes  à  vide  et  850  en  charge, 
ces  efforts  de  traction  correspondraient  à  un  train  de  174  wagons  chargés 
ou  286  wagons  vides  remorqués  sur  une  distance  de  3  500  mètres.  Mais  on 
n'a  pas,  en  pratique,  à  rencontrer  des  cas  semblables,  ou  bien  on  a  de  plus 
longues  distances  à  parcourir.  Or,  comme  les  charges  à  remorquer  sont 
beaucoup  moindres,  on  peut  employer  de  plus  petites  machines. 

En  somme,  les  résultats  obtenus  au  point  de  vue  de  l'absence  de  famée 
ont  été  très  satisfaisants;  quant  à  l'échappement  de  vapeur  à  l'extérieur, 
il  n'a  occasionné  aucune  gêne.  Pendant  les  derniers  mois  de  l'achèvement 
des  travaux,  il  a  été  nécessaire  de  marcher  avec  combustion  dans  le  foyer 
sur  à  peu  près  2  kilomètres,  à  partir  de  l'entrée,  pour  avoir  assez  de  pres- 
sion pour  achever  le  parcours. 

La  vitesse  de  marche  était  de  2'",10  à  2°',30  par  seconde,  sur  le  côté  est, 
et  de  1",50  à  1",80  sur  la  partie  ouest. 

L'auteur  de  la  note  pense  que  ce  système  est  le  meilleur  pour  la  traction 
mécanique  souterraine.  Le  tableau  page  231  résume  les  résultats  des  expé- 
riences faites  pour  apprécier  le  fonctionnement  de  ces  machines. 


—  231  — 


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—  232  — 

Le»  atelier»  de  Baldwio.  Les  ateliers  de  constructioD  de  locomo- 
tives de  Baldwin  furent  fondés  par  Malhias  W.  Baldwin,  qui  exerçait  la 
profession  d'orfèvre.  En  1825,  il  s'associa  à  un  mécanicien  pour  fabriquer 
des  outils  de  relieurs  et  des  cylindres  pour  l'impression  du  calicot.  Il  eut 
occasion  de  construire,  pour  son  propre  usage,  une  petite  machine  à  vapeur 
dont  le  fonctionnement  fut  si  satisfaisant  qu'on  lui  demanda  d'en  «cons- 
truire d'autres,  de  sorte  qu'il  se  trouva  conduit  à  s'occuper  de  la  fabrica- 
cation  des  machines  à  vapeur.  En  1831,  il  fit  un  modèle  réduit  de  locomo- 
tive pour  une  exposition,  et  la  parfaite  exécution  de  ce  modèle  engagea  une 
compagnie  de  chemins  de  fer  à  commander  à  Baldwin  une  locomotive  pour 
une  petite  ligne  dans  un  faubourg  de  Philadelphie.  Les  difficultés  que 
comportaient  l'exécution  de  cette  commande  sont  difficiles  à  apprécier  ii 
notre  époque.  On  ne  possédait  pas  alors  de  machines-outils  :  les  cylindres 
étaient  alésés  avec  un  burin  emmanché  dans  un  bloc  de  buis  et  tourné  à  la 
main  ;  il  fallait  apprendre  aux  ouvriers  tout  ce  qu'ils  avaient  à  faire,  et 
Baldwin  dut  faire  de  ses  propres  mains  une  partie  du  travail.  C'est  dans 
ces  conditions  que  fut  faite  la  première  locomotive  qui  fut  baptisée  0/tf 
Ironsides  et  essayée  sur  la  voie  le  23  novembre  1834.  RUe  fit  immédiate- 
ment un  service  très  actif  et  le  continua  pendant  une  vingtaine  d'années. 
C'était  une  machine  à  quatre  roues,  pesant  un  peu  plus  de  cinq  tonnes, 
avec  des  roues  motrices  de  1",35  de  diamètre  et  des  cylindres  de  0",24  de 
diamètre  et  0™,45  de  course.  Les  roues  avaient  des  moyeux  en  fonle 
avec  rayons  et  jantes  en  bois  et  des  bandages  en  fer. 

La  chaudière  avait  0",75  de  diamètre  et  contenait  72  tubes  en  cuivre  de 
37  millimètres  de  diamètre  et  2",13  de  longueur.  Le  prix  avait  été  fixé  à 
20000  francs,  mais  la  compagnie  du  chemin  de  fer,  par  suite  de  diverses 
circonstances,  ne  paya  jamais  que  17500  francs.  La  machine  atteignit  une 
vitesse  de  48  kilomètres  à  l'heure,  et  on  dit  qu'elle  était  supérieure  aux 
locomotives  anglaises  de  l'époque,  par  son  faible  poids,  ses  dimensions 
réduites  et  la  simplicité  de  son  mécanisme. 

En  février  1834,  Baldwin  termina  une  seconde  locomotive  pour  un  che- 
min de  fer  de  la  Caroline  du  Sud.  Cette  machine  avait  un  essieu  coudé  du 
type  bien  connu  depuis,  dit  Hal/crank,  pour  lequel  Baldwin  avait  pris  une 
patente;  cette  disposition,  plaçant  les  manivelles  contre  les  roues,  permet- 
tait de  faire  le  corps  cylindrique  de  plus  grand  diamètre  et  d'en  abaisser 
l'axe. 

Les  roues  motrices  étaient  fondues  d'une  seule  pièce  en  bronze,  les  roues 
en  bois  et  fer  n'ayant  donné  que  de  médiocres  résultats.  Baldwin  avait 
obtenu  une  patente  pour  le  mode  de  construction  des  roues  en  bronze  ;  il 
pensait  qu'en  variant  la  dureté  du  métal,  on  pourrait  modifier  l'adhérence 
sur  les  rails.  Ces  roues  s'usèrent  très  rapidement,  et  on  dut  y  renoncer  ; 
mais,  pour  le  reste,  on  conserva  les  dispositions  de  cette  machine  dans 
toutes  celles  qui  furent  construites  pendant  plusieurs  années.  Le  meuve* 
ment  des  tiroirs  était  donné  par  un  seul  excentrique  fixe  pour  chaque 
cylindre. 


—  233  — 

Cinq  locomotives  furent  construites  en  1834  et  inaugurèrent  une  fabrica- 
tion courante;  en  1835,  on  construisit  des  ateliers  qui  firent,  jusqu'à 
Tannée  dernière,  partie  de  l'établissement  actuel  sur  Broad  street,  ces 
bâtiments  servant  de  magasins  et  d'ateliers  de  chaudronnerie  et  de  fabri- 
cation de  roues.  Le  4  août  1884,  toute  la  façade  sur  [Broad  street  fut  incen- 
diée, avec  quantité  d'outils  et  de  modèles.  On  a  remplacé  cette  partie  par 
des  bâtiments  en  briques. 

Les  machines  construites  en  1834  avaient  diverses  parties  brevetées, 
telles  que  l'essieu  coudé,  les  joints  dressés  pour  les  tuyaux  de  vapeur,  la 
pompe  alimentaire  formant  guide,  un  truc  h  quatre  roues  à  Tavant  de  la 
machine»  et  une  seule  paire  de  roues  motrice  à  l'arrière  du  foyer.  Les  An- 
glais faisaient  les  joints  des  tuyaux  de  vapeur  avec  de  la  toile  et  du  minium, 
ce  qui  ne  supportait  pas  des  pressions  supérieures  à  4  ou  5  kilogrammes, 
tandis  que  les  joints  des  machines  de  Baldwin  permettaient  des  pressions 
de  8  à  10  kilogrammes. 

Dans  les  six  années  de  183S  h  1840,  les  ateliers  de  Baldwin  construisi- 
rent 152  locomotives  et,  bien  que  les  dispositions  générales  ne  fussent  pas 
sensiblement  modifiées,  ces  machines  étaient  de  plus  en  plus  puissantes. 
On  faisait  alors  (rois  types  :  machines  de  12  tonnes,  à  cylindres  de  0°',32 
8ur0",40;  machines  de  10,5  tonnes  à  cylindres  de  0",30  sur  0",40  et 
machines  de  9  tonnes  à  cylindres  de  0°',27  sur  0°',40. 

En  1842,  Baldwin  prit  une  patente  pour  ce  qui  a  été  depuis  considéré 
comme  un  très  important  perfectionnement  dans  la  construction  des  loco- 
motives, la  machine  avec  six  roues  accouplées  et  un  truc  à  quatre  roues  à 
l'avanL  La  première  machine  de  ce  type  pesait  12  tonnes,  et  elle  donna 
des  résultats  tels  que  d'autres  semblables  furent  immédiatement  exécutées; 
Tadoption  de  ce  type  conduisit  à  un  rapide  accroissement  de  poids,  et, 
dès  1844,  on  faisait  des  machines  de  18  à  20  tonnes.  En  1845,  on  adopta 
le  modèle  actuel  à  4  roues  accouplées  et  un  truc  à  quatre  roues  à  l'avant, 
avec  les  cylindres  et  le  mécanisme  extérieurs.  En  1848,  Baldwin  s'engagea 
à  livrer  au  Yermont  Central  Railway,  pour  la  somme  de  50  000  francs,  une 
locomotive  pouvant  remorquer  un  train  de  voyageur  à  la  vitesse  de  96  kilo- 
mètres à  l'heure.  Cette  machine  avait  une  seule  paire  de  roues  motrices  de 
1",985  de  diamètre,  placées  à  l'arrière  du  foyer,  et  des  cylindres  de0"*,44 
de  diamètre  et  0°',50  de  course;  elle  fut  en  service  pendant  plusieurs  an- 
nées, et  il  fut,  à  diverses  reprises,  constaté  qu'elle  pouvait  démarrer  et  par- 
courir un  mille  (1610  mètres)  dans  une  durée  de  43  secondes. 

L'introduction  de  l'acier  dans  la  construction  des  locomotives  fut  un 
fait  caractéristique  de  la  période  de  1861  à  1862.  On  mit  pour  la  première 
fois  des  bandages  d'acier  à  des  machines  du  chemin  de  fer  de  Don  Pedro  II 
du  Brésil.  Son  adoption  générale  aux  États-Unis  suivit  de  près.  On  n'en 
fabriquait  pas  alors  dans  le  pays,  et,  comme  il  fallait  de  60  à  90  jours  pour 
les  avoir  d'Angleterre,  on  était  exposé  à  voir,  en  cas  de  rupture  d'un 
bandage»  une  machine  immobilisée  longtemps.  Pour  répondre  à  cette 
objection,  la  maison  Baldwin  fit  venir  500  bandages,  dont  une  partie  fut 


—  231  — 

gardée  en  réserve  pour  rechanges.  Les  premiers  bandages  en  acier,  em- 
ployés en  1862  sur  les  machines  de  Don  Pedro  II,  avaient  un  épaulement  k 
la  partie  intérieure,  épaulement  qu'on  rabattait  sur  la  jante  de  la  roue. 
Tous  les  bandages  actuellement  employés  dans  les  ateliers  Baldwin  sout 
fabriqués  aux  États-Unis. 

Les  foyers  en  acier  furent  d'abord  appliqués  à  des  machines  du  Pensyl- 
vania  Raiiroad,  en  1861.  On  se  servit  d'abord  d*aciers  anglais  durs,  et 
les  foyers  se  fendirent  dès  le  montage;  on  dut  les  enlever  et  les  remplacer 
par  des  foyers  en  cuivre. 

De  Tacier  fondu  homogène  américain  fut  employé  sur  les  machines  231 
et  232  du  Pensylvania  Raiiroad,  en  janvier  1862,  et  les  résultats  furent  très 
satisfaisants  ;  on  mit  des  foyers  de  ce  métal  à  la  plupart  des  machines  faites 
depuis  cette  époque,  et,  en  1866,  l'emploi  de  l'acier  était  devenu  général 
pour  les  foyers.  Il  est  bon  de  dire  que  toutes  les  tôles  qui  entrent  dans  la 
construction  des  chaudières  sont  recuites  avant  leur  emploi  et  que  celles 
qui  ont  subi  un  travail  de  cintrage  ou  de  rabattage  sont  recuites  une  seconde 
fois. 

Après  la  mort  de  Baldwin,  survenue  le  7  septembre  1866,  l'affaire  fut 
réorganisée  sous  le  nom  de  :  ateliers  de  locomotives  de  Baldwin,  Baird 
et  Cie.  MH.  George  Burnham  et  Ch.  T.  Parry,  qui  étaient  depuis  long- 
temps dans  la  maison,  le  premier  pour  la  partie  financière^  le  second 
pour  la  direction  des  ateliers,  devinrent  associés  avec  M.  Baird.  Trois  ans 
après,  MM.  Edward  H.  Williams,  William  P.^  Henszey  et  Edward  Long- 
streeth  devinrent  également  associés.  Le  premier  avait,  depuis  1850,  été 
dans  les  chemins  de  fer,  le  second  était  ingénieur-mécanicien,  et  le  troi- 
sième de  ces  messieurs  était  depuis  longtemps  dans  la  maison  Baldwin. 

En  1873,  M.  Baird  vendit  sa  part  à  ses  associés,  et  une  nouvelle  société 
fut  formée  sous  la  raison  Burnham,  Parry,  Williams  et  Cie. 

En  juillet  1866,  la  machine  Consolidation  fut  construite  pour  le  Lehigh 
Valley  Raiiroad;  elle  était  destinée  au  service  du  plan  incliné  de  Mahanoy, 
dont  la  pente  est  de  25  millimètres  par  mètre.  La  machine  avait  des  cylin- 
dres de  0",500  de  diamètre  et  0",610  de  course,  et  quatre  paires  de  roues 
motrices  de  l'',22  avec  un  trucBisselà  l'avant;  le  poids  en  service  était  de 
41  000  kilogrammes,  dont  36  000  sur  les  roues  motrices.  Cette  machine 
donna  son  nom  à  un  type  de  locomotives  très  répandu  depuis,  non  seule- 
ment aux  Étals-Unis,  mais  encore  au  Mexique ,  au  Brésil,  en  Australie,  etc. 

Le  type  dit  Mogul,  qui  a  trois  paires  de  roues  motrices  et  un  truc  Bissel 
à  l'avant,  a  été  construit,  pour  la  première  fois,  en  1867.  On  en  a  fait  de 
diverses  dimensions,  principalement  avec  des  cylindres  de  0"',40  à  0"',48 
de  diamètre  et  0,"44  à  0",61  de  course,  les  roues  ayant  de  1",10  à  1",42 
de  diamètre.  Ces  machines  utilisent  la  plus  grande  partie  de  leur  poids 
comme  adhérence.  Les  essieux  moteurs  du  milieu  et  d'arrière  sont  con- 
jugués par  des  balanciers,  de  même  que  les  roues  motrices  d'avant  et  celles 
du  Bissel  ;  la  suppression  des  boudins  aux  roues  motrices  du  milieu  per- 
met à  ces  machines  de  passer  sans  difficultés  dans  des  courbes  de  faible 


—  235  — 

rayon^  aussi  le  type  Mogul  est-il  généralement  adopté  pour  l'exploitation' 
économique  des  lignes  ayant  un  fort  trafic  de  marchandises. 

(il  suivre») 
Industrtal  Review, 


Les  aciéries  ële  Biltoao.  Le  premier  des  deux  hauts  fourneaux  con- 
struits par  la  Soctedad  de  los  Altos  Homos  y  fabrica  de  hierro  y  acet^o  de 
BUbaOf  a  été  mis  en  feu  le  2  janvier  de  cette  année.  Ces  appareils  sont  du, 
type  le  plus  récent  et  munis  des  derniers  perfectionnements.  Ils  ont 
24,40  de  hauteur,  4,  8S  de  diamètre  aux  étalages,  2,90  aux  tuyères,  et  une 
capacité  de  350  mètres  cubes. 

Il  y  a  deux  prises  de  gaz  latérales  avec  une  disposition  pour  le  dépôt  des 
cendres.  Le  vent  est  chauffé  dans  deux  appareils  Cowper  de  21'',30  de 
hauteur  et  7  mètres  de  diamètre  pour  chaque  haut  fourneau  ;  la  surface  de 
chauffe  est  de  6  200  mètres  carrés.  Le  vent  est  chauffé  à  750  degrés  centi- 
grades, et  les  gaz  de  la  combustion  sortent  à  une  température  qui  ne  dé- 
passe pas  50  degrés. 

On  traite  des  minerais  du  pays  et  on  emploie  du  coke  anglais;  les  matiè- 
res premières  sont  ainsi  obtenues  à  bon  compte.  Il  y  a  deux  machines 
soufflantes  verticales  donnant,  par  minute,  390  mètres  cubes  d*air,  à  une 
pression  de  0^^,30  de  mercure  ;  les  volants  de  ces  machines  pèsent  25  ton- 
nes chacun.  La  vapeur  est  fournie  par  30  chaudières  Galloway  et  des 
écenomiseurs  Green  chauffent  Teau  d'alimentation  avant  son  entrée  aux 
générateurs. 

L'aciérie  comporte  deux  convertisseurs  et  trois  cubilots  pour  la  fusion 
du  spiegel.  La  machine  motrice  des  laminoirs  peut  développer  2  000  che- 
vaux; les  cylindres  ont  respectivement  0",813  et  1  ",524  de  diamètre  et 
1*,524  de  course.  Un  nouveau  train  à  rails  est  en  construction  dans  les 
ateliers  de  la  Teesside  Iron  and  Engine  Works  Company,  à  Middies- 
brough.  Il  est  du  modèle  le  plus  récent,  avec  grues  hydrauliques  pour  la 
manœuvre  des  blooms,  système  hydraulique  pour  le  serrage  des  cylin- 
dres, etc.  Il  comporte  un  train  dégrossisseur  et  un  train  blooming  de 
0",975  dont  les  cages  pèsent  20  tonnes  et  les  cylindres  14  et  15  ;  le  train  finis- 
seur de  0"^75  pourra  laminer  des  rails  du  plus  fort  modèle  sur  des  Ion* 
gueurs  de  54  mètres.  Les  mêmes  constructeurs  fournissent  également  une 
cisaille  pouvant  couper  des  blooms  de  0"*,30  sur  0^,30;  cette  cisaille 
pèse,  complète,  75  tonnes,  et  la  plus  grosse  pièce  qui  entre  dans  sa  con- 
struction pèse  27  tonnes. 

L'Iaénstrle  minérale  en  Bclglqae.  D'après  les  statistiques  offi- 
cielles publiées  pour  1883,  la  production  houillère  de  la  Belgique  s'est 
élevée,  dans  cette  année,  à  18 177 154  tonnes,  soit  un  accroissement  de 


1 


—  236  — 

480765  tonnes  par  rapport  à  l'année  1882«  Cette  production  se  répartit 
comme  suit  : 

Province  de  Hainaut 13  497113  tonnes. 

—  Namur..  . 485450       - 

—  Liège 4195191       — 

Total.  .  .    18177  754  tonnes. 

En  1883,  il  y  a  eu  en  feu  36  hauts  fourneaux,  qui  ont  employé  3  750  ou- 
vriers. Ces  hauts  fourneaux  ont  traité  192  308  tonnes  de  minerais  belges, 
164115  tonnes  de  minerais  étrangers  et  270996  tonnes  de  laitiers. 

La  production  de  ces  appareils  se  répartit,  au  point  de  vue  de  la  nature 
de  la  fonte,  comme  suit  : 

Fonte  de  forge 564417  tonnes. 

Fonte  de  moulage 68  921     — 

Fonte  Spiegel 9572     — 

Fonte  pour  Ressemer 127  313     — 

Fonte  pour  procédé  basique 12  690     — 

Moulages  en  première  fusion 540     — 

Total.  .  .    783  453  tonnes. 

_  • 

En  1883,  on  comptait  82  forges  employant  16  854  ouvriers;  leur  pro« 
duction  totale  s*cst  élevée  à  487  226  lonnes  de  fer  marchand. 

Quatre  aciéries  ont  été  en  marche  avec  cinq  convertisseurs  et  un  four  à 
sole,  employant  2  839  ouvriers.  La  production  totale  d*acier  Bessemer 
et  d'acier  sur  sole  a  été  de  179489  tonnes  de  lingots  et  156  301  tonnes  de 
produits  manufacturés.  Il  a  été  employé,  pour  la  production  des  lin- 
gots, 144  577  lonnes  de  fonte  belge,  58277  lonnes  de  fonte  étrangère  et 
18929  tonnes  de  recoupages. 

R.  Fairllc.  M.  Robert  Fairlie,  ingénieur  bien  connu  par  le  système  de 
locomotive  qui  porte  son  nom,  est  mort  le  31  juillet  dernier,  à  sa  résidence 
de  Woodlands,  à  Clapham^  près  Londres.  Fils  d'un  ingénieur  civil  distin- 
gué, il  était  né  en  Ecosse  en  1831  ;  après  avoir  fait  son  apprentissage  tech- 
nique h  Crewe  et  à  Swindon,  il  devint  ingénieur  et  directeur  du  chemin 
de  fer  de  Londonderry  et  Coleraine,  en  Irlande,  puis  occupa  des  fonctions 
importantes  au  chemin  de  fer  de  Rombay  et  Raroda. 

Il  prit,  en  1864,  une  patente  pour  la  locomotive  à  double  bogie  qui 
porte  son  nom,  et  la  première  de  ces  machines  fut  construite  en  1866,  pour 
leNealhandRrecon  Railway,  parMM.  James  Crosset  Cie,  de  Saint-Helens. 
Cette  machine  avait  huit  roues  motrices  de  1*^,372  de  diamètre  et  quatre 
cylindres  de  0",380  sur  0",560;  elle  pesait  46  tonnes. 


—  237  — 

P^u  après,  des  machines  da  même  type  furent  faites  pour  le  Venezuela. 
Toates  ces  locomotives  étaient  à  voie  normale. 

Si  OD  peut  contester  à  M.  Fairlie  Toriginaiité  de  son  type  de  machine  et 
rappeler  l'analogie  qu'il  présente  avec  des  spécimens  exécutés  dès  Tori* 
glne  des  chemins  de  fer,  avec  la  machine  Seramg,  présentée  au  concours 
daSemmering  par  la  société  John  CockeriII,et  avec  les  types  Thouvenot  et 
Meyer,  antérieurs  comme  date,  on  ne  peut  nier  que  l'ingénieur  anglais  n'ait 
admirablement  compris  la  portée  de  ce  type  de  machine  et  l'influence  qu'il 
pouvait  avoir  sur  la  construction  économique  des  chemins  de  fer.  En 
effet,  si  la  plus  grande  adhérence  et  la  facilité  de  passage  dans  les  cour- 
bes permettent^  en  augmentant  la  puissance  des  machines,  d'accroître 
la  capacité  de  transport  d'un  chemin  de  fer  donné,  il  en  résulte  qu'on 
peut  opérer  un  transport  d'une  importance  déterminée  avec  un  chemin  de 
fer  présentant  des  courbes  et  rampes  plus  prononcées  et  avec  un  moindre 
écartement  de  voie,  c'est-à-dire  de  constriiction  plus  économique. 

H.  Fairlie  s'appliqua  avec  toute  son  énergie  à  la  vulgarisation  de  ce  fait, 
el  il  en  fil  une  remarquable  démonstration  sur  la  petite  voie  de  2  pieds  d*écar- 
tementdu  Festiniog,  dans  le  pays  de  Galles,  en  construisant,  pour  elle,  la 
célèbre  machine  Little  Wonderk  huit  roues  motrices  de  0",71  avec  quatre 
cylindres  de  0'",21  sur  0^^,33,  pesant  19  500  kilogrammes. 

Les  idées  de  M.  Fairlie  ne  furent  pas  acceptées  sans  discussion  ;  elles 
soulevèrent  des  polémiques  très  vives  et  donnèrent  naissance  à  des  monta- 
gnes de  publications  dont  la  plus  connue  est  la  célèbre  brochure  intitulée  : 
Aurons-nous  des  chemins  de  fer  ou  n'en  aurons-nous  pas?  traduite  en  fran** 
çais  par  notre  collègue  M.  Jules  Morandiere. 

Quoi  qu'il  en  soit,  celte  campagne  contribua  puissamment  à  l'adoption 
de  la  voie  d'un  mètre  pour  l'Inde  et  pour  d'autres  pays,  et  M.  Fairlie  vit  ses 
efforts  et  sa  persévérance  récompensés  par  de  nombreuses  commandes 
de  machines.  Son  type  est  actuellement  en  usage  sur  une  cinquantaine 
de  lignes  de  chemins  de  fer  h  voies  diverses  depuis  0",550,  en  Russie,  à  la 
Nouvelle-Zélande,  en  Australie,  en  Suède,  au  Cap,  à  Montevideo,  au 
Brésil,  au  Pérou,  dans  l'Inde,  etc.  Les  plus  puissantes  locomotives  sont 
celles  du  chemin  de  fer  d'Iquique,  au  Pérou.  Elles  pèsent  85  tonnes  envi- 
ron, et  ont  12  roues  motrices  en  deux  groupes  et  quatre  cylindres  de  0^,44 
sur  0,56  ;  il  y  a  de  plus,  aux  deux  extrémités,  des  trucs  Bissel  à  deux 
roues,  ce  qui  fait  en  tout  16  roues. 

Les  dernières  machines  Fairlie  construites  furent  celles  destinées  au 
chemin  de  fer  mort-né  de  Sûakim  à  Berber;  elles  n'ont,  du  reste,  pas  quitté 
TAnglelerre. 

Dans  un  voyage  au  Venezuela,  en  1873,  M.  Fairlie  avait  été  frappé  d'une 
insolation  compliquée  de  fièvre  pernicieuse;  on  dut  le  ramener  mourant  en 
Angleterre;  il  ne  se  remit  jamais  complètement  de  cette  atteinte  et,  vers 
la  fin  de  sa  vie,  il  avait  dû  cesser  de  s'occuper  de  la  partie  active  de  ses 
affaires,  dans  laquelle  il  était  d'ailleurs  remplacé  par  ses  fils  qui  continuent 
son  œuvre. 


~  238  —. 

On  peut  regretter  que  M.  Fairlie  ait  quelquefois  étendu  à  outrance  lo 
principe  très  rationnel  de  ses  machines,  de  manière  à  le  détourner  entière- 
ment de  son  principe,  et  à  arriver  à  des  types  dont  il  est  impossible  de 
comprendre  le  but»  tel  que  celui  qui  était  exposé  à  Paris,  en  1878;  mais  on 
ne  doit  pas  moins  reconnaître  que  son  activité  et  sa  persévérance  ont  réussi 
à  àôre  entrer  dans  la  pratique  des  chemins  de  fer  un  modèle  de  machines 
qui  pourrt,  avec  des  modifications  et  surtout  des  simplifications,  jouer  un 
jour  un  rôle  important  dans  l'exploitation  des  voies  ferrées.  Le  nom  de 
M.  Fairlie  restera  dooc  honoré  dans  Thistoire  des  chemins  de  fer. 

Otoscrvations  snr  te  fc^ictlonneinent  ëles  machines  à 
ëlenx  cylindres  «  Nous  trouvons»  dans  une  communication  faite  par 
M.  Rich  à  Ylmtitution  of  Civil  Engineers^  sur  les  machines  élévatoires,  quel- 
ques considérations  sur  le  fonctionnement  des  machines  à  deux  cylindres 
qu'il  nous  paraît  intéressant  de  résumer  en  présence  des  discussions  qui 
se  sont  produites,  il  y  a  peu  de  temps,  au  sujet  de  la  présence  de  l'eau  dans 
les  cylindres  des  machines  à  vapeur. 

Dans  la  plupart  des  machines  élévatoires  uniques,  on  applique  aujour- 
d'hui la  disposition  de  Woolf,  avec  le  grand  cylindre  égal  à  trois  et  demi 
ou  quatre  fois  le  petit.  Il  y  a  une  vingtaine  d'années,  on  ne  dépassait  pas  la 
pression  de  4  kilogrammes,  mais  actuellement  l'introduction  des  tôles  d'a- 
cier a  permis,  à  égalité  d'épaisseur,  de  porter  la  pression  à  4, 5  ou  5  kilogr. 
L'auteur  ne  voit  pas  qu'il  y  ait  d'intérêt  à  détendre  la  vapeur  à  plus  de 
8  à  10  volumes  dans  le  premier  cas,  et  10  à  12  dans  le  second,  et  il  a  pu 
constater,  dans  plusieurs  occasions,  qu'il  peut  être  avantageux  de  ré- 
duire le  diamètre  du  grand  piston ,  pour  diminuer  le  frottement  et  les 
fuites   de  cet  organe,    lesquels  compensent  largement  l'accroissement 
de  l'effet  utile  de  la  vapeur.  C'est  ce  qui  se  produit  notamment  avec 
les  cylindres  sans  enveloppes  où  le  refroidissement  joue  un  rôle  capital. 
Dans  ces  machines ,  surtout  lorsqu'elles  fonctionnent  lentement»  il  y  a 
toujours  de  l'eau  dans  le  grand  cylindre,  et  la  température  y  est  notable- 
ment inférieure  à  celle  de  la  vapeur  qui  s'échappe  du  petit  cylindre.  Il 
en  résulte  une  condensation  abondante  de  cette  vapeur  et  une  chute  de 
température  considérable  entre  les  deux  cylindres  ;  le  travail  est  rédait  au 
grand  cylindre  dans  des  proportions  telles  qu'il  devient  quelquefois  pres- 
que insignifiant. 

Dans  des  expériences  faites  en  1877  sur  une  machine  de  ce  type,  M.  Rich 
a  constaté  que,  si  on  ne  prend  pas  des  précautions  particulières  pour  pur* 
ger  les  cylindres  de  Peau  de  condensation ,  le  grand  cylindre  reste  relati- 
vement froid  pendant  des  heures  entières  après  la  mise  en  marche»  et, 
même  avec  des  purges  répétées,  ce  cylindre  ne  s'échauffe  que  lentement. 
Dans  cette  machine,  une  heure  et  demie  après  la  mise  en  marche,  l'eau, 
dans  la  partie  supérieure  du  grand  cylindre,  n'était  qu'à  la  température 
de  65  degrés  centigrades  pendant  l'admission,  au  bout  de  2  heures  15  mi- 
nutes, la  température  était  de  68,  après  3  heures  5  minutes,  79,  4  heures 


— .  239  — 

55 minutes,  88  degrés.  Une  fois  cette  température  atteinte,  si  on  laissait  les 
purgeurs  ouverts,  réchauffeicitt  aTopétait  inimliiiii  el  la  maidia  de  la 
machine  devesait  plus  libre  et  tendait  à  s'accélérer  ^ 

Dans  une  autre  expérieioce,  le  robinet  purgeur  du  haut  du  grand  cylindre 
étant  ouvert,  la  température  de  Teau  étant  de  85  degrés  montait,  2  minu- 
tes après,  à  91,  et,  3  minutes  après,  à  95  degrés  12  minutes  plus  tard,  le 
robinet  purgeur  étant  fermé,  la  température  de  Teau  s'était  abaissée  à 
84  degrés;  mais,  en  rouvrant  le  purgeur,  on  la  faisait,  en  2  minutes, 
remonter  à  93  degrés.  On  a  relevé  un  diagramme  sur  la  machine  deuK 
heures  après  la  mise  en  marche,  alors  que  la  température  de  l'eau  était  de 
Bo  degrés,  et  un  autre  diagramme  après  5  heures  de  marche,  la  tempéra- 
ture étant  à  plus  de  92  degrés.  Dans  le  premier  cas,  la  pression  moyenne 
effective  sur  le  grand  piston  h^était  que  de  0^,314  par  centimètre  carré,  et 
ce  piston  ne  faisait  que  24  pour  100  du  travail  total  de  la  machine,  tandis 
que,  dans  le  second  cas,  la  pression  moyenne  effective  s'était  élevée  à 
0^>,o90  par  centimètre  carré,  et  le  grand  cylindre  faisait  41  pour  100  du 
travail  total. 

Il  est  donc  très  important  d'assurer  l'évacuation  de  Teau  de  condensa^ 
tien  de  la  partie  supérieure  des  cylindres  verticaux  ;  on  peut^  à  cet  effet, 
disposer  une  soupape  dans  le  corps  même  du  piston  pour  amener  au  bas 
l'eau  qui  se  trouve  au-dessus. 

Le  mieux  est  de  mettre  des  enveloppes  de  vapeur  au  grand  cylindre  ; 
mais,  lorsqu'on  ne  peut  pas  le  faire,  il  est  bon  de  réchauffer  ce  cylindre  en 
y  envoyant  de  la  vapeur  de  la  chaudière  avant  la  mise  en  marche  et  même 
encore  quelque  temps  après. 


l.  Voir  au  sujet  de  la  poMibililé  de  raccumulation  de  l'eau  dans  les  cylindres,  Mémoireê 
et  comptée  rendus  des  travaux  de  lu  Société  des  Ingénieurs  civils^  1877,  page  906. 


—  240  — 


COMPTES  RENDUS 


ACADÉMIE  DES  SCIENCES 


Séance  du  13  juillet  1885. 

Sur  le  bnl  Uiéorlqnc  des  principaux  traTAnz  de  Henri  Trbsca, 

par  M.  DE  Saint-Venant. 

Bien  que  les  œuvres  de  cet  éininent  et  si  regretté  membre  de  notre  section 
de  mécanique»  à  l'esprit  si  juste  et  si  droite  aient  été  bien  caractérisées  dans 
les  paroles  du  cœur  prononcées  sur  sa  tombe  par  notre  confrère  M.  Mau- 
rice Lévy,  un  courant  d'opinion  semble  se  former,  qui,  par  cela  seul  que 
Tresca  a  été  un  grand  expérimentateur,  ferait  de  lui  un  homme  de  pure 
pratique^  c'est-à-dire  du  nombre  de  ceux  qui  se  dirigent  dans  ce  qu'ils  font» 
soit  d'après  des  aualogies  que  leur  instinct  tire  de  ce  qu'ils  ont  vu,  soit 
en  appliquant,  avec  une  certaine  habileté,  les  formules  théoriques  ou 
empiriques  construites  par  d'autres  qu'eux. 

Il  importe  de  montrer,  dans  l'intérêt  de  son  mémoire,  comme  dans  celui 
de  la  vérité  scientifique,  que  Tresca  fut  un  esprit  plus  large,  un  homme 
de  vraie  science  et,  par  conséquent,  de  théorie  dans  la  meilleure  et  la  plus 
saine  acception  de  ce  mot  si  souvent  mal  compris,  si  fréquemment  accusé 
par  légèreté  ou  en  haine  systématique  de  la  science,  de  n'exprimer  que 
des  chimères. 

Voyons.  Nous  avons  parlé  (T expériences.  Or,  quel  est,  au  demeurant,  le 
but  de  celles  qu'on  fait?  Est-ce  seulement  de  déterminer,  par  une  suite 
d'essais  ou  de  tâtonnements ,  les  meilleurs  moyens  d'exécution  pratique, 
ou  bien  l'application  des  principes  déjà  connus  et  de  formules  déjà  con- 
struites en  conséquence?  Non;  c'est  bien  plutôt,  ce  qui  déjà  est  tout  à  fait 
scientifique,  de  fournir,  de  mesurer  les  valeurs  des  constantes  ou  coefficients 
numériques  de  ces  formules,  avant  de  pouvoir  les  appliquer.  Mais  c'est 
aussi,  chose  encore  plus  théorique,  de  faire  apercevoir,  de  démêler,  de 
déterminer,  à  l'occasion,  les  principes  eux-mêmes,  ou  les  lois  spéciales, 
les  bases  scientifiques  de  l'établissement  des  équations,  généralement  dif- 
férentielles, qui  en  seront  l'expression  et  que  l'on  n'aura  plus  qu'à  inté- 
grer, soit  rigoureusement,  soit  par  approximation,  pour  obtenir  les  solu- 
tions que  Ton  désire. 


—  241  — 

Or,  c'est  ce  qu*a  fait  M.  Tresca;  il  a  eu  le  mérite  de  cette  double  har- 
diesse, et  c'est  ce  dont  il  a  exprimé  le  résultat  principal  dans  la  conclu- 
sion de  son  capital  mémoire  sur  le  poinçonnage  des  métaux. 

Remarquant  très  bien  que  la  déformation  de  ces  corps  comprend  trois 
périodes,  celle  de  Télasticilé  parfaite,  étudiée  par  Navier,  Cauchy,  etc.,  puis 
celle  de  l'élasticité  imparfaite  ou  de  déformations  partiellement  perma- 
nentes, enfin ,  celle  de  plasticité j  comprenant  le  laminage ,  le  forgeage, 
l'emboutissage,  etc.,  il  aperçut,  dans  cette  dernière  période  qu'expressi- 
vement  il  appela  aussi  de  fluidité^  où  l'élasticité  est  comme  vaincue,  que 
Tefforl  à  exercer  normalement  à  travers  toute  face  intérieure  pour  pro- 
duire une  petite  extension  ou  compression  normale  d'une  proportion  déter- 
minée, est  de  même  intensité  que  l'effort  de  cisaillement  à  exercer  tan- 
gentiellement  à  cette  petite  face  pour  produire  un  glissement  relatif  de 
même  proportion  ou  mesure  ;  ce  qui  se  traduit  en  disant  qu'à  travers  les 
facettes  intérieures  de  même  superficie,  la  résistance  à  la  compression  ou 
extention  permanente  s'exprime  avec  un  coefficient  de  même  grandeur  que 
la  résistance  au  glissement  permanent  ou  au  cisaillement. 

Ce  principe  théorique  nouveau  de  l'égalité  des  deux  coefficients  de  défor- 
mation  plastique,  normale  et  tangentielle,  aperçu  par  M.  Tresca,  s'est 
trouvé  vérifié  au  moyen  d'expériences  comparatives  nombreuses  et  variées, 
en  en  substituant  les  résultats  dans  l'équation  différentielle  qui  exprime 
la  conservation  des  volumes  des  deux  ou  trois  parties  en  lesquelles  il  con- 
cevait partagé  chaque  bloc  soumis  au  poinçon. 

Et  ce  même  principe  simple  a  été,  le  jour  même  du  rapport  approbatif, 
l'objet  d'une  communication  où  nous  en  démontrions  la  parfaite  ration- 
nante théorique,  basée  sur  l'évident  théorème  de  l'équivalence  de  toute 
déformation  par  glissement  devant  une  face  à  une  compression  et  à  une 
extension  simultanées  de  proportions  moitié  moindres  opérées  dans  des 
directions  inclinées  d'un  demi-droit  sur  cette  face. 

Ce  principe  de  M.  Tresca  étant  ainsi  doublement  vérifié,  il  n'y  avait  plus 
qu'à  exprimer  analytiquement  les  relations  qu'il  fournit  entre  les  forces 
extérieures  exercées  et  les  forces  intérieures  dues  aux  déplacements  relatifs, 
pour  construire  les  équations  différentielles  de  la  nouvelle  branche  de  la 
mécanique  instaurée  ainsi  par  lui  et  qui  reçut  le  nom,  paraissant  adopté, 
de  plasticodynamiqtte. 

C'est  ce  qui  a  été  fait  bientôt  en  commençant  par  le  cas  simple  où  la 
déformation  n'affecte  que  deux  des  trois  dimensions  du  bloc  ductile  sup- 
posé rectangulaire. 

Peu  après,  et  répondant  habilement  à  un  appel  que  nous  faisions  aux 
lecteurs  de  cette  note,  M.  Lévy  a  établi  les  équations  différentielles  ana«^ 
logues  pour  des  déformations  étendues  aux  trois  dimensions  et,  surtout, 
pour  le  cas  le  plus  intéressant  peut-être  (c'est  le  cas  des  expériences  de 
M.  Tresca),  i  savoir  le  cas,  dit  semi-polaire,  de  symétrie  des  déformations 
autour  d'un  même  axe  fixe. 
Enfin,  des  applications  en  ont  été  faites  à  divers  cas  plus  particuliers,  en 

BULL.  16 


—  242  — 

s'aidanl,  pour  l'un  d'eux,  d'une  hypothèse  plausible,  afin  de  suppléer  à 
une  intégration  impossible  dans  ce  cas-là. 

Quelle  est  la  portée  de  cette  nouvelle  branche  de  la  dynamique  mathéma- 
tique, régissant  théoriquement  un  bon  nombre  d'opérations  de  l'induslrie 
et  quels  services  elle  est  appelée  à  rendre  un  jour?  Nous  ne  saurions  ici 
le  prévoir.  Toujours  est-il  que  son  invention  a  comblé  une  vraie  lacune 
qui,  probablement,  serait  restée  bien  longtemps  ouverte,  si  M.  Tresca, 
au  lieu  de  son  profond  sentiment  théorique  et  de  ses  souvenirs  de  fortes 
études  mathématiques,  n'avait  eu  que  son  ingéniosité  d'exécution  et  sa 
dévouée  persévérance  dans  l'usage  des  procédés  pratiques. 


SOCIÉTÉ  D'ENCOURAGEMENT  POUR  L'INDUSTRIE  NATIONALE 


JUIN  1885. 

Rapport  de  M.  Ed.  Gollignon  sur  le  sysièine  ële  manlTelle  hjrdraa- 

liqae  de  M.  J.  MuUer. 

M.  Huiler  propose  de  remplacer  les  mécanismes  de  distribution  en  usage 
actuellement  sur  les  machines  à  vapeur,  et  notamment  les  locomotives, 
par  le  déplacement  d'un  tourillon  commandant  la  bielle  du  tiroir,  ce  tou- 
rillon pouvant  occuper  les  diverses  positions  qui  correspondent  aux  intro- 
ductions différentes  pour  les  marches  en  avant  et  en  arrière.  Ce  déplace- 
ment est  opéré  d'une  façon  très  ingénieuse,  le  tourillon  étant  porté  par  an 
cylindre  qui  se  meut  sur  un  piston  fixé  à  la  contre-manivelle  de  l'essieu^ 
le  cylindre  est  plein  de  liquide  dans  ses  deux  capacités,  lesquelles  sont, 
par  des  tuyaux  de  faible  diamètre,  en  communication  avec  un  autre 
cylindre  servant  d'appareil  de  changement  de  marche.  Les  tuyaux  sont 
repliés  plusieurs  fois  sur  eux-mêmes  nour  avoir  assez  de  flexibilité  pour 
suivre  le  déplacement  du  tourillon,  et  il  y  a,  de  plus,  un  joint  étancbe 
permettant  la  rotation  de  l'appareil. 

Ou  conçoit  que,  si  le  machiniste  déplace  plus  ou  moins  le  piston  de  son 
appareil  de  manœuvre,  la  transmission  hydraulique  donne  un  déplacement 
correspondant  au  cylindre  qui  porte  le  tourillon  actionnant  la  bielle  du 
tiroir. 

L'auteur  invoque  comme  avantages  : 

l""  La  réduction  au  minimum  du  nombre  des  articulations  du  méca- 
nisme; 

2""  La  réduction  du  poids  de  la  machine. 

3*  La  réduction  possible  du  diamètre  des  roues  motrices  et  de  leur  poids. 


—  243  — 

Cette  dernière  considération  tient  à  ce  que  M.  MuUer  pense  que  son  sys- 
tème permettrait  d'augmenter  le  nombre  des  coups  de  piston  donnés  par 
la  machine  dans  le  même  temps. 

Rapport  de  H.  Layolléb  sur  le  livre  intitulé  rÊconomlste  pratique, 
de  M.  £.  Gagheux. 

Rapport  de  M.  Schlemmer  sur  le  Recncll  éem  éléments  con- 
stant» ëlea  prix  des  travaux  ordinaires  de  eonatrnetlon  de 

H.  Â.  Megrot,  conducteur  des  ponts  et  chaussées. 

Nous  avons  rendu  compte  de  cet  ouvrage  dans  le  Bulletin  de  mars  1885, 
page  478. 

Notice  sur  Y.  A.  Jacquelain,  ancien  membre  du  Comité  des  arts  chimi- 
ques, par  M.  F.  Le  Blanc. 

Nous  rappellerons  qu'un  grand  nombre  de  nos  collègues  ont  connu  Jac- 
quelain à  l'École  centrale  où  il  a  été,  pendant  plus  de  quarante  ans  (1832 
à  1873),  préparateur  des  cours  de  chimie.  Il  avait  publié  de  nombreux  tra- 
vaux intéressant  la  chimie  générale,  la  chimie  industrielle  et  la  chimie 
analytique.  On  lui  doit  une  expérience,  devenue  classique,  celle  de  la  trans- 
formation du  diamant  en  graphite,  entre  les  électrodes  en  charbon  d'une 
batterie  voltalque,  expérience  qui  démontre  que  le  diamant  ne  saurait  s'être 
produit  à  des  températures  très  élevées,  ainsi  qu'on  était  tenté  de  Tad- 
meltre. 

Qilmle  Industrielle.  li'Antlpyrli*^  [extrait  de  la  Nature). 

L'intérêt  de  cet  article  est  principalement  dans  la  discussion  d'un  point 
de  droit  concernant  les  brevets  d'invention.  L'antipyrine,  alcali  organique 
oxygéné,  possédant  des  propriétés  thérapeutiques  très  remarquables  ne  peut 
être  breveté  comme  remède,  l'article  3  de  la  loi  de  1844  disant  formellement 
que  les  remèdes  ne  sont  pas  susceptibles  d'être  brevetés.  Mais  les  pharma- 
ciens ont-ils  le  droit  de  la  préparer,  le  procédé  de  préparation  étant  breveté? 
Uy  alà  une  distinction  entre  le  produit  et  le  procédé  qui,  le  procédé  de  pré- 
paration étant  unique  jusqu'ici,  est  très  délicate  à  établir  et  aurait  besoin 
d'être  tranchée  juridiquement. 

Rapport  sur  Textraetlon  dn  snere  de  sori^ho  sneré  anx  titats- 
Vals»  en  18§4,  par  M.  Henry  Grojean  ,  inspecteur  de  l'enseignement 
agricole. 

Sur  diverses  maladies  eryptoi^amlqnes  régnantes  de  la 
▼Igae,  par  M.  H.  Marâs. 

Traitement  des  bols  pour  traverses  de  ehemlns  de  fer. 

Le  snlfate  de  paratolnldlne,  réactif  de  l'acide  azotique.  {Extrait 
du  Moniteur  scienti figue.) 


—  244  ~ 


ANNALES  DES  PONTS  ET  CHAUSSÉES. 


lUJN  1885. 

Paroles    pifmontéem    mnx  tanérallles  ële  ■•  Halesicwi, 

inspecteur  général  des  ponts  et  chaussées,  par  M.  Martin,  inspecteur  géné- 
ral des  ponts  et  chaussées* 

Paroles  prononcés  ans  tanéralllea  ële  M.  Collet-Hejrffrel, 

inspecteur  général  des  ponts  et  chaussées»  par  M.  Martin,  inspecteur 
général  des  ponts  et  chaussées. 

Sur  quelques  changements  dans  la  ëliapooliion  et  les  procédés 
do  tarai^c  des  Inoirnmcnto  de  Jani^eai^e  et  dans  le  mode  de 
calcul  des  débits,  par  H.  Ch.  Ritter  ,  ingénieur  en  chef  des  ponts  et 
chaussées. 

Ce  mémoire,  très  considérable,  étudie  successivement  les  tubes  jau- 
geurs  et  les  moulinets,  décrit  ces  instruments  et  leur  mode  de  tarage,  puis 
donne  le  calcul  des  observations  moyennes  et  des  débits,  l'approximation 
des  jaugeages,  les  erreurs  d'observations,  etc.  ;  il  termine  par  un  grand 
nombre  d'exemples  et  de  comparaisons  numériques. 

Les  Ini^énicnro  des  ponts  et  chanssécs  à  Texpéditlon 
d'Éi^pte,  par  M.  Tarbê  de  Saint-Hardouin,  inspecteur  général  des  ponts 
et  chaussées  en  retraite. 

C'est  une  note  fort  intéressante  sur  le  rôle  joué  dans  l'expédition  d'Egypte 
par  les  ingénieurs  des  ponts  et  chaussées,  avec  des  renseignements  biogra- 
phiques sur  les  vingt-quatre  membres  de  ce  corps  qui  prirent  part  à 
Texpédition. 

Note  sur  la  stabilité  des  voûtes ,  par  M.  Léon  Durand-Clayb,  ingé- 
nieur en  chef  des  ponts  et  chaussées. 

Il  s'agit  d'une  observation  relative  à  un  mémoire  récent  de  M.  Later* 
RADE,  ingénieur  en  chef  des  ponts  et  chaussées  (voir  comptes  rendus 
d'avril  1885,  page  585) ,  par  laquelle  M.  Durand-Claye  indique  qu'on  peut 
faire  disparaître  le  caractère  de  tâtonnement  des  calculs  donnés  dans 
ce  mémoire,  en  profitant  de  la  vieille  remarque  de  La  Hire,  savoir:  qu'une 
portion  de  voûte  est  un  coin  en  équilibre.  Il  suffit,  pour  donner  un  carac- 
tère de  générosité  aux  propositions  de  M.  Laterrade,  d'y  substituer  à  la 
notion  de  l'ouverture  celle  du  rayon  de  l'intrados  ou  sommet. 


—  245  — 


COMPTES  RENDUS  MENSUELS  DE  LÀ  SOCIÉTÉ 
DE  L'INDUSTRIE  MINÉRALE 


Séance  du  i  juillet  1885. 

Commanication  de  M.  Chanssellb  sûr  le  guiémge  Biétalll^e  éem 
fmîiB,  mfmièwae  Briart. 

M.  Bhiart,  ingénieur  en  chef  des  mines  de  Mariemont  et  Bascoup ,  a 
simplifié  le  mode  de  construction  des  guidages  métalliques  par  l'emploi 
d'une  seule  traverse  dans  Taxe  du  puits,  portant  les  quatre  guides»  deux 
pour  chaque  cage  ;  ces  traverses  sont  des  poutrelles  métalliques  fixées  hori- 
zontalement h  des  distances  égales  de  l^^^SO  et  sur  lesquelles  sont  fixées, 
avec  des  griffes,  des  entretoises  et  des  boulons,  quatre  files,  opposées  deux 
à  deux,  de  rails-guides  verticaux,  dont  les  champignons  sont  saisis  par  des 
mains-courantes  fixées  aux  cages  d'extraction. 

A  Bascoup,  348'',60  de  profondeur,  le  prix  total,  main-d'œuvre  et  four- 
niture, s'est  élevé  à  21 595  francs,  soit  61  94  par  mètre  courant;  aux  mines 
de  Lens,  pour  360  mètres,  les  chiffres  correspondants  ont  été  de  22  984  et 
63fr.81. 

Ces  prix  sont  très  comparables  à  ceux  des  guidages  en  bois  et  le  gui- 
dage métallique  en  rails  doit  durer  bien  plus  longtemps. 

Communication  de  M.  Rouff  sur  la  pipette  Peter  et  RonlT. 

C'est  une  pipette  pour  dosages  à  Taide  d'une  liqueur  titrée  portant  à  la 
partie  inférieure  un  robinet  à  trois  voies  la  mettant  en  communication,  à 
volonté,  avec  le  tube  de  remplissage  ou  avec  le  tube  de  vidange;  de  sorte 
qu'on  peut,  sans  difficulté,  prendre  très  exactement,  un  volume  déterminé 
du  liquide. 

Communication  de  M.  Devkrne  sur  les  •ignanx  éleetrlqnes  Instal- 
lés à  la  foaae  Hnpont  éèm  minea  de  Itfoenx. 

Ces  signaux  ont  été  installés  en  août  1883  et  fonctionnent  depuis  cette 
époque  à  la  plus  entière  satisfaction  des  exploitants;  ils  ont  été  installés 
par  M.  Mors,  ingénieur  électricien  à  Paris* 

Le  courant  est  produit  par  20  éléments  Leclanché,  10  pour  les  signaux 
et  10  pour  la  sonnerie,  qui  est  une  trembleuse  ordinaire.  Ces  20  éléments 
sont  remplacés,  au  moyen  d'un  commutateur  à  fiches,  le  jour  suivant,  par 
20  autres,  pour  éviter  la  production  trop  rapide  des  courants  secondaires. 

Les  conducteurs  se  composent,  au  jour,  de  fils  ordinaires  enveloppés  de 
cotOD  et,  au  fond,  d'un  gros  câble  coupé  aux  accrochages  et  d'autant  de 
petits  câbles  qu'il  y  a  d'accrochages. 


—  246  — 

Le  gros  câble  est  formé  de  7  torons  de  7  fils  de  cuivre  de  1/2  millimètre, 
recouverts  de  gutta-percha  et  de  coton  goudronné.  Le  tout  est  recouvert 
d'une  enveloppe  de  plomb. 

Les  tableaux  sont  de  trois  modèles  :  un  pour  le  mécanicien,  un  poar  la 
recette  et  un  pour  les  tableaux  du  fond.  Les  signaux  sont  écrits  en  grosses 
lettres  sur  de  petits  disques  en  papier  coton  fixés  à  des  aiguilles  aiman- 
tées pouvant  osciller  autour  d'un  axe  sous  l'influence  de  petites  bobines. 

Les  tableaux  exigent  peu  d'entretien,  et  le  fonctionnement  est  parfaite 
la  seule  condition  de  maintenir  les  piles  en  bon  état.  Avec  un  peu  de  soin, 
celles-ci  peuvent  facilement  aller  pendant  un  an. 

L'installation  a  co&té  2  725  francs,  comprenant  350  mètres  de  gros  con- 
ducteurs et  850  de  petits,  2  tableaux  pour  le  jour  et  4  pour  les  accrochages 
de  200  à  290  mètres. 

Dimensions  des  principales  pièees  de  maeliines  à  vapear. 

M.  LE  Président  indique  à  la  réunion ,  d'après  le  journal  le  Crédit 
minier,  les  formules  adoptées  par  Tune  des  plus  anciennes  compagnies  de 
construction  des  États-Unis,  la  Pbœnix-Iron  €%  pour  le  calcul  des  ma- 
chines à  vapeur.  Ces  formules  seront  certainement  remarquées  au  point  de 
vue  de  leur  simplicité. 

Nous  regrettons  d'ajouter  que  cette  simplité  est  leur  unique  mérite. 
Donner  les  dimensions  des  différentes  pièces  d'une  machine  à  vapeur  en 
fonction  du  diamètre  du  cylindre  n'est  plus  de  notre  époque;  c'est  ce 
'  que  faisaient  des  anciens  auteurs  qui,  admettant  que  toutes  les  machines  à 
vapeur  de  1/2  à  500  chevaux  sont  faites  rigoureusement  sur  le  même  type, 
remplissaient  des  pages  entières  de  tableaux  donnant  minutieusement 
toutes  les'dimensions  des  machines,  croissant  par  cheval  dans  les  limites 
ci-dessus  indiquées,  travail  de  patience ,  qui  n'a  jamais  eu  la  moindre 
valeur  pratique. 

Les  dimensions  des  pièces  dépendent  essentiellement  de  l'effort  auquel 
elles  sont  appelées  à  résister  et  les  rapporter  au  diamètre  du  cylindre  sup- 
pose une  égalité  constante  de  pression  par  unité  de  surface. 

Ces  relations  donnent^  comme  l'indique  la  note,  des  dimensions  très  exa- 
gérées; de  plus  quelques-unes  sont  inintelligibles.  Nous  nous  demandons, 

par  exemple  ce  que  signifie  :  l'épaisseur  du  cylindre  égale  à  —   -[-   0,15. 

Quant  au  diamètre  de  l'arbre  égal  à  la  moitié  du  diamètre  du  cylindre,  à 

celui  du  bouton  de  manivelle  égal  à  t  et  à  la  largeur  des  glissières  (?)  égale 

à  5/6  D  ou  D,  cela  parait  singulièrement  exagéré.  Nous  croyons  inutile  de 
reproduire  ces  relations;  nous  supposons  que,  données  d'abord  en  mesures 
anglaises,  on  n'indique  pas  dans  quelle  publication,  elles  ont  été  mal  tra- 
duites, au  moins  pour  quelques-unes,  en  mesures  françaises. 

Communication  de  M.  Ghanssbue  sur  les  maehines  Cerilss  da 
Crensot; 


—  247  — 

II  8'agit  des  essais  faits  par  M.  Walter  Meunier  sur  une  machine  Gorliss 
du  Creuset,  installée  à  Beaulieu,  chez  MM.  Peugeot  frères,  et  dont  nous 
avons  rendu  compte  dans  le  bulletin  de  Mai  1885,  page  709. 

Communication  de  M.  Simon  sur  les  travaux  de  la  eommieelon 
praselenue  du  ffrleea. 

C'est  une  traduction  du  journal  Gluckaufy  du  27  juin,  d'où  il  résulte  que 
de  nouvelles  expériences  semblent  indiquer  que  la  dynamite  constitue  un 
explosif  inoffensif  en  présence  des  poussières  et  des  petites  quantités  de 
grisou.  Il  n'y  aurait  donc  lieu  d'interdire  que  le  tirage  à  la  poudre  noire 
dans  les  mines  à  grisou  et  à  poussières.  Le  côté  économique  de  la  ques«- 
tion  s'en  trouverait  considérablement  éclairci  et  simplifié. 


SOGIËTË  DES  INGÉNIEURS  ALLEMANDS. 


N«20.  — 18ytii«etl885. 

Compensation  hydraulique  ou  pneumatique  des  tiges  de  pompes  des 
machines  d'épuisement,  par  H.-L.  Oeking. 

Le  ferro-manganèse  et  sa  fabrication,  par  Fritz  Lûrmann. 

Nouvelles  aciéries  Bessemer,  par  R.  M.  Daelen. 

Groupe  d'Aix-la-Chapelle.  —  Extraction  du  sucre  de  mélasses  de  bette- 
raves par  la  chaux  et  la  strontiane. 

Groupe  de  Francfort. 

Groupe  de  Besse.  —  Construction  et  exploitation  des  grands  marchés. 
•—  Limite  nécessaire  au  développement  des  chemins  de  fer,  par  A.  Har- 
mann. 

Patentes, 

Variété.  —  Institution  d'enseignement  et  d'expériences  pour  l'industrie 
de  la  brasserie.  —  Chemin  de  fer  à  crémaillère  du  Pilate.  —  Nouvel  outil 
pour  tracer.  —  Expériences  sur  l'éclairage  par  lampes  artificielles. 

N«  30.  —  25  juillet  1885. 

Signaux  de  chemins  de  fer  avec  appareil  central  de  manœuvres,  de 
Schon. 

Manœuvre  hydraulique  du  pont  tournant  d'Anglesea,  à  Cork,  par  Ad. 
Emst. 

Nouveau  procédé  pour  la  détermination  du  moment  d'inertie  des  figurés 
planes,  par  J4  Kreuter. 

Qualité  du  fer  forgé  d'après  les  observations  au  microscopOi 


—  248  — 

Transformation  dans  les  procédés  de  meunerie,  ses  causes  et  ses  effets, 
par  Félix  Wyngaert. 

Groupe  de  Bavière.  —  Extraction  pneumatique. 

Groupe  de  Hanovre.  —  Céramique  et  verrerie.  —  Tracé  des  dents  de 
cardes,  par  W.  Frankel. 

Groupe  du  Rhin  moyen. 

Patentes. 

Bibliographie.  —  Ouvrages  adressés  à  l'association. 

Correspondance .  —  Machine  à  colonne  d'eau  de  Mayer.  —  Accumula- 
teurs électriques. 


N.3I.  «.lTapôH885. 

Les  petites  installations  Bessemer  et  leur  intérêt  en  Allemagne,  par  W. 
Stercken. 

Transformation  dans  les  procédés  de  meunerie,  ses  causes  et  ses  effets, 
par  Félix  Wingaert  (fin). 

Fours  de  fusion  chauffés  au  gaz  à  Teau,  par  Fritz  Lûrmann. 

Machine  à  mandriner  les  tubes.] 

Groupe  d^AiX'-lor Chapelle.  —  Nouveau  procédé  de  chauffage  de  Pr.  Sie- 
mens. 

Groupe  de  Poméranie.  —-Installation  et  emploi  des  appareils  culinaires 
qui  fonctionnent  sous  une  certaine  pression. 

Patentes. 

Bibliographie.  —  Comparaison  entre  les  coûts  de  transport  par  chemins 
de  fer  et  par  voies  navigables ,  en  France ,  Allemagne  et  Autriche,  par 
W.  von  Nordling.  —  Ouvrages  adressés  à  l'Association. 


No  32.  —  8  août  1885. 

Les  petites  installations  Bessemer  et  leur  intérêt  en  Allemagne,  par  W. 
Stercken  {fin). 

Ponts.  —  Répartition  de  la  charge  sur  les  poutres  des  ponts.  —  Viaduc 
de  Salterhebble.  —  Travail  des  assemblages  sous  des  charges  variables. 

Groupe  du  Rhin  inférieur.  —  Construction  des  cheminées.  — -  Chemins 
de  fer  électriques  souterrains.  —  Accidents  de  chaudières  à  vapeur.  — 
Régulateurs  de. machines  à  vapeur. 

Exposition  du  travail  manuel  et  de  la  petite  industrie  à  Kœnigsberg. 

Patentes. 

Bibliographie.  -—  Le  gaz  d'éclairage  comme  moyen  de  chauffage  domes- 
tique, de  D.  Coglievina. 

Variétés.  —  Construction  de  navires  dans  les  chantiers  de  la  société  de 
Stettin,  précédemment  MoUer  et  Holberg,  à  Grabow. 


—  249  — 


N*  33,  —  19  août  1885. 

Résistance  du  plomb  à  la  compression,  par  C.  Bach. 

Stracture  microscopique  du  fer  et  de  l'acier. 

Moulage  de  précision  pour  briques  et  tuiles,  de  C.  Schlickeysen. 

Bateau  de  sauvetage,  de  Norton. 

Cahiers  des  charges  pour  les  adjudications  de  travaux  publics. 

Groupe  de  Bavière.  —  Accident  à  bord  du  vapeur  Cari.  —  Construction 
du  port  franc  de  Hambourg. 

Bibliographie.  —  Règles  pour  le  calcul  graphique  des  constructions  en 
fer,  de  H.  Schlosser. 

Correspondance.  —  Lancements  et  essais  de  navires.  -^  Conférence 
internationale  pour  les  télégraphes  à  Berlin. 


BiBUOGBAPHIB. 

■amcl  dem  eandldats  aux  écoles  nationales  des  arts  et 
■éticrs,  par  M.  Dblacroix,  professeur  retraité  de  TÉcole  nationale  d'arts 
et  métiers  de  Châlons-sur-Hame  (librairie  du  progrès  scientifique  et  indus- 
triel de  L.  Camut,  15,  quai  Halaquais). 

Cet  ouvrage,  contenant  les  matières  exigées  pour  les  examens  d'admis- 
sion aux  écoles  d'Arts  et  Métiers,  nous  a  paru  conçu  avec  une  méthode  et 
ane  clarté  qu'on  ne  rencontre  pas  toujours  dans  les  manuels  de  ce  genre. 
Il  est  au  courant  des  nouveaux  programmes  qui  ont  relevé  le  niveau  des 
connaissances  exigées  des  élèves  à  l'entrée,  programme  dont  l'élaboration, 
soit  dit  en  passant,  est  due  à  MM.  Tresca  et  de  Comberousse,  qui  ont  ainsi 
mérité  la  reconnaissance  de  tous  ceux  qui  s'intéressent  à  ces  Écoles,  d'où 
sont  sortis  un  nombre  important  de  nos  collègues. 

L'ouvrage  contient  des  renseignements  généraux  sur  la  préparation  et  les 
examens,  l'arithmétique,  l'algèbre,  les  problèmes  et  exercices  d'arithmé- 
tique et  d'algèbre,  avec  solutions  raisonnées,  les  problèmes  et  exercices  de 
géométrie  avec  les  solutions  et  les  épreuves  écrites  complètes  de  chacune 
des  années  de  1874  à  1884.  Il  est  accompagné  d'un  atlas  contenant  les 
planches  de  géométrie  et  les  épures  de  dessin  à  demi-grandeur  d'exécution 
données  en  composition  dans  les  onze  dernières  années. 

Le  Secritaire-Rédacteur^ 
A.  Maubt. 


Parii.  —  Imp.  E.  GàriOHOif T  et  V.  Rcnàult,  rue  ëei  PoiteTÎnt,  6. 


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PI.  103. 


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Echelle  de    Viso 


^/rf^i/c   riée  maçonneries 


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MÉMOIRES 


KT 


COMPTE  RENDU  DES  TRAVAUX 


DE   LA 


noaÉTÉ  DS8  INGÉNIEURS  CIVILS 


SEPTEMBRE  1885 


NO  9 


Pendant  le  mois  de  septembre  la  Société  a  reçu  : 

De  M.  l'amiral  Paris,  membre  honoraire  de  la  Société  :  1**  trois 
exemplaires  de  son  Discours  aux  obsèques  de  M.  Dupuij  de  Lôme; 
2*  trois  planches  appartenant  à  son  ouvrage  :  les  Souvenij's  de  marine 
conservés. 

De  M.  Paul  Terrier,  membre  de  la  Société,  un  exemplaire  du 
tome  II  de  l'ouvrage  intitulé  Leçons  de  statique  graphique,  par 
A,  Favaro,  traduites  de  l'italien  par  M.  P.  Terrier,  avec  Notes  et 
Appendices  du  Traducteur. 

De  l'Université  de  Tokio,  trois  brochures  :  'i"*  Appendice  of  the 
Memoir,  n**  5;  Measurement  of  the  Force  of  Gravity  and  Magnetic 
cofistantSf  n°  11;  2^  et  3*  System  of  Iron  railroad  Bridges  for  Japon 
(Texte  et  Atlas). 

De  M.  Gibon,  membre  de  la  Société,  deux  exemplaires  de  sa  bro- 
chure intitulée  :  Le  Patrimoine  de  V Ouvrier. 

De  M.  René  Benoît,  membre  de  la  Société  :  1°  un  exemplaire  de 
Touvrage  sur  la  Construction  d'étalons  prototypes  de  Vohn  légal,  2°  un 
exemplaire  de  l'ouvrage  sur  la  Construction  des  étalom  prototypes  de 
résistance  électrique;  3®  un  extrait  de  la  première  partie  du  tome  III 

17 


—  254  — 

des  Travaux  et  Mémoires  du  Bureau  international  des  poids  et  mesures. 

De  M.  Osraond,  membre  de  la  Société  :  1°  un  exemplaire  de  ses 
Essais  sur  le  magnétisme  permanent  des  aciers;  2®  un  exemplaire  de  sa 
Méthode  calorimétrifpie  de  dosage  du  immganèse. 

De  M.  Paul  Barbe,  membro  de  la  Société,  un  exemplaire  de  la 
traduction  française  de  la  brochure  allemande  :  la  Question  du  Grisou, 
par  Trauze. 

De  M.  Maurice  Demouliu,  ingénieur,  un  exemplaire  de  son  Étude 
sur  les  locomotives  anglaises. 

De  M.  Alfred  Cottrau,  membre  de  la  Société,  un  exemplaire  de  sa 
brochure  intitulée  :  Ponts  polgtétragonaux  portatifs. 

Du  Ministère  des  Travaux  publics  du  Mexique,  les  n"*  43  à  72  du 
Bulletin  du  Ministère  des  Travaux  publics. 

Un  exemplaire  du  Catalogue  allemand  de  la  Bibliothèque  de  l  École 
royale  supérieure  technique  de  Berlin. 

De  M.  H.  Keller,  une  brochure  intitulée  :  Die  Anlage  der  Fischicegue, 
De  M.  Paul  Dreyfus,  un  exemplaire  de  son  journal  YExportation 
française,  n®  6. 

De  M.  Chevalier,  architecte,  une  Note  sur  les  Honoraires  de  l'Ar- 
chitecte en  matière  d'expertise  et  en  matière  de  travaux  particuliers. 


CALCUL  DES  POUTRES  CONTINUES 


MÉTHODE  GÉNÉRALE  ANALYTIQUE 


ET  MÉTHODE  GRAPHIQUE 


Par  M.  BERTRAND  DE  FONTVIOLANT. 


Nous  présentons  ici  deux  méthodes  de  calcul  des  Poulres  conti- 
nues, Tune  analytique,  l'autre  graphique.  Elles  dérivent  toutes  let* 
deux  de  quelques  principes  très  simples,  qui  n'ont  pas  encore, 
crojons-nous,  été  appliqués.  Au-delà  de  ce  point  de  départ  qui  les 
rattache  l'une  à  Tautro,  elles  n'ont  plus  rien  de  commun. 

Nous  avons  tenu  à  donner  sous  cette  double  forme  k  solution  des 
questions  dont  il  s'agit,  estimant  que  la  statique  graphique,  c'est- 
à-dire  la  géométrie  appliquée  à  la  mécanique  statique,  bien  qu'infé- 
rieure à  l'analyse  comme  puissance  de  recherche  et  insuffisante  en 
face  de  certains  problèmes,  peut  néanmoins,  dans  des  cas  nombreux, 
et  notamment  en  ce  qui  concerne  les  Poutres  continues,  conduire 
au  résultat  cherché  plus  rapidement  et  non  moins  sûrement.  Elle 
offre  d'autant  moins  de  prise  aux  erreurs  grossières  qu'en  général 
chaque  tracé  comporte  une  vérification  immédiate  très  simple. 
Quant  au  degré  d'approximation  obtenu,  qui  d'ailleurs  dépend  des 
échelle.s  choisies  pour  les  épures,  il  suffit  amplement,  car  les  formules 
de  la  flexion  plane  ne  sont  elles-mêmes  qu'approchées. 

Nos  démonstrations  sont  fondées  sur  des  propriétés  connues  de 
toutes  les  personnes  qui  s'occupent  de  la  résistance  des  matériaux. 
Nous  avons  cependant  cru  bon  pour  la  méthode  graphique  de  rap- 
peler certains  principes,  qui  en  sont  la  base,  et  dont  la  connaissance 
est  due  à  MM.  Muhr  et  Culmann. 

On  trouvera,  résumée  à  la  suite  des  théories  que  nous  exposons, 
une  application  do  chacune  des  deux  méthodes. 


—  236  — 


PREMIÈRE  PARTIE 


CHAPITRE  PREMIER 

Méthode  générale  de  calcul  des  poutres  droites  à 
plusieurs  travées,  reposant  librement  ou  encas- 
trées sur  leurs  appuis. 

Sommaire  :  Détermination  des  réactions  des  appuis  et  des  moments  aux  points 
d'encastrements  :  i^  cas  général  ;  2®  cas  usuel.  —  Influence  de  la  compres- 
sibilité  des  appuis.  —  Influence  de  la  flexion  des  piles  dans  le  cas  d'un 
assemblage  indéformable  de  ces  dernières  avec  la  poutre.  —  Influence  de  la 
dilatation  dans  le  cas  où  la  poutre  est  ancrée  sur  les  piles.  —  Cas  parti- 
culier de  ]d  poutre  à  une  seule  travée  encastrée  à  ses  deux  extrémités. 

Détermination  des  réactions  des  appuis  et  des  moments 

aux  points  d'encastrements. 

l\  CAS  GÉNÉRAL 

!•  Introduction.  —  Nous  nous  proposons  de  traiter  ici  le 
problème  le  plus  général  qui  puisse  se  présenter  dans  la  flexion 
plane  des  solides  prismatiques  à  grands  rayons  de  courbure.  Nous 
en  formulons  Ténoncë  comme  suit  : 

Un  solide  prismatique  de  section  variable  repose  sur  des  appuis 
situés  à  des  niveauj)  différents;  certains  de  ces  appuis  sont  simples,  et 
les  autres  comportent  des  encastrements  sou^  des  angles  donnés.  On 
demande  de  calculer  les  réactions  des  appuis  et  les  moments  aux  points 
d encastrements  f  développés  sous  Faction  de  charges  distinctes  P\  et  de 
charges  AP'  réparties  suivant  des  lois  déterminées. 

Nous  cherchons  à  calculer  directement  les  réactions  des  appuis 
et  les  moments  d'encastrements  (et  non  les  moments  fléchissants 
sur  les  appuis,  comme  on  le  fait  ordinairement),  car  en  mettant  ces 
éléments  en  évidence  dans  nos  équations,  nous  pourrons  sans  diffi- 
culté tenir  compte  ultérieurement  de  la  compressibilité  des  appuis  et 
de  la  flexion  des  piles. 


—  «57  — 

2.  Notations.  —  Nous  supposerons  que  la  poutre  comporte 
N  travées  que  nous  numéroterons  de  1  à  N,  c'est-à-dire  (N  + 1) 
appuis  A,  que  nous  numéroterons  de  0  à  N;  de  ces  (N  +  1)  appuis, 
P  sont  accompagnés  d'encastrements  et  les  (N  —  P -j- !)•  autres 
sont  simples.  Nous  rapporterons  leurs  positions  à  deux  axes  coor- 
donnés {fig.  4)  :  Taxe  des  x  sera  la  droite  joignant  les  points  d'appuis 


,^ 


pij.i 


A^ 


W  -■-•.■•  7 


■T 


r 


c 


..!<>■. 


I 


extrêmes  A^^,  Aj,  ;  l'axe  des  y  la  perpendiculaire  élevée  en  A^  à  A^A^.; 

les  X  seront  comptés  positivement  de  A^  à  A^,  et  les  y  descendants 

seront  pris  avec  le  signe  +.  X  et  Y,  affectés  de  l'indice  conve- 
nable (*),  seront  les  coordonnées  d'un  point  d'appui  déterminé. 
2|  affecté  de  l'indice  du  point  d'appui  correspondant,  désignera  la 
tangente  de  l'angle  d'encastrement  en  ce  point  d'appui,  angle  qui 
se  mesurera  avec  la  partie  positive  de  l'axe  des  x. 
P^  représentera  une  charge  distincte  quelconque  définie  de  position 

par  les  abscisses  1.,  T.. 

ÛP^,  une  charge  répartie  suivant  une  loi  déterminée. 

R^,  la  réaction  d'un  appui  intermédiaire  quelconque  dont  les 
abscisses  sont  X^,  X'^^. 

Ces  trois  genres  d'efforts  P.,  ÙlPh,  R,»  sont  estimés  suivant  la 
direction  A^;  ce  sont  donc  les  composantes  perpendiculaires  à 
\kj^  des  efforts  verticaux  P'.,  AP'^,  R'^. 

(*)  Pour  un  appui  quelconque,  l'indice,  qui  dans  les  applications  aura  une 
valeur  numérique  variable  d'un  appui  à  l'autre,  sera  représenté  d'une  manière 
générale  dans  nos  démonstrations,  par  la  lettre  r. 

L'indice  q  sera  le  symbole  général  d'un  appui  avec  encastrement. 


—  â88  — 

^em  ^^^^  ^^  moment  équivalent  au  fait  do  Tencastrem^nt  en  un 

appui  A^^p  dont  les  abscisses  sont  X^^^,  X'^. 

L,  la  longueur  totale  de  la  poutre. 
I,  le*moment  d'inertie  variable  tout  le  long  de  la  poutre. 
<f,   le    produit  El    du   coefficient    d'élasticité   par   le   moment 
d'inertie. 

3.  —  Nous  avons  comme  inconnues  : 

(N  +  4)  réactions  des  appuis   R^^. 
P  moments  d'encastrements   \j,^^^. 
Total  :  (N  +  P  —  1)  inconnues. 
Les  conditions  d'équilibre  statique  entre  les  forces  P^.,  AP^,  R^ 
et  les  moments  ul_,  se  réduisent  à  deux  : 

1°  Une  équation  de  projections  :  * 


2<>  Une  équation  de  moments  : 

Les  (N  +  P  —  1)  autres  équations  qui  nous  sont  nécessaires  vont 
résulter  de  Tétude  des  déformations  de  la  poutre. 

41,  —  Nous  établirons  d'abord  les  trois  lemmes  suivants  : 
En  chaque  point  de  la  ligne  moyenne  fléchie  : 
i^  Le  moment  fléchissant  [h  est  la  sojnme  des  moments  fléchissants 
jjLp ,  jjL^p  provenant  des  charges  P.,  AP^,  et  des  moments  fléchissants 

V'iL   y  P-H    provenant  des   moments  d! encastrements  \k     et  des  réactions 

r'em         "n 

des  appuis  R^,  —  tous  c^s  moments  fléchissants  étant  supposés  déve- 
loppés par  les  efforts  R.,  AP^,  [jl^^,  R,^  dans  lu  poutre  A^^A^.  doM^on 

aurait  suppimé  les  appuis  intermédiaires  et  les  encastrements  (*). 

2^  Vinclinaison  a  de  la  ligne  moyenne  fléchie  est   la  somme  algé- 
brique des  inclinaisons  a^  ,  a^p  ,  prises    sous   V action   des   charges 

p.,  AP^  agissant  seules  sur  la  poutre  A^A^  dont  on  aurait  suj^rim 
(*)  Le  mc^inc  énoncé  s'applique  aussi  aux  efforts  tranchants. 


—  2S9  - 

ks  appuis  inlennédiaires  et    les  encastrements,    et  des  inclinaisons 
2^  ,  a       développées   dans  cette  mênie  poutre  ^ar  Vapplication   des 

réactions  R^  des  appuis  et  des  moments  d'encastrements  [x^^^^  agissant 

seuls. 

3^  La  proposition  qui  vient  d'être  énoncée  pour  les  inclinaisons^  s'ap- 
plique  également  aux  ordonnées  de  la  ligne  moyenne  fléchie. 

Ces  trois  énoncés  se  traduisent  par  les  trois  relations  suivantes  : 

(2)  oc  =  [2ap^  +  ^c^ApJ  +  [2«B«  +  2- J  ' 

(3)  y  =  [22/p.  +  Hj/^p J  +  [XyK  +  2^/ J  ' 

La  première  proposition  est  évidente  par  elle-même  ;  elle  résulte 
de  la  définition  même  des  momenttt  fléchissants. 

Quant  aux  deux  autres,  elles  sont  des  conséquences  immédiates 
du  principe  de  la  superposition  des  effets  des  forces.  On  peut 
d'ailleurs  les  démontrer  analytiquement  en  partant  de  Téquation  (1) 
qui  donne  pour  chaque  section  de  la  poutre  : 

5=[2:'j+2^]+[2:^-+2:'-^]- 

Multipliant  les  deux  membres  par  dx  et  intégrant  : 
/ ^rfx  =  [  ^J'^-^dx  +  2  J'^dxj  +  [  2  j  ^"rfx  +  2  /  ^  dxj 
d'où  : 

* = [2*p, + 2«ApJ + [2««„ + 2*^ J  • 

De  même  qu'en  partant  de  l'équation  (4),  nous  venons  d'établir 
l'équation  (2),  nous  arriverions  à  l'équation  (3)  en  multipliant  les  deux 
membres  de  (2)  par  dx  et  intégrant. 

5,  —  Dans  tout  ce  qui  suit,  les  points  d'appuis  sans  encastrements 
doivent  être  regardés  comme  des  points  donnés  de  la  fibre  moyenne 


—  260  — 

auxquels  on  applique  des  efforts  R^^  ayant  des  intensités  telles  que 
ces  points  occupent  après  la  flexion  des  positions  définies  par  les 
coordonnées  X^.,  Y*.  De  même,  les  points  d'appuis  avec  encas- 
trements doivent  être  considérés  comme  des  points  de  la  ligne 
moyenne    auxquels  on   applique   des   efforts  R^  (réactions)  et  \l^ 

(couples-réactions),  tels  que  :  l^'oes  points  occupent  après  la  flexion 
des  positions  définies  par  les  coordonnées  X  ,  Y'  ;  2°  les  tangentes 

à  la  ligne  moyenne,  en  ces  points,  fassent  des  angles  donnés  a' 
avec  Taxe  des  x. 

Appliquons  les  équations  (2)  aux  points  de  la  ligne  moyenne  qui 
correspondent  aux  encastrements,  et  les  équations  (3)  à  tous  les 
points  d'appuis  indistinctement  : 

a  devient  la  tangente  de  l'angle  d'encastrement  au  point  consi- 
déré, c'est-à-dire  a^;  Y  devient  l'ordonnée  de  l'appui  considéré, 

c'est-à-dire  Y**.  Nous  obtenons  dès  lors  : 
Pour  un  point  d'encastrement  : 

(*) 


[24+2.1p.]+[5:.î.+2<J 


Pour  un  point  d'appui  quelconque  : 


v'=[2rt,+2ySp.]+[E»;.+2:d 


OU  : 


Il  faut  écrire  l'équation  (4)  pour  chacun  des  points  d'encastre- 
ments, et  l'équation  (5)  pour  chaque  point  d  appui  indistinctement, 
qu'il  comporte  ou  non  un  encastrement.  Nous  avons  donc  P  équa- 
tions (4)  et  (N  —  1)  équations  (5). 

Les  seconds  membres  de  ces  relations  sont  faciles  à  calculer 

(*)  *p.  doit  se  traduire  par  :  Inclinaison  produite  par  la  charge  F,-  au  point  d'in- 
diceq. — Traduction  analogue  pour  les  symboles:  a^p  ,  aj^    ••••!/p.»yAp  ."M^tc. 


—  261  — 

numériquement:  a'  et  Y*"  sont  des  données;  ITI^p'^S^ap  1 
^^  y^p  +  2^^P     ^^^^  ^^^®^  ^  obtenir,  puisque   ce  sont  :  les 

« 

inclinaisons  que  prendraient,  —  sous  Taction  des  charges  Pj  et  AP/k 
agissant  seules^  —  les  tangentes  à  la  ligne  moyenne  aux  points 
situés  à  Taplomb  des  appuis  avec  encastrements,  —  et  les  ordonnées 
que  prendraient,  sous  ces  mêmes  charges,  les  points  de  la  ligne 
moyenne  situés  à  Taplomb  de  tous  les  appuis  intermédiaires,  ces 
appuis  étant  supprimés. 

On  rentre  donc,  pour  le  calcul  des  «p ,  a^p  ,  i/p  >  !/!^p  ,  dans  le 
cas  de  la  poutre  à  une  seule  travée  reposant  librement  sur  ses 
appuis  A^.  A^. 

Quant  aux  premiers  membres, 

[i;<+i;''L]«t[2î'K.-2yL]' 

ils  peuvent  être  facilement  évalués  en  fonction  des  moments  dencas- 
trements  [l^  et  des  réactions  R^,  qui  sont  les  inconnues,  puisque  ces 

premiers  membres  représentent  les  inclinaisons  et  les  ordonnées 
prises  par  les  points  de  la  ligne  moyenne  situés  à  Taplomb  des 
appuis  avec  encastrements  et  des  appuis  simples,  sous  Tinfluence 
de  ces  moments  d'encastrements  et  de  ces  réactions  agissant  seuls 

sur  la  poudre  A^Aj^  privée  de  ses  appuis  intermédiaires. 

6.  —  En  résumé,   ayant  calculé  les   termes  |  S^p  "^  S^Ap 

pour  les  points  d*encastrements,  les  termes  ^y^^  -+-  ^^ap  P^^^ 
tous  les  points  d* appuis  intermédiaires  indistinctement,  et  évalué, 
—  en  fonction  des  ja^  et  des  R^,  —  les  termes    2*^  +  5]*ï^      ' 

2^R  "^  2^11      '  P^^'^  ^^^  mêmes  points,  nous  aurons  : 

P  équations  (4), 
N  —  1  équations  (5), 

dans  lesquelles  les  P  moments  d'encastrements  [x^^,  et  les  N  —  i 
réactions  des  appuis  intermédiaires  sont  en  évidence. 


Il  y  a  donc  (N  +  P  -^  1)  équations,  et  (N  +  P  —  1)  inconnues. 
A  ces.  équations  s'ajoutent  les  deux  équations  d'équilibre  statique 
entre  les  charges  P.,  AP^,les  moments  îi.^„et  les  réactions  R^,  R^ 

R^ ^N  -r  ^N  ^®  *^^^  ^^^  appuis  : 

Ces  deux  dernières  relations  font  connaître  R^  et  R^  ^rès  que 
les  R^  et  les  [x^^  ont  été  détermines  par  les  équations  (4)  et  5). 

II  est  évident  que  Tapplication  de  la  méthode  est  pénible  dans  le 
cas  où  la  section  de  la  poutre  est  variable,  le  calcul  des  inclinaisons 
et  des  ordonnées  ne  pouvant  se  faire  autrement  que  par  quadra- 
tures, car  il  n'existe  pas,  en  général,  de  relation  algébrique  entre 
les  abscisses  des  sections  et  leurs  moments  d'inertie. 

Nous  allons  indiquer  comment  on  peut  rapidement  conduire  les 
calculs  dans  le  cas  où  la  section  de  la  poutre  est  constante. 

Remarque.  —  Dans  le  cas  où  il  n'y  a  aucun  appui  avec  encastre- 
ment, il  n'y  a  pas  lieu  d'écrire  les  P  équations  (4)  ;  les  (N  —  1)  équa- 
tions (5)  font  connaître  les  (N — 1  )  réactions  des  appuis  intermédiaires. 


2«.  CAS   USUEL. 

y.  —  La  section  de  la  poutre  est  constante,  les  appuis  sont  à 
des  niveaux  différents  ;  les  charges  se  composent  de  poids  distincts 
P^et  de  poids  p^  uniformément  répartis  par  mètre  courant  sur  diffé- 
rentes parties  de  la  poutre. 

A.  —  Calcul  (en  fonction  des  charges  données  P^.,  AP^.)   des   termes 
y]*p.  +  y]\  p^.  I    pour  chaque  appui  A     avec    encastrement  y    et 

2^**  "^  !S^^Pa      P^^^  ^^^^^  ^PP^^^  intermédiaire  A^. 
Voyons  qut.4les  sont  les  expressions  générales  des  termes  qui 
figurent  sous  les  signes  ^  : 


—  203    — 
1^  >p.,  t^p .  —  On  sait  qua  les  incliQaisons  et  l6S  ordonnées  de  la 
ligne  moyenne  d*une  poutre  (fig.  2)  fléchie  par  une  rtharge  P^  sont 
données  par  les  formules  suivantes  : 


KiJ^r^^.^ 


Kg.  2 


Tronçon  AoB,  : 


/.  r      L«  —  in 

Ces  formules  appliquées  aux  points  A   et  A^  donnent  : 

/  Si  la  charge  est  à  droite  du  point  A^  : 

[M /'2  -, 


Tronçon  Aj^.B,.  : 


Au  point  A    : 

'  Si  la  charge  est  à  gauche  du  point  A  : 


Au  point  A^  : 


Si  la  charge  est  à  droite  du  point  A^  : 
Si  la  charge  est  à  gauclie  du  point  A^  : 


(I) 


(111) 


Cl) 


«ry;=P.gfxv[-x'î+L'-i«] 


(IV). 


—  264  — 
2®.  al  p  »  y^p  .  —  ^P*  représente  ici  une  charge  uniformément 

répartie.  Nous  considérons  deux  cas  : 

(a).  La  charge  p^  =  AP^  s'étend  sur  todte  la  poutre  A^^Aj,. 

On  appliquera  dans  ce  cas  les  formules  connues  : 


Au  point  A    : 


«^*APt==p4[f-l^î  +  ïlJ 


(V) 


Au  point  A,  :  <fy^p^  =  P*  ^  X,  [y'  -  LXJ  +  ^*]        (VI). 

(b).  La  charge  occupe  une  travée,  ou  une  portion  de  travée, 
n  faut  calculer  les  inclinaisons   et  les   ordonnées  de   la  ligne 
moyenne  dans  les  deux  tronçons  A^C,  DAj^  (fig.  3).  On  sait  qu'une 


•  •  ■  • * • •»«« • •  #te 


^•^^•« 


charge  P  produit,  dans  le  tronçon  de  la  poutre  situé  à  gauche  de 
son  point  d'application,  une  inclinaison  et  une  ordonnée  dont  les 
valeurs  générales  soqt  : 


''^=^é:{-''+^^)=K[-^^+ 


L'f  —  f  * 
à 


j 


«f ÏP  =  P  ^  œ  (- x«  +  L*  -  r«)  =  |- [- a^f  +  (L'f  -  r»)  X] 

Dans  cette  formule,  faisons  P  =  Pj^^^f  >  x,  et  y^  deviennent  dz^f,^ 
et  dy/^f^  : 


^'^AP*=s;[-«=*fdr  + 


■] 


Pk 


^•dy^p^  =  gn  f-  ^''<"'  +  (^^'f**  -  ^'<^)  *]• 


—  2Q5  — 

Ett  intégrant  ces  deux  équations  depuis  I  =  (J^  —  aA  jusqu'à 
'^  —  (f^  +  a^),  on  obtient  les  inclinaisons  et  les  ordonnées,  dans  le 
tronçon  A^C,  produites  par  la  charge  p^  agissant  sur  la  longueur 
\  ;  on  trouve  : 

Tronçon  A^C  ;  <  - 

On  obtient  de  même  pour  le  tronçon  DAj^  : 


Tronçon  DA^ 


«^yAP»=p*^^'[-^''+L'-P*-«î] 


Les  formules  qu'il  convient  d'appliquer  sont  dès  lors  * 
,  Sî  la  charge  est  à  droite  de  A^  : 

Au  point  A   :  [ 

'  Si  la  charge  est  à  gauche  de  A  : 

aj 


«^«lp»=p»Tr[+^?-|(^'-^*-«î)]  ^^^^ 


Sija  charge  est  à  droite  de  Â  : 


«*'* 


*^»AP»=P*i:^'-[-^r  +  L'-a-«n       (VIII) 

Au  point  A^  : 

'  Si  la  chaire  esl  à  gauche  de  A^  : 


«A 


Nous  savons  à  présent  calculer  les  termes  «J ,  «^^  ,  j/J ,  y^    .  Il 
reste  à  former  les  sommes  : 

Les  calculs  peuvent  être  disposf^s  comme  le  montre  l'exemple 
développé  dans  l'Annexe  I. 


—  266  — 
8»  —  B.  —  Calcul  (en  fonction  des  inconnues  R^^  et  |i.^)  des  termes 

V«J  +  Va'       pour    chaque   appui   A     avec    encastrement ,    et 
Sî'iL.  "^  ^y^      P^^  chaque  appui  intermédiaire  A^. 

Évaluons  les  éléments  qui  figurent  sous  les  signes  V  : 

4<*.  aj  ,  j/I^.  —  La  flexion  est  ici  produite  par  la  réaction  R^  appli- 
quée en  A^  (fig.  4). 

K_ 


L'inclinaisoD  en  un  point  A    dont  les  abscisses  sont  X   et  X'^  est 
donnée  par  les  formules  connues  : 


Si  A„  est  à  droite  de  Â.  : 


En  A,  : 


*^»«„  -  "»  2L  L~    »  "^  "~1 — ^J 


(XI) 


Si  A  est  à  gaucbe  de  A  : 


Y    r  it Yi"i 

"»         "2LL         '  3      J 


(XIU). 


L'ordonnée  en  un  point  A^  est  donnée  par  : 


Si  A„  est  à  droite  de  A^  : 


X 


<^»;„=Rn6î:Xr[-xî+L'-x'y 


(XII) 


En  A.  : 


Si  A„  est  à  gauclie  de  A,.  : 


X 


^yl  =  ï^«6t  ^V  [-  X'*  +  L«  ^  XJ]         (XIV). 


i 


-    Î67  — 

Nous  ne  mettons  pas  en  évidence  le  signe  de  R^^  parce  qu'on  ne  le 

connaît  pas  toujours  a  'priori;  il  sera  donné  par  la  résolution  même 
des  équations. 

2*.  a'     ^  y^    .  —  L'efTort  déterminant  la  déformation  est  un  oou- 
pie  |jL^  agissant  sur  une  section  dont  les  abscisses  sont  X^,  X'^ 

(h-  S). 


Fia.  5 


Calculons  les  inclinaisons  a     ,  et  les  ordonnées  ?/,.     en  tous  les 

points  de  la  ligne  moyenne  fléchie  ;  soit  x  Tabscisso  générale  d*un 
point  quelconque.  Les  réactions  Qq  et  Qj^  ont  les  directions  et  les 

sens  indiqués  sur  la  figure.  En  prenant  successivement  les  moments 
autour  de  Â^  et  autour  de  A^^,  on  a  : 


j.'-  -  Q,.L  =  0  et  jx^-QoL  =  0  :  d'où  ÇU=%  = 
Les  moments  fléchissants  ont  pour  expressions  : 


a 

»  f  m 


U. 


Tronçon  A^A^  :    jx  z=:  +  ii2?  a? 


Tronçon  A^A^.  :    |x  =  + î^a:^  fx^,. 


On  en  déduit  par  intégrations  : 


^mX» 


Tronçon  A^,:    <ra.     =H-^^  +  C, 


L    2 


Tronçon  A^A„i     £^^     =  +  l^±.— ^^    xA-C 


—  268  — 
Tronçon  A,A„  :     iy^^  =  +  îip  ^  -4-  C,x  +  C. 

Tronçon  A„A^:    €y^^^  =  +  '^^^-i.,^^  +  Cx +  C. 

Les  constantes  C,  C|,  C,  C,  se  déti^rminent  en  exprimant  qu'il  y  a 
raccordement  tangentiel  entre  les  dejx  tronçons  delaâbre  moyenne 
déformée  au  point  A^,  et  qu'aux  points  Ao  et  A^.  les  valeurs  de 

t/„     sont  nulles  ;  on  trouve  ainsi  : 

Portant  ces  valeurs  dans  les  expressions  de  a  et  de  y  ,  il 
vient  : 

Tronçon  A^,  :     «fa^^^  =  ^.J-  [^^  -  LX„.  +  j] 

Tronçon  A„A,  :  ,fa^^  =  .u^[[^+l-_Lx+^'] 
Tronçon  A,A„  :  «fy^^  =  ^,„  ^  [œ»  +  3X;,  -  6LX^  +  2L'] 

Tronçon  A„ A,  :  £y^^  =  h^^[|.  [x«  -  3Lx  +  3X|;.  +  2L«J  -  ^]. 

Appliquons  ces  formules  aux  points  A  et  A^;  nous  obtenons 
finalement  : 


Si  A^  est  à  droite  de  A«  : 


Au  point  A 


^*L  =  ^e.  i  [^^  -  LX„  +  ^]  (XV) 

Si  A^  est  à  gauche  de  A   : 


P 


(XVII) 


Si  A^  est  à  droite  de  A^  : 


Au  point  A^  :  ( 

Si  A^  est  à  gauche  de  A^  : 

^y'^^  =  ^e.  \w.  i^r  -  3LX,  +  âXil.  +  2L«)  -  ^j 

(XVIII). 


—  269  — 
Nous  savons  maintenant  calculer    les  éléments    des   sommes 

[2*1  +  2"LJ   ^^   [2î^Rn  +  S^^l^emJ'  ^ommcs  qui  représen- 
tent les  premiers  membres  des  équations  (4)  et  (5). 
Les  calculs  numériques  peuvent  se  disposer  de  la  même  manière 

que  pour  les  sommes  [^a^p.  +  H^pJ  ^*  [H^p,  "^  2*1?*]' 

Il  n'y  a  pas  lieu  de  nous  arrêter  à  la  résolution  des  équations  (4) 
et  (5),  qui  forment  un  système  de  N  +  P  —  1  équations  du  premier 
degré  à  N  +  P  —  1  inconnues. 


Influence  de  la  compressibilité  des  appuis. 

9.  —  Nous  nous  plaçons  dans  le  cas  général  défini  au  n°  1  en 
faisant  toutefois  une  restriction  :  la  différence  de  niveau  entre  les 
appuis  extrêmes  est  nulle,  ou  assez  faible  pour  que  l'on  puisse 
regarder  les  réactions  au  contact  de  la  poutre  et  des  appuis  comme 
sensiblement  verticales. 

Considérons,  par  exemple,  une  poutre  métallique  reposant  sur 
des  piles  de  maçonnerie  ou  de  métal  : 

Sous  Tinfluence  des  actions  verticales  exercées  par  la  poutre,  le 
sol  de  la  fondation,  la  fondation,  et  les  piles  elles-mêmes  se  compri- 
ment, de  sorte  que  les  différences  de  niveau  existant  entre  les  appuis 
se  modifient. 
Soient  (fig.  6)  Hq,  H„  Hj H,^._,,  H^,  les  hauteurs  des  piles 


correspondant  aux  appuis  A^,  A^,   A^ K-i^\>  ®*  ^^oj 

AH,,  AH, ^Hj^-i»  ^Hj^>  l^s  variations  que  subissent  ces  hau- 
teurs sous  l'action  des  efforts  transmis  par  la  poutre  ;  soient  AS^, 

i8 


' 


—  !270  — 

AS|,  AS2 ^^N—i'  ^^N'  ^^  quantités  dont  s'abaisse  le  sol  de  la 

fondation  pour  ces  mêmes  appuis. 

Nous  rapporterons  maintenant  les  ordonnées  de  la  fibre  mojeune. 
fléchie,  non  plus  à  la  droite  A^A^  comme  axe  des  or,  mais  bien  à  la 

nouvelle  position  A'qA'jj  de  cette  droite. 

Aq,  A4 A^. . .  .Aj^^^,  A^,  sont  les  positions  des  appuis  avant 

flexion . 
A'q,  A'i A,.. . .  •  A'j^_^,  A'j,,  sont  les  positions  des  appuis  après 

flexion. 

Donc  : 

A,A'  =  AH,  +  AS,. 

Or  AH^  et  AS^,  quantités  dont  se  compriment  la  pile  et  le  sol  au 

point  A^,  peuvent  être  regardées  comme  proportionnelles  à  la  réaction 

R  en  ce  point  d'appui  ;  on  peut  donc  poser  : 

A,A',.  =:=  A>R^ 

où  k^  est  un  coefficient  qui  dépend  de  la  hauteur  H^  de  la  pile,  de  sa 

section  et  de  la  nature  de  la  pile  et  du  sol. 
D'autre  part  la  figure  donne  les. deux  relations  suivantes  : 

Y'^  =  Y  +  AA;  -  a^a\,  =  Y  +  k^K^  -  a^a\. 


D'où  : 


L 

C'est  cette  valeur  de  Y*"  qu'il  convient  de  faire  entrer  dans  l'équa- 
tion (5)  qui  prend  la  forme  : 

En  groupant  dans  le  premier  membre  les  termes  contenant  les 
inconnues,  il  vient  : 

(S  bis).  [24  +  Ilî/'J  +  K  (1  -  ^')  R.  +  fa,  ^•-  R,  -  ÀvRr 

=  V^  -  {J^y;,  +  ^y  1p^) 


Od  voit  que  1&  formule  (3)  n'a,  en  défioitive,  changé  que  par  l'ad- 
ditioD,  dans  son  premier  membre,  de  trois  termes  contenant  la 
réaction  R^.  au  point  d'appui  A^  pour  lequel  on  écrit  l't^quation,  et  les 
réactions  E,  et  R^.  aux  appuis  extrêmes  A,  et  A^. 

Il  faut  remarquer  que  les  équations  (4)  et  (5)  ne  contenaient  pas 
les  inconnues  R,  et  R„,  ce  qui  permettait  de  les  résoudre  indépen- 
damment des  équations  (6)  et  (7),  tandis  que  le  nouveau  système 
(4),  (5  bis)  renferme  R,,  et  R,,,  ce  qui  exige  qu'on  lui  adjoigne,  — 
pour  sa  résolution  même,  —  les  équations  (6)  et  (7). 

Dans  le  cas  du  a"  5  on  n'avait  à  résoudre  qu'un  système  de 
(N-fP  —  i)  équations  du  premier  degré;  lans  le  cas  actuel,  le 
système  comprend  (N  +  P  +  1)  équations. 


Influence  de  la  flexton  des  pUes  dans  le  cas  où   celleB~ci  sont 
assemblées  avec  la  poutre  d'une  manière  indëtormable. 


iO>  —  Plaçons-nous    encore    dans    les  conditions 
numéro  précédent,  et  r^renous  les  équations  (4),  qui  tiennent  compte 
des  encastrements  : 

x'  est  la  tangente  de  l'an- 
gle (*)  d'encastrement  à  l'ap- 
pui considéré  A  .  Après  que 
la  fluxion  de  la  poutre  s'est 
produite,  la  pile  ayant  été 
cRtrainée  dans  la  flexion, 
l'inclinaison  o^  s'est  modifiée 
tt  est  devenue  a''  -|-  A«' 
fij.  1).  A  cet  instant,  le  fait 
de  l'assemblage  indéformable 
de  la  poutre  avec  la  pile 
équivaut:  pour  la  poutre,  à 
l'application  en  A    d'un  cou- 

(*)  Angle  qui  semesui-e,  comme  il  a  déjà  été  dit,  avec  la  partie  positive  de 
la  droite  AgA^. 


pie  +  \L    ;  et  pour  la  pile,  à  rapplicationd'un  couple  égal  et  contraire 


-^% 


La  formule  (4)  devient  alors  : 

àofi  s*évalue  aisément  en  fonction  de  a    :  rapportons  en  effet  la 

flexion  de  la  pile  aux  axes  ox  .  oxj    {ox    est  la  tangente,  en  0  ,  à 

la  ligne  moyenne  fléchie  de  la  pile)  ;  nous  supposerons  que  Taxe  de 

la  pile  était  vertical  avant  la  déformation;  dans  ces  conditions,  Aa' 
est  l'angle  de  la  tangente  en  A   à  la  lign«^  moyenne  fléchie  de  la  pile 

avec  Taxe  ox  . 

Tout  le  long  de  la  pile,  le  moment  fléchissant  est  constant  et  égal 
à  —  ix-o.  On  a  dès  lors  : 


où  (f   est  le  module  d'élasticité  constant  ou  variable  de  la  pile  de 

rang  q.  « 

Posons  : 


T  ne  dépend  que  des  dimensions  de  la  pile  de  rang  9. —  ^0?  s'écrit 


maintenant  sous  la  forme  : 


^*'  =  '<iW 


(*)  Dans  le  cas  particulier  où  la  section  de  la  pile  est  constante 


.) 


—  273  — 
Sobstituant  dans  Téquatioii  {a)  : 

OU,  en  groupant  dans  le  premier  membre  les  termes  contenant  les 

inconnues  : 

(*  H.  2*1  +  2«L  -  V., = *'  -  [l^h + 2*k] 

Cette  équation  ne  diffère  de  l'équation  (4)  que  par  l'addition,  dans 
son  premier  membre,  du  terme  correctif  —  '«(J^eo»  ^^^  *^^^*  compte 
de  la  flexion  de  la  pile.  —  Elle  remplace  (4)  de  même  qu'au  n**  9, 
0  bis  remplaçait  5. 

Nota.  —  En  ce  qui  concerne  la  pile  elle-même,  elle  est  soumise  aux 
deux  efforts  R  et  u.. 


Influence  de  la  dilatation  dans  le  cas  où  la  poutre  est  ancrée 

sur  les  piles. 

11.  —  Supposons  qu'à  la  température  du  montage^  les  axes 
des  piles  soient  verticaux.  Puis  admettons  que  la  température 
varie,  s'élève  par  exemple  de  T:  la  poutre  se  dilate;  cette  dilata- 
tion étant  gênée  par  les  piles,  il  se  développe  dans  la  poutre 
des  compressions  longitudinales  C,  que  nous  nous  proposons  d'é- 
valuer. 

Soient  Cy_^,  Cy,  Cy  ,  ^  les  compressions  développées  dans   les 

travées  8^.^,  8^,  8^^^  fAfl^.-S;. 


^▼•x 


«c- 


'*X 


\t*\  ....  ."ifc"^** 


^ 


Les  points  Ay_^,  A^,  A^^^  ne  sont  plus,  après  déformation  de 
la  poutre  et  des  piles,  à  la  même  distance  les  uns  des  autres  que 


—  274  — 
primitivement,  car    les  pilea    ont  fléchi;   les   longueurs  initiales 
îy-i'  ^v»  ^\+\  ^^*  ^^^^  changé;  les  nouvelles  longueurs   peuvent 
s'évaluer  de  deux  manières  différentes  : 

1**  La  longueur  $^.  ,  par  exemple,   serait  devenue,  si  les  piles 

n'avaient  pas  gêné  la  dilatation  : 

hy{\  +  ff^t)  fm  r-  coefficient  de  dilatation) 

mais  la  résistance  opposée  par  les  piles  en  Ay_^  et  en  A^,  a  pro- 
duit dans  la  travée  A^^^A^  une  compression  C^  qui  a  réduit  la 
longueur  5^(1  +  mt)  à  : 

où  Û„  est  la  section  supposée  variable  de  la  poutre  entre  k^      et 


Ay. 


Posons  : 


êû;-pv 


La  valeur  de  la  distance  finale  entre  les  points  A^^^  et  A^.  devient  : 

a)  5y(l+wO-pYCv(*). 

2*^  Cette  distance  finale  peut  encore  se  calculer  comme  suit  : 
La  pile  O'^Ay  a  été  fléchie;  soit/^y  la  flèche  prise  par  le  point  A^; 
nous  compterons  cette  flèche  positivement  si  elle  s'est  produite  à 
droite  de  Taxe  de  la  pile,  et  négativement  à  gauche  ;  il  en  sera  de 
même  pour  toutes  les  autres  piles.  La  distance  finale  cherchée  a 
pour  valeur  : 

i^)  Py  ne  dépend  que  des  dimensions  de  la  poutre  entre  Ay_^  et  Ay,  et  se  ré- 
duit, dans  le  cas  où  la  section  ûy  est  constante,  à  : 

Ôy(l  +  mt) 

^v  =  — eu; — 


—  278  — 

La  flèche  /^  est  produite,  dans  la  pile  O'^A^,  en  Ay,  par  un  effort 
(C^.— Cy ,  ^);  elle  a  dès  lors  pour  expression  : 

:'  =  H. 


r2  T' 

:     I         dXy     i     ■ 


f-  ,     i,.    ,  (C-c..O("v-»V)^. 


rfx;.   I  — ^ — dx\. 


où  Xy  est  l'abscisse  générale  d'un  point  de  la  pile,  et  i'y  le  module 
d'élasticité  correspondant  ;  f^  peut  s'écrire  sous  la  forme  : 

eo  posant  : 


I    H,, — X.. 

=  Ôv(*.) 


1  1  Hy— Xy 


Par  analogie,  on  a  : 

f\^i  =  ôv-i(^v-«  ■~^) 
d'où: 

^V+/V—  /y-1=^V    +   ^-(Cv—  Cy_^^)—  ey_^(Cy_,—  Cy) 

=  5V    +    («V    +    ^-l)Cv    -  ^Cy +^    -  Oy  _^Cy^  ,  (6) 

Egalant  les  deax  résultats  (a)  et  (6),  il  vient  : 

3,(1  +  mO  —  PvCy  -  Sy  +  (8v  +  8v-i)Gv  -OvCy^,  —  6v_<Cv_, 
ou  : 

-«v_A_,  +(9v  +  ev_,  +Pv)Gv-9vCv+,  =Sv»»^      W  (**) 

(*)  Oy  ne  dépend  que  des  dimensions  de  la  pile,  et  se  réduit,  quand  la  section 
de  la  pile  est  constante,  à  : 

H' 

0.,  =       I.  • 

^    3<ry 

(^*)  Dans  le  cas  où  la  poutre  et  les  piles  sont  de  sections  constantes,  (8)  prend 
ia  forme  : 


~3Zv7,  *  -» "*■  1.3?;  +  r^J "^     Eu^.    J ^v - 3,^;. "-v+i  - 


o^mt. 


—  276  — 

On  écrira  l'équation  (8),  de  proche  en  proche,  en  allant  d'une 
extrémité  à  l'autre  de  la  poutre,  c'est-à-dire  en  faisant  varier  V 
de  1  à  N,  ce  qui  donnera  N  équations  entre  les  N  compressions  C. 

Nota.  —  Ces  compressions  n'ont,  en  général,  pas  beaucoup  d'in- 
fluence sur  les  conditions  de  résistance  de  la  poutre;  mais  il  n'en 
est  pas  de  même  en  ce  qui  concerne  les  piles  qui  ont  à  résister  à 
un  moment  de  flexion  dont  la  valeur  générale  est,  pour  la  pile  de 
rang  v  : 

valeur  qui  atteint  son  maximum  à  la  base  de  la  pile  (pour  x\  =  0\  : 


Cas  particulier  de  la  poutre  à  une  seule  travée,  de  section 
constante,  encastrée  à  ses  deux  extrémités. 


12.  —  Soient  a^  et  a'  les  tangentes  des  angles  d'encastrement 
de  la  poutre  en  A^  et  Aj  (fig,  9). 


Fia.  9 


JL 


Nous  laisserons  indéterminée  la  nature  de  la  surcharge.  Appli- 
quons la  formule  (4)  de  la  théorie  générale  aux.  points  d* appuis 
avec  encastrements,  c'est-à-dire  aux  points  A^  et  A^  : 


(«) 


^»ti^  et  2*"n  ^*^°*  "Civils,  puisqu'il  n'y  a  pas  ici  d'appuis  intermé- 
diaires. 


—  477  — 
D'autre  part  : 

Les  valeurs  des  termes  en  a  de  ces  deux  dernières  équations  se 
calculent  par  les  formules  (XV)  et  (XVII)  du  n°  8  ;  on  a  dès  lors  : 

en  faisaot  X,  =  0  et  X|=L,  on  troure,  toutes  réductions  faites  : 


D'où 


2*°^™.=z^[l'*'»~gî*'J' 


et  : 


En  substituant  dans  les  équations  (a)  : 

^e.- g  <*- =  E  [•' -  (2"U  2*ÂP»)]=  M. 

d'où  l'on  tire  : 

v.,,  =  m+ 4N, 

Dans  chaque  cas  particulier,  on  remplacera  M  et  N  par  leurs  va- 
leurs qui  dépendent  de  la  nature  de  la  charge. 


—  278  — 


CHAPITRE  II. 

Complément  de  méthode  analytique  ayant  pour  ob- 
jet la  détermination  directe  des  moments  fléchis* 
sants  dus  aux  réactions  sur  piles, 

SoMMÀîRE.  —  Remarques  préliminaires.  —  Poutre  reposant  librement  sur  ses 
appuis  :  —  l^'  La  section  de  la  poutre  est  variable.  —  ^  Elle  est  constante. 

—  Poutre  encastrée  sur  ses  appuis:  —  i^  La  section  de  la  poutre  est  variable. 

—  ^  Elle  est  constante.  —  Cas  particulier  de  la  poutre  à  une  seule  travée, 

—  de  section  constante,  —  encastrée  à  ses  deux  extrémités.  —  Influence  de 
la  flexion  des  piles  dans  le  cas  où  celles-ci  sont  assemblées  avec  la  poutre 
d'une  manière  indéformable  :  —  l**  La  section  de  la  poutre  est  constante.  — 
S**  Elle  est  variable. 


Remarques  préliminaires. 

13*  —  Les  données  du  problème  sont  toujours  celles  indiquées 
au  n"^  1.  Cependant,  pour  la  facilité  de  la  démonstration,  nous  scin- 
dons notre  étude  en  deux  :  —  4°  la  poutre  repose  librement  sur  ses 
appuis.  —  2®  Elle  est  encastrée  sur  ses  appuis. 

Nous  verrons  par  la  suite  qu'il  est  plus  simple  de  faire  entrer 
dans  les  équations  les  Moments  développés  en  chaque  point  (T  appui  par 
les  réactions  que  d'y  introduire  les  Béactions  mêmes  des  appuis.  On 
devra  donc,  pour  la  rapidité  des  calculs,  rejeter  la  première  méthode 
indiquée  aux  n°*  5  et  6,  toutes  les  fois  que  Ton  n'aura  pas  de  rai- 
son spéciale  pour  déterminer  immédiatement  les  réactions  des  ap- 
puis. On  devra  y  revenir  dans  le  cas  contraire,  par  exemple  lorsque 
Ton  voudra  tenir  compte  de  la  compressibilité  des  appuis. 

Nous  montrerons  en  effet  que  les  équations  entre  les  moments  flé- 
chissants sur  appuis,  dus  aux  réactions,  ne  contiennent  chacune  que 
trois  moments  consécutifs,  tandis  que  les  équations  entre  les  réac- 
tions contiennent  chacune  toutes  les  réactions  sur  les  appuis  iuter- 
médiaiies;  ces  dernières  sont  donc  plus  longues  à  former  et  à 
résoudre. 

14l«  —  Nous  désignerons  les  moments  dus  aux  réactions  et  aux 
moments  d'encastrements  agissant  seuls  sur  la  poutre  A^A^^,  pri- 


—  279  — 

vée  de  ses  appuis  intermédiaires  et  de  ses  encastrement^*,  par 
Tex pression  :  Moments  de  réactions. 

De  méme^  nous  appelerons  Moment  de  charges  en  un  point  le  mo- 
ment qui  serait  développé  en  ce  point,  par  Tapplication  des  charges 
données»  sur  la  poutre  A^Â^  privée  de  ses  appuis  intermédiaires  et 

de  ses  encastrements. 
Le  premier  lemme  du  n®  4  se  traduit  dès  lors  comme  suit  : 
En  chaque  point  de  la  ligne  moyenne  fléchie  de  la  poutre  continue^  le 

moment  fléchissant  effectif  est  égal  à  la  somme  algébrique  du  moment 

de  charges  i^p^p,  ^t  du  moment  de  réactions  [t,^   . 

On  sait  déterminer  en  chaque  point  la  valeur  du  moment  de 
charges;  il  suffit  donc,  pour  connaître  le  moment  fléchissant  défi- 
nitif, de  calculer  en  chaque  point  le  moment  de  réactions  ;  c'est  le 
but  que  nous  allons  poursuivre. 

Nous  adopterons  également  les  expressions:  Inclinaison  décharges, 
Inclinaison  de  réactions;  Ordonnée  de  charges ,  Ordonnée  de  réactions; 
ce  qui  transforme  les  énoncés  2  et  3  du  n**  4  en  deux  énoncés  sem- 
blables à  celui  qui  vient  d'être  donné  pour  les  moments. 

15.  —  Reprenons  les  équations  (4)  et  (5)  : 

(4)       2«l+ 1^L=  *'  -  {K.+ H^P.) 

Les  premiers  membres  représentent  les  inclinaisons  de  réactions, 
et  les  ordonnées  de  réactions.  Au  lieu  de  les  calculer  en  fonction 
des  R^  et  des  ji^^,  —  *comme  nous   l'avons  fait  jusqu'à  présent,  — 

on  peut  les  calculer  en  fonction  des  moments  de  réactions  sur 
appuis.  Ce  calcul  mettra  en  évidence,  dans  les  premiers  membres 
de  (4)  et  (5),  ces  derniers  moments  de  réactions  qui  sont  les  in- 
connues. 

Quant  aux  seconds  membres,  on  sait  les  calculer  par  quadratures 
en  fonction  des  charges.  Toute  la  question  est  donc  d'évaluer  les 
premiers  membres  de  (4)  et  (5)  en  fonction  des  j^^^    aux  appuis. 

Nous  allons  voir  successivement  comment  on  peut  le  faire  dans 
les  deux  cas  indiqués  au  n**  43. 


—  280  — 


Poutre  reposant  librement  sur  ses  appuis* 

/^  La  section  de  la  poutre  est  variable. 

lO*  —  Puisqu'il  n'y  a  pas  d'encastrements,  les  équations  (4)  et 
(5)  se  réduisent  à  : 


(4) 


(8) 


La  ligne  représentative  des  moments  de  réactions  est  un  polygone 
dont  1  es  sommets  se  trouvent  sur  les  perpendiculaires  à  A^  Aj,  menées 

aux  points  d'appuis  (fig.  40),  puisque  les  réactions  sont  des  eflforts 
distincts. 


Ka.  10 


A-o 


SoieutjjLj,  i4,  \i\ jjlJ-',  jij,  ..  ..  ptJ-S  ixg  les  moments  de 

réactions  sur  les  appuis  A^,  A^,  A^,  A^-p  A^»  -^-4»  -^n- 

Appliquons  les  formules  (4)  et  (6)  au  point  A^  :  les  premiers  mem- 
bres représentent  l'inclinaison  de  réactions  «^ ,  et  l'ordonnée  de  ré- 
actions Y^  au  point  A^  ;  d'où  : 


(6) 
(7) 


Evaluons  maintenant  l'inclinaison  de  réactions  «^  et  lordonnée  de 


—  281  — 
réactions  Y^  pour  un  point  quelconque  de  la  ligne  moyenne  défini  par 
son  abscisse  x  : 


«R=4  + 


=  x 


Yk= 


œ=o 


^w 


f^^dx  • 


a:  =  0 


En  choisissant  ce  point  dans  la  travée  de  rang  r,  on  peut  écrire  : 


(a) 


«R=4  + 


=x 


r-i 


=a; 


!  =  « 


El 

X  =  ù 


'r-1 


Et  de  même  : 


Y.= 


=.X 


=  X 


Dans  l'intervalle  compris  entre  X,.__^  et  a?,  a^  variant  suivant  la 
formule  (a),  on  a  ; 


r— 1 


=«k"'(^-x,_,)-} 


Substituant  dans  Y. ,  il  vient  : 


=  j?        /%x—m 


dx 


a?=X^_4tya?=X^_ 


(6) 


YR=n~'+«r\«'-X,_,)+    /      «te    /   ida; 


=  .i; 


f*R 


D  autre  part,  d'après  la  figure  40,  on  peut  écrire  : 


\ 


H 


H 


»•— «  _L  ^        ^        /_ 

H 5 (.x; 


r 


-x._,) 


—  28i  - 


(a)  devient  dès  lors  : 


(c)         ^K=H   '  +  H-R        I    El 
(b)  donne  de  même  : 


«=-V-i 


'kr  =  X        />r  —  X 


+ 


— §;: —  /       /  — Ëï~ 


Posons  (a?  —  X^_,)  =^r»  ^r  ^^^^  l'abscisse  d'un  point  quelconque 
de  la  travée  A^^^ A^  par  rapport  à  Textrémité  A^_^  de  cette  travée; 

par  suite  de  ce  changement  d^  variable,  les  équations  (c)  et  (à)  pren- 
nent la  forme  : 


(e) 


*R""*R 


f— 1 r-i 


!*R 


Î*R 


r-\ 


0. 


(/) 


*R         *R 


''-i.-.     I    „r  — 1 


=  «r'   ^r+H-R 


r  r-^1 

I^R  —  Î^R 


t./^r^^ 


Si  Ton  applique  ces  équations  au  point  A,. ,  c'est-à-dire  si  Ton  y  fait 
a:^ = 8^ ,  oi^  et  Y^  deviennent  :  a^^ ,  Y^  ;  d'où  : 


(ff) 


«R^^R 


—  283  — 


(A)         y;  _¥;-=«;;- 8,+!. 


r  — < 


Les  intégrales,  qui  figurent  dans  les  seconds  membres  de  ces  deux 
dernières  éuuatioûs,  ne  dépendent  que  des  moments  d'inertie  et  de 
la  longueur  de  la  travée  de  rang  r  ;  elles  sont  donc  indépendantes 

des  valeurs  de  ijlJ;""^,  jjl^,  a^""%  aj[,  Yr""^  ^rî  posons  : 


El  -  '^■'■ 


{g)  et  (h)  s'écrivent  dès  lors  : 

(8)  «^—  a^~'=  ?rt*^~'+    MI^R  — t*R~0 

On  peut  poser  les  équations  (8)  et  (9)  pour  chaque  travée. 
Éliminons  les  inclinaisons  aJ-"S  o^;  à  cet  efifet,  écrivons  l'équation 

(9)  pour  la  travée  de  rang  (r  +  1)  : 

(9  bis)  y;+  «  -  y; = 8,^,0; + K+,u^A + K+,^rA^K^'  -  ^^0- 

Si  de  (9)  et  (9  bis)  on  tire  a^*^  et  «^  et  si  on  substitue  dans  (8),  on 
trouve,  tous  calculs  faits  : 

y'*+'     y»"      y*" v**^' 

*R  *R  *R  'R 


—  284  — 

Cette  équation  ne  contient  plus  comme  inconnues  que  iji.^""^  \t-[^ 

\>^\  c'est-à-dire  trois  moments  de  réactions  sur  piles  conséaUifs.  Les 

Y^  qui  figurent  dans  le  second  membre,  se  calculeront,  en  fonctions 

des  charges,  par  la  formule  (7)  que  Ton  appliquera  à  chaque  point 
d'appui. 

On  écrira  cette  équation  des  trois  momsnts  de  réactions^  sur  piks, 
de  proche  en  proche,  depuis  une  extrémité  de  la  poutre  jusqu'à 
l'autre,  et  Ton  en  tirera  les  mxymenis  de  réactions  sur  piles^   en 

remarquant  que  |jl^  =  jjt^  =  0. 


2^  La  section  de  la  poutre  est  constante, 

IT. —  Si  Ton  calcule,  dans  cette  hypothèse,  les  valeurs  de 
?r'  ^1»  Xr»  ^r'  —  ^®  ^^^  s'effectuo  cu  faisant  sortir  I  du  signe  de  l'in- 
tégration,—  on  obtient: 

8  0 

©  —  j:  y  — _jl 

"^~  El  ''^""2E[ 

a  a 

^•^     2EI  ''     6EI 

Ces  valeurs  portées  dans,  l'équation  (10),  avec  les  valeurs  de  même 
forme  de  (p^_^,*^_^,  Xr-r  ^r^i^  donnent  : 

(10  bis) 

18. —  Une  fois  les  moments  de  réactions  sur  piles  connus,  on 
en  tirera  les  moments  définitifs  sur  piles,  en  les  cumulant  avec  les 
moments  de  charges  sur  piles,  (Voir  n^  4i.)  —  On  en  tirera  éga- 
lement, si  on  le  désire,  les  valeurs  des  réactions  sur  piles. 


-288  — 


Poatre  encastrée  avec  ses  appuis. 


/®  La  sectûm  de  la  poudre  est  variable. 
i9m — '  Les  éqaations  (4)  et  (5),  appliquées  à  Tappui  A^,  donnent: 

Les  premiers  membres  représentent  les  inclinaisons  de  réactions 
sur  piles,  et  les  ordonnées  de  réactions  sur  piles.  (En  comprenant, 
dans  le  terme  RiactionSy  aussi  bien  les  moments  d'encastrements  u.^ 

que  les  réactions  R.)  Nous  représenterons  ces  premiers  membres  par 


*p    1  Y«     ;  d'où  : 

(il) 


(12) 


tt.«>        IZ^  CL 


'-(2\+I'i'.) 


Sur  chaque  appui,  le  moment  de  réactions  a  deux  valeurs  :  Tuue 
correspondant  à  une  section  prise  à  gauche  de  Tappui,  Tautre  à  une 
section  prise  à  droite.  En  effe^  on  sait  que  le  diagramme  des 
moments  développés  par  les  réactions  R  est  un  polygone  convexe, 
dont  les  sommets  sont  situés  sur  les  perpendiculaires  à  A^Â^  menées 

par  les  points  d'appui.  (Diagramme  l,)  —  Quant  au  diagramme  des 


Fia  11 


lhMjaTtsBnt&  Jl 


moments  développés  par  un  couple-réaction  [jl^,  il  se  compose   de 
deux  droites  parallèles  issues  de  A^^  et  de  A^^,  et  se  terminant  sur 


10 


—  286  — 
la  perpendiculaire  à     A^  menée  au  point  d'appui  encastré  considéré  ; 
(Voir  n®  8.)  ce  diagramme  présente  donc  un  décrochement  en  A^. 

(Diagramme  IL) 

Quand,  pour  avoir  le  diagramme  final  des  moments  de  réactions, 
on  cumulera  les  ordonnées  du  diagramme  I  avec  celles  des  dia- 
grammes tels  que  II,  obtenus  pour  chaque  couple-réaction,  ces 
décrochements  subsisteront  aux  points  d'appuis.  En  chaque  appui  le 
moment  de  réactions  a  donc  deux  valeurs. 

Pour  Tappui  de  rang  r,  nous  représenterons  ces  deux  valeurs  par 

V-'i    .  jjl'^    .  La  diflférence  de  ces  deux  quantités  représente  préci- 

sèment  la  valeur  du  moment  d'encastrement,  c'est-à-dire  du  couple- 
réaction  à  l'appui  considéré. 

En  efifet,  considérons  l'appui  A^  (fig,  /ij;  soit  ^/^  le  couplerréaction 

de  cet  appui  ;  \x^      est  le  moment  de 

réaction  immédiatement  à   droite  de 
Tappui  ;  \t!^     est  le  moment  de  réac- 

-    tiens  immédiatement  à  gauche  ;  dans 

riutervalle  agit  le  couple  réaction  ^^ 

ainsi  que  la  réaction  R.;  on  a  donc, 

en  prenant  toujours  les  moments  des  forces  agissant  à  droite  de  la 
section  considérée  : 


%12 


PoflztPO 


T  'I  » 


r  T  r 

0"    '^H.-^.=^ 


En  résumé,  le  diagramme  des  moments  de  réactions  entre  trois 
appuis  consécutif^  présentera  une  disposition  analogue  à  celle  de  la 
figure  13, 

Tij.  13       _ 


Les  moments  de  réactions  varient  dans  chaque  travée  suivant  tes 


—  287  — 
ordonnées  d'une  droite;  les  calculs  du  n»  16  ayant  précisénaent  ce 
fait  comme  point  de  départ,  s* appliquent  encore  ici  ;  on  peut  donc 
encore  poser  les  équations  (8)  et  (9)^  à  la  condition,  toutefois,  de 

remplacer  j^"*^  par  ^i.'^''"^^  et  i;.^  par  i^J^^  : 


D'autre  part,  les  formules  (H)  et  (i2)  permettent  de    calculer 
numériquement  aj   ,  *R~^  ^r   »  ^r~^  ®^  fonction  des  inclinaisons 

/,  x^"^  des  encastrements,  —  des  ordonnées  Y^,  Y*^""^  des  appuis, 
—  et  des  charges  P.,  AP^,  —  quantités  qui  sont  toutes  des  données. 

Posons  :  .  •  ' 

(*«)  «Ru— «rÛ'=  s. 


r 

f— 1 

*«^- 

%, 

. 

Y'    _ 

-Vh! 

s, 

K 

■ 

(16).  ^V'e  ^^e  r    "l*r    _       "I^  ^t^.  r-i  j     ' 

où  S  et  T  représentent  des  quantit<^s  connues. 
Les  équations  (43)  et  (d4)  deviennent: 

(17)  {fr—K)i^%l  +  -h/H^=^^ 

(18)  p^^-q</i-;;+K/^^=\     ■  ■ 

On  voit  donc  que  les  moments  aux  deux  extrémités  d'une  même 
travée  sont  liés  par  un  système  de  deux  équations  du  premier  degré, 
d'où  Ton  tire  : 

(19)      u  ^*"^  = — ' -^^ ^ ^   /'    (L«  dénominateur  de.  ces 

^t*e        (?r      tr)  V  ""  (/-r      Vj  Tr  f    fractions  peut  s'écrire  soup 
/  I  \  T        A         r  >  Q    (    la  forme  plus  simple  : 

Il  suffit  de  faire  varier  l'indice  r  de  1  à  N  pour  obtenir  les 
formules  donnant  les  moments  de  réactions  aux  extrémités  de  chaque 
travée. 


—  Î88  — 


S^  La  section  ds  la  poutre  est  œtisîante. 

élOm  —  Les  valeurs  de  <p^,  ^^^  Xr»  ^r»  î^''^  convient  de  substituer 
dans  les  formules  (19)  et  (20)»  ont  été  déjà  indiquées  au  n®17.  On  en 
tire  : 

Ces  valeurs,  portées  dans  (i9)  et  (20),  donnent,  après  réductions: 


(19  bn,  t^;,; =^[^r-  k] 

(ÎO  bis)  ^l,  =  ^  [^r  -  3T.] 


Cas  particulier  de  la  poutre  à  une  seule  travée,  de  seotioa 
oonstante,  encastrée  à  ses  deux  ertrémités. 


21.  —  Los  formules  à  employer  sont:  (13),  (16),  (196»s)  et 
(206is).  Y^^  ,  Y^~\  qui  représentent  les  ordonnées  de  réactions  a 

Taplomb  des  appuis,  sont  nulles,  puisque  ces  Y  concenient  ici  les 
appuis  extrêmes,  la  poutre  n*ayant  pas  d'appuis   intermédiaires; 

(15)  et  (16)  se  réduisent  à  : 


>S|  —  (Xp..  —  a 


Les  formules  de  résolution  {VJbis)  et  (20  6i^)  deviennent  alors,  en 


—  289  — 
y  remplaçant  S^  et  T^  par  les  valeurs  de  Sj  et  Tj  calculées  ci-dessus, 
et  0^  par  la  portée  L  do  la  poutre  : 


r         _     .  2E[ 


Eq  se  reportant  à  Téquation  (11)  et  au  n*»  12,  où  il  a  déjà  été 

El  FT 

traité  de  la  poutre  encastrée,  on  voit  que  -^/..  »  et  -r-al..  ne  sont 

autres  que  les  quantités  que  nous  avons  représentées  par  M  et  N  ; 
de  sorte,  qu'en  adoptant  ces  notations  il  vient  : 

jx;,^=:-(4M  +  2N) 

îx',[-+(4N  +  2M) 

Pour  avoir  les  moments  fléchissants  effectifs  aux  extrémités  de  la 
poutre,  il  faut  ajouter  aux  moments  de  réactions  jx*    ,  |a' ,,  ,  les 

valeurs  des  moments  de  charges  aux  extrémités,  moments  qui  sont 
nuls  ici  :  [i*^    et  pit     sont  donc  précisément  les  moments  fléchissants 

effectifs  aux  extrémités  de  la  poutre  encastrée. 

Si  Ton  désigne,  comme  au  n"  42,  par  ;i.^^,  [a^^,  les  moments 
d'encastrements»  on  a  : 

Ces  résultats  sont  les  mêmes  que  ceux  du  n^  12. 


Influence  de  la  flexion  des  piles  dans  les  cas  où  celles-ci  sont 
assemblées  avec  la  poutre  d'une  manière  indéformable. 

/.  La  section  de  la  poutre  est  variable. 


22.  —  Reprenons  Téquation  (ibis)  du  u''  10  : 


—  290  — 
dans  laquelle  : 


7 


Cette  équation  peut  se  traduire  ainsi  :  Au  sommet  de  chaque 
pile,  la  diflfërence  de  Tinclinaison  de  réactions  (2*h  +  2*m^  ) 
dftns  la  poutre,  et  de  Tinclinaison  de  réactions  t  {jl   ,  dans  la  pile, 

est  égale  à  la  différence  de  Tinclinaison  initiale  de  Tencastrement 
et  de  rinclinaison  de  charges  dans  la  poutre. 
En  appliquant  cet  énoncé,  avec  les  notations  actuelles,  au  point 


*R^ 


-s!-;=*'-(2«p>2*'ap*) 


Or,  nous  avons  vu  au  n°  19  que  : 


r 


D'où  : 


Cette  équation  remplace  ici  Téquation  (11)  du  n*^  19.  Quant  aux 
équations  (12),  (13)  et  (14)  du  même  n^,  elles  ne  changent  pas. 

Le  système  d'équations  dont  nous  disposons  est  donc  : 

« 

(il  bu)  4,^^  T,(4,  - !x-^^) = .- _ (2a;.+2;»lp,) 

(12)  n.=  ^'■- (Hî'p +2;î'ap.) 

En  adjoignant  aux  équations  (11  his)  et  (12),   les  équations  de 
même  forme  relatives  à  la  travée  de  rang  (r  —  1),  puis^  tirant  des 

quatre  équations  ainsi  formées  les  valeurs  de  a^~\  x^^  ,  Y^jT*» 


—  291  — 
Yg   ,  et  enfin  substituant  dans  (13)  et  (44),  il  vient,  après  réduc- 
tions : 

OÙ  U^  et  V^  ont  pour  valeurs  : 

u-*'-(2;«p>2«AP.)-'-+(2«Pr'+2;«;7;)  . 


^^=  s 


r 


-.'-+(2"r+2«s.') 


et  ne  contiennent  que  des  quantités  connues,  ou  que  l'on  sait  dé- 
terminer. 

On  peut  remplacer  les  deux  équations  (a)  et  (6)  par  réquâtion 
(a)  et  une  équation  obtenue  en  retranchant  (a)  et  {b)  membre  à 
membre  : 


(22)     (?r— +r— '^r4-Cr)î^R,r/+  (+r— ^r—  V^Î^Rii,  +  ^rî^Rpt^^  ^r—'^V- 
^U^— -V^)  a  d'ailleurs  pour  valeur  : 


r 


On  écrira  les  équations  (21)  et  (22)  de  proche  en  proche  d'une 
extrémité  à  F  autre  de  la  poutre,  et  on  tirera  du  système  ainsi 
obtenu  les  valeurs  des  moments  de  réactions  sur  chaque  pile,  en 
remarquant  que,  à  gauche  de  la  pile  Aq  et  à  droite  de  la  pile  A^^^ 

les  moments  de  réactions  sont  nuls,  c'est-à-dire  que  : 


—  â92  — 


2.  La  section  de  la  poutre  est  œnstante. 

23«  —  Dans  cette  hypothèse,  ç^,  ^^,  Xr»  îr'  prennent  les  valeurs 
indiquées  au  n^  il,  et  les  équations  (21)  et  (22)  deviennent  dès 
lors  : 


V^  et  U,. — V^  conservent  les  valeurs  indiquées  au  n®  précédent. 


—  !293  — 


DEUXIÈME  PARTIE 


CHAPITRE    PREMIER 

V 

Détennination  graphique  des  moments  fléchissants 
développés  par  l'application  de  charges  quelcon- 
ques, dans  une  poutre  continue  reposant  sur  des 
appuis  situés  à  des  niveaux  quelconques. 

SoMMAïKE  :  Rappel  de  quelques  propriétés  des  polygones  funiculaires.  — 
Poutre  continue  de  section  constante  reposant  librement  sur  ses  appuis. 

—  Poutre  continue  de  section  variable  reposant  librement  sur  ses  appuis. 

—  Poutre  continue,  de  section  constante  ou  \ariablc,  encastrée  sur  ses 
appuis. 

• 

Rappel  de  ({uelques  propriétés  des  polygones  funiculaires. 


t«  —  Les  principes  que  nous  allons  rappeler  brièvement  sont 
démontrés  tout  au  long  dans  le  traité  de  statique  graphique  de 
notre  savant  professeur  M.  Maurice  Lévy  et  dans  le  traité  de  con- 
struction de  ponts  du  D'  Winckler. 

Premier  polygone  funiculaire.  —  Étant  donnée  (fig.  44)  une 
poutre  droite  reposant  librement  sur  ses  deux  appuis  Â^,  Â^,  sou- 
mise à  l'action  d'un  certain  nombre  de  charges  Pq,  Pj,  P,,  P3,  P4 
(auxquelles  pourraient,  d'ailleurs,  s'adjoindre  des  charges  réparties), 
si  Ton  trace,  —  avec  une  distance  polaire  quelconque  A,  —  un 
polygone  des  forces  et  un  polygone  funiculaire  correspondant  à  ces 
charges;  si,  enfin,  on  mène  la  ligne  qui  joint  les  points  d'inter- 
section des  côtés  extrêmes  du  polygone  funiculaire  avec  les  verti- 
cales des  appuis  Â^,  A^  (ligne  que  Ton  appelle  ordinairement  ligne 

de  fermeture)  : 

I.  En  un  point  M  quelconque  de  la  poutre  (*),  le  moment  fléchissant 
est  égal  au  produit  de  la  distance  polaire  A  (mesurée  à  l'échelle  des 

{*)  Voir  Statique  graphique,  par  M.  Lévy.  —  Voir  aussi  l'Annexe  II. 


forces),  jxu'  la  portion  de  verticale  QR  (mesurée  à  Téchelle  des 
longueurs),  niênée  en  œ  points  comprise  entre  le  polygone  funiculaire 
et  la  ligne  de  fermeture.. 


C'est'à-dire  que  si  (  j)  est  l'échelle  de  réduction  des  longueurs, 
et  si  (/)  kilogrammes  est  la  force  représenti^e  sur  Tépure  par  i  mètre, 


on  a  : 

d*où  il  résulte  que  (QR)  représente  le  moment  [t^^^  au  point  M  â 

réchelle  de  (  t-ti)  • 

IL  Si  Ton  mène,  dans  le  polygone  des  forces,  un  rayon  parallèle  à  /n 
ligne  de  fermeture,  cette  parallèle  et  les  rayons  extrêmes  du  polygone 
des  forces  interceptent,  sur  la  ligne  des  charges  Bq  B^,  deux  segments 
KBq,  BjK,  qui  représentent  (à  l'échelle  des  forces)  les  réacliotis  as 
appuis  A^,  Aj^. 


m.  L*effort  tranchant  en  un  point  quelconque  est  repfrésenté  (à 
rêchelle  des  forces)  par  la  portion  de  la  ligne  des  chargea  comprise 
entre  le  rayon  du  polygone  des  forces  parallèle  à  la  ligne  de  fermeture^ 
et  le  rayon  du  polygone  des  forces  parallèle  au  côté  du  polygone  funi- 
culaire correspondant  au  point  considéré. 

Exemple  :  Au  point  M  correspond  le  côté  (I)  ;  Teffort  tranchant 
en  M  est  représenté  par  B^K  ;  d'où  l'on  conclut  que  si  Ton  prend  la 
droite  KK'  pour  axe  des  x^  le  diagramme  des  efforts  tranchants  est 
celui  qu'indique  la  figure. 

35«  —  LiGNË  MOYENNE  FLÉCHIE  (*).  —  Imaginons  que  Ton  consi- 
dère, en  chaque  élément  de  longueur  dx  de  la  poutre»  une  charge 

fictive  ~=  dx,  (x  étant  le  moment  fléchissant  correspondant  à  l'abscisse 

de  l'élément  dx,  et  qu'avec  une  distance  polaire  B,  on  trace  le  poly- 
gone des  forces^  et  la  courbure  funiculaire  correspondant  à  ces 

charges  élémentaires  -^  dx  (flg.  45)  ;  M.  Mohr  a  démontré  que  : 


L  En  chaque  points  le  produit  de  la  portion  de  verticale  compnse 
entre  la  courbe  funiculaire  et  la  ligne  de  fermeture  par  la  distance 
polaire  B,  est  égal  à  l'ordonnée  de  la  ligne  moyenne  fléchie  au  point 
considéré  (la  flexion  étant  produite  par  les  charges  qui  donnent  nais^ 
sance  aux  moments  (a),  à  la  condition  toutefois  de  lire  la  portion  de 


(«)  Voir,  à  la  fin,  FAnnexe  III. 


verticale  à  V échelle  des  longueurs ^  et  la  distance  polaire  à  r échelle  des 

« 

valeurs  de  ^dx. 

Cet  énoncé  donne  lieu  aux  remarques  suivantes  : 
Remarque  L  —  Soient  : 

1 

j  réchelle  de  réduction  des  longueurs  ; 

1 

—      id .  id .  moments  fléchissants  ; 


m 

4 

e 

1 

i 


id.  id.  coefficients  d'élasticité; 


id.  id.  moments  d'inertie  ; 


B  la  distance  polaire  mesurée  en  mètres  sur  Tépure  même  ; 

y  la  portion  de  verticale  d'un  point  M  quelconque,  comprise 

entre  la  courbe  funiculaire  et  la  ligne  de  fermeture,  portion  de 

verticale  lue  en  mètres  sur  Tépure  même. 

u.  1 

L'échelle  des  -^  dx  est  dès  lors  :    ,    ,    >  et  il  résulte  de  renoncé 

El  /w/\ 

\ë%) 

précédent  que  Tordonnée  t/  au  point  M  a  pour  valeur  : 

^      ^       e%      ^    ex      ^ 
y  représente  donc  l'ordonnée  y  à  l'échelle  de 


m 

Remarque  IL —  Si,  au  lieu  de  construire  la  courbe  funiculaire  en 
partant  de  charges  élémentaires  —  dx,  —  c'est-à-dire  en  prenant 
pour  surface  de  chargement  Taire  limitée  par  la  courbe  représentant 
les  valeurs  de  t^  ,  —  on  construit  la  courbe  funiculaire  en  partant 

de  charges  jdx  :    les  lignes   qui,  sur  l'épure,  représentaient  les 

charges  -^^  dans  le  polygone  des  forces,  sont  multipliées  par 


(- )  ;  d'où  il  suit  que,  sur  l'épure  également,  les  valeurs  de  y  sont 
multipliées  par  (— j  ;  on  en  conclut  que  y  sera  donné  par  : 

i 
y  représente  donc  y  à  l'échelle  de 


fBCm\ 

\  E*  ; 

Remarque  /II.  —  Au  lieu  de  construire  la  courbe  funiculaire  avec 
Taire  de  la  courbe  des  j  comme  surface  de    chargement,  on    peut 

construire  cette  courbe  en  partant  de  Taire  de  la  courbe  des  -=—  (où 

A  est  une  longueur  arbitraire  que   nous  fixerons  cependant  plus 
tard)  ;  —  celte  nouvelle  manière  de  procéder  équivaut  à  diviser, 

sur  Tépure,  les  longueurs  qui  représentaient  les  charges  ^cte  par  -?; 

d'où  l'on  tire  comme  précédemment  : 

,^Bl^m       .AB/m 

y=yj-w=y'-w^' 

i 

y  représente  y  à  Téchelle  de         . —  • 

(""et) 

Remarque  IV.  —  Dans  le  cas  où  la  section  de  la  poutre  est  con- 
stante, on  peut  prendre  pour  charges  fictives  ~fte,  au  lieu  àe^ràx; 
cette  façon  d'opérer  équivaut  à  multiplier  les  longueurs  qui  repré- 
sentaient, sur  l'épure,  les  valeurs  de -j^  rfa?  par  f-j;  et  les  valeurs 
de  y  sont  également  multipliées  par  ce  facteur  ;  d'où  : 

riAB/nt       .AB/m 

y=^i-^=y-w' 
1 

réchelle  des  y  est  donc  ici    ..^j   ^  • 

^  /àBlm\ 

\Er) 


—  Î98  — 

Ces  remarques,  un  peu  longues  peut-être,  étaient  nécessaires,* eu 
égard  à  Timportance  des  échelles  dans  les  calculs  graphiques. 

IL  En  chaque  point,  k  produit  de  J! inclinaison  sur  la  ligne  de  fer- 
meture  de  la  tangente  à  la  courbe  funiculaire  par  la  distan/:e  polain 

(cette  distance  étant  toujours  mesurée  à  l'échelle  des  ^  dx)   e&i 

égal  à  l'inclinaison  sur  t horizontale  de  la  tangente  à  la  ligne  moyeim 
fléchie. 
11  faut  entendre   par   inclinaison    de    la  tangente,  en  M,  par 

exemple  (fig.  45)^  sur  la  ligne  de  fermeture,  le  quotient  ^,  de  For- 

donnée  y  de  la  courbe  funiculaire  en  M,  par  la  distance  horizontale 
s  de  ce  point  M  au  point  d*intersection  de  la  tangente  à  la  funicu- 

laire  en  M,  avec  la  ligne  de  fermeture,  soit  :  ^  ==  « . 

L'inclinaison  a  de  la  tangente  à  la  ligne  moyenne  fléchie  sur 

rhorizontale  est  donnée  par  «  =  7,  où  z  est  la  distance  horizontale 

du  point  M  au  point  d'intersection  de  la  tangente  à  la  ligne  moyenne 
avec  Taxe  horizontal  de  la  poutre  [avant    déformation  ;   on  a  vu 

que  si  Von  prend  la  courbe  des  ^  comme   surface  de   chargement , 

y  =z  y — :—  ;  or,  i3  étant  une  longueur,  s=izl; 
,,  ,  y      y'Blm       ,Blm 

z        z     €1  Ci 

1/  *  «  d 

X  =^^,  représente  donc  a  à  l'échelle  de  -^77 —  • 
s       ^  /Blm\ 

De  même  : 

Si  l'on  prend  la  courbe  des  ^  comme  surf  de  charge       a  =  «  -^  ; 

1 

a  représente  a  à  l'échelle  de  -^^, —  • 
^  /Blm\ 

KÊT) 
Si  l*on  prend  la  courbe  des  ^cofnme  surf,  de  charge,    x^  *""p^' 


—  Î99  — 


a  représente  a  à Téchelle  de    .p.      - 


.  ABm 


Si  ton  prend  la  courbe  des^  comme  surf,  de  charg\      9l  =  %  -gj-; 

1 
«  représente  a  à  Téchelle  de     ,^      • 

\w) 

S6.  —  Deuxième  polygone  funiculaire.  —  Si,  au  lieu  de  tracer 
le  polygone  des  forces  et  la  courbé  funiculaire  au   moyen  des 

.charges  élémentaires  ^  c/x,  on  décompose  d'abord  la  surface    de 
chargement  en  plusieurs  segments  par  des  verticales  (fig,  46)^   et 


2^  j^oV^ 


qu'à  Taide  de  forces  égales  aux  aires  de  ces  segments,  supposées 
appliquées  aux  centres  de  gravité  de  ces  mêmes  segments,  on  trace 
un  polygone  des  forces  et  un  polygone  funiculaire  (la  figure  16 
montre  le  tracé  de  ce  polygone  funiculaire  que  Ton  appelle  deuxième 
polygone  funiculaire^  pour  le  distinguer  de  celui  du  n^  24)  : 

I.  Les  ordonnées  des  points  de  la  ligne  moyenne  fléchie^  situés  sur 
les  verticales  qui  divisent  la  surface  de  chargement,  sont  égales  aux 
produits  des  portions  de  ces  verticales  comprises  entre  le  polygone  funi- 
culaire et  sa  ligne  de  fermeture  (ces  verticales  étant  mesurées  à 
TécheUe  des  longueurs)  par  la  distance  polaire  choisie  (cette  distance 

polaire  étant  toujours  évaluée  à  l'échelle  des  ~r  dx). 

Exemple  :  L'ordonnée  de  la  ligne  moyenne  fléchie  au  point  M  est 


—  800  - 
égale  au  produit  de  PQ  mesuré  à  Téchelle  des  longueurs  par  la 

distance  polaire  B  mesurée  à  Téchelle  des  ^  dx. 

II.  Les  inclinaisons  avec  Vhorizùntale  des  tangentes  aux  points  de  la 
ligne  moyenne  fléchie  situés  sur  les  vei^ticales  qui  divisent  la  surface 
de  chargement,  sont  égales  aux  produits  des  inclinaisons,  sur  la  ligne 
de  fermeture,  des  côtés  du  polygone  funiculaire  guipassent  en  ces  points, 
par  la  distance  polaire.  [Cette  distance  polaire  étant  mesurée  comme 
il  a  été  dit  précédemment,  et  l'inclinaison  des  côtés  du  polygone 

funiculaire  évaluée  toujours  par  le  rapport  'Â  •  ) 

III.  Les  deux  principes  précédents  sont  encore  vrais  si  on  divise  les 
segments  définis  plus  haut  en  un  nombre  quelconque  de  parties  par  des 
lignes  quelconques,  et  si  on  applique  aux  centres  de  gravité  de  ces 
parties  des  charges  égales  à  leurs  superficies  respectives. 

Par  exemple  :  Si  le  diagramme  des  moments  est  un  polygone  à 
côtés  rectilignes  (cas  des  charges  distinctes),  et  si  la  section  de  la 
poutre  est  constante,  une  décomposition  que  Ton  peut  adopter  et  que 

nous  retrouverons  plus  loin  est  la  suivante  :  soient  |jlj,  1x3,  113 les 

moments  correspondant  aux  sommets  du  polygone  ;  on  prend  comme 


surface  de  chargement  i'aire  limitée  par  le  diagramme  des  moments, 
et  on  tire,  —  ainsi  que  l'indique  la  figure  17,  —  une  des  diagonales  de 
chacun  des  trapèzes  du  diagramme  :  la  figure  est  ainsi  décomposée  eo 
triangles  aux  centres  de  gravité  desquels  on  applique  des  effortîs  ver- 


—  301  — 

ticaux  ^  >  —^  >  ^~    •  •  proportionnels  à  leurs  aires  respectives. 

(^  est  une  longueur  quelconque.)   Le  polygone  funiculaire  corres- 
pondant donne  les  ordonnées  de  la  ligne  moyenne  fléchie  aux  points 

1 
Al,  Aj,  A3 à  réchelle  de  — rîTr-r»  —  ^t  les  inclinaisons  en  ces 

\Ër) 

i 
mêmes  points,  àTéchelle  de 


/ABm\ 
V  El  / 


Il  faut  remarquer  que  les  verticales  des  centres  de  gravité  des  triangles 

de  décomposition  divisent  chaque  intervalle  AqAj,  A^Aj,  A2A3 en 

trois  parties  égales;  on  leur  donne  le  nom  de  vei*ticales  trisec- 
trices. 

Nota.  —  Tout  ce  qui  a  été  dit  au  n**  25,  au  sujet  des  échelles, 
s*applique  encore  ici. 


Poatre  oontinae  de  section  constante  reposant  librement 

sur  ses  appuis. 

2T»  —  Il  convient  de  rappeler  d'abord  les  trois  principes  sui- 
vants. (Voir  fiT  4  et  U..) 

En  chaque  point  de  la  ligne  moyenne  fléchie  de  la  poutre  con- 
tinue : 

I.  Le  moment  fléchissant  effectif  [l  est  égal  à  la  somme  algébrique 
du  moment  de  charges  \t^  et  du  moment  de  réactions  |i^  :  [*=  [Xp  4*  pi'R. 

II.  L'inclinaison  effective  de  la  ligne  moyenne  est  égale  à  la  somme 
algébrique  de  l'inclinaison  de  charges  et  de  Vinclinaison  de  réactions  : 

in.  L'ordonnée  effective  est  égale  à  la  somme  algébrique  de  V ordonnée 
de  charges  et  de  l'ordonnée  de  réactions  :  y  =  j/p  +  j/j^. 

28.  —  Nous  pouvons  aisément  déterminer,  en  chaque  point,  le 
moment  de  charges  \Lp,  d'après  la  construction  indiquée  au  n^  24, 

c'est-à-dire  en  formant  un  polygone  funiculaire  correspondant  aux 

charges  données. 

n  reste  donc,  pour  connaître  le  moment  fléchissant  effectif  en 

chaque  point,  à  déterminer,  également  en  chaque  point,  le  moment  de 

réactions. 

20 


—  SiH  — 

A  cet  effet,  nous  allons  étudier  les  déformations  de  la  poutre. 

20«  —  Nous  construirons  d*abord,  à  Taide  de  la  surface  limitée 
par  la  courbe  des  moments  de  charges  comme  surface  de  char- 
gement, le  deuxième  polygone  funiculaire  défini  au  n^  26,  en  prenant 
pour  verticales  décomposant  la  surface  du  chargement,  les  yerti- 
cales  des  appuis,  et  pour  efforts,  dans  le  polygone  des  forces,  les 
^  valeurs  des  quotients  des  aires  de  décomposition  (*)  par  une  longueur 
A,  que  nous  nous  donnons  arbitrairerâent.  C'est-à-dire  que  nous 
transformons  les  aires  de  décomposition  en  des  rectangles  de  même 
base  A,  et  qu'au  lieu  de  prendre  les  aires  comme  forces,  nous 
prenons  les  hauteurs  des  rectangles,  qui  leur  sont  proportion- 
nelles. 

Dans  ces  conditions,  —  d'après  le  n°  26  et  le  l?  25,  rem.  IV,  — 
les  portions  de  verticales  des  appuis,  comprises  entre  le  deuxième 

polygone   fimiculmre   et   sa  ligne  de    fermeture,    représentent,  à 

1 

réchelle  de     .p. — ,  les   oi*données   de   charges  aux   appuis  inter- 

médiaires  ;  et  les  inclinaisons  des  côtés  du  polygone  funiculaire  sur 

la  ligne  de   fermeture  représentent  les  inclinaisons  de  charges  à 

1 

réchelle  de  -rrrr-z-  Nous  donnerons  à  ce  polygone  funiculaire  le 

\Ër) 

nom  de  deuxième  polygone  funiculaire  des  charges. 

30*  —  En  résumé,  nous  venons  de  déterminer  trois  éléments  : 

4*  Le  moment  de  charges  en  chaque  point  ; 

^  L'inclinaison  de  charges  en  tous  les  points  d'appuis  ; 

3*^  L'ordonnée  de  charges  en  chaque  appui  intermédiaire. 

D'autre  part,  nous  connaissons,  —  comme  étant  une  donnée  du 
problème,  —  Yordonnée  définitive  en  chaque  appui  intermédiaire. 

Or,  on  sait  que  l'ordonnée  définitive  en  un  point  est  égale  à  la 
somme  algébrique  de  l'ordonnée  de  charges  et  de  l'ordonnée  de 
réactions.  Il  en  résulte  que  nous  avons  facilement  la  valeur  de  l'or- 
donnée de  réactions,  en  chaque  appui,  conime  différence  entre 
l'ordonnée  définitive  et  l'ordonnée  de  charges  (**). 

(*)  Les  aires  de  décomposition  peuvent  elles-mêmes  être  décomposées  d'une 
manière  quelconque  en  plusieurs  parties  (n^  26). 
i^)  Dans  le  cas  où  les  appuis  sont  de  niveau,  Tordonnée  définitive  est  nulle  : 


—  303  — 

Il  est  évident  que,  pour  effectuer  cette  différence,  il  faut  avoir 
soin  de  prendre»  pour  échelle  des  ordonnées  définitives^  celle  à 
laquelle,  sur  l'épure,  sont  déterminées  les  ordonnées  de  charges  ;  — 

i 


c'est-à«dire  l'échelle  de 


AB/m' 
El 


31.  —  Le  problème  se  pose  maintenant  ainsi  : 

Étant  données  les  ordonnées  prises  par  la  ligne  moyenne  fléchie  dune 
poutre^  aux  points  d'application  d'^un  certain  nombre  de  forces  incon- 
nues (réactions)  j  on  demande  de  déterminer  quelles  sont  les  intensités 
de  ces  forces ,  ou  plutôt  quels  sont^  en  tous  les  points  de  la  poutre^  les 
moments  fléchissants  engendrés  par  ces  forces  (moments  de  réactions). 

On  sait  que  le  diagramme  des  moments  de  ces  efforts,  qui  sont 
des  efforts  distincts,  est  un  polygone  dont  les  sommets  se  trouvent 
sur  les  verticales  des  points  d'application  A^,  A, A^_  j,  A^^^^  de 

ces  efforts  ;  il  suffit  donc,  pour  connaître  le  diagramme  en  entier, 
dedéterminer  les  moments  en  ces  points  A^,  Ag Aj^_ j,  A^_^ ,  c'est- 

a-direixj^,  jx^ \i.^     ,  [x^     . 

Sur  une  épure  (fig.  48)  indiquons  au-dessus  ou  au-dessous  de  la 
ligne  A^A^,  suivant  leurs  signes,  les  ordonnées  de  réactions  dont 

nous  avons  fait  connaître  précédemment  la  construction,  ce  qui  donne 
une  série   de  points  A'^,  A'j,  A'g  ....   A'^_^  de  la  ligne  moyenne 

fléchie. 

Supposons,  pour  un  instant,  que  les  moments  [jlJ^,  |jl*,  jx^ ;jl^"^ 

soient  connus  et  que  le  diagramme  dç  ces  moments  ait  été  tracé. 
D'après  ce  qui  a  été  dit  au  n®  26-III,  il  suffit,  pour  déterminer  les 
ordonnées  de  réactions,  aux  points  Aj,  A,  Ag A.^-^  d©  tracer  un 

polygone  funiculaire  en  partant  de  forces  égales  à  -~r^ ,  -^ ,  -~^ , 

W- appliquées  suivant  les  reriicafes  trisectricesà%^  intervales  AqA^, 

A,A^,  Aj  A3 ;  et  les  ordonnées  cherchées  sont, — à  l'échelle  de 


ABim 


El 

1  ordonnée  de  réactions  est  dès  lors  égale  et  de  signe  contraire  à  Tordonnée  de 
charges. 


—  304  - 

—  les  segments  interceptés  sur  les  verticales  des  points  Â,,  A^, 
Ag \^i  P^ï*  l^s  côtés  de  rang  impair  du  polygone  funiculaire  et 

la  ligne  de  fermeture  de  ce  polygone  (*). 

Or,  ce  sont  ces  segments,  ces  ordonnées  que  nous  connaissons: 
Si  doric^  en  paî'tant  de  ces  segments ,  nous  pouvons  reconstituer  k 
deuxième  polygone  funiculaire  des  réactions,  le  problème  sera  résolu, 
car  on  remontera  aisément  de  ce  polygone  au  polygone  des  forces 

correspondant,  et  ces  forces  ont  précisément  pour  intensités  -57-' 

-3—,    -^r^ ,  valeurs  d'où  Ton  tirera  aisément  jjlJj»  jx*»  jjl^ 

Examinons  de  plus  près  le  deuxième  polygone  funiculaire  des 
réactions  :  il  jouit  des  deux  propriétés  suivantes  : 


i.  —  I.  Contre-verticales  sur  piles.  —  Les  côtés  de  rang  pair 
du  deuxième  polygone  funtculaire  des  réactiom  se  coupent  deux  à  deux 
sur  les  contre-verticales  sur  piles. 


Considérons  les  côtés  2  et  4,  par  exemple  (âg.  18);  prolongeons 
les  jusqu'à  leur  intersection  B^.  On  sait  que  le  point  d'intersection 

(*)  Nous  appellerons  ce  polygone  funiculaire  :  deuxième  polygone  funiculaire  de$ 
réactions;  le  diagramme  des  moments  de  réactions  sera  le  premier  polygone  funi- 
culaire des  réactions.  Ces  expressions  sont  les  mêmes  que  celles  adoptées  déjà 
pour  les  charges. 


—  303  — 

de  deux  côtés  d*un  polygone  funiculaire  appartient  à  la  résultante 
des  forces  comprises  entre  ces  côtés.  —  B,  e^t  donc  un  point  de  la 

résultante      '^  *^^  ^  ^    des   forces  5-^  et  4^'  Qui  sont  dirigées 
L       2A       J  2A         2A    ^  ^ 

sniTant  les  verticales  trisectrices  g^2^  g^g^^  voisines  de  la  pile  A,. 

En  prenant  les  moments  autour  du  point  Â^,  il  vient  : 


2A   3"^  2A   3—        2A        ^^- 


d'où  : 


^8  —  ^1 

P.- -3 


C'est  la  verticale  VgVj,  d'abscisse  pj  relativement  au  point  Aj,  que 
nous  appellerons  contre-verticale  sur  la  jrile  Ag.  La  position  de  cette 
verticale  est  indépendante  des  valeurs  de  pijj,  [jl^ Donc,  quelque 

soit  le  système  de  valeurs  de  [jl{^,  [jl^,  \>^ ,  qui  ait  servi  à  tracer  le 

deuxième  polygone  funiculaire  des  réactions,  les  côtés  de  rang  pair  de 
ce  polygone  se  coupent  deux  à  deux  sur  les  contre-verticales  sur 
piks. 

33*  —  n.  Points  fixes.  —  Dans  des  polygones  funiculaires  différents, 
—  tracés  en  partant  dune  direction  arbitraire  du  côté  0,  —  dont  les  côtés 
de  rang  pair  satisfont  au  théorème  précédent,  dont  les  côtés  0,4 , 3,5. ... . 

sont  assujettis  à  passer  pardss  points  donnés  A^,  A'^,  A^,  A^ •^— <, 

et  dont  le  dernier  côté  nest  pas  astreint  à  passer  par  A^,  les  côtés  de 

rang  pair  correspondants  passent  par  un  point  fixe. 

Traçons  un  de  ces  polygones  {fig.  49).  A  cet  effet,  menons  d'abord 
toutes  les  contre-verticales  sur  piles,  et  toutes  les  verticales  trisec- 
trices. Mettons  également  en  place  les  points  Ai,  A2,  A3 par  où 

doivent  passer  les  côtés  de  rang  impair  1,  3,  5 

Cela  posé,  nous  donnons  par  hypothèse  une  direction  quelconque 
au  coté  0  qui  passe  par  Aq  ;  le  côté  0  rencontre  la  première  verti- 
cale trisectrice  g^^  en  un  point  (0,  4)  appartenant  au  côté  4,  qui  dès 
lors  est  déterminé  par  les  points  (0, 4)  et  AJ.  Le  côté  4  rencontre  la 
deuxième  verticale  trisectrice  g\g  en  un  point  (4,  2)  appartenant  au 
côté  2  ;  —  d'ailleurs,  d'après  le  théorème  précédent,  les  côtés  0  et  2 
se  coupent  sur  la  contre-verticale  V4V1  de  la  pile  A^,  en  un  point 
Bj  qui  s'obtient  en  prolongeante  jusqu'à  V^Vj; — le  côte  2  est  donc 


—  306  — 

déterminé  par  (1,  2)  et  B^.  Ce  côté  2  coupe  en  (2,  3)  la  troisième 
verticale  trisectrice,  ce  qui  fkit  connidtre  un  point  de  3;  mais  3 
doit  passer  par  A2;  il  est  donc  défini  de  position  par  (2,  3)  et  Aj. 
On  continuera  ainsi,  de  proche  en  proche,  la  construction  des 
côtés,  en  se  basant  toujours  sur  ce  que  les  côtés  de  rang  pair  se 
coupent  sur  Ie9  contre-verticales  sur  piles,  et  que  les  cotés  de  rang 
impair  sont  assujettis  à  passer  par  les  points  Al,  Ai,  A3....  Le  der- 
nier côté  du  polygone  ne  passera  pas  par  le  point  A^^,  puisque  le 

premier  côté  0  a  été  mené  dans  une  direction  arbitraire. 
Revenons  maintenant  au  commencement  de  ce  tracé  : 
Considérons  le  triangle  [(0, 1)  (1,2)  BJ  :  quelle  que  soit  la  direc- 
tion donnée  au  côté  (0,  1)  B^,  c'est-à-dire  au  côté  0 :  1**  les  trois 
sommets  (0,1),  (1,  2),  B^,  sont  astreints  à  se  trouver  sur  trois  droites 
déterminées  qui  sont  les  deux  premières  verticales  trisectrices  et  la 
contre-verticale  de  la  pile  A|  ;  2^  les  côtés  0  et  1  sont  assujettis  à 
passer  par  des  points  donnés  Ao  et  Aj. 

De  la  première  de  ces  conditions  il  résulte  que,  si,  partant  de 
Aq,  on  donne  au  côté  0  des  directions  différentes,  les  triangles  tels 
que  [(0, 1),  (1,2)BJ,  correspondant  à  ces  directions,  sont  perspec- 
tifs (sommets  con^espondanis  situés  sur  trois  droites  concourantes;  ici 
le  poini  de  conœurs  est  à  r infini)  \  donc,  d'après  un  théorème 
connu,  les  points  d'intersection  des  côtés  correspondants  de  ces 
triangles  sont  en  ligne  droite. 


Fig^.  19 


■9^3     •?» 


Or,  d'après  la  deuxième  condition,  nous^W>nnaissons  déjà  deux 
de  ces  points  d'intersection  qui  sont  A^  et  AAcar  les  côtés  0  et  1 
des  différents  triangles  doivent  passer  tous  p^   ces  points. 


—  307  -. 

Donc,  le  troisième  point  d^ntersection  L,  s'obtient  en  tirant 
AoAj  et  prolongeant  jusqu'au  côté  (li  2)  6|  ;  et  le  point  Lj  est  âxe 
de  position  quand  on  fait  varier  la  direction  du  côté  0. 

Le  même  raisonnement  s'applique  au  triangle  [(2,  3),  (3, 4)  B^], 
dont  les  côtés  2  et  3  passent  constamment  par  les  points  L2  et  Â'2  ; 
le  troisième  côté  passe  donc  constamment  par  un  point  fixe  L3. 

En  résumé,  les  côtés  de  ratig  pair  passent  par  des  points  fixes  Lj» 
L3,  L|  etc.,  faciles  à  déterminer  en  traçant  un  polygone  funiculaire 
tessai,  en  partant  de  \. 

On  remarque  maintenant  que  ce  qui  vient  d'être  dit,  pour  les 
polygones  funiculaires  tracés  en  partant  du  point  Âq,  est  vrai 
pour  les  polygones  fanicuiaires  que  Ton  tracerait  en  partant .  du 
point  A^.  D'où  Ton  conclut  à  l'existence  d'une  deuxième  série  de 

points  fixes  L^_,,  LJ^.j ,  L'^,  L'^  par  lesquels  doivent  passer  les 

côtés  de  rang  pair  des  polygones  funiculaires  ayant  pour  origine  le 
point  Aj^. 

Finalement  on  voit  que  : 

1^  Les  côtés  de  rang  pair  des  polygones  funiculaires,  dont  le 
premier  côté  passe  par  Aq,  passent  par  des  points  fixes  Lj,  L3,  L4 , 

2^  Les  côtés  de  rang  pair  des  polygones  funiculaires,  dont  le 
premier  côté  passe  par  A^,  passent  par  des  points  fixes  L'^^ _^ ,L\,. 

Donc  : 

Les  côtés  de  rang  pair  du  polygone  funiculaire  cherché  (dont  les 
côtés  extrêmes  passent  par  A^  et  A^)  sont  déterminés  par  les  couples 

depoints fixes  {\,  L^).  (L3,  L,) ,(L^._,,  L'^^,). 

Quant  aux  cotés  extrême,  ils  sont  déterminés  par  les  couples  de 
points  fixes  (X^,  L\)  et  (A^^,  L^). 

Nota.  — Nous  donnons  toujours  aux  verticales  trisectrices  et  aux 
contre-verticales  sur  piles  le  n^  de  la  pile  voisine;  tandis  que  les 
points  fixes  portent  le  n^  de  la  travée  qui  les  renferme. 

34*  —  Les  propriétés  que  nous  venons  de  démontrer  suffisent 
pour  tracer  le  deuxième  polygone  funiculaire  des  réactions,  La  marche 
à  suivre  sera  en  résumé  la  suivante  : 

1*^   Mettre  en  place  sur  l'épure  les  points  A'^t  A^,  A^.:...^  Aj^_,, 


r-  308    - 

comme  il  a  été  dit  au  n^  31  ;  tracer  les  verticales  trisectrices  et  les 
contre- verticales  sur  piles. 

2.  Déterminer  les  couples  de  points  fixes  conjugués,  définis  au 
n<>  33,  en  traçant  un  polygone  funiculaire  d'essai  partant  de  Â^ 
avec  une  direction  arbitraire  pour  son  côté  0,  et  un  polygone  funi- 
culaire d*es8ai  partant  de  Â^  avec  une  direction  arbitraire  pour  son 

côté  n. 

3^  Joindre  les  points  fixes  conjugués»  deux  à  deux,  ce  qui  met  en 
place  sur  l'épure  les  côtés  de  rang  pair  et  les  côtés  extrêmes  (Véri- 
fication :  les  prolongements  de  ces  côtés  doivent  se  couper  sur  les 
contre-verticales  sur  piles.) 

4^  Tracer  chaque  côté  de  rang  impair  en  joignant  les  points  d'in- 
tersection des  deux  côtés  de  rang  pair  adjacents  à  ce  côté  avec  les 
verticales  trisectrices  qui  comprennent  ce  même  côté.  (Vérifica- 
tion :  Les  côtés  de  rang  impair  doivent  passer  par  les  points  Aj,  Ag, 
Ai ,  -^N-i).  Exemple  :  3  est  déterminé  par  les  points  d'intersec- 
tion (2,  3),  (3,4)  des  côtés  de  rang  pair  2  et  4  avec  les  verticales 
trisectrices  g^i,  g^g'^- 

35.  —  Si  maintenant,  —  conformément  à  ce  qui  a  été  dit  au 
n*^31, — nous  remontons  du  deuxième  polygone  funiculaire  des 
réactions  au  polygone  des  forces  correspondant,  ces  forces  auront 

précisément  pour  valeurs  i^,  i^,  i^î^î,  ^^î!»..  ..,  ^'^"'^^""S  !îîZ!i~. 

A  cet  effet,  il  suffira  de  mener,  par  un  pôle  quelconque,  des  rayons 

parallèles  aux  côtés  du  deuxième  polygone  funiculaire  des  réactions, 

et  de  couper  ces  rayons  par  une  verticale  située  à  une  distance  du 

pôle  égale  à  la  distance  polaire  B  admise  dans  le  tracé  du  deuxième 

polygone  funiculaire  des  charges  :  les  segments  interceptés  sur 

oiî    ]Al    u.^8     ijL*8 

cette  verticale  par  les  rayons  sont  égaux  à  -^-l,    "J,  JLi,    *J 

^  °  2A    2A    2A     2A 

2Â      '     2A 

On  remarque  que  le  tracé  des  côtés  de  rang  impair  du  deuxième 
polygone  funiculaire  des  ré«ictions  est  inutile,  puisqu'à  Texamen  de 
ce  deuxième  polygone  funiculaire  et  du  polygone  des  forces  correspon- 
dant, on  reconnaît  que  les  rayons  du  polygone  des  forces,  parallèles  aux 
côtés  extrêmes  et  aux  côtés  de  rang  pair  du  deuxième  polygone 


—  309  - 

funiculaire,  interceptait,  sur  la  verticale  des  forces,  les  qaan- 

j  _i_8        8  _L-j  „     a       _|_5 

tités  K-^^  Vi^ •  t^r       j^     •  Oa  peut  donc  se  con- 

tenter  de  mener  les  côtes  de  rang  pair  et  les  côtes  extrêmes  -  du 
deuxième  polygone  funiculaire  des  réactions^  et  conserver  la  con- 
struction des  côtés  de  rang  impair  comme  une  yériâcation  de 
1  épure. 

Des  valeurs  de  l^i-^^  ^R-^Â"^"*'"  ^h          j^      >  on  tire,  par 

des  quatrièmes  proportionnelles,  [xj^,  [xj ,  \»^'^\  qui  permettent 

de  tracer  le  diagramme  des  moments  de  réactions. 

Nota,  —  Dans  le  cas  où  plusieurs  travées  seraient  égales  entre 
elles,  il  sera  avantageux  de  donner  à  A  la  valeur  de  la  longueur  S  de 
ces  travées,  car  si  Ton  considère  deux  travées  consécutives  8  ,  8p  .  ^, 

parmi  ces  travées  égales,  on  aura  :  [x^-£-_J2±î  =  h-r-^t-  =  l4' 

ZvJ  Zâ 

(ji^  se  lira  donc  directement  sur  la  verticale  des  forces,  et  il  en 

sera  de  même  pour  tous  les  moments  de  réaction  sur  les  piles 
adjacentes  à  deux  travées  égales  à  i. 

Dans  le  cas  où  toutes  les  travées  seraient  inégales,  on  pourra 
prendre  pour  A  la  yaieur  de  la  moyenne  arithmétique  des  lon- 
gueurs de  deux  travées  consécutives,  ou  de  la  moyenne  arithmé- 
tique des  longueurs  de  toutes  les  travées,  ou  une  quantité  s'en 
rapprochant. 

Finalement,  on  cumulera  les  valeurs  des  moments  de  réactions 
avec  celles  des  moments  de  charges,  et  on  aura  les  moments  défi- 
nitifs en  chaque  point. 

36.  —  En  résumé,  la  série  des  constructions  à  effectuer  pour 
déterminer  les  moments  fléchissants,  dans  une  poutre  continue,  est 
la  suivante  : 

1^  Tracer  le  premier  polygone  funiculaire  des  charges.  (Moments  de 
charges.  —  Voir  n**  28.) 

2°  En  déduire  le  deuxième  polygone  funiculaire  des  charges,  c^est- 
à-dire  les  ordonnées  de  charges  aux  points  A^ ,  A^ ,  A  ^^  _  ^ .  (N*»  29) 

3^  Tirer  de  là,  par  différence  entre  les  ordonnées  définitives  don- 
nées, et  les  ordonnées  de  charges,  les  valeurs  des  ordonnées  deréac* 
tions  en  ces  mêmes  points.  (N**  30.) 


-  310  — 

¥  Tracer»  au  moyen  de  ces  ordonnées  de  réactions,  le  deuxitm 
polygone  funiculaire  des  réactions  (n**  34),  et  remonter,  de  ce  poly- 
gone funiculaire,  aux  valeurs  des  moments  de  réactions  sur  piles. 
(N«35). 

5^  Cumuler,  en  tenant  compte  de  leurs  signes,  les  moments  de 
charges  et  les  moments  de  réactions,  ce  qui  donne  les  moments 
définitifs.  (N»  35.)  ' 

37#  —  Remarques  sur  les  points  fixes  et  le  tracé  du  deuxième 

POLYGONE  funiculaire  DES  RÉACTIONS. 

Pour  une  même  poutre^  lorsque  la  charge  change  d'intensité  et  de 
position —  cest'-àrdire  lorsque  les  ordonnées  de  charges^  et  par  suite  les 
ordonnées  de  réactions  A^A'^,  A^A^,  A^A^ ,  Aj^._^A'p,_^,  varient*-— 

les  points  fixes  h^,L^,  h  ^ L^.;  L^,^ ,V^_^,sedépUicentsurdes 

verticales. 

Pour  le  démontrer,  il  suffit  de  faire  voir  que  Tabscisse  du  point 
Lj  est  indépendante  de  Tordonnée  de  Aj  ;  que  Tabscisse  de  L,  est 
indépendante  de  Tordonnée  de  A2  et  de  celle  de  L^,  etc 

A  cet  effet,  reprenons  la  figure  du  n^  33,  et  traçons,  en  partant 
de  Aq,  un  deuxième  polygone  funiculaire  d'essai  analogue  à  celai 
déjà  tracé. 

Pour  distinguer  Tun  de  Tautre  ces  deux  polygones  funiculaires, 
adoptons,  pour  Tun,  des  lettres  majuscules  et  des  chiffres  arabes; 
pour  l'autre,  des  lettres  minuscules  et  des  chiffres  romains.  {PI.  105, 
fig.  20.) 

Gela  posé,  on  a  : 
)'  ,.].l  .[  =  a,  constante  indépendante  de  Tordonnée  de  Al  ; 
dI       =  ^>  constante  indépendante  de  l'ordonnée  de  Al  ; 


Multipliant  membre  à  membre  : 

(1,-2)  (Ml) 


=  ab. 


Le  rapport  de  ces  deux  lignes  étant  indépendant  de  l'ordonnée 
de  A't,  l'abscisse  de  L,  est  elle-même  indépendante  de  l'ordonnée  de 
Ai.  Le  lieu  décrit  par  L,,  quand  Aj  se  meut  verticalement,  est  donc 
une  verticale. 


—  311  — 
On.  a  de  même  : 

(3, 4)  (III,  IV) 


(iy  3)  (II,  III)         )  OÙ  a'  et  6'  restent  constantes,  quand  L,  et  A,  se 
(2,  3)  (II,  III)  ___     l  déplacent  verticalement. 

Et  en  multipliant  membre  à  membre 

(3, 4)  (III,  IV) 


B.&. 


z=:ab\ 


Ce  rapport  est  donc  indépendant  des  ordonnées  de  L^  et  de  Âg. 
rX'où  Ton  conclut,  comme  précédemment,  que,  lorsque  L,  et  Â2  se 
déplacent  sur  des  verticales»  L3  décrit  aussi  une  verticale. 

On  démontrerait  de  même  que  les  lieux  décrits  par  tous  les 
autres  points  fixes  sont  des  verticales,  quand  les  points  Al,  Â2,.  ... 
-^N»,  décrivent  eux-mêmes  des  verticales. 

De  ce  qui  vient  d'être  dit,  il  résulte  que  l'on  peut,  à  priori^  avant 
d'avoir  construit  les  points  A^,  A^,  A^ A^-i»  déterminer  les  verti- 
cales des  points  fixes  :  il  suffit,  en  effet,  de  se  donner  arbitrairement 
les  points  A'^,  A^ >  AJ^-.^1  ®t  d'appliquer  à  ces  points  le  tracé  du 

polygone  funiculaire  d'essai  défini  au  n^  33.  En  particulier,  on  peut 
supposer  que  A^,  A^ »  A'x_^  coïncident  avec  A^,  A^....  ,  Aj^,__,,  et 

la  construction  devient  la  suivante  : 

De  \  mener  une  divergente  quelconque  A^m^n^  qui  rencontre  QiQ^ 
en  m^  et  V^Vi  en  n^  ;  tirer  m^A^  et  prolonger  jusqu'en  p\  ;  mener  fiipi, 
qui  coupe  A^A^  prolongé  en  /^;  2,  appartient  à  la  verticale  du  point 
fixe  L,  ;  car  I2  est  le  point  fixe  autour  duquel  tourne  le  côté  n^pi  du 
triangle  minip\  lorsque  les  sommets  de  ce  triangle  décrivent  les 
verticales  g^gi,  ViVi,  g\gi,  et  que  les  côtés  wiitii,  m^pi  oscDlent  res- 
pectivement autour  des  points  A^^  et  A|,  —  de  même  que  L,  est 
le  point  fixe  autour  duquel  oscille  le  côté  B^  (1,2)  du  triangle 
(0,1)  (1,2)  B4,  lorsque  les  sommets  de  ce  triangle  décrivent  les  ver- 
ticales 5^9,,  ViVi,  g\gu  et  que  les  côtés  (0, 1)  B„  (0, 1)  (1,  2)  oscillent 
respectivement  autour  des  points  Ao  et  Aj. 

La  verticale  du  point  fixe  L,  est  donc  Z,/,* 

La  verticale  du  point  fixe  L^  se  détermine  en  répétant,  relati- 
vement aux  points  I2  et  A^,  la  construction  qui  vient  d'être  effectuée 
pour  les  points  Aq  et  A^,  Cette  construction  se  justifie  comme 
celle  de  la  verticale  de  Lj,  c'est-à-dire  en  remarquant  l'analogie 


-  312  — 

des  conditions  dans  lesquelles  se  trouvent  les  deux  triangles  m^n^p^et 
(2,3)B2(3,4). 

Nous  venons  de  retomber  ainsi  sur  la  construction  des  verticales 
des  points  fixes  donnée  pour  la  première  fois  par  M.  Mohr. 

La  construction  des  verticales  de  la  deuxième  série  de  points 
fixes  L^,  Lj ,  ^N^\  s'effectuera  de  la  même  manière,  mais  en  par- 
tant de  A^,  au  lieu  de  partir  de  A^.  —  Les  deux  séries  de  verticales 

des  points  fixes  sont  construites  sur  la  fig.  21 ,  (PL  405)  pour  une 
poutre  à  cinq  travées. 

Une  fois  les  verticales  des  points  fixes  construites,  pour  avoir  les 
points  fixes  L,,  L^ »  L^^  de  la  première  série,  il  suffira  (fig.  W)  de 

mener  AqAJ  qu'on  prolongera  jusqu'à  son  intersection  L^  avec  Ij^', 
Lg  est  un  des  points  fixes;  puis  de  tirer  L2A2  qu'on  prolongera 
jusqu'à  son  intersection  L3  avec  ljl,^\  L3  est  un  des  points  fixes,  etc.; 
en  un  mot,  pour  déterminer  un  point  fixe,  connaissant  le  point  fixe 
précédent,  on  joindra  ce  dernier  point  fixe  à  l'extrémité  de  l'ordon- 
née de  réactions  située  à  sa  droite,  et  on  prolongera  la  ligne  ainsi 
obtenue  jusqu'à  son  intersection  avec  la  verticale  du  point  fixe 
cherché. 

Les  points  fixes  de  la  deuxième  série  se  détermineront  de  la  même 
manière,  mais  en  cheminant  dans  le  sens  A^^A^. 

Ces  constructions  ont  été  faites  (^/*/.  405,  Fig.24)fQ\xv  une  poutre 
à  cinq  travées. 

n  suffit,  à  présent,  de  joindre  les  couples  de  points  fixes,  comme 
il  a  été  dit  au  n^  34,  pour  obtenir  les  côtés  de  rang  pair  du  deuxième 
polygone  funiculaire  des  réactions  ;  —  c'est  ce  que  nous  avons  fait 
(fig.  24). 

Ces  côtés  de  rang  pair  doivent  se  couper  sur  les  contre- verticales 
sur  pUes(N°32). 

Nous  n*avon8  pas  tracé  les  côtés  de  rang  impair  qui  sont  inutiles 
ainsi  que  nous  l'avons  fait  observer  au  n""  35. 

Nota.  —  Il  faut  remarquer  que  la  ligne  A^Aj^,  c'est-à-dire  la  droite 

à  laquelle  on  rapporte  les  ordonnées  de  réactions,  n'a  pas  besoin, 
dans  l'épure,  d'être  tracée  horizontalement;  la  condition  d'hori- 
zontalité de  cette  ligne  n'est,  en  effet,  entrée  dans  aucune  de  nos 
démonstrations. 

38» —  Réactions  des  appuis. — Ayant  déterminé  le  diagramme  des 


moments  de  réactions,  ou  premier  polygone  foniculaire  des  réactions, 
on  mènera,  par  un  pôle  quelconque,  des  rayons  parallèles  aux  côtés 
de  ce  diagramme,  rayons  que  Ton  coupera  par  une  verticale  distante 
du  pôle  de  A™^''®'(*)  :  les  segments  interceptés  sur  cette  verticale, 
par  les  rayons,  représenteront  les  réactions  sur  les  appuis  intermé- 
diairesy  à  l'échelle  adoptée  pour  les  forces  dans  les  tracés  précé- 
dents. 

Cette  construction  n'est  que  la  construction  réciproque  de  celle 
indiquée  au  n®  24.  1;  en  effet,  au  lieu  de  déterminer,  comme  au  n^  24, 
les  moments,  en  partant  des  forces,  nous  déterminons  ici  les  forces, 
en  partant  des  moments. 


Poutre  continue,  de  Béotien  Tarlable,  reposant  librement 

sur  ses  appuis. 

39*  —  La  marche  à  suivre  reste  celle  qui  a  été  résumée  au  n^  36 
pour  la  poutre  de  section  constante.  Les  différences  ne  portent  que 
sur  la  manière  de  réaliser  chacune  des  opérations  indiquées.  Nous 
allons  les  examiner  successivement. 

40«  —  Tracer  le  premier  polygone  funiculaire  des  charges. 

La  construction  reste  la  même  que  dans  le  cas  précédent,  puisque 
la  section  de  la  poutre  n'intervient  pas.  Ce  tracé  donne  les  moments 
de  charges  (Ap  en  chaque  point. 

41.  —  Déduire  du  premier  polygone  funiculaire  des  charges  y  le 
deuxième  polygone  funiculaire  de  ces  mêmes  charges,  c'est-^L-dire  les  or- 
données de  charges  des  points  A^,  A^  ^s—r 

Ici  on  prendra  pour  surface  de  chargement  l'aire  limitée  par  la 

courbe  des  y-^,  ainsi  qu'il  est  indiqué  au  n^  25,' Rem.  III;   ce  qui 

1 

donnera  les  ordonnées  de  charges  à  l'échelle  de  ..^.   ^   .    Ou,   ce 

[-ët) 

qui  revient  au  même,  on  prendra  pour  surface  de  chargement  l'aire 
des  y,  et  Ton  réduira  chaque  aire  de  décomposition  à  la  base  A. 

(*)  A  a  ici  la  valeur  qu'on  lui  a  donnée  pour  tracer  le  premier  polygone 
faniculaire  des  charges. 


—  314  — 
Il  faut  remarquer  qu'on  peut  se  dispenser  d'effectuer  le  quotient 


l*p 


Y  en  chaque  point.  Pour  cela,   il  suffit  de  prendre  Taire  des  |Xp 

comme  surface  de  chargement  et  de  faire  varier,  dans  la  construc- 
tion du  deuxième  polygone  funiculaire,  la  distance  polaire  B,  en  lui 
donnant  constamment  la  longueur  BI. 


Ç\. 


Fier.  23 


Comparons  en  effet  ces  deux  constructions  (Jig.  â2  et  23)  :  dans 
Tun  et  Tautre  cas,  on  divise  la  surface  de  chargement  en  éléments 
de  largeur  (Aa?)  assez  faible  pour  que,  dans  Tintervalle  (Ax),  on 
puisse  considérer  Tordonnée  de  la  surface  de  chargement  comme 
constante.  Donc,  dans  Tune  et  l'autre  construction,  les  verticales  des 


-  315  - 

centres  de  gravité  de  ces  surfaces  élémentaires  occupent  la  même 
position. 
Dans  la  première  construction  (/î^.  22).  les  surfaces  élémentaires 

ont  pour  valeurs  y  {àx)\  dans  la  deuxième  {fig,  2S),  elles  ont  pour 
valeurs  (Ap(A2?);  et  les  lignes  qui  servent  à  former  Tun  et  Tautre 

T  ^^^       l*p(Ax) 
polygone  des  forces,  ont  pour  longueurs  :  — ^ —  et  — -r — • 

Dans  la  première  construction,  la  distance  polaire  B  reste  con- 
stante; dans  la  deuxième,  nous  partons  d*une  première  distance 
polaire  BI^ ,  —  I^  étant  le  moment  d'inertie  supposé  constant  entre 
les  verticales  qui  limitent  la  petite  surface  de  chargement  1,  —  et 

[Xp(Aar) 
nous  dirigeons  le  premier  rayon  du  polygone  des  forces  — -r-^  pa- 

|JLp(Aj?) 

rallèlement  au  premier  rayon  du  polygone  des  forces     ,  .     ;  soit 

Ojle  pôle  ainsi  obtenu.  Le  deuxième  rayon  du  polygone  des  forces 

est  la  droite  Oi(4',  2);  ce  rayon  est  parallèle  au  rayon  0(1,2)  du 

îXp(Aa?) 
polygone  des  forces —r-r— ,   car  les  deux  triangles   [0  M  (1,2)]  et 

[04M'(1',  2')]  sont   semblables,   comme  ayant  les   angles  M  et  M' 

égaux,   et  leurs  bases  et  hauteurs  homologues  dans  le  rapport  de 

làl,. 

Prenons  maintenant,  sur  le  rayon  0^  (!',  2'),  un  nouveau  pôle  Ogà 

une  distance  polaire  égale  à  BI,,  et  menons  le  rayon  02(2',  3)  ;  ce 

rayon  est  parallèle  au  rayon  0  (2, 3),  pour  les  mêmes  raisons  que 

0,(li2')  est  parallèle  à  0(1, €) En  construisant,  de  proche  en 

|jip(Aa?) 
proche,  les  rayons  du  polygone  des  forces  — -r —  ,  on  verrait,  comme 

précédemment,   que  tous  ces  rayons  sont  parallèles  aux  rayons 

correspondants  du  polygone  des  forces  — y-r — 

En  résumé,  les  verticales  des  centres  de  gravité  dés  surfaces  élé- 

iJip(Aa:) 
mentaires  — = —  et  :ji.p(A,T)  occupent  les  mêmes  positions,  et  les 

[iLp(Aa?)      \>'p{àx) 
rayons  des  polygones  des  forces  —yt —  ®*  — x —  ^^^^  respective- 


-  316  — 

ment  parallèles  ;  donc  les  polygones  funiculaires  carrespondanls  sent 
superposables. 

4kétm  —  Tirer,  par  différence  entre  les  ordonnées  définitives  et  les 
ordonnées  de  charges  aux  appuis  intermédiaires ^  les  valeurs  des  ordon- 
nées de  réactions  en  ces  mêmes  points. 

Cette  différence  se  fera  naturellement  en  évaluant  les  ordonnées 

définitives,  qui  sont  des  données,  à  Téchelle  des  ordonnées  de  cha^ 

1 
ges  qu'on  vient  de  construire,  c'est-à-dire  à  Téchelle  de       p.     . 

(-et) 

43*  —  Tracer,  au  moyen  des  ordonnées  de  réactions,  le  deuxième 
polygone  funiculaire  des  réactions,  et  remonter ^  de  ce  dernier ^  aux  valeurs 
des  moments  de  réactions  sur  piles. 

Supposons,  pour  un  instant,  comme  nous  Tavons  fait  pour  la 
poutre  de  section  constante  (n^  31),  que  les  moments  de  réactions 


>•*- 


sur  piles  soient  connus.  D'après  le  n^  25,  il  faut,  pour  déterminer 
les  ordonnées  de   réactions  aux  points  A^,  A^ ^n-i  (^9-  ^^^' 


H 


considérer  une  surface  de  chargement  limitée  par  la  courbe  des  y* 

(y^  et  I  étant  le  moment  de  réactions  et  le  moment  d'inertie  en  un 

point  quelconque  de  la  poutre)^  et  de  construire  le  deuxième  poly- 
gone funiculaire  correspondant. 


—  317  — 

Nous  savons  que,  pour  déterminer  ces  ordonnées,  (n»  26)  on  peut 
décomposer  la  surface  de  chargement  en  segments  par  les  verti- 
cales des  points  A^,  A^,  A^^ ^n-i'  P^is  considérer  les  aires  de  ces 

segments  comme  condensées  en  leurs  centres  de  gravité  respectifs. 

Nous  savons  de  plus  (n^  36,  III)  que  chacun  de  ces  segments  peut 
lai-méme  être  décomposé,  d'une  façon  quelconque,  en  autant  de 
parties  que  nous  voulons.  Considérons  Tun  quelconque  d'entre  eux, 

—  celui  limité  par  les  verticales  des  points  Aj  et  Ag  par  exemple, 

—  et  vojons  quel  mode  de  décomposition  il  convient  de  choisir. 
En  un  point  quelconque  de  Tintervalle  AjAj,  le  moment  [l^  a  pour 

valeur  : 


5. 


S. 


d  où,  pour  le  point  considéré  : 


I^R 


RÛC 


1-8.    1+8.  1* 


On  peut  donc  regarder  chaque  ordonnée  y  de  la  surface  de  char- 

gement  comme  formée  de  deux  parties  :  -r-  -y  et  —  -i .  Soit  M  le  point 

de  séparation  de  ces  deux  parties.  Le  lieu  des  points   M  est  une 
courbe  QA^.  Cette  courbe  divise  la  surface  de  chargement  A^C^CjA^ 
en  deux  régions  AjC^A^,  et  Afifi^;  ce  sont  ces  deux  aires  que  nous 
prendrons  comme  aires  de  décomposition. 
Evaluons-les,  et  cherchons-en  les  centres  de  gravité  : 


(I)     AAA.= 


=  8. 


«'  — 0 


^X'=z0 


(4) 


'=8. 


O/rrO 


af  —  ^ 


«'=0 


ir'  — 0 


ai 


—  318  — 


De  même  : 


(IbU) 


AjMCiC,  =  1*^ 


l_    «./.r-o 


(ibis) 


ce-    0 


La  position  des  verticales  des  centres  de  gravité  des  surfaces  de 
chargement  AC^MA^,  AgMCjCj  est  donc  indépendante  des  valeurs  de 
[1^  et  de  {ji*.  Ces  verticales  sont  analogues  aux  verticales  trisectricts 

dont  nous  nous  sommes  servis  dans  le  cas  de  la  poutre  de  section 
constante  ;  aussi  leur  conservons-nous  la  même  dénomination,  bien 
qu'elles  ne  divisent  pas.  la  travée  en  trois  parties  égales. 

Admettons  que  Ton  ait  mis  en  place,  dans  chaque  intervalle  A^A,. 
A^Aj,  AjAj  A^_^A^_^,  A^_^Aj^,  les  verticales  trisectrices.  (Nous 

verrons  plus  loin  comment  on  peut  faire  graphiquement  cette  opé- 
ration.) 

On  doit  considérer,  comme  agissant  suivant  ces  verticales,  des 
charges  fictives  : 


x-^O 


X'  r-  0 


•  .  •  i  • 


proportionnelles  aux  aires  ÀoAiCj,  A^CiMAj,  \UCfi2  »  ^^^  (*)• 

Si  les^moments  |jlJ^,  |jl* [iJ^"^  étaient  connus,   ces  charges  le 

seraient  également;  et  si  Ton  construisait  le  polygone  funiculaire 
correspondant  à  ces  dernières  (deuxième  polygone  funiculaire  des 

(*)  A  a  ici  la  même  valeur  que  dans  le  trac(^  du  deuxième  polygone  funicii* 
iaîre  des  chargeSé 


—  319  —  • 

réactions),  les  côtés  de  rang  impair  de  ce  polygone  funiculaire  et  sa 
ligne  de  fermeture  intercepteraient,  sur  les  verticales  des  points 

1 

A^,  Aj \_<»  d^s  segments  représentant  à  l'échelle  de 

les  ordonnées  de  réactions,  que  nous  connaissons  précisément. 

Si,  inversement,  partant  de  ces  ordonnées  connues,  nous  pou-f 
vous  reconstituer  le  deuxième  polygone  funiculaire  des  réactions, 
le  problème  sera  résolu,  car  on  remontera  aisément  du  polygone 
fomculaire  au  polygone  des  forces  correspondant;  et  ces  forces  ont 
pour  valeurs  : 


=s. 


• 


af  =  ù  ,  t/ic-o 


,  -  ,  .  j 


•  *  •  •  • 


,  etc. 


d'où  Ton  dégagera  les  inconnues  |ji^,  jjlJ  ......  etc. 


44.  —  On  voit  maintenant  qu'il  y  a  une  analogie  complète 
entre  le  cas  actuel  et  celui  de  la  poutre  de  section  constante.  Les 
divergences  portent  seulement  sur  les  deux  points  de  détail  sui- 
vants : 

Dans  la.  poutre  de  section  constante  :  1°  Les  verticales  trisectrices 
partagent  chaque  travée  en  trois  parties  égales.  —  2*»  Les  forces 
servant  à  former  le  deuxième  polygone  funiculaire  des  réactionsont 
pour  valeurs  : 

'A\  'Ah  i^i 


1  •  •  • .  • 


Dans  la  poutre  de  section  variable  :  i^  Les  verticales  trisectrices 
ne  divisent  plus  les  travées  en  trois  parties  égales.  2°  Les  forces 
servant  à  former  le  deuxième  polygone  funiculaire  des  réactions  ont 
pour  valeurs  : 

=5,  n^-l^ 

-, — — '    "■   >  — ' : >  .....j  ei^,» 


—  3i0  — 

On  démontrerait  de  même  qu'au  n^  32  que  : 

Les  cotés  de  rang  pair  du  deuxième  polygone  funiculaire  des  réactions 
se  coupent  deux  à  deux  sur  des  verti&iles,  dont  Imposition  est  indépm- 
dante  des  j^.^  sur  piles,  et  que  nous  appellerons  encore  contre-verticales 

m 

sur  piles. 

Au  n®  32,  la  contre-verticale  de  la  pile  Ag,  par  exemple,  est  la 
verticale  du  centre  de  gravité  de  Taire  A^  [xj^  [jl*  jjlJ  ;  ici  la  contre- 
verticale  de  la  même  pile  est  la  verticale  du  centre  de  gravité  de 
l'aire  Afififi,  {fig.  ti), 

La  propriété  du  deuxième  polygone  funiculaire  des  réactions  rela- 
tive aux  points  fixes  subsiste  ici  et  se  démontrerait  comme  au  n^  33. 

En  résumé,  de  tout  ce  qui  précède  il  résulte  qu'à  part  la  mise  en 
place  des  verticales  trisectrices,  et  des  contre-verticales  sur  piles, 
la  marche  indiquée  au  n"  34,  pour  la  construction  du  deuxième 
polygone  funiculaire  des  réactions,  dans  le  cas  où  la  section  de  la 
poutre  est  constante,  s'applique  encore  au  cas  de  la  section  variable. 


\m  —  Construction  des  verticales  trisectrices  et  des  conti^e-verti 
sur  piles. 


'.s 


Considérons,  par  exemple,  l'intervalle  A^Ag.  Les  verticales  trisec- 
trices sont  les  verticales  des  centres  de  gravité  des  aires  AjA^MCj, 


de  ces  verticales  eat  iodépendaDte  des  valeurs 
l'ont  montré  les  formules  (2)  et  (S  bis)  du 
e  chercher  les  centres  de  gravité  des  aires 
es  représeotatives  des  valeurs  de  =-  et  de  y> 
g.  25)  en  décomposant  ces  aires  en  éléments 
réduira  à  la  base  commune  S,  et  en  traçant 
i  et  le  poljgone  funiculaire  correspondant  à 


'  plus  simplement  (c'est-à-dire  éviter  de  faire 

chaque  point],  en  se  basant  sur  la  construc- 

n"  41  pour  le  tracé  du  polygone  funiculaire 
face  de  chargement  limitée  par  la  courbe  des 

)  chacun   des  polygones  funiculaires  actuels 

i«  celle  du  polygone  du  n'  41,  en  remplaçant 


_  3âi  _ 

\L  par  X  ou  x.  Les  prolongements  des.  cotés  extrêmes  de  ces  poly- 
gones funiculaires  donnent,  par  leurs  intersections,  des  points  situés 
sur  les  verticales  des  centres  de  gravité  cherchés,  c'est-à-dire  sur 
les  verticales  trisectrices.  (La  figure  n'indique  la  construction  que 
d'une  des  deux"  verticales  trisectrices  de  l'intervalle  A^A^.) 

On  remarque  que  si  Ton  mène,  par  un  pôle  quelconque,  des  paral- 
lèles aux  rayons  des  polygones  des  forces  .  i  ^  .  ?  et  si  on  les 
coupe  par  une  verticale  située  à  une  distance  du  pôle  égale  à  B,  ou 
reproduit  précisément  les  polygones  des  forces  j  --r-^  y  ^p  \  l^s 

portions  de  cette  verticale  comprises  entre  les  rayons  extrêmes  de 
ces  derniers  polygones  des  forces  ont  pour  valeurs  : 


•yxr-o  fV.r'  — 0 


Exemple.  —  Pour  déterminer  la  dernière  de  ces  quantités,  on  mè- 
nera {fig.  26)  par  un  pôle  quelconque  des  parallèles  aux  rayons  ex- 
trêmes OjK,  O9L,  et  on  coupera  ces  parallèles  par  une  verticale  GH, 
distante  de  B  du  pôle  :  GH  représentera  la  quantité  cherchée.  — 
Construction  analogue  pour  la  première  intégrale. 

Nous  savons  maintenant  construire  les  verticales  trisectrices  et 

/a?  "~  fi,  /^ jp'  =  0, 

jcbc^  -T    I    y  cte' ,  pour  la  traTée 

AjA^.  Supposons  que  ces  opérations  aient  été  faites  pour  chaque 
travée,  et  passons  à  la  construction  des  contre- verticales  sur  piles  : 
D'après  le  n®  44,  la  contre-verticale  de  la  pile  Aj,  par  exemple, 
est  la  verticale  du  centre  dé  gravité  de  Taire  A^MCjCjCa  (/î<?.  î^}- 
Or,  nous  connaissons  les  verticales  des  centres  de  gravité  des  aires 
AgMCjCj,  A2C2Cg,  qui  sont  les  verticales  trisectrices,  et  nous  savons 
de  plus  que  ces  aires  ont  pour  valeurs  (n**43  )  : 


A 


A 


—  923  — 

Il  suffit  donc,  pour  obtenir  la  coDtre*verticale  de  la  pile  A,,  de 
chercher  la  résultante  de  deux  forces  verticales  proportiouT 
nelles  à  ces  valeurs  et  supposées  appliquées  suivant  les  verticales 
trisectrices  voisines  de  la  pile  \,  On  sait  faire  cette  recherche. 
On  peut  prendre  comme  forces  proportionnelles  : 


'  =  ô. 


et 


x=o 


X'~Q 


qai  sont  connues,  puisque  nous  avons  vu  comment,  dans  chaque 
travée,  on  construisait  les  quantités  de  la  forme  -r  |  -rdr,  t  1  y  ^^  • 

46»  —  Le  deuxième  polygone  funiculaire  des  réactions  étant 
tracé,  voyons  comment  on  peut  remonter  aux  valeurs  des  moments 
de  réactions  sur  piles  : . 

Si  Ton  construit,  avec  une  distance  polaire  B,  le  polygone  des 
forces  correspondant  à  ce  polygone  funiculaire,  on  détermine  ainsi 
des  forces  ayant  pour  intensités  (n®  43)  : 


4 


,1 


'<  PI 


etc. 


Or,  les  valeurs  des  quantités  : 


a?  =  o 


t-'  X  =  0 


X--0 


ont  ete  construites  au  n"  45  ;  S^,  Sg,  .....  sont  connus. 
D'où  il  résulte  que  |jl*,  [t\,  etc.,  s'obtiendront  par  une  série 

de  quatrièmes  proportionnelles  entre  trois  lignes  connues  qui  sont 
pour  ^  par  exemple  : 


u 


"A 


Enfin,  pour  avoir  les  moments  fléchissdiits  effectifs ,  on  devra cumu- 


-^  324  — 

ler,  en  tenant  compte  de. leurs  signes,  les  moments  de  charges  et 
les  moments  de  réactions. 


Poutre  oontinne,  de  section  constante  ou  variable,  encastrée 
sur  ses  appuis  sous  des  angles  donnés. 

V9.  —  Dans  cette  hypothèse,  —  que  la  section  de  la  poutre 
soit  constante  ou  variable,  —  voici  la  marche  à  suivre  qui  est 
beaucoup  plus  simple  que  celle  indiquée  pour  les  poutres  reposant 
librement  sur  leurs  appuis  : 

On  tracera  le  premier  et  le  deuxième  polygones  funiculaires  des 
chargeSy  comme  il  a  été  dit  n**"  28,  29,  30,  40,  41,  ce  qui  fera  con- 
naître : 

1^  Le  moment  de  charges  en  chaque  point. 
•  2^  L'inclinaison  de  charges  en  chaque  point  d'appui. 

3^  L'ordonnée  de  charges  en  chaque  appui  intermédiaire. 

On  tirera  de  ces  deux  derniers  éléments  : 

1^  L'inclinaison  de  réactions  en  chaque  appui,  par  diflférence 
entre  Tinclinaison  définitive  donnée  (inclinaison  de  Tencastremeiit 
à  Tappui  considéré)  et  Tinclinaison  de  charges. 

2""  L'ordonnée  de  réactions  eu  chaque  appui  intermédiaire,  par 
différence  entre  Tordonnée  définitive  donnée  et  Tordonnée  de 
charges. 

Le  tracé  du  deuxième  polygone  funiculaire  des  réactions  est  dès  lors 
facile  : 

Admettons  que  l'on  ait  mis  en  place  les  verticales  trisectrices  (*) 
Marquons,  sur  Tépure,  les  ordonnées  de  réactions  aux  appuis  inter- 
médiaires :   soient  A'^,  A'^,  A'^ ^k-^\  ^^^  points  ainsi  obtenus. 

Puis,  par  A^,  A'^,  Aj -^n-i»  ^n»  i^^i^ons  des  lignes  ayant  sur 

A^Aj^  des  inclinaisons  respectivement  égales  aux  inclinaisons  de 
réactions  aux  points  A^^,  A^,  A^ \_4»  \'  Ces  lignes  représen- 

(*)  Ici  la  première  et  la  dernière  travée  ont  deux  verticales  trisectrices,  el 
non  une  seule,  comme  cela  avait  lieu  dans  le  cas  du  repos  libre  sur  les  appois. 
car  les  moments  de  réactions  en  A^  et  en  Aj^  ne  sont  pas  nuls,  et  donnent  lieu 

à  deux  surfaces  de  chargement  qui,  dans  le  cas  de  la  poutre  de  section  con- 
stante,  sont  proportionnelles  à  -—^  >  -~  • 


--325  — 

tenï  précisément  les  cotés  du  deuxième  polygone  funiculaire  des 

réactions  qui  passent  par  A^,  A^,  A^  -^n-i'  ^n'  c'est-à-dire 

les  côtés  de  rang  impair. 

Pour  obtenir  les  côtés  de  rang  pair,  on  limite  les  côtés  de  rang 
impair  à  leurs  points  dlntersection  avec  les  verticales  trisectrices, 
et  on  joint,  deux  à  deux,  ceux  de  ces  points  qui  se  trouvent  sur  les 
deux  verticales  trisectrices  appartenant  à  une  même  travée. 

Le  deuxième  polygone  funiculaire  des  réactions  étant  tracé,  on 
remonte  au  premier  polygone  funiculaire  des  réactions  comme  il  a 
été  dit  aux  n"^  35  et  46.  Sur  chaque  appui  intermédiaire  on  trouve 
deax  moments  de  réactions  :  Ton  correspondanb  à  une  section  située 
immédiatement  à  gauche.  Vautre  à  une  section  située  immédiate- 
ment à  droite  de  Tappui. 


—  326  — 


•  I 


CHAPITRE  II 


Complément  de  méthode  graphique 


Détermination  directe  des  moments  fléchissants  sur  piles. 


L  —  Considérons  une  travée  quelconque  de  la  poutre  :  celle 
de  rang  (m)  par  exemple  ;  soit  DGE  la  portion  du  diagramme  des 
moments  de  charges  comprise  dans  cette  travée  ;  soit  HK  la  droite 
représentative  des  moments  de  réactions,  dans  cette  même  travée. 
Nous  superposons  ces  deux  diagrammes  pour  faire  plus  facilement 
la  différence  de  leurs  ordonnées. 


Picr.  2  7 


A 


1IM 


'M 


'm 


On  sait  qu*«n  un  point  M  quelconque  on  a , 

Jl  =  JAp  +  .x^. 

Sur  la  figure,  (+  [a^)  est  représenté  par  MP  et  ( —  {x^)  par  MN. 
D'où  : 


et  : 


uLz=MP  — MN, 


jx  =  (MP  —  ML)  —  (MN  —  ML)  =  LP — LX. 


Nous  appellerons  la  quantité  (+LP)  moment  de  charges  réduit,  et 
la  quantité  ( —  LN)  moment  de  réactions  réduit.  Nous  les  représente- 
rons respectivement  par  Mp  et  Mj^  ;  d'où  : 

ji  izz  Mj.  +  M^. 

Cette  relation  se  traduit  de  la  manière  suivante  : 

I.  —  En  cha(jue  point  de  la  ligne  moyenne  fléchie  de  la  poutre  continue ^ 


—  3«7  — 

k  moment  fléchissant  définitif  jx  est  égal  à  la  somme  alyéhrique  du  mo^ 
ment  de  charges  réduit  Mp  et  du  moment  de  réactions  réduit  M^, 

Nous  appellerons  maintenant  : 

1*  Inclinaison  de  charges  réduite  a'p,  et  ordonnée  de  charges  réduite  j/j,^ 

en  un  point,  l'inclinaison  et  Tordozinée  qui  se  produiraient,  en  ce 
point,  dans  la  poutre  A^Â^,  privée  de  ses  appuis  intermédiaires,  re- 
posant librement  sur  ses  appuis  extrêmes  A^  et  A^„  et  fléchie  par 

des  efforts  tels  que  les  moments  fléchissants  correspondant  à  ces 
efforts  soient  précisément  égaux  aux  moments  de  charges  réduits. 
—  Cest-à-dire  que  «j,  et  j/'p  sont  données  par  : 


yp=    I    <d^  = 


2**  Inclinaison  de  réactions  réduite  oj^,  et  ordonnée  de  réactions  réduite  y'^^ 

en  un  point,  l'inclinaison  et  Tordonnée  qui  se  produiraient,  en  ce 
point,  dans  la  poutre  A^A,^,,  privée  de  ses   appuis  intermédiaires, 

reposant  librement  sur  ses  appuis  extrêmes  A^  et  A^,  et  fléchie  par 

des  efforts  tels  que  les  moments  fléchissants  correspondant  à  ces 
efforts  soient  précisément  égaux  aux  moments  de  réactions  réduits. 
— ■  C'est-à-dire  que  oj^  et  y^  sont  donnés  par  : 


*R^  /  Êr«^      y^^  '  «-^= 


De  ces  définitions,  et  de  la  relation  précédemment  énoncée  entre 
les  moments  définitifs,  les  moments  de  charges  réduits,  et  les  mo^ 
ments  de  réactions  réduits,  on  déduit,  —  de  la  même  manière 
qu'aux  n^  3  et  14  de  la  méthode  analytique,  —  que  : 

En  chaque  point  de  la  ligne  moyenne  fléchie  de  la  poutre  con- 
tinue  : 

n.  —  L'inclinaison  définitive  est  égale  à  la  somme  aigébrique  de  F  in- 
clinaison de  charges  réduite ^  et  de  T  inclinaison  de  réactions  réduite. 

in.  —  V ordonnée  définitive  est  égale  à  la  somme  algébrique  de  Vor- 
donnée  de  charges  réduite  et  de  V ordonnée  de  réactions  réduite. 

D'autre  part  la  figure  même  montre  que,  sur  une  pile  quelcon- 


—  328  — 

que,  le  moment  de  charges  réduit  est  nul,  et  par  suite  :  k  moment 
fléchissant  définitif  sur  pile  est  égal  au  moment  de  réactions  réduit. 

Donc,  si  nous  pouvons  déterminer  les  moments  de  réactions 
réduits  sur  piles,  nous  aurons,  par  cela  même,  déterminé  les  mo- 
ments définitifs  sur  piles. 

Or,  de  ce  qui  a  été  dit  précédemment  (I,  II,  III),  il  résulte  que, 
—  les  moments  de  charges  réduits,  les  moments  de  réactions  ré- 
duits jouissant;  les  uns  relativement  aux  autres,  et  relativement 
aux  moments  définitifs,  des  propriétés  mêmes  dont  jouissent  les 
moments  de  charges  et  les  moments  de  réactions,  —  les  construc- 
tions, indiquées  pour  déterminer  les  moments  de  réactions  en 
fonction  des  moments  de  charges,  s'appliquent  en  tous  points  à  la 
détermination  des  moments  de  réactions  réduits,  en  fonction  des 
moments  de  charges  réduits. 

Il  reste  à  voir  comment  on  peut  construire  les  moments  de 
charges  réduits. 

Pour  cela,  il  suffit  de  remarquer  que  le  moment  de  charges 
réduit  n*est  autre  chose  que  le  moment  fléchissant  qui  serait 
développé,  par  les  charges  données,  dans  la  travée  considérée 
^m-i-^m^   ^^    cette  travée  n'était  pas   solidaire   du  reste    de.  la 

m 

poutre.  En  effet,  le  diagramme  ODPEQ  des  moments  de  charges 
développés  dans  la  poutre  -\A^  est  le  polygone  funiculaire  corres- 
pondant aux  charges  agissant  sur  A^^A^  ;  la  portion  DPE  de  ce  dia- 
gramme est  donc  le  polygone  funiculaire  correspondant  aux  charges 
agissant  sur  le  tronçon  considéré  A^_^A^,  et  DE  est  la  ligne  de 

fermeture  correspondante.  D'où  il  suit  que  (n**  24;  I)  les  portions  de 
verticales  comprises  entre  DPE  et  DE,  —  qui,  par  définition, 
représentent  les  moments  de  charges  réduits,  —  représentent 
également  les  moments  fléchissants  qui  seraient  développés,  dans 
la  travée  A^     A^,  si  cette  travée  n'était  pas  solidaire  du  reste  de 

la  poutre. 

On  construira  donc,  pour  chaque  travée,  le  diagramme  des  mo- 
ments fléchissants,  en  supposant  que  les  travées  ne  sont  pas  soli- 
daires (n""  24;  I);  puis  on  juxtaposera  ces  diagrammes  les  uns  à  la 
suite  des  autres  pour  former  le  diagramme  des  momeiits  de  charges 
réduits  pour  toute  la  poutre  A^A^^. 

Puis,  ainsi  qu'il  a  été  dit  précédemment,  on  se  servira,  pour  dé- 


—  329  — 

terminer  les  moments  de  réactions  réduits  sur  piles,  (c'est-à-dire  les 
nwments  fléchissaixts  définitifs  sur  piles)  des  constructions  indiquées 
pour  déterminer  les  moments  de  réactions  sur  piles. 

^9.  —  Efforts  tranchants.  —  Supposons  que  le  diagramme  des 
moments  définitifs  soit  tracé.  D'après  le  n**  1,  III,  si  Ton  mène, 
par  un  pôle  quelconque,  une  parallèle  au  côté  n  du  diagramme  cor- 
respondant à  un  point  M  (fig.  28)  et  une  parallèle  à  la  ligne  de  fer- 
meture A^A^  du  diagramme,  et  si  l'on  coupe  ces  parallèles  par  une 

verticale  distante  du  pôle  de  A  mètres,  le  segment  intercepté  par 
ces  parallèles,  sur  cette  verticale,  représente  l'effort  tranchant  en 
M,  à  Féchelle  adoptée  pour  représenter  les  charges  dans  le  premier 
polygone  funiculaire  des  charges. 


Tiq.  28 


ibr 


KH.  m  (EfTorl  tnaehani 


On  sait  donc  construire  l'effort  tranchant  en  chaque  point. 

Si  le  diagramme  était  curviligne,  la  parallèle  au  côté  du  dia- 
gramme, dont  nous  venons  de  parler,  se  transformerait  en  la  paral- 
lèle à  la  tangente  au  diagramme,  au  point  où  l'on  veut  déterminer 
l'effort  tranchant. 

Dans  le  cas  particulier  où  les  charges  sont  uniformément  répar- 
ties dans  chaque  travée,  l'effort  tranchant  varie,  dans  chaque  tra- 
vée, suivant  les  ordonnées  d'une  droite;  il  suffit  donc  de  déterminer 
les  efforts  tranchants  sur  piles.  A  cet  effet,  on  peut,  —  ainsi  que 
l'indique  le  D^  Winkler,  —  prendre,  sur  la  ligne  A^A^  (fig.  29),  à 


—  330  — 

droite  de  chacun  des  points  d'appui  A^_^,A^jdela  travée  considérée 

et  à  une  distance  A,  un  pôle  p  ;  puis,  par  les  deux  pôles  ainsi  obtenus, 
mener  des  lignes  respectivement  parallèles  aux  tangentes  pC^_^^ 

pC^  aux  points  extrêmes  C^_,,  C^;  ces  lignes  coupent  les  verti- 
cales des  appuis  A^_^  et  A^  en  des  points  t'^^^^t  ^,  tels  que A^_^ 


*;..» 


Tia.29 


riF^^- 


C-u  ^*  ^m  'm  représentent  les  efforts  tranchants  en  A^^,  et  A^^,, 
à  réchelle  adoptée  pour  représenter  les  charges  dans  le  premier 
polygone  funiculaire   des  charges;  ^^_^^^est  le  diagramme  des 

efforts  tranchants . 

Nota.  —  Les  tangentes  à  la  parabole  des  moments  fléchissants, 
en  C^_^  et  C^  se  déterminent  en  prenant  sur  Taxe  vertical  de  la 

travée  une  longueur  irp  =  %nn  et  tirant  pC^^^  ^^  P^m  (Pï*opri^l^ 
des  tangentes  aux  extrémités  d'une  corde  C,,,_^C^  conjuguée  à  un 
diamètre  np). 


I    I  «  <  i«a» 


11. 


—  381  ^ 


ANNEXE  I 

Application  de  la  méthode  analjrtique  au  calcul 
d'une  passerelle  à  trois  travées. 

Les  deux  poutres  du  tablier  métallique  {fig.  30)  sont  encastrées 
chacune  sur  quatre  pUes  également  métalliques. 


F%.  30 


0. 


.•♦•.1^.95. j< ftv-.A93. jgWbyMu...»*«.--*3,^s i...ft„^->3c93-....^.*,- 


I    • 


^«.-.«^^ -.,..,fe.^A*>.,i^ '. i»w.a7'9^- -X 

^ JÇ^fX;.»^ --^--; x;,x^36,. ^..; 

;^.  .•. î^fïX^f3![^"6k,i. *i 

\,^X^^'ZZZ'^:.J.l...^ i;?i4«-5ft?^> ~...^ 

i, 7.^..}^'.^.» '.9k J*- : i;rfM>6 ^ 


t 


Les  moments  d'inertie  de  la  section  verticale  de  la  poutre,  et  des 
séetions  horizontales  des  piles  ont  pour  valeuri^  : 

iVI  =  14.209;      10«Io  =  10«l3=:  22.020;      Wl^  =  Wl,z=:il, 

L'aire  de  la  section  verticale  de  la  poutre  est  égale  à  ; 

û  =  0°»%001480. 

Calcul  des  moments  de  charges. 

Soient  j?,,  J9„,  p^^^y  les  charges  par  mètre  courant  agissant  sur  les 

(ravees  Jx^a.|)  /\.fA.2)  A^Pia» 

Les  moments  de  charges  étant  les  moments  fléchissants  déve^ 
loppés  par  les  charges,  dans  la  poutre  A0A3  privée  de  ses  appuis 
A,  et  Aj*  et  reposant  librement  sur  A^  et  A3,  se  calculent  comme 
suit  : 


—  382  — 

En  prenant  les  moments  autour  de  A,  {fig.  31),  on  trouve  : 


Qap=- 


'AP 


^AP 


Fi<r.  31 


'n 


lU 


;....u 


j^ 


.1.'..^.' 


«; 


AP 


.!>. 


i: 


I» 

1 :      -l-»^--'! 


«Iw. 


En  effectuant  : 

Qap = -  2*  '82p.  -  ^'*»P..  -  6:07p,„. 
et,  par  suite  de  la  symétrie  de  la  poutre  : 

Q'ap  =  -  6'07Pi  -  *»<«Pn  -  ^*  >82P.„- 
Les  moments  de  charges  ont  dès  lors  pour  expressions  et  pour 


valeurs  : 

l*AP  ~  î^ÂP 


0     =UL*     =0. 


S? 


(1)  I  I^ÂP=  Qap^i  +Pi  Î  =- 219,80p. -HS,78i,„- 169,40 p„,. 


8» 
III 


!-1p  =  O'apSm,  +  Pn.  f  =  -  *69,40/>.  -  il8,78  p„  -  219,80  p„,. 

« 

Calcul  des  moments  de  réactions. 

Les  formules  (21  bis)  et  (22  bis)  du  n*"  23,  appliquées  en  y  faisant 
successivement  r  =  i,  i,  3,  en  chassant  le  dénominateur  ÉI,  et 
en  remarquant,  comme  nous  l'avons  déjà  fait  au  n^  22,  que 
l^ii,=  l4^,=  0'  donnent: 


EKUa-Vj) 


-  883  — 

(a)  VcUeurs  numériqites  des  coefficients  des  premiers  membres. 
Quand  la  pile  est  de  section  constante,  —  ce  qui  est  le  cas  ici, 
—  le  terme   général  t  relatif  à  cette  pile  de  rang  {q)  a  pour  ex- 
pression (n**  10)  : 

OÙ  I   est  le   moment  d'inertie  de  la  section  horizontale  de  la  pile. 
D'où: 


El' 


=-4) 


m 


6,85 

i^xio* 

EÎT,= 

-"-, 

N»«des 

Trrées 
1 

s 

S 
3 

S 
6 

—  1 

22.020 

EIto  =  - 

-       4,42 

8,   :^27;9 

5, 

j    ^9,30 

8, 

8. 

3 

-EIto=     13,72 

6,85 

21 

Eltj  =  - 

-4634,84 

2 

S„  -  8,3 

F  =2.77 

8.. 

f  =  1,38 

8. 
3 

-EItj  =  4644,14 

6,85 

21 

EIt2=- 

-  1634,84 

3 

8m  =27,9 

f  =  9,30 

^;"  -  4,65 

8„ 
3 

-  Ehi  =  4637,61 

6,85 

22.0^ 

ElTg::-- 

-       4,42 

8„ 
3 

8,„ 
3 

~EIt2= 4637,61 
-Eha  =  4644,14 

f 

8,„ 
3 

-EIt3=     13,72 

(b)  Valeurs  numéinques  des  coefficients  ^«  Pp  p, ,  p   ,  dans 

les  seconds  membres. 

Les  expressions  générales  des  seconds  membres  sont  {n?  22)  : 


v,=+ 


K 


L'  —V  =  — 


r-r-^  +  (2yr '4-2:1/-:)  -  (lyp,  +2'^^ 


i2 


Elles  se  réduisent  ici,  puisque  les  angles  d'encastremcats  de  la 
poutre  sont  nuls,  et  que  les  appuis  sont  de  niveau,  et  quVnfin  il  n'y 


CALCUL  DE  2«liP^ 

de  Jt, 

OinUBlH» 

lie    It, 

npRissioBi  n  YAUUM  sDa*>iui-u  aa  iiuiM  "^^AP^ 

• 

Pi 

■^'l.,  -P.    ^(     X-;-^^(L'-/;-ai))-4-    JU,23/.,    | 

1 

* 

=^v. 

—  333  — 


I  droite 
<!<•  A. 


i\i 


111 


Clif|ct  illiÉei 

â  gauche 

de  A, 


Pi 


CALCUL  DE 


2'Ap» 


BXPaSSSlOHS  ET  VALIUIIS  KUMBRlQUeS  DBS  TBRMSS 


«^Vap. 


^>A 


Pm 


P,    ^'  X',(-X'î  +  L='-/|  -a;  )  =  +  88.a86,0Op, 
Pu.  ^'  X,  (-  Xf  +  L«  -  n..  -  a;„)  =  +  83.041.87p.„ 


n 


'  n  -  «îi  )  =  +  44.113,60p„  \  =  cT^VaP, 


Par  suite  de  la  symétrie  de  la  poutre,  on  peut  immédiatement 
écrire  : 


'^«\p^^--3.7S4,<«p,  ~m»,53;),.  - 5.090,27 p„, 


^  S'Ap  "^  83.04i87p,  +  iiAi^,^p^^  +88.256,00p 


Les  valeurs  des  sommes  ci-dessus  calculées,  portées  dans  les 
expressions  de  V^  et  de  U^  —  V^  donnent  : 


EiV. 


+  cr:= Lj= !!+^2,«AP,  =  l-926,97p,+    538,40p„+    787,72p 


8, 


■El{l,-V,)=-<f 


EIV, 


2ZC  -|-  t.  *      " 


2î'APt-2'^AP* 


-  «f^a'^p^^i  2.94a,04p,+  i.076,79;.,,  +  l.b75,46p,„ 


«f^'ÀPt^    84i,457>,-V    504,33p„+    772,74p,„ 


[Ui:,-\^  =  -£^ i_J= «i"2"AP»=    "2.'*P,+    S04.33p„+     842,4îip 


11  Y. 


^  ^:^^ïl i__±^ '^  +  ^2*APt  =  l-'>A^6i'i  + 1. 076,79  p„+2.949,04p, 


^ 


X3^Y3)  =  ^^^  ^^\  -^-^'^«AP,^    787,72p.+    538,i0p„  +  1.926,97p 


'^ 


—  336  — 


Les  équations  entre  les  moments  de  réaction  sont  dès  lors  : 

*>^f*R|i  +4^U4fjL;,^— 4.634,8*  |i'J,p,=^  :2.949,0ip,  +  1.076,7i)p„  -f- 1.575,46/) 
4.634,84  (i^p, +4.637,01  (i';jj,+       1,38^,',^,=    842.ir>;),+    504,a3|)„+    77i,7ip 

^38t*Ve+^-^^^^*I'R|^.""^-^'^*'^^^'ni*,==    '^^2''^*/'i+    •^^^»33p„+    8l2,4op 
4.634,84  |x  *,j,^ + 4.644,14  [l^^^  +      4,65 1*  i,x,  =  ^  •5'75,4()  p^  +  i  .076,79p„  +  i.949,a4p, 

V).'»rt|.,+     *3,72|xjjj,^:-     787,72;),+    538,40p„  + 4. 926,97  p, 

En  résolvant  ces  équations,  on  trouve  : 


ni 


m 


iii 


III 


m 


(2) 


a"      — 


4G,30p,-  1,26  p„+  3,S8î»,„ 
277,79 />,  -r  117,79  ;)„  +  161,79p,„ 
277,76p,  +  117,82;,,,  + 161 ,78  p,„ 
161,78  p,  + 117,82  ft,  +  277,76  ft„ 
161,79p,  + 117,79/.,,  + 2^7,79  p,„ 
3,38  p.-     1,26  p„+   46,30  p,„ 


Moments  néohissants  sur  piles. 

En  cumulant  les  moments  de  charges  et  les  moments  do  réactions 
précédemment  calculés  (1,  2),  on  obtient  les  valeurs  suivantes  des 
moments  fléchissants  sur  piles  : 


/•- 46,30  p.- 1,26  p„+  3,S8  p„, 
(x«  =87,99  p,  +  2,01  p„-7,61  p,„ 
(.■'  =  57,96  p,  +  2,04  p„  -  7,62  p„, 


(X» — 7,62ft + 2,04  p„  +  57,96  p,„ 
(i» = -7,61  p, + 2,01  p„ + 57,99  p,„ 
|xî= +3,38p,-l,26p„+46,30p,„ 


1^; 


Moments  d'encastrements  sur  piles. 

D'après  le  n*  19,  les  moments  d'encastrements  ont  pour  expres- 
sions : 

l^R^-  f^  RpL«=       ^'^  Pi  -  <^'03  p„  +  0,0  J  i>„,      ixj  =  f.{,^-  ix'},^  =     3,58/>,  - 1 ,2(J;v  r  *« 

Réactions  sur  piles. 

Si  Ton  considère  la  poutre  A^jAj  comme  soumise  seulement  à  l'ac- 
tion des  réactions  Rp  Rg  des  appuis  intermédiaires,  et  des  moments 
d'encastrements  de  tous  les  appuis,  on  sait  que  le  diagramme  des 
moments  fléchissants  développés  dans  la  poutre  est  alors  celui  des 
moments  de  réactions  représenté  par  la  figure  32. 


—  337  — 


Soient,  dans  ces  conditions  de  flexion,  Q^  ,  Q',^  ,  les*  réactions 
sur  les  appuis  extrêmes  ;  on  a,  dès  lors  : 


i'V=rèf,+QV^'«  '''"^^    Q'r..=''"'^    ^"^ 


"H. 


K,67p,+4,26p„  +  8,29/),„. 


III 


et 


^'^^-^i^+(^+Q'K^yn    d'où:         R  =  Jïy-ii'  -Q',^  =8,30p.-4,26p„-22,%7p.,. 


ria-.  3  2 


«r 


Et,    en    vertu    du   principe  de  la  superposition  des  efiFets  des 
forces  : 

R.  =  Q  AP  +  Q  Rk^  =  -  0'  *«ft  +  0,11  ft,  -  13,33i),„. 

Enfin,  par  suite  de  la  symétrie  de  la  poutre  ; 

R,  :=  - 13,53  p,  +  0,11  p„  -  0,40  p„,      R.  =  -  22,27  p,  -  4,26  p„  +  8,30  p„,. 


Effet  de  la  dilatation. 


La  formule,  liant  entre  elles  les  compressions  développées  dans 
trois  travées  consécutives,  est  (n®  11)  : 


JLC      =8mr. 


En  faisant  successivement  v=l,  2,  dans  cette  relation,  et  en 
remarquant  que  C,  =  C,  : 

L3?;+3Z^;+   Eu.  J^'~  3Z7^^-*«"" 

h;    ,  85,(1 +mt)' 


SiTnt. 


Nous  supposerons  que  la  variation  de  température  ne  dépasse  pas 
25*;  ce  qui  conduit  à  prendre  inf  =  0,0003;   nous  attribuerons  au 


—  338  — 

coefficient  d'élasticité  la  valeur  E= 18  XiO^  Dans  ces  conditions 
les  formules  deviennent  : 

283,813 C,  — 283,438 C2  =8370    [  (  C,=2i.S61kg. 

}     d*où  :     1 
—  r>66,876  Q  +  560,907  Cg  =  2i  15    )  (  Co  ^  21.564  kg . 

Ces  compressions  développent,  à  la  base  des  piles,  des  moments 
fléchissants  qui  ont  pour  valeurs  : 

jio  =  pL3  =  CiH  =  168.243.  îJLi  =  fi3  =  (Q— C,)H  =  21. 

Nota, — Nous  ne  pousserons  pas  plus  loin  ces  calculs  numériques: 
il  nous  suffisait,  en  e£fet,  de  montrer  comment  les  moments  fléchis- 
sants, les  moments  d'encastrements ,  etc.,  pouvaient  se  calculer 

en  fonctions  des  charges  j)^,  p^^,  p^^^.  L'examen  des  diverses  hypo- 
thèses de  surcharges  se  ferait  d'ailleurs  aisément  au  moyen  des 
formules  à  coefficients  numériques  ci-dessus  établies. 

Il  faut  remarquer  qu'eu  égard  à  la  faible  valeur  des  moments 
d'inertie  des  deux  piles  centrales,  nous  aurions  pu,  sans  commettre 
une  grande  erreur,  négliger  la  flexion  de  ces  piles,  c'est-à-dire 
admettre  que  la  poutre  reposait  librement  sur  elles,  sans  encastre- 
ments; cette  hypothèse  nous  eût  conduit  à  faire  dans  les  formules  : 


ANNEXE  II 
Note  sur  le  premier  polygone  funiculaire. 

La  démonstration  que  Ton  donne  ordinairement  du  principe  1  du 
n®  24  est  purement  géométrique  ;  le  D^  Winkler  en  donne  la  démons- 
tration mécanique  suivante  : 

«  Si,  en  une  section  quelconque  de  la  poutre,  nous  coupons  le  poly- 
«  gone  funiculaire  en  menant  une  verticale  QR  (fig.  /4),  et  si  du  point 
«  R  nous  abaissons  une  perpendiculaire  RV  sur  la  ligne  de  ferme- 
u  ture  CD,  en  désignant  par  H  l'effort  horizontal,  par  S  l'effort  funi- 
<  culaire  dans  la  ligne  de  fermeture,  ot  par  [a  la  somme- des  moments 
«  de  toutes  les  forces  extérieures  situées  à  gauche  de  QR,  nous 
«  aurons,  comme  condition  d'équilibre  s*opposant  à  tout  mouvement 
«  de  rotation  autour  du  point  R  :  {a  =  S*(RV)  =  S»(QR)  cos  QRV, 


—  339  — 

«  ou  bien,  puisque  QRV  =  l'angle  de  S  et  de  H,  et  que  S.  cos  (S,H) 
■  =H: 

.a  =  (QR).H. 

«  H  représente  la  distance  polaire  ;  (puisque  dans  tout  polygone 
('  funiculaire,  la  projection  horizontale  des  tensions  dans  les  diverses 
«  barres  est  constante  et  égale  à  la  distance  polaire  évaluée  enK^V) 
«  par  conséquent,  le  moment  fléchissant,  en  tout  point,  est  propor- 
«  iionnel  à  la  hauteur  verticale  correspondante  du  polygone  funiculaire. 
«  En  prenant  H  égal  à  Tunité  de  forces,  ce  qui  est  certainement  à 
«  recommander,  on  aura  : 

|x  =  (RQ), 

«  et  Ton  pourra  poser  le  théorème  suivant  : 

«  Le  marnant  en  une  section  quelconque  de  la  poutre  est  représenté  par 
«  la  hauteur  verticale  correspondante  du  polygone  funiculaire  (*).» 

Nota.  —  Dans  la  citation  que  nous  venons  de  faire,  (QR)  n'a  pas 
la  valeur  qui  lui  a  été  attribuée  au  n**  24.  (QR)  est  ici  une  longueur 
mesurée  en  vraie  grandeur,  tandis  qu'au  n®  25  (QR)  est  la  ligne  qui 

représente  cette  longueur  sur  l'épure,  do  sorte  que  si -r  est  l'échelle 

des  longueurs,  la  longueur  (QR)  du  n°  1  est  l  fois  plus  petite  qu'ici. 
Donc,  si  l'on  donne  à  (QR)  la  signification  qu'il  a  au  n®  1,  on  doit 
écrire  : 

îiL=:(QK)/.H. 

Mais  H  est  la  distance  polaire  en  kilogrammes  ;  si  celte  distance 
polaire  est  représentée  sur  l'épure  par  une  longueur  A,  et  si  (/) 
kilogrammes  est  la  force  représentée  par  l'unité  de  longueur,  on  a  : 
U=^f.\.  D'où: 

îiL=(QR)A./-./, 

qui  est  bien  la  formule  du  n°  i . 

11  n'y  a  rien  de  pariiculicr  à  dire  au  sujet  des  principes  II  et  III 
du  n°  1.  Le  principe  II  résulte  du  mode  de  décomposition  counu  des 
forces  parallèles  en  deux  forces  parallèles  passant  par  deux  points 
donnés  A„  et  A.,. 

(*)  Exlrait  du  Trailé  de  construction  de  ponts  du  D*"  Winklcr,  professeur  à 
rÉcolo  polytechnique  de  Vionne. 


—  340  — 

Quant  au  principe  III,  Texamen  de  la  âgure  suffit  pour  faire  voir 
que  la  ligne,  que  nous  avons  dit  représenter  l'efiTort  tranchant  en  un 
point,  est  bien  la  somme  algébrique  des  lignes  représentant  les 
charges  et  la  réaction  situées  à  droite  du  point  considéré. 


ANNEXE  III 

Sur  la  représentation  graphique  de  la  ligne 

moyenne  fléchie. 

Voici  comment  s'exprime  le  D'  Winkler  au  sujet  du  tracé  de  la 
ligne  moyenne  ou  ligne  élastique  fléchie  : 

«  L'équation  différentielle  de  la  ligne  élastique  est,  comme  on 
((  sait  : 

da^  — Kl' 

«  L'équation  différentielle  d'une  courbe  funiculaire,  correspondant 
oc  à  une  charge  q  par  unité  de  longueur  horizontale  et  à  une  tension 
«  horizontale  constante,  est  : 

«  Il  en  résulte  que  la  ligne  élastique  nest  antre  chose  quune  courbe 
«  funiculaire,  pour  laquelle  h  charge  (variable)  rapportée  à  l'unité  df 
«  longueur  horizontale  est  représentée  par  le  'moment  [jl,  ou  le  quotient 

«  y,  et   où  El,  ou    respectivement  E,  représentent   la   tension  horizon* 

«  /afcH(**). 

(*)  Cette  équation  est  établie  dans  tous  les  traités  de  mécanique  au  sujet  des 
courbes  funiculaires  et  des  ponts  suspendus. 

(**)  Cette  démonstration  est  insuffisante  :  on  peut,  en  effet,  se  demander  ce 
que  deviennent,  dans  le  tracé  de  la  courbe  funiculaire,  —  autrement  dit,  dans 
l'intégration  graphique,  —  les  constantes  qui  entrent  dans  Tintégration  algé- 
brique. 

Pour  répondre  à  cette  objection,  considérons  une  poutre  A^Aj^  dans  laquelle 

nous  supposons  que  les  lois  de  variation  de  Ijj  sont  les  suivantes  :  dans  un 
premier  tronçon  ly)  =  /■^(x);  dans  un  deuxième  tronçon  (rj  =  ^2(^);— »^^^'^^^ 


—  341  — 

€  Il  faudra  donc  considérer  la  surface  des  moments  comme  une 
«  surface  de  chargement,  et  construire  la  courbe  funiculaire  corres- 
a  pondante. 

<  C'est  ainsi  que  M.  Mohr  a,  pour  la  première  fois,  effectué'  la 
((  représentation  graphique  de  la  ligne  élastique. 

ttSi,  au  lieu  de  supposerlatension  horizontale  égale  à  El  ouàE,  on  la 

1  1 

(  suppose  égale  à  -  El,  ou  -  E,  les  ordonnées  de  la  ligne  élastique 

1 

«  seront  n  fois  plus  grandes  ;  et  si  -  représente  sur  Tépure  Téchelle 

«  de  réduction  adoptée  pour  les  longueurs,  on  obtiendra  les  ordon- 
u  nées  de  la  ligne  élastique  en  vraie  grandeur. 

«Si  Ton  divise  la  surface  des  moments  en  plusieurs  parties  par  des 
«  lignes  verticales,  et  si  l'on  suppose  chacune  de  ces  surfaces  élémen- 
f  taires  concentrée  en  son  centre  de  gravité,  celles-ci  déterminent  un 
u  polygone  funiculaire  dont  les  côtés  sont  des  tangentes  à  la  ligne 
«  élastique  aux  points  situés  verticalement  au-dessous  des  lignes  de 
«  séparation  des  surfaces  élémentaires;  d'où  il  résulte  qu'on  peut 
«  mener  un  nombre  quelconque  de  tangentes  à  la  ligne  élastique.  Il 
<  faudra  naturellement,  dans  le  polygone  des  forces,  porter  les  sur- 
it faces  représentant  les  moments  positifs,  en  sens  inverse  de  celles 
«  qui  représentent  les  moments  négatifs. 

«  Si,  au  lieu  de  di- 


îig^.  33 


«  viser  la  surface  des 
«  moments  par  des 
<  lignes  verticales , 
«  on  la  divise  par  des 
«  droites  obliques  (^/îgf. 
«  33),  la  direction  des 
«  côtés  extrêmes  du 
«  polygone  funiculaire 
«  sera  la  même  que 
«  dans  le  cas  d'une  division  par  des  lignes  verticales,  car  la  hauteur 


équations  différentielles  de  la  ligne  moyenne  fléchie  dans  ces  tronçons  sont  dès 
lors  respectivement  §  =  |  A  (a?)  ;  §i  =  g^2  (a^)  ; •  etc .    L'intégraUon  de 

ces  équations  différentielles  introduit,  pour  chacune  d'elles,  deux  constantes. 
Ces  constantes  se  déterminent  par  la  condition  du  raccordement  tangentlel  des 
divers  tronçons  entre  eux,  et  par  la  condition  de  nullité  des  ordonnées  de  la 


-  312  — 

«  verticale  entre  les  rayons  correspondants  du  polygone  des  forces 
«  correspond  à  la  totalité  de  la  charge.  Donc,  dans  ce  cas  aussi,  les 
«  côtés  extrêmes  du  polygone  funiculaire  sont  des  tangentes  à  la 
«  ligne  élastique  aux  points  extrêmes  de  la  portion  considérée  de 
«  cette  ligne.  » 


ANNEXE  IV 


Application,  de  la  méthode  graphique  à  une  poutre 

de  pont  à  cina  travées. 


(Voir  Tépurc  a  la  planche  106). 
Portées  des  travées    l  ^ _     -^- 

Poids  mort  par  M.  courant  de  poutre  j3'  =  1.150  k. 
Surcharge  id.  id.  p  =2.000  k . 

La  poutre  est  supposée  de  section  constante. 
Ses  six  appuis  sont  de  niveau. 

F  Moments  fléchissants. 

Nous  appliquerons  la  méthode  du  n®  48  dans  deux  hypothèses  de 
surcharge  : 

1^  Travées  1,  2,  4,  5  surchargées. 

2"  Travées  2,  3,  5  id. 

La  détermination  des  moments  fléchissants  {u9*  48  et  36)  comporte 
les  opérations  suivantes  : 

ligne  moyenne  fléchie  en  A^  et  en  Aj^.  —  Les  constantes  n'interviennent  donc, 

dans  le  calcul  algébrique,  que  pour  exprimer  ces  deux  dernières  conditions,  qui 
sont  précisément  remplies  dans  le  tracé  de  la  courbe  funiculaire  : 

1<»  Celle  du  raccordement  tangentiel,  par  le  tracé  lui-môme. 

2®  Celle  de  la  nullité  des  ordonnées  extrêmes,  en  A  et  A^^,  par  la  position 

que  Ton  donne  à  la  ligne  de  fermeture.  Donc  on  peut  affirmer  que  la  courbe 
funiculaire  a  mAnc  équation  que  la  ligne  moyenne  fléchie. 


—  343  — 

/^  Tracer  kpremierpolygo7ie  funiculaire  des  chargesrédiiit,  (Diagramme 
des  moments  de  charges  réduits.)  —  Nous  devons,  à  cet  effet,  sup- 
poser que  les  travées  ne  sont  pas  solidaires,  construire  les  dia- 
gammes  des  moments  fléchissants  qui  y  seraient  produits  dans  ces 
conditions,  et  juxtaposer  ces  diagrammes  les  uns  à  la  suite  des 
autres. 

On  peut  faire  cette  opération  graphiquement  (n®  24,  I).—  Si  nous 
adoptons  pour  échelle  des  longueurs,  0°*,002  par  mètre,  c'est-à-dire 

j  =  KnAc'  ®'''  ^^^^  échelle  des  forces  0",005  pour  10.000,  c'est-à- 

1  1 

dire  7—0  a/ia  /uva»  —et  si  nous  voulons  que  les  moments  soient 

1  1 

représentés  à  Téchelle  de  0^,005  pour  100.000,  ou  ~"  ==  ârnwnïïin' 

nous  devons  (toujours  d'après  le  n°  24),  prendre  pour  distance  polaire 
A,  la  longueur  donnée  par  : 

A/7_  ,      m  20.000.000      _^^  ^^ 

Afi—m,    ou    ^-Ji  —  j:ôWMÔX^'~     ' 

Mais  ici  le  tracé  graphique  n'est  pas  aussi  rapide  que  le  calcul, 
car,   les   charges  étant  unif or-  p-      04 

mément   réparties  sur  chaque 
travée,   on  sait  que  les  cour- 


bes des    moments   de   charges 
réduits   (fig.    3i)  sont  simple- 
ment   des    paraboles    dont   les    axes  coïncident    avec    les    axes 
verticaux   des  travées,   et  dont  les   ordonnées  M^p  des  sommets 

sont  données,  d'une  manière  générale,  par  M^p  =  rr^S-. 

Ces  maximum  sont,  pour  chaque  travée,  les  seules  quantités  inté- 
ressantes. Leurs  valeurs  sont,  dans  les  deux  hypothèses  de  sur- 
charge ci-dessus  définies  : 

r*  hypolhcse  2«  hypothèse 

l«lravée. ...  M^^p  =  . . . .  ^  (p'  +p')Ô;  =     816.057  ....  gp'ôj  =    297.925 

^       id M'p=....-J-(p'+/>'')8î  =  i.234.8()0....i(p'  +  p)Ô5  =  1.234.800 

o  o 

3*^       id M^flP  ^  •  •  •  •  g  P'^l  =     4^)0.000  ....  g  (;/  +  p)Z]  ^-  i.23i.800 


-  344  - 

4°      id M^p=.   ..g  {p'  +  p")3î  =  1.231.800....  ||)'8Î  .-^    4S0.800 

5^      id M^^p  =  . . . .  I  (p'  +pyi  =     816.0S7  ....  g  (p'  +pyi  =    816.œ)7 

SP  Déduire   du  fremier  polygone  funiculaire  des  charges  réduit,  le 
deuxième  polygone  funiculaire  des  charges  réduit,  cest-à-dire  les  ordonnéea 
de  charges  réduites  aux  points  A^,  A,,  A3,  A4.  (Voir  n®*  48  et  29). —  Les 
aires  de  décomposition  de  la  surface  de  chargement  sont  ici  (fig,  3i 
des  segments  paraboliques,  dont  les  surfaces  ont  pour  expression 

2 

générale  qM^p^?  ^t  dont  les  centres  de  gravité  sont  situés  sur  les 

axes  verticaux  des  travées. 

Prenons  A  — 82  =  83  =  54,  il  vient,  pour  valeurs  des  efforts  fictifs 
servant  à  tracer  le  deuxième  poljgone  des  forces,  et  le  deuxième 
polygone  funiculaire  des  charges  rc'^duit  : 

{r«  hypolhèso  s*  hypoUièsc 

l^travéc. ...  ImI.»  ^*  ==....  544.038 ^  ... .  198.617 ^ • 

2*      id ^Mj^p     --.....823.200     .   ..823.200. 

3«      id ^M?„p     =....300.533     ....823.200- 

4«      id ?Mj,p     =....823.200     ....300.523 

5«      id |m^p^  =  .... 544.038^.... 544. 038|î. 

3    '"'^02  Ô2  Sj 

Nous  donnons  à  la  distance  polaire  la  valeur  B  =  0",100. 

Les  efforts  fictifs  correspondant  aux  travées  intermédiaires  sont 

(!!valués  numériquement  dans  le  tableau  qui  précède.  Quant  à  ceux 

correspondant  aux  travées  extrêmes  1  et  5,  ils  sont  les  produits  de 

2  2  i 

quantités  connues  qM)^p»  nM^ppar  iin  rapport  constant  j-'  Au  lieu 


d'effectuer  ces  produits,  nous  construisons  géométriquement  la  ligne 

8 
B~,  ainsi  que  l'indique  l'épure;  puis,  sur  une  verticale  a /'jsituéeà 


B, 


'22- 
une  distance  B^dupôleO,  nous  portons  les  longueurs  ^M*  n'ô^Cr 

correspondant  aux  travées  extrêmes,  ce  qui  revient  au  même  que  do 


—  3fô  — 


2         3     2    -    s 
porter  les  longueurs  qM^p^'  Q^mp=^  ^^^  ^^  verticale  aj^  distante 

,0  0}      O  O2 


-M'         -M'    -  -M*        -M'   ^ 

de  B  du  pôle,  car  ±-^  =  ^-^  ,  et  ^  =  ^-55-^^ .    Ainsi , 

B?^  B  3^  B 


0  0 

I  I 


pour  la  première  hypothèse  de  surcharge,  par  exemple,  on  porte 

2  .        .     ^^         B  , 

rt'6'  zrrJ^M*    '    et   Ton  a,   en   tirant    oa.,  06' : -^r?  = —tt  5    d'où 


'■"      B? 


^       2^.1    8 


afi^==a\b\  ~  :=  n^mPT  ;  «,&,  ^st  donc  bien  la  charge  fictive. 

Le  polygone  des  charges  fictives,  ou  deuxième  polygone  des 
forces,  correspondant  à  la  première  hypothèse  de  surcharge  est 
ctfi^c^d^ej^;  celui  qui  correspond  à  la  deuxième  est  0'^pn^\i^^^^^J^x' 

Les  polygones  funiculaires  correspondants,  ou  deuxièmes  polygones 
funiculaires  des  charges   réduits,  sont  respectivement  a,S,ï,5,€jr^,7j, 

^ii*iiXAi^u%^ir  Leurs  lignes  de  fermeture  (xp^,  a^^a,^  n'ont  pas  été 
tracées  comme  étant  inutiles. 

3^  Tirer,  far  différence  entre  les  ordomiées  définitives  données  et  les 
ardonnées  de  charges  réduites^  les  ordonnées  de  réactions  réduites  aux 
points  d'appuis  intermédiaires.  —  Ici,  les  appuis  étant  de  niveau,  les 
ordonnées  définitives  sont  nulles,  et  les  ordonnées  de  réactions 
réduites  sont  égales  aux  ordonnées  de  charges  réduites  et  de  signes 
contraires.  On  peut  donc  dire,  en  renversant  la  convention  relative 
aux  signes,  que  les  ordonnées  de  réactions  réduites  sont  représentées 
par  les  portions  de  verticales  des  appuis  comprises  entre  les  deuxièmes 
polygones  funiculaires  des  charges  réduits  et  leurs  lignes  de  ferme- 
ture. 

Ces  lignes  de  fermeture  ne  sont  pas  nécessairement  horizontales  ; 
ce  qui  n'influe  nullement  sur  les  constructions  ultérieures. 

4*  Tracei\  au  moyen  des  ordonnées  de  réactions^  le  deuxième  polygone 
funiculaire  des  réactions  réduit,  et  remonter  de  ce  polygone  funiculaire 
aux  moments  de  réactions  réduits  sur  piles,  c'est-à-dire  aux  moments 


-  346  - 

fléchissants  sur  piles.  —  Le  tracé  du  deuxième  polygone  funiculaire 
des  réactions  réduit  s'effectue  comme  il  a  été  dit  n«  37.  Nous  no 
traçons  que  les  côtés  de  rang  pair  qui  seuls  sont  utiles. 

Pour  remonter  aux  valeurs  des  moments  de  réactions  réduits  sur 
piles  (ou  aux  moments  fléchissants  sur  piles  qui  leur  sont  égaux),  on 
s'appuie  sur  ce  que  les  parallèles  aux  côtés  de  rang  pair  du  deuxième 
polygone  funiculaire  des  réaetioiis  réduit,  menées  par  un  pôle  quel- 
conque, interceptent,  sur  une  verticale  sitiiée  à  une  distance  B  de  ce 
pôle,  les  quantités  : 

^    2A       ^    2A       ^     2A       ^    2A 
ou,  puisque  A  =82  =  53  =  54,  et  que  8,  =  §5  : 

184 +  82  9  3  l8l~t~82 

Au  lieu  de  mener  ces  parallèles,  nous  traçons,  à  gauche,  par 
exemple,  des  contre-verticales  des  piles  Aj  et  A3,  des  verticales 
distantes  de  B  de  ces  contre-verticales;  les  segments,  interceptés  sur 
ces  verticales  parles  côtés  de  rang  pair  qui  se  coupent  sur  les  contre- 
verticales  considérées,  représentent  [x^  et  [t?  (à  Téchelle  de  O'",00o 
p.  100.000).  —  A  gauche  des  contre-verticales  des  piles  A^  et  Aj,  et 

25 
à  une  distance  B  r—|^,  nous  menons  des  verticales  sur  lesquelles 

©1  +  ^2  . 

les  côtés  de  rang  pair,  qui  se  coupent  sur  ces  contre-verticales,  inter- 
ceptent les  quantités  \l\  [x*  (à  l'échelle  de  O^'.OOS  p.  100.000). 

25 
La  construction  de  la  longueur  B  ^   ^\  est  indiquée  sur  Tépure. 

Nous  donnons  aux  moments  sur  piles  ainsi  déterminés  un  indice 
en  chiffres  romains,  qui  indique  le  numéro  de  l'hypothèse  de  sur- 
charge à  laquelle  ils  correspondent* 

5°  Cumuler,  en  tenant  compté  de  lettre  signes,  les  moments  de-  char(p 
réduits,  et  les  moments  de  réactions  réduits,  ce  qui  donne  les  moments 
définitifs  en  chaque  point,  — ■  Nous  traçons  d'abord  le  diagramme  des 
moments  de  réactions  réduits  Ao(Ci)j(C2),(C3),(C4)^A5  pour  la  première 

hypothèse  et  Ao(Ci)j,(C2)„(C3)^j(C4)jj  A^  pour  la  deuxième.  Cela  fait,  con- 
sidérons la  travée  de  rang  3,  par  exemple  i  CgCg  y  représente  les 


—  347  — 

moments  de  réactions  ri^duits,  et  la  parabole  AJcA^  les  moments  de 
charges  réduits  (fig.  35).  En  cumulant  les  ordonnées  de  la  parabole 
AjfcAj  et  celles  de  la  droite  C2C3,  on 
obtient  une  parabole  Ca^^C.,  passant  en 

un  point  (m),  tel  que  mn  =  A/  =  M^p- 

(np  étant  Taxe  de  la  travée.) 

Les  tangentes   en    C,  et  C3   à  la 
parabole  se  coupent  en  (p),  tel  que 


Fier.  35 


mP" 


On  peut,  dès  lors,  construire  cette 
parabole  comme  enveloppe  d*une  droite 
dont  la  projection  horizontale  est  con- 

stante  et  égale  à  -J^et  dont  les  extrémités 

s  appuient  sur  Cjp  et  Cgp. 

Cette  manière  d'engendrer  la  parabole  donne  immédiatement  la 
construction  du  moment  maximum  dans  la  travée.  En  effet,  en  ce 
point  (u)  la  tangente  à  la  parabole  est  horizontale  ;  elle  rencontre 
C^  et  C3P  en  (q)  et  (r)  ;  la  projection  horizontale  de  qr  est  égale  à 

^,  d'après  ce  qui  vient  d'être  dit;  donc  qr  =  ^.  D'où  la  construction 


3, 


suivante  :  porter  st^J  et  mener  tq  parallèlement  à  Cgp:  l'horizon- 
tale du  point  {q)  est  la  tangente  cherchée  ;  son  ordonnée  représente 
le  moment  maximum  dans  la  travée  Â2A3. 

n^  Efforts  tranchantSâ 

Nous  leur  appliquons  la  méthode  du  n®  49.  D'après  ce  qui  a  été 
dit  plus  haut,  pour  que  j  les  efforts  tranchants  soient  obtenus  à 
réchelle  de  0*,005  p.  lOiOOO,  on  doit  prendre  les  pôles  (p)  à  des  dis- 
tances A  des  appuis,  égales  à  O^jOâO* 

Nota.  — »  Le  point  où  la  droite  représentant  les  efforts  tranchants 
dans  une  travée  rencontre  l'horizontale  des  appuis  correspond  au 
maximum  du  moment  fléchissant  dans  la  travée;  La  verticale  de  de 
point  passe  donc  par  le  sommet  de  la  parabole  desmomentsj  sommet 
dont  la  tangente  a  été  déterminée  précédemment: 


TABLE  DES  MATIÈRES 


Pans 

Préambule • t% 

PREMIÈRE  PARTIE 

Chapitre  premier.  —  Mélhode  générale  de  calcul  des  poutres  droites  à 
plusieurs  travées,  reposant  librement  ou  encastrées  sur  leurs  appuis.     236 

Chapitre  II.  —  Complément  de  méthode  analytique  ayant  pour  objet  la 
détermination  directe  des  moments  fléchissants  dus  aux  réactions  sur 
piles 278 

DEUXIÈME  PARTIE 

Chapitre  premier.  —  Détermination  graphique  des  moments  fléchissants 
développés  par  l'application  de  charges  quelconques,  dans  une  poutre 
continue  reposant  sur  des  appuis  situés  a  des  niveaux  quelconques  .     ^3 

Chapitre  IL  —  Complément  de  méthode  graphique  ayant  pour  objet  la 
détermination  directe  des  moments  fléchissants  sur  piles 3i6 

'  ANNEXES 

Annexe  I.  —  Application  de  la  méthode  analytique  au  calcul  d'une  pas- 
serelle à  trois  travées ÎWI 

Annexe  II.  —  Note  sur  le  premier  polygone  funiculaire 338 

Annexe  III.  —  Sur  la  représentation  graphique  de  la  ligne  moyenne 
fléchie 340 

Annexe  IV.  —  Application  de  la  méthode  graphique  à  une  poutre  de  pont 
à  cinq  travées 3ii 


CHRONIQUE 


SoniAiRE.  —  Le  goz  naturel  oux  États-Unis.  ~~  Les  ateliers  de  Baldwin  (^tiito  ti  /!»)•— 
Sons-produits  de  la  fabrication  du  coke.  —  Le  système  métrique  et  ses  adTersaires.  — 
Les  chemins  de  fer  au  Japon. 


Le  ipaas  naturel  aux  Etats-Unis*  —  L  emploi  du  gaz  natu- 
rel comme  combustible  semble  être  entré  tout  à  fait  dans  la  pratique 
industrielle  dans  certaines  régions  des  États-Unis.  Voici,  à  ce  siget, 
d'intéressants  renseignements  extraits  d'une  communication  faite  par 
M.  A.  Carnegie  à  Xîron  wnA  Steel  Inslitute, 

On  avait  depuis  longtemps  remarqué  que  certains  puits  forés  pour  ob- 
tenir du  pétrole  ne  donnaient  que  du  gaz  au  lieu  de  liquide,  et  on  avait, 
dans  plusieurs  endroits,  utilisé  ce  gaz  pour  le  chauffage  des  chaudières 
des  machines  servant  à  pomper  l'huile;  mais  ce  n'est  que  plus  tard  qu'on 
eut  ridée  de  conduire  ce  gaz  à  distance  pour  l'employer  dans  les  usines 
métallurgiques  de  Pittsburg,  la  localité  industrielle  la  plus  voisine.  Les 
premières  applications  ne  furent  pas  assez  heureuses  pour  attirer  l'atten- 
tion ;  on  eut  beaucoup  de  désagréments  par  suite  du  débit  irrégulier  des 
puits,  des  fuites  dans  les  conduites  et  de  défauts  dans  les  appareils  brû- 
leurs.   . 

Il  j  a  environ  sept  ans,  une  compagnie  forait  un  puits  à  Murrays* 
ville,  à  30  kilomètres  environ  de  Pittsburg.  On  était  parvenu  à  la  pro- 
fondeur de  400  mètres,  lorsque  la  sonde  fut  brusquement  refoulée  et  pro- 
jetée en  l'air  à  une  grande  hauteur,  tandis  que  la  chè\Te  était  brisée  et 
les  fragments  dispersés  par  un  terrible  échappement  de  gaz. 

Le  bruit  causé  par  la  colonne  gazeuse  s'entendait  à  10  kilomètres.  On 
ajusta  des  tuyaux  de  8  centimètres  à  la  bouche  du  puits  et  on  enflamma 
le  gaz,  ce  qui  produisit  une  flamme  énorme  qui  éclaira  tout  le  pays. 
Bien  que  le  puits  ne  fût  pas  à  une  bien  grande  distance  d'usines  métal- 
lurgiques, on  laissa  brûler  en  pure  perte  ce  combustible  naturel  pondant 
cinq  ans.  A  cette  époque,  le  charbon  était  moins  cher  qu 'aujourd'hui  et 
on  ne  voulait  pas  mettre  une  somme  assez  importante  aux  travaux  de 
conduite  du  gaz.  On  dépensait  3  fr.  75  de  combustible  par  tonne  de  rails 

23 


—  3SU  — 

achevés,  et  cette  dépense  ne  paraissait  pas  assez  importaute  pour  justi- 
fier rimmobilisation  d*un  capital  de  plusieurs  millions  de  francs. 

Il  y  a  deux  ans,  une  compagnie  offrit  de  poser  les  conduites  et  d*ame- 
ner  le  gaza  ses  frais  dans  les  usines,  moyennant  le  payement  annuel  d'une 
somme  égale  à  la  somme  dépensée  pour  le  charbon  jusqu'à  concurreuce 
du  prix  d'établissement  des  conduites,  l'annuité  étant,  après, réduite  à  la 
moitié  de  la  somme  qui  aurait  été  dépensée  pour  le  charbon.  H  a  suffi  de 
dix-huit  mois  pour  payer  la  conduite  »  et  maintenant  les  forges  réalisent 
une  économie  de  moitié  sur  leur  dépense  précédente  de  combustible. 
Depuis,  d'autres  compagnies  ont  établi  deslignes  de  conduites  des  puits 
jusqu'à  des  distances  de  25  à  30  kilomètres. 

M.  Carnegie,  en  visitant  le  district  principal  du  gaz  naturel,  à  Murrays- 
ville,  a  constaté  l'existence  de  neuf  ^  puits,  dont  Tun  est  estimé  débiter 
800,000  mètres  cubes  de  gaz  par  vingt-quatre  heures.  La  partie  où  se  trouve 
le  gaz  a  800  mètres  de  large  sur  6  à  8  kilomètres  de  longueur.  Au  delà, 
ou  trouve  des  sources  d'eau  salée  qui  empêchent  le  dégagement  du  gaz. 
Il  y  a  une  dépression  qui  interrompt  la  couche,  et  ou  n'en  a  pas  encore 
recherché  la  continuation,  mais  on  la  trouvera  sans  nul  doute  à  quelque 
distance»  Il  y  a  un  autre  district,  celui  de  Washington,  à  30  kilomètres 
au  sud-ouest  de  Pittsburg,  où  il  y  a  quatre  puits  en  fonctionnement  et 
plusieurs  en  forage.  Plus  à  l'ouest,  est  un  autre  gisement  qui  alimente 
quelques  usines  àRochester  et  Bever-Falls.  Enfin,  en  continuant  à  tourner 
autour  de  Pittsburg,  on  rencontre  au  nord-ouest  le  gisement  de  Butler, 
et,  près  de  la  rivière  Alleghany,  celui  de  Terentum,  qui  fournit  une  partie 
importante  du  gaz  consommé  dans  le  pays.  11  y  a  donc  cinq  gisements 
de  gaz  autour  de  Pittsburg,  à  une  distance  de  25  à  30  kilomètres  de  cette 
ville.  Dans  la  ville  même,  on  a  foré  quelques  puits,  mais  la  faiUe  existe 
probablement  au  centre  du  cercle,  car,  bien  qu'on  y  ait  trouvé  du  gaz, 
l'irruption  de  l'eau  salée  a  arrêté  son  dégagement. 

A  Murraysville,  la  sortie  du  gaz  a  lieu  avec  une  vitesse  telle,  par  des 
tubes  de  O'",!^  de  diamètre,  que  le  gaz  ne  s'enâamme  qu'à  une  distance 
de  près  de  2  mètres  de  l'orifice.  La  flamme  forme  une  colonne  de  feu. 
sans  donner  la  moindre  apparence  de  fumée. 

On  estime  le  coût  des  conduites  au  prix,  assurément  très  bas,  de 
23,000  francs  le  kilomètre,  de  sorte  que  la  dépense  pour  amener  le  gaza 
Pittsburg  s'élève  à  675,000  francs.  Le  forage  coûte  à  peu  près  2S,000  francs. 
Voici  comment  on  procède  :  on  installe  une  chèvre  et  on  commence  par 
descendre  dans  le  terrain  d'alluvion  un  tube  en  fer  de  0",15de  diamètre 
jusqu'à  une  profondeur  de  20  à  30  mètres.  On  emploi  ensuite  des  trépans 
pesant  de  1,200  à  1,500  kilogrammes,  avec  une  levée  del"^,20  à  l^fSOf 
mus  par  la  vapeur,  laquelle  est  obtenue  avec  du  gaz  amené  des  puits 
voisins  par  une  petite  canalisation  provisoire.  On  fore  ainsi  un  trou  de 
0"S20  jusqu'à  une  profondeur  de  iSO  mètres,  et  on  y  met  un  tube  do 
0",14  pour  empêcher  Taccês  de  l'eau  des  couches  supérieures  :  on  conti* 
nue  le  sondage  sur  0"*,15  de  diamètre  jusqu'à  ce  qu'on  trouve  le  ga«5  on 
tube  alors  avec  des  tuyaux  de  0",10  de  diamètre.  Le  forage  du  puits  et 


—  351  — 

le  tabage  durent  de  quarante  jours  à  denx  mois.  La  plus  grande  produc- 
tion atteinte  par  un  puits  est  de  800,000  mètres  cubes  par  rîngt-quatre 
heures,  comme  il  est  indiqué  plus  haut,  mais  la  moitié  de  ce  chiffre  est 
indiquée  comme  un  bon  rendement.  La  pression  à  la  sortie  du  puits  atteint 
quelquefois  14  kilogrammes  par  centimètre  carré  et,  sur  les  lieux  de 
consommation,  c*es^àrdire  à  15  ou  SO  kilomètres  du  puits,  la  pression  est 
encore  de  5  kilogrammes.  On  fait  souvent,  aux  environs  des  puits,  agir 
la  pression  des  gaz  sur  de  petites  machines  pour  obtenir  de  la  force 
motrice. 

lira  actuellement  onze  lignes  de  conduites  différentes  pour  desservir  les 
établissements  industriels  des  environs  de  Pittsburg.  Le  diamètre  maximum 
atteint  0",305  ;  le  diamètre  de  0",20  est  très  employé  ;  à  l'origine,  on 
n  avait  posé  que  des  tuyaux  de  O^^iS^  On  perd  encore  actuellement  la 
plus  grande  partie  du  gaz  eu  attendant  que  son  emploi  soit  devenu  géné-^ 
rai  dans  les  usines. 

On  estime  que  les  forges  et  aciéries  de  la  ville  de  Pittsburg  consomment 
environ  166,000  bushels  (1)  de  charbon  par  jour,  et,  bien  que  le  combus* 
tible  gazeux  ne  soit  en  usage  que  depuis  deux  ans,  on  en  consomme  déjà 
l'équivalent  de  40,000  bushels  de  charbon  par  jour,  soit  à  peu  près  le 
quart  de  la  consommation  totale.  Des  verreries,  qui  brûlaient  journeller 
ment  10,000  bushels  de  charbon,  n'emploient  plus  que  le  gaz  naturel. 

En  dehors  de  la  ville  même,  la  consommation  de  gaz  est  à  peu  près  la 
même.  On  estime  que  l'emploi  général  du  gaz  économiserait  le  travail 
journalier  de  5,000  ouvriers. 

A  côté  de  l'économie,  il  y  a  la  question  très  importante  de  la  pureté 
du  combustible,  avantage  capital  pour  la  métallurgie,  la  verrerie  et 
autres  applications  industrielles. 

En  présence  de  la  quantité  indéfinie  de  gaz  dont  on  peut  disposer,  on 
n  a  pas  jusqu'ici  cherché  à  l'économiser  et  on  n'a  employé  pour  le  brûler 
que  des  dispositions  primitives.  Mais  on  s'occupe  maintenant  d'employer 
ce  gaz  pour  Féclairage,  pour  lequel  il  a  une  grande  supériorité  sur  le 
gaz  de  houille  ;  on  dit  même  que,  fût-il  cher  au  lieu  de  l'être  beaucoup 
moins,  il  y  aurait  encore  avantage  à  l'employer  pour  l'éclairage. 

L'emploi  du  gaz  naturel  a  amené  un  résultat  très  appréciable  à  pre- 
mière vue.  Une  région  primitivement  aussi  noire  qu'aucun  district  métal- 
lui-gique  au  monde,  est  en  train  de  devenir  aussi  propre  qu'un  pays  où 
la  houille  serait  inconnue.  Des  aciéries  où  on  voyait  trente  chauffeurs 
nus  jusqu'à  la  ceinture,  travaillant  pendant  huit  heures  (soit  90  chauffeurs 
pour  les  34  heures),  au  chauffage  des  chaudières  dévorant  400  tonnes  de 
combustible  par  jour,  n'exigent  plus  qu'un  seul  homme  pour  veiller  à  ra= 
limentation  de  tous  les  générateurs.  On  ne  sait  plus  ce  que  c'est  que  la 
fumée.  Les  parois  des  anciennes  soutes  à  charbon  avoisinant  les  fOurs 
à  puddler  sont  aujourd'hui  peintes  en  blanc. 

Il  ne  faut  pas  se  dissimuler  qu'il  y  a  certaines  précautions  à  prendre 

t)  Le  Imsh^l  de  FiUsbarg  est  de  76  livres,  soit  34^5  kildgrommes. 


—  382  — 

avec  remploi  du  gaz.  Les  canalisations  sont  à  surveiller  ;  les  fuites  de 
gaz  ont  quelquefois  amené  des  explosions,  surtout  en  hiver,  lorsque  la 
teiTe  est  ge\àe  et  s'oppose  à  l'infiltration  du  gaz  qui,  alors,  se  répand 
dans  des  espaces  où  il  peut  s*onflaninier.  Dans  les  usines,  on  place  autant 
que  possible  les  tuyaux  hors  du  soi. 

Le  rapport  suivant,  rùdi«:é  par  une  commission  dty  la  Société  améri- 
caine des  Ingénieurs  Mécaniciens,  peut  donner  une  idée  de  la  valeur  du 
nouveau  combustible. 

Le  gaz  naturel  est,  après  l'hydrogène,  le  combustible  gazeux  le  plus 
puissant;  il  est  en  même  temps  très  économique,  parce  qu*on  peut  utiliser 
presque  toute  sa  capacité  calorifique.  Comme  il  est  très  pur  et  notam- 
ment exempt  de  soufre,  il  est  bien  supérieur  à  la  houille  pour  les  appli- 
cations industrielles.  Son  emploi  est  très  avantageux  pour  la  production 
de  la  vapeur;  on  peut  régler  l'arrivée  de  Tair  d'une  manière  constante, 
sans  que  Touverture  des  portes  vienne  amener  des  refroidissements;  ou 
n'a  plus  besoin  d'hommes  que  pour  surveiller  l'alimentation  d'eau,  et 
encore  on  peut  s'en  dispenser  si  on  consent  à  s'en  rapporter  à  des  appa- 
reils automatiques.  La  durée  des  chaudières  est  prolongoo,  car  on  n'a 
plus  à  craindre  les  efi'ets  dangereux  des  dilatations  et  contractions  amenées 
par  les  courants  d*air  froid  qui  viennent  frapper  directement  les  parois 
chaudes  des  surfaces  de  chauife. 

On  a  fait  des  expériences  au  point  de  vue  de  la  valeur  du  gaz  naturel 
pour  la  production  de  la  vapeur  au  moyen  d'une  chaudière  de  1  mètre  do 
diamètre  et  3  mètres  de  longueur,  munie  de  tubes  de  0",10.  On  la  chauffa 
d'abord  avec  de  la  houille  de  Youghiogheny,  cassée  en  morceaux  d'en- 
viron 0",iO  de  grosseur,  et  le  chaufi'age  fut  conduit  de  manière  à  avoir 
les  résultats  les  plus  avantageux,  le  tirage  se  faisant  par  une  cheminée 
ordinaire.  La  plus  haute  valeur  de  la  vaporisation  a  été  9  kilogrammes  de 
vapeur  par  kilogramme  de  combustible  ;  celui-ci  donnait  ainsi  61  pour  100 
en  nombres  ronds  de  sa  capacité  calorifique  théorique. 

On  brûla  ensuite  du  gaz  sous  la  chaudière,  mais  en  modifiant  le  foyer; 
eu  admettant  le  poids  spécifique  du  gaz  à  raison  de  0'',649  le  mètre  cube, 
la*  vaporisation  a  atteint  20,3  d'eau  pour  i  de  combustible,  soit  83,4 
pour  100  de  la  capacité  calorifique  théorique.  La  combustion  se  faisait 
lentement  avec  de  la  vapeur  à  une  pression  très  voisine  de  la  pression 
atmosphérique.  La  vaporisation  se  faisait  presque  entièrement  par  l'ou- 
veloppe  de  la  chaudière  et  presque  pas  par  les  tubes,  dont  on  pouvait 
boucher  la  plus  grande  partie,  à  l'exception  de  ce  qui  était  nécessaire 
pour  le  passage  des  gaz  brûlés. 

M.  S.-A.  Ford,  des  aciéries  d'Kdgard  Thomson,  une  des  premières  au- 
torités du  jour  sur  la  question,  a  fait  de  nombreuses  analyses  du  gaz  natu- 
rel; il  constate  tout  d'abord  que  la  composition  du  gaz  est  très  variable 
d'un  puits  à  l'autre.  Ainsi,  par  exemple,  pour  l'azote,  la  proportion  vario 
de  0  à  23  pour  100,  pour  l'oxygène,  de  0,4  k  4  pour  100,  etc. 

Nous  croyons  devoir  reproduire  quelques-unes  de  ces  compositions. 
Les  quatre  premiers  échantillons  ont  été  pris  sur  le  même  puits,  à  de^ 


—  333  — 

époques  peu  différentes  ;  les  deux  autres  provieuuent  d'autres  puits.  On 
y  a  joint  le  pouvoir  calorifique  par  mètre  cube. 


Date  des  essais 

Acide  caiiK>iiiqi]e. . . 
Otyde  de  carbone.. 

Oxygène 

Gaioléflaot 

Etbjrléne 

Gaz  des  marais .... 

Hydrogène 

Aïole 

Pouvoir  calorifique. 


.No  1 


28  octo- 
bre 1884 

0.80 

1.00 

I.ÏO 

0.70 

3.60 
7i.l8 
20.02 

0 
7.287 


No  2 


29  octo- 
bre 18Si 

0.60 

0.80 

0.80 

0.80 

5.50 
62.25 
26.16 

0 
6.988 


No3 


24  novem- 
bre 1884 

0 

0.58 

0.78 

0.98 

7.92 
60.70 
29.03 

0 
6.272 


No  4 


4  décem- 
bre 1884 

0.40 
■  0.40 

0.80 

0.60 
12.30 
49.58 
35.92 

0 
7.468 


No  5 


18  octo- 
bre 1884 

0 

1.00 

2.10 

0.80 

5.20 

57.85 

9.64 

23.41 

5.923 


No  6 


25  octo- 
bre 1884 

0.30 

0.60 

1.20 

0.60 

4.80 

75.16 

14.45 

2.89 

7.456 


Si  on  compare  le  pouvoir  calorifique  k  volume  égal  avec  celui  du  gaz 
provenant  des  gazogènes  Siemens,  on  constate  une  supériorité  énorme  en 
faveur  du  gaz  naturel,  les  pouvoirs  calorifiques  de  1  mètre  cube  de  gaz 
des  gazogènes  variant,  selon  les  échantillons,  de  3,300  à  8,800  calories. 

Si  on  prend,  pour  le  gaz  naturel,  la  composition  moyenne  suivante  : 

Pour  100 

Acide  carbonique 0,60 

Oxyde  de  carbone 0,60 

Oxygène 0,80 

Gaz  oléfiant 1,00 

Éthylène 5,00 

Gaz  des  marais .    .  •     87,00 

Hydrogène «2,00 

Azote 3,00 


100,00 


Eu  admettant  un  poids  moyen  de  0^,6486  par  mètre  cube  et  en  prenant 
les  pouvoirs  calorifiques  de  chaque  élément  combustible,  on  arrive  à  un 
pouvoir  calorifique  total  de  7,897  calories. 

Par  un  calcul  très  simple  que  nous  iie  reproduirons  pas,  on  trouverait 
que  1  mètre  cube  de  gaz  naturel,  pesant  0^,6486,  a  la  même  puissance 
calorifique  que  0^,913  de  carbone  ;  par  conséquent,  une  tonne  de  coke  con- 
tenant 900  kilogrammes  de  carbone,  aura  pour  équivalent  calorifique 
986  mètres  cubes  de  gaz  naturel. 


—  3S4  — 

Si  la  tonne  de  coke  coi\te  14  francs,  le  mètre  cube  de  gaz  vaudra 
Ofr.  014  environ,  eu  égard  à  son  pouvoir  calorifique. 

Disons,  en  passant,  que  le  puits  dont  il  a  été  question  plus  haut  et 
qui  débite  800,000  mètres  cubes  par  vingt-quatre  heures,  représenterait 
une  production  de  houille  de  1,000  tonnes  et  une  valeur  de  11,200  francs 
par  jour,  sur  les  bases  ci*dessus. 

Si  on  fait  la  même  comparaison  entre  le  gaz  naturel  et  le  charbon 
bitumineux  de  Pensylvanie,  on  trouve  qu*ane  tonne  de  ce  dernier  a  pour 
équivalent  867  mètres  cubes  de  gaz  naturel  et,  si  ce  charbon  coûte  7  francs 
la  tonne,  le  gaz  naturel  vaudrait  8/10  de  centime  par  mètre  cube. 

Enfin,  la  comparaison  avec  Tanthracite  donne  un  équivalent  de  029  mè- 
tres cubes  par  tonne,  et,  en  comptant  le  prix  de  Tanthracite  à  30  francs 
la  tonne,  on  trouverait  3  cent.  25  pour  la  valeur  du  mètre  cube  de  gaz 
naturel. 

Il  est  difficile  de  formuler  des  prévisions  sur  la  permanence  de  ces 
énormes  quantités  de  gaz;  mais,  lorsqu'on  voit  des  territoires  d*huile  qui 
donnent  70,000  barils  de  pétrole  par  jour  et  dont  la  production  s  accroît 
d*année  en  année  depuis  vingt  ans,  on  ne  peut  s'empêcher  d'admettre 
Topinion  des  personnes  compétentes,  qui  pensent  que  la  région  gasifen' 
suffira  aux  besoins  de  Pittsburg  et  de  ses  environs,  au  moins  pendant  la 
génération  actuelle. 

Dans  la  discussion  qui  a  suivi,  M.  J.  Lowthian-Bell  a  fait  observer 
avec  beaucoup  de  justesse  que  les  énormes  volumes  de  gaz  débités  par 
les  puits  dout  il  a  été  question,  feraient  supposer,  à  moins  d'admettre 
une  condensation  sous  des  pressions  dépassant  tout  ce  qu'on  peut  admett^* 
raisonnablement,  l'existence  de  cavités  souterraines  d'une  étendue  non 
moins  difficile  à  admettre;  comme,  de  plus,  on  constate  que  la  pression 
considérable  sous  laquelle  le  gaz  se  débite  n'a  pas  varié  sensiblement 
depuis  plusieurs  années,  on  est  conduit  à  conclure  que  le  gaz  se  produit 
constamment  au  fur  et  à  mesure  de  sa  consommation  par  une  réaction 
qui  nous  est  encore  inconnue. 

Les  ateliers  de  Baldivln  (smte  et  fin).  —  La  production  des 
ateliers,  qui  s'est  largement  développée  avec  l'accroissement  du  réseau 
de  chemins  de  fer  des  États-Unis,  s'élevait  en  1871  à  331  looomotiveg  m 
en  1872  à  422.  . 

Parmi  les  commandes  importantes,  on  peut  citer  celle  de  90  locomo« 
tives  faite  en  1870-71  par  le  Northern  Pacific  Railroad,  et  celle  de  124 
du  Pennsylvania  Railroad  en  1872-73. 

Le  chemin  de  fer  russe  de  Veronef-Rostoff  commanda,  en  1872,  dii 
locomotives  pour  brûler  de  Tan tliracite,  dont  six  types  ifojti/,  à  cylin- 
dres de  0,483  X  0,610,  avec  roues  de  1«,372,  et  quatre  à  voyageurs, 
modèle  américain,  à  cylindres  de  0",432X0"»610,  et  roues  de  l",677.Ii 
a  été  également  fourni,  en  1872-73,  neuf  machines  type  américain.  ^ 
cylindres  de  0»,382x0'",610  et  roues  de  1»,525  pour  le  chemin  de  fer 
de  Hango-Hywingo*  en  Fiulandei 


Les  premières  loeomotiveB  américaines  pour  les  Nouveiles-Galies  du 
Sud  et  le  Queensland  furent  construites  ohez  Baldwin,  en  1877»  et  furent 
iuivies  de  nouvelles  commandes  en  1878  et  1879«  Six  machines,  type 
Comolidation^  pour  voie  de  l'°9067,  fnreut  construites  pour  la  Nouvelle- 
Zélande  et  deux  machines  à  marchandises  à  six  roues  couplées  et  avant- 
traia  mobile,  pour  le  gouvernement  de  Victoria. 

Quatre  machines  du  même  type,  à  dix  roues,  dont  six  accouplées  et  à 
cylindres  de  0",4(K{  X0™»610,  ont  été  fournies  aux  chemins  de  fer  nor- 
wéglens. 

I^s  ateliers  Balwin  ont  construit  en  1878  quarante  fortes  locomotives 
type  Moguly  à  cylindres  de  0",483X0'»,610  et  roues  de  1°»,872  de  dia- 
mètre pour  deux  lignes  russes,  le  chemin  de  Koursk,  Oharkof,  Azof, 
ot  oelui'd'Orel  Clriarzi.  La  commande  fut  faite  le  16  décembre  1877,  et, 
comme  les  machines  devaient  être  livrés  en  Russie  au  mois  de  mai  sui- 
vant, on  dût  organiser  le  travail  en  conséquence. 

Le  personnel  fut  porté  en  quinze  jours  de  1,100  à  3,300  ouvriers,  et  la 
première  machine  fut  achevée  de  monter  et  essayée  sous  pression  le 
3  janvier,  trois  semaines  après  la  commande  ;  la  dernière  fut  achevée  le 
13  février.  Les  quarante  machines  furent  donc  construites  en  huit  se- 
maines, pendant  lesquelles  on  travailla  également  à  vingtr-huit  autres 
machines  qui  furent  en  partie  achevées  et  livrées  pendant  cette 
période, 

G*e8t  en  1878  que  fut.  achevée,  pour  le  New-Mexico  and  Southern 
Pacific  Railroad,  la  plus  forte  machine  construite  jusqu'alors  par  la 
maison  Baldwin.  C'était  une  machine  type  Consolidation,  à  cylindres  de 
0",  S08x.0*,662  et  roues  de  1»,066  de  diamètre.  Cette  machine  portant 
Bes  approvisionnements  pesait  82,000  kilogrammes;  elle  était  destinée 
au  service  d'une  ligne  provisoire  à  forte  rampe  traversant  les  Montagnes- 
Rocheuses. 

La  situation  des  ateliers,  dans  une  des  grandes  villes  manufacturières 
deg  États-Unis,  est  particulièrement  favorable  ;  elle  facilite  les  approvi- 
sionnements en  matières  premières  et  combustibles  par  la  proximité  des 
centres  de  production  ;  le  recrutement  des  ouvriers  spéciaux  est  aisé. 
On  fait  dans  les  ateliers  toutes  les  pièces  entrant  dans  la  construction 
des  locomotives  et  tenders,  à  l'exception  des  tôles,  bandages,  roues  en 
fonte  trempées  et  tubes  de  chaudières.  Le  matériel  est  très  complet  et 
comprend  nombre  de  machine-outUs  spéciales  pour  le  travail  des  loco- 
motives. On  conserve  les  dessins  et  modèles  complets  de  plus  de  cinq 
cents  types  différents  de  locomotives  pour  tout  écartement  de  voie  et 
toute  espèce  de  service. 

Les  ateliers  se  sont  agrandis  successivement  au  fur  et  à  mesure  d^ 
l'extension  de  la  production,  et  ils  occupent  actuellement  près  de  40,000 
mètres  de  terrain;  la  façade  est  sur  Broadstreet  et  s'étend  dePennsyl- 
vania  Avenue  à  Spring  Gardenstreet  et  de  Broadstreet  à  la  quinzième 
rue;  les  établissements  occupent,  en  outre,  un  îlot  complet  entre  les 
quinzième  et  seizième  rue  et  Hamiltonstreet  et  Buttonwoodstreet,  ainsi 


—  3«6  — 

que  la  plus  gfrande  partie  de  deux  aiitres  ilôts  situés  entre  les  dix- 
septième  et  diX'huitiôme  rues  et  Buttonwood-street  et  Pensylvania 
Avenue.  On  a  élevé  récemment  à  l'angle  de  Broad-street  et  de  Spring 
Garden-street  une  grande  construction  en  briques,  dont  le  premier  étage 
est  occupé  par  Tadministration  et  le  second  par  le  bureau  de  dessin. 

A  côté  de  ce  bâtiment  est  le  montage,  au  sud  duquel  sont  la  chaudron- 
nerie, Tatelierdes  roues  et  Tatelier  d'ajustage,  qui  occupent  tout  Tespace 
entre  Broadstreet  et  la  quinzième  rue  et  Buttonwoodstreet  et  Hamilton- 
street.  Les  constructions  qui  occupaient  primitivement  c^et  espace  et  qui 
avaient  été  élevées  en  183S  par  M.  Baldwin,  ont  été  incendiées  en  1884, 
et  on  les  a  remplacées  par  un  bâtiment  à  quatre  étages,  dont  trois  sont 
occupés  par  des  machines-outils  et  dont  le  quatrième  sert  de  magasin. 

Dans  Tatelier  des  roues,  on  ne  fait  que  les  tourner,  elles  sont  faites  au 
dehors.  Dans  la  chaudronnerie,  la  plus  grande  partie  du  rîvetage  est  fait 
à  la  presse  hydraulique ,  qui  a  remplacé  les  riveuses  à  vapeur  employées 
précédemment.  Le  reste  des  bâtiments  en  façade  sur  Broad-street  est  oc- 
cupé par  Tatelier  des  modèles  et  de  la  forge.  La  fonderie,  fer  et  cuivre, 
occupe  en  entier  l'îlot  dont  il  a  été  question  plus  haut,  et  Tilot  partiel, 
dont  il  a  été  également  parlé,  renferme  les  ateliers  des  bois,  des  ressorts 
et  des  tenders. 

La  plus  forte  locomotive  construite  jusqu'ici  par  les  établissements 
Baldwin  a  été  terminée  au  mois  de  mars  de  cette  année,  c'est  le  Decapod 
auquel  nous  avons  consacré  un  article  dans  la  chronique  d'avril,  page  579, 
destiné  au  chemin  de  fer  de  Don  Pedro  II  du  Brésil. 

Une  particularité  caractéristique  du  travail  dans  les  ateliers  de  Baldwin 
est  remploi  général  des  calibres  et  des  gabarits,  lesquels. sont  confec- 
tionjiés  et  conservés  dans  un  atelier  spécial  contenant  des  outils  appro- 
priés et  un  pei'sonnel  uniquement  consacré  à  ce  travail.  Les  calibres  ori- 
ginaux servent  d'étalons  et  ne  sortent  jamais  de  cet  atelier,  c'est  d'après 
eux  qu'on  exécute  les  calibres  de  travail  qui  sont  fréquemment  vérifiés 
d'après  les  types. 

Tout  est  fait  d'après  les  calibres  ;  les  longerons  sont  rabotés,  mortaises 
et  percés  sur  calibres,  les  cylindres  alésés  et  dressés,  les  bandages  tou^ 
nés  intérieurement  et  extérieurement,  les  essieux,  toutes  les  pièces  du 
mouvement  sont  travaillées  de  même;  il  n'est  pas  un  trou  qui  ne  soit 
percé  d'après  un  calibre,  de  manière  que  toutes  les  pièces  semblables  des 
machines  soient  rigoureusement  uniformes  et  puissent  être  remplacées 
les  unes  par  les  autres.  Ce  système  était  déjà  en  usage  avant  la  mort  de 
M.  Baldwin. 

Les  ateliers  en  plein  travail  occupent  3,000  ouvriers  et  peuvent  pro- 
duire 600  locomotives  par  an. 

VJndustrial  Review,  de  laquelle  nous  avons  résumé  ce  qui  précède, 
donne  année  par  année  la  production  de  locomotives  depuis  184S.  Nous 
nous  contenterons  de  reproduire  quelques-uns  de  ces  chiffres. 


—  387  - 

Années.     Locomotives.  Années.     Locomolires. 


1842 

14 

1869 

235 

1843 

12 

1870 

280 

1844 

22 

1871 

331 

1845 

27 

1872 

422 

1846 

42 

1873 

437 

1852 

49 

1876 

232 

1853  . 

60 

1877 

185 

1854 

62 

1878 

292 

1855 

47 

1879 

398 

1861 

40 

1880 

517 

1862 

75 

1881 

555 

1863 

96 

1882 

563 

1864 

130 

1883 

557 

1865 

115 

1884 

429 

Le  nombre  total  de  locomotives  construiteB  depuis  1842  jusqu'au 
1*  janvier  1885  s'élève  au  chiffre  énorme  de  7,413. 

8oii«<>pr(kliiito  de  la  flftbrleatlon  du  coke.  —  Dans  une 
usine  de  la  haute  Silésie,  où  les  fours  à  coke,  au  nombre  de  trente,  ont 
été  modiûés  pour  permettre  de  recueillir  les  sous-produits  de  la  fabrica- 
tion du  coke,  le  docteur  W.  Cohn  a.  constaté  les  résultats  suivants  : 
iOO  kilogrammes  de  charbon  donnent  3  kilogrammes  de  goudron  et  1  ki- 
logramme de  sulfate  d'ammoniaque.  On  traite,  dans  les  trente  fours  à 
coke,  50  tonnes  de  charbon  par  jour,  ce  qui  produit  1,500  kilogrammes 
de  goudron  et  500  kilogrammes  de  sulfate  d'ammoniaque.  A  raison  de 
3  fr.  60  les  100  kilogrammes  pour  le  goudron  et  de  31  fr.  25  pour  le  sul- 
fate d'ammoniaque,  et  en  déduisant  les  frais  de  traitement  des  eaux 
ammoniacales  pour  leur  conversion  en  sulfate  d'ammoniaque,  on  arrive  àun 
produit  de. 184  fr.  30  par  jour.  Si  on  déduit  l'intérêt,  l'amortissement  et 
Tentretien  des  appareils,  etc.,  il  reste  135  francs  nets  par  jour,  lesquels, 
appliqués  à  la  production  de  32,500  kilogrammes  de  coke ,  donnent  une 
économie  de  3fr.  85  par  tonne  de  coke,  c'est-à-dire  de  moitié  des  frais  de 
production.  La  fonte  brute  produite  dans  cette  usine  exige  2  tonnes  de 
coke  par  .tonne  de  fonte  ;  donc  l'utilisation  des  sous-produits  de  la  fabri^ 
cation  du  coke  permet  de  réduire  de  7  fr.  70  le  prix  de  revient  de  la 
fpûte  brute. 

Le  système  métrique  et  ses  adversaires* — Nous  ayons 
signalé,  dans  la  Chronique  de  mai  1885,  page  696,  les  progrès  incontes- 
tables que  faisait  le  système  métrique  aux  États-Unis.  Il  ne  faudrait  pas 
60  conclure  que  ses  adversaires  se  tiennent  pour  battus  ;  on  en  a  une 
preuve  remarquable  dans  une  communication  faite  récemment  à  YlnstitUr 
tion  of  civtl  Engineers,  à  Londres,  sur  la  comparaison  entre  les  mesures 


métriques  et  les  mesures  anglaises  au  poiat  de  vue  de  Tart  de  Tiugéuieur 
et  surtout  daus  la  discussion  qui  a  suivi  cette  oommunicatiou. 

Bien  que  la  majorité  des  membres  qui  y  ont  pris  part  ait  paru  favo- 
rable à  remploi  du  système  métrique,  les  autres  ont  invoqué  contre  lui 
des  raisons  qui  méritent  d'être  rapportées. 

Nous  donnons,  d*aprôs  VEngmeering  NewSy  un  résumé  des  arguments 
présentés  par  les  partisans  des  vieilles  mesures. 

Sir  Frédéric  Bramwell,  président  de  Tlnstitution,  qui  s*est  distingué 
dans  la  défense  du  système  anglais,  a  cru  devoir  rappeler  le  pas^ge 
suivant  d'un  discours  prononcé  jadis  au  Parlement  : 

«  Comment  faire  comprendre  au  vulgaire  la  traduction  des  demies  et 
des  quarts  en  langage  décimal?  Un  5  avec  un  point  à  gauche  et  SS  éga- 
lement avec  un  point  en  avant  !  Les  gens  familiers  avec  Tarithmétique 
comprennent  et  s'y  habituent  ;  mais  il  est  beaucoup  plus  difftcile  de  faire 
admettre  ces  relations  par  ceux  qui  n*en  comprennent  pas  le  point 
de  départ.  » 

M.  Barry  repousse,  pour  sa  part,  la  division  décimale  du  pied;  c'est 
fort  heureux  que  le  pied  soit  divisé  eu  12  parties.  Quiconque  a  un  peu  de 
pratique  appi-écie  les  avantages  de  la  divisibilité  par  2,  3,  4  et  6.  Avec 
le  système  décimal,  la  plupart  des  divisions  ne  donnent  pas  de  chiffre 
exact,  comme  avec  le  système  duodécimal;  ce  dernier  est  inflnimem 
préférable  pour  Touvrier  et  également  pour  le  calcul  de  tête. 

M.  Young  appuie  sur  le  point  de  la  facilité  du  calcul  :  <c  Si,  dit-il,  un 
marchand  cherche  le  prix  de  17  yards  à  5  pence  3/4  la  yard,  il  ne 
commence  pas  par  réduire  les  pence  en  farthings  pour  les  multiplier 
après  par  17  et  revenir  aux  schellings  et  aux  pence  ;  il  considère  sim- 
plement que  17  six  pence  moins  17  farthiags  font  8  shellings  6  peoce 
moins  4  pence  1/4,  soit  8  shellings  1  penny  3/4,  ce  qui  est  fait  en  un 
instant. 

«  Avec  le  système  décimal,  il  faudrait  réduire  en  farthings  et  multiplier 
par  les  yards,  de  sorte  que,  à  chaque  moment,  le  marchand  devrait 
recourir  au  crayon  et  au  papier  pour  faire  des  calculs  qu'il  fait  actuel- 
lement de  tète.  De  plus,  avec  le  système  décimal,  il  faudrait  mettre 
25  farthings  aux  six  pence  au  lieu  de  24,  ce  qui  serait  très  gênant,  parce 
que  25  n'a  qu'un  diviseur,  5,  tandis  que  24  en  a  six  :  12,  8,  6,  4,  3  et  2.  » 

Ce  dernier  argument  amuse  beaucoup  les  Américains,  qui  n'ont  pas  le 
malheur  d'avoir  25  farthings  dans  six  pence,  mais  celui  bieç  plus  grand 
d'avoir  un  doUar  divisé  en  100  cents  et  qui  ne  s'aperçoivent  pas  du  tout 
de  la  gêne  extraordinaire  que  cette  division  doit  introduire  dans  leurs 
transactions  commerciales. 

Les  dollars  et  les  cents  sont  en  usage  à  Terre-Neuve,  au  Canada,  au 
Honduras  et  dans  quelques  parties  des  Indes  occidentales,  à  Hong-Kong, 
à  Singapore,  etc.;  les  roupies  avec  division  centésimale  sont  employées 
à  Ceylan  et  à  Maurice. 

Enfin,  les  monnaies  avec  divisions  décimales  sont  adoptées  sur  tout  le 
continent  européen,  au  Mexique  et  dans  rAraérique  du  Sud,  eu  Chine 


et  au  Japon.  Les  millions  d'hommes  qui  peuplent  ces  contrées  ignorent 
les  avantages  de  la  division  duodéoimale  si  appréciée  parles  populations 
de  la  Grande-Bretagne  et  de  quelques  colonies  anglaises. 

Le  journal  américain  raille  aussi  agréablement  M.  Barrj  au  sujet  de 
la  prétendue  supériorité  de  la  division  duodécimale  du  pied,  division 
fort  peu  employée  aujourd'hui  aux  États-Unis,  ce  qui  n'empêche  nulle- 
ment d*7  faire  des  maohines,  des  navires,  des  chemins  de  fer,  etc. 

Un  des  arguments  les  plus  extrao(rdinaireB  invoqués  dans  la  discussion 
qui  nous  occupe  en  faveur  des  mesures  anglaises  est  la  difficulté  qu'il  y  a 
à  en  apprendre  l'usage,  ce  qui  est  passablement  en  contradiction  avec 
quelques-unes  des  raisons  mises  en  avant  par  d'autres  partisans  de  ce 
système. 

On  a  avancé,  dit  M.  Kodolphe  de  Salis,  que  le  système  métrique  ou 
décimal  était  plus  facile  à  apprendre  ;  c'est  exact,  mais  c'est  loin  d'être 
un  avantage  ;  on  peut  poser  la  proportion  :  le  grec  est  au  français  comme 
le  système  des  mesures  anglaises  est  au  système  métrique  au  point  de 
vue  de  l'éducation,  et  l'étude  ardue  des  mesures  anglaises  doit  dévelop- 
per les  facultés  mathématiques  des  élèves  comme  l'étude  du  grec  déve- 
loppe les  facultés  littéraires. 

L'Engineering  Newê  fait  justement  observer  qu'on  pourrait  aller  loin 
dans  cet  ordre  d'idées  et  pense  qu'on  pourrait  peut-être  apprendre  à  lire 
aux  enfants  avec  des  lettres  gothiques,  comme  l'ancien  alphabet  alle- 
mand, ou  à  compter  avec  des  chiifres  romains,  pour  leur  donner  un  peu 
plus  de  peine  et  mieux  développer  leurs  facultés. 

Il  est  à  remarquer  toutefois,  au  milieu  de  cette  discussion  émaillée 
d'arguments  grotesques,  qu'on  s'étonne  de  voir  invoquer  dans  une  société 
aussi  éminente,  que  les  adversaires  sont  tous  d'accord  au  moins  sur  un 
point,  la  facilité  avec  laquelle  peut  être  appris  le  système  métrique.  C'est 
ee  qui  ressort  de  plus  net  de  la  discussion. 

Nous  nous  reprocherions  toutefois  de  passer  sous  silence  quelques- 
uns  des  arguments  par  lesquels  les  défenseurs  des  mesures  anglaises 
invoquent  en  leur  faveur  l'avantage  de  la  simplicité. 

On  dit  qu'avec  le  système  métrique  il  y  a  identité  entre  le  litre  d'eau 
et  le  kilogramme,  le  mètre  cube  d'eau  et  la  tonne,  et  que,  par  consé» 
quent,  on  connaît  immédiatement  le  poids  d'un  volume  d'eau. 

Sir  Frédéric  Bramwell  fait  remarquer  que  cette  identité  n'est  qu'ex- 
eeptionnelle,  attendu  qu'elle  suppose  de  l'eau  distillée  à  son  maximum 
de  densité,  cas  qui  ne  se  présente,  pour  ainsi  dire,  jamais  en  pratique. 
D'ailleurs,  il  en  est  de  même  pour  les  mesures  anglaises;  une  hauteur 
d'eau  de  1  pouce,  couvrant  un  acre  de  terre,  représente  100  tonnes,  ou, 
pour  être  tout  à  fait  exact,  101  tonnes.  Un  tuyau  de  1  pouce  de  dia- 
mètre contient  par  10  yards  de  longueur  1  gallon  à  bière.  Le  journal 
américain  fait  remarquer  que  cet  inappréciable  avantage  du  système  de 
mesures  anglaises  est  malheureusement  d'une  utilité  très  limitée  en  prar 
tique,  attendu  que  le  gallon  à  bière  est  une  vieille  mesure  qui  a  disparu 
depuis  longtemps  et  dont  l'usage   est  aujourd'hui   interdit  sous  peine 


—  360  — 

d'amende;  il  termine  en  émettant  le  vœu  que  les  autres  gallons,  les 
yards  et  toutes  les  baroques  divisions  de  ce  système  suranné  aillent  le 
plus  tôt  possible  rejoindre  le  gallon  à  bière. 

Les  chemins  de  fer  itu  JFapon.  — La  longueur  totale  des  che- 
mins de  fer  en  exploitation  actuellement  au  Japon  est  de  386  kilo- 
mètres ;  la  première  ligne  ouverte  est  celle  de  Tokio  à  Yokohama,  de 
32  kilomètres,  mise  en  service  en  1872.  Cette  ligne,  qui  a  cinq  stations 
intermédiaires,  a  coÀté  près  de  15  millions  de  francs  et  a  été  faite  par 
des-  ingénieurs  anglais. 

La  ligne  de  Hiogo  à  Osaka  a  été  ouverte  en  1874;  mais  depuis  elle  a 
été  prolongée  par  les  deux  extrémités  et  relie  actuellement  Kobe  et 
Otsu  sur  une  longueur  totale  de  100  kilomètres  environ  II  y  a  seize  sta- 
tions intermédiaires,  et  la  ligne  traverse  les  parties  les  plus  riches  du 
centre  du  Japon  ;  elle  transporte  de  la  soie,  du  thé,  du  coton,  du  riz,  des 
céréales,  etc.,  et  de  plus  elle  amène  à  l'intérieur  les  marchandises  arri- 
vant à  Kobe,  de  l'étranger  ou  même  du  pays  par  mer.  Ce  chemin  s'arrête 
à  Otsu,  sur  les  bords  du  lac  Bima;  mais  un  autre  commence  sur  la  rire 
opposée  de  ce  lac,  à  Nagahama  et  va  de  là  au  port  de  Tsuruga,  sur  la 
mer  du  Japon  ;  la  distance  est  de  44  kilomètres.  Cette  dernière  ligne  a 
été  ouverte  en  1882,  de  sorte  qu'on  peut  actuellement  traverser  le  Japon 
entier  en  chemin  de  fer,  à  l'exception  du  lac  Bima  sur  lequel  est  établi, 
entre  les  deux  gares,  un  service  de  bateaux  à  vapeur. 

Il  a  été  établi  une  troisième  ligne  entre  Magahama  et  Sekigahora 
Ohogaki  sur  une  longueur  de  98  kilomètres.  Le  terminus  de  Ohogaki, 
jusqu'où  la  ligne  a  été  étendue  tout  récemment,  est  le  chef-lieu  de  la 
province  de  Mino  et  une  des  places  les  plus  commerçantes  du  Japon.  La 
quatrième  ligue  n'a  été  commencée  qu'eu  juin  1882;  mais,  au  mois  de 
juillet  de  l'année  suivante,  les  trains  allaient  déjà  jusqu'à  Kumagai  k 
60  kilomètres  de  la  capitale,  et  la  ligne  entière  jusqu'à  Takasaki  a  été 
inaugurée  ce  printemps  par  l'empereur  en  personne,  ce  qui  indique  la 
manière  dont  les  chemins  de  fer  sont  considérés  au  Japon.  Cette  ligne 
a  près  de  100  kilomètres  ;  elle  transporte  à  Tokio  de  grandes  quantités 
de  soie,  de  thé  et  de  tabac  provenant  de  diverses  provinces. 

Deux  autres  lignes  sont  en  construction  ;  Tune  va  de  Shinagawa,  sta- 
tion du  chemin  de  fer  de  Tokio  à  Yokohama,  à  Kawagutchi  et  l'autre 
de  Takasaki  à  Mayebashi,  un  des  centres  de  la  production  de  la  soie; 
cette  dernière,  qui  n'a  que  11  kilomètres  de  longueur,  sera  ouverte  cet 
automne. 

Cinq  autres  lignes  vont  être  entreprises  ;  la  première  de  Urawa,  sta- 
tion de  la  ligne  de  Tokio  à  Takasaki,  à  Aoraori,  ville  à  l'extrémité 
septentrionale  de  l'île  de  Niphon,  longueur  720  kilomètres;  la  seconde, 
de  Takasaki  à  Ohogaki  et  Yokkaitchi,  longueur  320  kilomètres  ;  la  troi- 
sième, de  Oneyda,  dans  la  province  de  Shinavo,  à  Niiguta,  longueur 
240  kilomètres  ;  la  quatrième,  de  Osaka  à  Sakai,  longueur  11  kilomètres, 
et  enfin  la  dernière,  de  Shizonoka  à  Shimidyn,  dans  la  province  deTesu- 


-  361  - 

ruga,  longueur  10  kilomètres.  Ces  lignes  réunies  présenteront  un  déve- 
loppement totial  de  1,300  kilomètres.  On  doit,  en  outre,  exécuter  sans 
délai  une  ligne  de  tramway  entre  Tokîo  et  Kofu . 


COMPTES  RENDUS 


SOCIÉTÉ  D'ENCOURAGEMENT  POUR  L'INDUSTRIE  NATIONALE. 


Juillet  188S. 

Rapport  de  M.  Brull,  sur  le  Guide  pour  Pessal  des  ma- 
chines à,  vapeur,  par  M.  Buchetti. 

Rapport  de  M.  Dufresne  de  Saint-Léon  sur  les  procédés  démou- 
lage à,  Palde  de  la  g^tta-perelia  rendue  solttble  par 
les  corps  ipras^  dus  à  M.  Pellbgat. 

La  gutta-percha  se  ramollit  à  chaud  dans  Thuile  de  lin,  et  la  matière 
devient  assez  plastique  pour  donner  un  moulage  parfait  et  elle  durcit  en 
se  refroidissant. 

Rapport  de  M.  Bàbdy  sur  lemplol  d'un  nouveau  produit 

dénommé  caoutehoutlne^  présenté  par  M.  Ch.  Barbier,  pour 
lentretien,  la  régénération  et  l'imperméabilisation  des  cuirs  ouvrés  en 
service. 

Ce  produit  est  un  liquide  qui  sert  à  : 

V*  La  régénération  des  cuirs  indurés  ; 

2^  L'imperméabilité  des  cuirs  neufs  ; 

3"  L'entretien  des  cuirs  en  service. 

Le  rapporteur,  après  avoir  passé  en  revue  ces  trois  parties  de  la 
question,  conclut  que  si  l'on  se  rend  compte  de  la  divei'sité  et  de  l'uni- 
versalité de  l'emploi  du  cuir  dans  le  monde  entier  (pour  la  France  seule, 
le  chiffre  dépasse  annuellement  300  millions),  on  doit  comprendre  qu'un 
procédé,  permettant  de  prolonger  la  durée  de  service  du  cuir  et  s'oppo- 
sant  dans  une  certaine  mesure  à  sa  détérioration,  doit  avoir  une  grande 
portée  économique. 


—  384- 

La  caoutchoutine  semble  résoudre  heureusemeut  les  divers  points  dn 
programme,  et,  si  la  pratique  industrielle  vient  justifier  les  espérances 
fondées  de  Tauteur  et  sanctionner  les  expériences  faites  par  le  rappor- 
teur, ce  liquide  paraît  appelé  à  rendre  de  réels  services. 

Ob9èque(»  de  M.  Tresca* 

Discours  de  M.  Maumcb  Lévy. 

—  de  M.  Haton  ds  la  GocpittitRE. 

—  de  M  Ch.  DE  COMBKROUSSB. 

—  de  M.  Lausskdat. 

—  de  M.  Cauvkt. 

—  de  M.  NoBLOT. 

—  de  M.  Louis  Passy. 

Chimie  agricole*  Dosage  deTacide  phosphorique,  par  M.  Aubin. 
Notices  industrielles*  Les  progrés  de  Félectricité  eu  Amérique. 

Nous  trouvons  dans  le  procès-verbal  de  la  séance  du  26  juin  1885  le 
résumé  d'une  communication  faite  par  notre  collègue,  M.  Ed.  Simon,  en 
oflfrant  à  la  Société  d'Encouragement,  au  nom  de  son  auteur,  un  ouvrage 
intitulé  :  le  Tonkin  industriel  et  commercial,  par  M.  Calixte  Imbert,  négo- 
ciant àHaï-Phong;  voici  les  points  les  plus  importants  de  cette  commu- 
nication : 

Le  Tonkin  a,  sur  la  Cochiuchine,  un  premier  avantage  climatérique, 
la  saison  hivernale.  Le  pays  n'est  pas  affligé  d'un  été  perpétuel,  dont  les 
chaleurs  consécutives  abattent  les  Européens.  De  mai  à  septembre,  les 
fortes  chaleurs  coïncident  avec  la  saison  des  pluies  ;  mais,  de  septembre 
à  avril  (saison  sèche),  la  température  varie  entre  15  et  7  degrés  au-dessus 
de  zéro.  Beaucoup  d'Européens,  fatigués  par  les  grandes  chaleurs 
humides,  se  remettent  très  bien  pendant  la  période  hivernale. 

Le  Tonkin  ne  saurait  être,  d'après  l'auteur,  une  colonie  d'émigration 
pour  les  travailleur  européens;  d'ailleurs,  la  main-d'œuvre  ne  fait  pas 
défaut  dans  le  pays.  Les  qualités  natives,  les  habitudes  professionnelles 
des  indigènes  assurent,  suivant  M.  Imbert,  Tavenir  industriel  et  com- 
mercial du  Tonkin.  Par  contre,  la  sobriété  et  les  goûts  des  Annamites  et 
des  Chinois,  qui  se  contentent  des  produits  du  pays  et  d'une  nourriture 
tout  à  fait  insuffisante  pour  l'Européen ^  ne  permettent  pas  de  compter 
avant  longtemps  sur  l'exportation  de  produits  français  de  grande  consom- 
mation. 

Les  colons  doivent  avoir  pour  objectif  l'exploitation  des  richesse» 
locales,  le  riz  qui  tient  la  première  place  et  se  prête  à  la  création  de 
fabriques  d'alcool  et  d'amidon,  les  arachides,  la  canne  à  sucre,  le  café, 
les  fibres  textiles,  coton,  chanvre,  ramée,  soie,  l'indigo,  les  bois,  les  mi- 
nerais de  plomb  et  de  cuivre,  extraits  de  longue  date  par  des  procédés 
primitifs  qui  n'ont  point  épuisé  les  gisements. 


-  368- 

M.  Imbert  a  recueilli  et  offert  au  gouvernement  une  collection  soigneu-* 
cernent  classée  de  ces  produits,  laquelle  se  trouve  exposée  au  ministère 
du  commerce.  * 

Des  données  qui  précèdent  résulte  TopportuDÎté  pour  la  France  d'être 
représentée  par  la  qualité  bien  plus  que  par  la  quantité  de  ses  colons.  Là 
souvre  pour  nos  jeunes  compatriotes  sortis  des  écoles  de  commerce, 
d'arts  et  manufactures,  d'arts  et  métiers,  d'agriculture  «  un  champ  nou- 
veau et  productif,  à  la  condition  de  n^epas  s'expatrier  sans  l'appui  effectif 
de  maisons  sérieuses  et  de  ne  point  chercher  la  fortune  dans  un  simple 
voyage  d'exploration. 


ANNAXES  DES  PONTS  ET  CHAUSSEES 


Juillet  i88S 

Note  sur  la  détermination  graphique  des  moments 

fléehissants  dans  les  pièces  chargées  de  poids  discontinus^  par 
M.  Ed.  Collignon,  ingénieur  en  chef  des  ponts  et  chaussées. 

Cette  note  indique  une  méthode  géométrique  permettant  de  résoudre, 
d'une  manière  simple,  rapide  et  rigoureuse,  le  problème  des  charges 
discontinues  agissant  sur  une  travée  unique.  Elle  pourrait  même  s'éten- 
dre, à  titre  d'approximation,  aux  poutres  droites  à  travées  solidaires, 
sauf  à  prendre  arbitrairement  ou  à  déterminer  par  avance  les  points 
d'inflexion  des  diverses  parties.  Elle  s'applique  aussi,  sans  grande  com- 
plication, au  problème  des  charges  discontinues  pour  les  pièces  courbes. 
Cette  méthode  a  de  plus  l'avantage ,  dit  Tauteur,  de  donner  une  traduc- 
tion géométrique  immédiate  de  ces  quantités  complexes  que  Ton  nomme 
ffuments  des  farces  et  qui  jouent  un  rôle  si  important  dans  la  mécanique 
rationnelle. 

Les  maelilne^  mag^néto-ëleetrlques  et  Pare  vol^ 
talqfne  des  phares»  par  M.  F.  Lucas,  ingénieur  en  chef  des  ponts 
et  chaussées. 

Cette  note  étudie  la  production  de  Tare  voltaîque  au  moyen  des  diffé- 
rentes machines  magnéto-électriques  en  usage,  la  machine  de  FAUiance, 
la  plus  ancienne,  et  la  machine  de  Méritons  la  plus  récente,  en  donnant 
la  théorie  de  ces  machines  ;  elle  examine  ensuite  la  question  des  câbles 
conducteurs,  des  crayons  à  lumière  et  de  Tare  voltaîque. 

La  conclusion  est  que,  si  les  arcs  voltaîque  s  sont  des  foyers  lumineux 
d'une  grande  puissance,  ils  sont  malheureusement  imparfaits,  quanta  la 


—  884  — 

stabilité  de  la  lumière,  et  ils  exigent  une  grande  surveillance,  de  plus 
réchauffement  est  très  rapide.  Un  progrès  considérable  serait  réalisé  le 
jour  où  les  grands  foyers  d'incandescence  pourraient  être  substitués  aux 
arcs  voltaîques,  et  c'est  dans  cette  voie  qu'il  faut  chercher  la  future  so- 
lution du  problème  de  l'éclairage  électrique  des  phares. 

McMlIflcattoii  de  la  fformule  d'Intégratton  appro- 
ebée  de  Slmfisony  par  M.  dx  PiEimoDUi,  ii^génieur  en  chef  des  ponts 
et  chaussées. 

Note  sur  le  classement  des  routes  départementales, 

par  M.  P.  Etienne,  ingénieur  en  chef  des  ponts  et  chaussées. 

Note  sur  le  Traité  des  ponts  métalliques  de  M.  J.  Resal, 
ingénieur  des  ponts  et  chaussées,  par  M.  Flamant,  iAgénieur  en  chef  des 
ponts  et  chaussées. 

Les  eaux  de  Londres  et  d'Amsterdam,  par  M.  Couche, 
ingénieur  en  chef  des  ponts  et  chaussées. 

Ce  travail  est  un  rapport  destiné  à  l'Administration  municipale,  et 
ayant  pour  but  d'examiner,  si,  dans  le  système  absolument  différent 
du  nôtre,  qu'ont  adopté  nos  voisins,  on  pouvait  faire  pour  Paris  des  em- 
prunts utiles. 

La  note  examine  rapidement  l'alimentation  d'eau  de  Londres,  la  pro- 
venance et  la  composition  des  eaux,  lesquelles  offrent  des  conditions  ana- 
logues, quoique  un  peu  inférieures,  à  celles  de  nos  eaux  de  la  Seine  et  de 
la  Marne;  puis  l'outillage,  dont  le  caractère  essentiel  est  le  morcellemeut, 
puisqu'il  n'existe  pas  moins  de  huit  compagnies  indépendantes  qui  desser- 
vent chacune  un  quartier  déterminé;  puis  vient  le  mode  d'exploitation  et 
l'emploi  de  l'eau.  L'auteur  examine  ensuite  en  quoi  l'exemple  de  Londres 
peut  nous  éclairer. 

Ses  conclusions  sont  qu'il  faut  à  Paris  plus  d'eau  qu'à  Londres^  parce 
que  le  climat  l'exige  et  surtout  d'autres  eaux  qu'à  Londres  et  distribuées 
tout  autremmt. 

Il  faut  à  Paris  de  l'eau  de  rivière  pour  les  usages  nombreux  qui  n'exi- 
gent pas  de  l'eau  de  qualité  supérieure,  parce  que  l'eau  de  source  est 
nécessairement  chère,  et. qu'il  serait  d'une  souveraine -imprudence  de 
faire  trop  exclusivement  reposer  l'alimentation  de  la  capitale  sur  des  dé- 
rivations lointaines,  impossibles  à  défondre  en  temps  de  guerre.  Les  eaux 
de  source  doivent  être  réservées  exclusivement  à  l'alimentation.  C'est 
dans  cet  ordre  d'idées  qu'on  doit  continuer  les  améliorations  de  la  belle 
création  de  M.  Belgrand. 

M.  Couche  décrit  sommairement  le  service  d'eaux  d'Amsterdam  qui  a 
pour  particularités  qu'il  n'v  a  aux  environs  d'Amsterdam  ni  véritables 
sources,  ni  rivières  d'eau  potable,  et  qu'il  ne  s'y  rencontre  pas  une  émi- 
ncnçe  sur  laquelle  on  puisse  établir  un  réservoir  de  distribution. 


—  365  — 

Veau  pluviale  est  extraite  des  dunes  d*Haarlem  par  un  drainage  très 
étendu  formé  de  canaux  qui  n'ont  pas  moins  de  18  kilomètres  de  lon- 
gueur; l'eau -est  ensuite  filtrée,  puis  refoulée  par  des  maekines  jusqu'à 
Amsterdam.  La  distribution  est  continue,  sur  colonne  et  sans  réservoir. 
Le  volume  journalier  est  de  16  à  18,000  mètres  cubes  seulement  pour 
une  population  de  390,000  habitants,  dont  la  propreté  est  proverbiale  ;  il 
faut  dire  fue  toute  Teau  de  lavage  se  prend  dans  les  canaux  qui  sillon- 
nent la  viUe. 

Construction  d'un  tunnel  sous  PHudson.  Extrait  du 
rapport  de  mission  en  Amérique  de  M.  Cadard,  ingénieur  des  ponts  et 
chaussées. 

Documents  annexés  au  rapport  de  mission  en 
Amérique  de  M.  Cadabd,  ingénieur  des  ponts  et  chaussées. 

Note  bibliographique  de  M.  Ed.  Collignon,  ingénieur  en  chef  des  ponts 
et  chaussées,  sur  le  cours  de  mécanique  et  machines,  de 
M.  Bresse,  inspecteur  général  des  ponts  et  chaussées. 


SOCIÉTÉ  INDUSTRIELLE  DE  MULHOUSE 


Juillet  1885 

Note  sur  la  protection  de  la  propriété  industriene,  par 

M.  Ch.  Grossbtsste -Thierry. 

Cest  un  résumé  comparatif  des  législations  des  grands  Etats  de 
l'Europe,  relativement  aux  brevets  d*invention,  avec  quelques  considéra- 
tions sur  la  convention  internationale  de  1883. 

Note  sur  un  nouveau  bleu  pour  impression,   par  M.  Ed. 

UUJtIGH. 

Étude  sur  la  composition^  la  chaleur  de  combustion 
et  le  rendement  pratique  d'une  bouUle  de  la  Rubr 

(mine  d*Altendorf),  par  M.  Schbursr-Kestnbr. 

Lf'analyse  élémentaire  de  cette  houille  a  donné  une  proportion  de  cen- 
dres de  4.10  à  2.27  pour  100,  la  houille  brute  renfermant  de  10  à  14.  La 
composition  de  la  houille  peut  être  établie  comme  suit  en  moyenne  : 

24 


—  366  — 

Houille  pure.      Houille  brate. 

Cendres 0,  -   1,38 

Carbone 89,98  88,50 

Hydrogène 4,11  4,14 

Azote 1,00  0,99 

Oxygène 4,97  4,82 

190,00  100,00 

La  chaleur  de  combustion  a  été  déterminée  dans  Tappareil  Favre  et 
Silbermann,  et  dans  les  conditions  indiquées  par  MM.  Scheurer-KestDcr 
et  Meunier  Dollfus  en  1879.  On  a  trouvé  9,111  caloriespar  kilogramme 
pour  moyenne  de  trois  expériences.  Le  calcul  par  la  formule  de  DuloDg 
donnerait  8,477  calories. 

L'auteur,  ayant  toujours  trouvé  que  le  pouvoir  calorifique,  mesuré  au 
calorimètre,  est  de  7  à  8  pour  100  supérieur  au  résultat  que  donne  la  for- 
mule de  Dulong,  conclut  que  celle-ci  ne  peut  pas  être  considérée  comme 
applicable  aux  houilles. 

L'essai  pratique  a  été  fait  avec  les  chaudières  qui  ont  servi  aux  expé- 
riences de  l'auteur  en  1869.  Il  a  duré  cinquante-trois  heures  pendant 
lesquelles  ont  été  vaporisés  57,920  litres  d'eau  à  26®,7,  ce  qui  donne  les 
résultats  suivants  : 

Rendement  de  la  houille  brute  humide  en  eau  à  0® 7,83 

—  —  —   sèche  —  8,26 

—  —      pure  et  sèche         —  9,4! 

Rapport  sur  une  demande  de  concours  des  prix  de  MM.  Dietscb  frères, 
présenté,  au  nom  du  comité  de  chimie,  par  MM.  G.  Schaeffer,  Koechlin 
et  Noelting. 

Note  de  M.  le  docteur  Schoellhammer  sur  le  travail  de  M.  Mandel. 
intitulé  :  la  Phtisie  antmak  et  la  Transmission  à  l'homme. 

Résumé  météorologique  de  Tannée  1884,  par  M.  G.  Zweifel. 

Notice  nécrologique  sur  M.  Zweifel,  présentée  par  M.  Aag.  Dollfus. 


SOCIÉTÉ  DES  INGÉNIEURS  ALLEMANDS 


NO  34.  —  22  Août  1885. 

Coup  d'œil  8\)r  la  vingt-sixième  réunion  générale  de  l'Association,  à 
Stottin. 


—  367  — 

Exposition  d'industrie  et  du  travail  manuel,  à  Gorlitz,  en  1885,  par 
H.  Maihak. 

Métallurgie, — Appareil  à  chauffer  Tair  de  Long.  — Laminoir  à  blooms 
des  forges  d'Ebbw  Vale.  — Arrêts  de  cages  des  mines  de  H.  Ochwadt. 

Groupe  de  Scuce.  —  Assimilation  du  système  de  la  circulation  du  sang 
chez  les  animaux  à  une  canalisation  de  distribution  d*eau. 

Patentes. 

Bibliographie,  —  Prix  de  revient  des  transports  par  chemins  de  fer  et 
par  canaux^  de  Sjmpher. 

Correspondance,  —  Régulateurs  pour  pompes  à  vapeur.  —  Système  de 
chauffage  de  Frédéric  Siemens. 

N»  35.  —  29  Août  1886. 

Transmissions  par  câbles,  de  K.  Keller. 

Exposition  d*industrie  et  de  travail  manuel,  à  Gorlitz,  en  1885,  par 
H.  Maihak  (suite). 

Construction  des  courbes  de  la  forme  pv^  =  const,y  par  J.  Taubeles. 

Distribution  d'eau  d'Eupalinos  (Grèce). 

Machines-outils. 

Groupe  de  Magdebourg. 

Groupe  de  la  HauteSilésie,  —  Inondation  à  Czentochau. 

Groupe  de  Saxe.  —  Assimilation  du  système  de  la  circulation  du  sang 
chez  les  animaux  à  une  canalisation  de  distribution  d'eau  (fin). 

Appareil  de  graissage  à  pompe,  de  Rost. 

Graisseur  Mollerup. 

Patentes. 

Bibliographie,  —  Ouvrages  adressés  à  l'Association. 

Correspondance.  —  Système  Clapp-Griffith. 

Variétés.  —  Tramways  à  câbles.  —  Expériences  sur  la  vaporisation. 

Le  Secrétaire-Rédacteur  y 
A.  Mallet. 


PARIS,   MPRIHERIB  CHAIX  (S.-0.)«  —  25963-5. 


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des  Iti         - 


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€fnts  :  0^  oo5  p.  ïoo.  000 
Tts  ij?ancba7ïts  :  0^oo5  p.  lo.ooo 


■•V.' 


MÉMOIRES 


ET 


COMPTE  RENDU  DES  TRAVAUX 

■ 

DE   LA 

SOCIÉTÉ  DES  INGÉNIEURS  CIVILS 

OCTOBRE  1885 


!«<>  10 


Sommaires  des  séances  du  mois  d'octobre  : 

!*•  Lecture,  par  M.  A.  Mallet,  d'mie  lettre  ou  note  de  M.  Daniel 
Colladon  sur  ses  grands  Appareils  Dynamamétriques  applicables  aux 
Machines  marines  et  sur  ceux  de  M.  Auguste  Taurines  (séance  du 
2  octobre,  pages  374  à  391)  ; 

2»  Lettre  de  M.  W.  Nordling,  relative  à  la  communication  laite 
par  M.  Edmond  Roy  à  la  séance  du  7  août  1885  (séance  du  2  octo- 
bre, page  394)  ; 

3**  Lettre  de  M.  A.  Léger  sur  le  chemin  de  fer  de  Saint-Elienno 
à  Lyon  et  sur  ses  origines^  et  remarque  de  M.  de  Comberousse  (séance 
du  2  octobre,  pages  392  à  394)  ; 

4''  Lettre  du  Syndicat  des  entrepreneurs  de  travaux  publics  de 
France,  annonçant,  pour  le  mois  de  décembre  prochain,  une  Expo- 

BC'JLL.  i» 


—  370  — 

• 

sitioii  de  l'Outillage    des  travaux   publics  (séance   du   2  octobre, 
page  394)  ; 

5^  Circulaire  de  M.  le  Ministre  de  l'Instruction  publique,  relative 
au  Congrès  des  Sociétés  savantes  en  1886  (séance  du  2  octobre, 
page  39S); 

6^  Exposé  par  M.  de  Comberousse  de  la  partie  officielle  du 
voyage  de  la  Société  en  Belgique^  du  8  août  au  12  août  188o  (séance 
du  2  octobre,  pages  395  à  406)  ; 

7^  Compte  rendu  par  M.  Briill  des  excursions  organisées  en 
rhonneur  de  la  Société  par  Y  Association  des  Ingénieurs  sortis  de 
CÉœk  de  Gand^  du  13  août  au  lo  août  1885  (séance  du  â  octobre, 
pages  406  à  410)  ; 

8^  Compte  rendu  par  M.  Auguste  Moreau,  comme  suppléant  de 
M.  Périsse,  des  excursions  organisées  en  Thonneur  de  la  Société 
par  V Association  des  Ingénieurs  sortis  de  VÉcole  de  Liège,  du  13 
août  au  15  août  1885  (séance  du  2  octobre,  pages  411  à  421)  ; 

9^  Annonce  par  M.  de  Comberousse  de  la  signature  du  Décret 
autorisant  la  Société  à  entrer  en  possession  du  Le^s  Giffard  (séance 
du  1 6  octobre,  page  422)  ; 

10^  Note  de  M.  Anthoni  sur  l'ouvrage  de  M.  Emile  Cacheux, 
intitulé  :  Y  Économiste  pratique{sésince  du  16  octobre.pages  423  à  428)  ; 

11^  Note  de  M.  Edouard  Simon  sur  la  Convention  intertiationale 
pour  la  protection  de  la  propriété  industrielle  (séance  du  16  octobre, 
pages  428  à  434); 

12"  Communication  de  M.  Ch.  Assi,  en  son  nom  et  en  celui  Av 
M.  Louis  Genès,  sur  la  Convention  internationale  pour  la,  pivtection 
de  la  propriété  industrielle  (séance  du  16  octobre,  pages  434  à  444)  ; 

13^  Observations  présentées  sur  la  note  et  la  communicatiou 
précédentes  par  MM.  Casalonga,  Albert  Cahen,  Edouard  Simon, 
Ch.  Assi,  L.  Genès,  Armengaud  et  Mardelet  (séance  du  16  octobre* 
pages  444  à  450) ; 

14"  Rapport  présenté  par  M.  de  Comberousse,  au  nom  du  Comité, 
sur  la  donation  faite  à  la  Société  par  madame  Fusco  (séance  du 
16  octobre,  pages  450  à  453)  ; 

15"  Vote  de  l'Assemblée»  constituée  en  Assemblée  générale  ex- 
traordinaire, acceptant  à  l'unanimité,  conformément  à  la  proposi- 
tion du  Comité,  le  Legs  Fusco  sous  bénéfice  d'inventaire  (séance  du 
16  octobre,  page  453;. 


—  .371  — 

Pendant  le  mois  d'octobre,  la  Société  a  reçu  : 
l""  De  M.  D.  Colladon,  membre  de  la  Société,  un  exemplaire  d'un 
rapport  de  MM.  Poncelet,  Piobert  et  Coriolis,  sur  un  mémoire  de 
M.  D.  CoUadon,  relatif  à  un  nouveau  modo  de  mesure  du  travail 
des  machines  marines  à  vapeur  et  à  un  moyen  d'évaluer  la  résis- 
tance que  les  navires  à  vapeur  éprouvent  dans  leur  marche  (extrait 
des  Comptes  rendus  des  séances  de  l* Académie  des  Sciences),  et  un 
exemplaire  d*une  note  sur  la  balance  djnamométrique  établie  à  Tar- 
senal  royal  de  Marine  à  Woolwich,  pour  l'usage  de  l'Amirauté 
anglaise,  par  M.  D.  Colladon  (extrait  des  Comptes  rendus). 

2«  De  M.  Berthot,  membre  de  la  Société,  un  mémoire  sur  les 
Forces  mutuelles  et  leurs  applications  aux  phénomènes  mécaniqueSj  phy-^ 
siques  et  chimiques  ; 

3»»  De  M.  Seyrîg,  membre  de  la  Société,  un  exemplaire  de  son 
ouvrage  intitulé  :  Eléments  de  Statique  graphique  applujuée  aux  com- 
tructions  (texte  et  atlas)  ; 

4*  De  M.  Vuillemin,  membre  de  la  Société,  un  exemplaire  des 
tomes  II  et  III  de  son  ouvrage  sur  le  Bassin  houiller  du  Pas-dé^ 
Calais  ; 

5^  De  M.  Albert  Urban,  membre  de  la  Société,  deux  exemplaires 
d'une  note  sur  les  Carrières  de  porphyre  de  Quenast  ; 

6^  De  M.  Max  de  Nansouty,  membre  de  la  Société,  un  exemplaire 
d**  sa  note  sur  la  Télégraphie  optique  ; 

7^  De  M.  Maisonneuve,  membre  de  la  Société,  deux  exemplaires 
de  sa  note  sur  une  Machine  thermiffue  ; 

8**  De  M.  Bougarel,  membre  de  la  Société,  un  exemplaire  du 
compte  rendu  de  la  Distribution  des  prix  aux  apprentis  de  l'Ecole 
professionnelle  fondée  par  M.  Gérard^  mécanicien  ; 

9^  De  M.  Brehm,  ingénieur,  un  exemplaire  d'une  notice  sur  les 
Voilures  à  vapeur  Rowan  pour  C exploitation  de  tramways  et  de  cher 
mins  de  fer  secondaires  ; 

10*  De  la  Société  de  Géographie  italienne,  *  un  exemplaire  du 
â*  volume  des  Actes  du  3^  Congrès  international  de  Géographie,  tenu 
à  Venise,  du  15  au  22  septembre  1881  ; 

11^  Un  exemplaire  des  procès-verbaux  des  séances  du  Congrès 
intemcUional  de  Navigation  intérieure^  tenu  à  Bruxelles  ^  du  M  mai 
au  2  juiuy  et  un  exemplaire  des  Mémoires  publiés  à  l'occasion  de 
ce  même  congrès. 


—  372  — 

12**  De  M.  Gabriel  Thareau,  membre  de  la  Société,  une  note  sur 
TÂssociation  parisienne  des  industriels,  pour  préserver  les  ouvriers 
des  accidents  du  travail  ; 

13^  De  M.  Carimantrand,  membre  de  la  Société,  un  exemplaire 
â*un  article  sur  la  navigation  de  la  Seine  (Extrait  du  Petit  eapita- 
liste)  ; 

14''  De  M.  Corthell,  membre  de  la  Société,  un  exemplaire  d  une 
brochure  intitulée  :  The  interoceanic  Problem  and  its  identifie  sak- 
tian  ; 

15*^  De  M.  Louis  Parent,  membre  de  la  Société,  de  la  part  de 
M.  le  docteur  Paul  Kedard,  un  exemplaire  de  son  ouvrage  sur  le 
transport  par  chemin  de  fer  des  blessés  et  malades  militaires  ; 

16"*  De  M.  Brochocki,  membre  de  la  Société,  un  exemplaire  de  sa 
notice  sur  la  charpente  rigide  à  articulation  démontable  et  exten- 
sible, destinée  à  la  construction  des  ponts-volants  et  d^abris  de  toute 
nature. 


Les  Membres  nouvellement  admis  sont  : 

Membres  Sociétaires  : 

MM.  BouRON,  présenté  par  MM.  Chauveau,  Edoux  et  Supcrviellc. 

Gaiffe,  —  Jousselio,  Légat  et  Peignot. 

Grunkr,  —  Hallopeau,  Périsse  et  Seyrig. 

GuASCO,  —  Baranger,  Chassevent  et  L.  Maichc. 

Lelong,  —  Brûlé,  Cerbelaud  et  Hauet. 

Mlodecki,  —  Benoît-Duportail,  A.  Mallet  et  Regniiini. 

MusNiER,  —  de  Comberousse,Bourry  et  Périsse. 

Saintigeo.n,       —  Brichaut,  Leverbe  et  Taittinger. 

De  ScHULTHEP,  —  de  Comberousse,E.Polonceau  etPérisïîé 

Membres  Associés  : 

MM.  RoGERSON,  présenté  par  MM.  Gottschalk,  Lavailej  et  Moliuos. 
Voisine,  —  Brichaut,  Leverbe  et  Taittinger. 


RESUME 

DES 


PROCÈS -VERBAUX  DES  SÉANCES 


DU  MOIS  D'OCTOBRE  1885 


fléance    da    M    OetoUre    19^5 


Présibkncb  os  m.  bk  Combkbousse 

La  séance  est  ouverte  à  huit  heures  et  demie. 

M.  LE  Président  a  le  regret  d'annoucer  le  décès  de  M.  Bougère,  ancien 
élève  de  TEcole  centrale,  banquier  à  Angers,  membre  de  la  Société  de- 
puis 1848,  et  celui  de  M.  Jean  Fleury. 

Plusieurs  de  nos  collègues  ont  reçu  des  décorations  étrangères. 

M.  Charles  Bourdon  a  été  nomme  chevalier  de  Tordre  de  Léopold, 
M.  Adolphe  Violet,  officier  de  Tordre  du  Cambodge,  et  M.  Letalle,  com- 
mandeur de  Tordre  impérial  de  TOsmanié. 

Le  procès-verbal  de  la  dernière  séance  est  adopté,  en  tenant  compte 
des  développements  ci-après. 

M.  LE  PRisiDEMT  rappelle  que,  dans  la  dernière  séance,  M.  de  Cossi- 
gnj  avait  écrit  une  lettre  fort  intéressante  à  propos  des  inventions  dy- 
namométriques de  M.  Taurines  :  il  comparait  ses  travaux  k  ceux  de  M. 
CoUadon.  M.Mallet  a  répondu  quelques  mots,  à  ce  sqjet,  et  nous  a  fait 
espérer  que  M.  Colladon  pourrait  nous  donner  des  détails  précieux  sur 
ses  propres  travaux,  et  sur  le  dynamomètre  employé  en  Angleterre,  à 
Tarsenal  de  Woolwich. 

En  effet»  M.  Mallet  a  rapporté  de  son  voyage  en  Suisse  une  note  très 
instructive  de  M.  Colladon,  et  il  va  nous  la  communiquer,  comme  se  rap- 
portant au  procès-verbal  de  la  dernière  séance. 

M.  Mallet  a  la  parole. 

M.  Mallet  expose  d'abord  sommairement  le  but  de  M.  Colladon.  En 
dehors  des  explications  qu'il  donne  sur  les  expériences  qui  ont  servi    de 


—  374  — 

point  de  départ  à  rétablissement  de  l'appareil  de  Woolwich,  qui  a  rendu 
de  grands  services,  M.  Colladon  s'est  proposé  de  répondre  à  la  lettre  de 
M.  de  Cossignj  sur  deux  points.  Dans  Tétat  actuel  de  la  question,  on 
pourrait  supposer  qu'il  y  a  un  certain  antagonisme  entre  M.  Taurines  et 
M.  Colladon.  M.  Mallet  croit  bon  de  dire,  dés  à  présent,  que  ce  sont 
d'anciens  amis  et  qu'ils  ont  toujours  conservé  entre  eux  d'excellentes 
relations,  comme  on  le  verra  dans  la  lettre  qu'il  va  lire. 

Il  y  a  un  second  point  sur  lequel  M.  Colladon  tient  à  fixer  Tattention 
de  la  Société;  c'est  que  l'appareil  de  M.  Taurines  aurait  été  construit  et 
employé  en  France  et  serait  un  appareil  français, tandis  que  celui  de  M. 
Colladon  aurait  été  construit  et  employé  en  Angleterre.  Si  Tappareil  àe 
M.  Colladon  a  été  construit  en  Angleterre,  c'est  parce  qu'il  n'a  pas  pu 
le  faire  exécuter  chez  nous,  car,  M.  Colladon  a  fait  presque  toute  sa 
carrière  en  France  ;  ses  expériences  ont  été  faites  «ur  la  Seine  et  sur  le 
Rhône,  et  s'il  n'a  pas  exécuté  son  appareil  en  France  ,  c'est  parce  que  la 
marine  française  ne  l'a  pas  accepté,  tandis  que,  en  Angleterre,  son 
appareil  a  été  immédiatement  accepté  et  exécuté. 

M.  Mallet  donne,  comme  il  suit,  lecture  de  la  lettre  de  M.  Colladon. 

«  Monsieur  le  Président. 

«  Dans  la  lettre  que  M.  Jules  de  Cossigny  vous  a  adressée  et  dont  il  a 
été  fait  lecture  à  la  dernière  séance  de  la  Société,  il  fait  allusion  à  mes 
«anciens  travaux  sur  la  mesure  du  travail  des  machines  k  vapeur  marines 
et  rappelle  ceux  plus  récents  de  mon  ami  M.  l'ancien  professeur,  Auguste 
Taurines. 

»  Je  crois  convenable,  pour  éviter  toute  interprétation  erronée,  de 
rédiger  pour  nos  mémoires  un  résumé  historique  fort  abrégé  de  mes 
anciennes  études  théoriques,  basées  sur  de  très  nombreuses  expériences 
bien  antérieures  à  1850,  pour  déterminer  l'effet  utile  des  machines 
à  vapeur  destinées  à  la  navigation,  et  de  rappeler  quelques  travaux 
originaux  bien  oubliés  aujourd'hui,  sur  les  avantages  des  roues  de  navi- 
gation à  palettes  mobiles  et  sur  une  méthode  de  mon  invention,  destinée 
a  suppléer  à  TinsuMsance  du  frein  de  Prony  pour  mesurer  la  force  en 
chevaux  des  machines  marines,  réalisée  sur  l'arbre  des  roues  à  aubes, 
par  des  moteurs  à  vapeur  d'une  puissance  quelconque,  fûtrelle  même 
égale  à  plusieurs  milliers  de  chevaux. 

»  Le  frein  de  Prony ,  appareil  dynamométrique  si  précieux  pour 
déterminer  les  travaux  mouvants  ou  résistants,  inférieurs  à  60  ou  100 
chevaux,  devient  d'un  emploi  dangereux  et  même  impossible,  lorsque  la 
valeur  du  travail  correspond  à  un  nombre  supérieur.  Je  crois  utile  de 
rappeler  que  j'ai  eu  l'idée,  dès  l'année  1835,  de  remplacer  pour  les  essais 
sur  la  force  en  chevaux  des  machines  à  vapeur  marines,  quelle  que  soit 
leur  puissance,  l'appareil  du  frein  par  une  autre  méthode  de  mon  inven- 


—  375  — 

tion,  dans  laquelle  je  fais  servir  l'action  rotative  des  roues  à  auhes  dont 
les  palettes  ont  été  convenablement  déplacées,  en  combinant  le  chemin 
décrit  dans  un  temps  donné  par  le  centre  d'impression  d*une  de  ces 
palettes,  avec  la  tension  d'un  câble  d'arrêt  horizontal,  qui  retient  le 
uavire  sans  suspendre  ou  diminuer  la  vitesse  normale  des  machines. 

»  Pour  mesurer  la  tension  de  ce  câble,  j*ai  démontré  par  de  nom- 
breuses  expériences  qu'on  peut,  dans  tous  ces  essais,  se  servir  d'une 
balance  à  équerre  capable  de  mesurer  une  force  horizontale  de  plusieurs 
milliers  de  kUogrammes  en  établissant  Téquilibre  par  des  séries  de 
poids  suspendus  au  bras  horizontal  de  la  romaine  en  forme  d'équerre 
('t  en  leur  ajoutant  la  résistance  élastique  d'un  dynamomètre  de  force 
médiocre  ,  ayant  une  échelle  d'extension  suffisamment  grande  pour 
enregistrer  sur  le  cadran  d'un  totalisateur  à  horloge,  les  variations  que 
peut  subir  la  tension  du  câble.  J'expliquerai  plus  loin  pourquoi  l'emploi 
de  cette  balance  peut  être  quelquefois  préféré  à  celui  de  puissants  dy- 
namomètres à  ressorts,* quand  on  se  propose  d'obtenir  des  mesures 
délicates  et  très  précises;  je  décrirai  en  même  temps  la  balance  romaine 
on  équerre  que  j^ai  fait  établir  à  poste  fixe  en  1844  à  l'arsenal  maritime 
de  Woolwich,  pour  servir  à  l'essai  des  machines  marines  les  plus  puis- 
santes des  vaisseaux  à  vapeur  du  gouvernement  Britannique. 

»  Les  essais  nombreux  et  variés  que  j'ai  pu  faire  par  l'emploi  de 
cette  nouvelle  méthode  pendant  trois  années,  (1838  à  1841)  sur  quel- 
ques bateaux  à  vapeur  de  la  Saône  et  du  lac  de  Genève  (1),  m'ont 
démontré  : 

»  1^  Que  cette  nouvelle  méthode  donne  pour  les  machines  à  vapeur 
marines  des  mesures  dn  travail  effectif,  autant  ou  même  plus  précises 
que  ceUes  qu'aurait  pu  donner  le  frein  de  Prony,  si  son  usage  eût 
été  possible  pour  des  moteurs  d'une  puissance  supérieure  à  100 
chevaux. 

»  2^  Que  son  emploi  peut  être  continué  sans  interruption  pendant  plus 
de  24  ou  48  heures,  si  on  désire  prolonger  les  essais. 

>•  3®  Que  cette  longue  durée  ne  peut  occasionner  aucun  danger  quel- 
conque pour  les  organes  de  la  machine,  lors  même  que  leur  force  effec- 
tive serait  égale  &  plusieurs  milliers  de  chevaux. 

»  4°  Que  Ton  peut  utiliser  cette  méthode  pour  mesurer  exactement  la 
résistance  des  carènes  pendant  leur  marche  en  eau  calme,  à  différents 
degrés  de  vitesse. 

*>  5*  Enfin,  qu'il  serait  souvent  possible  d'employer  cette  méthode 
d'essai,  pendant  le  stationnement  d'un  navire  à  vapeur  à  roues  dans  un 
port,  pour  étudier  l'influence  utile  ou  nuisible  que  peuvent  avoir  cer- 
taines modifications  dans  le  mode  d'emploi  de  la  vapeur,  ou  dans  la 
disposition  de  leurs  organes,  pour  la  bonne  marche  du  navire. 

(1)  En  Dârliciilier  sur  les  deux  plm  grandi  beteaui  h  vapeur  de  ce  lae,  établis  en 
1839  et  i^,  Y  Aigle,  de  la  force  âe  qoatre- vingt-dix  chevaux,  et  le  Léman  de  soixante- 
aix  et  demi. 


—  376  — 

»  Pendant  le  second  quart  du  dix-neuvième  siècle ^  les  autorités  ma- 
ritimes des  divers  pays  étaient  dans  l'obligation  d'accepter  les  puissantes 
machines  marines  commandées  pour  leur  usage,  sans  avoir  aucun  pro- 
cédé quelconque  pour  mesurer  ou  estimer  leur  pouvoir  régulrer  effectif 
sur  l'arbre  des  roues  motrices,  que  l'appareil  connu  sous  le  nom  d'in- 
dicateur de  Watt. 

))  Mais  cet  instrument  ne  peut  déterminer  que  le  travail  potentiel  de 
la  vapeur  sur  lo  ou  les  pistons  dans  l'intérieur  des  cylindres,  et  il  est 
parfaitement  reconnu  que  l'étude  des  diagrammes  tracés  par  cet  appareil 
ne  donne  que  des  indicsftions  probables  mais  nullement  certaines,  sur  le 
pouvoir  final  effectif  disponible  que  l'on  désire  en  définitive  obtenir  sur 
l'arbre  des  roues  motrices  (1). 

EXPÉRIENCES  COMPARATIVES    SUR  LE  TRAVAIL  UTILE  EFFECTUÉ  PAB  DtS  ROIES 
MOTRICES    A   PALETTES    FIXES   OU   MOBILES   (1827   à  1829). 

j)  Pendant  le  second  semestre  de  1827,  j'avais  rédigé  un  travail 
assez  considérable  sur  la  résistance  des  corps  flottants  et  sur  l'effet 
utile  des  roues  motrices  de  bateaux  à  vapeur,  basé  sur  des  expérien- 
ces très  nombreuses  faites  à  mes  frais. 

Ces  études  m'avaient  amené  à  recommander  Temploi  d'un  nouveau 
système  de  roues  à  palettes  mobiles,  dont  les  aubes  dirigées  par  un 
mécanisme  solide  et  d'un  coût  modéré  relativement  à  l'économie  qui 
eu  résulte  par  une  meilleure  utilisation  de  la  force  motrice,  me  pa- 
raissait mériter  l'approbation  de  l'Académie  des  sciences  et  quelques 
essais  faits  en  grand  aux  frais  de  l'amirauté  française. 

»  Les  roues  à  palettes  fixes,  quelle  que  soit  leur  construction,  et  les 
roues  à  palettes  mobiles,  dites  du  système  Morgan,  qui  restent  cons- 
tamment verticales  pendant  la  marche  du  navire, occasionnent  une  dépense 
considérable  et  inutile  de  la  force  motrice  toutes  les  fois  que  le  navire  est 
fortement  chargé;ou  que  la  lame  est  forte, ou  que  le  vent  latéral  faisant  peu- 
cher  le  navire, une  des  roues  à  aubes  est  trop  profondément  immergée.  S'il 

[1)  En  voici  un  exemple  frappant  qui  mérite  d^ètre  ooonu  des  inoéoieurs;  —Un  gnnd 
atelier  de  Dijon,  qui  a  construit  de  nombreux  moteura  à  fapeur,  estait  engagé  i  Urrer 
à  de  grands  propriétaires  fabricants  de  sucre  de  betteraves  à  Toumus,  une  machine  à 
vapeur  à  haute  pression  du  poufoir  effectif  de  seize  cfaetaux  pour  brcjyer  les  ndnes. 
—  Ces  fabricants  comptant  sur  ce  pouvoir  avaient  Csit  leure  achala  en  conséquence. 
Lorsqu'on  voulut  fabriquer,  le  moteur  ne  put  produire  que  le  quart,  et  même  moins 
de  la  puissance  promise.  A  la  suite  du  procès  intenté  aui  eonatrueteora,  la  Cour  de 
Dijon  nomma  trois  experts,  HM.  Payen  et  Malinvant,  inoénieura  au  corps  royal  des 
raines,  et  moi,  pour  vérifier  avec  un  frein  de  Prony,  la  rorca  utile  de  la  madiine.  — 
Pendant  nos  essais,  nous  pûmes  constater  que  Tindicateur  de  Walt  donnait  pour  Tactiop 
de  la  vapeur  dans  le  cylindre  un  travail  supérieur  i  seize  chevaux,  mais  que  le  tranil 
utile  sur  l'arbre  moteur  ne  put  jamais  surpasser  quatre  chevaux  eH^ifs. 

La  machine  avait  un  cylindre  vertical  avec  son  arbre  rotatif  en  dessous,  que  met- 
taient en  mouvement  deux  bielles  latérales  commandées  au  moyen  d'un  T  fixé  a  l'extré- 
mité supérieure  de  la  tige  de  piston;  pour  maintenir  cette  tige  dans  une  direction  Te^ 
ticale,  1  ingénieur  avait  eu  la  &tale  idée  de  lui  donner  la  forme  d'un  tube  et  de  ii 
faire  glisser  le  long  d'un  arbre  central  fixé  à  son  extrémité  inférieure  au  centre  du 
fond  du  cylindre  et  à  son  tx>ut  supérieur  au  plafond.  —Les  frottements  qui  lésoltsiest 
de  cette  combinaison  absorliaient  plus  des  trois  quarts  du  travail  effectué  par  la  x^- 
peur  sur  le  piston. 


—  377  — 

otait possible  d'obligerles  palettes,mêmepeiidantlcsplus  fortes  immersions, 
h,  entrer  et  sortir  du  liquide  par  leur  tranchant  et  à  ne  devenir  verticales 
par  rapport  à  la  surface  de  niveau,  que  pendant  le  temps  de  leur  recul 
absolu»  déduction  faite  de  la  marche  en  avant  du  navire  auquel  elles 
participent,  les  inconvénients  que  nous  venons  d'énumérer  disparaîtraient, 
ou  seraient  beaucoup  atténués,  on  obtiendrait  plus  de  douceur  et  d'uni- 
formité dans  la  marche  et  une  bonne  économie  pour  l'emploi  de  la  force 
motrice. 

J*ai  reconnu  dès  Tannée  1827,  que  ce  résultat  désirable  peut  être  obtenu 
par  l'emploi  de  palettes  mobiles  pouvant  tourner  autour  d*uu  axe  hori- 
zontal correspondant  avec  le  milieu  de  leur  surface  plane,  dont  les  mou- 
vements, relativement  à  la  circonférence  de  la  roue,  sont  réglés  par  un 
puissant  excentrique  fixé  au  bateau,  et  entourant  Tarbre. 

Sur  cet  excentrique,  on  établit  un  collier  d'une  force  suffisante,  portant 
à  sa  circonférence  extérieure  des  appendices  équidistants,  dont  le  nom- 
bre égale  celui  des  palettes  et  chacun  de  ces  appendices  est  muni  d'une 
bielle  dont  l'autre  extrémité  commande  la  position  de  chaque  palette  au 
moyen  de  courtes  manivelles  fixées  à  l'extrémité  de  leur  axe  de  rotation 
la  plus  voisine  des  parois  du  navire. 

Dès  la  fin  de  1827,  j'avais  fait  fabriquer  un  petit  bateau  en  tôle,  n'ayant 
que  deux  mètres  environ  de  longueur  et  quarante-cinq  centimètres  envi- 
ron de  largeur,  pour  faire  des  essais  comparatifs  sur  le  travail  utile  qu'on 
peut  obtenir  de  divers  systèmes  de  roues  à  palettes  fixes,  comparati- 
vement à  celui  que  peuvent  réaliser  des  roues  à  palettes  mobiles,  dont  le 
mouvement  s'opère  comme  il  est  dit  ci-dessus,  lorsque  le  bateau  et  ses 
roues  à  palettes  sont  plus  ou  moins  profondément  immergées. 

«  Désirant  avoir  pour  ces  essais  comparatifs  un  petit  moteur  capable 
d'un  travail  total  limité,  mais  d'une  valeur  égale  pour  chaque  essai,  j'avais 
fait  construire  par  l'habile  horloger,  M.  Wagner,  de  Paris,  un  barillet 
grandiose,  muni  d'un  ressort  d'une  dimension  et  d'une  puissance  tout  à 
fait  exceptionnelles,  et  ce  barillet  fut  fixé  solidement  sur  le  fond  inté- 
rieur du  bateau.  Le  travail  du  ressort  se  transmettait  par  un  engrenage 
à  l'arbre  sur  lequel  étaient  fixées  les  roues  à  palettes  ayant  0",3S  de 
diamètre  et  0",12  de  largeur. 

>  Ces  roues  étaient  disposées  de  manière  qu'il  fut  possible  et  facile  de 
varier  le  nombre  des  palettes,  leur  forme  et  leur  inclinaison.  J'avais  fait 
aussi  préparer  deux  autres  roues  de  même  dimension  portant  chacune 
huit  palettes  mobiles  autour  d'un  axe  horizontal  passant  par  leur  centre 
de  figure  et  dont  le  mouvement  était  commandé  par  un  mécanisme  dis- 
posé comme  il  est  dit  ci-dessus. 

»  Dans  une  longue  série  d'essais  faits  sur  le  canal  de  l'Ourcq,  en  octo- 
bre et  novembre  1827,  toutes  les  fois  que  le  temps  était  calme,  essais 
renouvelés'  en  septembre  et  en  octobre  1828,  en  présence  de  quelques 
assistants,  membres  de  l'Académie  ou  ingénieurs  constructeurs,  il  fut 
constaté  que  le  bateau  prenait  plus  de  \itesse  et  parcourait  un  chemin 


—  378  — 

plus  cousidérable  toutes  les  fois  qu'il  était  mû  par  les  roues  à  palettes 
mobiles.  L'avantage  do  ces  dernières  rouos  sur  celles  à  palettes  fixes 
était  d'autant  plus  marqué  que  leur  immersion  était  plus  grande  par  suite 
des  charges  supplémentaires  placées  dans  le  fond  du  bateau. 

»  Ces  expériences  avaient  entraîné  pour  moi  des  dépenses  au-dessus 
de  mes  ressources  personnelles  et  je  me  décidai  à  retarder  la  présenta- 
tion à  TAcadémie  de  l'ensemble  de  ce  travail,  pour  le  faire  admettre  au 
concours  du  prix  Montyon,  qui  devait  être  décerné  au  printemps  del8î9. 

»  Les  académiciens  nommés  pour  juger  le  concours  étaient  MM.  Navier. 
(rirard,  Arago  et  Molard,  rapporteur. 

»  M.  Arago,  qui  s'intéressait  vivement  aux  progrès  de  la  marine  àva- 
peur,  était  très  favorable  à  mes  conclusions  ;  mais  M.  Molard,  alors 
directeur  du  conservatoire  des  Arts  et  Métiers,  déclara  magistralement 
qu'aucun  système  quelconque  de  roues  avec  des  palettes  mobiles  ne  poo^ 
rait  résister  à  la  violence  des  coups  de  mer,  et  la  majorité  de  la  commis- 
sion, impressionnée  par  son  affirmation ,  ne  voulut  m'accorder  qu'une 
mention  honorable  et  la  faculté  d'insertion  dans  les  Savants  Étrangers. 

»  Moins  de  deux  ans  après  le  dépôt  de  mon  Mémoire,  j'avais  la  conso- 
lation de  voir  deux  bateaux  à  vapeur  munis  de  machines  à  cylindres 
oscillants,  pour  un  service  de  marchandises  sur  la  basse  Seine,  munis  de 
roues  à  palettes  mobiles  exécutées  conformément  à  mes  propositions  ot 
h  mon  petit  modèle  ^  Et  peu  après  j'apprenais  que  ces  mêmes  roues  à 
palettes  mobiles  venaient  d'être  adoptées  pour  le  service  en  mer,  par 
d'habiles  constructeurs  anglais,  MM.  Maudslay,  et  MM.  Miller  et  Ra- 
venhill. 

»  La  solidité  de  ce  système  et  ses  avantages  étaient  même  si  bien  con- 
statés au  bout  de  quinze  années,  que,  lorsqu'on  1843.  l'Amirauté  britan- 
nique chargea  MM.  Maudslay,  Field  et  C**,  d'établir  des  moteurs  de 
400  chevaux  de  force  sur  le  navire  Victoria  et  Albert,  destiné  au  service 
particulier  de  la  Reine,  ces  habiles  constructeurs  n'hésitèrent  pas  à  em- 
ployer, pour  ce  beau  navire,  des  roues  à  palettes  mobiles  commandées, 
comme  il  est  dit  ci-dessus,  c'est-à-dire  d'après  le  système  que  j'avais 
présenté,  en  1828,  au  jugement  de  la  Commission  du  prix  Montyon. 

»  De  1830  à  1840,  j'ai  eu  à  diriger,  comme  entrepreneur  à  forfait,  ou 

1.  M.  Cave  a  été  chargé  en  1828  ou  1829  de  remplaeer  par  des  machines  à  eylindre.< 
oscillants  les  lourds  moteurs  à  YApeur  de  deux  bateaux,  construits  à  Charenton,  poar  ua 
service  sur  la  basse  Seine.  Ces  bateaux  avaient  des  roues  à  pafettes  rotatives  ;  chaque 
palette  était  formée  de  denx  pelles  fixées  à  l'extrémité  de  deox  rayons  de  la  roue  paral- 


ces  machines  et  oue  je  connaissais,  me  demandèrent  mon  avis  sur  cette  disposition.  Je 
leur  exposai  les  aé&uts  de  cette  combinaison  et  je  leur  dessinai  sur  place  et  expliqiui 
remploi  bien  préférable  de  palettes  mues  par  un  collier  excentrique  A  Taxe  et  forçant 
les  palettes,  par  des  bielles,  a  entrer  et  à  sortir  du  liquide  tangentiellement  A  la  oonrbc 
hélicoïdale  que  décrit  le  centre  de  chaque  palette  quand  le  navire  est  en  marebe. 
MM.  F.  Mathias  et  Ch.  Callon  ont  rappelé  ma  priorité  de  l'idée  pour  ce  mécanisme, 
dans  leur  traité  swr  la  naviqatUm  fiutttalô  à  vapeur,  publié  chez  Auguste  Mathias  en 
1846  (voir  la  page  194). 


—  379  - 

comme  simple  ingénieur,  Texécution  ou  la  restauration  de  plusieurs  mo- 
teurs à  vapeur  de  navigation  pour  bateaux  de  force  médiocre  ou  moyenne, 
tels  que  fa  Seine,  r Yonne ,  faisant  un  service  de  voyageurs  en  amont  de 
Paris,  la  Ville  tElbeuf  allant  de  Rouen  à  Elbeuf  *. 

»  J'ai  fait  construire  aussi  les  machines  du  premier  Papin  et  du  Ché- 
rubin à  Lyon,  de  Y  Écho  sur  le  lac  de  Genève,  etc. 

»  CONSTRUCTÎON  ET  ESSAI  DES  MACHUIES  DU  BATEAU  le  Papin  '. 

»  Les  avantages  notables  que  j'avais  obtenus  pour  l'économie  du  com- 
bustible dans  les  bateaux  naviguant  sur  la  Seine,  décidèrent  en  1834  la 
Compagnie  lyonnaise  dite  :  des  commissicnnaires  k  me  commander  des 
doubles  machines  de  quarante  chevaux  de  force  totale  minima,  garanties 
pour  dépenser  moins  de  quatre  kilogrammes  de  houille  par  cheval  et  par 
heure,  avec  la  promesse  de  ma  part  de  rester  en  dessous  de  trois  kilo- 
grammes. —  La  Compagnie  exigeait  que  la  construction  se  fit  en  Angle- 
terre, je  mis  la  condition  que  les  chaudières  seraient  faites  en  France  et 
je  me  réservai  le  droit  de  faire  aux  machines  des  modifications  que  je 
jugerais  utiles.  Il  fut  enfin  convenu  que,  après  la  mise  en  marche,  la  force 
effective  sur  les  roues  serait  mesurée  par  des  essais  faits  par  deux  freins 
de  Prony  appliqués  à  Tarbre  des  roues. 

»  Ces  essais  avec  deux  freins  ont  été  dirigés  par  les  experts,  MM.  Taba- 
raud  professeur  et  Renaud.  Il  fut  constaté  par  un  procès-verbal  que  je 
possède,  que  la  force  régulière  indiquée  par  les  freins,  dépassait  soixante 
chevaux,  les  machines  marchant  à  la  pression  de  trois  kilogrammes  et 
demi,  avec  détente,  et  que  la  consommation  de  combustible,  en  ayant 
égard  à  ce  pouvoir  normal,  ne  représentait  que  deux  kilogrammes  et 
demi  par  cheval  et  par  heure  *. 

»  Les  vibrations  continuelles  des  aiguilles  des  dynamomètres  à  ressort 
des  freins,  me  donnèrent  alors  l'idée  d'entreprendre  un  autre  système 
d  essai  des  machines  marines,  en  faisant  usage  des  roues  à  palettes 
elles-mêmes  pour  disposer'd'une  résistance  uniforme  mesurable  avec  une 
balance  des  forces  horizontales  et  servant  à  mesurer  la  puissance  des 
moteurs. 

»  Le  Papin  devant  entrer  immédiatement  en  service,  je  dus  remettre  à 
une  autre  époque  les  expériences  projetées  et  la  vérification  expérimen- 
tale de  l'efficacité  de  cette  nouvelle  méthode,  dont  j'entrevoyais  déjà  la 
très  facile  application  aux  plus  puissants  steamers  et  devenant  une  base 


iiar  cheral  et  par  heure  et  une  forte  augmentation  de  pouvoir. 

i.  J'ai  été,  je  crois,  le  premier  ingénieur  qui  a  donné  le  nom  de  Papin  à  an  bateau 
à  sapeur. 

3.  Cette  fiiible  consommation  me  ralot  une  pnme  eiceptionnelle  de  3,500  francs.  Les 
autres  bateaux  A  vapeur  existant  à  eette  époque  sur  la  Saône  et  le  Rtiône  étaient,  sans 
aucune  exeeption,  des  bateaux  de  constructio  i  anglaise  à  basse  pression  et  sans  détente, 
brûlant  en  nooyenne  six  à  huit  lvilogramme$  de  houille  par  chevai  et  par  heui'e. 


pour  la  solution  des  questions  ks  plus  eHsentielk»  de  In  méeaiiii{iir 
navale. 

»  V.a  183',  un  riche  capitaliste  nn^iaix,  M.  Haldimand,  m'avait  charge 
de  construire  pour  lui  uu  bateau  à.  vapeur  de  plaisance  de  12  à  15  che- 
vaux, pour  la  navigation  sur  le  lac  de  (ienève.  Il  avait  ctf^  convenu  i|u« 
ce  bateau  devrait  être  k  ma  disposition  pendant  les  dernières  semaines 
d'avril  pour  une  série  d'exp<^rionces  d'après  ma  méthode  dynamoioii- 
trique.  Ces  expiJriences  étaient  commencées,  lorsqu'une  très  grave  ei 
longue  indisposition  me  condamna  k  un  repos  absolu  de  quelques  mois. 

Plus  tard,  préoccupé  de  mes  cours  et  d'autres  très  nombreuses  occu- 
pations, je  n'ai  pu  recommencer  qu'en  IKiO,  ces  expériences  djnainoiBé- 
triques  sur  deux  grands  bateaux  à  vapeur  du  lac  de  fienève  :  mais  j'i-ntre- 
pris  dès  1839  des  expériences  destinées  k  contrôler  l'exactitude  de  mon 
procédé.  Pour  cela,  je  fis  installer  sur  une  grande  chaloupe  mise  km 
disposition,  un  mécanisme  figuré  sur  la  figure  annexée  à  cette  lettre. 

»  11  se  compose  de  deux  roues  h  palettes  de  deux  mètres  de  diamè- 
tre, portant  chacune  douze  palettes  légères,  destinées  à  fonctionner  sur 
les  flancs  de  la  chaloupe  et  qui  sont  liées  par  un  arbre  transversal,  muni 
dans  sa  partie  centrale  d'un  gros  cylindre  en  boia  ou  tambour  T.  ^  un 
demi-mètre  de  longueur  destiné  à  recevoir  une  corde  mince  33s  et  pou- 
vant faire  environ  cent  tours  sur  ce  premier  tambour. 

t)  La  vue  de  la  figure  ci-dessous  explique  suffisamment  le  mécanisme 
dynano métrique  funiculaire,  auquel  j'ai  eu  recours  pour  transmettre  à 
ces  roues  à  palettes  le  travail  moteur  de  deux  forts  manœuvres  agissanl 
sur  un  second  tambour  S.  Pour  rendre  ce  travail  uniforme  «t  d'une  va- 
leur bien  connue,  j'avais  adopté  la  disposition  représentée  sur  cetk 
figure: 


t  La  cordes  dirigée  successivement  par  trois  poulies  p,  p'  et  p",  a  i^' 
primitivement  enroulée  sur  le  tambour  T,  le  travail  des  deux  manœuvres 
sur  les  manivelles  m  et  m'  enroule  la  corde  s  sur  le  tambourS  et  dérouli^ 


—  381  — 

eu  mcnie  temps  cette  corde  sur  le  tambour  T  eu  lui  trausmettaut  un 
mouvement  de  rotation,  qui  est  communiqué  aux  palettes. 

»  Pendant  cette  expérience  la  tension  de  la  corde  s  est  rendue 
constante  et  égale  à  1/2  (P-J-ç),  P  étant  la  valeur  en  kilogrammes, 
du  poids  suspendu  à  la  poulie  mobile  p*  et  q,  le  poids  de  la  poulie  p' 
et  de  son  crochet. 

»  Les  manœuvres  règlent  leur  action  de  manière  que  la  poulie  p' 
et  son  poids  P  restent  à  peu  près  à  la  même  hauteur  pendant  la 
rotation. 

»  Il  est  facile  alors  de  mesurer  la  somme  des  travaux  résistants 
que  Teau  oppose  aux  palettes  pendant  une  rotation  entière  des  roues, 
ou  pendant  un  nombre  quelconque  n  de  rotations. 

»  Pour  cela,  au  lieu  de  laisser  avancer  le  bateau,  on  le  retient 
immobile  par  une  corde  de  retenue  horizontale  R,  dont  on  mesure  la 
tension  avec  une  balance  en  équerre,  ou  un  dynanomètre  D. 

»  La  chaloupe  se  trouve  ainsi  en  équilibre  entre  des  forces  hori- 
zontales opposées,  Tuiie  est  l'impulsion,  ou  plutôt  la  moyenne  des 
impulsions  horizontales  des  palettes  pendant  leur  immersion  et  l'autre 
la  résistance  de  la  corde  R  mesurée  à  la  balance  en  équerre  ou  au 
dynanomètre. 

»  Il  semble  que  l'action  des  palettes  variant  par  courtes  périodes, 
l'aiguille  du  dynanomètre  devrait  osciller  fortement,  et  cependant 
elle  reste  sensiblement  stationnaire,  cette  stabilité  est  causée  par 
riuertie  de  la  chaloupe  et  par  celle  de  son  chargement  qui  viennent 
s'interposer  entre  l'action  impulsive  des  palettes  et  la  résistance  do 
la  corde  R. 

»  Les  petites  variations  périodiques  de  la  force  impulsive  des  pa- 
lettes se  dépensent  ainsi  sur  nue  masse  considérable  et  leur  effet  est 
presque  insensible  sur  la  corde  R. 

»  Une  conséquence  bien  intéressante  à  prévoir,  c'est  que,  si  la 
puissance  du  moteur  et  les  variations  périodiques  de  l'impulsion  des 
palettes  augmentent,  par  contre  lïnertie  du  navire  et  celle  de  son 
chargement,  s'accroissent  dans  une  proportion  progressive  encore  plus 
rapide,  en  sorte  que,  même  pour  les  très  grands  navires  à  vapeur,  de 
300  et  1,000  chevaux  par  exemple,  l'index  du  dynanomètre,  ou  l'équi- 
libre de  la  romaine,  qui  servent  à  mesurer  la  tension  du  cable,  res- 
tent stationnaires  tant  que  le  pouvoir  moteur  des  machines  sur  leur 
arbre  ne  varie  pas. 

n  C'est  ce  résultat  important,  qui  permet  de  remplacer  l'action  d'un 
dynanomètre,  par  celle  d'une  puissante  romaine  en  forme  d'équerrc 
et  à  couteaux.  Cette  stabilité  permet  aussi  de  placer  sur  le  long  bras 
horizontal  de  cette  romaine,  un  plateau  chargé  de  poids  et  d'ajouter 
seulement  un  dynanomètre  de  force  ordinaire  destiné  à  enregistrer 
lej»  faibles  variations  de  tension  qui  peuvent  se  produire  pendant  la 
marche,  en  lui  ajoutant  un   enregistreur  à  horloge  muni  d'un  cadran 


—  382  — 

eu  papier,  sur  lequel  uu  crayon  trace  la  série  de  ces  vai'iatious.  Ou 
peut  ainsi  mesurer  à  un  ou  deux  centièmes  près  le  travail  en  chevaux 
transmis  à  Tarbre  des  roues  par  les  plus  puissants  moteurs  qu'em- 
ploie la  marine. 

»  C'est  un  appareil  de  ce  système  que  Tamirautè  anglaise  a  adopiô 
en  1843,  pour  être  établi  à  poste  fixe  dans  Tarsenal  maritime  de 
Woolwich  et  pour  lequel  elle  m'accorda  uu  prix  de  huit  cents  livres 
sterling;  la  seule  condition  essentielle  à  remplir  était  la  possibilité 
de  déterminer  avec  mon  appareil  la  force  en  chevaux  de  tous  le& 
moteurs  des  navires  à  roues  appartenant  au  gouvernement  britauuique. 
quelle  que  fut  leur  force,  jusqu'à  mille  chevaux,  pouvoir  qu'aucun 
navire  du  gouvernement  anglais  n'atteignait  en  1843. 

9  L'appareil  dont  j'ai  dirigé  toute  la  construction  en  1844,  sur  le 
bord  du  vaste  bassin  du  roi  William,  à  Woolwich,  a  ^té  installé  à 
poste  ûxe.  dans  un  petit  bâtiment  spécial,  et  il  a  été  adopté  défini- 
tivement à  la  suite  des  premiers  essais  faits  en  octobre  1844  sur  la 
frégate  à  vapeur  de  cinq  cents  chevaux,  lé  Télémaque,  en  préseuce 
de  plusieurs  membres  de  la  Société  royale  et  de  près  de  cent  officiers 
supérieurs  ou  autorités  civiles  de  la  marine  anglaise. 

»  L'appareil  établi  à  Woolwich  est  d'ailleurs  construit  dans  toutes 
ses  parties  avec  une  solidité  suffisante  pour  pouvoir  servir  avec  sécurité 
à  des  épreuves  de  machines  marines  de  4,000  chevaux  et  plus. 

»  M.  le  général  Morin  a  fait  placer  une  élévation  de  cette  balance 
dynamométrique  dans  les  salles  du  Conservatoire  des  arts  et  métiers, 
et  j'ai  l'avantage  d'offrir  à  la  Société  un  dessin  colorié  de  cette  ma- 
chine en  élévation,  avec  ses  fondations  vues  en  coupe,  que  je  joins  à 
ce  mémoire  *.  La  disposition  que  j'ai  adoptée  pour  Woolwich  per- 
met de  disposer  instantanément  la  balance  dynauomé trique  des  for- 
ces horizontales  dans  la  direction  du  navire  dont  on  veut  mesurer 
la  force  normale  des  machines  et  en  outre,  quels  que  soient  le  poidî^  et 
la  direction  du  cable  qui  retient  le  navire,  la  balance  indique  la  com- 
posante horizontale  de  la  traction  produite  sur  le  câble  par  la  rota- 
tion des  aubes.  C'est  cette  composante  seule  qui  doit  entrer  dau^ 
l'expression  du  travail  effectif. 

»  Voici  maintenant  le  principe  théorique  de  cette  méthode  (lui 
permet  de  mesurer,  avec  un  degré  suffisant  d'exactitude,  le  pouvoir 
normal  en  chevaux  transmis  à  l'arbre  moteur  des  roues. 

»  On  fait  d'abord  marcher  librement  le  navire  que  Ton  veut  essayer, 
dans  une  eau  calme,  et  l'on  détermine  le  nombre  des  coups  de  pistou, 

1.  Lors  de  mon  traité  avec  ramirauté  en  4843,  la  marine  britannique  ne  po6séd«it 
encore  aucun  navire  de  la  force  de  1,000  chevaux,  mais  elle  avait  commandé  une  ma- 
chine de  cette  lorce  pour  un  vaisseau  de  guerre  en  construction,  la  Pénélope^  à  Tun  (k 
ses  constructeurs  habituels,  M.  Seaward,  et  je  fus  avcril  par  cet  hnbile  ingénieur  qu^oii 
ne  tarderait  pas,  probablement ,  à  en  établir  d'une  puissance  double  ou  triple,  ce  qui 
me  décida  à  donner  à  toutes  les  pièces  de  ma  balance  d^namométrique  des  dimansions 
sufUsantes  |)0ur  pouvoir  mesurer  le  pouvoir  de  machines  marines  de  quatre  mille  cbe* 
vaux  et  plus. 


—  383  — 

ou  celui  des  tours  de  roues  qui  correspond  à  cette  allure  régulière 
prolongée,  on  note  en  même  temps  la  tension  moyenne  de  la  vapeur 
et  celle  du  vide  dans  le  condenseur.  Le  navire  étant  ensuite  rentre 
dans  le  port,  on  diminue  la  hauteur  h  d'immersion  maxima  des  palettes 
et  on  les  rapproche  de  Taxe  des  roues  des  trois  cinquièmes  de  cette 
hauteur  /*.  Après  cette  opération,  on  attache  le  navire  à  un  quai  par 
uu  câble  d'une  certaine  longueur  et  on  fait  marcher  les  machines  à 
la  même  tension  de  la  vapeur  dans  les  chaudières  et  dans  la  chambre 
du  vide,  que  lorsque  le  navire  cheminait  librement  en  temps  calme.  — 
II  est  évident  que,  dans  ce  cas,  les  machines  faisant  le  môme  nombre 
d'oscillations  des  pistons  développent  sur  Tarbre  des  roues  un  pouvoir 
moteur  rigoureusement  le  même  que  pendant  la  marche  du  navire  en 
liberté. 

n  Si  le  câble  est  fixé  à  la  balance  des  forces  horizontales,  cet  appa- 
reil indiquera  une  résistance  R  qui,  multipliée  par  la  vitesse  de  rota- 
tion Y  du  nouveau  centre  d'impression  de  la  partie  immergée  (mainte- 
oantfort  étroite)  des  palettes,  donnera  un  travail  résistant  R  V  égal 
à  un  ou  deux  centièmes  près,  à  celui  développé  par  les  machines  sur 
l'arbre  des  roues  à  aubes.  —  Si  le  câble  R  qui  retient  le  navire  à  une 
balance  en  équerre  de  mon  système,  ou  à  un  dynanomètre  dont  l'échelle 
des  flexions  doit  avoir  une  étendue  suffisante  pour  qu'il  puisse  indiquer 
de  faibles  variations  de  tension  de  ce  câble,  on  pourra  faire  dans  le 
port  des  essais  éminemment  avantageux  pour  déterminer  la  meilleure 
disposition  des  organes  des  machines,  ou  la  pression  de  vapeur  qui 
donne  le  maximum  d'efiet  utile,  en  dépensant  un  poids  donne  de  vapeur 
à  diverses  tensions,  et  par  l'emploi  de  détentes  variables  ou  d'autres 
transformations  possibles  ^. 

••  Les  règles  imposées  aux  Directeurs  des  ports  et  des  arsenaux  ma- 
ritimes, en  Angleterre,  n'autorisant  aucune  communication,  orale  ou 
écrite»  sur  les  divers  essais  faits  par  ordre  de  l'Amirauté,  je  n'ai  pu 
connaître  qu'imparfaitement  les  expériences  exécutées  après  mon  départ 
de  Londres,  mais  j'avais  fait  antérieurement,  sur  le  lao  de  Genève,  en 
1840  et  1841,  des  expériences  nombreuses  sur  deux  grands  bateaux  à 
vapeur,  V Aigle,  de  96  chevaux  de  force  et  le  Léman,  de  66  chevaux  et 
demi,  dont  les  principaux  résultats  ont  été  communiqués  à  l'Académie 
des  scieuces  de  Paris  à  diverses  époques,  en  1841  et  1842. 

»  Ces  mémoires  renfermaient  les  données  essentielles  déduites  tle 
mes  mesures  pour  déterminer  :  1*^  les  travaux  réalisés  sur  l'arbre  des 
roues  à  aubes  ;  2^  les  vitesses  obtenues  en  temps  parfaitement  calme 
par  Taction  des  roues  à  palettes  de  diverses  formes  et  dimensions  ;  3®  la 
résistance  des  carènes. 

1.  0aas  une  eipërience  seconda  ire  foiteà  Wooiwich  en  1844,  j'oi  montré  qu'en  variant 
d'an  ou  deux  degrés  seulement  Toiiverture  d*un  robinet  d'introduction  de  l'eau  froide 
dans  la  ehambre  du  vide,  la  balance  dynamométrique  indiquait  instantanément  qu'un 
^gef  chaingement  venait  d'être  opéré  sur  l'un  des  organes  des  moteurs. 


—  38^4  — 

»  L'importauce  des  résultats  obtenus  sur  le  lac  de  Geucve  par  diou 
nouveau  système  dynamométrique,  en  substituant  au  frein  de  Pronv 
Taction  des  roues  motrices  avec  leurs  palettes  convenablement  rappro- 
chées de  l'axe  de  rotation,  m'avait  engagé  à  faire  breveter  ce  procédé 
nouveau  et  à  entreprendre  une  tractation  avec  le  département  de  la 
marine  pour  rétablissement  à  ses  frais  dans  un  des  port«  de  Tétat  d'une 
balance  des  forces  horizontales  destinée  à  des  expériences  sur  le  travail 
utile  transmis  à  Farbre  de  rotation  des  roues  par  les  machines  des  grands 
steamers  et  pour  étudier  des  données  d'une  haute  importance  pour  les 
progrès  de  la  navigation  à  vapeur  française,  telles  que  : 

»  1^  La  mesure  exacte  du  combustible  dépensé  par  cheval  et  par 
heure  avec  les  diverses  machines  achetées  pour  compte  de  TÉtat  ; 

»  2®  Les  augmentations  d'effet  utile  qu'on  peut  obtenir  par  des  modi- 
fications dans  le  degré  de  la  pression  et  dans  le  mode  d'emploi  de  h 
vapeur  avec  divers  degrés  de  détente. 

»  3'  Des  mesures  précises  sur  la  résistance  des  carènes  pour  des 
vitesses  déterminées. 

»  La  note  supplémentaire  qui  termine  ce  mémoire  et  qui  est  iiuc 
copie  textuelle  du  discours  du  député  du  département  de  l'Aîn,  M.  d'An- 
gcville,,  ancien  officier  de  la  marine  de  TÊtat  (séance  de  la  Chambre  des 
députés  du  5  mai  1847,  pages  1038  et  10S9),  montrera  la  façon  plus  que 
cavalière  dont  pouvaient  être  traités,  à  cette  époque,  les  inventeurs 
ayant  des  titres  scientifiques  reconnus,  et  fortement  recommandés  par 
l'Académie  des  sciences,  quand  ces  inventeurs  n'appartenaient  pas  aux 
corps  de  la  marine  ;  ou  remarqi:cra  ce  peu  de  considération  du  couscil 
de  l'amirauté  pour  les  décisions  et  les  recommandations  de  Tlnstitut. 
dans  un  cas  où  elles  contrariaient  les  convenances  de  famille  d'un  mem- 
bre très  influent  de  ce  conseil  et  malgré  le  désir  d'autres  membres  plus 
scrupuleux.  Cette  note  expliquera  comment  après  des  démarches  prolon- 
gées pour  obtenir  que  le  conseil  de  l'amirauté  française  voulut  s'occuper 
de  mes  procédés  qui  devaient  lui  fournir  d'importantes  données  pour  les 
progrès  de  la  marine  à  vapeur,  je  fus  contraint  de  m'adresser  au  conseil 
de  l'amirauté  anglaise  qui  s'empressa  d'accueillir  ma  méthode,  accordant 
plus  de  crédit  aux  rapports  et  aux  décisions  de  l'Institut  de  France, 
qu'on  n'eu  avait  montré  à  Paris  dans  le  conseil  de  l'amirauté  française. 

M.  Taurines,  de  son  côté,  n'a  pas  été,  semble-t-il,  récompensé  par  Je 
département  do  la  marine  française,  comme  il  aurait  dû  l'être  à  la  suit^^ 
de  ses  très  importantes  études  expérimentales  faites  à  ses  frais,  au 
moyen  d'un  canot  mû  par  des  hélices  de  formes  diverses  et  au  moyen  do 
dynamomètres  à  ressorts, défectueux  d'abord,  mais  dont  il  est  parvenu  à 
perfectionner  la  construction,  de  1850  à  1851. 

Celui  qu'il  avait  envoyé  à  l'Exposition  universelle  de  Londres  en  1851 
m'avait  déjà  paru  à  cette  époque  excessivement  remarquable,  et  il  «^ 
exécuté  depuis  des  dynamomètres  à  ressort*?,  de  rotation  et  de  poussée. 


—  385  — 

applicables  aux  plus  puissants  bateaux  à  vapeur  à  hélice  et  qui  ont 
rendu  des  services  d'une  incontestable  utilité  pour  la  marine  à  vapeur 
du  gouvernement  français.  Il  est  donc  profondément  regrettable  que  le 
conseil  de  Tamirauté  ne  lui  ait  pas  décerné  une  récompense  exception- 
nelle et  suffisante  pour  des  inventions  d'une  aussi  grande  valeur. 

La:  Société  d'encouragement  en  France  et  TAcadémie  des  sciences, 
ont  réparé  en  quelque  sorte  cette  souveraine  iigustice,  par  des  récom- 
penses tardives  votées  en  faveur  de  M.  Taurines. 

En  1868,  la  société  d'encouragement  lui  a  voté  une  médaille  d'or  et 
rAcadémie  des  sciences  lui  a  décerné  une  première  fois  en  1874  et  uue 
seconde  fois  en  1883,  un  prix  de  trois  mille  francs  représentant  la  moitié 
du  prix  de  six  mille  francs  qui  porte  le  nom  de  prix  Plumey. 

Ces  deux  dernières  récompenses  ont  été  votées  à  Toccasion  de  deux 
rapports  éminemment  favorables,  le  premierrédigéparM.  l'amiral  Paris, 
et  en  1883  conformément  aux  conclusions  du  regretté  Dupuis  de  Lôme. 

J'ai  donc  été  le  premier  en  ma  qualité  de  membre  du  jury  X  à  Texpo- 
sition  universelle  de  Londres  de  1851,  à  demander  et  à  obtenir  en  faveur 
de  M.  le  professeur  Taurines,  la  plus  haute  récompense  accordée  aux  expo- 
sants, pour  son  invention  du  dynamomètre  qui  faisait  partie  de  l'exposition 
française. 

Il  n^a  jamais  existé  entre  M.  Taurines  et  moi,  ni  à  cette  époque,  ni 
depuis,  de  rivalité  ou  de  discussion  quelconque  sur  nos  expériences  dy- 
namométriques,  et  nous  sommes  restés  liés  depuis  lors  par  une  durable 
estime  et  une  sincère  amitié. 

»  M.  Taurines,  dans  les  lettres  qu'il  m'a  adressées  et  dernièrement  encore 
dans  sou  importante  publication  de  1884^,  pour  laquelle  il  a  reçu  de  l'Aca- 
démie des  sciences,  en  1883,  la  moitié  du  prix  Plumey,  dans  le  but  d'en 
faciliter  l'impression,  M.  Taurines  a  tenu  à  rappeler  mes  anciennes  expé- 
riences antérieures  aux  siennes  et  l'intérêt  que  j'avais  mis  en  ma  qualité 
de  juré  à  l'exposition  de  18S1  à  lui  faire  obtenir  la  plus  haute  récompense 
(council  medal),  quoiqu'il  fut  devenu  en  quelque  sorte  mon  concurrent. 
II  m'est  permis  de  reproduire  en  son  entier  le  paragraphe  de  la  page  4o 
de  sa  dernière  publication,  car  ce  paragraphe  fait,  il  me  semble,  plusd'hou- 
neur  à  Télévation  de  son  caractère,  qu'il  ne  peut  m'en  faire'àmoi'-méme 
pour  mon  impartialité  en  ma  qualité  de  juré.  Ce  paragraphe  montre  bien 
que  chez  M.  Taurines  la  mémoire  du  cœur  ne  s'efface  pas  avec  le  noml;re 
des  années. 

n  Les  difficultés  que  l'on  rencontre,  dans  les  expériences  au  point  iixo 
»  avec  les  navires  à  hélice,  avaient  été  levées  en  1842,  pour  les  bateaux  à 
0  roues,  par  M.  Colladon  de  Genève,  correspondant  de  l'Institut.  Cet 
>>  illustre  savant,  non  moins  célèbre  comme  ingénieur,  depuis  le  perce- 

1 .  KludeB  sur  le*  maMnes  à  vapeur,  par  Auguste  Taurines,  —  Gautbicr*ViIl(irs,  Ubrail%< 
imprimeur,  quai  des  Augustin»,  &5,  à  Paris. 

Bull.  â6 


—  386  — 

»  ment  du  mont  SainirGothard,  avait  trouve  qu'eu  relevant  les  aubes,  en 

60 
»  les  faisant  reculer  vers  Taxe  des— rrr- environ  de  leur  partie  plongée,  la 

'>  machine  ainsi  allégée  pouvait ,  toutes  choses  égales  d'ailleurs  pour  la 
»  pression,  Touverture  des  valves,  etc.,  fonctionner  avec  la  même  vitesse 
n  de  régime  que  celle  correspondant  au  navire  en  marche.  La  position  du 
'>  centre  d  action  sur  les  aubes,  autrement  dit  du  point  d'application  delà 
»  résistance  utile,  devenait  ainsi  facile  à  déterminer  dans  d'étroites  limites. 
y>  L*effortde  traction  sensiblement  constant  était  mesuré,  au  point  fixe,  à 
»  l'aide  d'une  romaine  particulière. 

»  Dans  ces  conditions  il  put  mesurer  la  force  en  chevaux  de  TS  kilo^ 
y>  grammètres  de  plusieurs  machines  de  bateaux  à  roues.  Des  essais  satis- 
')  faisants  furent  faits  sur  le  lac  de  Genève,  ainsi  qu'en  Angleterre,  devant 
»)  les  lords  de  l'Amirauté.  Il  existe,  à  ce  sujet,  un  rapport  de  Coriolisà 
»  l'Institut,  année  1843,  1®"^  trimestre,  page  101.  Ce  sont  les  seules  re- 
»)  cherches  qui  ont  été  faites  anciennement  pour  mesurer  la  force  des 
')  machines  marines. 

«  Chose  bien  rare  et  non  moins  intéressante  que  je  dois  ici  mentionner: 
)»  à  TExpositiou  universelle  de  Londres  de  1851,  M.  CoUadon  était  membre 
>»  du  jury  international,  dans  la  classe  des  instruments  de  précision,  où 
»  figurait  mon  nouveau  dynamomètre  de  rotation.  Dominé  avant  tout  par 
»  l'amour  de  la  science  et  du  progrès,  cet  honorable  savant  examina 
»)  sérieusement  cet  appareil,  et,  après  divers  essais  concluants,  en  l'econnut 
»)  la  supériorité,  sans  la  moindre  hésitation.  C'est  sur  sa  proposition,  et  à 
»  la  suite  de  ses  actives  démarches  pour  l'appuyer,  que  la  grande  m< - 
»i  daillo  (council  medal)  me  fut  accordée.  » 

Kn  résumé  : 

Les  méthode8  et  les  appareils  que  M.  Taurines  et  moi  avons  employés 
dans  des  buts  à  peu  près  semblables  présentent  cependant  des  différences 
sensibles  et  ont  des  mérites  spéciaux. 

Je  me  suis  proposé  dès  1835  de  fournir  à  la  navigation  à  vapeur  un  pro- 
cédé de  mesure  de  la  force  effective  des  plus  puissants  navires  à  vapeur 
munis  de  roues  à  aubes.  A  cette  époque,  et  jusqu'en  184o,  il  n'en  existait 
^as  d*autres  qUe  l'indtcateur  de  Watt. 

J'ai  prouvé,  par  un  grand  nombre  d^expériences  faites  en  1837,  1838 
tet  plus  tard,  que  mon  procédé  qui  est  absolument  sans  danger  pour  le^» 
machines,  quelle  que  soit  leur  force  effective,  donne  la  mesure  de  la  force 
finale  réalisée  sur  l'arbre  des  roues  motrices  et  que  l'efreui*  commise  no 
dépasse  pas  deux  centièmes  en  plus  ou  en  moins. 

Ceux  qui  liront  le  rapport  présenté  à  TAcddémie  des  sdencés,  dans  la 
séance  du  16  janvier  1843  sur  mon  procédé,  i^apport  rédigé  par  MM.  Pon- 
celet,  Piobert  et  Coriolis,  pourront  se  convaincre  que  je  n*ai  exagéré  en 


—  387  — 

aocuoe  manière  les  mérites  de  mon  invention  pour  résoudre  les  grands 
problèmes  de  la  navigation  à  vapeur,  savoir: 

i®  La  puissance  réalisée  sur  l'ai^bre  des  moteurs  à  roues  par  lés  machines 
marines  d'une  puissance  quelconque  ; 

i^  La  résistance  spécifique  de  leurs  carènes  à  différents  degrés  d*im- 
mersioo  on  de  vitesse  ; 

3^  L'utilisation  des  propulseurs  à  palettes  fixes  ou  mobiles. 

Les  commissaires  reconnaissaient  que  Temploi  de  mon  procédé  devait 
être  préféré  à  celui  du  frein,  même  pour  les  navires  d'un  assez  faible  pou- 
voir pour  que  les  mesures  au  frein  leur  fussent  applicables,  et  ils  ter- 
minaient ainsi  leur  rapport  : 

H  Vos  commissaires  vous  proposent  de  donner  votre  approbation  au 
*>  travail  de  M.  CoUadon,  et  de  décider  que  son  Mémoire  sera  inséré  dans 
»  le  Recueil  des  Savants  étrangers. 

0  Le  procédé  imaginé  par  Tauteur  devant  être  très  utile  à  la  navigation 
9  et  à  Tétude  des  effets  des  grandes  machines  placées  sur  les  butimeuts  à 
»  vapeur,  ils  vous  proposeront  aussi  de  communiquer  ce  rapport  à  M.  le 
'>  Ministre  de  la  marine,  en  lui  exprimant,  de  la  part  de  l'Académie,  le  vœu 
9  *|u  on  donne  à  M.  CoUadon  le  moyen  de  continuer  ses  utiles  expériences. 

>  Les  conclusions  de  ce  rapport  ont  été  adoptées.  » 

.lai  expliqué  que,  par  suite  d'un  intérêt  de  famille,  mes  propositions  au 
Conseil  de  l'amirauté  française  etlesrecommandations  pressantes  de  F  Aca- 
démie avaient  été  laissées  de  côté  par  la  majorité  de  ce  Conseil ,  et  que 
je  n  avais  eu  à  la  suite  de  cette  indifférence  malveillante  d'autre  ressource 
pour  faire  valoir  les  avantages  de  ma  méthode  que  de  m'adresser  au  Conseil 
de  l'amirauté  anglaise,  où  mes  ouvertures  pour  faire  adopter  ma  méthode 
et  l'emploi  de  ma  puissante  balance  dynamométrique,  furent  accueiUies 
a.vec  une  extrême  bienveillance  par  les  lords  de  l'amirauté,  par  sirKdward 
Pappy  (le  célèbre  navigateur),  superintendant  à  cette  époque  de  la  marine 
fi  vapeur  du  gouvernement  britannique,  et  par  MM,  Lloyd  et  Murray, 
directeurs  de  la  construction  des  machines  de  navigation  à  l'arsenal  de  la 
iuarine  à  vapeur  du  gouvernement,  à  Woolwich. 

'h  donne,  en  terminant  cette  notice,  le  rapport  fait  le  S  mai  4847  à  la 
Chambre  par  M.  d'Angeville*  député  de  l'Ain  et  ancien  officier  de  la 
marine  de  l'État,  sur  les  divers  incidents  de  ma  correspondance,  d'une 
part  avec  le  Conseil  de  l'amirauté  en  France,  et  d'autre  part  avec  l'ami- 
rauté anglaise» 

Quelques  plaintes  que  laisse  échapper  M.  Taurines  datis  sou  dernier 
mémoire  sur  l'ignomnce  où  on  l'a  longtemps  laissé  en  France  sur  les 
résultats  obtenus  avec  ses  dynamomètres ,  semblent  indiquer  qu'il  existe 
encore  Un  peu  de  mauvais  vouloir  envers  les  inventeurs  qui  ont  fait  leurs 
preuves,  quand  ils  ne  font  pas  partie  du  Corps  même  de  la  marine. 


—  388  — 

AN.NEXi:    A    LA    LETTRE     DE    M.     COLLADOK 

MONITEUR  OFFICIEL  DE  FRANCE 

Séance  de  la  Chambre  des  députés  du  5  mai  1^47 ^  pages  1^058  et  IfiSif. 

M.  le  comte  (I'Anoeville,  député  du  départemeut  de  TAin  : 

Main  tenant  on  a  parlé  du  Conseil  d'amirauté  anglaise  et  du  Conseil 

d'amirauté  en  France. 

Permettez-moi  à  cette  occasion  de  vous  citer  un  fait  qui  prouve  de 
quelle  manière  on  fonctionne  dans  les  deux  pays,  il  est  assez  grave  pour 
exiger  un  peu  d'attention  de  la  Chambre. 

L'année  dernière  dans  la  commission  de  la  marine,  nous  étions  fort 
embarrassés  pour  savoir  comment  on  pourrait  expérimenter  la  force  dua 
bateau  à  vapeur.  Plusieurs  membres  prétendaient  qu'il  n'y  avait  aucuu 
moyen  ;  qu'on  pourrait  se  tromper  de  100  et  de  130  chevaux  sur  un  navire 
de  450  chevaux. 

J'ai  pris  des  informations,  je  savais  qu'en  Angleterre  on  expérimentait 
dans  les  arsenaux  les  bâtiments  à  vapeur,  je  demandais  comment  les  fait« 
qui  se  passent  en  Angleterre  ne  peuvent  se  passer  en  Franco. 

En  recherchant  j'ai  découvert  qu'un  ingénieur  civil  étranger,  M.  Colld- 
don,  de  Genève,  homme  du  plus  haut  mérite  et  de  la  plus  grande  modestie, 
avait  fait  cette  découverte;  il  l'a  proposée  et  fait  adopter  en  Angleterre, 
mais  après  l'avoir  proposée  à  la  France.  Vous  allez  voir  comment  les  faitî^ 
se  sont  passés  en  France,  et  vous  verrez  après  comment  ils  se  sont  passé;:? 
en  Angleterre.  (Écoutez!  écoutez I) 

La  première  lettre  qu'on  a  écrite  au  ministère  de  la  marine,  en  France, 
est  du  14  octobre  1842.  Ce  fait  n'est  nullement  relatif  à  M.  le  baron  de 
Mackau  qui,  je  dois  le  dire,  en  matière  d'expérimentation,  est  plus  hardi 
que  les  ministres  précédents  ne  l'ont  été.  Il  n'y  a,  sôus  ce  rapport,  que 
des  éloges  à  lui  donner. 
*  En  184!2,  l'inventeur  de  la  machine  écrivait  au  ministre  de  la  marine  : 

a  Par  acte  du  1"  avril,  je  suis  breveté  pour  dix  ans  pour  un  nouveau 
moyeu  de  vériûer  la  force  des  machines  à  vapeur  navales. 

»  Par  son  application,  je  puis  obtenir  les  mesures  et  les  nombres  sui- 
vants qui  ont  un  intérêt  immense  pour  les  progrès  de  la  navigation  : 

»  l*'  Constater  si  une  paire  de  machines  fait  en  réalité  et  régulièrement, 
autant,  moins,  ou  plus  de  force  en  chevaux  que  le  nombre  stipulé  ; 

»  2*^  Établir,  sans  danger  pour  aucune  des  parties  des  bateaux  ou  des 
machines,  la  consommation  régulière  du  combustible  pendant  une  cxpc- 
riencc  non  interrompue  de  vingt-quatre  heures  au  moins.  » 

Voilà  la  proposition  que  l'on  faisait  au  ministre  de  la  marine. 

On  a  été  trente-neuf  jours  à  répondre,  au  bout  desquels  on  a  écrit: 

«  Le  conseil  des  travaux  do  la  marine,  à  l'examen  duquel  j'ai  soumis  co 


—  389  — 

raénioire,  a  reconnu  l'intérêt  qui  s'attache  &  la  solution  du  problème  que 
vous  TOUS  âtes  proposé;  mais  il  a  pensé  qu'avant  d'arrêter  aucun  pro- 
gramme des  eTpériencesqu'itpourraity  avoir  lieu  de  faire  ultérieurement 
pour  constater  les  avantages  de  l'application  de  votre  système,  il  serait 
couvenable  d'avoir  l'avis  de  TAcadémie  des  sciences  sur  sa  valeur 
liiHOrique.  a 

A.  la  suite  de  cette  lettre,  M.  Colladon  s'est  adressé  k  l'Académ 
!«ieace9  qui  a  examiné  cette  intéressante  découverte. 

L'Académie  des  sciences,  snr  le  rapport  de  MM.  Poncelet,  Pioh 
Ooriolis,  a  dit,  après  avoir  complètement  approuvé  l'esssai: 

>  Le  procédé  imaginé  par  l'auteur,  devant  être  utile  à  la  navigatic 
l'étude  des  effets  des  grandes  machines  placées  sur  les  bâtiments  &  vf 
ils  TOUS  proposeront  aussi  de  communiquer  ce  rapport  &  M.  te  minisi 
la  marine,  en  lui  exprimant,  do  la  part  de  l'Académie,  le  vœu  qu'on  i 
à  M.  Colladon  les  moyens  de  continuer  ces  utiles  expériences.  « 

Telles  ont  été  les  conclusions  de  l'Académie  des  sciences.  Elles  : 
la  data  du  16  janvier  1843. 

Vous  allez  peut-être  croire  que  l'affaire  va  marcher?  Pas  du  toi 
ministre  répond,  le  17  avril,  ce  qui  suit  à  M,  Colladon  : 

•  Monsieur,  le  conseil  des  travaux  de  ia  marine  s'est  occupé  dt 
veau  de  l'examen  de  votre  mémoire  sur  l'évaluation  du  travail  de 
chinea  à  vapeur  marines,  au  sujet  duquel  il  avait  ajourné  son  jug< 
jusqu'à  ce  que  l'Académie  des  sciences  eût  décidé  sur  la  valeur  thé( 
du  principe, 

•  Cette  nouvelle  discussion  a  donné  lieu  de  reconnaître'  que  les 
lions  soulevées  par  votre  mémoire  ne  sont  pas  entièrement  nouvell 
i|Uâ,  depuis  deux  ans  environ,  MM.  .Toffre  *  et  Dupuy,  ingénieurs 
marine,  ont  fait  à  Toulon,  au  sujet  de  l'appréciation  du  travail  de 
chines,  des  expériences  dont  les  résultats  offrent  beaucoup  d'intérè 

L'inventeur  écrit  de  nouveau  au  ministre  ;  sa  lettre  est  datée  de  ] 
28  avril  1843. 

n  Monsieur  le  ministre, 

0  J'ai  reiju  votre  lettre  du  1*7  courant,  en  réponse  à  celle  que  je 
av.iis  adressée  au  mois  d'octobre  1842. 

1  Vous  me  faites  observer,  monsieur  le  ministre,  que  les  question 
J'ai  soulevées  dans  cette  lettre  et  dans  la  note  que  j'ai  remise  &  la  m 
il  la  même  époque,  ne  sont  pas  nouvelles,  et  quo  MM.  Joffro  et  D 
ingénieurs  de  la  marine,  avaient  fait  antérieurement  sur  le  trava 
machines  à  vapeur,  à. Toulon,  des  expériences  dont  les  résultats  o 
beaucoup  d'intérêt. 

"  A  l'époque  où  je  me  suis  adressé  k  la  marine,  je  no  connaissai 


—  390  - 

les  expôrîencs  de  MM.  Joffre  et  Dupuy,  qui  n'étaient  pas  encore  pabliées. 
Leg  principaux  résultats  de  mes  propres  expériences  ont  été  présentés  à 
l'Académie  des  sciences  dans  deux  mémoires  :  le  premier,  déposé  à  TIdb- 
titut,  le  !•'  novembre  1841,  a  été  Tobjet  d'un  rapport  favorable  de  M.  le 
baron  Charles  Dupin,  au  mois  de  mars  184S  ;  le  second  mémoire,  pré- 
senté en  octobre  1842,  a  donné  lieu  au  rapport  du  16  janvier  dernier, 
présenté  par  MM.  Poncelet,  Piobert  et  Coriolis,  et  approuve  par  TAca- 
démio. 

»  La  spécification  de  ma  méthode  et  des  moyens  nouveaux  que  jai 
employés  pour  mes  recherches,  a  été  déposée  éula  préfecture  de  laSeloe, 
antérieurement  à  ces  deux  mémoires,  àToceasion  d'une  demande  de  bre- 
vet. Enfin,  il  mo  sera  facile  d'établir  que,  dès  1838,  je  m'étais  occupé  de 
ces  recherches,  et  avais  fait  plusieurs  des  principales  expériences  doot 
j'ai  signalé  les  résultats  dans  mes  deux  derniers  mémoires. 

9  Des  travaux  aussi  persévérants,  des  études  théoriques  accompagnées 
de  nombreuses  expériences  faites  à  mes  frais,  doivent  attirer  sur  mes 
rechei*ches  l'attention  bienveillante  de  la  marine,  quoique  je  ne  sois  pa& 
attaché  à  ce  corps,  dans  ce  moment  surtout  où  l'administration  se  pro- 
pose de  rédiger  un  programme  d'expériences  qui  devront  être  suivies 
dans  les  ports  de  TÉtat.  » 

Cette  lettre  est  restée  sans  réponse . 

Ainsi,  première  lettre,  réponse  au  bout  de  trente-neuf  jours;  la  deuxiô» 
me  lettre  exige  encore  plus  de  temps,  et  la  troisième  est  sans  réponse, 
Voilà  comme  on  procède  en  France,  alors  qu'il  s'agissait  d'une  décou- 
verte qui  intéressait  au  plus  haut  point  notre  marine  militaire.  Qu'avaii 
alors  à  faire  l'inventeur?  Un  mauvais  vouloir  aussi  systématique  ne  lais- 
sait aucune  espérance  d'utiliser  le  brevet  en  France.  11  s'est  adressé  » 
l'Angleterre  :  on  va  voir  comment  les  choses  marchent  dans  ce  pays,  et 
avec  le  conseil  d'Amirauté,  dont  M.  le  ministre  faisait  hier  la  critique. 

.Te  lis  la  note  telle  qu'elle  m'a  été  remise. 

Hôtes  sur  ma  correspondance  avec  V Amirauté  anglaise^  relativement  à  vion 
invention  pour  mesurer  la  force  en  chevaux  des  machines  à  vapeur  ie* 
bâtiments  à  roues. 

1843.  8  mai.  M.  CoUadon  écrit  à  sir  John  Barrow,  secrétaire  de  l'Ami' 
au  té. 

«  11  demande  que  son  invention  soit  examinée  par  les  ingénieuiii  (lu 
gouvernement,  et  d'être  admis  à  donner  des  explications  verbaleii,  » 
19  mai.  Sir  J.  Barrow,  à  M.  CoUadon  : 

«  Veuillez  vous  rencontrer,  le  24  courant,  à  l'office  des  bateaux  à  va- 
peur de  sir  Ed.  Parry,  où  seront  M.  Lloyd,  directeur  du  port  de  Woohvicb, 
et  MM.  Seaward,  W.  Fairbairu  et  Field.  » 

22  mai.  Conférence  avec  MM.  Ed.  Parry,  Lloyd,  Field,  Seaward,  Fair- 
bairu, qui  doivent  faire  un  rapport  sur  mon  invention. 

2ii  maié  P*  Roney,  secrétaire  de  sir  Ed;  Parry.  a  M;  CoUadon. 


-  391  - 

(Questions  relatives  au  prix  demandé  pour  construire  un  appareil.) 
ISytfin.  P.  Roney,  de  la  part  des  lords  de  TAmirauté,  à  M.  CoUadon  : 
n  Les  lords  de  TAmirauté  me  chargpent  de  vous  demander  si  vous  pour- 
riez faire  un  appareil  de  votre  invention  capable  de  mesurer  des  machines 
à  vapeur  jusqu'à  mille  chevaux.  » 

16  juin.  Sir  Ed.  Parry,  à  M.  Colladon  : 

«  M,  Colladon  voudrait-il  ne  placer  son  appareil  qu'on  1844,  à  Wool- 
wich,  parce  qu'il  y  aurait  des  difficultés  pour  le  placer  cette  année  ?  » 

il  juin.  Sir  Ed.  Parry,  à  M.  Colladon: 

c  Les  lords  de  TAmirauté  m'ordonnent  de  vous  faire  savoir  qu'ils  sont 
disposés  à  traiter  avec  vous  et  à  vous  payer  la  somme  stipulée  par  votre 
lettre,  après  que  vous  aurez  rempli  votre  engagement  de  poser  un  appa- 
reil de  votre  invention  capable  de  mesurer  jusqu'à  mille  cite  vaux,  Tan^ 
née  prochaine,  à  Woolwich.  » 

Voilà  donc  cinq  lettres  reçues  et  une  conférence  en  trente-deux  jours; 
J'avais  même  ou  deux  autres  conférences  privées  dans  le  même  intervalle. 
6n  France,  il  a  fallu  un  mois  et  demi  et  deux  mois  et  demi  pour  une  ré- 
ponse* 

Après  racbèvement  de  mon  appareil,  en  octobre  1844,  et  sa  réception, 
j'écrivis  le  23  oc/û6re  à  sir  J.  Barrow  pour  mon  paiement. 

«  Sa  réponse  est  datée  du  25  :  il  m'annonce  que  le  contrôleur  général 
a  déjà  reçu  l'ordre  de  me  payer.  » 

«  Le  31  octobre,  j'ai  reçu  une  autre  lettre  désir  J.  Barrow,  en  réponse 
à  une  lettre  du  même  jour.  » 

Voilà  comment  les  affaires  se  mènent  en  Angleterre  par  le  conseil 
d'Amirauté,  Il  n'y  a  là  que  trois  ou  quatre  commis  oti  nous  en  plaçons 
vingt  ou  trente,  et  tout  marche  plus  vite  et  mieux.  Il  n'y  a  surtout  pas 
d  craindre  de  jalousie  de  corps  savants  et  les  embarras  indirects  qu'ils 
apportent  à  tout  ce  qui  ne  sort  pas  de  leur  propre  corps. 

Savess-vous,  messieurs,  la  conséquence  des  faits  que  je  viens  de  signa- 
ler? C'est  que  tous  les  inventeurs  et  hommes  de  génie  qui  sont  dans  notre 
pays,  sont  obligés  de  faire  passer  par  l'étranger  les  découvertes  qu'ils 
font,  et  nous  sommes  à  la  remorque  des  autres  nations,  alors  que  nous 
devrions  les  précéder. 

Je  suis  aise  d'avoir  pu  en  donner  ici  une  preuve  à  la  Chambre.  (Très 
bien!  très  bieni) 

M.  LB  Président  croit  que  nous  devons  remercier,  et,  pour  sa  part,  il 
i'emeroie  M.  de  Cossigny  d'avoir  été  cause  de  la  communication  do  ce 
travail  de  M.  Colladon,  notre  vénéré  et  éminent  collègue,  qui,  il  ne  faut 
pas  l'oublier^  a  83  ans  sonnés  aujourd'hui.  M.  Malleten  passant  à  Genève, 
et  en  examinant  les  listes  électorales,  a  vu  la  date  de  sa  naissance,  et  a 
pu  constater  que  ce  vaillant  travailleur,  toujours  jeune  par  le  cœur,  par 
le  génie  mécanique  et  par  la  science,  a  bien  cet  âge.  Nous  devons  nous 
honorer  des  travaux  de  Mi  Colladon  ;  il  n'a  pas  voulu  être  membre  hono- 


—  :j92  — 

raipc  do  notro  Société  ;  il  dit,  —  et  il  a  raison  :  —  Je  suis  encore  trop 
jeune  pour  passer  à  Thonorariat. 

Nous  remercions  M.  Mallet  d*avoir  bien  voulu  nous  présenter  ce  tra- 
vail, qui  sera  imprimé  m  extenso  dans  le  procès-verbal,  ainsi  que  le 
discours  de  M.  le  comte  d'Angeville  à  la  Chambre  des  députés,  en  liVi, 
Ce  discours  fait  toucher  du  doigt  le  danger  de  privilèges  trop  étendus 
accordés  aux  grands  corps  fermés.  Ces  grands  corps,  qui  sont  pourtant 
l'honneur  de  la  France,  laissent  de  temps  en  temps  et  comme  malgré  eux, 
passer  l'intérêt  personnel  avant  Tintérét  général.  (Tré9  bien!  tris  bien! 
—  Applaudissements.) 

M.  LE  Président  a  reçu  d*autres  lettres  se  rapportant  aux  séanee^ 
pi'écédentes.  Il  fait  d*abord  donner  lecture  de  celle  de  notre  éminent 
collègue,  M.  W.  Nordliug. 

«  Vienne,  le  2  décembre  1883, 
»  Mon  cher  Président, 

»  Je  reçois  à  l'instant  le  compte  rendu  de  la  séance  de  la  Société  du 
7  août,  et  ne  puis  que  remercier  M.  Edm.  Roy  des  termes  dans  lesquels) 
il  a  parle  de  mon  livre  sur  les  voies  navigables,  livre  do  circonstance, 
écrit  en  langue  allemande.  Mais  je  crois  devoir  relever  une  erreur  invo- 
lontaire  que  notre  collègue  a  commise  en  me  faisant  dire  d'une  maniérc 
trop  générale  :  c  Que  les  voies  de  navigation  ne  peuvent  rivaliser  avoe 
»  les  chemins  de  fer  pour  le  bon  marché  et  la  régularité  des  transports.» 

»  Je  ne  suis  arrivé  à  cette  conclusion  qu'autant  qu'il  s*agit  d'un  canal 
nouveau  à  construire  à  côté  d'un  cliemia  de  fer  eaoislant^  parce  que,  en 
ce  cas-là,  la  question  se  complique  des  intérêts  du  capital  à  dépenser 
pour  la  voie  navigable,  intérêts  qui  viennent  plus  que  compenser  l'éco- 
nomie à  espérer  dans  les  frais  de  transport  proprement  dits. 

»  La  conclusion  de  mon  livre  —  c'est  ainsi  que  je  me  suis  exprimé 
dans  la  séance  du  22  mai  dernier  —  est  :  «  Que  la  France  fait  très  bien 
»  de  conserver  et  de  perfectionner  les  canaux  qu'elle  possède,  mais  qu'il 
»  n'y  a  aucune  raison  pour  en  commencer  la  construction  dans  un  pajs 
D  aussi  accidenté  que  rAutriche.  » 

»  Voulez-vous,  mon  cher  Président,  porter  cette  lettre  à  la  connais- 
sance de  la  Société  et  agréer  une  nouvelle  expression  de  mes  sentiments, 
les  plus  dévoués. 

»   W.  NORDLING.    » 

Notre  collègue  de  Lyon,  M.  A.  Léger,  l'habile  ingénieur  ot  l'écrivain 
si  distingué,  nous  écrit  dajis  les  termes  suivants  : 

«  Lyon,  10  août  1888. 

»  Monsieur  et  cher  Président. 

»  Dans  la  dernière  séance  de  la  Société,  vous  avez  voulu  saluer  les 
noces  d'or  du  rail  et  de  la  locomotive,le  cinquantenaire  de  nos  chemins  de 


—  393  — 

fer  français.  En  réalité,  nous  avons  manqué  l'anniversaire  de  la  première 
représentation,  et  nous  cherchons  â  nousTabattre  sur  la  reprise  de  1835. 

»  Nous  n'avons  rien  à  gagner  à  sacrifier  ainsi  hénévolement  nos  droits 
il  l'ancienneté  :  nous  arriverons  dans  l'histoire  des  chemins  de  fer  bien 
après  l'Angleterre,  en  retard  même  sur  la  Belgique,  tout  en  maltraitant 
fort  la  vérité. 

»  Sans  attendre  le  chemin  de  fer  de  Saint-Germain  en  1835,  nous 
avions  depuis  qtiatreans,  au  fond  de  la  province,  mais  en  pleine  France, 
un  chemin  de  fer  de  57  kilomètres,  a  complètement. armé  pour  le  trans- 
it port  des  voyageurs  comme  pour  celui  des  marchandises,  »  marchant 
avec  des  locomotives,  et  transportant  déjà,  au  moment  où  l'on  décrétait 
seulement  la  ligne  de  Saint-Germain,  430,000  tonnes  de  marchandises  et 
180,000  voyageurs  par  an.  C'est  notre  ligne  de  Saint-Étienne  à  Lyon 
dont  j*ai  pu  reconstituer  à  grands  traits  l'intéressante  genèse,  en  pui- 
sant aux  sources  les  plus  sûres  de  nos  diverses  archives;  j'ai  publié  cette 
étude  dans  le  Génie  civil  des  5  et  19  avril  1884,  et  dans  les  numéros  du 
Lyon  scientifique  et  industriel  que  j'ai  l'honneur  de  mettre  sous  vos  yeux. 

»  £n  prenant  rang  à  cette  date  certaine  de  1831,  pour  notre  premier 
chemin  de  tev  complet ^  nous  débutons  dans  cette  admirable  carrière  assez 
peu  après  l'Angleterre^  et  nousne  sommes  plus  devancés  par  la  Belgique; 
et  l'on  ne  peut  dire  que  cette  première  ligne  de  Saint-Etienne  fut  une 
grossière  ébauche  :  sa  construction  fut  si  bien  entendue,  avec  une  si  juste 
intuition  des  exigences  de  l'avenir,  qu'à  la  reprise  par  le  G-rand-Central, 
en  1853,  on  fut  stupéfait  des  insignifiantes  réfections  à  faire  pour  mettre 
ce  tronçon  à  l'unisson  du  réseau  français  !... 

»  Nos  ingénieurs  lyonnais  et  stéphanois,  plus  abandonnés  à  eux-mêmes 
que  leurs  contemporains  de  Paris,  plus  éloignés  qu'eux  des  leçons  de 
l'expérience  anglaise,  n'eurent  pas  un  mince  mérite  à  résoudre  un  pro- 
blème aussi. difficile  et  aussi  nouveau,  avec  les  faibles  ressources  techni- 
ques et  industrielles  dont  ils  disposaient.  En  parcourant  les  archives  de 
cette  remarquable  entreprise,  on  est  frappé  à  chaque  instant  des  solu- 
tions ingénieuses  que  l'on  rencontre,  deux  fois  admirables  pour  leur  temps  : 
c  est  ainsi  qu'ils  construisirent,  fort  peu  après  1835,  pour  l'exploitation 
d'une  section  à  fortes  rampes  de  O'^Olo,  des  machines  à  quatre  cylindres 
pour  utiliser  l'adhérence  du  tender;  cette  première  application  qui  rendit 
les  plus  grands  services,  ne  sera  reprise  que  vingt  ans  plus  tard  par 
notre  regretté  maître  Pétiet. 

»  Paris  a  une  part  de  gloire  assez  belle  pour  ne  rien  envier  de  ce  qui 
revient  légitimement  à  la  province  ;  et  à  la  suite  des  grands  noms  que 
vous  avez  évoqués  parmi  les  fondateurs  de  notre  génie  civil,  vous  ferez, 
monsieur  le  Président,  acte  de  haute  justice  en  sauvant  de  l'oubli  nos 
ouvriers  de  la  première  heure  et  en  inscrivant  les  noms  des  Brot,  des 


—  394  — 

Millet,  des  Henry,  des  Séguin,  des  Verpilleux  et  des  Looard,  qui  furent 
indiscutablement  les  premiers  créateurs  de  nos  chemins  de  fer  français. 

»  Veuillez  agréer,  monsieur  le  Président,  Texpression  de  ma  considé- 
ration la  plus  distinguée.  »  A.  Léger.  » 

M.  LE  Président  fait  remarquer  que  la  lettre  de  M.  Léger  se  rapport^> 
à  la  séance  du  17  juillet.  Dans  cette  séance,  M.  le  Président  avait 
demandé  la  permission  de  fêter  le  cinquantenaire  du  chemin  de  fer  de 
Saint-Germain,  qui  avait  été  Tamorce  véritable  des  chemins  de  fer  fran- 
çais. Il  avait  eu  soin  de  citer  les  chemins  de  fer  de  Saint-Etienne  oi 
d'Andrézieux,  où  les  premiers  essais  avaient  été  faits  ;  mais  il  croit  que, 
si  le  chemin  de  fer  de  Saint-Germain  n'avait  pas  été  construit,  le  chemin 
de  fer  de  Saint-Etienne  serait  resté  un  chemin  de  fer  d*intérêt  local.  Le 
chemin  de  fer  de  Saint-Germain  nous  a  donné  bientôt  le  chemin  de  fer  do 
rOuest,  puis  le  chemin  de  fer  du  Nord,  et  enfin,  successivement,  tous  les 
autres  réseaux,  tandis  que  le  chemin  de  fer  de  Saint-Etienne,  chemin  do 
fer  restreint,  établi  surtout  au  point  de  vue  du  transport  de  la  bouille 
dans  la  région  qu'il  traversait,  n'aurait  pas  entraîné  le  gouvernement  ni 
les  grandes  entreprises  à  projeter  et  à  construire  les  nombreux  chemins 
de  fer  qui,  depuis,  ont  sillonné  la  France. 

Cependant,  comme  il  s'agit  de  gloires  françaises,  nous  sommes  heureux 
de  l'occasion  que  nous  donne  M.  Léger,  de  les  saluer  et  de  leur  reiidpt* 
plus  complète  justice  une  fois  de  plus  ;  car  nous  n'avions  eu  garde  d'ou- 
blier le  grand  Séguin. 

Le  Syndicat  des  Entrepreneurs  de  travaux  publics  de  France  nous  écrit 
la  lettre  suivante  : 

a  Monsieur  le  Président  de  la  Société  des  Ingénieurs  civils, 
i)  Le   Syndicat  des  Entrepreneurs  de  travaux  publics  de  France,  n 
Tbonneur  de  vous  informer  qu'il  organise,  pour  le  mois  de  décembre  pro- 
chain» une  exposition  de  l'outillage  des  travaux  publics,  dont  nous  vous 
y  adressons  ci-inclus  le  programme. 

»  En  prenant  cette  initiative,  le  Syndicat  a  surtout  pour  but  de  mettrt* 
80US  les  yeux  des  intéressés  le  plus  grand  nombre  possible  de  dessins, 
photographies,  modèles  en  réduction,  etc.,  des  engins,  machines,  appa- 
reils divers  appliqués  ou  applicables  aux  travaux  publics. 

»  Le  Syndicat  espère,  monsieur  le  Président,  que  vous  voudrez  bien 
donner  connaissance  aux  membres  de  votre  honorable  Société,  dn  pro- 
granmie  de  cette  Exposition,  et  nous  vous  prions  d'agréer,  avec  nos 
remerciemeutsanticipés,  l'expression  de  nos  sentiments  les  plus  distinguent. 

»  Le  Président  du  Sjffidicat^ 
»  À«   Primorin.  » 


—  395  — 

Le  programme  dont  il  est  parlé,  sera  déposé  sur  le  bureau  de  M.  Hus* 
quiii  de  Rhéville,  pour  que  ceux  que  cette  Exposition  intéresse  puissent 
on  prendre  connaissance. 

M.  le  ministre  de  Tinstruction  publique  nous  a  adressé  une  nouvelle 
circulaire  à  propos  du  Congrès  des  Sociétés  savantes,  qui  doit  se  tenir 
en  1886.  Nous  lui  donnerons,  comme  précédemment,  toute  notre  publi- 
cité ;  et  nous  ferons  insérer  au  Bulletin  le  programme  de  ce  Congrès,  en 
mentionnant  surtout  les  questions  qui  peuvent  intéresser  nos  collègues. 

M.  LK  Président.  L*ordro  du  jour  appelle  maintenant,  messieurs,  lo 
compte  rendu  succinct  du  voyage  de  la  Société  en  Belgique,  compte  rendu 
que  je  vous  demanderai  la  permission  de  faire,  pour  les  quatre  premiers 
jours  de  réception  officielle  ;  je  prierai  ensuite  M.  Briill  de  prendre  la 
parole  pour  raconter  Texcursion  dans  le  pays  de  Gand  et  dans  la  contrée 
de  Charleroi.  M.  Périsse  s'était  chargé  du  compte  rendu  de  Toxcursion 
du  côté  de  Liège  et  de  Spa  :  il  est  souffrant  ;  il  est  à  peine  remis  d'une 
indisposition  longue  et  pénible,  et  il  vient  de  prier  M.  Moreau,  qui  a 
suivi  Texcursion  comme  M.  Périsse,  de  vouloir  bien  le  remplacer. 

Messieurs,  je  commencerai  par  vous  exprimer  le  regret  que  la  Société 
tout  entière  n'ait  pas  assisté  à  cette  magnifique  réception  que  les  ingé- 
nieurs belges  ont  bien  voulu  faire  à  la  Société  des  Ingénieurs  civils.  Il  est 
certain  que,  si  les  deux  mille  membres  de  la  Société  s'étaient  rendus  en 
Belgique,  nos  hôtes  auraient  été  fort  embarrassés  pour  nous  recevoir, 
mais  je  crois,  tellement  leur  cordialité  a  été  grande,  je  crois  qu'ils  se^ 
raient  encore  parvenus  à  nous  fêter  tous. 

Vous  savez  comment  la  Société  s'est  trouvée  engagée  à  faire  ce  voyage. 
Il  y  a  eu  un  tel  empressement,  de  la  part  de  nos  collègues  belges,  qu'ils 
ont  voulu  nous  recevoir  en  partie  double  ;  c'est-à-dire  que  les  ingé« 
nieurs  sortis  de  l'Ëcole  de  Liège,  d'une  part,  ont  voulu  nous  accueillir, 
ot  que,  d'autre  part,  les  ingénieurs  de  Gand,  réunis  à  ceux  de  Louvain 
et  de  Bruxelles,  ont  voulu  aussi  nous  avoir  ;  de  sorte  que,  en  réalité, 
dans  cette  excursion,  nous  avons  fait  deux  voyages.  Des  deux  côtés, 
nous  avons  contracté  une  dette  de  reconnaissance  :  je  compte  sur  la 
Société  pour  que  cette  dette  soit  payée,  mais  nous  aurons  beaucoup  de 
peine  à  faire  mieux  ou  aussi  bien  (car  nous  ne  devons  pas  rester  eu 
arrière)  que  nos  collègues  belges. 

Le  départ  a  eu  lieu  le  samedi  soir,  8  août.  Ceux  qui  ont  assisté  à  cette 
expédition  s'en  souviennent.  Je  dis  expéditioTif  car  il  semblait  vraiment 
que  nous  eussions  conquis  pacifiquement  la  Belgique,  tant  était  grand 
Taffectueux  empressement  de  nos  amis.  —  Nous  sonunes  partis  par  un 
ti*aiu  spécial,  grâce  à  Textréme  courtoisie  de  la  Société  internationale  des 
wagons-lits,  des  wagons-restaurants,  de  cette  grande  Compagnie  d'un 
luxe  si  nécessaire  qui  a  su  transformer  les  plus  pénibles  parcours  en  vé- 
ritables parties  de  plaisir.  Elle  agissait  d'ailleurs  au  nom  des  ingénieui*s 
der  Liège.  C'est  M.  Nagelmackors,  directeur  de  la  Compagnie  des  wa- 


—  396  — 

gons-lits;  M.  Lechat,  secrétaire  général;  M.  Taillard,  administrateur, 
nos  très  aimables  collègues  ;  car,  avec  une  délicatesse  qui  appelle  toute 
notre  gratitude,  MM.  Nagelmackers  et  Lechat  ont  demandé  immédiate- 
ment  à  faire  partie  de  la  Société  pour  que,  chez  eux,  nous  fussions  encon' 
mieux  chez  nous  ;  ce  sont  ces  messieurs  qui  ont  organisé  le  train  spécial, 
qui  nous  était  bien  dû  ;  car  je  pense  que  si  les  chemins  de  fer  sillonnent 
aujourd'hui  la  France,  la  Société  des  Ingénieurs  civils  a  un  peu  contribué 
à.  leur  développement  ;  et  il  y  a  beaucoup  de  membres  de  la  Société  qui 
peuvent  peut-être  revendiquer  le  même  privilège  que  celui  qu'on  accorde 
souvent  aux  sociétés  orphéoniques.  {Bravo!  bravo!  applaudissements!) 

Le  dîner  était  servi.  La  cordialité  la  plus  franche  u*a  cessé  de  régner. 
M.  Nagelmackers,  directeur  de  la  Société,  retenu  au  Congrès  des  che- 
mins de  fer,  a  quitté  Anvers  à  11  heures  du  soir  et  est  venu  nous  atten- 
dre àMalines,  pour  nous  faire  les  honneurs  du  débarqué,  à  Anvers.  Nous 
arrivions  140  ou  150  ;  on  avait  pris  toutes  les  précautions,  mais  il  était 
une  heure  moins  le  quart  du  matin  I...  et  nous  avions  peur  que  quelques- 
uns  de  nos  camarades  fussent  forcés  de  coucher  à  la  belle  étoile  ou  de 
passer  la  nuit  dans  les  wagons-lits,  qui,  d*ailleurs,  sont  destinés  à  cet 
usage  ;  mais  toutes  les  mesures  étaient  tellement  bien  prises,  que  tout 
le  monde  a  été  parfaitement  casé  et  a  très  bien  dormi. 

Le  matin,  nous  nous  sommes  trouvés  à  PExposition,  où  les  ingénieurs 
sortis  de  TÉcole  de  Liège  nous  ont  souhaité  la  bienvenue,  dans  la  salle 
des  fêtes.  Nous  avions  bien  reposé,  le  temps  s*était  mis  de  la  partie,  le 
ciel  nous  aidait,  et  toutes  les  circonstances  accessoires  qui  rendent  un 
voyage  plus  ou  moins  agréable  nous  favorisaient.  M.  Trasenster  nous  a 
reçus,  entouré  de  ses  collègues;  il  nous  a  tenu  un  discours  fort  éloquent, 
nous  rappelant  combien  il  était  chagrin  de  voir  que  M.  Tresca,  noti*e 
président  honoraire,  manquât  à  Tappel  ;  il  a  exprimé  tous  ses  regrets  de 
cette  grande  perte,  et  a  donné  à  la  mémoire  de  M.  Tresca,  très  aimé  à 
Liège,  le  témoignage  d'une  profonde  sympathie.  Ces  sentiments  traduits 
par  M.  Trasenster  et  soulignés  par  les  ingénieurs  qui  l'entouraient,  nous 
ont  été  précieux,  et  son  discours  nous  a  vivement  émus.  Votre  Président 
y  a  répondu  de  son  mieux,  en  disant  qu'il  eût  bien  préféré  avoir  à  mar- 
cher derrière  M.  Tresca,  qui  se  faisait  d* avance  une  joie  de  guider  la 
Société  dans  cette  excursion  ;  mais  qu'il  était  heureux  d'entendre  son 
éloge  de  la  bouche  de  M.  Trasenster,  et  qu'il  se  ferait  un  devoir  à(^ 
vous  rapporter  des  paroles  si  élevées  et  qui  font  honneur  à  la  fois  à 
M.  Tresca  et  à  la  Société  qui  l'avait  placé  à  sa  tête. 

Après  cette  bienvenue,  il  avait  été  réglé  qu'on  aurait  sa  liberté  jus- 
qu'à l'heure  de  la  réception  à  l'Hôtel  de  Ville.  Ceux  que  les  beaux-arts 
attiraient  allèrent  voir  les  tableaux,  entre  autres  le  tableau  de  Patria, 
qui  nous  a  fait  le  même  effet,  dans  cette  belle  galerie  française  d'Anvers, 
qu'à  l'Exposition  de  1878.  Le  plus  grand  nombre  de  nos  collègues  visitè- 
rent le  musée  Plantin,  sous  la  conduite  de  M.  de  Keyser,  qui  est  h,  la 


—  397  — 

tctc  de  la  section  de  TAssoeiatiou  des  ingénieurs  sortis  de  l'École  de  Liège, 
dont  le  siège  est  à  Anvers.  M.  de  Keyser  a  été  un  guide  charmant;  ii  a 
expliqué  les  merveilles  du  musée  Plantin  avec  une  érudition  remarqua- 
ble, et  tous  nos  camarades  ont  emporté  de  cette  visite  une  excellente 

impression. 

Vous  savez  que,  à  Anvers,  il  y  a  beaucoup  de  souvenirs  de  la  France. 
liOrsque  j'ai  été  à  Anvers,  pour  les  opérations  du  Jurj,  en  traversant  la 
grande  avenue  de  l'Exposition,  j'avais  éprouvé  un  sentiment  assez  pénible 
en  voyant  annoncer  en  lettres  gigantesques  un  panorama  de  Reischoffen  ; 
mais,  cinq  cents  mètres  plus  loin,  j'avais  retrouvé  le  bombardement  de 
iacitadeUe  d'Anvers  parle  maréchal  Gérard,  et  je  m'étais  dit  :  Il  y  a 
compensation. 

Plantin,  c'est  un  bon  Français,  du  bon  pays  de  Tours,  exilé  lors  de  la 
Réforme.  En  visitant  la  maison  de  ce  vieil  imprimeur  français,  nos  cama- 
rades ont  su  grand  gré  aux  Anversois  d'avoir  conservé  si  religieusement 

* 

la  maison  de  Plantin  et  tout  ce  qui  lui  a  appartenu.  On  y  admire  les  por- 
traits des  membres  de  sa  famille,  depuis  1549,  et  on  trouve  là  de  belles 
dames  en  costume  de  Catherine  de  Médicis  et  d'autres  en  costume  de 
Marie-Antoinette.  Les  générations  se  sont  succédé  pendant  trois  cents 
ans,  suivant  les  traces  ^e  ce  brave  imprimeur,  qui,  en  trente-deux  ans. 
a  donné  le  jour  à  1,200  éditions  précieuses. 

Dans  la  cour  carrée  intérieure,  se  trouve  une  vigne,  qui  a  pris  des 
dimensions  extraordinaires.  Il  est  probable  que  Christophe  Plantin  l'a 
plantée  lui-même,  en  souvenir  de  son  bon  vin  de  Touraine,  car  il  ne  devait 
pas  aimer  la  bière  (rires). 

Le  soir,  à  cinq  heures,  nous  devions  être  reçus  par  M.  le  bourgmestre 
d'Anvers,  pour  boire  le  vin  d'honneur.  M.  de  Wael,  retenu  un  moment  à 
Texposition  coloniale  française /pour  recevoir  M.  Cambon,  notre  résident 
à  Tunis,  nous  a  fait  prier  de  l'attendre.  M.  Trasenster  nous  a  présentés 
à  lui  et  il  nous  a  accueillis  par  des  paroles  courtoises,  disant  qu'il  était 
beureux  de  recevoir  des  ingénieurs  étrangers,  qu'il  se  mettait  à  notre 
disposition,  que  les  portes  de  l'Hôtel  de  Ville  nous  étaient  ouvertes  et 
«iue  toutes  facilités  nous  étaient  accordées.  —  J'ai  pris  la  parole,  au  nom 
de  la  Société,  et  je  lui  ai  répondu  que  les  ingénieurs  français  étaient 
excessivement  heureux  de  visiter  la  ville  d'Anvers  et  de  voir  les  progrès 
immenses  accomplis  sous  son  gouvernement  municipal.  En  effet,  Anvers 
comptait  80,000  habitants,  il  y  a  vingt  ans;  aujourd'hui,  il  y  a  210,000 
âmes.  Il  s'est  produit  là  une  extension  énorme  qui  fait  grand  honneur  aux 
efforts  du  gouvernement  et  aux  efforts  de  la  municipalité  anversoise.  J'ai 
témoigné  à  M.  de  Wael  les  sentiments  d'admiration  de  la  Société.  Je  lui 
ai  dit  modestement  que  nous  n'aurions  peut-être  pas  de  si  beaux  travaux 
(lue  ceux  dont  il  pouvait  être  fier  à  montrer  en  France  ;  mais  j'ai  ajouté 
<iue  nous  nous  efforcerions  de  marcher  sur  les  traces  de  nos  amis,  et  que 


—  3m  — 

uous  espérions  regagner  lo  terrain  perdu  ot  faire  de  grandes  ehoses  à 
notre  tour. 

Lo  soir,  devait  avoir  lieu  le  banquet  offert  par  TÂssociation  des  ingé- 
nieurs sortis  de  l'École  de  Liège. 

Il  a  été  admirable  de  tous  points,  non  seulement  par  la  cordialité  qui  y 
a  régné,  mais  par  la  salle  même  où  nous  avons  été  reçus  :  c'est  la  graude 
salle  des  fêtes  du  Cercle  artistique  ;  et,  quand  nous  aurons  à  bâtir  Thôtel 
définitif  de  la  Société,  ce  sera  un  excellent  modèle  à  suivre.  Je  regrette 
que  M.  Lavezzari  ne  soit  pas  ici,  nous  le  prierions  d'aller  visiter  cette 
salle;  elle  est  magnifique.  Au  fond,  on  a  ménagé  une  estrade,  derrière 
laquelle  s'élèvent  des  gradins  où  Ton  peut  mettre  des  arbustes,  des 
plantes  et  cacher  un  orchestre.  Il  y  a  deux  bas-côtés  et  une  nef,  soutenue 
par  des  colonnes  ;  et  cette  disposition  permet  de  faire  le  service  avec  une 
grande  facilité.  Ce  qu'il  y  a  d'admirable,  c'est  que  tous  les  membres  du 
Cercle  i^ui  sont  artistes  peintres,  ont  voulu  orner  cette  salle  dune  œuvre 
signée  de  leurnom  ;  ils  ont  voulu  donner  un  témoignage  à  leurs  collègues, 
eu  déployant  le  meilleur  de  leur  talent.  Cette  salle  des  fêtes  du  Cercle 
ressemble  donc  à  une  salle  du  Louvre.  Je  ne  connais  pas  de  salle  pareille, 
à  Paris. 

La  Société  des  Ingénieurs  civils  ne  peut  pas  avoir  les  peintures  de  i<e^ 
membres,  dans  sou  hôtel  ;  mais  nous  pourrions,  fe  cas  échéant,  demander 
à  tous  nos  collègues  et  à  tous  les  constructeurs  d'exposer  leurs  invetttio]i?< 
et  leurs  modèles,  et  je  crois  que  uous  remplacerions  ainsi,  le  moins  mal 
possible,  les  peintures  murales  qui  nous  manqueront. 

J'ai  commencé  par  porter  la  saute  du  roi  des  Belges,  et  M.  Trasenutor 
m'a  répondu  en  portant  la  santé  du  Président  de  la  République.  Ces  deux 
toasts  ont  été  très  bien  accueillis.  M.  Traseuster  uous  a  fait  ensuite  un 
discours  ti'ès  éloquent,  dont  j'aurais  bien  voulu  gai*der  la  trace,  sur  le  l'oit? 
de  Tingénieur  dans  les  temps  modernes.  Je  prierai  M.  Trasenster  de  nou« 
lo  communiquer;  je  ne  sais  pas  si  les  journaux  belges  l'ont  reproduit,  j»* 
ne  le  crois  pas;  c'est  un  discours  oXcellont.  —  J'ai  répondu;  je  ne  mc 
souviens  pas  de  mes  paroles;  mais,  entraîné  par  le  sujet  choisi  par 
M.  Trasenster,  j'ai  dit  :  —  Je  vais  faire  un  souhait,  c'est  <iuc,  dans  Ioh 
Assemblées  délibérantes,  cal*  uous  sommes  maintenant  sous  un  réglmi' 
ôlcctif  qut  se  répandra  dans  toute  l'Europe,  —  il  y  ait  Un  peu  moins  di» 
médecins,  un  peu  moins  d*avocats,  et  un  pOu  plus  d'ingénieurs.  (Rires, 
•—  Tris  bien!  —  Vifs  applaudissements.)  On  me  dira  :  «  Vous  êtes  orfèvre  :  »• 
--^-  mais  je  crois  que  l'idée  que  j'ai  émise  est  juste  et  fera  un  peu  sou 
chemin.  Je  ne  dis  pas  qu'il  faille  complètement  supprimer  les  avocats  et 
les  médecins;  mais,  je  crois  que  Tingénieur  ne  nuirait  pas,  et  que  les 
parties  positives  du  budget  s'en  trouveraient  bien. 

M.  Briill,  ensuite,  a  porté  un  toast  à  l'Exposition  universelle  d'Anvers. 
Cette  Exposition  est  très  belle,  et  M.  Briill  en  a  fait  ressortir  habilement 
les  parties  les  plus  intéressantes;  il  a  rendu  pleine  justice  aux  ingénieur>'| 


—  399  — 

de  France;  la  galerie  des  machines  est  le  clou  de  TExpositiou  générale, 
et  TExposition  coloniale  ft'ançaise  est  le  deuxième  clou,  lequel  nous 
appartient.  M.  Briill  a  été  très  applaudi,  et  c'est  M.  Victor  Lynen, 
président  de  la  commission  executive  de  TExposition,  qui  lui  a  répondu 
avec  la  plus  grande  aifabilité,  en  remerciant  M.  Briill  de  tout  ce  qu'il 
avait  dît  et  en  déclarant  que,  sans  la  promesse  formelle  du  concours  de 
la  France,  il  n'aurait  pas  osé  tenter  TExposition  universelle  d'Anvers. 

Il  y  eut  ensuite  une  cérémonie  touchante,  M.  Trasenster  avait  voulu 
lions  attendre  et  remettre  un  prix  fort  intéressant  et  fort  important  à  la 
fin  de  notre  banquet. 

Un  généreux  anonyme  avait  fondé  un  prix  de  5,000  francs  pour  être 
décerné  àla  mine  à'grisou  qui  aurait  eu  le  moins  de  victimes  dans  un  temps 
détermmé.  L'État,  approuvant Fidée du  donateur,  avait  ajouté  5,000fraucs; 
il  s'agissait  donc  d'un  prix  de  10,000  francs.  On  a  fait  comparaître  les 
mines  à  grisou,  et,  finalement,  le  prix  a  été  décerné  à  une  mine  dont  je 
ne  me  rappelle  pas  le  nom  et  qui  dans  le  temps  prescrit,  dix  ans,  je  crois, 
n'avait  eu  que  deux  victimes  à  enregistrer! 

Et  voyez  ce  que  c'est  que  la  chance  :  au  moment  où  on  jugeait  le  cou- 
cours,  un  accident  arrivait  dans  la  mine  même  qui  recevait  le  troisième 
prix,  et  si  l'accident  avait  eu  lieu  un  mois  plus  tôt,  elle  n*aurait  peut- 
être  pas  été  mentionnée. 

Je  me  suis  permis  de  féliciter  les  directeurs  de  la  mine  signalée  qui 
siégeaient  au  banquet  au  milieu  de  nous,  et  je  leur  ai  dit  que  nous  tàchiv 
lions  de  fonder,  en  France,  un  prix  analogue. 

Le  lendemain  matin,  le  rendez-vous  était  à  huit  heures  et  demie  sur  la 
plate-forme  du  grand  escalier  qui  conduit  à  la  galerie  des  machines.  Nous 
avons  été  reçus  par  M.  Trasenster,  et  nous  avons  visité  l'Exposition  à  sa 
suite.  Puis,  un  lunch  a  eu  lieu  dans  les  wagons-restauraiits  placés  dans 
les  jardins  attenant  au  palais  de  l'Exposition.  Après  ce  second  déjeuner, 
offert  par  les  Liégeois,  chacun  était  libre  jusqu*au  soir  où  nous  devion^s 
retrouver  nos  hôtes  à  la  salle  des  fêtes  du  Cercle  artistique,  pour  leur 
faire  nos  adieux.  Xà,  nous  avons  remercié  Mi  Trasenster  et  ceux  qui 
l'avaient  aidé  à  préparer  cette  magnifique  réception,  sans  oublier  aucun 
de  ses  collègues;  car  tous  ont  contribué  à  rendre  notre  visite  fructueuso 
ot  agi'éable.  On  me  permettra  pourtant  de  citer  M.  Habets,  le  sympatht- 
'|tte  secrétaire  général  de  l'Association  de  Liège;  M.  de  Keyser,  le  chef 
delà  section  d'Anvers;  M.  Noblet,  le  fils  et  le  successeur  de  l'éditeur 
^>ien  comiu*  C*est  un  ancien  sénateur,  dont  je  regrette  de  ne  pas  retrou- 
Ver  le  nom,  qui  est  directeur  du  Cercle  artistique,  et  il  a  été  touché  des 
ùloges  que  nous  ne  lui  avons  pas  ménagés. 

Le  leildemain,  ce  sont  les  îngénleui*s  sortis  de  l'Ecole  de  Gand  qui  pre- 
naient possession  de  nous  j  avec  les  ingénieurs  deLouvain  et  de  Bruxelles. 
Nous  avdns  été  reçus  dans  là  Salle  des  Fêtes  de  l'Exposition  universelle 
iJar  M.    de  Matthys;    qui    est   actuellement  président   de  la    Société 


—  400  — 

des  lugcuieurs  sciais  de  TÉcolc  de  Gaud,  avec  une  effusion  et  nue  cor- 
dialité dont  nous  conserverons  toujours  le  souvenir.  On  voit  que  M.  de 
Matthys  aime  la  France  comme  sa  seconde  patrie,  et  nous  avons  été  très 
touchés  de  ses  paroles  de  bienvenue.  Il  était  accompagné  de  M.  Cler- 
mont,  ancien  président,  de  MM.  de  Beil  et  Lahaye,  membres  du  Comité 
central  de  la  même  Association,  de  M.  Fabrj,  président  de  TAssociatiou 
des  Ingénieurs  de  Louvain,  et  du  vice-président  de  rAssociation  des  Ingé- 
nieurs sortis  de  TÉcole  de  Bruxelles,  «ociété  beaucoup  plus  jeune  et 
moins  importante  que  les  deux  autres,  mais  qui  avait  tenu  à  se  réunira 
ses  aînées  pour  nous  recevoir.  Nous  avons  heureusement  conservé  le 
discours  de  M.  de  Matthys,  et  nous  aurons  soin  de  le  donner  dans  notre 
compte  rendu  complet.  C'est  après  avoir  prononcé  ce  discours  que,  par 
une  attention  délicate,  il  a  remis  à  chacun  de  nous  un  exemplaire  d*uue 
notice  très  complète  sur  les  travaux  que  nous  allions  visiter. 

Nous  avons  copimencépar  parcourir, avec  nos  hôtes,  la  salle  cousacK^o 
à  Texposition  du  corps  des  ponts  et  chaussées  de  Belgique,  qui  travaille 
beaucoup.  Notre  impression  a  été  très  vive,  et  nous  avons  admiré  ce  que 
les  Belges  ont  fait  dans  cette  direction  et  au  point  de  vue  de  la  question 
des  ports  et  canaux.  M.  Hersent  n'était  pas  avec  nous  :  nous  l'avons 
regretté,  car  nous  l'aurions  félicité  pour  la  magnifique  installation  mari- 
time des  quais  d'Anvers.  Il  avait  laissé  ses  instructions  à  son  habile  ingé- 
nieur, M.  Coiseau.  Il  était  attendu  à  Lisbonne  pour  une  grande  affaire 
qui  l'a  forcé  de  partir.  Si  nous  avions  pu  couper  le  fil  télégraphique  qui 
l'a  appelé,  nous  l'aurions  fait,  quitte  à  lui  avouer  ensuite  notre  pardon- 
nable trahison. 

M.  Coiseau,  qui  suppléait  M.  Hersent,  a  dirigé  tous  les  travaux  de 
Teutreprise  depuis  1877  îusqu'à  1884;  par  conséquent,  il  a  été  le  bms 
droit  de  l'entreprise  Hersent  et  Couvreux.  On  a  établi,  dans  le  sous-^ol 
de  l'Exposition,  la  reproduction  d'un  caisson  destiné  à  la  construction 
d'un  tronçon  de  quai,  et  nous  y  sommes  descendus  comme  si  nous  étions 
dans  TEscaut.  11  y  avait  dans  cette  espèce  de  cave  un  lunch  très  bieu 
servi,  qui  nous  a  permis  de  prendre  utilement  des  forces  avant  de  con- 
tinuer; car  la  journée  a  été  une  des  plus  rudes  que  nous  ayons  passées 
en  Belgique.  Cette  visite  dans  ce  caisson  souterrain  nous  a  beaucoup 
intéressés.  Nous  avons  admiré  réjecte.ur  employé  pour  enlever  le> 
déblais  :  il  ressemble  à  la  pompe  à  sable  employée  en  Amérique,  et  qui 
est  décrite  dans  le  rapport  de  M.  Malézieux  ;  seulement,  ily  a  cette  diflë- 
rence  que  la  pompe  à  sable  agit  par  la  pression  de  l'eau,  tandis  qu'avec 
l'éjecteur,  c'est  l'air  comprimé  lui-même  qui  agit.  On  mélange  les  déblais 
avec  une  certaine  quantité  d'eau  venue  de  l'extérieur,  et  la  pression  de 
Tair  rejette  le  tout  au  dehors.  Cet  appareil  rend  de  grand  services  et 
pourra  en  rendre  dans  toutes  les  circonstances  analogues. 

Nous  avons  ensuite  visité  les  quais  ;  nous  avons  passé  par  tous  les; 
quais  nouveaux,  et  nous  avons  été  frappés  do  leur  immense  développe- 


-^  401  — 

ment.  Nous  avons  été  aussi  frappés  par  Taspect  de  la  flotte,  au  milieu 
d*uDe  viUe  située  à  quinze  lieues  dansFintérieur  des  terres;  rien  de  pitto- 
resque comme  ces  mâts  de  navires  qui  se  confondent  avec  les  flèches  et 
les  clochers  de  la  cité.  On  nous  a  montré  le  bassin  Napoléon.  Napoléon 
avait  de  grands  projets  sur  Anvers  ;  il  a  donné  le  premier  coup  de  pioche 
èi  ce  bassin,  et  son  nom  lui  est  resté  ;  de  sorte  que,  à  Anvers,  où  il  y  a 
23,000  Allemands,  on  trouve  le  Français  à  chaque  pas;  à  Anvers  le  nom 
des  rues  est  en  flamand  et  en  fiançais  :  le  flamand  est  au-dessus  et  le 

9 

français  au-dessous  ;  à  Bruxelles,  c'est  le  contraire,  et  cela  se  conçoit  : 
plus  on  s'enfonce  dans  le  pays,  plus  le  flamand  domine  ;  mais  le  français 
est  toigours  là;  il  y  a  toujours  assez  de  Français  pour  qu'il  soit  nécessaire 
de  conserver  notre  langue. 

Après  avoir  vu  le  pont  roulant  et  les  écluses,  nous  avons  atteint  le 
}x>rd  de  l'Escaut,  où  nous  attendait  M.  de  Naeyer,  dont  nous  devions 
visiter  les  usines.  Il  nous  a  traités  royalement.  11  avait  frété  un  steamer 
pour  nous  recevoir;  nous  étions  deux  cent  cinquante  assis  pour  déjeuner 
admirablement;  c'est  très  difficile  à  organiser  sur  un  bateau  à  vapeur^ 
Pour  nous  embarquer,  nous  avions  traversé  un  steamer  de  la  Red  star  Une 
ou  M.  Von  der  Becke  voulait  nous  recevoir  et  nous  retenir,  mais  M.  de 
Naeyer  nous  pressait  tant  qu'il  pouvait,  tenant  à  ne  pas  voir  déflorer  sou 
splendide  lunch. 

Une  fois  installés  sur  le  steamer  de  M.  de  Naeyer,  nous  avons  vu  des 
barques  s'avancer,  ornées  de  banderoUes,  et  d'où  partaient  dès  coups  de 
l'evolvers,  des  pétards,  des  salves  de  mousqneterie,  qui  nous  annonçaient 
«lae  nous  étions  en  pays  ami  et  que  la  fête  comipençait.  Un  grain  semblait 
devoir  nous  atteindre  au  moment  où  nous  quitterions  l'Escaut  pour  arriver 
à  Tembouchure  du  Rupel  :  je  ne  sais  pas  si  les  salves  de  mousqueterie 
ont  dérangé  les  nuages,  car  nous  avons  été  reçus  comme  des  souverains; 
mais,  vers  quatre  heures,  le  temps  est  devenu   magniflque  ;  et,  quand 
nous  sommes  arrivés  à  l'embouchure  du  Rupel,  en  approchant  du  petit 
village  de  Boom,  nous  avons  été  frappés  du  mouvement  de  la  population  : 
tout  le  monde  nous  attendait,  tous  les  habitants  avaient  mis  leurs  habits 
de  fête;  les  hommes,  les  femmes,  les  vieillards,  les  enfants  étaient  sur 
pied;  les  coups  de  fusil  ne  cessaient  pas.  Les  inscriptions  surtout  nous 
ont  été  au  cœur.  On  nous  a  fait  passer  sous  un  arc  de  triomphe  élevé 
aux  Représentants  du  Génie  français.  Un  peu  plus  loin  :  Vive  la  France! 
Un  peu  plus  loin  encore  :  la  Science  ne  connaît  pas  de  fr&ntiéresl  Et 
quand  nous  avons  atteint  Willebroeck,  où  sont  situées  les  usines  de 
M.  de  Naeyer,  toute  la  population  nous  a  salués  de  tout  son  cœur.  Nous 
avons  été  forcés  de  quitter  le  steamer,  parce  qu'il  n'y  avait  plus  assez  de 
tirant  d'eau  dans  le  canal  de  Willebroeck»  et  M.  de  Naeyer  a  eu  cette 
idée  délicate  (il  n'en  a  pas  eu  d'autres,  du  reste,  jusqu'au  soir)  de  nous 
conduire  jusque  chez  lui  sur  un  bateau  français  qui  avait  amené  de  la 
houille  du  Pas-de-Calais.  Il  avait  établi  un  plancher  sur  ce  bateau  et  eu 

B€LL.  37 


—  402  — 

avait  fait  une  espèce  de  radeau,  et  uu  journal  belge  remarquait  que  ce 
n'était  pas  le  radeau  de  la  Médwe,  (Rire^.)  —  M.  de  Naeyer  nous  a  dit 
que  ces  bateaux  amenaient  le  charbon  du  Pas-de-Calais  à  Willebroeck, 
à  meilleur  marché  que  si  on  le  prenait  à  Mons  :  il  j  a  là  une  bien  habile 
combinaison  de  tarifs. 

Nous  avons  débarqué  au  grand  Willebroeck,  et  le  même  enthousiasme 
de  la  population  s'est  manifesté.  M.  de  Naeyer  a  dit  :  Il  ne  faut  pa.s 
s* amuser,  il  y  a  un  train  spécial  pour  vous  ramener,  mais  il  n  y  a  pas  de 
temps  à  perdre.  Je  veux  vous  fairo  voir  mes  usines  sans  vous  faire  griee 
de  rien.  Il  a  pris  ses  bottes  de  sept  lieues^  attachées  à  des  jambes  qui 
ouvrent  un  compas  proportionné  à  sa  taille. 

M.  deNaeyer  estungéantde  six  pieds.  Ilm*appelaitetme  disait  sans  cesse 
aimablement  :  Monsieur  le  Président,  venez  donc  avec  moi  !  J'avais  beau^ 
coup  de  peine  à  le  suivre:  j'étais  un  nain,  à  côté  de  lui,  et  je  faisais  deux 
pas  quand  il  en  faisait  un.  Il  a  commencé  par  nous  montrer  sa  papeterie; 
il  nous  a  fait  traverser  les  salles  où  Ton  prépare  les  pâtes  de  bois  ou  de 
paille,  les  débris  de  coton;  il  nous  a  fait  voir  leur  trituration  et  les  appa« 
reils  qui  transforment  ces  pâtes  en  papier.  Nous  avon^  p8U*couru  ensuite 
ses  ateliers  de  fabrication  de  chaudières,  et  admiré  le  joint  conique  qui 
a  rendu  son  nom  célèbre.  Il  a  l,âOO  ouvriers,  aigourd'hui. 

Nous  nous  sommes  arrêtés  dans  les  écoles  de  jeunes  filles  et  de  gar- 
çons fondées  par  lui  et  dirigées  par  M"*®  de  Naeyer.  Frappée  dans  se? 
affections  les  plus  chères,  elle  a  reporté  son  amour  maternel  sur  les 
enfants  des  ouvriers  et  sur  leur  famille.  Elle  est  Fâme  de  la  maison. 

Après  cette  visite  au  pas  de  course,  nous  sommes  entrés  dans  la  salle 
qui  précédait  celle  du  banquet.  Là,  il  y  avait  des  cylindres  en  mouve- 
ment, dont  Tuu  déroulait  du  papier  bleu,  l'autre  du  papier  blanc,  Tautre 
du  papier  rouge,  de  sorte  que  le  drapeau  tricolore  semblait  flotter  devant 
nous  et  nous  saluer. 

Au  fond  de  la  salle  du  banquet,  se  tenait  un  orchestre  de  80  ouvriers 
de  Tusiue,  instruits,  je  crois,  par  le  chef  de  musique  du  régiment  des 
grenadiers  de  la  garde,  qui  vient  deux  fois  par  semaine  de  Bruxelles 
pour  les  diriger,  et  nous  avons  été  très  surpris  de  la  manière  dont  ils 
attaquaient  les  morceaux.  Ils  ont  joué  la  MarseiUaiset  bien  entendu,  et 
la  Brabançonne  n'a  pas  tardé  à  être  demandée,  pour  rendre  la  politesse. 
Vous  connaissez  la  musique  de  la  Garde  républicaine  ;  en  feAaaiit  les 
yeux ,  on  aurait  pu  s'y  tromper. 

Au  dessert,  les  discours  ont  été  chaleureux.  M.  de  NaeJ^ei*  a  hii  coN 
dialement  à  la  France;  il  a  parlé  en  termes  émus  de  notfe  Société. 
M.  de  Matthys  a  porté,  avec  son  feu  ordinaire  et  communidatif,  la  danté 
de  M.  et  M"»«  de  Naeyer.  J'ai  pris  ensuite  la  parole  pour  tâcher' d'exprimer 
ce  que  nos  collègues  sentaient  en  face  de  cette  réception  étdnncLnte,  que 
je  n'ai  retrouvée  nulle  part;  Partout  nous  avons  été  bien  <tedu«;  mai^ 
vous  savez  que,  daus  les  courbes,  il  y  a,  en  général,  un  maximums  oh 


—  Fa- 
bien, ç*a  été  làr  le  maximum.  Pourquoi  donc?  Je  crois  le  deviner,  c'est 
que  c^est  le  seul  endroit  où  il  j  ait  eu  une  dame  pour  nous  recevoir  et 
pour  nous  présider.  (Très  bieni  très  bieni  ApplawUêsemerUs  prolongés.) 
J'ai  témoigné,  autant  que  je  Tai  pu,  toute  notre  reconnaissance  à  M*"®  de 
Naeyer  et  je  l'ai  remerciée  respectueusement  d'avoir  bien  voulu  présider 
cette  fête  avec  une  si  touchante  cordialité. 

La  fin  de  la  soirée  a  été  un  conte  des  Mille  et  une  Nuits.  Sur  le  monti^ 
cule  qui  domine  les  bâtiments,  on  avait  tracé  en  lettres  de  feu  :  Vive  la 
France  !  —  Il  y  avait  des  lanternes  vénitiennes  le  long  du  canal  repro- 
duisant les  couleurs  françaises,  des  lanternes  bleues,  blanches  et  rouges« 
qui  se  reflétaient  dans  Teau,  de  sorte  qu'il  semblaitque  c'était  le  drapeau 
Mcolore  qui  ondulait  indéfiniment  le  long  du  fleuve.  Tout  le  monde 
paraissait  heureux» 

Quand  le  train  spécial  commandé  et  mis  par  M.  de  Naeyer  â  notre  dis- 
position est  arrivé,  il  y  a  eu  une  fausse  manœuvre  ;  M.  de  Naeyer  ne  se 
possédait  pas;  il  voulait  que  le  train  s'arrêtât  juste  devant  nous,  comme 
s'il  se  fût  agi  d'y  faire  monter  l'impératrice  Catherine.  Je  le  vois  encore 
criant  :  —  Attendez,  Messieurs,  ne  montez  pas!  Le  train  recula,  et  il 
semblait  que  c'était  la  main  de  M.  de  Naeyer  crispée  contre  les  wagons 
qui  le  repoussait.  C'est  un  géant  industriel  I  ( Bravo  I  Bravo  I  —  Applau- 
dissements I)  Nous  n'oublierons,  ni  Willebroeck,  ni  M.  et  M"*'  de  Naeyer. 

Le  lendemain»  nous  avons  été  reçus  par  M.  Louis  Meeûsà  Wyneghem: 
c'est  la  plus  grande  fabrique  d'alcools  de  grains  et  de  genièvres  connue 
en  Europe.  Là,  c'était  autre  chose  :  c'était  l'ordre  flamand  dans  ce  qu'il 
a  de  plus  remarquable.  Nous  n'avons  pas  été  émus,  mais  nous  avons 
admiré  de  toutes  nos  forces,  pendant  les  trois  heures  que  nous  avons 
passées  dans  l^usine.  Nous  n'avons  pas  été  émus,  parce  que  cet  alcool 
est  inquiétant)  et  quand  on  voit  les  flots  qui  sortent  de  cette  usine,  bien 
que  ce  poison  soit  fait  dans  les  conditions  les  plus  scientifiques,  ou 
éprouve  un  sentiment  désagréable.  Mais,  ce  sentiment  mis  de  côté,  ou 
est  frappé  d'admiration.  Comme  je  Tai  dit  en  remerciant  M.  Me.eûs  : 
^  Vous  nous  avez  heureusement  avertis  que  vous  aviez  soin  d'enlever  le 
dessus  du  liquide  et  le  fond  dans  vos  appareils  de  distillation,  n  II  parait 
que  la  première  couche  renferme  les  substances  les  plus  pez^des  et  que 
c'est  au  fond  que  se  déposent  les  poisons^  M*  Meeûs  appelle  cela^  pitto- 
resqucment,  enlever  la  tête  et  la  gueue^  et  il  ajoute  avec  bonhomie  : 
«  Ohl  quand  on  boit  mon  genièvre,  dn  lie  s*en  trouve  pas  mdl;  les  per- 
sonnes qui  en  boivent  sont  écrmplétement  inoffensives  et  né  battent 
jamais  leurs  femmes.  »  •—  C!etté  aiflrmation  nous  a  un  peu  réddnciliés 
avec  ce  geniôvrci  qui,  je  croiâ>  est  excellent,  malgré  le  danger  qu'il 
peut  présenter  A  l^dn  en  abuse  ;  «-^  mais  ce  qu'il  y  a  d'admirable  dcLn^ 
cette  usine»  c^est  la  sdmmc  eff'rayante  de  travail  qup  l'on  fait,  aveë  un 
très  petit  ndmbi'e  d'ouvriers*  Quand  la  campagne  eftt  ouverte,  iln*y  a  pas 
p\uÊ  ûe  (ient  duvrif^w»  dariJ*  l*iisinc  de  Wyneghem,  et  les  bâtiments  cduvrent 


—  hi- 
deux hectares..  M.  Meeûs,  qui  est  associé  avec  ses  trois  frères,  et  qui  a 
commencé  en  1870,  en  produisant  71{(,000  litres,  en  a  produit  plus  de 

10  millions  en  1884,  et,  de  ce  fait,  il  paie  près  de  36,000  francs  par  jour 
à  rÉtat  belge. 

Il  a  importé,  je  crois,  en  1884,  46  millions  de  kilogrammes  de  graios, 
pour  sa  fabrication,  et  il  a  exporté  deux  millions  de  litres  d'alcool  et  de 
genièvre.  Vous  voyez  que  c'est  gigantesque.  Mais,  ce  qui  est  surprenant, 
je  le  répète,  c'est  l'ordre  inouï,  la  propreté  merveilleuse  qui  règne  daji8 
l'usine.  Tout  l'outillage  est  conçu  dans  l'esprit  le  plus  scientiâque,  de 
sorte  qu'en  pleine  campagne,  je  l'ai  déjà  dit,  il  ne  faut  pas  plus  de  cent 
ouvriers  pour  faire  tout  le  travail. 

Une  exploitation  agricole  est  jointe  à  l'usine.  On  y  engraisse  anuuel* 
lement  3,600  têtes  de  bétail. 

Grâce  aux  eaux  sales  de  l'usine,  on  a  converti  les  terrains  do  la  Cam- 
pine  en  belles  prairies,  où  l'on  fait  quatre  coupes  par  an  ;  on  a,  à  Thec- 
tare,  14,000  kilogrammes  de  foin.  C'est  un  résultat  magnifique. 

La  marque  de  la  maison  est  connue  ;  c'est  une  clef,  rappelant  le  pro* 
verbe  de  Franklin  :  Clef  non  touchée^  clef  rouillée.  11  y  a  là  une  espèce 
de  calembourg  flamand  :  le  mot  Rustj  qui  veut  dire  repos,  ressemble  au 
mot  Hoestf  qui  veut  dire  rouille.  La  banderolle  qui  entoure  la  clef  porte 
ces  deux  mots  :  Rust  Roest,  que  nous  devons  lire  :  Repos  rotUlk.  M.Meeûs 
ne  se  repose  pas. 

Le  lunch  a  eu  lieu  dans  une  des  vastes  salles  de  la  Malterie,  inoccupées 
Tété.  Nous  étions  trois  cents,  et  nous  étions  perdus  au  milieu  de  cette 
immense  salle.  Je  vous  demande  pardon  d'entrer  dans  tous  ces  détails, 
e  suis  peut-être  un  peu  long.  (Non!  non!) 

J'ai  oublié  de  vous  dire  qu'on  avait  fait  aussi  un  train  spécial  pour  nous 
mener  à  Wyneghem,  c'était  un  tramway  à  vapeur  qu'on  inaugurait.  Il 
devait  commencer  à  marcher,  huit  jours  après;  le  directeur,  M.  de  Burlet, 
a  voulu  nous  faire  cette  bonne  grâce  d'avancer  le  jour  de  l'inauguration. 

11  s'est  pressé;  il  a  fait,  la  veille  de  notre  arrivée,  un  voyage  d'essai,  se 
disant  :  «  Si  cela  marche  bien,  j'emmènerai  les  ingénieurs  français!  »  de 
sorte  que  nous  avons  été  les  premiers  à  voyager  sur  ce  tramway,  qui  va 
d'Anvers  à  Hoogstraeten,  en  passant  par  Wyneghem,  et  toute  la  popu- 
lation nous  faisait  fête.  Un  journal  a  eu  l'amabilité  de  dire  qu  elle  ne 
savait  pas  que  c'était  l'élite  du  génie  français  qu'elle  voyait  passer 
devant  elle. 

Nous  sommes  rentres  rapidement  à  Anvers,  et  nous  sommes  partis 
pour  Bruxelles,  où  devait  avoir  lieu  le  banquet  des  ingénieurs  réunis  de? 
Écoles  de  Gand,  de  Louvain  et  de  Bruxelles.  11  a  eu  lieu  au  Grand-HôteL 
où  la  salle,  bien  que  très  belle,  est  inférieure  à  la  salle  du  Cercle  artis- 
tique d'Anvers.  Mais  la  cordialité  de  nos  hôtes  remplaçait  les  magnifi- 
cences de  la  salle  du  Cercle  artistique. 

M.  de  Matthys  a  porté  la  santé  du  roî,  dans  un  toast  chaleureux. 


—  405  — 

Puis  M.  Fabry,  président  de  l'Association  de  Louvain,  a  porté  le  toast 
du  Président  de  la  République,  que  nous  avons  applaudi  avec  plaisir. 
H.  Périsse  a  porté  un  toast  aux  villes  de  Belgique,  que  nous  avions  par- 
courues et  à  celles  que  nous  allions  parcourir. 

J'ai  pris  ensuite  la  parole  pour  remercier  nos  hôtes  de  la  veille  et  du 
jour,  et  aussi  pour  inviter  nos  collègues  à  venir  à  Paris  en  1889.  Je  leur 
al  promis^  au  nom  de  la  Société,  que  nous  ferions  les  plus  grands  eflbrta 
pour  atteindre  le  degré  de  cordialité  et  d'amabilité  qu'ils  avaient  montré 
à  notre  égard;  que  nous  les  recevrions  avec  toute  l'amabilité  française 
et  que  nous  ferions  tout  pour  leur  montrer  combien  nous  leur  étions 
reconnaissants  de  leur  magnifique  réception. 

M.  Bédé  fils  a  porté  un  toast  très  applaudi  à  la  presse  scientifique.  Son 
père,  M.  Bède,  a  été  pendant  quatre  ans  le  préparateur,  à  la  Sorbonne, 
de  Victor  Regnault,  notre  grand  physicien.  Je  regrette  de  ne  pas  avoir 
retenu  les  noms  des  journalistes  qui  ont  répondu  au  toast  de  M.  Bède. 

Enfin,  M.  Wellens,  l'inspecteur  général  des  ponts  et  chaussées,  qui  a 
dirigé  les  travaux  du  Palais  de  Justice  de  Bruxelles, nous  a  remerciés  de 
nos  toasts. 

Vous  savez  que  c'est  l'architecte  Poelaert  qui  a  fait  les  plans  du 
Palais  de  Justice,  et  que  les  travaux  ont  été  exécutés  conformément  à 
ses  plans. 

11  est  peut-âtre  trop  grand  pour  Bruxelles  ;  msds,  quand  on  entre  sous 
Ja  première  voûte  avec  ces  statues  magnifiques  à  la  partie  supérieure, 
on  est  frappé  de  sa  majesté  puissante,  et  l'on  doit  éprouver  une  impres- 
sion semblable  lorsqu'on  pénètre  dans  un  temple  égyptien,  à  Mempfais, 
ou  dans  un  temple  de  l'Inde.  L*œuvre  est  évidemment  hors  ligne. 

Poelaert  est  mort  fou,  cela  arrive  très  souyent  aux  hommes  de  génie: 
on  dit  qu'il  n'y  a  qu'un  fil  entre  la  folie  et  le  génie  ;  —  espérons  qu'il  y  a 
on  peu  d'exagération. 

Quoi  qu'il  en  soit^  on  peut  mourir  quand  on  laisse  une  pareille  œuvre; 
et  M,  Wellens  s^est  honoré  en  suivajit  les  plans  artistiques  de  Poelaert 
avec  l'admiration  qu'on  doit  à  une  grande  conception  qu'on  est  chargé 
de  réaliser. 

Nous  nous  sommes  donc  séparés  de  nos  coUègues,  en  leur  donnant 
rendez-vous  pour  1889.  Ils  nous  ont  promis  d'y  être  fidèles. 

Je  termine  en  disant  à  la  Société  que  je  la  prie  de  se  souvenir  de 
la  réception  qui  nous  a  été  faite. 

Nous  tâcherons  de  donner  un  compte  rendu  complet  de  notre  voyage, 
en  y  introduisant  les  travaux  techniques  qui  s'y  rapportent,  et  en 
demandant  à  ces  messieurs  leurs  discours,  de  manière  à  les  donner  aussi 
complètement  que  possible,  J*espère  que  ce  compte  rendu  fera  plaisir  à 
tout  le  monde. 

Si  l'Exposition  de  1889  a  lieu,  —  car  voilà  Liverpool  qui  en  prépare 
une  pour  1886,  et  Berlin  pour  1888,  c'est-à-dire  un  an  avant  nous,  — 


—  406  — 

8i  la  nôtre  a  lieu,  elle  sekra  la  plus  belle  de  toutes;  à  ee  moment-là, 

nous  aurons   une  dette  de  reoonnaissance    à  payer  à  nos  eollègaeg 

belges;  il  faudra  que  la  Sooiété  ne  reste  pas  en  arrière  et  fosse  son 

possible  pour  que  le  dernier  mot  nous  reste.  (Bravo  !  bravo  l  —  Vifi 

applouéiésemefUsl) 

'  I^  park)le  est  à  M.  Brûli,  qui  a  bien  voulu  se  charger  du  compta 

readu  de  l'excursion  du  côté  de  (}and. 

M;  Haust»  ie  demande  la  permission  de  dire  deux  mots,  Monsieiir 
le  iPrésident, 

M,  LK  Pbésidbnt.  Si  M.  Brllll  le  veut  bien,  M.  Hauet  a  la  parole. 

M.  Hauit«  Pans  l'exposé  très  intéressant  qui  vient  d'être  fait  par 
Qotre  Président»  il  y  a  une  chose  qu'il  n'a  pas  dite,  et  qu'il  ne  pouvait 
pas  dire  :  c'est  que  l'accueil  si  chaud,  si  cordial  qui  nous  a  été  fait  en 
Belgique,  nous  le  lui  devons  en  partie.  Nos  collègues  belges  connaifl- 
salent  notre  Président  comme  ingénieur,  comme  mathématicien  :  ils 
odt  pu  le  juger  comme  orateur.  Le  tact  exquis  de  ses  discours,  les 
sages  doctrines  qu'il  a  exposées  à  Anvers  sur  l'instruction  publique, 
son  patrlotiâtaie  élevé  lui  ont  conquis  tous  les  cœurs  belges,  comme  il 
possédait  déjà  les  nôtres.  (Bravo  !  bravo l  —  Vifs  applaudissemenU.) 

J'allais  vous  proposer  de  lui  témoigner  nos  vif  remerciements;  vous 
l'avez  fait  à  l'âvanee.  (Applaudissements  praiongés.) 
.  M.   LS  Présidskt.    Je  remercie  M.  Hauet  et  je  remercie  mes  colr 
lègues  :  rien  ne  peut  me  faire  un  plus  grand  plaisir  que  leur  témoin 
gnage,  (AppUmàkseimnU.) 

M.  Brûll  a  la  parole. 

M.  Brull  rend  compte  des  excursions  organisées  par  l'Association 
des  ingénieurs  sortis  de  l'École  de  Gand.  Elles  ont  eu  lieu  les  jeudi  13  et 
vendredi  14  août.  Pour  le  jeudi,  on  avait  arrangé  toutes  choses  pour 
montrer,  dans  la  matinée,  le  Palais  de  Justice  de  Bruxelles,  et,  dans 
l'après-midi,  les  grandes  carrières  de  po^hyre  de  Quenast  situées  à 
une  vingtaine  de  kilomètres  au  sud  de  Bruxelles. 

Nous  avons  été  reçus  devant  l'entrée  principale  du  Palais  de  Justice 
par  M.  Wellens,  le  constructeur  de  ce  magnifique  monument,  inspec- 
teur général'  des  ponts  et  chaussées  et  la  plus  haute  autorité  du  coi^s 
des  ponts  et  chaussées  en  Belgique  ;  M.  Wellens  a  eu  la  bonté  de  nous 
conduire  lui-même,  assisté  de  ses  deux  principaux  collaborateurs,  dans 
toutes  lés  parties  de  l'édifice. 

M.  Wellens  *  a  consacré  dix-sept  années  de  travail  à  cette  œu\Te 
gigantesque  dont  M.  le  Président  vient  déjà  de  donner  une  idée.  L'im- 
pression en  est  saisissante.  La  situation  de  ce  palais  en  est  merveilleu- 
sement choisie  :  il  domine  toute  la  ville,  il  domine  même  la  province. 
Sans  doute  les  plans  primitifs  n'ont  pas  été  changés  dans  leur  ensemble, 
mais  il  j  a  eu,  dans  cette'  longue  période  de  travaux,  de  très  grandes 


—  407  — 

dittaùltéf»  d'appropriation  pour  arriver  à  rexôcution.  Le  monument  est 
congtimlt  fiur  un  mamelon  irrégulier  ;  il  est  au  niveau  du  sol  à  trois 
étages  différents  ;  il  7  a  trois  rez-de-ohaussée.  L*édi&ce  a  une  grande 
hauteur,  et  la  charge  sur  le  sol  est  énorme.  De  là  de  grandes  diffloultés 
dô  fondation.  Il  s'est  présenté  aussi  des  problèmes  très  délicats  Ji. 
résoudre ,  sur  lesquels  M.  Wellens  a  bien  voulu  appeler  notre  attention, 
Entre  autres,  la  façade  principale  présente  au-dessus  du  portique  un^ 
laillie  d'un  porte-à-faux  considérable,  dont  il  s'agissait  de  soutenir  la 
maise  très  importante.  La  réussite  de  cette  conception  si  bardie,  obte-s 
nue  par  des  mo/ens  très  ingénieux,  est  un  véritable  tour  de  force. 

Nous  avons  examiné  les  aménagements  intérieurs  de  rédiflce,  et  pous 
avons  été  frappés,  entre  autres,  par  la  grande  magni^oenoe  de  la  salle 
où  giège  la  Cour  de  cassation,  toutes  chambres  réunies.  G^st  une  œuvre 
imposante. 

Après  un  échange  d'allocutions  cordiales,  nous  avons  été  priés  dHns-* 
erire  nos  noms  et  observations  sur  le  registre  des  visiteurs  qu'on  inaur 
jurait  ee  jour-là,  et  nous  y  avons  consigné  le  témoignage  de  notice 
admiration. 

En  sortant  du  Palais  de  Justice,  sous  la  conduite  obligeante  de 
M.  Verstradten,  nous  avons  visité  quelques-uns  des  monuments  intéres- 
sants qui  se  trouvent  dans  le  voisinage,  et,  en  particulier,  le  Musée,  où 
il  y  a  une  remarquable  collection  d'histoire  naturelle  et  de  paléonto^ 
logfe. 

L'apràs-midi,  tin  train  spécial  nous  a  conduits  à  la  grande  carrière  de 
porphyre  de  Quenast.  Il  est  merveilleux  de  voir  l'extension  qu'a  prise 
cette  exploitation  ouverte  autrefois  dans  les  proportions  les  plus  res- 
treintes sur  un  gisement  de  roche  porphyrique  (diorite  ou  eurite)  qui 
s'est  épanché  à  travers  les  schistes  siluriens  :  à  voir  l'échantillon  de 
cette  roche,  on  ne  pourrait  guère  se  douter  de  l'énorme  développement 
qu'a  reçu  l'exploitation  de  cette  matière  de  si  modeste  apparence,  des 
débouchés  qu'elle  a  trouvés  dans  des  pays  fort  lointains  :  tous  ces  résul- 
tats ont  été  atteints  par  la  puissante  Société  qui  exploite  actuellement 
ce  gisement,  sous  Thabile  direction  de  M.  Adolphe  Urban,  et  qui,  depuis 
vingt  ans,  a  suivi  de  ferme  propos  le  plan  établi  dès  l'abord  pour 
l'aménagement  de  ces  carrières.  Elle  occupe  aujourd'hui  3,500  ouvriers, 
et  arrache  le  cube  énorme  de  roche  nécessaire  pour  fournir  100,000  pavés 
par  jour,  en  dehors  du  macadam,  du  ballast  et  du  sable.  Toute  Texploi^ 
tation  est  aménagée  avec  un  art  merveilleux. 

La  carrière  est  exploitée  par  le  système  des  gradins  droits.  Il  y  a*  déjà 
six  gradins  ayant  environ  8  mètres  de  hauteur  chacun.  Ces  gradins  s'é- 
tendront, lorsque  le  plan  définitif  aura  pu  être  réalisé,  sur  une  longueur 
de  près  de  1,500  mètres.  Actuellement,  il  y  a  encore  trois  carrières  iso- 
lées, et  les  gradins  sont  disposés  de  façon  à  se  réunir  plus  tard  ;  deux 
tunnels  de  jonction  permettent  de  réaliser  dès  à  présent  en  partie  les 


—  408  — 

avantages  que  cette  réunion  pourra  donner,  L'ab^tage  se  fait  à  la  poudre, 
et  les  trous  de  mines,  autrefois  faits  à  la  main,  sont  aujourd'hui  pereés 
par  des  machines  perforatrices  mues  à  Tair  comprimés.  Ces  perforatrice 
sont  d'un  modèle  combiné  dans  rétablissement  même  et  qui  tient  des 
types  bien  connus  de  IngersoU  et  de  Dunn. 

Les  trous  sont  forés  à  6  ou  7  mètres  de  profondeur,  soit  un  peu  moins 
que  la  hauteur  du  gradin  :  ils  sont  à  3  mètres  environ  du  bord  de  la  roche, 
et  on  les  place  à  une  distance  de  3  ou  4  mètres  Tun  de  Tautre. 

Le  saùtage  des  mines  se  fait  trois  fols  par  jour  &  des  heures  détermi- 
nées, mais  M.Urban  nous  avait  ménagé  un  spectacle  dUrieux  et  impo- 
sant. Un  grand  nombre  de  mines  avaient  été  réservées,  et,  placés  bien 
à  Tabri  sur  une  sorte  de  belvédère,  nous  avons  pu  voir  près  de  dix  minutes 
de  suite,  les  puissants  gradins  du  colossal  amphithé&tre  8*effondrer  en 
cent  places  étagées,  au  milieu  du  bruit  tantôt  sourd,  tantôt  éclatant  des 
détonations  successives. 

Les  plus  gros  blocs  sont  débités  à  Taide  de  pétards;  pour  débiter  les 
blocs  de  movennes  dimensions,  on  pratique  des  stries,  à  leur  surface,  et, 
avec  de  lourdes  masses,  en  frappant  à  la  même  place  plusieurs  fois  de 
suite,  on  parvient  à  rompre  ces  blocs  suivant  les  traces  faites  à  rayance. 
En  les  divisant  successivement  et  sur  place,  on  obtient  un  bloc  capable 
d'un  type  déterminé  de  pavé.  On  fait  ensuite  Tèpinçage  qui  donne  au 
pavé  sa  forme  définitive. 

Il  y  avait  à  se  débarrasser  d*une  grande  quantité  de  déchets  qui  for- 
ment déjà  une  montagne  de  grande  hauteur,  il  fallait  conduire  la  partie 
impropre  à  la  production  des  pavés  à  une  usine,  où,  à  Taide  de  concas- 
seurs  puissants,  on  produit  le  macadam,  puis  porter  tous  les  produits 
jusqu'à  une  immense  gare  de  chemin  de  fer,  dont  les  nombreuses  Yoies 
sont  bordées  de  quais  d'emmagasinage  et  de  chargement.  Tous  oes  trans- 
ports se  font  mécaniquement  par  un  système  de  chemin  de  fer  à  chaîne 
flottante,  animé  par  un  moteur  de  120  chevaux  qui  sert  aussi  à  d'autres 
usages.  La  chaîne  consomme  à  peu  prés  le  tiers  de  cette  force. 

M.  BrîIll  présente  à  l'assemblée  une  vue  d'ensemble,  qui  est  une  pho- 
tographie d'un  modèle  en  relief  des  carrières  de  Quenast  exposé  à  Anvers 
en  ce  moment. 

M.  Urban  et  son  fils  ont  été  pour  nous  tous  de  la  plus  charmante  ama- 
bilité, et  la  musique  des  ouvriers  de  l'établissement  nous  a  joué  la  Marseil- 
laise et  des  airs  qui  nous  ont  charmés. 

M.  Urban  nous  a  offert  des  rafraîchissements  dans  l'hôtel  où  les  ou- 
vriers célibataires  sont  logés  et  nourris.  Nous  avons  visité  avec  intérêt 
cet  établissement  que  la  Société  a  installé  dans  les  meilleures  conditions. 

Elle  a  aussi  construit  un  grand  nombre  de  maisons  indépendantes  pour 
les  ouvriers  mariés. 

Après  cette  intéressante  visite,  nous  sommes  rentrés  à  Bruxelles  par 
notre  train  spécial,  non  sans  nous  arrêter  un  instant  à  Tubize  pour  t  par- 


—  400  — 

courir  leg  ateliers  de  construction  de  la  Société  métallurgique,  oii  Ton 
fait  des  locomotives.  Cette  importante  usine  est  dirigée  par  M.  Senan, 
ingénieur;  On  j  construit  une  locomotive  qui  pèse  70,000  kilogrammes, 
en  ordre  de  marche,  ainsi  que  de  petites  machines  pour  chemins  de  fer 
sur  routes.  Nous  avons  vu  les  ateliers  des  forges,  de  la  chaudronnerie, 
de  Tajustage,  tous  puissamment  outillés. 

Et  comme,  dans  ces  courses  charmantes,  que  nous  avons  faites  en 
Belgique,  le  Champagne  était  toujours  de  la  partie,  nous  avons  trouvé  le 
temps  dans  cette  rapide  visite,  de  boire  &  la  santé  de  M.  Senan  et  à  la 
prospérité  de  l'usine  de  Tubize. 

Le  lendemain  vendredi,  nous  sommes  allés  passer  la  journée  à  Gand, 
Là  nous  avons  été  reçus  à  la  gare  par  M.  Mossau,  le  président  de  TAsso- 
eiation  des  anciens  élèves  de  Oand,  pour  la  section  de  Gand,  et  par  un 
grand  nombre  de  membres  de  la  section»  Nous  avons  visité,  dans  la  ma- 
tinée, un  grand  établissement  horticole.  Quoique  l'horticulture  soit  en 
dehors  de  nos  préoccupations  habituelles,  nous  avons  tous  été  très  inté- 
ressés par  cette  visite.  L^horticulture  a  pris,  à  Gand,  une  très  grande 
importance  ;  on  produit  par  centaines  de  mille  toutes  sortes  de  fleurs, 
en  choisissant  les  plantes  les  plus  rares  ;  l'établissement  Linden  et  C'^ 
dont  nous  avons  pu  visiter  les  nombreuses  serres,  emploie  jusqu'à  neuf 
personnes  expertes,  botanistes  émérites,  dont  la  mission  consiste  à  voya- 
ger à  la  suite  des  expéditions  qui  ouvrent  à  la  civilisation  des  contrées 
nouvelles,  comme  au  Congo  et  au  Tonkin  ;  ces  introducteurs  recueillent, 
à  travers  bien  des  obstacles,  des  plantes,  des  graines,  des  morceaux  de 
tiges  de  variétés  inconnus  en  Europe,  expédient  leur  butin  à  Gand,  à  la 
maison  mère.  Là,  t^rès  avoir  reçu  un  petit  bout  de  tige,  desséché,  qui 
pourrait  paraître  insignifiant,  on  obtient  en  peu  de  temps,  par  d'ingénieux 
procédés  de  culture  forcée,  une  dizaine  de  jeunes  plantes  qu'on  vend 
1,000  et  2,000  francs  la  pièce  à  d*autres  maisons  d'horticulture  qui  ont  la 
spécialité  de  la  reproduction  des  plantes  nouvelles. 

Nous  avons  vu  la  plante  qui  mange  de  la  viande,  la  plante  qui  attrape 
les  mouches  :  et  nous  avons  vu  par  milliers  des  plantes  considérées  comme 
très  rares.  C'est  surtout  dans  les  pays  du  Nord  que  ces  grands  horticul- 
teurs trouvent  des  débouchés. 

Nous  avons  ensuite  visité  la  grande  filature  de  coton  de  MM.  de  Hemp- 
tione.  C*est  un  puissant  établissement.  Nous  ne  savons  s'il  y  a  là  quelque 
procédé  nouveau  qui  mérite  l'étude;  il  en  serait  autrement,  sans  doute, 
si  notre  ami  M.  Simon,  ou  quelque  spécialiste  de  nos  collègues,  avait  fait 
partie  de  notre  excursion. 

Après  la  visite  de  la  filature,  MM.  les  ingénieurs  de  Gand  nous  ont 
fait  la  gracieuseté  de  nous  recevoir  à  déjeuner.  Je  dois  dire  que  nos 
aimables  hôtes  étaient  au  nombre  d'une  trentaine  et  que  nous  ne  for- 
mions plus  qu'un  bien  petit  détachement,  de  sorte  que  nous  avons  dû 
nous  excuser  sur  notre  petit  nombre  dont  nous  avons  reporté  la  cause  à 


—  410  ~ 

la  variété  des  plaisirs  dont  nous  comblaient  nos  amis  de  Belgique,  puis* 
qu'il  y  avait  le  même  jour  trois  excursions  divergentes.  Cette  circona- 
tanoe  n'a  pas  empêché  la  plus  franche  cordialité  «et  l'échange  des  toasts 
les  plus  amicaux. 

M.  Massau  nous  a  fait  faire  alors  la  connaissance  de  M.  Braun,  l'ingé^ 
nieur  de  la  ville  de  Gand,  et  ces  messieurs  nous  ont  fait  faire  une  jolie 
promenade  sur  TEscaut  et  nous  ont  montré  les  installations  maritimes 
qui  viennent  d'être  construites  ;  on  n'attend  plus  que  le  drainage  duohe* 
nal  pour  faire  de  Gand  un  port  maritime  pouvant  recevoir  les  navires  de 
4  métrés  de  tirant  d*eau.  La  ville  de  Gand  est  remarquable  par  ses  fila- 
tures et  son  industrie  ;  elle  reçoit  et  exporte  un  tonnage  important,  et  cette 
facile  communication  avec  la  mer  rendra  un  puissant  service  à  la  ville 
et  à  toute  la  région.  On  a  quelque  peu  toasté  encore  pendant  ce  char* 
mant  après-midi  :  sur  la  terre  et  sur  Teau,  on  nous  a  versé  partout  les 
vins  de  France.  Le  soir  venu,  nous  sommes  rentrés  à  Gand,  et,  de  là,  à 
Bruxelles, 

Le  dimanche  a  eu  lieu,  à  Bruxelles,  un  cortège  pour  lequel  on  avait 
bien  voulu  nous  réserver  des  places  ;  on  fêtait  le  cinquantenaire  de  la 
création  des  chemins  de  fer  belges.  Là,  nous  avons  vu  se  succéder  la 
reproduction  fidèle  des  moyens  de  transport  employés  en  Belgique  de- 
puis le  radeau  des  temps  barbares,  jusqu'aux  locomotives  les  plus  puis- 
santes, jusqu'au  tramway  à  vapeur,  en  passant  par  le  carrosse,  la  ber- 
lines, la  diligence,  et  sans  oublier  le  premier  train  du  chemin  de  fer  de 
Bruxelles  à  Anvers. 

M.  Brûll  a  rapporté  un  petit  album  qui  donnera  une  légère  idée  de  ce 
qu'était  ce  remarquable  cortège  si  artistiquement  disposé. 

Enfin,  dans  la  soirée,  une  fête  était  donnée,  à  la  Bourse  de  Bruxelles, 
par  les  négociants  qui  forment  le  Comité  de  la  Bourse  des  métaux  et 
charbons.  Le  Palais  de  la  Bourse  de  Bruxelles  est  fort  beau,  comme  cha- 
cun le  sait;  il  avait  été  luxueusement  décoré  pour  la  circonstance  par  des 
fontaines,  des  fleurs  et  des  lumières  électriques.  C'est  là  qu'a  eu  lieu, 
depuis  huit  heures  jusqu'à  minuit,  une  réception  magnifique,  avec  concert 
donné  en  partie  par  les  musiciens  de  l'usine  de  Willebroeck. 

Nous  nous  sommes  approchés  de  M.  Ernest  RoUin,  président  de  la 
Bourse  des  Métaux  de  Bruxelles,  et  nous  hii  avons  exprimé,  avec  nos 
compliments,  les  remerciements  de  la  Société  pour  avoir  bien  voulu  en- 
voyer à  chacun-de  nous  une  invitation.  Ha  répondu  qu'il  était  bien  naturel 
aux  négociants  et  industriels  de  Belgique  de  faire  accueil  aux  ingénieurs 
français,  -qu'il  y  avait  des  liens  étroits  entre  les  industriels  et  les  ingé- 
nieurs, qu'on  devait  en  grande  partie  à  ceux-ci  le  brillant  développement 
qu'avait  reçu  l'industrie,  et  qu'il  était  heureux  de  voir  que  nous  avions 
répondu  à  son  invitation.  Nous  étions  une  trentaine  à  cette  fête,  qui  a 
formé  le  digne  couronnement  de  nos  excursions.  (Applaudissemtnta). 


~  m  — 

M.  le  PftÉsiBBMT.  Je  remercie  M.  Brtll  de  son  très  intéressant  et  subs- 
tantiel résumé,  et  je  demanderai  avec  lui  si  quelqu'un  de  nos  coliôguei^ 
préients  est  allé  à  Oharleroi  ?  Personne  ne  peut  nous  dire  un  mot  de  cette 
«oarsion?  —  Alors,  je  vais  donner  la  parole  à  M.  Moreau,  qui  veut  Wen' 
remj^aoer  M.  Périsse*  Gomme  je  vous  le  disais  tout  &  Theure,  notre  col- 
lègue a  été  souffrant,  et  il  a  prié  M.  Auguste  Moreau  de  vouloir  bien  le 
remplacer  pour  le  compte  rendu  de  Téxcursion  du  côté  de  Liège  et  de 
Spa. 

r 

M.  Auguste  Moreau  a  la  parole. 

M.  AuGU.'^TE  Moreau  avait  préparé  un  compte  rendu  assez  complet, 
mais,  l'heure  étant  très  avancée,  il  va  Tôcourter  le  plus  possible, 

PREMliBR  KWBNta. 

Jeudi  43  août. 

Le  jeudi  13  août,  à  7  h.  2S  du  matin,  la  plus  grande  partie  de  nos 
eollôgues,  en  tout  environ  90  personnes,  prenait  un  train  spécial  à  la  gare 
du  Nord,  à  BMxelles,  et  partaitpour  Liège.  —  L'administration  des  che- 
mins de  fer  belges  avait  d'ailleurs,  comme  la  Compagnie  du  Nord  en 
France,  mis  gracieusement  à  notre  disposition  des  billets  à  demi^^place 
que  l'on  délivrait  sur  la  présentation  de  cartes  d'identité  spéciales,  dis- 
tribuées par  les  soins  de  nos  confrères  belges, 

A  9  heures  et  demie  on  arrivait  à  Liège  où  nous  étions  reçus  à  la  gare 
des  Guillemins  par  une  délégation  d'ingénieurs  liégeois,  ayant  à  leur  tête 
leur  Président,  l'honorable  M.  Trasenster,  M.  Habets,  le  secrétaire  de 
leur  association,  et  M.  Canon,  le  secrétaire  de  la  section  spéciale  de  la 
ville  de  Liège,  Ces  messieurs,  inspirés  par  notre  sympathique  confrère 
M.  Taillard,  dont  le  dévouement  et  l'activité  ne  se  sont  pas  démentis  un 
seul  instant,  avait  eu  la  délicate  pensée  d'amener  &  la  gare  une  grande 
voiture,  dans  laquelle  s'empilèrent  tous  nos  bagages  sortant  des  fourgons 
du  chemin  de  fer,  et  qui  alla  déposer  nos  malles  et  nos  valises  aux  diffé- 
rents hôtels  qui  nous  étaient  désignés. 

A  9  il.  45,  nous  repartions  par  un  nouveau  train  spécial  du  tramway  à 
vapeur  Idége^eraing,  et  à  10  h.  15  nous  arrivions  à  Ougrée  où  nous 
étions  appelés  à  visiter  les  forges,  aciéries  et  hauts  fourneaux  qui  por- 
tent ce  nom. 

Une  étude  détaillée  de  ces  installations  sera  donnée  dans  le  compte 
rendu  complet  que  nous  préparons  en  ce  moment.  Nous  nous  bornerons 
donc,  pour  aujourd'hui,  h  donner  quelques  renseignements  sommaires  sur 
les  usines  visitées  dans  cette  excursion. 

La  fabrique  de  fer  d'Ougrée  date  de  1846.  —  En  1858  on  y  adjoignit 
l'usine  pour  la  fabrication  des  bandages  par  le  procédé  Petin  et  Gaudet 


—  M2  — 

de  Rive-d6*Gier.  Cette  adjonction  lui  a  valu,  pendant  pluaieurs  anoées, 
le  monopole  de  la  fabrication  des  bandages  en  Belgique. 

Depuis  18S8  on  a  beaucoup  agrandi  Tusine  et  renouvelé  les  installa- 
tions ;  la  fabrication  s'est  adonnée  surtout  aux  spécialités  exigeant  le 
puddLage  du  fer  à  grain  fin  et  Facier  puddlé.  Puis  Tapparition  de  Tacier 
Bessexner  et  du  procédé  Thomas  est  venue  envahir  toutes  les  spécialités 
giii  constituaient  la  puissance  de  la  Société.  Aussi  celle-ci,  menacée  dans 
ses  œuvres  vives,  a^t-elle  décidé,  en  1880,  l'installation  du  procédé  Bes- 
semer  dont  nous  avons  pu  voir  fonctionner  les  convertisseurs.  Les  pro- 
duits fabriqués  sont  surtout  les  rails  de  grande  longueur,  les  bandages, 
les  essieux,  les  lames  de  ressort,  les  barres  marchandes  et  les  tôles.  La 
Société  possède  d'ailleurs,  à  côté  de  Tusine,  une  mine  de  houille  permet- 
tant d'extraire  400  tonnes  par  jour.  Le  charbon  donne  un  excellent  coke. 

Le  Président  du  Conseil  d'administration,  M.  Mockel,  et  le  Directeur 
des  forges  et  aciéries,  M.  Aug.  Raze,  nous  firent  eux-mêmes,  avec  la 
meilleure  grâce  du  monde,  les  honneurs  de  cette  vaste  installation. 

A  11  heures  seulement  on  put  se  diriger  vers  les  hauts  fourneaux,  qui 
constituent  une  usine  spéciale  dirigée  par  M.  Cheneux.  En  entrant,  on 
constate  que  le  pavillon  français  flotte  partout  à  côte  du  drapeau  bel^e 
au  sommet  des  principales  halles.  Ces  hauts  fourneaux  sont  au  nombre  de 
4,  dont  3  ont  été  reoonsia^uits  depuis  1878.  Ils  ont  17  mètres  de  hauteur 
et  5*", 25  de  diamètre.  Ils  présentent  un  volume  intérieur  de  246  mètres. 
La  production  journalière  par  fourneau  est  de  60  à  70  tonnes.  On  j  fabri- 
que la  fonte  blanche^  la  fonte  Spiegel,  la  fonte  Bessemer,  la  fonte  Tho- 
mas. La  production  obtenue  avec  deux  hauts  fourneaux  pendant  la  cam- 
pagne 1883^  a  été  de  44,000.  tonnes. 

Les  gueulards  sont  à  prises  de  gaz  :  ceux-ci  suffisent  au  chauffage  de 
l'air  et  à  la  production  de  la  vapeur  nécessaire  à  la  marche  de  la  souf- 
flerie, des  monte-charges  et  des  moteurs  accessoires.  L'air  est  chauffé  à 
600*»  par  des  appareils  à  briques,  système  Whitwell,  au  nombre  de  quatre 
par  fourneau. 

Les  machines  soufflantes  sont  au  nombre  de  3  ;  2  du  système  Evans  à 
balancier  et  une  du  type  de  Seraing. 

La  Société  fabrique  elle-même  son  coke  au  moyen  de  fours  Appolt,  — 
La  production  en  1883-84,  a  été  de  85,000  tonnes, 

Les  minerais  viennent  de  Namur  et  du  Luxembourg  pour  le  fer;  d'Al- 
lemagne, de  Grèce  et  d'Espagne  pour  Tacier. 

Le  charbonnage  s'étend  sous  une  surface  de  378  hectares  et  à  une  pro- 
fondeur de  300  mètres.  L'extraction  en  1883-84  a  été  de  87,000  tonnes. 

Au  jour,  des  installations  fort  intéressantes  sont  disposées  pour  la  pré- 
paration, le  triage  et  le  lavage  du  charbon,  le  transport  par  wagonnets, 
etc. 

Partout  on  remarque  Tabsence  presque  complète  de  main-d'œuvre  et 


—  413  — 

bon  nombre  de  travaux  mémo  assez  durs  sont  exéoatés  par  des  femmes 
qae  Ton  emploie  le  plus  possible. 

Enfin,  le  tout  est  complété  par  des  cités  ouvrières  très  intelligemment 
disposées  de  manière  à  recevoir  en  abondance  Fair  et  la  lumière  ;  un  fait 
caractéristique,  c'est  la  grande  vasiété  qui  a  été  recherchée  dans  là;  com- 
position des  façades  à  ce  point  qu'on  y  trouverait  diffloUement  deux  fa^^ 
cades  identiques. 

Les  maisons  sont  isolées  ou  groupées  par  deux,  trois  ou  quatre  au  pluâ< 

Le  groupement  de  quatre  maisons  en  carré  a  été  rigoureusement  écarté 
comme  s'opposant  à  une  bonne  ventilation  et  présentant  le  grave  incon* 
vénient  du  dépôt,  au  devant  des  habitations,  des  objets  sales  et  encom- 
brants qui,  dans  les  groupes  en  long,  trouvent  place  derrière  les  mai  sons. 
Chaque  habitation  est  d'ailleurs  entourée  d*un  jardin.  Par  huit  habita- 
tions, il  y  a  un  fournil  et  une  borne  fontaine. 

Tout  le  monde  futfrappéen  visitant  ces  belles  installations,  de  Tordre. 
de  l'activité  et  de  Téconomie  qui  régnent  partout.  On  a  entre  autres  t 
comme  nous  l'avons  déjà  signalé,  poussé  jusqu'aux  dernières  limites 
Fart  de  supprimer  la  main*d'œuvre  et  de  n'employer  que  les  moyens 
mécaniques. 

A  midi  précis,  ou  passe  dans  les  salons  de  Thabitation  de  M.  Cheneux, 
ou  nous  est  servi  un  splendide  déjeuner  qualifié  modestement  par  nos 
hôtes  du  nom  de  lunch. 

Dans  un  très  remarquable  toast  porté  au  dessert  et  très  chaleureuse^ 
ment  applaudi,  M.  Cheneux  expose  les  progrès  importants  qui  ont  été 
réalisés  en  métallurgie  dans  les  usines  belges,  rend  justice  à  la  science 
des  ingénieurs  et  à  la  modération  des  exigences  de  la  main-d'œuvre 
en  Belgique  et  paye  un  juste  tribut  de  reconnaissance  k  la  métallurgie 
française  dans  les  termes  suivants  : 

«  Cette  science^  c'est  bien  souvent  à  des  sources  françaises  que  nos  ingé- 
nieurs vont  la  puiser.  Qui  ne  se  rappelle,  à  l'Exposition  de  Paris  en  1878, 
les  magnifiques  travaux  de  la  Société  de  Terre-Noire  sur  les  alliages  du 
silicium,  du  tungstène,  du  chrome,  sur  les  ferro-manganèses,  sur  la  com- 
position des  fontes  de  moulage  et  celle  des  aciers,  enfin,  précisément^ 
sur  la  composition  d'une  fonte  destinée  à  la  production  d'un  fer  donné  1 
Qui  ne  se  souvient  aussi  sur  les  mêmes  objets  de  la  belle  exposition  de 
MM.  Jacob-Hoker  et  C'«  î 

«  Parmi  les  ouvrages  techniques  que  nous  avons  journellement  entre 
les  mains,  le  traité  de  M.  Oriiner  est  une  œuvre  classique  pleine  de  révé- 
lations. Sans  vouloir  prétendre  que  la  première  idée  du  procédé  Thomas 
ait  germé  dans  cette  publication,  on  doit  avouer  que  les  considérations 
nombreuses  et  précises  qu'elle  renferme  sur  ce  s^et,  traçaient  la  voie  à 
suivre  pour  arriver  &  cette  brillante  découverte.  Un  autre  ouvrage  qui 
vient  de  paraître  sur  la  fabticaiion  de  la  fonte  et  qui  renferme  des  aper* 


—  144  — 

eus  tout  à  fait  nouveaux,  est  dû  encore  à  un  des  vôtres,  i  M.  L.-D.  Va- 
thaire. 

«  Je  m'arrête* 

«  J'en  al  dit  assez  pour  motiver  ta  joie  que  j^oprouve  à  lever  mou 
verre  ;  à  la  science  et  à  Tindustrie  française,  à  leurs  dignes  représen- 
tants, messieurs  les  membres  de  la  Société  des  Ingénieurs  civils  et  à  leurs 
dignes  président  et  vice*président.  » 

Nos  collègues  ont  été  d'autant  plus  frappés  et  touchés  de  cet  acte  de 
justice  de  M.  Gheneuz,  qu'ils  savaient  tons  qu'en  France,  certaines  per* 
sonnes  professent,  jusque  dans  les  grandes  écoles  officielles,  une  estime 
fort  modérée' pour  la  métallurgie  française  et  une  admiration  aussi  exa* 
gérée  qulojuste  pour  la  métalltti^ie  allemande. 

Notre  vice-président,  M.  Périsse,  remercia  les  Sociétés  d'Ougrée  dr 
leur  accueil  si  cordial  et  reporta  la  plus  grande  partie  du  succès  de  cc$ 
usines  modèles  à  leurs  deux  directeurs  si  distinguéd,  MM«  Rase  et  Che^ 
iieuZ)  Ces  éloges  si  mérités  furent  couverts  d'applaudissements. 

Quelques  minutes  après,  tout  le  monde  s'embarquait  sur  un  bateau  à 
vapeur,  le  Michel-Orban,  pavoisé  aux  couleurs  belges  et  françaises  et 
arrivait  à  deux  heures  précises  au  pont  de  Seraing» 

Sur  la  rive  était  le  directeur  général,  M»  Sadoinc,  entouré  d*un  ctat- 
tnajor  d'lngénîeur8,chefs  des  différents  services  de  l'usine  Cockerill,parnii 
lesquels  on  remarque  M.  Kraft,  ingénieur  chef  de  la  constructiou  de? 
machines  et  M.  Greiner,  Ingénieur  chef  des  aciéries* 

Ces  vastes  établissements  datent  de  1817;  à  cette  époque  un  Auglais. 
John  Cockerill,  vint  s'installer  dans  l'ancien  château  historique  des  princes' 
évéques  de  Liège  et  y  établit  dans  le  parc  les  premiers  éléments  de  son 
usine.  Régis  jusqu'en  1860  par  le  fondateur,  les  établissements  furent  à 
sa  mort  dirigés  par  son  neveu  et  collaborateur  G.  Pastor  jusqu'en  186S« 
t)epuls  cette  époque,  ils  sont  placés  sous  la  direction  d^un  homme  émineut 
M.  El  Sadoine,  ancien  Ingénieur  en  chef  de  la  marine  ^* 

Ces  établissements  sont  Immenses  et  leur  valeur  actuelle  est  d*euvii^3u 
38  millions  de  francs.  Depuis  Tarrivée  de  M.  E.  Sadoine,  cette  valeur  s'esl 
accrue  du  chiffre  colossal  de  30  millions  ;  c'est  un  établissement  de  pre- 
mier ordre,  le  premier  de  la  Belgique  et  l'un  des  plus  importants  du 
monde  entier.  Il  occupe  H, 000  personnes,  compte  384  moteurs  fournis- 
sant au  minimum  14,S00  chevaux  de  force.  Il  estle  premier  en  Belgique  qui 
ait  mis  en  pratique  l'idée  de  créer  pour  son  compte  une  flottille  composée 
de  10  vapeurs  pour  les  approvisionnements  en  minerais  et  les  expédition" 
par  voie  de  mer  de  ses  produits.  Le  chantier  de  construction  navale  loi 
appartenant  est  à  Hoboken  près  d'Anvers,  sur  l'Escaut;  on  y  a  construit 

1.  Rappelons  que  H.  Sadoine  vient  d'être  nommé  récemment  b^ron  par  S.  M.  le  Hoi 
des  Belgfs. 


—  445  — 

depuis  sa  fondatiou  plus  de  300  aayires  de  tottte€|  espèces  d'un  tonnage 
total  de  130,000  tonneaux. 

Les  appointements  et  salaires  du  personnel,  non  compris  environ 
300,000  francs  distribués  en  secours  et  pensions,  s'élèvent  annuellement  à 
plus  de  10  millions* 

La  visite  de  l'usine  eut  lieu  sons  la  conduite  de  M.  Sadoine  lui-même, 
r[ul  avait  tout  réglé  et  fit  tout  exécuter  militairement.  Â  Tentrée  de 
oheqûc  atelier,  M.  Sadoine  présentait  à  notre  vice-présideat,  M»  Périsse, 
le  chef  de  service  en  le  priant  de  fournir  aux  ingénieurs  français  tom  les 
rensHgnemerUs  qu'ik  pourrakni  Itui  demander^  On  visite  ainisi  les  forges, 
fonderies,  aciéries,  hauts  fourneaux,  chaudronneries,. atçUers  de  con^ 
truction,  les  salles  du  génie,  de  photographie,  le  modelage. 

Les  visiteurs  sont  surtout  frappés  par  les  aciéries  et  la  magnifique 
iûstallation  des  convertisseurs  avec  les  hauts  fourneaux,  leurs  voisins. 
Les  lingots  fondus  no  sont  pas  réchauffés,  on  les  porte  simplement  dans 
le»  pits  gjers  ou  fours  en  matériaux  réfractaires  et  non  chauffés.  'Mais  la 
chaleur  centrale  du  lingot  vient  elle-même  réchauffer  la  surface  qui  a 
commencé  à  se  figer,  celle-ci  ne  pouvant  plus  se  refx'oidir  en  face  des 
parois  de  ce  four  déjà  chauffées  par  les  lingots  précédents. 

On  j  fabrique  depuis  très  longtemps  déjà  des  rails  à  trois  longueurs  î 
c'est  d^ailleurs  la  première  usine  de  Belgique  pour  les  progrès  réalisés 
dans  la  fabrication  de  l'acier. 

On  remarque  fort  aussi  un  atelier  de  moulage  de  pièces  mécaniques  où 
les  moules  sont  confectionnés  sans  modèle,  et  rien  que  sur  le  dessin  en 
taillant  le  sable*. 

Un  tramway  spécial  à  Tuslue  emmène  ensuite  tout  le  monde  au  sommet 
d'une  véritable  montagne  artificielle  créée  par  les  dépôts  de  scories  et  de 
laitici's  accumulés  depuis  la  fondation. 

Puis  on  se  rend  à  la  houillèi'e  CoUard.  Ou  avait  déjà  visité  le  puits 
Marie  avec  Son  grand  ventilateur  Guibal  et  ses  perforateurs. 

On  remarque  au  passage  râtelier  de  construction  de  roues  système 
ArbcL 

Au  siège  GoUeutl,  nous  renconkcns  les  jeunes  enfants  de  rorphelinat 
de  la  Société.  Cette  institution  élève  cent  vingt-sept  orphelins. 

Au  puitB  CoUard,  Tattention. était  attirée  surtout  par  le  tambour  d'ex- 
tractioB  hélicoïdal  avec  câble  rond  en  métal. 

EûÛR  le  même  tramway  nous  ramenait  au  point  de  départ  émerveillés 
de  la  tournée.  Un  verre  de  vin  de  Champagne  gracieusement  offert  avant 
de  prendre  congé,  fournit  à  M.  Périsse  l'occasion  de  porter,  avec  succès, 
un  toast  de  remerciement  à  M.  Sadoine,  Thabile  directeur  de  ces  vastes 

1.  Les  bètimenls  de  chaque  genre  de  fabrication  sont  peints  d'ane  couleur  ipéclale 
renouvelée  chaque  année.  JPartouk  règne  une  propreté  et  une  bonne  tenue  que  nous 
a'avons  jamais  vaes  nulle  part  ailteurs. 


-  m  — 

usines,  «  qui,  dit  M.  Périsse,  a  fondé  une  seconde  fois  les  établissemeuU 
Cockerill  ». 

Enfin,  à  6  heures  on  reprenait  le  bateau  pour  Liège  et  aussitôt  en  mou- 
vement, après  avoir  quitté  le  rivage,  on  acclama  le  personnel  de  Tusiiic 
et  spécialement  M.  Sadoine,  par  une  triple  salve  de  bravos. 

Le  soir  à  9  heures ,  on  se  retrouvait  au  Trink-Hall  de  Liège  pavoisé 
de  drapeaux  français  et  Torchestre  eu  nous  apercevant  nous  accueillit  eo 
jouant  la  Marseillaise.  Notre  confrère  belge,  M.  Canon,  y  fit  les  honneurs 
avec  beaucoup  de  cordialité. 

M.  ÂuocsTft  MoRKAt  expose  ensuite  le  programme  réalisé  pendant  la 
seconde  journée. 

DEUXIÈME  JOURNÉE 

Vendredi  44  août. 

Nous  étions  encore  environ  80  ingénieurs  français  les  uns  partant  de 
la  gare  de  Liège-Longdoz  à  8  heures  30  pour  Chênée,  les  autres  uoas 
retrouvant  à  Tusine  d'Angleur,  dite  de  la  Vieille- Montagm. 

M.  de  Sinoay,  directeur  général  de  tous  les  établissements  de  la  Vieille- 
Montagne,  vint  lui-même  à  la  gare  nous  attendre  et  nous  conduire  à 
Tusine  d'Anglcur. 

M.  de  Sinçay,  français  d'origine,  a  repris  depuis  près  de  quai*ante  aos 
ces  établissements  classiques  de  la  fabrication  du  zinc  et  les  a  complète- 
ment transformés,  de  sorte  qu'ils  constituent  aujourd'hui  une  des  plus 
importantes  installations  qui  existent  dans  ce  genre. 

A  notre  entrée  dans  la  cour  de  l'usine,  Texcellente  harmonie  des  éta-* 
blissements  joue  la  Marseillaise  et  est  fort  applaudie.  Puis,  nos  collègues 
sont  divisés  en  plusieurs  groupes  conduits  par  Mlii.  de  Sinçay,  père  et 
fils.  M.  Vappart,  le  directeur  technique  de  l'usine  d'Angleur,  MM.  De- 
joler  et  Badoul,  anciens  élèves  de  TÉcole  Centrale  de  Paris.  Pendant  deui 
heures,  on  parcourt  toutes  les  parties  de  cette  vaste  usine,  se  rendant 
compte  de  toutes  les  phases  de  la  fabrication  et  des  importants  progrès 
réalisés  dans  ces  dernières  années,  spécialement  dans  la  disposition  des 
fours.  On  remarque  surtout  la  fabrication  des  produits  réiractairesqui  est 
faite  avec  un  soin  extrême  ;  les  creusets  sont  confectionnés  mécanique' 
meut  d'une  façon  fort  ingénieuse.  Partout  règne  Tordre  le  plus  grand  et 
l'absence  presque  complète  de  main-d'œuvre  :  tout  se  fait  mécaniquement 
On  admire  fort  les  broyeurs  de  M.  Yappart  qui  broient  la  calamine  et  le 
charbon  devant  fournir  le  mélange  passé  au  creuset;  on  est  frappé  de 
l'absence  complète  de  la  plus  légère  poussière, 

Mais  ce  qui  a  excité  le  plus  l'admiration,  c'est  le  travail  du  laminoir. 
Il  y  a  une  équipe  d'une  habileté  surprenante  et  qui  fait  en  se  jouant 


—  417  — 

un  travail  des  plus  difficiles  et  des  plus  délicats  avec  une  producliou 
journalière  de  beaucoup  supérieure  à  ce  qu'on  obtient  ordinairement. 

L'outillage  pour  travailler  le  zinc  est  d'ailleurs  très  jjuissant;  ou  y 
remarquait  entre  autres  une  énorme  cisaille  recevant  son  mouvement  de 
la  partie  inférieure. 

Un  excellent  déjeuner  réunissait  ensuite  tous  les  excursionnistes  dans 
la  grande  salle  de  rétablissement,  et  au  dessert,  M.  de  Sineaj  porte  un 
toast  de  bienvenue  et  de  remerciements  aux  ingénieurs  français  qui  ont 
bien  voulu  s'arrêter  à  la  Vieille-Montagne.  11  prononce  quelques  paroles 
d'à-propos  sur  la  crise  industrielle  qui  n'est  qu'un  excès  de  production  de 
la  vieille  Europe,  crise  qu'il  espère  voir  cesser  par  l'ouverture  de  contrées 
jusqu'ici  inaccessibles  comme  le  Congo  et  le  Tonkin. 

Ce  toast  est  très  chaleureusement  applaudi. 

M.  Périsse  remercie,  aux  applaudissements  de  tous,  M.  de  Siucay  de 
Taccueil  si  cordial  qu'il  a  fait  aux  ingénieurs  français  et  boit  à  la  saute 
de  M.  de  Sinçay  et  de  M.  Vappart. 

M.  Trasenster  recommande  aux  ingénieurs  de  ne  pas  négliger  les  étu- 
des commerciales  qui  leur  font  si  souvent  défaut.  C'est  ce  qui  a  fait  eu 
grande  partie  le  succès  de  la  Vieille-Montagne  qui  a  des  usines  dans 
le  monde  entier.  Il  porte  également  la  santé  de  M.  de  Sincaj, 

Ce  toast  a  été  vivement  applaudi. 

A  une  heure  on  reprenait  le  chemin  de  fer  et  Ton  partait  pour  leTrooz, 
toujoure  en  train  spécial.  MM.  Montefiore-Lévi ,  sénateur,  et  Buis,  bourg- 
mestre de  Bruxelles,  se  joignent  à  nous,  et  tout  ce  monde  descend  à  une 
heure  vingt  à  la  gare  de  Trooz,  où  Ton  est  reçu  par  M.  le  Sénateur  d'An- 
drimont,  administrateur  gérant  des  Charbonnages  du  Hasard  et  par  tous 
les  ingénieurs  de  la  Société,  parmi  lesquels  MM.  Paul  et  Maurice  d'Au- 
drimonty  âls  de  M.  l' Administrateur-gérant.  L'harmonie  des  Charbon* 
nages  joue  la  Marseillaise  slwx  grands  applaudissements  de  tous,  et,  après 
les  présentations,  le  train,  où  nous  remontons,  est  remorqué  jusqu'à 
la  gare  privée  du  Boy-Bonnet,  L'harmonie  du  Hasard,  installée  sur  une 
plaie-forme,  joue  pendant  tout  ce  temps  les  plus  beaux  morceaux  de  son 
répertoire.  Le  paysage  est  splendide,  et  nous  sommes  ici  fort  loin  des 
plaines  immenses  et  uniformément  plates  des  Flandres.  Le  chemin  de  fer 
Kc  déroule  au  fond  d'une  étroite  vallée  encaissée  dans  des  montagnes 
escarpées  et  couvertes  de  forêts  de  pins.  Le  bâtiment  de  service  de  la 
gare  de  Trooz  est  lui-même  en  harmonie  avec  le  paysage  et  présente  la 
physionomie  d'un  petit  pavillon  moyen  âge  de  l'effet  le  plus  pittoresque. 

Arrivés  à  Tinstallation  du  Boy-Bonnet,  on  a  remarqué  le  transport  par 
chaîne  flottante  qui  amène  les  charbons  à  fleur  du  niveau  d'un  puits  ver- 
tical situé  à  plus  de  3  kilomètres,  à  Micheroux.  Une  autre  chaîne  flot- 
tante, inclinée  à  30^,  remonte  au  sommet,  parle  flknc  de  la  montagne,  les 
pierres  qui  entrent  dans  une  assez  forte  proportion  dans  les  houilles  ex- 

-BULL.  28 


—  418  — 

traites.  Tout  cela  fouctionue  avec  uue  régularité  parfaite  depuis  lacréa- 
tion,  c'est-à-dire  depuis  1871. 

Le  classement,  le  triage,  le  lavage  des  charbons  et  la  fabrication  mé- 
éauique  des  briquettes  agglomérées  se  font  d*uue  façon  des  plus  perfec- 
tionnées et  pouvant  passer  pour  des  modèles. 

Puis  de  là  on  s'est  rendu  partie  en  voiture,  partie  à  pied,  à  3  kilomètres 
de  distance,  à  Micheroux,  au  sommet  de  la  montage,  où  se  trouve  la 
bouche  le  moulinage  du  puits  précité. 

L'installation  la  plus  intéressante  de  ce  plateau  est  rhôtel  Louise, 
créé  par  M.  d'Andrimont,  et  à  ses  frais,  pour  loger  les  mineurs  céliba- 
taires. Ceux  qui  sont  mariés  ont  de  charmants  petits  cottages  uu  pou 
plus  loin  dans  la  campagne.  Dans  cet  hôtel,  moyennant  1  fr.  50  par  jour, 
les  mineurs  font  quatre  repa«  î  Ils  trouvent,  eu  outre,  à  prix  coûtant,  uu 
magasin  d'étoffes  pour  habillements,  des  costumes  tout  prêts,  de  l'épice- 
rie, des  objets  de  consommation,  etc.  Dans  tout  cela,  M.  d'Andrimont 
prend  libéralement  à  sa  charge  la  plus  grande  partie  des  frais  généraux 
et  ne  prélève  aucun  bénéfice. 

Pendant  ce  temps,  un  certain  nombre  de  nos  collègues  et  la  femme  de 
l'un  d'eux,  madame  Chevalier,  étaient  descendus  dans  la  mine  et  se  fai- 
saient photographier  à  la  sortie  ;  la  photographie  a  été  envoyée  depuis 
au  secrétariat. 

La  propreté  est  excessive  partout  ;  les  mineurs  ont  chacun  deux  cos- 
tumes, et  tous  les  jours  ils  en  ont  un  de  lavé  qu'ils  retrouvent  propre  le 
lendemain.  En  outre,  des  salles  de  bains  sont  à  leur  dispositiou;  ou 
trouve  dans  l'hôtel  jusqu'à  une  grande  salle  de  concert,  une  sorte  de 
casino,  où  M.  d'Andrimont  nous  oftcit  un  lunch  pendant  que  l'har- 
monie, logée  dans  les  galeries  supérieures,  jouait  de  nouveau  la  Jfar- 
seiUaUey  qui  était  suivie  de  fort  jolis  morceaux  de  son  répertoire. 

Au  dessert,  M.  d'Andrimont,  dans  uue  improvisation  pleine  de  cordia- 
lité et  de  bonne  humeur,  boit  à  la  sauté  de  Mme  Chevalier,  qui  avait 
courageusement  accompagné  son  mari  dans  cette  fatigante  excursiou. 
à  la  Société  des  Ingénieurs  civils  de  France,  dans  la  personne  de 
M.  Périsse,  qu'il  se  rappelle  déjà  avoir  vu  il  y  a  douze  ans,  alors  qu'il 
était  délégué  de  la  Société,  à  l'occasion  du  vingt-cinquième  anniver- 
saire de  la  fondation  de  Técole  de  Liège  ;  à  Tunion  des  Charbonnage^ 
du  Nord  de  la  France,  dans  la  personne  de  leur  président,  M.  Vuillemiii. 

Ce  toast  est  couvert  de  chaleureux  applaudissements.  M.  VuiUemiu 
remercie  en  termes  pleins  de  cordialité. 

M.  Périsse,  rappelant  la  phrase  de  Mme  de  Se  vigne,  porte  un  toa<t 
au  plus  galant,  au  plus  empressé,  etc.,  des  hommes  que  tout  le  monde 
va  nommer. 

Tout  le  monde,  en  effet,  nomme  à  la  fois  M.  d*Andrimont,  pour  lequol 
on  pousse  un  formidable  hourra! 
A  6  hi  30  on  repartait  par  train  spécial  à  Liège,  et  le  soir  à  9  heuiv:* 


—  419  — 

OD  se  retrouvait  en  grand  nombre  à  l'Institut  électro-technique  fondé 
par  M.  Monteôore,  qui  ouvrit  dans  ce  but  un  crédit  de  100,000  francs, 
promettant  de  faire  plus  si  cela  était  insuffisant. 

On  apprécia  beaucoup  une  conférence  de  M.  Eric  Gérard  indiquant  le 
but  et  l'organisation  de  Tlnstitut,  le  système  d'études  suivi  et  les 
épreuves  à  subir  pour  obtenir  le  diplôme  d'ingénieur-électricien. 

La  soirée  se  termina  par  une  promenade  dans  les  laboratoires  et  par 
l'étude  sur  place  d'un  gi*and  nombre  d'appareils  des  plus  intéres- 
sants. 

M.  Auguste  Moreau  termine  par  la  troisième  journée  :  celle  qui  a  été 
consacrée  exclusivement  à  l'excursion  dans  la  ville  et  les  environs  de 

TROISIÈME    JOURNÉE 

Samedi  45  aaûl 

Nous  étions  encore  une  cinquantaine  d'ingénieurs  français  pour  aller 
à  Spa.  Comme  on  le  Toit,  c'est  avec  ténacité  que  Ton  était  resté  jusqu'au 
bout  en  nombre. 

Arrivés  à  la  gare  de  Spa  vers  H  heures  du  matin,  nous  étions  reçus 
par  le  comité  local  des  ingénieurs  sortis  de  TEcole  de  Liège,  composé 
de  MM.  ÏNoblet,  président  ;  Deck,  ingénieur  de  la  ville  de  Spa  ;  Bour- 
geois et  Dechoisneux,  et  d'une  trentaine  d'ingénieurs  liégeois.  Accom- 
pagnés par  ces  messieurs,  nous  nous  rendons  au  salon  du  Pouhon  où 
se  trouve  la  source  de  Pierre-le-Grand,  et  où  nous  sommes  reçus  de 
la  façon  la  plus  courtoise  par  M.  Lezaak,  bourgmestre  de  Spa,  et 
MM.  Lousberg  et  Fontaine,  échevius.  M.  Lezaak  noua  adresse  quelques 
paroles  de  bienvenue  très  goûtées. 

En  fait  d'eau  ferrugineuse,  on  nous  offre  d'excellent  vin  de  Cham- 
pagne, ce  qui  n'empêche  pas  quelques  fanatiques  de  goûter  quand  même 
l'eau  de  la  source. 

On  visite  ensuite  la  source  du  Pouhon,  celle  du  prince  de  Condé, 
l'établissement  des  Princes,  le  Casino,  la  galerie  de  tableaux,  le  théâ- 
tre. Dans  la  grande  salle  de  l'établissement,  nous  entendons  une  confé- 
rence fort  intéressante  de  M.  Deck  sur  les  eaux  de  Spa,  leur  compo- 
sition, les  principaux  travaux  pour  la  captatiou  des  sources  et  le  chauf- 
fage des  eaux  qui  sont  naturellement  froides,  etc. 

De  là  on  se  dirige  vers  le  parc,  on  parcourt  la  classique  allée  de  Sept- 
Heures.  On  étudie  en  passant  le  filon  iVEuritejCher  à  tous  les  géologues^ 
et  à  une  heure  un  splendide  lunch  réunit  tous  les  excursionnistes  belges 
et  français  dans  la  galerie  Léopold,  magnifiquement  décorée  pour  la 
circonstance.  Pendant  ce  temps,  l'excellent  orchestre  du  Casino,  gracieu- 
sement prêté  par  le  concessionnaire  des  installations  balnéaires.  M*  GU 
rondeau,  joue  ses  plus  beaux  morceaux  sous  la  direction  de  l'éminent 
artiste  M.  Lecocq.  ' 


—  420  — 

Au  Inuch,  assistait  M.  ]e  gcuéral  Dombronitzky,  commissaire  géuéral 
de  Texpositiou  russe  à  Anvers ,  qui  nous  accompagna  dans  toutes  dos 
excursions  de  Taprès-midi.  Ce  déjeuner  en  plein  air  devant  les  grands 
arbres  du  parc,  avec  la  montagne  verdoyante  en  face  de  soi,  et  la  mu- 
sique de  la  symphonie  était  vraiment  une  chose  délicieuse  et  fut  parti- 
culièrement apprécié.  —  L*amabilité  de  nos  hôtes  fut  d'ailleurs  sans 
limite  et  se  traduisit  dans  tous  les  détails.  Ainsi  M.  Noblet  n'eut-il  pa^ 
la  pensée  éminemment  délicate  d'offrir  à  chacun  de  nous  un  petit  bouquet 
de  bruyère  blanche,  un  produit  des  plus  rares  et  des  plus  recherchés  du 
pays  ? 

Le  toast  porté  par  l'infatigable  M.  Trasenster  au  dessert  fut  particu- 
lièrement aimable.  «  Les  ingénieurs  français  ont  pu  croire,  dit-il. 
comme  le  bruit  lui  en  est  venu  aux  oreilles,  que  leurs  collègues  belgt'< 
voulaient  les  exterminer  jusqu'au  dernier  à  coups  de  festins  et  de  Cham- 
pagne; ils  peuvent  aujourd'hui  se  convaincre  qu'il  n'en  est  rien,  puis- 
qu'on les  a  amenés  dans  la  ville  de  Spa,  qui  est  le  véritable  temple  de 
la  santé.  Il  boit  aux  ingénieurs  civils  de  France  et  au  plaisir  de  les  voir 
revenir  individuellement  dans  le  pays  de  Liège.   » 

Le  toast  obtient  un  succès  considérable,  M.  Périsse  remercie  l'Asso- 
ciation des  ingénieurs  sortis  de  l'Ecoh?  de  Liège  de  leur  réception 
royale,  car  on  ne  ferait  pas  mieux  pour  une  Majesté,  comme  Ta  si  bien 
dit  ailleurs  notre  président.  M.  do  Comberousse.  Eu  présentant  dos 
adieux  à  nos  excellents  confrères  et  amis  belges,  il  désire  porter  un  toast 
spécialement  à  M.  Trasenster,  à  M.  Habets,  le  dévoué  secrétaire  de  l'As- 
sociation liégeoise,  et  à  MM.  Noblet,  Deck,  ainsi  qu'au  comité  local  de 
Spa. 

Il  porte  ensuite  un  toast  à  M»  Lezaak, bourgmestre, et  à  la  municipalité 
de  Spa,  ainsi  qu'à  M.  Girondeau,  le  fermier  des  établissements  bal- 
néaires, qui  a  contribué  pour  une  si  large  part  à  la  cordiale  réception 
qui  nous  a  été  faite. 

M.  Lezaak  répond  eu  exprimant  sa  reconnaissance  pour  la  marque  do 
sympathie  dont  il  est  Tobjet  et,  à  la  demande  de  tous,  la  symphouie 
joue  la  Marseillaise,  puis  la  Brabançonne,  au  milieu  de  Tenthousiasmc 
géuéral. 

Après  une  promenade  dans  le. parc,  nous  montons  dans  une  viugtain»' 
do  voitures  de  toutes  sortes,  mails,  breaks,  laudaux,  paniers,  etc.,  if 
nous  faisons  la  promenade  classique  du  tour  des  fontaines  accompajrn* 
de  M.  de  Siuçay,  ancien  directeur  général  de  la  Vieille-Montagne,  qui 
n'avait  pu  assister  au  lunch  et  était  venu  nous  rejoindre.  Nousjouissous 
d'ailleurs  d'un  temps  superbe  qui  permet  d'autant  mieux  d'apprécier  les 
frais  ombrages  de  la  forêt  et  la  limpidité  des  eaux  des  cascades  de  la 
promenade  de  Meyerbecr.  A  chaque  source  nouvelle,  le  Barissard,  la 
Géronstère,laSauveuière,  leTonnelet,etc.,  on  descendait  de  voiture  pour 


—  424  — 

prendre   un  verre   offert  par  nos  hôtes  et  qui  contenait,  il  faut  bien 
l'avouer,  tout  autre  chose  que  de  Te  au,  fût-elle  minérale. 

Enfin,  on  rentre  à  Spa  où  Ton  admire  encore  les  nouvelles  écoles  com- 
munales dont  Tarchitecte  M.  Houzac  fait  les  honneurs,  et  le  soir  on  se 
dit  adieu  dans  le  parc  en  entendant  le  grand  concert  de  Talléo  de  Sept- 
Heures. 

La  tournée  dans  le  pays  de  Liège  était  terminée,  mais  non  l'excursion 
en  Belgique.  La  plupart  de  nos  collègues  en  effet  se  retrouvaient  le 
lt»ndemain  dimanche  à  Bruxelles,  pour  assister  à  la  grande  cavalcade 
historique  des  moyens  de  transport  à  l'occasion  du  cinquantenaire  do  la 
epi'ation  des  chemins  de  fer  belges  et  dont  M.  Briill  a  rendu  compte  il  y 
quelques  instants.  Des  places  réservées  nous  avaient  été  offertes  par  le 
sympathique  bourgmestre  de  Bruxelles,  M.  Bulls.  Nous  avons  retrouvé 
là  ceux  de  nos  collègues  qui  avaient  suivi  l'excursion  de  Gand  et  qui, 
comme  nous,  revenaient  enthousiasmés  de  l'accueil  si  'cordial  qui  leur 
avait  été  fait  partout. 

Après  la  soirée  ou,  comme  on  dit  en  Belgique,  le  raoût  offert  par  la 
Bourse  des  [métaux  et  charbons,  un  grand  nombre  de  nos  collègues  se 
sont  décidés  à  revenir  le  soir  même,  en  passant  la  nuit  en  chemin  de  fer. 
Il  y  avait,  en  effet,  impossibilité  complète,  si  Ton  n'y  avait  pensé  à 
l'avance,  de  trouver  ce  soir-là  dans  tout  Bruxelles  un  simple  cabinet 
pour  se  coucher. 

M.  Auguste  Moreau  conclut  enfin  en  disant  que  cette  tournée  a  été 
excellente  sous  tous  les  rapports  :  excellente  au  point  do  vue  technique, 
excellente  sous  le  rapport  de  la  confraternité  professionnelle,  et  excel- 
lente au  point  de  vue  plus  élevé  du  rapprochement  entre  deux  peuples 
qui  doivent  être  amis. 

Nos  hôtes  ont  été  d'ailleurs  partout  admirables  d'empressement  et  de 
cordialité,  et  nous  ne  saurions  terminer  ce  compte  rendu  rapide,  et 
d'ailleurs  provisoire,  sans  vous  proposer  de  vous  joindre  à  nous  pour 
remercier  nos  confrères  de  l'Association  des  ingénieurs  sortis  de  l'École 
de  Liège  et  particulièrement  M.  Trasenster,  l'infatigable  président. 
M.  Habets,  le  dévoué  secrétaire,  M.  Canon,  secrétaire  du  comité  local 
de  Liège,  et  M.  Noblet,  président  du  comité  local  de  la  ville  de  Spa. 
(Applaudissements.) 

M.  LE  Président.  Je  remercie  M.  Auguste  Moreau  d'avoir  si  bien 
et  si  consciencieusement  remplacé  M.  Périsse. 

MM.  Bouron,  Gaiffe,  Gruner,  Guasco,  Lelong,  Mlodecki,  Musnier, 
Saintignon  et  de  Schulthep  ont  été  reçus  membres  sociétaires. 

MM.  Rogerson  et  Voisine  ont  été  reçus  membres  associés. 
La  séance  est  levée  à  onze  heures  et  demie. 


—  422  — 


fSéttBee    du    !•    octolire    19 AS 


Présidence  de  M.  de  Comberousse 


La  séance  est  ouverte  à  huit  heures  et  demie. 


Le  procès-verbal  de  la  dernière  séance  est  adopté, 

M.  LB  Président.  Nous  avons  le  plaisir  d'annoncer  à  la  Société  la 
promotion  au  grade  de  commandeur,  dans  Tordre  de  la  Légion  d'hon- 
neur, de  notre  collègue,  M.  Ronna,  directeur  de  la  Société  autrichionno 
dos  chemins  de  fer  de  TEtat. 

Dans  la  dernière  séance,  parmi  les  ouvrages  offerts  k  la  Société,  M.  le 
Président  a  oublié  de  mentionner  le  Traité  de  Statique  graphique  appli- 
quée aux  constructions,  de  notre  collègue  M.  Seyrig.  Il  s'est  reproché, 
après  coup,  d'avoir  oublié  de  le  mentionner  en  séance.  C'est  un  ouvrage 
complet,  texte  et  atlas.  M.  Sejrig  est  trop  connu  de  la  Société  pour  quil 
soit  nécessaire  de  recommander  son  ouvrage. 

Parmi  les  ouvrages  offerts  aujourd'hui  à  la  Société,  il  faut  signaler  le 
Catalogue  de  l'Exposition  coloniale  de  la  République  française  k  Anvers, 
dû  à  notre  collègue,  M.  des  Tournelles,  qui  était  commissaire-adjoint  à 
cette  exposition  coloniale,  et  deux  autres  volumes  imprimés  à  Vlmpri- 
merle  nationale,  renfermant  des  documents  fort  intéressants  sur  l'Expo- 
sition coloniale  française  d'Anvers.  Tout  ceux  qui  ont  visité  l'exposition 
d'Anvers  savent  que  cette  exposition  coloniale  française  a  été  une  des 
choses  les  plus  remarquables  de  l'exposition.  Ces  notices  coloniales  sont 
très  importantes,  et  un  de  nos  secrétaires,  M.  Auguste  Moroau,  poiura 
nous  en  donner  un  résumé  :  Il  y  est  question  de  la  Cochinchine,  du 
Tonkin,  de  nos  possessions  dansl'Océanie  et  au  Sénégal;  enfin  de  toutes 
nos  colonies.  L'honneur  de  Texécution  de  ces  deux  volumes  doit  être 
surtout  reporté  à  M.  Grodet,  qui,  sous-directeur  des  colonies  au  minis- 
tère de  la  marine  et  des  colonies,  se  trouvait  être  le  commissaire  du 
gouvernement  français,  pour  cette  exposition  coloniale  :  M.  Grodet  a 
fait  là  un  travail  très  utile,  comme  vous  le  verrez  par  le  résumé  qui  en 
sera  donné,  et  nous  ne  pouvons  que  le  remercier  de  l'envoi  qu'il  veut 
bien  nous  faire. 

Nous  avons  reçu  une  lettre  de  notre  collègue,  M.  Bancilhon,  qui  se 
rapporte  au  canal  de  Panama  ;  elle  est  intéressante  ;  mais,  comme  elle 
touche  un  peu  la  question  fi^nancière,  et  que  nous  n'avons  pas  pour  habi- 
tude de  traiter  ces  sujets  en   séance,  nous  déposerons  la  lettre  de 


—  423  ~ 

M.  Bancilhon  au  secrétariat,   k  la    bibliothèque,  afin  que  ceux  que  la 
question  intéressée  puissent  la  consulter. 

Nous  avons  reçu  au  nom  de  M.  Taillard  une  réclamation.  DansTexposc 
rapide  de  notre  excursion  en  Belgique,  M.  le  Président  a  dit  que  M.  Tail- 
lard était  administrateur  de  la  Société  des  wagons-lits.  Il  s'est  ému  de 
cette  qualification,  parce  que  c'est  notre  collègue,  M.  Nagelnackers, 
qui  est  directeur  et  administrateur  de  la  Société.  Nous  donnons  acte  à 
M.  Taillard  de  cette  rectification.  Mais  il  a  été  si  aimable  avec  nous^  il 
nous  a  témoigné  à  tous  tant  de  bienveillant  .dévouement,  que  notre  erreur 
est  bien  compréhensible. 

Enfin,  M.  le  Président  ne  veut  pas  tarder  à  annoncer  une  excellente 
nouvelle  à  la  Société  :  c'est  que  le  legs  Giffard  est  enfin  sorti  des  limbes 
où  il  demeurait  depuis  trois  ans  et  demi. 

C'est  grâce  à  M.  Hervé-Mangon  que  nous  sommes  arrivés  à  ce  résultat 
tant  attendu.  11  a  bien  voulu  nous  écrire  aujourd'hui  pour  nous  l'annoncer. 
Les  décrets  ont  été  signés  le  7,  ils  ont  paru  le  11  au  Journal  Officiel  la 
Société  des  Ingénieurs  civils  va  entrer  en  complète  possession  de  cette 
généreuse  donation.  Le  Comité  pourra  sans  doute  indiquer,  avant  la  fin 
de  l'année,  de  quelle  manière  il  conviendra  d'honorer  la  mémoire  d'Henri 
(affard. 

L'ordre  du  jour  appelle  la  lecture  de  la  Note  de  M.  G.  Anthoni,  sur 
l'ouvrage  de  M.  Emile  Cacheux,  intitulé  :  YÉconomiste  pratique. 

M.  G.  Anthoni  donne  comme  il  suit  communication  de  l'analyse 
qu'il  a  faite  de  l'ouvrage  de  M.  Emile  Cacheux,  intitulé  :  YÉconomiste 
pi^atiqus. 

L'amélioration  du  sort  des  classes  laborieuses,  tel  est  en  quelques  mots 
le  but  de  l'ouvrage  consciencieux  et  contenant  un  si  grand  nombre  do 
documents  intéressants,  que  M.  Emile  Cacheux  a  publié  et  dont  il  fait 
hommage  à  notre  Société. 

Dans  l'introduction,  l'auteur  rappelle  que,  d'après  une  statistique 
récente  de  M.  Bertillon,la  misère  fait  périr  tous  les  ans  90,000  Français, 
et  cette  masse  de  victimes  ira  toujours  en  augmentant  par  suite  de  l'élé- 
vation du  prix  des  choses  nécessaires  à  la  vie,  si  on  no  cherche  pas,  pour 
remédier  au  mal,  des  moyens  plus  efficaces  que  ceux  qui  étaient  usités 
jusqu'à  ce  jour. 

«  Personne,  messieurs,  disait  en  1872  notre  ancien  Président,  M.  Muller, 
n'est  aussi  bien  placé  que  l'ingénieur  pour  être  le  trait  d'union  entre  le 
capital  et  le  travail  et  pour  détruire  l'antagonisme  qui  existe  entre  les 
diverses  classes  de  la  société.  Il  y  a  des  années  qu'une  foule  d'essais  ont 
été  tentés;  il  faudrait  en  connaître  les  résultats.  Nous  devons  tous  nous 
éclairer  par  le  travail  de  chacun,  sur  toutes  les  matières  de  ce  terrain 
brûlant.  » 

C'est  justement  ce  travail  que  M.  Cacheux  a  entrepris  ;  il  s'est  proposé 
de  rénnir  les  documents  épars  qui  se  rapportent  à  cette  question,  qu'il 


—  424  - 

travaille  depuis  de  longues  années,  d*en  faire  un  recueil,  et  c^estreusem- 
blc  très  complet  de  ces  documents  qui  forme  ï  Économiste  pratique,  ouvrage 
de  plus  de  800  pages,  accompagné  d*iui  atlas  de  7S  planches. 

L'ouvrage  est  divisé  en  quatre  parties  : 

^  La  première  partie  est  consacrée  à  l'étude  des  'habitations  ouvrières. 
Pour  améliorer  le  sort  du  travailleur,  il  faut  commencer  par  le  loger  con- 
venablement. Grâce  à  M.  MuUer,  qui  s'est  longuement  occupé  de  ces 
questions,  le  problème  qui  consiste  à  rendre  propriétaire,  au  bout  diin 
certain  nombre  d'années,  le  locataire  qui  s'acquitte  régulièrement  de  son 
loyer,  est  aujourd'hui  résolu  théoriquement. 

Pour  résoudre  la  question  pratiquement,  M.  Cacheux  a  fait  des  essais 
sur  une  centaine  de  maisons  et  sur  300,000  mètres  de  terrain  bâtis  et 
vendus  suivant  le  isystème  de  vente  usité  à  Mulhouse  et  combiné  à  celui 
qui  est  adopté  par  les  «  Buildings  societies;  »  ce  système  consiste  à 
avancer  aux  acquéreurs  de  terrains  la  somme  nécessaire  pour  construira 
à  leur  guise  en  leur  donnant  la  facilité  de  se  libérer  par  annuités.  M.  Ca- 
cheux a  aussi  contribué  à  la  formation  de  la  Société  des  Habitatious 
ouvrières  de  Passy-Auteuil, présidée  par  M.  Dietz-Monnin,  en  lui  cédant, 
à  prix  coiHant,  le  terrain  des  groupes  de  maisons  sises  impasse  Boileau 
et  les  dix  premières  maisons  construites  suivant  un  type  très  économique 
créé  par  lui. 

Dans  cette  première  partie,  l'auteur  passe  en  revue  les  maisons  à  étages 
et  les  maisons  isolées  et  étudie  les  divers  essais  qui  ont  été  faits  à  Mul- 
houso,  à  Paris,  en  Angleterre  et  ailleurs,  pour  loger  convenablement  les 
travailleurs  et  pour  rendre  l'ouvrier  propriétaire. 

Une  première  série  de  pièces  annexes  comprend  un  grand  nombre  de 
documents  relatifs  à  la  formation  de  Sociétés  d'habitations  ouvrières  et 
des  modèles  d'actes  concernant  les  opérations  immobilières. 

Une  deuxième  série  comprend  les  statuts  de  Sociétés  de  bienfaisance 
ayant  pour  but  de  loger  à  prix  réduits  les  travailleurs. 

Une  troisième  série  comprend  des  documents  concernant  la  législation 
des  logements  insalubres. 

L'atlas  comprend  un  grand  nombre  de  plans  d'habitations  ouvrières,  de 
maisons  pour  ouvriers  célibataires,  d'hôtels-restaurants  pour  ouvriers, 
d'habitations  économiques  parisiennes  et  quelques  détails  concernant  les 
appareils  de  vidange  et  les  égouts. 

La  deuxième  partie  de  YÉconomiste  pratique  a  pour  titre  :  Études  des 
crèches,  salles  d'asile  et  établissements  d'instruction.  . 

Comme  c'est  principalement  sur  l'enfance  que  sévissent  les  causes  de 
mortalité  et  de  dégénérescence  physique  qui  affligent  les  classes  labo- 
rieuses, l'auteur  étudie  d'abord  cette  question,  d'une  importance  si  capi- 
tale, la  population  augmentant  fort  peu  en  France  relativement  à  celle 
d'autres  pays  voisins.  Puis  il  étudie  en  détail  les  crèches,  les  salles  d'asile 


—  425  — 

ou  écoles  maternelles,  en  se  servant  des  documents  mis  k  sa  disposition 
par  MM.  Marbeau  et  Turquet. 

Dans  la  première  série  de  pièces  annexes,  on  trouve  de  nombreux  docu- 
ments relatifs  aux  crèches  et  dans  la  deuxième  série,  ceux  concernant 
riDstruction  des  enfants  et  des  adultes  ainsi  que  les  règlements  sur  Tor- 
ganisation  de  Tapprentissage. 

L*atlas  de  la  deuxième  partie  donne  les  plans  d*un  grand  nombre  de 
crèches,  de  la  nourricerie  et  du  pouponnât  créés  par  M.Godin  à  Guise  et 
d*écoles  communales,  avec  des  détails  établis  d*après  les  instructions 
raioistérielles. 

La  troisième  partie  s'occupe  du  développement  du  bien-être  matériel  et 
moral  dans  les  classes  laborieuses.  On  y  passe  successivement  eu  revue 
lalimentation  économique  de Touvrier, les  bains,  les  lavoirs,  les  sociétés 
coopératives  et  les  moyens  pratiques  à  employer  pour  procurer  aux  tra- 
vailleurs le  plus  possible  dés  avantages  d'une  société  civilisée.  L'auteur 
rappelle  d*abord  les  expériences  faites  sur  la  préparation  des  aliments, 
sur  l'évaluation  de  leur  richesse  ;  il  décrit  les  divers  appareils  de  cuisson, 
les  fourneaux  et  leurs  différents  modes  de  chauffage,  les  appareils  à  air 
libre  ou  à  vases  fermés,  les  cuisines  économiques  populaires  et  celles 
pour  Tarmée.  Il  insiste  sur  l'utilité  des  réchauffoirs,  installés  en  Alsace,  où 
louvrier  peut  manger  en  famille  les  aliments  apportés  de  chez  lui  ;  une 
grande  salle  garnie  de  tables,  une  plaque  de  fonte  que  l'on  peut  chauffer 
avec  quelques  charbons,  suffisent  pour  empêcher  le  travailleur  d'aller 
perdre  au  dehors  son  temps  et  son  argent.  Puis,  après  avoir  passé  en 
revue  les  bains  etlSs  lavoirs.  Fauteur  étudie  successivement  les  sociétés 
coopératives  d'alimentation,  de  crédit,  d'achat,  de  production,  de  fabri- 
cation; les  sociétés  de  secours  mutuels,  les  caisses  d'épargne,  les  caisses 
de  retraite  et  enfin  les  sociétés  s'occupant  de  l'instruction  de  l'adulte,  les 
musées  et  les  cercles  populaires. 

Des  pièces  annexes  complètent  de  même  cette  troisième  partie,  qui 
constitue  en  quelque  sorte  le  résumé  des  travaux  faits  jusqu'à  ce  jour, 
notamment  par  M.  le  capitaine  Corbin  sur  la  comparaison  des  divers 
appareils  de  cuisson  ;  par  M.  Egrot  sur  la  cuisson  à  vapeur  ;  par  M,  £. 
MuUer  pour  l'établissement  des  bains  et  lavoirs;  par  MM.  Schulze-Delitsch 
et  Luzzati  pour  l'organisation  des  sociétés  coopératives;  par  MM.  de 
Malarce,  Fougerousse,  Chaix,  Robert,  etc.,  pour  développer  le  goût  de 
l'épargne  et  le  système  de  la  participation  aux  bénéfices  ;  par  MM.  Tour- 
rasse,  Groult,  Jean  Macé  pour  répandre  l'inàtrnction  dans  les  masses,  et 
par  MM,  Siegfried  frères  pour  fonder  les  cercles  populaires. 

L'atlas  de  la  troisième  partie  donne  les  plans  de  réchauffoirs,  de  res- 
taurants économiques,  de  cuisines  à  vapeur,  d'un  fourneau  pour  maison 
particulière,  de  bains  publics,  de  lavoirs,  d'appareils  à  lessiver,  de  séchoirs 
et  enfin  de  deux  cercles  pour  ouvriers,  le  cercle  Franklin  au  Havre  et  le 
cercle  populaire  mulhonsien. 


—  42(>  -- 

L  une  des  plu55  remarquables  solutions  du  problème,  qui  consiste  à 
assurer  au  travailleur  non  seulement  une  vie  à  Tabri  du  besoin,  mais  aussi 
des  avantages  qui,  jusqu'ici,  paraissaient  réservés  à  la  richesse,  est  duc 
à  M.  Godin,  grand  industriel  à  Guise,  qui  loge  ses  ouvriers  dans  un  vaste 
bâtiment,  parfaitement  aménagé,  dans  lequel  il  s'est  réserré  pour  lui- 
même  un  appartement. 

La  quatrième  et  dernière  partie  de  Touvrage  considérable  de  M.  Cacheux 
traite  des  moyens  pratiques  de  venir  en  aide  aux  personnes  qui  tombent 
à  la  charge  de  la  société.  On  y  passe  en  revue  les  institutions  protectrices 
de  Tenfance,  les  orphelinats,  le  placement  des  adultes,  les  sociétés  de 
bienfaisance  et  de  secours  aux  indigents  capables  de  travailler,  les  hôtels 
pour  loger  la  nuit  les  malheureux  sans  abri  ;  le  traitement  des  malades  à 
domicile  ;  les  hôpitaux  et  leurs  divers  services,  les  hospices  spéciaux, 
les  caisses  de  secours,  les  Sociétés  d'assistance,  ete.  On  y  trouve  enfin 
des  pièces  annexes  comprenant  des  règlements  d'orphelinats,  d'hospices, 
de  hureaux  de  bienfaisance,  etc. 

L'atlas  donne  les  plans  de  plusieurs  établissements  de  bienfaisance, 
d'hôpitaux,  d'un  asile  de  nuit  pour  deux  cents  personnes  et  d'unpostodo 
secours  pour  les  blessés. 

Dès  les  premières  pages  de  son  travail,  M.  Cacheux  expose  Tavam- 
projet  d'une  Société  dont  le  but  serait  de  rechercher  et  de  mettre  en 
œuvre  les  moyens  les  plus  efficaces  pour  améliorer  le  sort  des  classes 
laborieuses. 

A  Paris,  plus  que  dans  d'autres  villes,  on  trouve  des  Sociétés  fondéi*s 
pour  venir  en  aide  à  l'infortune  ;  malheureusement  le' public  se  contente 
de  donner  son  argent  et  s'inquiète  fort  peu  de  la  manière  dont  il  est  em- 
ployé ;  or,  il  est  incontestable  que  si  l'argent  était  bien  dépensé,  les  résul- 
tats obtenus  seraient  beaucoup  plus  considérables. 

Le  programme  de  la  Société  projetée  paraît  très  vaste  à  première  vue; 
mais  comme  il  est  déjà  rempli  en  partie  par  beaucoup  de  Sociétés  phi- 
lanthropiques, il  suffirait  de  les  développer  ou  de  les  compléter;  M.  Ca- 
cheux pense  qu'ainsi  ce  programme  serait  facile  à  réaliser,  vu  le  grand 
nombre  d'hommes  ominents  qui  se  dévouent  aux  questions  de  ce  genre. 
En  s'occupant,  comme  le  propose  M.  Cacheux,  des  sources  de  travail  à 
créer  ou  à  développer,  on  rendrait  service  non  seulement  aux  ouvriers, 
mais  aussi  aux  ingénieurs,  car  leur  nombre  augmente  tons  les  ans,  aiusi 
que  la  difficulté  de  trouver  des  situations  convenables;  l'Association  ami- 
cale de  l'Ecole  centrale,  de  même  que  d'autres  du  même  genre,  cherchent 
à  procurer  à  un  grand  nombre  de  nos  jeunes  camarade*  des  positions  en 
rapport  avec  leurs  capacités.  Avec  le  concours  des  anciens,  dont  le  de- 
voir est  de  tendre  la  main  aux  jeunes,  en  leur  signalant  les  positions  à 
occuper,  on  pourrait  développer  les  sources  de  travail  par  les  moyens 
suivants: 

1**  En  exploitant  les  richesses  naturelles  du  sol  et  en  développant  les 


—  427  — 

Sociétés  agricoles  de  façon  i\  encourager  Femploi  des  outils  perfectionnés, 
des  engrais,  des  bonnes  semences,  des  irrigations  et  en  envoyant  dans 
les  départements  des  professeurs  d'agriculture  pratique. 

2**  En  développant  les  travaux  publics  par  l'emploi  d'une  partie  des 
bénéflcesréalisés  par  des  caisses  d'épargne  créées  surlemodèle  des  caisses 
d'épargne  libres  d'Italie.  d'Allemagne  et  des  pays  du  Nord  en  général. 

3**  En  donnant  aux  jeunes  ingénieurs  la  direction  de  Sociétés  coopéra- 
tives ou  do  prévoyance,  qui  tombent  en  général  faute  d'une  bonne  admi- 
nistration, quand  le  nom))re  des  membres  devient  considérable.  L'associa- 
tion des  ouvriers  constitue  une  force  puissante  qui  demande  une  direction 
intelligente  et  éclairée.  En  Angleterre,  les  Sociétés  coopératives  dispo- 
sent de  très  forts  capitaux  et  sont  dirigées  par  des  hommes  éminents  qui 
y  trouvent  des  situations  assez  lucratives  pour  leur  consacrer  tout  leur 
temps  et  toute  leur  intelligence. 

En  France,  les  ouvriers  commencent  à  reconnaître  la  valeur  d'un  bon 
gérant;  ainsi  M.  Godin,  à  Guise,  a  cédé  son  établissement  à  ses  ouvriers, 
qui  admettent  très  bien  qu'il  lui  soit  attribué,  pour  sa  direction,  une 
bonne  part  du  bénéfice. 

Les  pièces  annexes  donnent  tous  les  détails  nécessaires  pour  permettre 
à  un  ingénieur  d'organiser  une  Société  de  prévoyance  ou  de  bienfaisance, 
et  de  construire,  suivant  les  règlements  et  les  ordonnances  ministériellos, 
les  bâtiments  qui  en  dépendent. 

4^  En  développant  l'industrie  en  général,  et  notamment: 

Les  constructions  à  bon  marché,  la  voirie  économique,  les  logements 
hygiéniques,  l'utilisation  des  eaux  ménagères  et  des  vidanges,  les  cuisines 
populaires,  les  bains  et  les  lavoirs,  le  chauffage,  les  cercles  populaires,  etc. 

Pour  développer  l'industrie,  on  pourrait  aussi  suivre  l'exemple  donno 
par  la  Société  pour  l'encouragement  au  travail  des  habitants  de  l'Erzgc- 
birge  et  du  Riesengebirge.  Cette  Société  envoie  des  professeurs  d'indus- 
trie et  les  entretient  à  ses  frais  dans  les  contrées  où  l'industrie  n'a  pas 
encore  pénétré,  jusqu'à  ce  que  le  résultat  désiré  soit  obtenu. 

On  viendrait  efficacement  en  aide  aux  travailleurs  en  subventionnant 
des  industriels  capables  de  créer  une  nouvelle  industrie  ou  d'étendre  une 
branche  de  leur  fabrication. 

Enfin  on  développerait  l'industrie  par  des  Sociétés  se  chargeant  d'é- 
couler les  produits  fabriqués  et  qui  donneraient  du  travail  aux  jeunes  gens 
sortant  des  écoles  commerciales.  Une  Société  de  ce  genre  vient  d'êtro 
fondée,  et  a  pour  président  M.  Dietz-Monnin. 

Le  but  de  l'auteur,  en  publiant  \  Économiste  pratique,  a  été  de  répan- 
dre, le  plus  possible,  les  documents  concernant  le  bien-être  des  travail- 
leurs, documents  qui  peuvent  être  de  la  plus  grande  utilité  pour  un  grand 
nombre  d'ingénieurs;  il  termine  en  disant  qu'il  recevra  avec  reconnais- 
sance tous  les  documents  qui  lui  permettront  de  compléter  ou  de  rectifier 
son  travail. 


—  428  - 

En  répondant  à  Tappel  de  M.  Emile  Cacheux,  soit  par  l'apport  de  docu- 
ments nouveaux,  soit  en  Taidant  dans  la  mesure  de  nos  moyens,  nous 
contribuerons  à  Tamélioration  du  sort  des  classes  laborieuses»  nous  main- 
tiendrons raccord  indispensable  entre  le  capital  et  le  travail,  et  nous 
contribuerons,  par  l'étude  approfondie  du  vaste  programme  que  je  viens 
de  résumer,  à  la  solution  progressive  des  questions  sociales.  (Applaudà- 
semenU.) 

M.  LE  Président.  Quelqu'un  a-t-ildes  observations  à  faire  sur  le  résuma 
que  vient  de  nous  présenter  M.  Anthoni?  SUl  n  y  a  aucune  observation, 
je  le  remercierai  de  son  résumé  intéressant,  qui  n,e  nous  dispense  pas  do 
lire  à  fond  le  livre  de  M.  Cacheux;  les  questions  qui  y  sont  traitées  sont 
très  importantes,  et  il  faut  féliciter  ceux  qui  veulent  bien  donner  des  do- 
cuments sérieux,  de  manière  à  permettre  l'étude  également  sérieuse  de  ce$ 
questions.  Peut-être,  après  avoir  entendu  l'exposé  de  ce  vaste  programmo, 
pourrait-on  dire  que  le  titre  de  l'ouvrage  de  M.  Cacheux,  au  lieu  d'être: 
VÉconomiste  pratique,  pourrait  être,  pendant  un  certain  nombre  d'années, 
VÉcanomiste  idéal.  Voilà  la  seule  chose  à  objecter.  L'idéal  !  nous  ne 
pouvons  pas  toujours  l'atteindre,  on  en  reste  le  plus  souvent  bien  loin: 
mais  il  faut  toujours  encourager  ceux  qui  veulent  donner  un  coup  d'aile 
de  ce  côté-là. 

L'ordre  du  jour  appelle  la  note  de  M.  Edouard  Simon  sur /a  Convention 
internationale  pour  la  protection  de  la  propriété  industrielle.  Il  semble  que 
nous  soyons,  aujourd'hui,  à  une  séance  de  la  Société  d'économie  politique; 
mais  vous  me  pardonnerez,  si  vous  êtes  de  mon  avis,  à  savoir  que  les 
ingénieurs  sont,  par  la  force  des  choses,  s'ils  veulent  embrasser  leur  car- 
rière dans  toute  sa  plénitude,  obligés  d'étudier  ces  questions  ;  et  nous 
avons  réuni  précisément  la  note  de  M.  Anthoni  sur  l'ouvrage  de  M.  Cacheux, 
celle  de  M.  Edouard  Simon  sur  la  Convention  internationale  pour  la  pro- 
tection de  la  propriété  industrielle,  et  la  communication  de  MM.  Ch.  Assi 
et  L.  Genès  sur  cette  même  convention  internationale ,  pour  que  nous 
restions  pendant  cette  séance  dans  cet  ordre  d'idées. 

M.  Simon  a  la  parole. 

M.  Edouard  Simon.  Dans  la  séance  du  l®'"  juin  1883.  notre  confrère, 
M.  Emile  Barrault,  nous  fit  une  intéressante  communication  sur  les  origines 
et  la  teneur  de  la  Convention  internationale  pour  la  protection  de  la  pro- 
priété industrielle^.  Cette  communication,  reproduite  in  extenso  dans  le 
Bulletin  de  la  Société*,  donne  le  texte  ainsi  que  le  commentaire  des  dix- 
neuf  articles  de  la  convention.  Il  n'est  donc  pas  utile  de  revenir  sur  l'histo- 
rique de  l'œuvre  préparée,  d'abord,  à  titre  of&cieux,  à  l'Exposition  uni- 
;verseUe  de  Vienne  en  1873,  reprise  lors  de  l'Exposition  universelle  de 
Paris,  en  1878,  dans  un  congrès  spécial  dont  les  résolutions  furent  sou- 
mises aux  gouvernements  étrangers  par  les  soins  du  gouvernement  français 

1.  BuUetin  de  la  Société  des  Ingénieurs  civils,  année  1883.  1*'  vol.,  p.  757. 
'i.  Bulletin  de  la  Société  des  Ingénieurs  Civils,  année  1883,  2*  vol.,  p.  197. 


—  429  — 

et  devinrent  Tobjet  de  deux  coufé ronces  diplomatiques,  successivement 
tenues  au  ministère  des  affaires  étrangères  en  novembre  1880  et  en  mars 
1883.  Nous  nous  bornerons  à  rappeler  qu'après  de  longues  et  minutieuses 
délibérations,  les  délégués  de  la  Belgique,  du  Brésil,  de  l'Espagne,  de  la 
France,  du  Guatemala,  de  Tltalie,  des  Pays-Bas^  du  Portugal,  du  Salvador, 
de  la  Serbie  et  de  la  Suisse  signèrent  le  texte  de  la  convention. 

Cet  instrument,  contresigné  plus  tard  par  les  chargés  de  pouvoirs  de 
1  Angleterre,  de  la  Tunisie,  de  TËquateur,  de  la  République  Dominicaine, 
fut  déposé  au  Sénat  par  le  ministre  des  affaires  étrangères,  M.  Challemcl- 
Lacour,  le  24  mai  1883,  rapporté  par  M.  de  Parieu  le  14  juin  suivant, 
et  adopté  sans  débats  le  30  du  même  mois. 

Rapportée  à.  la  Chambre  des  députés  par  M.  Fourcand,  le  12  novembre 
1883,  et  également  adoptée  sans  discussion  le  19  janvier  1884,  la  conven- 
tion fut  prpmulguée  le  25  janvier,  et  enfin  ratifiée  le  6  juin  de  la  mémo 
année;  elle  est  ainsi  devenue  exécutoire  dans  notre  pays  à  dater  du 
6  juillet  1884,  en  vertu  de  Tarticle  18. 

Depuis,  VUnion  de  la  propriété  ittdustrielle,  dont  le  but  est  de  «  consti< 
tuer  une  sorte  d'assurance  mutuelle  contre  le  plagiat  et  la  contrefaçon*  », 
a  été  très  vivement  critiquée.  Des  chambres  de  commerce,  des  chambres 
syndicales,  des  organes  spéciaux,  préoccupés  des  fâcheuses  conséquences 
économiques  qui  leur  semblent  devoir  résulter  de  la  mise  en  pratique  de 
certaines  dispositions  insérées  dans  la  convention  internationale  ont  déjà 
présenté  les  réclamations  de  groupes  importants  de  producteurs  et  demandé 
la  revision,  voire  même  la  résiliation  du  contrat.  Les  articles  14  et  18  do 
la  convention  prévoient  Tun  et  l'autre  cas. 

Aux  termes  de  Tarticle  14,  une  première  réunion  des  délégués  des 
Ktats  contractants  devait  se  tenir  à  Rome  en  1885.  D'autre  part,  les 
organisateurs  de  VExposition  des  inventions  brevetées,  ouverte  à  Londres 
au  cours  de  la  présente  année,  eussent  souhaité  que  cette  exhibition  moti- 
vât le  choix  de  la  capitale  anglaise  pour  rendez-vous  de  la  conférence. 
Après  avis  des  divers  départements  commerciaux  et  par  suite  de  la  pro- 
mulgation récente  de  la  convention,  il  fut  décidé  de  remettre  à  Tannée  1886 
la  revision  des  articles  dontrexpériencc  aurait  démontré  les  inconvénients. 

La  Société  des  Ingénieurs  civils  peut  ainsi  apporter,  en  temps  utile, 
l'onsemble  des  observations  qu'elle  est  à  môme  de  recueillir  et  le  résultat 
de  ses  investigations.  L'utilité  d'une  pareille  enquête  nous  a  déterminé  à 
provoquer  la  discussion  et  à  vous  soumettre  quelques  remarques  suggérées 
par  la  lecture  de  la  convention. 

1.  Parmi  les  États  adhérents  à  l'Union  figurent  les  Pays-Bas  et  la 
Suisse  qui,  jusqu'à  ce  jour,  n'accordent  pas  de  brevets.  Cette  anomalie 
ne  peut  se  perpétuer  équitablement  si  Ton  se  reporte  au  libellé  de  Tar- 
ticte2  ainsi  conçu  : 

1.  Paroles  prononcées  par  M.  Tcisserenc  de  Bort,  ministre  du  commerce,  lors  de  l*ou- 
veriare  du  congrès  do  ItnS,  et  rappelées  par  M.  Barranlt. 


—  430  — 

«  Les  sujets  ou  cito^eus  des  États  coutractauts  jouirout  daus  tous 
»  les  autres  États  de  l'Uuiou,  en  ce  qui  œncenie  les  brevets  d'tnvm- 
»  iion,  les  dessius  ou  modèles  industriels,  les  marques  do  fabrique  ou  de 
»  commerce  et  le  nom  commercial,  des  avautages  que  les  lois  respectives 
»  accordent  annuellement  ou  accorderont  par  la  buite  aux  nationaux.  Eu 
>'  conséquence,  ils  auront  la  même  protection  que  ceux-ci  et  le  même 
)>  recours  légal  coxitre  toute  atteinte  portée  à  leurs  droits,  sous  résenc 
»  de  raccomplissemcut  des  formalités  et  des  conditioiLS  imposées  aux 
»  nationaux  par  la  législation  intérieure  de  chaque  Etat.  » 

Le  principe  de  réciprocité,  inscrit  dans  cet  article,  ne  doit  pas  cd- 
fraîner  seulement  à  un  engagement  moral,  mais  à  une  sanction  effective.  La 
délégation  suisse  Tarait  si  i)ien  compris  que,  dans  la  deuxième  séance  de 
la  conférence  de  1880,  M.  Kern  lut,  au  nom  du  Conseil  fédéral,  la  décla- 
ration suivante  :  «  Il  n'est  pas  douteux  qu*il  ne  se  soit  produit  en  Suisse, 
»  ces  dernières  années,  dans  Topinion  publique,  un  mouvement  important 
»  au  sujet  des  brevets  d'invention.  Le  Conseil  national,  nanti  par  Tiiii- 
»  tiative  de  Tun  de  ses  membres  d'une  proposition  relative  à  cette  qucs- 
»  ti  on,  a  voté  à  Yunanimité  la  prise  en  considération  de  cette  proposition, 
»  en  invitant  le  gouvernement  fédéral  à  examiner  s'il  ne  serait  pas  dans 
»  l'intérêt  de  la  protection  industrielle  d'introduire  en  Suisse  le  système 
»  des  brevets  d'invention  dans  le  domaine  de  l'industrie  et  du  commerce, 
»  l'invitant  en  même  temps,  au  cas  où  cette  question  recevrait  une  réponse 
»  affirmative,  à  présenter  un  projet  de  loi  sur  la  matière.  Le  projet  de 
»  loi  est  déjà  élaboré  par  le  département  du  Conseil  fédéral  au  ressort 
»  duquel  appartiennent  les  questions  de  cette  nature.  Ce  projet  de  loi  est 
»  imprimé  et  accompagné  d'un  exposé  de  motifs,  dans  lequel  le  départe- 
»  ment  se  prononce  d'une  manière  très  positive  pour  l'utilité  et  la  néces- 
»  site  d'une  protection  de  cette  partie  de  la  propriété  industrielle.  Des 
»  sociétés  d'industrie,  se  faisant  l'organe  des  intérêts  de  l'industrie  et  dn 
»  commerce  suisses,  se  sont  prononcées  itérativement  et  d'une  mauière 
»  catégorique  dans  le  même  sens.  »  Le  projet  de  loi,  auquel  le  délégu<'' 
suisse  faisait  allusion,  fut  soumis,  il  est  vrai,  au  vote  populaire,  en  1884. 
mais  rejeté  en  bloc  avec  d'autres  propositions.  D'après  la  constitution 
fédérale,  une  nouvelle  présentation  pourrait  avoir  lieu  en  1886. 

Le  délégué  des  Pays-Bas  s'est  borné  à  faire  des  réserves  à  l'égard  des 
brevets.  La  Hollande,  comme  la  Suisse,  se  trouvant  dans  une  situation 
exceptionnelle,  il  oîit  été  vraisemblablement  préférable  de  conclure,  a 
titre  provisoire,  des  arrangements  distincts  avec  ces  États,  qui  consentent 
à  protéger  certaines  branches  de  la  propriété  industrielle  à  l'exclusion 
des  inventions. 

Un  contrat  analogue  interviendrait  utilement  avec  les  Etats-Unis,  dont 
la  législation  générale  sauvegarde  les  droits  de  l'inventeur,  mais  laisse, 
en  matière  de  marques  de  fabrique  ou  de  commerce,  à  chacun  des  Etats 


^_  431  _ 

de  rUiaion  américaiue,  la  faculté  de  légiférer  daus  uuc  mesure  déter- 
minée ^ 

i,  M.  Borraalt  avait  eu  soin  de  signaler  Faddition  de  rarticie  3,  résul- 
tant des  «  difficultés  soulevées  sur  la  question  de  savoir  si  les  disposi- 
»  tiens  de  la  convention  devaient  être  uniquement  applicables  aux  res- 
»  sortissants  des  États  contractants,  ou  bien  étendues  aux  sujets  des  États 
»  qui  ne  font  pas  partie  de  TUnion  *  d. 

Introduit  sous  forme  d'amendement  par  le  délégué  de  la  Suède,  dans 
Timc  des  dernières  séances  de  la  conférence  de  1880,  le  texte  laborieu- 
sement remanié  de  la  proposition  primitive  est  de  venu  ce  qui  suit  :  «  Sont 
»  assimilés  aux  s^îjets  ou  citoyens  des  Etats  contractants  les  sujets  ou 
>)  citoyens  des  États  ne  faisant  pas  partie  de  TUnion  qui  sont  domiciliés 
»  ou  ont  des  établissements  industriels  ou  commerciaux  sur  le  territoire 
^  de  l'un  des  États  de  l'Union.  » 

Ce  texte  laisse  supposer  qu'il  suffit  à  un  étranger  de  posséder,  dans 
l'un  des  pays  de  l'Union,  un  dépôt  de  marchandises  ou  un  office  de  cor- 
respondance, pour  jouir  de  tous  les  droits  accordés  aux  citoyens  dudît 
pays.  Si  telle  devait  être  Tinterprétatiou,  l'article  3  ne  serait  pas  de 
nature  à  gagner  de  nombreux  adhérents  à  la  convention  et  se  trouverait 
en  complet  désaccord  avec  les  observations  de  l'un  des  délégués  français» 
M.  Jagerschmidt,  s'exprimant  en  ces  termes  :  «  Une  convention  ne  sti- 
«  pule  jamais  que  pour  les  Etats  contractants. . .  Quant  aux  étrangers,  on 
»  u  a  ni  à  leur  accorder,  ni  à  leur  refuser  le  bénéfice  de  la  convention  ; 
»  on  no  s*en  occupe  pas  :  chaque  État  reste  libre  de  leur  appliquer  sa 
1»  législation  particulière,  sans  être  obligé  envers  eux  en  quoi  que  ce  soit 
»  par  la  convention  *  ». 

3.  L'article  4  ne  soulève  pas  d'objections;  il  justifie  le  principe  de  l'I/nton, 
basé  sur  la  reconnaissance  internationale  de  la  propriété  industrielle,  ce 
droit  (proclamé  parle  congrès  de  1878,  au  nom  du  monde  civilisé)  des 
inventeurs  et  des  auteurs  industriels  sur  leurs  œuvj;ics,  des  fabricants  sur 
leurs  marques  de  fabrique,  droit  reconnu  par  la  France,  il  y  a  près  d'un 
«iècle,  et  cloquemment  soutenu  par  M.  dcBoufflers  dans  un  rapport  sur 
Icii  brevets  d'invention  que  l'Assemblée  nationale  approuva  le  30  décem- 
bre 1790. 

U  serait  souhaitable,  toutefois,  que  MM.  les  ingénieurs-conseils  eu 
matière  d'inventions  voulussent  bien  nous  dire,  d'après  leur  propre 
expérience,  s'ils  estiment  suffisants  les  délais  de  priorité  accordés  pour 
le  dépôt,  dans  les  diverses  contrées  de  TUnion,  des  brevets,  dessins  ou 
modèles  industriels,  marques  de  fabrique  ou  de  commerce. 

1.  Confér.  internai,  p<mr  la  ftrotection  de  la  propriété  indu9trielle.  1883,  p.  51.  Décla- 
ralioo  de  M.  J.-(J.  Pulnam,  délégué  des  Etats-Unis. 

2.  Bulletin  fies  Ingénieuis  civtls.  1883.  2*  vol.,  p.  201 
Si  Conférence  inlemationate^  1880,  p.  129. 


—  432  — 

4.  Le  premier  paragraphe  de  l'article  5  est  eu  coiitradictton  avec  la  loi 
fraucaiso  de  1844  sur  les  brevets  d'invention. 

Il  y  est  déclaré  que  «  Tintroduetion  par  le  breveté,  dans  le  paj8  où  le 
»  brevet  a  été  délivré,  d'objets  fabriqués  dans  l'un  ou  Tautre  des  États 
»  de  rUnion,  n'entraînera  pas  la  déchéance  ». 

Or,  la  loi  du  5  juillet  1S44,  qui  n'a  été  abrogée,  ni  modifiée,  conticut 
dans  l'article  32  un  cas  de  déchéance  ainsi  libellé  : 

«  Sera  déchu  de  tous  ses  droits. 


((  3^  Le  breveté  qui  aura  introduit  en  France  des  objets  fabriquée  eu 
»  pays  étranger  et  semblables  à  ceux  qui  sont  garantis  pai*  son  bi'evet. 

»  Sont  exceptés  des  dispositions  du  précédent  paragraphe  les  modèle;: 
»  de  machines  dont  le  ministre  de  Tagriculture  et  du  commerce  pourra 
»  autoriser  l'introduction  dans  le  cas  prévu  par  l'article  29.  « 

Au  point  de  vue  juridique,  Tinsertion  dans  la  convention  intematioualc 
du  premier  paragraphe  de  l'article  5  annule-t-eUe  le  cas  de  déchéance 
édicté  par  la  loi  de  1884  ?  Telle  n'était  pas  la  pensée  de  M.  Barrault,  lors- 
que notre  confrère,  tout  en  approuvant  la  mesure  projetée,  nous  disait  : 
«  Par  une  modification  législative  qui  va  être  présentée  aux  Chambres. 
»  la  suppression  de  cette  interdiction  sera  efiectuée  et  la  loi  de  18ii. 
»  ainsi  allégée,  deviendra  meilleure^  » 

Cependant  une  circulaire  ministérielle,  émanée  de  la  direction  du 
commerce  intérieur,  ne  met  pas  en  doute  la  validité  de  la  disposition  cou- 
vcutionnelle  :  «  L'article  S  —  est-il  écrit  dans  la  circulaire  —  contieut 
»)  une  disposition  sur  laquelle  il  y  a  lieu  d'insister  en  ce  sens  qu'elle  cou- 
»  stitue  une  dérogation  à  la  loi  du  5  juillet  1844.... 

»  Les  titulaires  de  brevets  français  qui  veulent  introduire  en  Franco 
»  des  objets  semblables  à  ceux  qui  sont  garantis  par  leurs  brevets  et 
»  fabriqués  sur  le  territoire  de  l'un  des  États  concordataires,  n'ont  plus, 
»  eu  conséquence,  de  demande  à  adresser  dans  ce  but  au  département  du 
»  commerce,  et  ils  peuvent  intj'oduire  ces  objets  librement.  Mais  ils  res- 
M  tout,  comme  par  le  passé,  soumis  aux  dispositions  de  l'article  38prê- 
)>  cité  de  la  loi  du  5  juillet  1844  en  ce  qui  concerne  les  objets  fabriqués 
»  hors  territoire  d'un  des  pays  de  l'Union  *  .  » 

Malgré  la  source  officielle  de  cet  avis,  Tiniportation  d'objets  brevetés 
en  France  et  fabriqués  à  l'étranger,  dans  l'un  des  pays  de  TUnion,  ne 
paraît  pas  exempte  de  danger  pour  le  titulaire  du  brevet  ;  car,  en  prO- 
sence  des  termes  formels  de  la  loi,  la  décision  des  tribunaux  ne  serait 
peut-être  pas  conforme  à  la  circulaire  administrative. 

La  question  ne  se  borne  pas  à  un  point  de  droit,  l'article  3  met  en 
cause  le  régime  économique  du  i>ays.  Les  partisans  de  cet  article  affir- 

1.  BuUetin  des  Ingénieurs  civils j  1883,  t.  Il,  p.  205. 

2.  Minist.  du  Commeree,  20  août  1884.  Circul.  n*  123,  p.  2. 


—  433  — 

ment  que  Timpossibilité,  pour  le  breveté  étranger,  d'introduire  des  objets 
fabriqués  hors  de  France,  place  notre  industrie  en  état  d'infériorité  vis- 
à-vis  des  pays,  voisins  et  la  prive  de  moyens  de  production  perfectionnés, 
que  le  titulaire  du  brevet  peut  rarement  s'imposer  la  charge  d'un  éta- 
blissement en  Fiance  et  ne  rencontre  pas  toujours  un  industriel  apte  à  le 
représenter  et  à  exploiter  Tinvention  avantageusement. 

Les  adversaires  objectent  qu'à  la  faveur  do  la  convention,  la  produc- 
tiou  française  ne  sera  pas  seulement  amoindrie  de  la  majeure  partie  des 
objets  étrangers  brevetés  en  France  (la  clause  d'exploitation  insérée 
dans  la  loi  de  1844  devenant  fatalement  illusoire  en  tant  que  fabrica- 
tion), mais  que  nombre  d'inventions  françaises  seront  exclusivement 
exploitées  à  Tétranger  au  détriment  de  nos  manufactures  et  en  raison  de 
riusufflsance  des  droits  stipulés  par  les  traités  commerciaux. 

Oes  observations  nous  obligent  à  constater  une  fois  de  plus  que  le 
régiaie  inauguré  en  1860  est  la  négation  de  Tindépendance  nationale  et 
n'offre  de  la  liberté  que  l'étiquette.  Si  la  France  était  libre  dans  son 
allure  économique,  si  elle  était  maîtresse  de  ses  tarifs  douaniers,  les  pro- 
duits étrangers  pourraient  payer  des  taxes  proportionnelles  aux  charges 
^lui  pèsent  sur  l'industrie  française  et  les  objections  tomberaient  d'elles- 
mêmes.  Mais  jusqu'en  189S,  les  traités  de  commerce  nous  contraignent  à 
la  plus  grande  circonspection. 

Cette  difficulté  ne  semble  pas  insoluble.  Si  le  dernier  paragraphe  de 
l'article  32  de  la  loi  de  1844  (cité  plus  haut)  était  largement  interprété, 
il  deviendrait  pos.sible  d'introduire  les  objets  brevetés  en  France  et  fabri- 
qués hors  de  nos  frontières,  non  pas  d'une  faeon  illimitée  mais  dans  une 
mesure  suffisante  pour  garantir  à  la  fois  les  intérêts  de  l'industrie  natio- 
nale et  ceux  des  inventeurs  étrangers. 

3.  A  l'exception  de  l'article  11,  qui  sauvegarde  d'une  façon  permanente 
les  inventions  brevetables,  les  dessins,  modèles  et  marques  des  pro- 
duits figurant  aux  expositions  officiellement  reconnues  des  pays  contrac- 
tants, les  articles  6  et  suivants  sont  surtout  d'ordre  administratif  et  ont 
pour  but  de  régler  le  fonctionnement  de  l'Union.  Cette  dernière  partie  de 
la  convention  n'a  point,  croyons-nous,  provoqué  de  critiques.  Toutefois, 
nous  voudrions  pour  conclure,  exprimer  un  regret  et  un  vœu. 

D'après  l'article  12,  chacune  des  hautes  parties  contractantes  s'cngap:c 
à  établir  un  .service  spécial  do  la  propriété  industrielle  et  un  dépôt  cen- 
tral pour  la  communication  au  public  des  brevets  d'invention,  des  dessin^> 
ou  modèles,  des  marques  de  fabrique  ou  de  commerce.  L'administration 
française  n'a  pas  encore  donné  satisfaction  à  ce  desideratum.  La  création 
du  Bulletin  officiel ^  où  se  trouvent  juxtaposées  les  listes  des  brevets  et  les 
marques  de  fabrique,  ne  compense  pas  la  suppression  du  catalogue  des 
brevets,  qui  présentait  le  double  avantage  de  ne  point  coûter  cher  et  de 
faciliter  les  recherches.  I^e  BuUetin  officiel  se  termine  annuellement  par 
une  table  incomplète;  rinsuliisaucc  du  nouvel  organe  nécessitera  tôt  ou 
Bull.  29 


—  434  — 

tard  la  réfection  d'uu  catalogue  d'autaut  plus  onéreux  à  reconstituer  que 
la  lacune  aura  été  plus  longue. 

Nous  souhaitons  enfin  que  la  Confédération  suisse  qui,  en  raison  de 
raccord  sympathique  de  tous  les  pays  contractants,  est  devenue  le  centre 
de  l'Union  (art.  13)  et  qui,  par  Torgane  do  ses  délégués,  a  promis  à  cette 
œuvre  un  concours  aussi  dévoué  qu'à  VUnioii  internalionale  des  Télégra- 
phes et  à  l* Union  universelle  des  Postes,  fournisse,  à  bref  délai,  une  nou- 
velle preuve  de  son  esprit  d'équité  en  adoptant  la  loi  projetée  sur  le? 
brevets  d'invention. 

M.  LE  Président  remercie  M.  Simon  de  son  intéressante  communica- 
tion, et  donne  la  parole  à  M.  Charles  Assi  sui*  le  même  sujet.  M.  Obarle» 
Assi  va  parler  en  son  nom  et  en  celui  de  M.  Louis  Gênés. 

M.  Ch.  Assi.  Messieurs,  comme  vous  le  disait  tout  à  TheureM.  lePK- 
sident,  notre  séance  se  trouve  transformée  aujourd'hui  en  une  séance 
semblable  à  celle  d'une  Société  d'économie  politique,  on  pourrait  pres- 
que dire  en  une  séance  de  législation.  Je  regrette  que  le  sujet  soit  peut- 
être  un  peu  aride,  mais  je  tâcherai  d'être  court,  et  me  référant,  pour  plus 
de  détails,  à  notre  note  écrite  que  vous  pourrez  lire  au  Bulletin,  je  m'abs- 
tiendrai d'analyser  la  convention,  qui  vous  est  déjà  connue  parle  résumé 
de  M.  Simon  et  par  la  communication  précédente  de  M.  Barrault;  je 
rappellerai  seulement  en  deux  mots  que,  d'une  faoon  générale,  la  cou- 
vention  a  eu  pour  but  de  faire  disparaître  certaines  difficultés  pratique^» 
que  Ton  éprouvait  souvent  à  garantir  d'un  pays  à  l'autre  soit  une  inven- 
tion, soit  un  nom  commercial,  soit  une  marque  ou  un  dessin  de  fabrique. 

Cette  observation  faite  je  me  bornerai  à  présenter  quelques  remarques 
sur  certains  articles,  et  spécialomeut  sur  ceux  qui  ont  fait  l'objet  de  cri- 
tiques, fondées  ou  non. 

Par  la  convention  du  80  mars  1883,  comme  vous  le  savez,  Messicui*s, 
quinze  Etats  parmi  lesquels  se  trouve  la  France,  qui  a  été  l'initiatrice  du 
mouvement,  ont  constitué  entre  eux  une  union  pour  la  protection  de?* 
difi^érentes  branches  de  la  propriété  industrielle,  et  les  ressortissants  do 
chacun  des  pays  contractants  doivent  jouir  du  traitement  national  dans 
tous  les  autres  Etats  de  l'Union.  11  en  résulte  —  eu  nous  plaçant  au  point 
do  vue  des  intérêts  français  —  que  tout  pays  étranger  concordataire  qui, 
par  exemple,  donnera  des  brevets  à  ses  nationaux,  sera  tenu  d'en  donner 
aussi  aux  inventeurs  français;  mais  si,  au  contraire,  ce  pays  étranger  n*a 
pas  de  loi  sur  les  brevets  et  n'en  fait  pas  une,  le  Français  ne  pourra  pa? 
y  faire  protéger  son  invention,  bien  que  la  France  protège  les  inventions 
émanant  du  pays  eu  question  ;  c'est  ainsi  que  les  citoyens  de  la  Suisse, 
de  la  Hollande  et  de  la  Roumanie  obtiendront  des  brevets  en  France, 
tandis  que  les  Français  ne   pourront  pas  en   obtenir  dans  ces  pays,  pas 
plus  que  les  nationaux» 

L'admission  dans  riiiiou,  de  pays  tels  que  ceux-là,  qui  actuellement 
ne  nous  accordent  pas  la  réciprocitô,  en  ce  qui  concerne  spécialeiueui 


—  ioo  -— 

les  brevets,  a  été  un  des  motifs  qui  ont  fait  critiquer  fortement  la  con- 
vcution.  On  a  dit  :  La  France  a  fait  un  métier  de  dupe  ;  elle  donne  tout 
et  ne  reroit  rien.  Il  suffit  d'un  mot  pour  répondre  à  cette  critique.  La 
convention  n'a  rien  innové  sur  ce  point  ;  déjà,  sous  le  régime  de  la  loi  de 
IH44,  la  France  accordait  des  brevets  aux  étrangère  sans  condition  de 
lùciprocité.  Ce  n'est  donc  pas  à  la  convention  du  20  mars  1883  que  la 
responsabilité  en  revient.  Il  convient  d'ajouter  que  tous  les  pavs  qui  ont 
une  loi  sur  les  brevets  protègent  aujourd'hui  les  inventions  étrangères 
sans  condition  de  réciprocité . 

On  a  fait  à  la  convention  une  autre  objection,  encore  à  propos  des  bre- 
vets. On  a  dit  :  avec  l'article  2,  la  France  va  accorder  des  brevets  sans 
examen  préalable  aux  citoyens  de  certains  pays  étrangers  adhérents  à  la 
convention  dans  lesquels  les  Français  ne  peuvent  obtenir  des  brevets 
qu'après  un  examen  préalable,  qui  est  un  moyen  détourné  de  rejeter  la 
demande.  —  Nous  répondons  :  D'abord  il  en  était  déjà  ainsi  avant  la 
convention  ;  ensuite  l'examen  préalable  n'est  pas  une  manière  de  refuser 
les  brevets,  mais  un  moyen  de  leur  donner  une  plus  grande  autorité  ; 
enfin,  quoi  qu'il  en  soit  de  la  valeur  de  ce  système,  il  suffitde  répondre  aux 
pereonnes  qui  critiquent  la  convention  à  ce  point  de  vue,  que,  si  la  France 
juge  avantageux  d'établir  l'examen  préalable,  rien  ne  lui  sera  plus  facile, 
attendu  que  la  convention  a  réservé  à  chaque  pays  le  droit  de  conserver 
?^a  législation  particulière  ou  de  la  modifier  comme  il  lui  conviendra. 

Ainsi  nous  voyons  déjà  que  deux  des  reproches  que  Ton  adresse  à  la 
convention  sont  purement  imaginaires. 

Ses  advereaires  auraient  pu,  avec  plus  de  raison,  faire  remarquer  que, 
pour  protéger  les  marques  des  étrangers,  la  loi  en  vigueur  en  France 
'  ligeait  la  réciprocité,  tandis  que  la  convention  ne  l'exige  plus,  imitant 
^n  cela  ce  qui  existait  déjà  pour  les  brevets.  Nous  nous  livrons  par  con- 
'^équent,  pourrait-on  dire,  et  l'on  pourrait  y  voir  un  grand  danger.  Quoi- 
que je  me  propose  surtout  de  faire  ici  des  observations  et  non  pas 
démettre  des  opinions,  permettez-moi  de  vous  dire  que  je  vois  un  plus 
grand  danger  à  ne  pas  faire  respecter  toutes  les  marques  ;  on  peut 
admettre  que  les  intérêts  français  soient  favorisés  par  certains  moyens, 
H  l'encontre  des  intérêts  étrangers,  mais  je  jie  sais  pas  s'il  était  bien  sage 
d'autoriser  eu  France  la  copie  d'une  marque,  alors  que  nos  lois  punissent, 
"H  général,  tout  ce  qui  ressemble  à  une  manœuvre  frauduleuse. 

Remarquez  que,  à  moins  d'un  hasard  bien  rare,  on  ne  copie  pas  une 
luarque  sans  le  vouloir,  et  que  le  commerçant  qui  fait  une  semblable 
imitation  commet  un  véritable  délit;  je  ne  vois  pas  d'inconvénient  à  ce 
qu'on  fasse  disparaître  cette  impunité  accordée  à  un  négociant  français 
qui  spéculerait  sur  l'imitation  de  la  marque  d'un  étranger. 

A  propos  de  cette  suppression  de  la  condition  de  réciprocité  pour  la 
t'arautie  des  marques,  permettez-moi  de  rappeler  un  précédent  qui  ten- 
di-uit  à  prouver  que  ce  n'est  peut-être  pas  toujours  le  moyen  le  moins 


—  43G  — 

pratique  d'arriver  à  défendre  ses  propres  intt»rèts,  que  d'être  honnête 
sans  condition,  au  risque  de  paraître  un  peu  naïf. 

En  i8S2,  un  décret  a  déclaré  que  la  France  protégerait  les  œuvres 
littéraires  provenant  de  tous  les  pays  étrangers  et  qu'elle  n'exigcaii 
aucune  réciprocité  ;  nous  ne  vous  demandons  pas  d'en  faire  autant  pour 
nous,  disait-on  aux  étrangers,  mais,  chez  nous  on  ne  copiera  pas  vo> 
œuvres.  Or,  en  ce  temps-là,  les  œuvres  littéraires  n'étaient  guère  proté- 
gées nulle  part;  aujourd'hui  elles  le  sont  à  peu  près  partout,  et,  dans  le 
mois  de  septembre  qui  vient  de  s'écouler,  on  a  pu  travailler  à  la  conclu- 
sion d'une  convention  analogue  à  celle  qui  existe  pour  la  propriété  indus- 
trielle. A  eu  juger  par  cet  exemple,  renoncer,  nous  Français,  à  copier 
les  marques  des  étrangers  est  peut^trc  le  meilleur  moyen  d'obtenir  la 
protection  partout  pour  les  nôtres.  En  fait,  d'ailleurs,  la  plupart  des  pavs 
ont  une  loi  sur  les  marques,  de  laquelle  nous  profiterons.  Pour  les  brevet*. 
je  le  répète,  la  convention  n'a  rien  innové  au  point  de  vue  de  la  récipro- 
cité. Par  conséquent,  je  ne  vois  réellement  pas  que  l'article  2  puisse  être 
dangereux,  soit  pour  notre  industrie,  soit  pour  notre  commerce. 

Par  contre,  la  convention  renferme  des  articles  très  utiles,  uotamment 
l'article  4,  qui  est  un  des  principaux  de  la  convention,  car  s'il  est  vrai 
que,  avant  sa  conclusion,  les  étrangers  jouissaient  du  traitement  natio- 
nal dans  la  plupart  des  pays,  du  moins  pour  les  brevets,  il  restait  à 
surmonter  des  difficultés  pratiques  que  l'on  rencontrait  pour  garantir 
une  invention  d'un  pays  à  l'autre  ;  difficultés  d'un  ordre  matériel,  qui 
résultaient  soit  d'incompatibilités  entre  différentes  législations,  soit  de 
la  force  des  choses.  Or,  l'article  4  permet  à  l'inventeur,  après  qu'il  a  fait 
un  premier  dépôt  pour  constater  ses  droits,  dans  un  des  pays  de  l'Union, 
de  profiter  d'un  délai  de  six  mois  pour  former  ses  demandes  de  brevet.* 
à  l'étranger  ;  tout  ce  qui  se  passera  pendant  ces  six  mois  ne  nuira  pas  à 
ses  brevets  •  s'il  éprouve  le  besoin  de  faire  des  expériences  publiques, 
de  faire  c(es  publications,  ou  s'il  a  des  difficultés  budgétaires  qui  ne  lui 
permettent  pas  de  faire  toutes  ses  demandes  à  la  fois,  il  n'a  pas  i' 
craindre  que  ses  brevets  soient  entachés  de  nullité  parce  qu'uu  journal 
quelconque  aura  inséré  une  note  sur  son  invention. 

Les  adversaires  de  la  convention  afl^ectent  de  voir  dans  cet  artici'' 
une  disposition  très  peu  utile,  attendu  que,  disent-ils,  il  était  toujours 
facile  de  se  faire  breveter  partout  simultanément.  Cette  allégation  déuoto 
une  expérience  insuffisante  du  sujet,  et  je  crois  au  contraire  que,  sur  eo 
point,  la  convention  est  d'une  utilité  très  grande. 

Il  y  a  encore,  dans  la  convention,  tout  un  groupe  d'articles  auxquels 
je  ne  vois  pas  d'inconvénients  possibles.  Du  reste,  même  les  adversaires' 
de  la  convention  ont  été  unanimes  à  reconnaître  que  ces  articles  ne  pou- 
vaient soulever  aucune  objection  :  ce  sont  ceux  qui  ont  pour  butdepn^- 
tégcr  d'une  manière  efficace  soit  les  marques  de  fabrique,  soit  Je  nom 
commercial   soit  les  noms  de  localités.  Tel  est,  entre  autres,  l'article  t». 


—  437  — 

Ou  éprouvait  beaucoup  de  difficultés  à  faire  enregistrer  sa  niar(|ue  dans 
tous  les  pays,  parce  qu'ils  n'avaient  pas  la  même  législation  ;  par  exem- 
ple, si  une  marque  consistait  en  chiffres,  en  lettres  ou  en  caractères 
quelconques,  certains  pays  ne  voulaient  pas  Tadmcttre  au  dépôt.  Ils 
disaient  :  Nous  voulons  bien  garantir  votre  marque,  mais  à  condition 
que  vous  la  modifierez  ;  —  et  alors  le  commerçant  n'avait  qu'à  renoncer 
au  dépôt,  car,  une  fois  modifiée^  la  marque  n'aurait  plus  été  la  sienne. 

En  dehors  de  l'article  susmentionné  qui  permet  à  un  commerçant  de 
déposer  sa  carte  telle  quelle,  il  y  a  un  article,  l'article  8,  qui  protège  le 
nom  commercial  d'une  façon  absolue  ;  cette  fois,  la  réciprocité  est 
rigoureuse,  car  tous  les  pays  signataires  ont  accepté  que  le  nom  com- 
mercial serait  protégé  chez  eux  ;  il  devient  une  espèce  de  propriété  de 
droit  commun.  Il  suffit  de  prouver  qu'on  est  propriétaire  de  tel  nom  et 
qu'on  est  commerçant  pour  pouvoir  faire  saisir  à  l'importation  les  mar- 
chandises sur  lesquelles  ce  nom  aurait  été  apposé. 

Pour  les  noms  de  localités,  on  a  fait  quelque  chose  d'analogue,  par 
l'article  10,  et  cela  était  désirable.  La  majorité  des  membres  de  la  confé- 
rence a  pensé  cependant  qu'il  n'est  pas  possible  d'interdire  d'une  façon 
absolue  l'emploi  d'un  nom  de  localité,  parce  que  certains  noms  de 
cette  classe  sont  devenus  de  simples  noms  génériques  désignant  la  nature 
du  produit.  Ainsi  un  fabricant  envoie  dans  un  autre  pays  une  marchan- 
dise avec  une  étiquette  portant  :  Eau  de  Cologne  ;  bien  que  Cologne  soit 
le  nom  d'une  localité,  aujourd'hui  cette  dénomination  ne  fait  pas  penser 
que  le  produit  vient  de  Cologne  ;  c'est  un  nom  générique,  qui  désigne 
simplement  le  produit.  C'est  pourquoi  on  a  exigé,  pour  qu'il  y  ait  fraude 
certaine,  Tunion  de  deux  conditions.  L'emploi  abusif  d'un  nom  de  loca- 
lité ne  tombe  sous  le  coup  de  l'article  40  que  si  l'on  y  joint  un  nom  per- 
sonneliictif  ou  emprunté  frauduleusement.  J'adresse,  par  exemple,  dans 
un  pays  de  l'Union,  une  marchandise  portant  le  nom  de  Sedan  ;  si  je  mets 
seulement  sur  l'étiquette  :  Sedan,  je  ne  peux  pas  être  saisi  à  l'importation 
en  vertu  de  l'article  10  ;  mais,  si  je  mets  :  Jacqties  à  Sedan,  et  quoique 
Jacques  n'existe  pas  à  Sedan,  comme  cela  donne  à  la  marchandise  l'ap- 
parence de  porter  une  marque  d'origine,  je  tombe  alors  sous  le  coup  do 
cet  article.  Cette  disposition  a  été  acceptée  par  tous  les  pays.  C'est  en- 
core une  dérogation  aux  lois  nationales.  Sur  ce  point-là,  comme  sur 
quelques  autres,  la  convention  constitue  un  véritable  code  international, 
mais  limité  à  quelques  points  et  laissant  les  autres  soumis  aux  lois  de 
chaque  pays.  Les  articles  dont  il  vient  d'être  question  sont,  en  somme, 
approuvés  par  tout  le  monde. 

Un  article,  Tarticle  11,  est  une  espèce  de  complément  de  celui  qui 
accorde  un  délai  pour  la  protection  des  inventions;  il  concerne  les  mar- 
chandises envoyées  à  une  exposition  officielle  avant  que  l'inventeur 
u  ait  eu  le  temps  même  de  faire  le  premier  dépôt  qui  doit  lui  assurer  le 
délai  de  six  mois. 


—  438  — 

En  France,  depuis  4868,  nous  protégeons  les  inventions  envoyées  aux 
expositions.  La  même  disposition  a  été  mise  obligatoirement  dans  la 
convention,  avec  cette  réserve  quejes  pays  qui  n'auraient,  par  exemple, 
pas  de  loi  sur  les  brevets  ne  seraient  pas  tenus  de  donner  une  garantie 
provisoire  aux  objets  exposés,  parce  qu'ils  ne  pourraient  pas  faire  succé- 
der à  cette  protection  provisoire  une  protection  définitive  ;  mais  les 
autres  pays  sont  obligés  de  donner  la  garantie  provisoire,  pendant  ud 
délai  qui  n'a  pas  été  fixé.  Sur  cet  article  je  me  permettrai  de  faire  une 
réflexion,  c'est  que  la  convention  aurait  pu  et  même  aurait  dû  aller  plus 
loin  ;  son  titre  de  convention  internationale  Texigeait.  Il  peut  déjà  être 
intéressant  que  les  objets  envoyés  à  une  exposition  jouissent  d'uue 
garantie  dans  le  pays  même,  en  attendant  que  Tinventeur  ait  pu 
remplir  les  formalités  nécessaires  pour  obtenir  son  brevet.  En  France, 
quand  nous  avons  fait,  en  1868,  une  loi  en  ce  sens,  cela  suffisait,  car 
nous  no  nous  occupions  alors  que  du  pays  lui-même,  et  notre  loi  n'avait 
rien  d'international;  mais,  dans  une  convention  internationale,  je  crois 
que  larticle  ainsi  fait  manque  son  but  et  est  incomplet. 

En  efl'et,  il  s'applique  au  cas  où  les  objets  ont  été  envoyés  à  l'expo- 
sition,  sans  que  l'inventeur  ait  eu  le  temps  de  prendre  un  brevet;  s'il 
avait  eu  le  temps  d'en  prendre  un  dans  un  seul  pays  de  TUnion ,  il  uau- 
rait  pas  besoin  de  cette  article  H, étant  protégé  par  l'article  4.  Ou  aurait 
donc  dû  dire  que  Tadmission  à  l'exposition  aurait  les  mêmes  efi'etsquo  le 
dépôt  prescrit  à  l'article  4.  Au  lieu  de  cela,  d'après  Tarticle  H  ,  l'inven- 
teur ne  sera  protégé  que  danslepaysde  rexposition;comme  une  exposition 
attire  beaucoup  de  visiteurs,  les  objets  exposés  éveilleront  rattention,ou 
les  voudra  connaître  partout  dans  les  autres  Etats  de  TUnion,  et  l'invoD- 
teur  n'y  jouissant  d'aucun  droit  de  priorité,  son  invention  y  tombera 
dans  le  domaine  public.  Sur  ce  point,  peut-être,  serait- il  intéressant  do 
reviser  TarticlcEt  je  suis  beureux  de  constater  que  la  même  idée  avait 
été  présentée  sous  forme  d'amendement,  à  la  confèrence,parM.  Indelli, 
délégué  del'Italie.Mais  l'auteur  de  Tamendement  l'a  retiré  àpropos  d'unt' 
question  de  fixation  de  délais,  sans  que  l'attention  eût  été  appelée  sur 
l'esprit  général  dans  lequel  il  était  rédigé. 

Quoi  qu'il  en  soit,  cet  article  ne  peut  pas  faire  de  mal  ;  il  assure  du 
moins  la  protection  dans  le  pays  de  Texposition,  mais,  si  on  veut  être 
garanti  dans  les  autres  pays,  il  importe  qu'on  soit  prévenu  qu'une  de- 
mande de  brevet  est  nécessaire. 

Je  passe  sans  insister  sur  certains  articles,  dont  l'utilité  n'est  contestêo 
par  personne  et  dont  la  lecture  suffit  pour  faire  voir  quel  est  leur  but,  et 
j'arrive  à  un  article  qui  a  fait  l'objet  ,de  vives  critiques  et  qui  est,  au 
fond,  la  seule  raison  pour  laquelle  on  attaque  la  convention  du  20  mar^^ 
1883  ;  c'est  l'article  S  qui  permet  d'introduire  en  France  des  objets  bre- 
vetés dans  ce  pays.  Aux  termes  de  Tarticle  32  delà  loi  de  1844  (modifié  eu 
48S6),  il  y  avait  déchéance  pour  le  breveté  s'il  introduisait  en  France  un 


-  439  — 

i^eul  exemplaire  d'objets  conformes  à  son  brevet.  La  convention  a  sup- 
primé cette  prohibition  ;  on  s'en  est  ému  beaucoup  :  je  crois  que  cela  tient 
h  ce  que  la  portée  de  cet  article  a  été  exagérée  parce  qu'il  a  été  mal  in- 
terprété. Quant  à  moi,  il  me  semble  que  Tarticle  ne  doit  pas  avoir  pour 
conséquence  do  causer  des  importations  très  considérables.  Je  m'expli- 
que, Messieui*8.  On  prétend  qu'un  inventeur,  dorénavant  et  en  s'ap- 
puyant  sur  l'article  5  do  la  convention^  pourra  s'adresser  à  l'industrie 
étrangère  pour  se  procurer  tous  les  produits  faisant  l'objet  de  son  brevet 
et  qu'il  vendra  en  France,  tandis  qu'autrefois  c'était  défendu.  L'article  5 
dit  :  «  L'introduction,  par  le  breveté,  dans  le  pays  où  le  brevet  a  été 
«  délivré,  d'objets  fabriqués  dans  l'un  ou  dans  l'autre  des  États  de  l'U- 
fl  nion,  n'entraînera  pas  la  déchéance.  » 

C'est  le  premier  paragraphe, mais  je  vous  lirai  le  second  tout  à  l'heure 
et  vous  verrez  quelle  importante  restriction  il  y  apporte.  Mais  je  vou- 
drais vous  dire  auparavant  qqe,  le  droit  d'introduction  ne  fût-il  pas  li- 
mité, il  me  semble  qu'on  n'accorderait  encore  à  l'inventeur  qu'un  droit 
qu'il  est  injuste  de  lui  contester,  quoiqu'on  l'ait  fait  jusqu'ici  en  France. 
Il  est  possible  que  l'importation  de  marchandises  fabriquées  à  l'étranger 
soit  nuisible  à  l'industrie  française,  au  travail  national;  mais,  Messieurs, 
la  question  n'est  pas  seulement  de  savoir  si  l'on  peut  regretter  les  impor- 
tations d'objets  brevetés,  il  faut  se  demander  aussi  si  l'on  a  vaiment  le 
droit  de  les  interdire  au  breveté.  Je  suppose  que  la  loi  s'exprime  ainsi: — 
Il  est  désirable  de  protéger  le  travail  national, et,pour  cela,  il  fautdemandor 
à  l'industrie  étrangère  le  moins  de  produits  possible.  En  conséquence, la 
moitié  des  citoyens  français  aura  le  droit  d'introduire  des  objets  de 
l'étranger  en  France  et  l'autre  moitié  ne  l'aura  pas;  tous  ceux  dont  les 
noms  commenceront  par  une  lettre  allant  da  A  à  G,  par  exemple,  auront 
le  droit  d'introduction,  et  ceux  dont  les  noms  iront  de  H  à  Z  ne  l'auront 
point.  Vous  diriez  immédiatement  :  Cette  loi  est  absurde  et  inique, 
parce  que  les  uns  jouiront  d'une  liberté  complète,  et  que  les  autres  n'en 
jouiront  pas;  quand  même  le  résultat  à  atteindre  serait  d'un  intérêt 
général,  il  faudrait  l'obtenir  par  d'autres  moyens,  tout  au  moins  tirer  au 
sort.  Eh  bien,  de  ce  qu'une  personne  est  inventeur,  cç  n'est  pas  une  rai- 
son pour  qu'on  lui  interdise  d'introduire  des  produits  étrangers  on 
France,  pas  plus  que  parce  qu'elle  porterait  un  nom  commençant  par  A 
ou  par  Z.  En  effet,  l'introduction  d'une  machine  brevetée  ne  fait  pas  plus 
de  tort  au  travail  national  que  l'introduction  d'une  machine  qui  n'est 
pas  brevetée;  une  machine  qui  entre  en  France, brevetée  ou  non,  no  pri- 
vera toujours  le  travail  national  que  de  la  construction  d'une  seule  ma- 
chine. Voici  im  encrier,  je  suppose  qu'il  à  été  importé  de  Belgique  ; 
c'est  un  encrier  de  moins  que  l'on  a  eu  a  faire  en  France,  mais  qu'il  soit 
breveté  ou  qu'il  ne  le  soit  pas,  peu  importe  au  point  de  vue  qui  nous 
occupe.  Il  n'y  a  donc  pas  de  raison  de  défendre  d'introduire  l'un  plutôt 
que  l'autre,  puisque  le  préjudice  sera  le   même.    Par  conséquent,  pour 


—  441)  - 

justiiler  cette  différenoe  de  traitement  entre  l'inventeur  breveté  et  ceux 
qui  ne  sont  pas  inventeurs,  il  faudrait  une  autre  raison;  il  faudrait  que  le 
brevet  plaçât  l'inventeur  dans  une  situation  particulière,  et  que  Ton 
pût  dire  alors  que  si,  en  effet,  on  lui  impose  une  certaine  obligation,  ce 
n'est  qu'à  cause  d'autres  avantages  qui  lui  sont  faits.  Mais,  il  n'eu  e»t 
rien.  On  essaye  de  donner  un  argument;  ou  dit  :  Pardon!  tous  ne  pou- 
vez pas  être  placé  sur  le  même  pied  que  nous,  parce  que,  comme  votiv 
invention  est  brevetée,  nous  ne  pouvons  pas,  nous  les  tiers,  faire  con- 
currence à  ces  produits  que  vous  faites  fabriquera  l'étranger,  tandis  que 
nous  pouvons  faire  concurrence  à  ceux  qui  ne  sont  pas  brevetés. 

Il  y  a  là  une  en*eur.  On  pourra  faire  concurrence  au  breveté  avec  des 
objets  analogues.  Je  ne  sais  pas  si  je  me  fais  bien  comprendre,  je  crains 
beaucoup  de  ne  pas  être  très  clair;  mais  si  je  pouvais  vous  exposer  bien 
clairement  la  question  dans  cette  communication  forcément  éeourtée, 
vous  reconnaîtriez.  Messieurs,  que  rien  absolument  ne  justifie  l'aj^lica- 
tion  d'un  traitement  différent  à  Tindastriel  qui  est  breveté  et  à  celui 
qui  ne  l'est  pas,  au  point  de  vue  de  l'importation  des  produits  de  leur 
commerce. 

Je  vais  plus  loin.  Non  seulement  un  marchand  de  machines  à  coudre, 
par  exemple,  peut  demander  ses  machines  à  Tétranger,  bien  qu'il  soit  bre- 
veté, comme  le  fait  son  confrère  non  breveté,  sans  nuire  plus  que  celui-ci 
à  l'industrie  nationale  au  point  de  vue  ,de  la  quantité  de  main-d'œuvre 
qui  lui  est  enlevée  ;  non  seulement  il  est  faux  de  dire  que  l'on  ne  peut 
pas  faire  concurrence  à  une  machine  brevetée,  car  on  le  peut  sinon  avec 
le  même  système,  *du  moins  avec  les  systèmes  analogues  tombés  dans  le 
domaine  public  et  avec  d'autres  systèmes  nouveaux  et  brevetés  égale- 
ment; mais,  bien  plus,  la  coQcurrence  étrangère  serait  moins  à  redouter, 
si  on  avait  le  droit  d'introduire  seulement  des  objets  brevetés,  et  qu'où 
n'eût  pas  le  droit  d'introduire  ceux  qui  ne  le  sont  pas.  £n  effet,  quand  un 
objet  est  breveté,  l'inventeur  peut  tenir  ses  prix,  personne  ne  pouvant 
lui  faire  concurrence  avec  le  même  objet  ;  or,  s'il  tient  ses  prix,  on  évite 
le  plus  grand  danger  de  la  concurrence  étrangle,  qui  n'est  redoutable  que 
par  le  bas  prix  et  non  parce  qu'elle  donne  d«s  produits  meiUeurs  ;  l'in- 
venteur aura  fait  fabriqier  à  meilleur  marché,  il  mettra  plus  d'argot 
dans  sa  poche,  voilà  tout  ;  aucun  constructeur  étranger  ne  pouvantfaire 
la  même  machine  que  lui,  l'avilissement  des  prix  n'est  pas  à  craindre.  En 
réalité,  on  aurait  donc  plutôt  des  raisons  pour  interdire  d'introduire  les 
objets  qui  ne  sont  pas  brevetés  que  ceux  qui  sont  brevetés.  —  Je  ne  m*ar> 
rêterai  pas  plus  longtemps  à  discuter,  au  point  de  vue  du  droit,  cette 
question,  —  purement  hypothétique,  —  d'une  faculté  illimitée  d'introduc- 
tion laissée  à  l'inventeur,  et,  rentrant  sur  le  terrain  des  faits,  je  vais 
rechercher  dans  quelle  mesure  la  convention  du  20  mars  lui  permet  Tin- 
troductiou. 

L'émoi  qu'il  y  a  eu  dans  les  chambres  de  commerce  vient  de  ce  qu'on 


—  Ul  — 

a  eru  qu'elle  supprimaitt  pour  Tinventeur,  la  nécessité  de  fabriquer  en 
France.  Je  crois  que  c*e8t  tout  à  fait  inexact,  et  je  suis  d'accord  avec  la 
thèse  soutenue  dans  un  journal  industriel  par  un  avocat  très  compétent. 
Il  y  a,  a  l'article  5,  en  effet,  un  second  paragraphe  ainsi  conçu  : 

«  Toutefois,  le  breveté  restera  soumis  à  Tobligation  d'exploiter  son 
brevet  conformément  aux  lois  du  pays  où  il  introduit  les  objets  brevetés.  » 

11  faut  expliquer  que  la  loi  française  contenait,  entre  autres,  deux  cau- 
ses de  déchéances  :  Tune  était  l'introduction  ;  l'autre  était  le  défaut  d'ex- 
ploitation. A  la  conférence,  on  a  agité  la  question  de  savoir  s'il  fallait 
supprimer  cette  seconde  cause  de  déchéance,  comme  la  première,  mais 
on  n*a  pas  pu  se  mettre  d'accord  sur  ce  point.  On  a  donc  ajouté  le  para- 
gfraphe  2  pour  établir  que  la  question  était  réservée,  et  que  chaque  pays 
conserverait,  à  cet  égard,  sa  loi  particulière.  Il  n'y  a  donc  rien  de  changé 
eo  France,  quant  à  l'obligation  d'exploiter. 

Or,  la  jurisprudence  française  a  toujours  été  que,  exploiter  c'était  cons* 
truire  et  fabriquer  en  France  même. 

Donc,  je  crois  que  les  tribunaux  n'auront  qu'à  persévérer  dans  leur 
jurisprudence  pour  obliger  le  breveté  à  fabriquer  en  France  sous  peine, 
de  déchéance.  Si  le  breveté,  s'emparant  du  paragraphe  1^'  de  l'article  5, 
dit  :  Je  peux  introduire.  —  Oui,  lui  répondra  le  tribunal,  mais  cela  ne 
doit  pas  constituer  le  principal  moyen  de  remplir  vos  magasins.  Le  second 
paragraphe  n'aurait  pas  de  raison  d'être  s'il  n*avait  pas  ce  sens-là  ;  jo 
crois,  dès  lors,  qu'on  a  peut-être  un  peu  trop  peur,  et  je  remarque  que, 
parmi  ceux  qui  ont  donné  à  l'article  5  cette  interprétation  d'après  la- 
quelle on  n'aurait  plus  besoin  de  fabriquer  en  France,  personne  n'a  parlé 
du  paragraphe  second.  S'il  se  trouve  un  adversaire  de  la  convention  qui 
puisse  expliquer  pourquoi  ce  second  paragraphe  a  été  introduit,  si  ce 
n'est  dans  ce  sens-là,  je  serais  heureux  de  Tentendre. 

Remarquez,  Messieurs,  que  les  procè»*verbaux  de  la  conférence  mon- 
trent bien  qu'on  n'a  rien  voulu  changer  à  ce  qui  existait  dans  chaque 
pays  au  point  de  vue  de  l'exploitation,  et  que,  par  conséquent,  la  juris- 
prudence de  nos  tribunaux  doit  rester  absolument  ce  qu'elle  était.  On 
n  aura  plus  besoin  de  demander  la  permission  au  ministre  pour  intro- 
duire, mais  rien  ne  sera  changé  à  part  cela.  Il  y  aura  une  appréciation 
de  fait  pour  les  tribunaux,  qui  diront  :  Voici  un  breveté  qui  a  introduit 
2  machines  sur  100  qu'il  a  vendues,  il  n'a  pas  abusé  du  droit  que  lui  con- 
fère l'article  â.  Un  autre,  au  contraire,  sur  10,000  machines,  en  aura  fait 
venir  9,000  de  l'étranger  ;  celui-ci  n'aura  exploité  en  France  que  pour 
la  forme,  et  on  fera  déchoir  son  brevet.  Ce  sont  là  des  questions  de  fait, 
elles  tribunaux,  tous  les  jours,  sont  obligés  d'apprécier  des  questions  de 
ce  genre. 

Ah!  sans  doute,  lorsque  la  loi  disait  qu'un  seul  cas  d'introduction  était 
une  cause  de  déchéance,  c'était  plus  net  et  plus  simple,  mais  il  y  avait 
des  inconvénients,  et  on  en  a  souvent  constaté.  Je  suppose  qu'un  de  vous, 


—  U2  — 

établi  à  Tétranger,  prenne  un  brevet  en  France  ;  la  loi  Tobligeant  à 
exploiter,  il  y  aurait  quelque  inconséquence  à  lui  retirer  les  moyens  de 
le  faire  :  on  doit  tenir  compte  qu'il  n'est  pas  facile  d'installer  à  des  cen- 
taines de  lieues  de  distance  une  fabrication  nouTclle.  Or,  avant  la  coii- 
vention  on  n'avait  le  droit  d'introduire  un  modèle  que  pour  les  machines, 
et,  lorsqu'on  demandait  un  permis  au  ministre,  pour  autre  chose  qu'une 
machine,  on  ne  l'obtenait  pas,  même  pour  un  seul  modèle.  L*article  S,  en 
supprimant  toutes  ces  entraves,  semble  devoir  être  le  meilleur  moyen  do 
répandre  les  inventions  étrangères  en  France  ;  il  faut  seulement  que  cela 
n'empêche  pas  de  fabriquer  chez  nous  l'objet  de  l'invention.  Remarquez, 
qu'un  pays,  très  souvent,  s'enrichit  au  moyen  d'inventions  provenant  do 
Tôtranger.  Autrefois,  on  introduisait  subrepticement  quelques  modèles, 
pour  tâter  le  terrain,  et  savoir  quelle  chance  on  avait  de  réussir  ;  posr 
provoquer  une  commande,  on  mettait  une  machine  en  essai  dans  une 
fabrique  française.  La  chose  se  fera  maintenant  ouvertement.  On  a  sou- 
vent cité  l'exemple  de  M.  Siemens,  qui  a  quitté  son  pays,  l'Allemagne, 
parce  qu'il  n'y  trouvait  pas  une  protection  sérieuse  (on  disait  aussi,  en 
Allemagne,  alors  qu'il  fallait  être  très  dur  pour  les  inventeurs,  afin  d'as- 
surer la  liberté  du  travail  national),  et  cet  inventeur  de  grand  talent, 
qui  désirait  récolter  ce  qu'il  aurait  semé  est  allé  en  Angleterre,  où  il  a 
fabriqué,  bien  qu'en  Angleterre  on  soit  li])re  d'exploiter  son  brevet  sim- 
plement en  introduisant  de  l'étranger,  si  on  le  trouve  meilleur. 

J'insiste  sur  ceci,  que  si  l'inventeur  est  en  présence  d'une  loi  qui  dit 
de  fabriquer  tout  en  France,  et  qu'il  n'y  trouve  pas  intérêt,  il  se  résigne 
à  la  déchéance  et  introduit  sans  permission  :  on  fait  déchoir  son  bi'evet 
pour  ce  fait;  maintenant,  on  ne  le  pourra  plus.  Mais  l'Angleterre  et  tous 
les  pays,  ù.  l'exception  d*un  seul,  n'ont  pas  cru  avoir  besoin  de  cette 
arme.  Y  a-t-il  chez  nous  une  situation  économique  particulière  qui  ne 
nous  permette  pas  de  faire  ce  que  font  les  antres  nations?  Je  ne  l'exami- 
nerai pas,  mais  je  ne  crois  pas  qu'il  y  ait  grand  danger  à  permettre  l'in- 
troduction, surtout  si  cette  faculté  est  balancée  par  l'obligation  d'exploi- 
ter, car  il  y  a  la  ressource  de  prononcer  la  déchéance,  le  jour  où  on 
abuserait  de  la  faculté  d'introduire. 

Je  dois  sgouter,  pour  être  complet  sur  cet  article,  que  ses  adversaires 
ont  cru  que,  en  le  combinant  avec  l'article  3,  qui  assimile  aux  citoyens 
d'un  État  les  étrangers  qui  y  demeurent  ou  y  ont  un  établissement,  il 
permettrait  d'introduire  en  France  des  objets  brevetés  fabriqués  hors 
de  l'Union.  Cette  crainte  est  sans  fondement,  car  l'article  3  donne  à  Té- 
iranger  le  même  droit  qu'au  national;  or,  le  national  ne  peut  introduiro 
lui-même  que  des  pays  qui  sont  adhérents  à  la  convention.  Quand  on  a 
dit  que  l'Allemagne  et  les  États-Unis  allaient  introduire  chez  nous  une 
grande  quantité  de  produits  brevetés  et  nous  en  inonder,  on  s'est  trompé; 
ce  ne  sont  pas  des  pays  dont  on  puisse  faire  venir  des  marchandises,  car 
ils  n'ont  pas  adhéré  à  la  convention,  jusqu'à  présent. 


On  a  prétendu  que  la  convention  était  ruineuse  pour  la  France,  et 
qu'aussi  tous  les  États  étrangers  s'étaient  empressés  d'y  adhérer.  Cela 
n'est  pas  exact,  car  la  moitié  seulement  des  États  représentés  à  la  con- 
férence ont  adhéré;  les  États-Unis  et  beaucoup  d'autres  nations  se  sont 
abstenues. 

En  résumé,  Messieurs,  je  crois  que,  dans  cotte  convention,  on  ne  peut 
considérer  comme  pouvant  être  dangereuse  qu'une  seule  innovation, 
c'est  celle  apportée  parTarticle  S,  qui  permet  d'introduire;  mais,  d'après 
notre  jurisprudence,  en  France,  je  crois  aussi  que  le  mal  aura  peu 
d'étendue  et  ne  sera  pas  sans  contre-partie.  Je  crains  de  n'avoir  pas  été 
assez  heureux  pour  me  bien  expliquer  sur  ce  point,  mais  je  persiste  à 
croire  qu'on  n'a  aucune  raison,  ni  de  droit,  ni  do  fait,  pour  empêcher 
Tinventour  d'introduire  de  l'étranger  en  Franco,  en  le  soumettant  seu- 
lement à  des  droits  protecteurs,  comme  les  autres  importateurs,  si  Ton 
juge  nécessaire  d'en  établir.  Et  si  l'on  m'objecte  qu'on  ne  le  peut  pas 
parce  que  nous  ne  sommes  pas  actuellement  maîtres  de  nos  tarifs,  je 
réponds  :  De  quel  droit  ferait-on  payer  la  rançon  par  une  classe  de 
citoyens  plutôt  que  par  une  autre  ? 

J'ai  cru,  Messieurs,  que  cette  importante  question  de  la  convention 
internationale  sur  la  propriété  industrielle  devait  être  portée  devant 
vous.Il  y  a,en  ce  moment,une  véritable  campagne  menée  contre  ceJle-ci, 
campagne  dont  lej  promoteur  est  un  journal  de  droit  qui  a  rallié  à  son 
opinion  plusieurs  chambres  de  commerce.  J'ai  là  par  exemple,  le  rapport 
adressé  à  la  Chambre  de  commerce  de  Paris;  on  y  déclare  la  convention 
mauvaise,  et  on  demande  la  dénonciation.  Je  crains  que  le  mouvement 
ne  se  continue  dans  le  même  sens.  Si  la  Société  des  Ingénieurs  civils 
devait  étudier  la  question  à  fond,  je  voudrais  qu'elle  pût  lire  ce  rapport 
présenté  à  la  Chambre  de  commerce  de  Paris. 

Il  me  paraît  renfermer  des  erreurs  très  évidentes;  on  peut  être  parti- 
san de  tel  ou  tel  système,  sans  doute,  mais,  ici,  il  y  a  des  erreurs  de 
fait  incontestables  et  on  ne  peut  douter  qu'elles  n'aient  eu  une  grande 
influence  sur  le  vote  et  sur  le  vœu  qu'on  a  transmis  au  ministre. 

Il  importe  de  remarquer  que  la  convention  du  20  mars  n'a  pas  été  une 
affaire  bâclée f  ce  n'est  pas  simplement  l'œuvre  de  quelques  diplomates; 
tout  cela  avait  été  travaillé  depuis  vingt  ans,  cela  a  fait  l'objet  de  deux 
congrès,  où  il  y  avait  beaucoup  de  gens  expérimentés  ;  tout  le  monde 
avait  donné  son  avis  :  la  Société  des  ingénieurs  allemands,  la  Société  des 
ingénieurs  et  architectes  de  Vienne,  des  sociétés  d'ingénieurs  anglais, 
etc.,  s'étaient  prononcées  dans  le  sens  de  la  convention.  Ainsi,  pendant 
vingt  ans,  tous  les  hommes  compétents  réclament  une  certaine  mesure, 
après  quatre  ans  d'efforts,  le  gouvernement  français,  qui  a  pris  la  cause 
en  main,  décide  quatorze  autres  États  à  s'entendre  avec  lui  sur  ce  sujet; 
et  puis  voilà  qu'aussitôt  après,  des  chambres  de  commerce  demandent  la 
dénonciation  de  la  convention  et  déclarent  que  ce  travail,  préparé  pen- 


—  444  — 

dant  vingt  années  de  laborieuses  études,  u'a  pas  le  sens  commun!  Il  y 
a  certainement  quelqu'un  qui  a  raison  :  ou  ceux  qui  demandent  de  dé- 
noncer la  convention,  ou  ceux  qui,  plus  éclairés,  Tont  réclamée;  il  faut 
choisir  entre  Topinion  des  uns  et  des  autres,  et  si  les  premiers  se  trom- 
pent il  est  urgent  de  le  dire. 

Si  cette  question  ne  vous  intéressait  pas,  je  n'aurais  pas  traité  ici  un 
sujet  aride,  qui  n'a  rien  d'attrayant  par  lui-même,  mais  cela  touche  pro- 
fondément à  l'industrie,  et  vous  trouverez  dans  les  mémoires  envoyés 
par  les  sociétés  d'ingénieurs  de  l'étranger  aux  congrès  rappelés  ci-des- 
sus, des  propositions  dans  le  sens  de  la  convention.  Or ,  si  cette  con- 
vention doit  être  avantageuse,  il  ne  faudrait  pas  que  le  ministre  eût, on 
quelque  sorte,  la  main  forcée  par  les  objurgations  des  chambres  de 
commerce,  car,  après  avoir  déchiré  lui-même  l'œuvre  de  la  France,  il  no 
pourrait  pas  la  refaire  de  sitôt. 

En  terminant,  je  remercie  l'assistance  de  sa  bienveillante  attention;  je 
n'ai  pas  la  prétention  d'avoir  bien  plaidé  ma  cause,  mais,  quant  à  moi, 
bien  que  je  ne  trouve  pas  la  convention  parfaite  (j'ai  eu  moi-même  oc- 
casion d'écrire  au  Bureau  international  pour  demander  des  explications 
sur  des  articles  insuffisamment  clairs),  je  crois  que  le  fond  en  est  boa  ; 
il  convient  donc  de  se  faire  une  opinion  pour  enrayer  le  mouvemcni 
d'opposition,  si  réellement  il  provient  d'un  jugement  mal  éclairé. 

M.  le  Président  remercie  M.  Assi  de  sa  communication  ;  la  question 
est  un  peu  délicate,  très  intéressante  et  très  importante.  Quelque  mem- 
bre de  la  Société  a-tril  des  observations  à  présenter? 

M.  Simon  demande  la  parole  à  propos  d'un  passage  de  la  communica- 
tion de  M.  Assi  sur  les  marques  de  fabrique.  Il  a  dit,  que,  lorsque  sur 
les  objets  fabriqués  le  nom  d'une  ville  figurait  seul,  on  ne  pouvait  pas 
poursuivre  en  contrefaçon.  M.  Assi  n'a-t-il  pas  été  un  peu  loin,  et  la  loi 
française  n'autoriserait-elle  pas  la  chambre  de  commerce  de  Sedan,  par 
exemple,  à  poursuivre  les  étrangers  qui  mettraient  sur  leur  étoffe  :  Drap 
de  Sedan.  M.  Simon  croit  que  cela  suffirait  pour  qu'on  pût  saisir  lu 
marchandise  comme  marchandise  contrefaite. 

M.  Assi.  Cela  a  été  jugé  en  sens  contraire. 

M.  Albert  Cahen.  Il  y  a  un  arrêt  de  la  Cour  de  cassation  qui  donne 
appui  à  l'observation  de  M.  Simon, 

M.  Simon.  Il  n'est  pas  possible  de  dire  que  Ton  peut  vendre  une  mar- 
chandise portant  un  nom  de  ville  dont  cette  marchandise  n'est  pas  origi- 
naire, et  qu'il  est  interdit  de  poursuivre  en  contrefaçon. 

M.  Assi.  Je  parlais  d'après  la  convention.  D'après  la  tonventiou,  quand 
vous  ne  faites  qu'employer  le  nom  de  la  localité,  on  ne  peut  pas  vous 
saisir.  Vous  échappez  à  l'article  10. 

M.  Simon.  Je  crois  qu'il  est  bon  de  ne  pas  soutenir  cette  opinioDt 
parce  qu'il  y  a  là.  un  fait  de  contrefaçon,  et  on  n'a  pas  pu  rautoriser. 

M.  Assi.  Le  terme  de  la  convention  est  formel.  {Lisez-le  !) 


—  4«  - 

Je  vais  le  lire. 

«  Art.  10.  —  Les  dispositions  de  l'article  précédent  (saisie  à  l'impor- 
»  tation)  seront  applicables  à  tout  produit  portant  faussement,  comme 
»  indication  de  provenance,  le  nom  d'une  localité  déterminée,  lorsque 
•>  cette  indication  sera  jointe  à  un  nom  commei»cial  ftctif  ou  emprunté 
»  dans  une  intention  frauduleuse. 

9  fist  réputée  partie  intéressée...  etc.   » 

Du  reste,  "M.  Barrault  avait  déjà  signalé  ce  fait  dans  une  communica- 
tion précédente. 

M.  SfMON,  Le  fait  a  été  jugé.  Précisément  les  chambres  de  commerce 
ont  été,  croyons-nous,  autorisées  à  poursuivre  en  leur  nom  collectif,  lors- 
qu'il n  j  a  pas  un  nom  d'individu. 

M.  Albert  Cahen.  C'est  jugé. 

M.  Armengaud.  Tout  récemment  la  chambre  de  commerce  de  Lyon, 
d'accord  avec  la  chambre  syndicale  des  fabricants  de  soie,  a  décidé  dé 
faire  apposer  une  marque  générique  sur  tous  les  article^  de  la  fabrica- 
tion lyonnaise  :  les  armes  de  la  ville  de  Lyon,  par  exemple  ou  un  sym- 
bole unique  de  façon  à  permettre  aux  fabricants  lyonnais  de  se  défendre 
contre  la  concurrence  étrangère. 

M.  GiNÈs.  Ce  n'est  pas  le  mot  Lyon.  —  (Mouvement  et  bruit). 

M.  LE  Président.  Messieurs,  nous  n'avons  pas  encore  agité  la  soiniettc 
cette  année.  (Rires.) 

Cette  question  est  très  délicate,  et  les  jurisconsultes  ne  sont  pas  d'ac- 
cord sur  les  mêmes  faits.  Quand  on  étudie  Dalloz,  on  voit  qu'il  y  a  dix 
jugements  contraires  pour  les  mêmes  faits.  Pendant  quatre  ans,  on  juge 
d'une  certaine  façon,  et,  les  quatre  années  suivantes,  il  y  a  un  avocat 
distingué  qui  a  changé  l'opinion  régnante,  et  on  juge  d'une  autre  ma- 
nière, de  sorte  qu'il  faut  toujours  avoir  l'équité  pour  soi.  Quand  on 
s'amuse  à  mettre  le  nom  d'une  ville  étrangère  sur  sa  marchandise,  on 
vole  la  ville  tout  entière  au  lieu  de  ne  voler  qu'un  individu  :  le  vol  est 
plus  considérable,  voilà  tout. 

M.  Casalonga.  Je  demande  la  parole.  Je  commencerai  par  éliminer 
tout  ce  qui  est  relatif  aux  marques  de  fabrique  et  de  commerce,  au  nom 
commercial,  et  au  nom  de  localité  ;  ces  matières  sont  ici  encore  plus 
étrangères  que  celles  relatives  aux  brevets  d'invention,  et  d'ailleurs  ce 
n'est  pas  là  que  réside  le  point  le  plus  important  du  débat  ;  je  m'appe- 
santirai seulement  sur  l'article  S,  qui  est  le  grand  cheval  de  bataille  de 
la  discussion  qui»  a  lieu  ce  soir  ici  et  des  autres  discussions  qui  ont  déjà 
eu  lieu  ailleurs. 

Tout  à  l'heure,  en  entendant  M.  Assi,  il  me  semblait  remarquer  qu'il 
faisait  une  certaine  confusion  au  sujet  de  la  faculté  d'introduire  en 
France  des  objets  brevetés  et  fabriqués  à  l'étranger. 


—  440  — 

Je  crois  qu'il  ne  remarquait  pas  suffisamment  qu'il  s'agissait  ici  de 
brevets  pris  par  des  étrangers,  et  (jue  le  législateur  de  1844  avait,  à 
tort  ou  à  raison,  cru  devoir  défendre  l'industrie  nationale  contre  la  fabri- 
cation étrangère.  Voilà  le  point  de  départ;  c'est  pour  cela  qu'on  n'avait 
jamais  admis  Tintroduction  d'objets  fabriqués  à  l'étranger,  et  c'est  pour- 
quoi il  y  a  eu  un  toile  général  qui  a  trouvé  un  écho  dans  les  chambres 
de  commerce  même. 

Quant  à  savoir  si  l'on  juge  bien  aujourd'hui  ce  point,  c'est  une  autre 
question  ;  je  crois  qu'il  y  a  un  peu  d'exagération  et  que,  autant  que  j'ai 
pu  le  retenir,  l'opinion  de  M.  Simon  s'en  ressent  ;  il  ne  faut  pas  considé- 
rer comme  un  mal  très  grave  la  permission  accordée  aux  brevetés  étran- 
gers  d'introduire  leurs  machines  en  France.  Ce  n'est  pas  qu'il  faille 
croire  qu'il  existe  encore  quelque  chose  de  la  barrière  élevée  par  l'article 
de  la  loi  de  1844;  et  MM.  Simon  et  Assi  me  paraissent  avoir  oublié  que, 
pendant  plus  de  deux  ans,  les  étrangers  ont  la  faculté  pleine  et  entière 
d'introduire  ;  conséquemment  s'il  devait  en  résulter  un  dommage,  ce 
dommage  pourrait  être  très  grand  :  il  ne  faut  pas  se  le  dissimuler,  pen- 
dant les  vingt-huit  ou  vingt  neuf  premiers  mois,  les  étrangers  peuvent 
introduire  très  largement,  sans  aucune  entrave .  et  sans  que  même  la 
rigueur  des  tribunaux  puisse  s'exercer.  Ce  n'est  qu'après  ce  délai  que 
l'exploitation  devient  obligatoire  en  France,  et  que  les  tribunaux  pour- 
raient mettre  un  frein  à  l'abus  de  l'introduction  des  produits  étrangers; 
maïs  qui  sait  ce  qu'ils  décideraient  et  comment  ils  distingueraient  entre 
l'exploitation  à  exiger  de  l'étranger  et  celle  à  exiger  du  régnicole 
breveté  ? 

Ce  doute  est  permis,  alors  qu'on  pourrait  presque  se  demander  si  vrai- 
ment un  magistrat  français  ne  ferait  pas  de  l'introduction  un  cas  de 
déchéance  ;  car  la  loi  de  1844,  malgré  la  convention,  qui  u*a  fait  que 
passer  sans  discussion  devant  les  Chambres,  n'a  été  ni  abrogée,  ul 
modifiée. 

M.  Assi.  Pardon,  la  convention  a  été  soumise  aux  Chambres  et  pro- 
mulguée à  VOfficieL 

M,  Casalonga.  Eh  bien,  j'admets  que,  sur  ce  point,  les  tribunaux 
pourront  se  montrer  sévères  ;  mais  la  barrière  n'en  doit  pas  moins  être 
considérée  résolument  comme  tout  à  fait  abaissée  pendant  plus  que  les 
deux  premières  années,  et  c'est  suffisant  pour  causer  du  dommage  à  l'in- 
dustrie française. 

Seulement,  je  le  répète,  je  ne  crois  pas  que  l'inconvénient  soit  aussi 
grave  qu'on  paraît  le  redouter;  car  si  d'une  part  il  peut  résulter  de  l'in- 
troduction un  certain  dommage  pour  l'industrie  nationale,  d'autre  part, 
il  y  a,  surtout  pour  les  consommateurs,  une  compensation  ;  en  effet, 
quand  on  introduit  une  machine  construite  à  l'étranger,  cette  machine, 
qui  travaille  dans  le  pays,  produit  des  résultats  qui  donnent  une  lai^e 
compensation.  Donc,  il  ne  faut  pas  considérer  comme  un  grand  malheur 


—  447  — 

que  les  ctraugers  amènent  des  machines  qui,  étant  généralement  perfec- 
tionnées, nous  donneront  des  produits  meilleurs  et  à  meilleur  marché,  et 
nous  apprendront  à  faire  aussi  hien,  si  ce  n'est  mieux. 

Ce  qui  rend  cette  question  délicate,  c'est  que  Ton  y  trouve  toujours  en 
opposition  ces  deux  intérêts  contraires,  auxquels  faisait  allusion  M.  Simon, 
en  rappelant  les  traités  de  1860  ;  il  s'agit  de  la  lutte  qui  existe  entre  les 
libres-échangistes  et  les  protectionnistes  ;  les  premiers  sont  consomma- 
teurs, les  seconds  sont  producteurs;  on  conçoit  qu'ils  ne  puissent  pas 
être  traités  par  une  méthode  unique. 

Je  crois  cependant  qu'on  pourrait  peut-être  satisfaire  les  deux  intérêts 
opposés,  en  décidant  que  toutes  les  machines  qui,  étant  brevetées  en 
Pi-ance,  j  viendraient  de  l'étranger,  seraient  frappées  à  l'entrée  d'un 
double  droit;  moyennant  lequel  l'introduction  serait  permise.  Je  pense 
que  ce  serait  une  manière  équitable  de  trancher  la  question  en  donnant 
satisfaction  à  une  minorité  importante,  qui  a  créé  un  courant  d'opinion 
très  accentué  et,  en  apportant  cet  amendement  à  l'article  en  question,  je 
ne  m'effrayerais  pas  qu'il  fût  maintenu. 

Je  ne  sais  pas  quelle  est  sur  ce  point  l'opinion  de  M.  Simon,  mais  je  ne 
serais  pas  d'avis  qu'on  se  prévalût  de  l'article  5  considéré  pour  dénoncer 
la  convention.  Si  cela  arrivait,  les  États  étrangers  prendraient  probable- 
ment la  même  mesure  à  notre  égard  et  ne  permettraient  pas  aux  machines 
françaises  brevetées  de  pénétrer  en  Italie,  s'il  s'agit  des  Italiens,  ou  en 
Kspagiic,  s'il  s'agit  des  Espagnols.  Je  crois  que  ce  serait  un  mauvais 
conseil  à  donner  aux  Chamî)res,  au  ministre,  que  do  leur  demander  de 
dénoncer  la  convention  à  cause  de  l'article  5. 

En  somme,  cette  convention,  qui  est  susceptible  de  perfectionnement, 
a  pou  changé,  pour  ce  qui  est  des  brevets  d'invention,  l'état  de  choses 
existant,  ses  seuls  points  saillants  sont  :  que  l'introduction  des  objets 
brevetés  provenant  des  Etats  contractants  sera  permise,  et  que  six  mois 
de  privilège  seront  accordés  aux  inventeurs  de  ces  États,  ("'est  déjà 
quelque  chose,  et  c'est  une  base  qui  peut  permettre  de  faire  quelque 
chose  de  mieux  plus  tard,  si  nous  avons  la  bonne  fortune  d'amener  nos 
collègues  à  se  passionner  un  peu  pour  ces  questions,  qui  leur  sont  restées 
j»isqu*ici  un  peu  étrangères.  (Très  bien!  —  Applaudissements.) 

M.  Marbelet.  m.  Casalonga  vient  d'expliquer  comment  l'article  o 
n'a  pas  d'inconvénient,  au  point  de  vue  de  l'introduction  des  objets  bre- 
vetés. Notre  collègue  M.  Simon  paraît  avoir  visé  spécialement  les  pays 
qui  n'ont  pas  adhéré  à  la  convention  internationale  ou  bien  qui  n'ont  pas 
de  lois  pour  la  protection  de  la  propriété  industrielle;  il  paraît  s'attacher 
surtout  à  l'Allemagne,  à.  l'Autriche, à  la  Suisse  et  à  la  Hollande,  et  inter- 
prétant l'article  8,  il  dit  :  «  Il  suffira  aux  étrangers  qui  n'ont  pas  adhéré 
à  la  convention  d'avoir  un  petit  établissement  industriel,  ou  même  une 
iigence  commerciale  en  Suisse,  pays  qui  n'accorde  pas  de  garantie  pour 
ies  inventions,  pour  qu'ils  puissent  introduire  en  France,  par  la  Suisse, 


—  VàS  — 

les  produits  allemands,  de  telle  sorte  que  les  fabricants  fi*ançais  qui 
exploitent  des  industries  analogues  ne  seront  pas  fondés  à  considérer  le 
brevet  français  comme  déchu,  et  ne  pourront  pas,  par  consé<taeiit, 
fabriquer  dans  notre  pays  ces  produits  brevetés,  pendant  que  notre  II)a^ 
ché  coutinnera  à  être  inondé  de  produits  de  provenance  étrangère.  Je 
crois  que  M.  Simon  n'a  pas  bien  compris  le  sens  précis  de  TarticleS  dont 
le  premier  paragraphe  est  ainsi  conçu  :  «  L'introduction  par  le  breveU'*, 
»  dans  le  pays  où  le  brevet  a  été  délivré,  d'objets  fabriqués  dans  l'un  ou 
»  l'autre  des  États  de  l'Union  n'entraînera  pas  la  déchéance.  » 

Ou  ne  peut  donc,  d'après  ëela,  introduire  eu  France,  que  des  produite 
fabriqués  dans  un  pays  de  l'Union  ;  on  n'aurait  pas  le  droit  d'introduire 
eu  France  des  articles  fabriqués  en  Allemagne,  en  les  faisant  passer  le 
canal  d'un  pays  adhérent,  de  la  Suisse  par  exemple  ;  la  convention  n'au- 
torise donc  pas  absolument  l'introduction  des  produits  non  fabriqués  en 
France.  Je  tenais  à  insister  sur  ce  point. 

11  y  a  un  autre  point  important  à  signaler  :  c'est  Tavautage  que  pri- 
sente  Tai^ticle  4  de  la  convention,  en  vertu  duquel  le  breveté  français  a 
un  droit  de  priorité  absolument  établi  dans  tous  les  pays  adhéreut"^. 
pendant  un  certain  délai  :  six  mois,  pour  les  bi*evets  d'invention.  Ancien- 
nement, lorqu'un  inventeur  français  avait  payé  à  grand'peine  les  fraiî» 
de  son  brevet,  il  était  obligé,  pour  s'assurer  de  la  propriété  de  son 
invention  dans  les  autres  pays,  de  faire  de  grosses  dépenses  auxquelles 
il  ne  pouvait  pas  toujours  suffire  ;  tandis  que  maintenant,  il  a  six  moi$s 
devant  lui.  L'introduction  possible  de  produits  et  de  machines  des  pavs 
étrangers  en  France  et  le  droit  de  priorité  sont  deux  avantages  impor- 
tants de  la  convention  internationale  et  qui  ne  peuvent  qu'être  apprécier 
par  les  ingénieurs. 

M.  Simon.  Un  mot  seulement.  Je  suis  très  heureux  de  toutes  les  obser- 
vations qui  m^ont  été  faites  et  qui  prouvent  la  nécessité  de  cette  discus- 
sion. Pour  répondre  aux  questions  de  M.  Casalonga,  j'ajoute  que  je  suis 
partisan  de  la  convention,  en  principe,  mais  je  crois  qu'il  convient  de  la 
re viser  ;  la  loi  de  1844  coexiste  avec  cette  convention  et  il  y  a  un  certain 
danger  à  ne  pas  mettre  la  loi  de  1844  d'accord  avec  la  convention  iutor- 
nationale.  Eu  ce  qui  concerne  Tintroduction,  je  pense  que  l'article  5  ne 
limite  pas  suffisanmient  cette  introduction,  qu'elle  est  nécessaire  pour 
l'industrie  française  mais  non  d'une  façon  illimitée,  aussi  longtemps  que 
nous  aurons  des  traités  de  commerce.  Kniln,  il  est  un  point  que  j'aui'ai^ 
voulu  voir  traiter  par  notre  collègue.  D'après  la  convention,  les  bi-eveté^^ 
français  ont  le  droit  de  faire  fabriquer  à  l'étranger  et  d'introduire  eu 
France  ces  produits  fabriqués  à  l'étranger... 

M.  Mardelet.  La  convention  dit  :  «  dans  un  pays  de  l'Union.  » 

M,  Simon.  Vous  voyez  qu'il  y  a  nécessité  à  limiter  Farticle  5,  car  il 
n'est  pas  possible  que  certains  de  nos  nationaux  échappent  aux  charges 
qui  pèsent  sur  les  autres.  Un  industriel  français,  parco  qu'il  a  une  invou- 


—  449  ~ 

tion  brevetée,  peut  faire  fabriquer  à  Tétranger,  où  la  main-d'œuvre  est  à 
meilleur  marché  et  introduire  en  France  des  produits  qui  échappent  à  la 
main-d'œuvre  franeaii^e. 

M.  CiSALONGA.  La  question  que  soulève  M.  Simon  mérite  d'être  consi- 
dérée, et  je  crois  qu*il  ne  faut  pas  la  résoudre  à  la  légère  ;  il  s'agit,  en 
en  effet,  de  savoir  si  la  convention  doit  assimiler,  en  France,  l'inventeur 
national  à  l'inventeur  étranger  :  il  y  faut  beaucoup  réfléchir.  Nous  som- 
mes, du  reste,  sur  un  terrain  sur  lequel  je  ne  pense  pas  que  nous  ayons 
à  nous  placer  ce  soir.  Tout  à  l'heure,  on  me  faisait  le  reproche  de  n'avoir 
pas  discuté  certains  points  ou  répondu  à  certaines  critiques.  Il  y  aurait 
beaucoup  à  dire,  et  le  temps  nous  fait  défaut  ;  il  y  a  cependant  une  ques- 
tion importante,  à  laquelle  je  regrette  que  l'on  n'ait  pu  s'arrêter  :  c'est 
celle  de  l'examen  préalable.  J'espère  bien  que,  pour  mon  pays,  jamais  ou 
n'adoptera  ce  système  détestable;  Je  vous  demande  pardon  de  l'expres- 
sion, mais  elle  rend  bien  ma  pensée. 

M.  LS  Président.  Je  demande  la  permission  de  clore  la  discussion  ;  car 
nous  avons  encore  une  question  importante  à  traiter. 

« 

M.  Albert  Cahen  n'ajoutera  qu'un  mot  àla  discussion  qui  vient  d'avoir 
lieu,  l'heure  avancée  ne  permettant  pas  d'entrer  dans  les  développements 
que  comporterait  une  question  aussi  grave. 

L'article  32,  paragraphe  3,  dont  la  convention  industrielle  internatio- 
nale a  prononcé  la  révocation,  était  un  véritable  leurre,  une  disposition 
purement  théorique,  inapplicable  dans  la  pratique. 

En  effet,  cet  article  dit  : 

«  Sera  déchu  de  tous  ses  droits,  le  bi*eveté  qui  aura  introduit  en  Franco 
»  des  objets  fabriqués  en  pays  étranger  et  semblables  à  ceux  qui  sont 
»  garantis  par  son  brevet.  » 

La  déchéance  prévue  par  cet  article  n'était  donc  encourue  que  lors- 
que le  fait  d'introduction  était  personnel  au  breveté  lui-même,  et  quand 
des  tiers  venaient  invoquer  cette  déchéance  devant  les  tribunaux,  soit 
par  voie  d'action  principale,  soit  comme  moyen  d'exception  dans  une 
action  en  contrefaçon,  c'était  à  eux  à  faire  la  preuve  de  cette  introduc- 
tion personnelle,  du  fait  du  breveté,  Or,  il  faut  bien  le  reconnaître,  cette 
preuve  est  impossible  à  faire. 

D'autre  part,  le  breveté  étranger  qui  voulait  tourner  cette  disposition 
illusoire  de  la  loi,  n'avait  que  l'embarras  du  choix  parmi  les  moyens  à 
employer.  Il  livrait  ses  produits  à  un  tiers,  dans  son  pays;  et  c'était  ce 
tiers  qui,  en  seconde  main,  introduisait,  sensément  à  ses  risques  et 
périls  à  lui,  les  objets  en  France.  Et  la  farce  était  jouée  ! 

Faut-il  se  plaindre  que  la  convention  ait  fait  disparaître  de  telles  dis- 
positions surannées  et  inapplicables  dans  la  pratique,  l'orateur  ne  le 
pense  pas,  et  cette  seule  raison  de  l'impossibilité  d'appliquer  un  tel  arti- 
cle de  la  loi  devrait  suffire  à  justifier  sa  suppression. 

Bill.  30 


—  m  — 

M.  Assi.  M.  Casalouga  disait  tout  à  l'heure quou  aura  au  moios  deax 
années  pour  introduii*e  librement;  mais  il  se  passe  toujours  un  certuÎD 
temps  avant  que  la  fabrication  ne  commence  ;  donc,  dans  les  deux  pre- 
mières années,  on  introduira  peu. 

M.  LB  PliÉsioSNT.  Je  crois  que  nous  devons  arrêter  là  la  discussion, 
mais  elle  n'est  pas  complète  ;  c'est  une  question  très  délicate  qu'il  faut 
approfondir,  et  je  ne  doute  pas  que  nous  n* ayons  une  nouvelle  séance 
pour  traiter  un  jour  cette  importante  question. 

M.  Armengaud.  U  y  a  un  projet  de  loi,  pour  réformer  la  loi  de  1844, 
qui  a  été  déposé  k  l'ancienne  Chambre,  et  tendant  en  particulier  à  pro- 
longer la  durée  du  brevet  de  quinze  à  vingt  ans.  Il  faudra  en  profiter 
pour  mettre  la  nouvelle  loi  en  harmonie  avec  la  convention  internatio- 
nale  et  pour  qu'on  ne  retire  pas  d'un  côté  ce  qu'on  ajoute  de  l'autre. 

M.  Assi.  n  y  aurait  intérêt  à  reprendre  bientôt  la  discussion  pour  déci- 
der si  la  convention  doit  être  maintenue  ou  abandonnée,  car  en  Allema- 
gne, il  se  produit  un  grand  mouvement  en  faveur  de  l'adhésion  et  les 
chambres  de  commerce  d'Allemagne  la  proposent.  En  Espagne,  on  s'est 
ému  des  critiques  que  la  convention  a  soulevées  chez  nous,  et  voilà  un 
certain  nombre  d'Espagnols  qui  demandent  que  leur  pays  se  retire  de 
rUnioiK 

M.  UL  PAÉSfl)£NT.  Nous  donnons  rendez-vous^  à  une  séance  ultérieure, 
à  tous  les  membres  que  la  question  intéresse,  et  nous  fermons  la  discus- 
sion. 

M.  LE  Président.  Messieurs,  nous  arrivons  à  la  quatrième  pai*tie  d*' 
l'ordre  du  jour.  Je  vous  demande  donc  de  vous  transformer,  par  un  vote 
spontané,  en  Assemblée  générale  extraordinaire,  si  personne  n'y  fait 
opposition. 

Nous  sommes  donc  constitués  en  Assemblée  générale  extraordiuai^^ 
et  nous  pouvons  examiner  la  question  qui  vous  est  soumise. 

Vous  savez  que  nous  avons  reçu,  au  mois  de  janvier  dernier,  de  la 
part  de  madame  Fusco,  sœur  de  notre  regretté  colique,  M.  Geyler»  une 
munificence  considérable*  puisqu'elle  nous  instituait  ses  légataires  uni- 
versels,concurremment  avec  nos  amis  de  l'Association  amicale  des  anciens 
Élèves  de  l'École  centrale.  Le  premier  testament  de  madame  Fusco,  qui 
avait  été  fait  sous  l'inilucuce  de  sou  frère  et  sous  Tinfluence  de  Tanii 
intime  de  celui-ci,  M.  Huet»  ce  premier  testament  nous  était  très 
favorable  ;  il  n'y  avait  pas  de  disposition  qui  pût  nous  embarrasser  et 
nous  inquiéter  un  peu  et  la  décision  à  prendre  aurait  été  très  simple.  Malt) 
il  y  a  eu  trois  ou  quatre  testaments,  il  y  a  eu  des  codicilles  qui  sont  venus 
modifier  les  premières  dispositions,  de  sorte  que  nous  nous  sommes  trou< 
vus  dans  une  situation  un  peu  délicate  ;  c'est  pourquoi  nous  sommes  airi* 
vos  du  mois  de  janvier  au  mois  d'octobre  sans  vous  avoir  encore  con- 
sultés. 


—  151  — 

Dès  le  premier  moment,  en  voyant  ces  difficultés  appai*aitre,  uousavoui^ 

dû  nous  munir  de  conseils  pour  sauvegarder  les  intérêts  de  la  Société. 
Nous  avons  demandé  au  Président  du  Trifounalcivil  de  nommer  un  admi- 

uistrateur  judiciaire  y  et  nous  avons  constitué  notaire  el;  avoué.  Le  notaire 
désigné  a  été  celui  de  madame  Fusco,  et,  pour  avoué,  ik>us  avons  choisi 
un  des  plus  estimés  de  Paris. 

Nous  avons  dû  d'abord  nous  préoccuper  du  paiement  des  droits.  Nous 
étions  très  embarrassés  ;  si  nous  avions  dépassé  les  six  mois  axés  par  la 
loi,  rËtat  serait  venu  et  aurait  dit:  Tant  pis  pour  vous,  vous  payerez  les 
doubles  droits  ;  —  et,  comme  ils  sont  considérables,  nous  aurions  une 
fort  mauvaise  affaire.  Comme  il  y  a  des  legs  particuliers,  —  comme 
madame  Fusco  a  laissé  notamment  à  sa  cousine,  madame  Régnier,  un 
legs  de  30,000  francs,  —  nous  avons  prié  le  Président  du  Tribunal  de 
vouloir  bien  examiner  la  question,  et  il  a  décidé  que  nous  n'avions  qu'à 
pajer  les  droits  pour  la  totalité,  mais  au  nom  de  madame  Régnier,  hén- 
tièrc  du  sang.  C'est  ce  qui  a  été  fait  en  temps  voulu.  Puisque  nous  ne 
sommes  pas  parents  de  la  testatrice,  nous  aurons  à  payer  plus  tard  une 
certaine  différence  ;  mais  tant  que  nous  ne  serons  pas  en  possession  du 
legs  universel,  l'État  n'a  rien  à  nous  demander  ;  nous  ne  pouvons  pas 
être  poursuivis  et  forcés  de  payer  double  droit. 

Mais,  au  cours  de  ces  incidents  et  au  cours  des  inventaires,  qui  sont 
toijgours  très  longs,  il  est  survenu  certaines  difficultés.  Une  des  personnes 
ayant  obtenu  un  souvenir  de  madame  Fusco,  a  demandé  que  les  legs  en 
9a  faveur  qui  se  trouvaient  répétés  inégalement  dans  deux  testaments 
distincts  vinssent  se  cumuler.  De  là,  un  premier  procès.  L'inventaire 
n'ayant  pas  été,  je  ne  sais  pourquoi,  accepté  par  le  quatrième  exécuteur 
testamentaire,  qui  a  refusé  de  le  signer,  nous  n'avons  pu  donner  à 
madame  Régnier  le  mobilier  qui  lui  a  été  légué  et  nous  avons  été  forcé 
do  laisser  courir  le  bail  de  l'appartement  occupé  par  madame  Fusco  ; 
madame  Régnier,  voyant  que  nous  ne  pouvions  pas  lui  livrer  le  mobilier, 
nous  a  fait  un  second  procès.  Tout  ceci  vous  explique  pourquoi  nous  n'a* 
vous  pu  vous  rendre  plus  tôt  compte  de  cette  affaire. 

Bnân,  après  mûre  réflexion  et  un  examen  aussi  attentif  que  possible,  le 
Bureau  et  le  Comité  se  sont  arrêtés  à  la  décision  que  je  viens  vous  sou- 
mettre. 

D'après  nos  conseils,  l'Association  amicale  des  anciens  élèves  de  rÊ» 
cole  centrale  et  la  Société  des  Ingénieurs  civils,  légataires  universels 
de  madame  Fusco,  la  première  pour  les  deux  tiers  et  la  seconde  pour  le 
tiers  restant,  ne  courent  absolument  aucun  risque  à  accepter,  dès  à  pré- 
lient,  le  testament,  très  généreux  à  notre  égard,  de  madame  Fusco,  mais 
seulement  sous  bénéflee  d'inventaire  ;  cette  acceptation  nous  permettra 
de  faire  toutes  les  démarcbes  indispensables  auprès  du  Ministre  du  Com- 
merce et  dji  Conseil  d*État. 

Kullu,  lorsque  nous  aurons  reou  les  autorisations  nécessaire.^ pour  puu« 


—  452  — 

voir  être  mis  eu  possessiou,  la  questiou  est  tcliemeut  délicate^,  àcertain^ 
points  de  vue,  que  nous  serons  certainement  obligés  de  venir  devant  le 
Président  du  Tribunal  civil,  pour  le  prier  de  nous  guider  et  de  nous  dli'e 
de  quelle  manière  nous  pourrons  et  nous  devrons  remplir  les  obligations 
qui  nous  sont  imposées  par  le  testament  de  madame  Fusco.  Ces  obliga^ 
tiens  sont  telles  qu'on  peut  affirmer  que  la  généreuse  donatrice  et  son 
frère  ont  plutôt  pensé  à  nos  fils  qu'à  nous-mêmes.  Comme  la  Société  est 
établie  sur  des  bases  solides,  cela  n'a  pas  d'inconvénient.  11  faut  que,  sur 
les  capitaux  qui  nous  reviendront,  nous  prélevions  une  somme  de  100,000 
francs,  et  que  cette  somme  soit  placée  à  intérêts  composés,  de  manière 
à  produire  une  seconde  somme  de  100,000  francs.  Quand  cette  seconde 
somme  aura  vu  le  jour,  nous  aurons  le  droit  de  la  verser  dans  notre  cais- 
se, et  alors,  nous  devrons  reprendre  les  premiers  100,000  francs  et  lea 
replacer  de  nouveau. 

Vous  vous  rappelez,  d'après  vos  études  d'algèbre,  que  si  on  place  un 
centime  à  intérêts  composés,  au  début  de  l'ère  chrétienne,  cela  fioit  par 
faire  une  somme  qui  ne  peut  pas  se  lire,  tellement  il  y  a  de  chiffres  accu- 
mulés. Il  est  clair  que,  dans  cinq  cents  ans,  nous  aurons  une  fortune 
considérable,  mais  nous  n'en  sommes  pas  encore  là. 

S'il  est  prouvé  néanmoins  que  nous  pouvons  réaliser  ces  100,000  francs 
et  les  placer  à  intérêts  composés,  nous  n'avons  qu'à  obéir  aux  condition? 
du  testament  de  madame  Fusco.  quand  même  nous  serions  gênés  pen* 
dant  quelque  temps  pour  supporter  les  charges  momentanées  que  sa  vo- 
lonté nous  a  imposées. 

J'ai  dit  qu'il  a  été  décidé  que  nous  accepterions  sous  bénéfice  d'inven- 
taire :  c'est  à  cause  de  la  nature  des  valeurs  constituant  la  majeure  par- 
tie de  la  fortune  de  madame  Fusco  ;  si  cette  fortune  avait  consisté  en 
immeubles  dans  Paris  ou  en  rentes  sur  l'État,  nous  accepterions  immédia- 
tement, et  d'une  manière  ferme  ;  mais,  malheureusement  pour  nous,  la 
fortune  de  madame  Fusco  est  en  valeurs  industrielles,  et  nos  statuts  nous 
disent  que  nous  n'avons  pas  le  droit  d'avoir  dans  les  mains  des  valeurs 
industrielles. Ce  sont  des  questions  à  soumettre  au  Conseil  d'État.  Coninie 
c'est  un  don  fait  d'une  manière  spéciale  à  la  Société,  il  est  possible  que 
le  Conseil  d'État  nous  accorde  de  conserver  ces  valeurs  industrielles;  il 
est  possible  aussi  qu'il  nous  dise  :  Il  faut  les  transformer  en  valeurs  fe^ 
mes  :  il  peut  avoir  ses  raisons  pour  cela.  Vous  savez  qu'on  ne  peut  jamais 
répondre  de  valeurs  industrielles  ;  il  peut  arriver  qu'une  entreprise  croule. 
($ans  faute  aucune,  et  les  revenus  sur  lesquels  nous  comptons  pour  sati^ 
faire  aux  conditions  imposées  par  madame  Fusco,  pourraient  nous  man- 
quer. Elle  impose  la  fondation  d'un  prix  de  8,000  francs,  elle  impose  une 
bourse  à  créer  et  à  entretenir  à  l'École  centrale,  il  y  a  plusieurs  dispo- 
sitions qui  nous  obligent.  Vous  vous  expliquerez  facOement  qu'en  raison 
des  valeurs  industrielles  dont  j'ai  parlé,  nous  soyons  forcés  d'accepter 
cet  héritage  sous  bénéfice  d'inventaire.  Jusqu'à  ce  que  k  Conseil  d'Etat 


—  4S3  — 

aittrauché  la  question  au  mieux  des  iniérêès  de  la  Société,  nous  ne  cou- 
rons aucun  danger. 

M.  Geyler  a  eu  les  intentions  les  plus  généreuses  pour  la  Société, 
madame  Fusco  les  a  suivies  ;  M.  Huet,  notre  collègue,  y  a  participé  do 
son  mieux.  Un  refus  ne  se  comprendrait  donc  pas.  Mais  la  prudence  nous 
est  commandée,  et  personne  ne  peut  nous  la  reprocher. 

Je  propose  deux  choses  distinctes  à  l' Assemblée  : 

1^  D'abord  de  remercier  très  vivement  M.  Huet  de  ce  qu'il  a  fait 
auprès  de  madame  Fusco,  pour  que  la  succession  de  son  frère  soit  laissée 
à  la  Société  des  Ingénieurs  civils  et  à  TAssociation  amicale,  comme  il  eu 
avait  manifesté  l'intention,  et  ensuite  de  nous  associer  dans  un  profond 
sentiment  de  reconnaissance  envers  madame  Fusco,  qui,  en  somme,  se 
trouve  notre  bienfaitrice  directe. 

i^  Je  demande  à  l'Assemblée  générale  extraordinaire  qui  siège  en  ce 
moment,  d'approuver  les  démarches  faites  par  le  Comité  et  d'accepter  la 
donation  faite  à  la  Société  par  madame  Fusco,  sous  bénéfice  d'inventaire. 

Les  deux  propositions  ds  M.  le  Président  sont  mises  séparément  et 

SUCCESSIVEMENT  AUX  VOIX,  ET  l'AsSEMBLÉB  LES  ADOPTE  A  l'VNANIMITÉ. 

M.  le  Président.  La  décision  que  vous  venez  de  prendre  sera  transmise 
à  nos  collègues  de  l'Association  amicale,  qui  veulent  marcher  avec  nous 
la  main  dans  la  main,  et  qui  nous  aideront  comme  nous  tâcherons  de  les 
aider  nous-mêmes,  (^pproto/tonj. 

La  séance  est  levée  à  onze  heures  et  quart. 


IVOTE3 


SUR  UN  PAVAGE  EN  GÉRAMITE 


par  M.  A.  GOUTY 


Parmi  les  nombreux  et  intéressants  produits  qui  figuraient  à  TBi- 
position  nationale  hongroise  de  Budapest,  Ton  remarquait  dans  le 
pavillon  réservé  aux  matériaux  de  construction ,  une  exposition 
d'un  caractère  tout  spécial  appartenant  à  la  «  Société  des  houil- 
lères et  briqueteries  »  de  Budapest;  elle  se  composait  principale- 
ment d'échantillons  de  pavés  artificiels  de  diverses  grandeurs, 
dits  :  pavés  de  «  Céramite  »,  de  briques  ordinaires,  et  d'un  mo- 
dèle à  petite  échelle  d'une  chaussée  pavée  avec  les  briques  en 
céramite.  A  la  suite  des  discussions  soulevées  récemment  au  sein 
de  la  Société  des  Ingénieurs  Civils,  sur  les  pavages  en  bois  et  en 
asphalte,  l'étude  de  ce  pavage  spécial  peut  présenter  quelque 
intérêt. 

Résistance  de  la  céramite,  —  Les  pavés  en  céramite,  fabriqués 
par  les  établissements  de  la  «  Société  des  houillères  et  briquete- 
ries »  à  Rakos,  près  de  Budapest,  nont  pas  été  obtenus  tout  d'abord 
avec  la  qualité  actuelle;  la  fabrication  courante  a  été  précédée 
d'essais  continués  pendant  plusieurs  années  à  partir  de  1875, 
époque  à  laquelle  les  usines  étaient  peu  occupées  et  cherchaient 
à  utiliser  les  neuf  grands  fours  Hoffmann,  construits  en  vue  d'une 
plus  forte  production. 

En  1878,  grâce  aux  matières  premières  excellentes  dont  on 
disposait,  ces  travaux  furent  couronnés  de  succès,  et  les  essais 
faits,  aussi  bien  au  laboratoire  du  Polytechnikum  de  Budapest  qu'à 
l'Académie  royale  des  Arts  et  Métiers  de  Berlin,  ont  indiqué  des 
chiffres  de  résistance  non  rencontrés  jusqu'ici  pour  la  pierre  arti- 
ficielle : 

Les  essais  de  Budapest,  conduits  par  le  professeur  J.  Horvàth, 


ont  porté  sur  10  cubes;  les  résultats  à  la  compression  ont  été  les 
suivants  : 


ie  l'essa 

Kg3  par 
\      c/m  q. 

1.  . 

.  .    1896 

2.  . 

.   .     1902 

3.  .   . 

.   .     1910 

4.   .   . 

.   .    2013 

5.  .   . 

.    2166 

Les  cubes  d'essai 

ont  été 

désagrégés  à  la 

limite  indiquée 


Kgspar 
N*  de  Tessai      c/m  q. 


6. 

7. 
8. 

9. 
10  . 


Cubes  désagrégés  &  lu 
limite  Indiquée. 

Cubes  restés  intacts 
sous  \hwtMUm  ma- 
xima  de  la  presse 
hydraulique. 


De  ces  essais  faits  concurremment  avec  d'autres  essais  sur  23 
blocs  de  gi'anit  provenant  de  trois  carrières  différentes  des  envi- 
rons,  il  est  résulté  que  les  blocs  de  granit  ont  été  brojés  par  une 
charge  minima  de  866,20  kgs  et  par  une  charge  maxima  de 
1631,62  kgs  par  centimètre  carré,  tandis  que  des  dix  cubes  de 
céramite^  huit  n'ont  cédé  que  sous  les  pressions  indiquées,  et  deux 
sont  restés  complètement  intacts. 

Les  résultats  obtenus  à  l'Académie  de  Berlin  par  le  docteur 
Bôhme ,  et  s*appliquant   à  23  cubes  d'essai  sont  les  suivants  : 


l 


1 

2 

3 

4 

5 

6 

7 

8 

9 

10 

It 

12 


DIMENSIONS 

DES  CUBES 


long'   brg*^ 


haut* 


Centimètres 


6.2 
5.8 
5.7 
5.6 
5.9 
5.8 
5.6 
5.9 
6.0 
5.7 
5.7 
5.7 


6.8 
5.7 
5.7 
5.6 
5.5 
5.3 
5.4 
5.6 
5.7 
5.5 
5.5 
5.7 


5.4 
5.5 
5.4 
5.4 
5.2 
5.1 
5.3 
5.6 
5.5 
5.2 
5.2 
5.1 


SURVACB 

LIMITS 

N" 

comprimée 

de 

àm 

en 

rétitlaBce 

eeit.  carrés 

kfs.p.r.a.i|. 

mm 
13 

35.96 

2  292 

32.96 

2  350 

14 

32.49 

2  283 

15 

31.36 

2  H08 

16 

32.45 

2  317 

17 

30.74 

2  6i8 

18 

30.24 

2  800 

19 

33.04 

2  191 

20 

34.20 

2  574 

21 

31.35 

2  878 

22 

31.3» 

2  487 

23 

32.49 

2  314 

DIMENSIONS 

DBS  CUBES 

long'  I  larg'  |  haat*^ 
Centimètres 


5.6 

5.4 

5.8 

5.2 

5.3 

5.1 

6.0 

5.8 

5.8 

5.8 

5.9 

5.7 

5.7 

5.7 

5.5 

5.5 

5.3 

5.3 

5.7 

5.6 

5.9 

5.8 

5.0 
5.0 
5.0 
5.8 
6.0 
5.2 
5.3 
&.0 
4.8 
5.3 
5.3 


SURFACE 

comprimée 

en 
cent,  etrrés 


30.24 
30.16 
27.03 
34.80 
33.64 
33.63 
32.49 
30.25 
28.09 
31.92 
34.21 


LIMITE 

de 
réiisUBce 
k|a.p.c.B.4. 


3  315 

2  800 

3  400 
3  041 
3  437 
3  213 

2  931 
3645 

3  704 
3  350 
3  190 


Il  résulte  de  ce  tableau  que  la  résistance  minima  par  centimètre  carré 

a  été  de  2,19*  l^gs,    la  résistance  maxima  de  3,704  kgs  ;  la  moyenne 

65.448 
donne  — -- —  =  â,84S  kgs.  par  centimètre  carré. 
zo 

Application  pratique  de  la  cératnite.  —  A  l'époque  où  ces  essais 
étaient   faits,  la  commune  de   Budapest  cherchait  précisément  à 


1  Figure   A) 


~  457  — 

modifier  les  anciens  pavages,  ou  à  les  '  remplacer  par  des  maté- 
riaux répondant  mieux  que  le  simple  granit  aux  exigences  d'une 
capitale  moderne. 

Les  essais  à  la  compression  ayant  été  répétés  sur  tous  les  pa- 
vages employés  jusque-là,  les  résultats  obtenus  ont  mis  hors  de 
doute  les  avantages  de  la  «  Géramite  »  au  point  de  vue  de  la 
résistance  et  de  T usure. 

Restaient  à  étudier  les  propriétés  de  ce  nouveau  pavé  relative- 
ment au  roulement  des  voitures  et  aux  sabots  des  chevaux;  c'est 
ce  qui  a  été  fait  dès  1879. 

On  a  choisi  dans  une  rue  des  plus  fréquentées  de  la  ville  de 
Budapest,  qui  conduit  &  la  gare  des  marchandises  du  chemin  de 
fer  de  l'État  Hongrois,  un  espace  de  4,070  mètres  carrés,  et  ou 
a  procédé  à  la  pose   du  pavage. 

Ce  pavage  se  compose  de  deux  couches  bien  distinctes  à  savoir: 
1°  la  couche  inférieure,  qui  n'est  autre  qu'un  muraillement  com- 
plet du  sol  naturel,  au  moyen  de  briques  ordinaires  bien  cuites, 
placées  de  champ,  et  2^  la  couche  supérieure  formant  le  pave 
proprement  dit,  composée  de  pierres  en  céramite  de  20/10  cen- 
timètres et  8*^"*  d'épaisseur,  du  petit  modèle. 

La  figure  (A)  indique  le  système  employé  dans  la  rue  de  TUni- 
versîté  à  Budapest»  avec  pavés  grand  modèle  de  20/20/10^™. 

Procédé  de  pavage,  —  Pour  poser  le  pavage  en  céramite,  le  sol 
naturel  est  d'abord  dressé  conformément  au  profil  de  la  rue,  et 
soigneusement  damé;  sur  le  sol  on  place  simplement  de  champ 
des  briques  ordinaires  bien  cuites;  ces  briques  ont  des  dimensions 
de  30/11/9,5^  dans  le  cas  d'emploi  des  pavés,  petit  modèle, 
et  on  en  consomme  alors  40  pièces  par  mètre  carré;  avec  les 
pavés  grand  modèle  (fig.  A)  elles  ont  30/14/14^  et  il  en  faut 
20  pièces  par  mètre  carré;  dans  les  joints  entre  les  briques,  on 
coule  du  mortier  de  ciment.  Sur  les  briques  vient  alors  une  couche 
d'environ  2  centimètres  de  sable  ordinaire  qui  roçoit  les  pavés 
de  céramite  placés  en  diagonale  sur  Taxe  de  la  chaussée  et  à 
sec;  dans  les  joints  de  ces  pavés  est  coulé  un  mélange  de  : 

1  partie  de  goudron  de  houille  chaufi'é, 

4  parties  de  poix  ordinaire, 

15  à  20  parties  de  sable  (suivant  la  grosseur  du  grain  de  ce  sable). 


—  .ti«  — 


î 


tié,r 


2aa 


T 


V 


Au  lieu  de  briques  pour  le  radier  de  la  chaussée,  on  peut  par- 
faitement employer  le  béton  comme  cela  se  fait  avec  l'asphalte; 
il  est  dans  tous  les  cas  nécessaire  d'attendre  alors  la  solidification 
complète  de  ce  béton  avant  de  procéder  à  la  pose  des  payés; 
cependant  le  béton  n'a  pas  été  utilisé  jusqu'à  présent  par  la  rai- 
son que  la  maison  qui  a  obtenu  ces  entreprises,  produisant  elle- 
même  les  briques,  celles-ci  lui  reviennent  à  20  kreutzer  (fr.  0,40' 
par  mètre  carré  meilleur  marché  que  le  béton. 

L'épaisseur  des  joints  entre  les  pavés  est  généralement  de  10 
centimètres;  elle  peut  cependant  varier  suivant  la  grosseur  du 
grain  du  sable  mélangé  au  goudron  et  à  la  poix  de  remplissage, 
ce  mélange  devant  s'introduire  sans  aacxme  difficulté  dans  les  joints. 

Rues  pavées  en  céramite  à  Budapest.  —  Le  premier   essai  ayant 
été  jugé  très  satisfaisant,  on  a  procédé  en  1881  aux  pavages  de  la 
rue  de  l'Université,  avec  1,127  mètres  carrés,  de  la  rue  de  THotel- 
de-Ville,  584  mètres  carrés  et  de  la  rue  de  Kecskemét,  2,036  mè- 
tres carrés;  en  1883  on  a 
Vue   en  Plan  p^^^^  ^^  céramite  la  rue 

des  Serpents,soit  800  mè- 
tres carrés,  et  enfin  en 
1886  le  grand  carrefour,à 
l'extrémité  de  la  me  de 
Kerepes,  devant  la  gare 
centrale  du  chemin  de  fer 
de  rÉtat  Hongrois  et  com- 
prenant 4,500  mètres  car- 
rés. 

Nous  ne  mentionnerons 
pas  ici  les  applications 
multiples  des  pavés  et 
plaques  en  céramite  de 
moindres  dimensions  pour 
les  cours  et  porches  de 
presque  toutes  les  mai- 
sons construites  à  Buda- 
pest dans  ces  derniers 
temps;  cette  seconde  application  présentant  moins  d'intérêt  que  1<* 


i.tà,M* 


Elévalion 


4:;o  — 


pavage  de  chaussées  fatiguées  par  une  forte  circulation;  la  céra- 
mite  a  été  appliquée  dans  ce  cas  à  environ  20,000  mètres  carrés!.. 

Fùvmes^  poids  et  prix  des  pavés  m  céramite.  —  La  forme  donnéo 
aux  pavés  pour  chaussées,  a  été  choisie  de  telle  sorte  que  le  poids 
de  chaque  pièce  soit  aussi  faible  que  possible  et  que  cependant  la 
résistance  en  cas  de  porte-à-faux  en  soit  suffisante.  La  figure  ci- 
contre  donne  le  détail  d'un  pavé  de  grand  modèle  de  20/20/10®"\ 

Quant  aux  poids  et  aux  prix  des  pavés  en  céramite  rendus  à 
Budapest,  ils  sont  indiqués  dans  le  tableau  suivant  qui  comprend 
aussi  les  pavés  pour  cours,  et  les  plaques  ordinaires. 


IIÊSIGNATION  DES  MODÈLES 
des  pavés  ea  céramite 


Grand  modèle  20/IO/lOV. 

Pfttit  modèle  20/10/8% 

Ptaqaes  poar  troUoirs  20/20/47».  l  . 

Plaques  striées ,une  seule  teinte  17/17/2,6 

—         en  deux  couleurs  17/17/2,6 

Plaques  pour  cuisines  17/1 7/2*^ /m  .  .   . 


POIDS 

de  la  pièce 

Kiiogs 


10 
4 
4 
1.7 

1»7 
1,5 


PRIX 
du  mille 
Florins 


240 
110 
l.>5 
140 
160 
120  à  180 


DÉPENSE 

par  mètr.  carré  de  pavag» 


PIÈCES 


i2% 

46 
23 
34 
34 
34 


FLOKINS 


5,40 

5,U6 
3,56 
4,76 
5,44 
4,08  à  6,12 


Les  prix  des  plaques  pour  cuisines  varient  suivant  le  nombre 
des  teintes. 

Prix  du  pavage  en  céramite,  —  La  dépense  d'installation  du 
pavage  céramique,  7  compris  le  radier  en  briques  ordinaires,  et  la 
mainHl'œavre,  s^est  élevé  à  Budapest  pour  pavés  avec  briques 
petit  modèle  à  florins  8,85(17  fr.  79)*,  pour  pavés  avec  briques 
grand  modèle  à  florins  9,55  (19  fr.  20)  le  mètre  carré. 

Ces  dépenses  peuvent  se  décomposer  comme  suit  par  mètre 
carré  : 


1*  Aplanir,  dresser,  damer  le  sous-sol Florins. 

2*  40  briques  ordinaires  de  30/11/6,5  à  2  fr.  pièce.  .      - 
2*  W«  »     —         —  30/14/14  à  5  fr.     — 

3*  Mortier  de  eiment  pour  le  joint  des  briques.  .  . 
4*  Pose  des  briques  et  jointolement  des  brioues .  . 
5*  Cooebe  de  sable  de  2  c/m . ,  matière  et  main-d  œuvre. 
6*  50  payés  de  céramite  de  20/10/8  à  fr.  1 10  0/00  .      - 
G-  6it  25       —  —       20/20/10  à  fr.  240  0/00..      - 

7*  Goudron,  poix  et  sable  pour  joints 

S*  Pose  des  pavés  et  main-d'œuvre  du  jointoiement . 

Total Florins. 


Grand  modèle 

Pelit  modèl 

0.10 

0.10 

V 

0.80 

1.00 

;• 

0.16 

0.16 

0.25 

0.25 

0.10 

U.IO 

> 

5.50 

6.00 

>i 

0.48 

0.48 

0.46 

0.46 

8.55 


7.85 


1.  Go  peut  prendre   pour  la  transformation   de  la  valeur  autrichienne  en  francs  le 
cours  actuel  de  francs,  2,01  par  florin. 


—  460  — 

A  ajouter  : 

1*  La  auote  pour  la  garantie  d^entretien  de  la  chaussée  pen- 
dant les  cinq  premières  années Florins.       0.50  O.M) 

^"^  La  auote  pour  les  travaux  de  réparation  pouvant 

devenir  nécessaires  dans  la  même  période. .  .      —  0.50  O.ôO 

D'où  total  par  mètre  carrô Florins.       9.55  88&  ' 

En  regard  du  prix  du  pavage  en  cëramite,  il  peut  être  inté- 
ressant d'indiquer  le  prix  des  autres  systèmes  employés  à  Buda- 
pest; ces  prix  par  mètre  carré  sont  les  suivants  : 

1-  Pavage  en  cé.-amite  .comme  ci^essus...  \         ^*^^*"«-  ^^  *^^*  ^'^'»^^  \l'l 

/et       —       9,55        —         19.20 

2*  Granit  [des  carrières  de  Maûlhauseni —  10.76  —  21.63 

3*  Bols  imprégné  (système  Riittger) —  9.50  —  19.10 

4«  Asphalte  comprimé —  8.00  —  16.08 

5*  Asphalte  double  coulé ^  7.15  —  14.37 

La  garantie  de  cinq  années  pour  l'entretien  est  comprise  dan^ 
ces  prix;  le  chiffre  demandé  et  accordé  pour  cet  entretien  e>i 
le  même  pour  la  céramite,  le  granit  et  Tasphalto,  à  savoir  franc 
0,50  par  mètre  carré  et  par  an;  pour  le  bois  il  a  été  fixé  par 
contre  à  fr.  0,60. 

Il  résulte  de  ce  qui  précède  qu'au  point  de  vue  de  la  dépense 
de  première  installation,  Tasphalte  est  la  chaussée  la  plus  avan- 
tageuse; puis  viennent  la  céramite  et  le  bois,  et  en  dernier  lieu 
le  granit. 

Quant  à  Tentretien,  Tasphalte,  la  céramite  et  le  granit  sont 
comparables  ;  avec  le  pavage  en  bois  ces  dépenses  sont  augmen- 
tées de  4 /S. 

Comparaison  des  divers  systèmes  de  pavage  à  Budapest  —  Asphalte. 
—  Au  point  de  vue  de  Tégalité  de  la  chaussée,  Ton  sait  déjà  ce 
que  les  récentes  conférences  faites  au  sein  de  la  Société  des  In- 
génieurs Civils  ont  fait  ressortir  à  plusieurs  reprises,  à  savoir  que 
c'est  Tasphalte  qui  satisfait  le  mieux  à  cette  condition;  on  a  fait 
ressortir  aussi  les  inconvénients  qui  en  résultaient  à  cause  du 
glissement  des  chevaux. 

A  Budapest  Texpérience  a  démontré  que  la  circulation  des  voi- 
tures dans  les  rues  asphaltées  diminuait  beaucoup,  cette  circala- 
tion  se  reportant  de  préférence  sur  les  voies  parallèles;  le  bruit 
des  voitures  dans  les  rues  asphaltées  est  donc  réduit  au  minimam 


—  461  — 

aussi  bien  à  cause  de  la  surface  lisse  qu'à  cause  de  la  réduction 
de  la  circulation. 

Les  rues  asphaltées  de  Budapest  sont  les  rues  de  Hatvan  et 
de  VàcZy  les  rues  Dorothée,  Palatine  et  Sébastien;  puis  la  place 
Gizella  en  partie,  et  la  place  Christophe. 

Dans  toutes  ces  chaussées  la  couche  inférieure  a  été  formée 
de  20  centimètres  de  béton  qui  ne  recevait  la  couche  d'asphalte 
qu'après  un  séchage  de  deux  à  trois  jours. 

Bois.  —  Le  pavage  en  bois  a  été  établi  en  certains  points  de 
la  ville,  et  notamment  sur  toute  la  longueur  de  2  kilomètres  du 
boulevard  Andrassy  (autrefois  rue  Radiale),  le  plus  fréquenté  de 
tous  pendant  TExposition.  La  superficie  totale  de  ce  boulevard 
est  de  38,000  mètres  carrés  dont  30,000  mètres  carrés  ont  été 
pavés  en  1884  avec  cubes  en  bois  de  sapin  imprégnés  d'après  le 
système  Riittger. 

Ce  pavage  présente  au  moment  de  la  pose  une  surface  aussi 
belle  que  Tasphalte,  si  la  pose  a  été  effectuée  avec  soin  et  tant 
que  les  cubes  de  bois  n'ont  pas  encore  été  détériorés  par  les 
actions  mécaniques  auxquelles  ils  sont  soumis;  le  bois  a  en  outre 
l'avantage  d'offrir  la  rugosité  nécessaire  au  sabot  des  chevaux. 
On  a  observé  cependant  que  dès  que  les  cubes  commencent  à 
s'écorner^  les  voitures  éprouvent  des  secousses  qui  augmentent 
successivement  et  rapidement  jusqu'à  atteindre  un  degré  insup^ 
portable. 

Céra$nite.  —  La  céramite  disposée  avec  soin,  permettrait  d'ob- 
tenir une  surface  lisse  analogue  à  celle  des  chaussées  en  asphalte 
et  en  bois,  mais  plus  dure  que  ces  dernières  ;  cependant  en  vue 
d'éviter  le  glissement  on  a  mis  des  congés  aux  angles  (voir 
fig.  C),  ce  qui  donne  il  est  vrai  une  prise  aux  sabots  des  chevaux, 
mais  occasionne  par  contre  un  certain  bruic,  bien  moindre  cepen- 
dant que  celui  occasionné  par  les  pavés  en  granit. 

Granit.  —  En  ce  qui  concerne  le  gi'anit,  on  connaît  suffisam- 
ment ses  inconvénients;  la  surface  rugueuse  de  ces  pavés  et  leur 
usure  vers  la  périphérie,  qui  a  pour  effet  de  ne  laisser  subsister 
que  des  calottes  sphériques,  augmente  encore  le  bruit;  les  roues 
des  voitures  ne  roulent  plus  après   un    certain   temps,  mais  elles 


—  462  — 

sautent  d'une  calotte  sur  Tautre,  ce  qui  est  évidemment  aussi 
désavantageux  pour  Touïe  que  pour  les  propriétaires  tenus  de 
réparer  leurs  véhicules  et  pour  les  voyageurs. 

Les  pavages  au  point  de  tue  hygiénique.  —  La  municipalité  de 
Budapest  a  étudié  aussi  la  question  au  point  de   vue  hygiénique. 

De  ce  côté,  c'est  Vasphalte  qui  fournit  encore  la  chaussée  la 
plus  recommandable,  cette  matière  ne  donnant  lieu  qu*à  une  usure 
minima  dont  les  produits  ne  sont  pas  considérés  comme  nuisibles, 
et  étant  de  plus  hydrofuge. 

Il  en  est  de  même  de  la  céramite  avec  laquelle  ou  a  constaté 
une  usure  presque  nulle  ;  les  poussières  produites  ainsi  en  très 
faibles  quantités,  ne  présentent  pas  non  plus  d'inconvénients  hygié- 
niques. La  propreté  peut  de  plus  être  parfaite  avec  un  arrosage 
suffisant,  sans  que  Teau  s'introduise  entre  les  pavés  et  sans  que 
le  glissement  soit  augmenté  comme  c'est  le  cas  pour    Tasphalte. 

Le  granit  présente  déjà  une  usure  plus  forte,  surtout  en  raison 
de  sa  surface  rugueuse,  et  les  cristaux  résultant  de  cette  usure 
paraissent  être  très  nuisibles  aux  organes  respiratoires;  on  sait 
de  plus  que  ces  chaussées  sont  facilement  traversées  par  les  eaux 
qui  se  rassemblant  sous  la  couche  de  pavés,  donnent  lieu  a  des 
miasmes  dont  on  peut  se  rendre  facilement  compte  lors  d'une  répa- 
ration . 

Si  Ton  considère  enfin  le  pavage  en  bois,  c'est  celui  qui  s'use 
le  plus  vite;  laissant  de  côté  la  pourriture  et  les  miasmes  qui 
peuvent  s'y  rassembler  grâce  à  la  porosité  de  cette  matière,  ce 
qui  ne  peut  être  évité  qu'en  partie  par  l'imprégnation,  il  reste 
toujours  à  tenir  compte  des  produits  de  cette  usure  qui  ne  sont 
autre  chose  que  de  fines  parcelles  de  bois  produisant  un  très  mau- 
vais effet  sur  les  poumons. 

En  résumé,  les  essais  faits  à  Budapest,  tendent  à  établir  les 
avantages  de  l'asphalte  et  de  la  céramite  sur  tous  les  autres  pro- 
cédés employés  jusqu'à  présent. 

L'asphalte  coûte  moins  cher  d'installation  et  d'entretien,  et  on 
ne  peut  lui  reprocher  que  le  glissement. 


—  463  ^ 

La  céramite  coûte  un  peu  plus  cher  comme  installation  pre- 
mière, les  frais  d'entretien  sont  les  mêmes  que  pour  l'asphalte,  la 
propreté  ne  laisse  rien  à  désirer,  le  glissement  est  évité  complè- 
tement, et  l'usure  est  presque  nulle.  Une  reste  donc  que  l'incon- 
venieat  du  bruit  produit  par  le  roulement  des  Toitnrea,  mais  ce 
brait  peut  être  réduit  à  un  minimum  suivant  la  largeur  donnA*^ 
au  joints,  et  suivant  l'amplitude  des  congés  (voir  la  âgure,  p. 

Le  pavage  en  céramite  présente  donc  un  intérêt  parUci 
qui  le  rend  digne  d'une  étude  plus  approfondie  en  vue  do  pi 
des  grandes  chaussées  à  forte  circulation,  sur  lesquelles  do 
passer  de  lourdes  charges  que  ne  supporte  pas  toujours  l'aspl 
d'autant  plus  que  par  suite  de  l'élasticité  de  cette  dernière 
tière,  un  démarrage  est  plus  difficile  que  sur  une  surface  lis 
(/tire,  qui  ne  cède  pas  à  la  roue. 

En  tuus  les  cas  une  visite  des  rues  de  Budapest,  indlquéi 
dessus,  permettrait  de  se  rendre  compte  plus  exactement  e 
de  ce  qui  vient  d'être  dit,  que  cela  n'est  possible  par  cette  s 
nuticc. 

Vienne,  Août  I8«fi. 


ESSAIS 

Sl'R   UNE 

MACHINE  A  VAPEUR' 

SYSTÈME  A.  QLÊRUEL 
Construite    par   M:*    A.    OHEJSFIIV 

COMPTE  RENDU 

PAR  M.  A.  QUÉnUEL 


»   III» 


L'essai,  que  M.  Grespin  et  moi  avons  annoncé  dans  le  procès- 
verbal  de  convocation  du  6  mars  dernier,  a  eu  lieu  à  la  date  indi- 
quée :  le  15  de  ce  même  mois. 

Le  programme  de  cet  essai  consistait  : 

1°  Relevé  de  diagrammes  au  moyen  de  deux  appareils  ; 
2°  Pesée  de  l'eau  d'alimentation  ; 
3'^  Jaugeage  de  l'eau  à  l'issu  du  condenseur  ; 
4®  Températures  de  l'eau  injectée  et  de  l'eau  de  sortie  ;  Cahri 
mètrie, 
o"^  Application  du  frein. 

DESCkIPTiON  DE  LA  MACHINE 

La  machine  est  un  bicylindre  du  type  pilon  à  manivelles  à  181)  • 
La  plaque  sur  laquelle  est  constitué  l'ensemble  de  la  machioe  e^t 
du  type  tubulaire  et  porte,  de  mémo  fonte,  les  trois  paliers  qui 
reçoivent  l'arbre. 

Les  cylindres  chemii^s  d'une  même  fonte,  sont  assemblés  entre 
eux  par  un  boulonnage  et  portés  par  quatre  piliers  tubulaires  légè- 
rement arqués.  Disposition,  du  reste,  très  connue  qui  nous  dispense 
d'entrer  dans  de  plus  amples  détails. 

i.  La  machine  est  installée  dans  les  ateliers  de  M.  Gollin,   39,  rue  Saint^Sébvsiien*  ^ 
Poris. 


_  4G5  — 

Les  particularités  qui  distinguent  cette  macUine  sont  : 
Les  orifices  de  distribution  à  lar^  sections  et  en  ligne  di 
soat  anx  extrëmitës  des  cylindres.  Le  petit  cylindre  porte  qi 
oiiflces  dont  deux  pour  l'admission  et  deux  pour  réduction.  Le  g 
cvlindre  n'a  que  deux  orifices  qui  servent  alternativement  pour 
mission  on  pour  réduction. 

En  somme,  los  trois  orifices  d'un  mémo  bout  de  cylindres  soi 
prolongement  d'une  ligne  droite  ot  l'on  peut  les  traverser  ei 
par  une  tringle  droite. 

Les  brides  de  raccordement  des  deux  cylindres  sont  onduli 
telle  manière  qu'ils  réservent  une  capacité  intermédiaire  entre 
C'est  dans  cette  capacité  que  se  meut  le  tiroir  dit  :  de  transvaser 
Nons  n'entreprendrons  pas  de  décrire  en  détail  cet  organe  :  d 
simplement  que  ce  tiroir  est  compensé  et  équilibré  de  manii 
assurer  sa  fonction  dans  les  condilions  les  plus  satisfaisi 
d'étanchéité. 

An  côté  opposé  du  petit  cylindre  se  trouve  la  capacité  dite  ; 
du  tiroir  initial. 

Ce  tiroir,  ainsi  que  celui  de  transvasement,  est  partagé  en 
parties  pour  desservir  les  orifices  des  cylindres  dont  l'espace 
';st  un  peu  plus  grand  que  la  course  des  pistons. 

Le  tiroir  initial  est  du  type  Farcot  avec  des  modifications  qui 
mettent  l'introduction  jusqu'à  0. 70  de  la  course  du  piston  et  d 
uiie  fermeture  aussi  rapide  et  aussi  nette  que  les  systèmes  à  d 
les  plus  en  crédit.  Les  diagrammes  de  la  machine  en  téraoignei 
La  détente  est  produite  par  un  régulateur  type  Larrivière  moi 
La  pompe  de  ce  régulateur,  actionnée  par  le  prolongement  de  la 
du  tiroir  initial,  envoie  la  vapeur  ainsi  comprimée  dans  un 
cylindre  placé  dans  l'axe  de  butée  des  tuiles  de  détente.  Ûai 
cylindre,  qui  reçoit  la  vapeur  comprimée  par  son  milieu,  sont  ■ 
pistons  qui  s'écartent  par  la  poussée  de  la  vapeur  et  agissent 
leurs  tiges  sur  les  tuiles  de  détente.  Une  disposition  mécanique 
et  solidarise  le  mouvement  des  deux  pistons,  et  les  quotités  i 
mission  sont  indiquées  à  l'extérieur  sur  un  cadran.  Cette  dispos 
cinématique  réalise  ta  correction  des  ÎDégalités  proportionnetli 
course  engendrées  par  l'obliquité  de  la  bielle. 

Afin  de  compléter  ce  système  ot  donner  une  régularité  parfa 

la  vitesse  de  rotation  à  la  machine,  un  très  petit  régulateur  cou 

Bull.  31 


—  466  — 

règle  réchappementde  la  vapeur  comprimée  dans  l'appareil  de  détente. 

Ainsi  donc,  la  vapeur  de  la  chaudière  arrive  dans  Tenveloppe 
du  petit  cylindre,  pénètre  par  l'ouverture  d'un  registre  ii  tiroir  dans 
la  boîte  initiale,  entre  en  distribution  dans  le  petit  cylindre,  sort 
après  fonction  par  Torifice  opposé,  traverse  en  droite  ligne  le  tiroir 
de  transvasement,  travaille  dans  le  grand  cylindre,  sort  ensuite  par 
le  même  orifice  et  débouclie  dans  la  capacité  intermédiaire  pour,  de 
là,  se  rendre  au  condenseur.  Ce  condenseur  est  formé  de  Tun  des 
piliers  arqués  qui  soutiennent  le  grand  cylindre. 

La  pompe  à  air  est  à  fourreau  ;  elle  reçoit  son  mouvement  au 
moyen  d'une  paire  de  balanciers  attelés  sur  la  crosse  du  grand  piston. 
Sa  course  est  moitié  de  celle  du  piston. 

La  pompe  alimentaire  est  placée  sur  Tun  des  côtés  de  la  pompe  û 
air  ;  elle  reçoit  son  mouvement  de  Tun  des  balanciers.  Sa  course 
est  le  quart  de  celle  du  piston. 

L'arbre  de  la  machine  est  à  deux  coudes  à  180  degrés  l'un  de  Tautre  ; 
il  porte  deux  excentriques,  un  pour  l'initial,  l'autre  pour  le  trans- 
vasement. 

Tous  les  mouvements  de  cette  machine  sont  verticaux  et  aucune 
pièce,  aucun  organe  n'est  en  pénétration  dans  le  sol. 

DISPOSITIF  POUR  L'EXPÉRIENCE 

Chaque  cylindre  avait  été  muni  de  deux  robinets  pour  la  fixation 
do  deux  appareils  à  relever  les  courbes  de  pression. 

Le  premier  appareil  était  un  «  Thomson  »,  le  second,  un  «  Ri- 
chard ».  On  plaçait  ces  deux  appareils  de  telle  sorte  que  l'on  pùl 
prendre  les  courbes  successives  des  deux  cylindres,  c'est-à-dire  d'une 
mémo  vapeur  dans  sa  double  évolution.  Ainsi  la  vapeur  o  du  petit 
cylindre  ayant  inscrit  sa  courbe  de  pression  à  l'appareil  Thomson, 
devenant  A  par  le  transvasement,  inscrivait  pendant  cette  i^'- 
conde  phase  sa  courbe  négative  au  Thomson,  pendant  qu'ell'- 
inscrivait  sa  courbe  positive  au  Richard. 

En  sorte  que  cette  concordance  bien  établie  nous  a  permis  de 
recueillir  des  diagrammes  qui  relatent  les  effets  successifs  d'un 
même  volume  de  vapeur  —  conditions  essentielles  pour  une  ana- 
lyse. 


—  467  — 

Bien  que  nous  ayons  eu  à  notre  disposition  un  réservoir  jau- 
geable  pour  Teau  d'alimentation^  nous  avons  établi  un  réservoir 
spécial  sur  une  balance  bascule.  De  cette  façon  Teau  d'alimenta- 
tion a  été  pesée. 

Dans  rétude  de  la  machine,  la  question  du  jaugeage  de  l'eau 
de  sortie  du  condenseur  a  été  prévue. 

Une  gaine  cylindrique  en  cuivre  de  0"  25  de  diamètre  et  de 
1"20  de  hauteur  a  été  établie  pour  jauge  permanente  des  eaux 
du  condenseur.  L'écoulement  se  fait  par  le  fond  de  ce  cylindre  ; 
il  est  réglé  par  une  rondelle  tournée  et  amincie  en  sa  paroi. 

La  vitesse  d'écoulement  et  son  coefficient  de  contraction  ont  été 
vérifiés  par  deux  épreuves;  elles  sont  conformes  à  la  formule 


t;  =  y/  2  j  // 

■ 

Le  coefficient  de  contraction  est  0,621. 

La  température  de  l'eau  à  injecter  a  été  prise  un  grand  nombre 
de  fois  dans  le  réservoir  et  dans  le  courant  remous  causé  par  le 
jet  de  la  pompe  de  puits. 

La  température  de  l'eau  de  sortie  était  notée  de  5  minutes  en 
S  minutes  sur  l'observation  de  deux  thermomètres. 

Pour  l'application  du  frein  on  a  dû,  par  nécessité,  ajouter  une  pou- 
lie-volant de  3  tonnes.  Ce  deuxième  volant  était  monté  sur  l'ex- 
trémité de  l'arbre  en  dehors  de  tout  palier,  par  conséquent  en 
porte-à-faux;  condition  manifestement  désavantageuse  par  ces  deux 
motifs  :  aggravation  de  la  charge  d'une  part,  et  porte-à-faux  de 
Tautre.  Un  supplément  de  graissage  a  été  nécessité  par  réchauffe- 
ment accidentel  du  palier-porte-charge. 

Enfin,  la  vitesse  de  la  machine  était  contrôlée  par  un  compteui*. 

L'appareil  générateur  de  vapeur  se  compose  de  deux  chaudières  : 
la  première  semi-tubulaire  à  bouilleurs  et  à  tubes  de  35  à  40  m^  de 
surface  de  chauffe.  La  deuxième  est  une  chaudière  à  bouilleurs  de 
35m*.  de  surface  de  chauffe.  Cette  dernière  était  en  réparation. 

L'expérience  et  celles  qui  ont  eu  lieu  ultérieurement  et  dont  nous 
parlerons  plus  loin,  ont  été  faites  uniquement  avec  la  chaudière 
semi-tubulaire.  Cet  appareil,  en  médiocre  état,  était  peu  propre  pour 
l'expérimentation;  les  fuites,  maintes  fois  observées,  s'élevaient  à 
35  millimètres  d'eau  perdue  en  11  heures,    soit  14  litres  par  heure. 


—  468  — 


Pour  Texactitude  des  résultats  il  y  a  donc  eu  lieu  de  tenir  compte 
de  ces  pertes. 


TABLEAU   N-   1. 


Dimensions  nécessaires  pour  les  calculs. 


SIGNES 

DÉSIGNATION 

PETIT  r.¥L!.\DBE 

GR^n  aUMlRE 

e 

Diomctres  des   uistuns 

0-,3l5 

0,050 

0-S07793 

0,07695 
U-»,05587 

U"',726 

0,04833 

O-,600 

0,075 

0->,»<274 

0,!28U53 

O.2028U 

0-,723 

0,3213 

—        des  tiges 

Surfaces  des  pistons,  haut 

—              —         roo>-enn&s  .... 

Cubes  engendrés,  moyens 

Course  des  Distons 

Espaces  nuisibles  proportionnels,  iiK>\enà 

ESSAI  AU  FliEIN  DU  lo  MARS  1885 


Les  observations  pendant  Tessai  ont  été  faites  par  six  opérateurs: 

Deux  opérateurs  aux  appareils  à  relever  les  courbes  de  pression. 

Un  observateur  enregistrant  les  pressions  indiquées  par  un  ma- 
nomètre sur  la  boite  à  tiroir  initial  et  les  admissions  dans  le  petit 
cylindre  indiquées  au  cadran  de  détente  à  chaque  relevé  de  courbe; 

Un  observateur  aux  thermomètres  de  l'eau  de  condensation  en 
sortie  enregistrant  ces  températures  et  les  hauteurs  de  charge  au- 
dessus  de  Taxe  de  Toriflce  d'écoulement; 

Un  observateur  de  niveau  d'eau  à  la  chaudière  et  à  la  pesée  de 
Feau  d'alimentation; 

Un  observateur  du  frein  aidé  par  trois  hommes  pour  le  serrage  et 
le  mouillage  du  volant-poulie. 

La  durée  de  l'essai  a  été  de  trois  heures  et  dix  minutes. 
Les  diagrammmes  tirés  de  o  minutes  en  5  minutes  et  les  observa- 
tions relevées  aux  mêmes  instants. 


—  469  — 

TABLEAU  N*  2. 

Essai  du  15  mars  1885.  Résumé  des  notes  d'observations. 


DÉSIGNATION 

TOTAUX 

PAR  HBURB 

« 

Durée  de  l'expépience  :  3  h.  10  m. 

Nombre  de  tours  de  la  machine  .  .  . 

Eau  d'alimentation  pesée 

Dont  à  déduire  leâ  fuites  constatées  de 
la  chaadière 

10.758 
1.442^ 

44'^ 

50345''^ 

13%30 

30%137 

16- ,837 

2-,32 

371''00 

72k« 

Rev. 
3394,1 

44U 

15900»^ 

Eau  d'alimentation  nette  par  heure  .  . 

Eau  sortie  du  condenseur 

Température  de  i'eau  d'injection  .   .  . 
Température  moyenne  do  Teande  sortie. 
Température  ac^iso 

Rayon  du  frein 

Poids  total  du  frein 

Travail  de  la  pompe  de  puits  à  ajouter 
en  kilogm 

De  ces  observations  et  des  calculs  préliminaires  qui  annonçaient 
nne  dépense  d'eau  d'alimentation  de  12  pour  cent  plus  élevée  qu'elle 
n'était  ily  a  2  ans,  il  résultait  que  des  désordres  d'importance  secon- 
daire s'étaient  produits  et  qu'il  y  avait  lieu  de  vérifier  les  organes 
internes  de  la  machine. 

On  a  reconnu,  en  effet,  1**  que  les  ressorts  qui  pressent  les  tuiles 
sur  le  dos  du  tiroir  initial  étaient  trop  adoucis  par  l'usage  et  qu'il 
y  avait  lieu  de  leur  donner  un  peu  de  bande.  —  2**  que  le  tiroir  de 
transvasement  avait  par  les  mêmes  raisons  été  affaibli  dans  le  res- 
sort réactif  entre  les  deux  surfaces  et  qu'il  y  avait  fuite  au  premier 
moment  de  mise  en  communication.  Désordre  d'ordre  inférieur  qui, 
tout  en  entamant  l'économie  du  fonctionnement,  n'avait  encore  pu 
être  remarqué  par  l'industriel  qui  faisait  usage. 

Toujours  satisfait  du  fonctionnement  économique  de  sa  machine, 
M.  CoUin  n'avait  pas  cru  devoir  la  faire  visiter  et  nous  assurait  de  la 
continuité  de  son  bon  état. 

L'épreuve,  devons-nous  le  faire  remarquer,  a  eu  lieu  dans  des 
conditions  défectueuses  et,  si  les  résultats  n'ont  pas  été  ceux  qui 
appartiennent  réellement  à  la  machine,  ils  n'en  ont  pas  moins  été 
supérieurs  et  de  beaucoup  à  ceux  des  machines  les  plus  en 
renom. 

Nous  aurions  donc  pu  borner  notre  communication  à  l'énoncé  des 
résultats  bruts  de  l'essai,  mais  nous  avons  considéré  que  le  travail 


—  470  — 

serait  incomplet  et  indigne  d'être  présenté  devant  une  société 
savante  s'il  n'était  accompagné  d'une  analyse  qui  mette  à  jour  les 
différents  phénomènes  de  l'épreuve;  c'est  un  travail  aride  et  fati- 
gant, nous  en  convenons,  mais  qui  ne  sera  pas  sans  utilité  pour 
l'avancement  de  la  science  de  la  machine  à  vapeur. 

Nous  ne  donnerons  donc,  tout  d'abord,  que  les  résultats  som- 
maires du  frein,  nous  réservant  de  ne  produire  les  résultats  analy- 
tiques qu'avec  trois  autres  observations  destinées  à  corriger  la 
première. 

Travail  effectif  : 

Tm=  1^  =  6^^-03 

-\-  travail  de  la  pompe  de  puits      0      9o 
Total  du  travail  effectif  "tfÔ^^MMI 

Dans  laquelle, 

r  =     2«320,  le^er  du  frein. 

n  =    56'  62i ,  révolutions  à  la  minute. 

p  =  371'^  000,  poids  effectif  sur  bras  du  levier. 

Lo  roiulomont  de  l'indiqué  à  Teffectif  est  : 

Frein  69^^00 


Rend'  indiqué    75,83 


=  0,9i 


Le  dénominateur  75,83  est  pris  dans  le  tableau  du  résumé  dos 
quatre  essais.  L'épreuve  du  i5  mars  est  sous  la  lettre  B. 

Cette  première  étape  établit  que  la  machine  a  un  rendement 
ordinaire  de  91  0/0  malgré  la  disposition  défavorable  du  frein  sur 
un  volant  en  porte-à-faux. 

Après  avoir  remédié  au  désordre  des  organes  en  donnant  le 
serrage  convenable  aux  tiroirs,  deux  épreuves  ont  été  faites  sur  la 
machine  en  service  courant.  La  première,  le  29  avril,  sous  l'indi- 
cation de  la  lettre  C;  la  deuxième,  le  2  mai,  portant  Tindication  D. 

Les  essais  comprennent  : 

1®  Jauge  de  l'eau  d'alimentation; 

2''  Jauge  de  l'eau  de  condensation  ; 

3**  Chaleur  acquise  par  cette  dernière  ; 

4''  Relevé  de  diagrammes  doubles  et  concordants. 

Pendant  l'essai  du  2  mai,  une  extraction  partielle  de  l'eau  con- 


densée  dans  la  botte  initiale  a  été  pratiquée.  Cette  extraction  a 
été  15",50. 

A  ce  sujet  de  purges  nous  devons  dire  que,  pour  des  ri 
convenance  de  l'industriel,  le  système  de  purges  des  envel 
lies  bottes  à  vapeur  a  été  modifia  ci  altéré.  L'extraction  pa 
î  mai  avait  pour  but  de  corriger  les  mauvais  effets  caus 
suppression  partielle  de  ces  purges. 

Le  tableau  qui  suit  résume  les  quatre  essais  dont  no 
parlé. 

La  première  ligne,  sous  l'indication  de  la  lettre  A,  co 
résumé  de  six  diagrammes  doubles  pris  dans  une  série  r 
23  janvier  1883. 

La  deuxième  ligne,  lettre  B,  donne  la  moyenne  de  1â  dia 
doubles  pris  dans  la  série  df  Hâ  diagrammes  relevés  penda 
au  frein  du  15  mars  188"). 

La  troisième  ligne,  lettre  C,  donne  la  moyenne  de  10  dia: 
doubles  relevés  le  29  avril  ISfifi. 

Enfin,  la  quatrième  ligne,  lettre  D,  donne  la  moyenne  d( 
grammes  doubles  relevés  le  2  mai  188ri. 


Dl«Br«iiimaa  inoy«iiB  tlrda  pendant  l'essai  dn  15  mars  i 

OHAND  CYLINDRE, 


PETIT   CVLI?iDIIR. 


—  472  — 


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—  473  — 

Je  ne  reviendrai  pas  sur  la  méthode 
méthode  d'ailleurs  exposée  maintes  fois 
surplus  âes  travaux  fort  longs  qui  nécessii 
chiffres,  et,  pour  eo  donner  une  idée,  le) 
donnent  le  résumé  de  calcul  de  184  d 
nécessité  moins  de  âS.UOO  nombres  et  Te 

Lorsqu'il  s'agit  d'analyser  un  essai  sur 
cation  de  la  courbe  positive  est  l'opéra 
L'écart  entre  la  courbe  recueillie  et  la  ( 
l'état  interne  de  la  vapeur. 

La  colonne  6  du  tableau  donne  la  moyei 
cet  écart  pour  le  petit  cylindre.  La  colon 
moins  dans  le  grand  cylindre. 

Les  nombres  du  la  colonne  7  provie 
tnoins  entre  les  pressions  initiales  calcv 
celles  qui  résultent  de  la  reconstitution  d 
la  pression  finale  de  ce  même  cylindre, 
cylindre  reportées  au  petit  cylindre  soi 
pliées  par  le  rapport  4,  afin  de  lui  de 
appartient. 

Les  nombres  des  colonnes  6  et  7  ajout< 
pression  moyenne  indiquée,  donnent  le  I 
dû  engendrer  le  poids  de  vapeur  en  fond 

Le  nombre  de  la  colonne  17,  ajouté  à 
pression  moyenne  indiquée  sur  le  grand 
théorique  du  grand  cylindre. 

En  ajoutant  ces  deux  travaux  théoriq 
sensible  avec  la  formule  : 


Q  =  ^il^ 


Ce  qui  fait  la  preuve  de  la  justesse  d 
nous  allons  le  voir  dans  les  tableaux  num< 


—  474  — 


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—  4/i)  — 

TABLUU  If*  5, 

Résumé  de  la  vérifloation  de  la  oourbe  théorique. 
q    exprime   le    poids   de    vapeur  par    cheval    indiqué. 


DÉSIGNATION 
EXPiancNCES 


A. 
B 
C 
D 


PAA   LA  FORMULE 
STm 


9,  4S344 

9i  4,556 

9,  4,469 

9,  4,356 


PAR    L'ORDONNéE    MOYENNE 

DU  DIA6R.  PLUS  LES 
DIFFéRENC.  ENTRE  COURBES 
THÉORIQUES  BT  GR  A  PBIQUES 


93  4S342 

9,  4,  550 

q,  4,461 

9a  4,451 


DIFFÉRENCES 
entre  9,  et  9, 


+  0SO02 

+  0,006 

4-  0,008 

—  0,095 


Afin  que  Ton  paisse  vérifier  le  mode  de  calcul,  nous  donnons  un 
exemplaire  de  chaque  opération.  Le  tableau  n^  4  donne  la  double 
opération  de  contrôle  de  la  courbe  théorique.  Le  tableau  n^  5  est 
le  résumé  de  quatre  opérations  semblables  dont  la  concordance  est 
très  satisfaisante  pour  l'analyse. 


POIDS  DE  VAPEUR  CONSOMMÉE 


Le  critérium  principal  du  fonctionnement  d'une  machine  est  le 
poids  de  vapeur  consommée  par  cheval  et  par  heure. 

Or  Tessai  A  du  23  janvier  1883  donne  la  valeur  4^,o60  de  vapeur 
pour  cette  consommation,  tandis  que  les  trois  essais  B.  C.  D. 
considérés  par  leurs  diagrammes,  donnent  une  moyenne  de  5*^,177; 
c'est-à-dire  12  0/0  d'augmentation  de  ce  chef, 

Qaelle  est  la  cause  de  cette  perturbation  constante  et  marquée  ? 
On  ne  peut  l'attribuer  au  désordre  passager  qui  a  été  constaté  pen- 
dant l'essai  du  15  mars,  puisque  létaux  du  fonctionnement  5^^,192  est 
sensiblement  égal  à  5^^,170,  moyenne  des  expériences  B  et  C  qpii 
ont  été  faites  après  ce  redressement. 

Il  faut  donc  chercher  ailleurs.  Notre  première  pensée  a  été  de  véri- 
fier le  fonctionnement  des  purges  des  enveloppes;  nous  avons  reconnu 
que,  à  part  la  suppression  de  la  purge  permanente  de  la  boite  à 
tiroir  initial,  suppression  pour  laquelle  nous  faisons  des  réserves, 
les  purges  des  enveloppes  étaient  efficaces  et  leur  fonctionnement 
normal. 


—  476  — 

Restait  la  qualité  de  la  vapeur. 

Quelle  différence  pouvait-il  y  avoir  entre  la  vapeur  du  23  janvier 
1883  et  celle  de  ces  jours  derniers? 

On  n'est  pas  encore  bien  fixé  sur  les  causes  de  saturation  d*eaa  de 
la  vapeur;  certaines  chaudières  donnent  de  la  vapeur  relativement 
sèche;  d*autreS|  au  contraire,  dans  des  conditions  qui  semblent  plus 
favorables  à  la  production  de  la  vapeur  sèche,  donnent  une  vapeur 
très  chargée  d'eau. 

Quelques  praticiens ,  chauffeurs  attentifs  et  observateurs,  m'ont 
affirmé  qu'ils  se  tenaient  plus  aisément  en  pression,  pour  un  travail 
donné,  avec  un  niveau  d'eau  élevé  aux  chaudières  qu'avec  un  niveau 
d'eau  bas.  Ils  prétendent  employer  moins  d'eau  à  l'alimentation  et 
brûler  moins  de  charbon.  C'est  un  fait  qui  reste  à  vérifier  et,  quoi 
qu'il  en  soit,  je  me  souviens  d'avoir  assisté  à  la  mise  en  marche  d'une 
machine  demi-fixe  de  mon  système,  avec  un  niveau  d'eau  perdu  au- 
dessus  du  tube  indicateur.  Néanmoins,  la  machine  a  fonctionné  sans 
accident  depuis  6*^,55  du  matin  jusqu'à  8^,55,  c'est-à-dire  pendant 
deux  heures  pleines,  sans  aucune  alimentation.  Il  a  fallu  ce  laps  de 
temps  pour  descendre  au  niveau  réglementaire  fixé  à  la  demi-hau- 
teur du  tube. 

Cette  machine,  au  service  des  Postes  et  Télégraphes,  produisait 
alors  46  chevaux  indiqués;  la  consommation  d'eau  était  240  à  250  kil. 
par  heure,  soit  un  demi-mètre  cube  environ,  pour  les  deux  heures. 

Ce  fait  m'a  frappé,  car  je  n'ai  rien  remarqué  d'anormal  dans  la 
marche  de  la  machine  et,  malgré  ce  surcroit  d'eau  qui  obstruait  la 
chaudière  et  réduisait  considérablement  le  plan  d'évaporation,  la 
vapeur  m'a  semblé  d'aussi  bonne  qualité  que  de  coutume. 

Je  ne  serais  donc  pas  éloigné  d'admettre,  par  suite  de  cette  obser- 
vation, que  l'épaisseur  de  la  couche  d'eau  au-dessus  des  surfaces 
chauffées  ne  soit  pas  indifférente  au  degré  de  saturation  d*eau  de  la 
vapeur. 

Mais  cette  digression,  utile  à  certains  égards,  ne  nous  donne  pas 
l'explication  que  nous  cherchons.  Peut-être  les  conditions  de  four- 
niture de  vapeur  nous  donneront-elles  plus  de  lumière. 

Pendant  le  relevé  des  courbes  du  23  janvier  4883,  la  vapeur  était 
fournie  par  les  deux  chaudières  que  nous  avons  décrites.  Partagée 
dans  ces  deux  générateurs,  Tébullition  était  nécessairement  très 
calme  et  la  vapeur  qui  en  sortait  très  peu  chargée  d'eau.  De  plus 


—  477  — 

la  purge  de  la  boite  à  vapeur  initiale  existait,  Teau  de  cette  boite 
retournait  directement  à  la  chaudière,  y  portant  des  traces  d'huile 
qui  favorisaient  la  production  de  la  vapeur  sèche.  La  tuyauterie,  à 
cette  époque,  était  de  section  insuffisante,  Tecoulement  de  la  vapeur 
des  générateurs  à  la  machine  devenait  en  quelque  sorte  constant. 
L'intermittence,  on  le  sait,  provoque  Tébuliition  tumultueuse  dont  la 
conséquence  est  la  saturation.  Ces  causes  réunies,  deux  chaudières, 
la  purge  de  la  boîte  et  une  canalisation  restreinte,  ont  livré  une 
vapeur  faiblement  saturée  d*eau  qui  a  fait  que  la  consommation  de 
vapeur  était  à  ce  moment  (Essai  A  du  23  janvier  1883)  4*^,560 
par  cheval  indiqué.  La  vaporisation  pendant  les  détentes  dans  les 
deux  cylindres  accusait  une  augmentation  de  poids  de  vapeur  de 
0,048. 

Dans  l'essai  B  au  frein,  du  15  mars  dernier,  les  conditions 
de  fourniture  de  vapeur  n'étaient  plus  les  mêmes  ;  au  lieu  de  deux 
générateurs  il  n'y  avait  plus  qu'une  seule  chaudière,  plus  de  purge 
initiale  et  la  canalisation  rectifiée  présentait  une  section  suffisante 
pour  créer  l'intermittence  de  l'évaporation. 

Les  trois  séries  de  diagrammes  B  C  D,  qui  ont  été  relevées 
dans  ces  conditions,  présentent  toutes  ce  caractère,  de  faire  appa- 
raître pendant  les  détentes  successives  dans  les  deux  cylindres, 
une  nouvelle  vapeur  dont  le  poids  est  de  13  0/0  supérieur  à  celui 
attribué  par  l'appareil  de  détente,  soit  0,082  supérieur  à  l'essai  A. 

De  ces  comparaisons  on  peut  donc  conclure  que  les  expériences 
récentes  B  C  D  sont  empreintes  d'un  élément  perturbateur, 
c'est-à-dire  faites  avec  une  vapeur  très  saturée  d'eau  que  l'analyse 
fixe  à  14  ou  15  0/0  du  poids  total. 

L'explication  du  passage  de  4^,560,  poids  de  vapeur  à  celui  de 
0^177  reconnu  ultérieurement,  n'a  pas  d'autre  cause. 

Nous  allons  examiner  maintenant  le  poids  supplémentaire  d*cau 
d'alimentation  constaté  dans  l'essai  B  du  15  mars. 

Mais  avant  d'entrer  dans  cet  examen  particulier,  nous  devons 
jotor  un  coup  d'œil  sur  la  partie  similaire  des  essais  postérieurs  CD. 


—  478-^ 


JUSTIFICATIO^■ 

DE  LA  POSSIBILITÉ  d'aPPRÉGIER  ET  DE  FIXER  TRÈS  APPROIUMATIVEUENT  IXS 
POIDS  DE  VAPEUR  ET  LES  CALORIES  QUI  TRAVERSENT  LES  CYLINDRES  DES 
MOTEURS  A    VAPEUR. 


Sur  ce  point  très  délicat,  nous  avons  attaché  tous  nos  soins 
pour  éliminer  les  causes  de  trouble  et  d'erreurs  afin  de  détermi- 
ner exactement  les  valeurs  cherchées. 

Pour  arriver  -à  ce  résultat,  nous  avons  relevé  sur  les  trois 
séries  les  plus  intéressantes,  celles  que  nous  étions  en  mesure 
de  contrôler  par  la  calorimétrie,  les  poids  de  vapeur  accusés  par 
les  diagrammes. 

Ces  poids  comparés  avec  ceux  des  pesées  d*eau  d'alimentation 
nous  ont  fourni  les  valeurs  inscrites  dans  le  tableau  n^  4. 

Nous  remarquons  à  l'essai  B  que  les  20  diagrammes  non  calcu- 
lés en  toutes  leurs  parties,  le  poids  de  la  vapeur  seul  relevé,  don- 
nent un  nombre  392*^,6.00  nombre  est  fort  rapproché  de  celui 
394^^,6  résultant  des  i2  diagrammes  prisa  peu  près  indistinctement 
parmi  les  32  composant  la  série  B.  Ce  fait  est  très  explicable  :  on 
travaillait  au  frein,  c'est-à-dire  à  puissance  constante.  Néanmoins 
on  peut  reconnaître  ce  qu'il  y  a  de  sérieux  et  d'exact  dans  ce  genre 
d'analyse. 

La  moyenne  de  ces  deux  valeurs  étant  de  I  kil.  au-dessous 
seulement  du  chiffre  précédemment  trouvé,  nous  n'avons  pas  cru 
utile  de  retoucher  le  travail  pour  une  aussi  mince  différence. 

394*^,6  reste  donc  la  valeur  de  Q. 

46^,4  le  poids  de  vapeur  et  d'eau  échappé,  soit  par  fuites,  soit  par 
eau  entraînée,  forme  le  complément  des  441  kilogrammes  d'eau 
pesée  introduite  pour  l'alimentation  de  la  chaudière.  Cette  diffé- 
rence sera  spécifiée  à  l'article  de  la  calorimétrie. 

L'essai  C  présente  en  comparaison  deux  valeurs  un  peu  plus  dis* 
tantes  pour  chaque  demi-série  de  diagrammes  :  12^,50  de  différence. 
La  moyenne  de  ces  deux  nombres  392"^, 54  est  très  sensiblement  la 
même  que  celle  de  l'essai  B  (393'',6)  ce  qui  implique  une  puissance 
moyenne  à  peu  près  égale  à  celle  développée  avec  le  frpin,  ainsi 


—  479  — 


qu'on  le  voit  à  la  colonne  2U  du  tableau  u^  2.  Mais  cette  puissance 
n*a  pu  être  constante  et  toujours  en  harmonie  avec  les  20  diagram- 
mes à  cause  des  intermittences  de  puissance  employée.  C'est  ce  qui 
fait  que  le  poids  de  vapeur  semble  être  supérieur  de  9  kilogrammes 
à  celui  de  Teau  alimentaire. 

Pour  ce  point,  c'est  à  la  calorimétrie  que  nous  demanderons  des 
éclaircissements. 

L'essai  D  du  2  mai,  par  suite  des  variations  de  puissance,  présente 
des  valeurs  un  peu  plus  écartées.  Entre  les  10  diagrammes  calculés 
et  les  24  diagrammes  non  calculés,  il  y  a  35  kilogrammes  de  difie- 
rence. 

Cependant  en  faisant  la  moyenne  de  ces  deux  valeurs  on  arrive  à 
tt  kilogrammes  près  de  celle  des  deux  précédents  essais. 

Cette  dernière  moyenne  est  sejisiblement  l'égalité  avec  le  poids 

de  l'eau  d'alimentation,  la  différence   en  moins  étant  de  2^,15, 

1 

xî'est-à-dire  -j-  pour  cent. 

De  cette  étude,  il  ressort  clairement  que  l'essai  B  au  frein, 
celui  qui  a  été  suivi  par  xm  certain  nombre  de  membres  de  la 
Société,  a  été  altéré  par  les  désordres  des  organes  internes  de  la 
machine,  et  qu'il  y  a  eu  46  à  47  kilogrammes  d'eau  d'alimen- 
tation qui,  tant  en  vapeur  qu'en  eau  transportée,  ont  passé  à  travers 
les  organes  sans  produire  de  travail. 

La  quotité  Q  de  vapeur  inscrite  dans  les  diagrammes  du  grand 
cylindre  est  au  contraire  constante  pour  les  trois  essais. 

B  75  ch^  88  =  :i93'^  60 
C  lo  07  =  392  5i 
1)    72        17  =  386  4o 

TABLEAU  >•  6. 

Poids  de  vapeur  sensible  et  eau  pesée 


veouit  du  tabl.  i 

Série  non  calcul. 

Ban  alimeotaire . 
Moyenne  .... 
Différence  -f  — . 


B.  ESSAI  DU  i5  MARS 


39i,6x0»5 


382,6X0,5 


TlPBtl 


197.30 


196,30 


i7,<0 


441.00 


Bil 


Ui,00 


441.00 


CESSAI  DU  29  AVRIL 


:J08,79xO,5 


386,30X0,5 


TIPEIR 


19e,3d 


L93,15 


302,34 


392,54 


110 


38;). 50 
0.04 


:I92,54 


D.  ESSAI  DU  2  31  AI 


:)61,6xi0 


34 

306.8tx24 


34 


TifUK 


106,45 
280,00 


386,43 
2.15 


388,60 


Ul 


388,60 


388,60 


—  480  — 


TABLEAU  W  7. 


Puissanoe  théorique  et  puissanoe  indiquée.  Rendement. 


KSSAIS 
A 

c 

D 

THiORlQll 

1 

T»  INBIQOÉ 

RENDUERf 
3 

RESBUKRT 
moyeQ  (4) 

1 

■ 

chevaux 

80,77 
86,74 
89,41 
81,24 

chevaux 

76,86 
75,83 
75.07 
7î,17 

0,875 
0,840 
0,889 

0,952 
0,868 

l.ri  noinbi'cs  de  la  première 
colonne    sont    formés  de 
la  puissance  indiquée  T.. 
plus  le  complément  entre 
tes  courbes  graph.  et  théo- 
riques. 

2,604 

3 

Par  le  rapprochement  de  valeurs  donné  par  ce  tableau  on  re- 
connaît la  constance  de  consommation  dans  les  trois  essais  B  C  D, 
leurs  rendements  étant  sensiblement  les  mêmes  et  en  écart  mojen 
de  9  pour  cent  de  celui  de  l'expérience  A. 

L'influence  de  la  vapeur  très  saturée  d'eau  devient  donc  de  plus 
en  plus  manifeste  et  c'est  à  cette  cause  qu*est  dû  l'accroissement 
de  consommation  de  vapeur  que  nous  avons  constaté. 

De  4*^,560  qu'elle  était  avec  vapeur  relativement  sèche  à  5  0,  U 
d'eau,  la  consommation  s'est  élevée  à  5'',177  avec  de  la  vapeur  à 
15  0/0  d'eau. 


PRIX  DE  REVIENT  DU  CHEVAL  EFFECTIF 


Le  travail  industriel  de  la  machine  soumise  aux  essais  peut 
être  évalué  à  69  chevaux  effectifs  et  constants. 

Les  personnes  qui  ont  assisté  à  l'expérience  ont  dû  remarquer  la 
qualité  inférieure  du  charbon.  Le  prix  de  ces  charbons  est  de 
19  francs  les  1,000  kilos  rendus. 

Or,  2,000  kilos  de  ce  charbon,  allumage  compris,  fournissent 
33  heures  de  marche,  soit  60'*,6  à  l'heure. 


Pour  produire  69  cb*  effectifs. 

60,6 


C'est  de  la  force  motrice  qui  revient  à  1  centime  et  deu 
par  force  de  cheval  effectif  et  par  heure  pour  son  combustib! 


CALORIMETRIE 


Lorsqu'il  s'agit  d'observations  expérimentales  sur  des  moi 
vapeur,  la  calorimétrie  est  indispensable  pour  contrôler  et  c 
ter  l'analyse  de  ces  observations. 

M.  Jules  Armengaud  l'a  bien  certainement  compris  ainsi,  ( 
pour  ce  motif  et  en  vue  de  l'avancement  de  la  science,  que  mu 
mable  contradicteur  m'a  donné  de  bienveillants  encourag< 
pour  continuer  mes  recherches  dans  cette  question  encore  ol 

Pour  répondre  également  aux  c^iiiques,  très  courtoises  d'ai 
de  notre  honorable  collègue,  M.  Piarrou  de  Mondésir,  qui 
des  doutes  sur  la  rectitude  de  mes  procéiiés  d'analyse  et  de  c 
j'ai  mis  en  un  tableau  ci-après  les  calculs  en  détail  de:i  trois 
calorimétriques  qui  font  l'objet  de  ce  mémoire. 


TABLEAU  W  8. 


—  m  — 


Galoiixnétrie  des  trois  essais  B,  G,  D. 


CHALEUR    INITIALE    DE    LA 

VAPEUP 

. 

ESSAI   B 

ESSAI 

C 

ESSAI   D 

■ 

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Pression  initiale  .  . 

7^256 

7"'522 

8^222 

T 

Température  à  P  .  . 

165«i3 

166»72 

169»82 

A 

606,5  +  0,305  X  T 
s=  calories.  .  .  . 

Eau  d'alim.  jaugée  . 

656«89 

857«35 

658«23 

455^00 

383'»^50 

^03^^80 

-f-  manq.  niv.  0*002 
Eau  d'aliment,  total. 

8  75 

455^00 

30a  25 

403  80 

' 

—  faites  par  chaud.. 

1  <»'00 

4  65 

A  61 

—  correcl.de  dilatât. 

4  lu 

4  35 

.      <?• 

—  purgede  boite  init. 
Eau  d'aliment,  net  . 

6  20 

U1>>00 

383^50 

388^60 

Q 

Poids  de  vap.sensibl. 
Différences  4-  ou  — 

Calories. 

394  60 

392  54 

386  45 

. 

46  40 

9  04 

2  45 

U 

Poids  de  vap.  ou  Q«  . 

394^60 

2,59616 

383^50 

2,58377 

388i'60 

1.58930 

A 

Chaleur  latente.  .  . 

L'e.xcédent4srr.40 
se  répartit  ainsi  : 

tô6«89 

2,81750 

259.220 

637«3i 

2.81780 

232.100 

658' 23 

2,81838 
5,40788 

255.792 

5,41366 

5,40157 

Suites  Tapeur  .   .  . 

iOHi 

1,^8316 

A 

Chaleur  latente.  .   . 
Kau  chaude  .... 

056  89 

2,81750 

19,1»80 

- 

- 

• 

3.30066 

1,20338 

T 

Température.  .  .  . 

465«J3 

2.31809 

2.640 

3.42167 

281.840 

252.100 

255. 79â 

TABLEAU  N*  8  6Û« 


—  483  — 


Galorimétrle  des  trois  essais  B.  G.  D. 


CHALEUR    RECUEILLIE 

GOBE  DE  L'EAU 

ESSAI 

B 

ESSAI   C 

ESSAI   L) 

DE 
CONDENSATION 

BT 
TBlIPiBATURE 

tfi 

M 

» 
O 

•Ji 

M 

^* 

ta 

< 

•8 

te 

o 

'Ji 
M 

as 

ea 

c 

s 

X 
H 

1-4 

O 

sa 
as 

3 
2 

V3 

O 

se 

S 

te 

ee 
-< 

î 

< 

0 

Orifice  d'écoulement 

0-0*5 

0-0*5 

0  0*5 

H 

Hauteur  de  charge  . 

i  020 

1   036 

1  0205 

S 

Section  de  Torifice . 

15*290*3 

15«290*3 

l5«-90*2 

Y 

Vîtes,  d'écoul.iar'. 

A-'iTS 

*"'o0X 

*  *00 

k 

Coefficient  de  const. 
Ecoulem.  par  heure . 

0  62i 

i5--*oao 

0  621 
16- '027 

0  621 
15  080 

T. 

Temp'«de  l'eau  »oriie 

30o|37 

28"»2I 

28  *Ô6 

t 

■»    de  l'eau  d'enlr. 
T  — « 

12*300 
16*837 

13-30 
U«91 

13  300 
15  166 

Calories. 

■ 

Ecoulem.  par  heure. 

I5-J900 

*. 20151 

19--H)27 

4.20*8» 

l5-»980 

4.20353 

0. 

T— 1 

-f4'eau  de  sortie  pro- 
TCQ.  de  vap.  cond . 

<6«8S7 
«H^^OO 

1,22625 

267.787 

5.805 

U  010 

SSS'^jO 

1,173*8 

239.000 
5.100 

15^1 66 

1,18078 

2*2.300 
5-168 

5,*277ti 

5,37837 

5.38*31 
XI 3- 30 

XIS^SO 

XI 3-30 

+  pertes  de  chaleur 

2«AreyoQ*oontacd 

■ 

i  V*  buée  da  cond'' 

3  V*  au  total. 

- 

Calories 

273.032 

X  0  O.J 

8  208 

2**  100 

X  0  03 

7.323 

2*7. *0» 

X  0  03 

7.42* 

Dif^eoces  eo  moins 

■ 

677 

'       • 

900 

381 .8*0 

252.100 

255.792 

• 

—  48i  — 

Dans  Fessai  au  frein  du  15  mars,  nous  avons  constate  entre  Feau 
d'alimentation  pesée  et  le  poids  de  la  vapeur  sensible  relevé  sar  les 
diagrammes,  ime  différence  de  46  kilom.  40.  Ce  n'est  qu'au  moyen 
de  la  calorimétrie  qu'on  peut  déterminer  la  nature  de  cette  diffé- 
rence . 

La  chaleur  recueillie  dans  Teau  de  condensation  augmentée  des 
pertes  ordinaires,  le  contact  de  l'air  et  le  rayonnement,  donneut  un 
total  de  281,840  calories*. 

La  moyenne  des  12  diagrammes  calculés  indique  394*^6  de  vapeur 
sensible  qui  ont  fourni  au  condenseur  259,220  calories,  soit  une 
différence  de  22,620  calories  dont  il  importait  de  retrouver  Téqui- 
valent. 

La  calorimétrie  répartit  ainsi  le  poids  complémentaire  46^40  : 

Vapeur 30*^42 

Eau  chaude.  .  .     15  98 
Total mm 

Dans  l'expérience  G,  le  poids  de  vapeur  Q  calculé  sur  diagramme:^ 
dépasse  de  9*^  04  celui  de  la  pesée  d'eau  d'alimentation  Q^.  Ce  fait 
n'a  rien  d'anormal.  Dans  cet  essai  en  marche  industrielle,  il  j  a  eu 
des  variations  de  puissance  et  toutes  les  phases  n'ont  pu  être  enre- 
gistrées par  les  diagrammes.  Il  suffit  de  quelques  courbes  relevées 
plus  dans  un  sens  que  dans  l'autre,  pour  altérer  la  moyenne  et 
présenter  des  différences  assez  notables.  Par  ces  considérations  nous 
pouvons  admettre  qu'il  y  a  eu  égalité  entre  Qo  et  Q  et  que  le  vrai 
poids  de  vapeur  est  bien  383^50.  En  établissant  les  calculs  sur  cette 
base,  on  trouve,  en  effet,  des  produits  très  approchés,  puisque  le 
nombre  de  calories  en  moins  est  de  677  ;  équivalent  sensible  d'nn 
kilogr.  de  vapeur,  soit  1/4  0/0  sur  la  totalité. 

L'expérience  D  présente  une  légère  différence  entre  Qo  et  Q.  C'est 
le  poids  de  vapeur  qui  est  moindre  de  2*^15  que  celui  de  Talimentatian. 

L'équation  calorimétrique  est  établie  sur  le  poids  net  de  Feaa 
d'alimentation  Qo  =  388*^60.  Ce  calcul  donne  un  excès  de  900  calo- 
ries sur  la  chaleur  versée  au  condenseur.  Mais  si  le  calcul  eût  été 
établi  sur  le  poids  moyen  de  vapeur  sensible  Qo  —  386''  45,  la  diffé- 
rence deviendrait  en  moins  de  515  calories. 

1.  Par  kilogr.  de  vapeur,  la  qnoiitè  de  Teau  de  condensation,  se  chargeant  de  ib'^ 
«  été  de  4U  d  3. 


—  488  — 

On  voit  par  l'extrêrae  rapprochement  de  ces  nombres  que  les  opé- 
rations présentent  un  caractère  (inexactitude  sur  lequel  nous  nous 
appuierons  pour  conclure  sur  ce  sujet. 


CONCLUSION 

Le  but  de  ces  expériences  consistait  : 

l""  A  rechercher  le  minimum  de  consommation  en  eau  alimentaire 
et  en  vapeur  sensible  que  pouvait  réaliser  le  fonctionnement  de  la 
machine  à  vapeur  soumise  à  ces  épreuves,  soit  en  puissance  brute 
sur  le  piston,  soit  en  puissance  nette  sur  l'arbre  ; 

^  A  établir  le  rapport  entre  ces  deux  puissances  ; 

3^  A  déterminer  le  rapport  entre  le  poids  de  Teau  d'alimentation 
et  celui  de  la  vapeur  sensible  ; 

¥  A  connaître  l'écart  entre  le  fonctionnement  pratique  et  le  fonc- 
tionnement théorique  et  faire  la  preuve  de  la  justesse  de  l'opéra- 
tion; 

5**  Enfin,  à  établir  la  contre-épreuve  calorimétrique  tant  au  point 
de  vue  de  l'étanchéité  des  organes  que  de  celui  des  quantités  de 
vapeur  mises  en  fonction  dans  la  machine  et  le  sort  do  la  chaleur  de 
cette  vapeur. 

Sur  la  première  question:  vapeur  consommée,  nous  avons  reconnu 
que  l'état  incorrect  de  la  machine,  lors  de  l'essai  B,  du  IS  mars 
dernier,  a  donné  pour  résultat  de  consommation  : 

Eau  alimentaire  pesée 6*^390 

Vapeur  sensible ti^  707 

Les  deux  essais  C  et  D  faits  après  resserrement  des  ressorts  n'ont 
guère  modifié  la  dépense  de  vapeur  puisque  la  moyenne  de  ces  deux 
essais  est  de  5^  685,  faisant  observer  que,  dans  ces  trois  épreuves, 
la  saturation  de  la  vapeur  était  de  H  à  13  pour  cent. 

Mais  l'essai  A  antérieur  de  deux  années  fait  avec  deux  chaudières 
fournissant  de  la  vapeur  à  5  pour  cent  de  saturation,  seulement,  a 
donné  un  cheval  efTectif  avec  5^011  de  cette  vapeur.  Les  essais  C  et 
D  eussent  donné  les  mêmes  résultats  si  la  livraison  de  vapeur  avait 
été  dans  les  mêmes  conditions. 

Ainsi  donc,  la  qualité  de  vapeur  saturée  d'eau  en  excès,  que  nous 


-  i86  — 


avons  constatée  dans  les  essais  U  C  D,  ne  peut  être  mise  au  compte 
d'un  appareil  qui  y  est  totalement  étranger»  et  Ton  peut  conclure 
que  la  cote  de  la  machine  qui  a  été  soumise  à  ces  expériences,  est 
bien  5"^  001  de  vapeur, qualité  courante, parcheval  effectif  et  par  heure. 

Cependant,  pour  répondre  aux  plus  exigeants  en  cette  matière, 
nous  concédons  que  l'essai  A  du  23  janvier  1883  a  été  fait  hors 
contrôle;  qu*il  n'y  a,  pour  cet  essai,  que  des  diagrammes  détaches 
ne  présentant  pas  toutes  indications  pour  une  analyse  comme  les 
essais  B  C  D  dont  Teau  d'alimentation  a  été  pesée  ou  jaugée. 

Mais  si  l'essai  B  présente  une  discordance  entre  la  pesée  de  Teaa 
alimentaire  et  le  poids  de  vapeur  accusé  par  les  diagrammes,  fait 
accidentel  dû  à  un  désordre  reconnu  et  corrigé,  les  essais  C  et  D  qui 
ont  eu  lieu  après  correction,  sont  en  concordance  sensible  pour  ces 
deux  mesures.  Et,  en  ne  considérant  que  les  indications  données  par 
les  diagrammes,  on  a  pour  la  moyenne  des  essais  B  C  D  o"^  692  de 
dépense  de  vapeur,  à  13  p.  0/0  d'eau,  par  cheval  effectif  et  par 
heure.  Valeur  qui,  à  la  rigueur,  pourrait  être  admise. 

Enfin,  si  l'on  tient  absolument  à  l'essai  B  au  frein,  du  lo  mars, et 
à  l'eau  pesée  sans  admettre  le  désordre  accidentel  qui  a  été  constaté, 
et,  en  considérant  cet  état  exceptionnel  comme  l'état  normal  de  la 
machine,  la  consommation  de  cette  dernière  demeurera  encore  bien 
au-dessous  de  celles  réputées  des  meilleures  et  sortant  de  nos  pre- 
miers ateliers,  avec  lesquelles  nous  pouvons  entrer  en  comparaison. 

Tableau  de  comparaison   du  taux  de  consoinination  de  divers 

systèmes  de  machines  à  vapeur. 


m* 

1878 

1880 
1881 
188i 

» 

9 
■P 
» 

1885 
1883 


I 


BXPÉBIMEN- 
TATEraS 


Leioutre 
Tallktr-Hwflîer 

Schrôter 
Ifriw  Ckerhoarf 
Ville  de  Paris 

Delafond 
larh»  Chertearg 
Qienial  «t  Il«ine 
Queruel 
Quernel 


SYSTÈMES  DE  MACHINES 


Mono  cylindre  à  surchau(Te  système  Hirn 

Corliss.  Thtu  (Alsace) 

DeuK  cylindres  manivelles  àoo*.  .  .  . 

—  —                à  soiipap 
Corliss 

—  élévation  d'eau  (St-Maur)  .... 

—  —         eau  d"egoul(Clichy)  .  .  , 

Corliss 

Deux  cylindres  manivelles  à  uo«   .  .  .  . 

—  —    àl80«  Es8.  B  Frein 

—  —       —  C  et   D 


GONSOIIITIOII  PAR  CHETALft  PiR  1^1^" 


BAUALIHBNT.VTRE 


INDIQUi 


6^624 
7,000 

7.21.3 
7.750 
6.100 
5,193 
0,170 
4,560 


tFFCCTir 


î)S298 
9,370 
8.800 
7,6i8 
8. .596 
8,250 
8,7W 
9,500 
7.0i5 
6,390 
5,685 

:>.oii 


CHBVALKFFECTIF 


RKNF««^ 


0,91.1 

o.^e6 

0.866 
0,8» 


0,815 
0.^66 
0,910 
0.910 
0,910 


charm^ 


l,33i 


\.m  :■ 


—  187  — 
Rt  si  l'on  t>erre  la  comparaison  de  pins  [ 

ntiSAv  »•  JO. 


COMPARAISON 


Atsc  l'ttaai  B  ; 

Système  Corliss 

—      3  eyl.  manir.  A  90*.  . 


Atsc  l'essai  A  : 

Syiième  Corliss 

—      S  cyllnrirea  maaiT.  i  90". 


Sur  ta  deuxième  question  :  le  rendement  de  la  pu 
en  puissance  effective. 

Le  tablesn  ci-dessns  indique  pour  la  machine  Co 
tée  par  M.  Walther-Meunier,  un  rendement  de  9i  ,t 
dis  que  la  moyenne  de  pareille  macliine  construit 
donn^  qne  81  ,S  pour  cent  ;  celles  de  M.  Farcot,  81 
force  nominale.  —  Les  deux  derniers  rapports  s< 
mais  celui  de  la  machine  alsacienne  est  bien  pins  i 
La  différence  entre  le  poids  de  l'eau  d'alimentatî 
vapeur  sensible  peut  être  considérée  comme  nullt 
machines  fonctionnant  avec  de  la  vapenr  saturée  : 
entraînée.  Mais  au  delà  de  5  p.  0/0  il  peut  prend; 
les  machines  à  puissance  vaporisatrice  faible.  Rei 
dant  que,  jusqu'à  14  p.  0/0,  la  machine  soumise 
vaporisé. 

En  ce  qui  touche  l'utilisation  de  la  vapeur  iuscri 
ot  l'utilisation  théorique,  la  machine  a  donné  aux 
avec  vapenr  saturée  à  13  p.  0/0  d'eau,  une  utilisât 
X  l'essai  A  à  5  p.  0/0  d'eau,  l'utilisation  a  été  93,6 1 
Les  contre-calculs  nous  ont  donné  la  preuve  di 
notre  méthode  par  ta  reconstitntion  de  la  courbe 

n  est  à  remarquer  que  l'expérience  A,  qu'on  pe 
l'appellation  «  normale  »,  est  sensiblement  la  repr( 


—  488  — 

tionnement  (économique  de  la  premiàre  machine  de  ce  système  dont 
il  a  été  rendu  compte  dans  la  séance  du  18  juillet  1879»  prési- 
dence de  M.  J.  Ffircot. 

Enfin  la  calorimétrie,  inséparable,  je  le  répète,  de  toute  analyse 
sérieuse  du  fonctionnement  de  la  machine  à  vapeur,  nous  a  per- 
mis, à  la  fois,  de  compléter  notre  travail  et  de  continuer  à  con- 
'  sidérer  que  toute  la  chaleur  passant  dans  l'intérieur  des  cylindres 
et  versée  au  condenseur  se  retrouve  entière  dans  Feau  de  con- 
densation, sauf  les  2  à  3  p.  0/0  perdus  parle  rayonnement  et  le 
contact  de  l'air. 


NOTE 


SUR  LA 

C0?JVENTION   INTERNATIONALE  DU  20  MARS   1883 

POUR  LA.  PROTECTION  DE  LA  PROPRIÉTÉ  INDUSTRIELLE 

ET    EKAMEX    DES    CRITIQUES    Qu'eLLE    A    SOULEyÉES 

par  UU.  Ch.  ASSI  et  L.  OBNÈS 


EXPOSÉ 


A  la  date  du  20  mars  1883,  nae  Conventiou  a  été  signée  entr»  les 
représentants  de  la  France  et  d'un  assez  grand  nombre  de  puis- 
sances d'Europe  et  d'Amérique,  en  vue  d'assurer  une  protection 
plus  efficace  à  la  »  propriété  industrielle  »,  désignation  qui  com- 
prend les  brevets,  les  dessins  et  modèles  industriels,  les  marques 
de  fabrique  ou  de  commerce  et  enÔn  les  noms  commerciaux. 

Les  membres  de  la  Société  connaissent  déjà  ce  fait  par  la  com- 
munication qui  a  été  faite  par  M.  Em.  Barrault  dans  la  séance  du 
3  août  1883,  et  ils  peuvent  même  retrouver  le  texte  de  la  conven- 
tion au  Bulletin,  avec  les  commentaires  dont  M.  Barrault  l'a 
accompagné. 

Nous  ne  reviendrions  donc  pas  sur  ce  sajet,  si  depuis  lors  l'exis- 
tence de  la  Convention  internationale,  dont  la  promulgation  ne 
remonte  cependant  qu'an  mois  de  juillet  1884.  n'avait  été  mise  en 
péril  par  des  critiques  qui  nous  paraissent  mériter  peu  d'attention, 
mais  qui  ont  été  jugées  autrement  par  un  certain  nombre  de  Cham- 
bres de  commerce,  celle  de  Paris  entre  autres,  car  elles  font  par- 
venir soccessivement  leurs  doléances  aux  ministres  compétents  et 
ne  demandent  rien  moins  que  la  prompte  dénonciation  de  cette 
Convention. 

Si  cette  campagne  continuait,  il  deviendrait  bien  difficile  au 
gouvernement  de  résister  à  des  objurgations  aussi  unanimes,  jusqu'à 
présent,  qu'elles  nous  semblent  peu  éclairées,  et  c'est  pourquoi 
nous  jugeons  n^e  de  demander  à  la  Société  de  soumettre  la  ques- 


^  m  — 

tion  à  un  examen  plus  sérieux  avant  que  la  France  se  résigne 
à  dénoncer  elle-même,  et  si  peu  de  temps  après  sa  signature,  une 
Convention  qui  n'a  été  conclue  que  sur  son  initiative  et  à  la  suite 
de  quatre  ou  cinq  années  d'efiorts  persévérants. 

On  doit  hésiter  d'autant  plus  devant  cette  dénonciation  qu'avant 
que  le  gouvernement  ne  prît  en  main  cette  question  d'une  union 
internationale  contre  la  fraude  industrielle,  elle  faisait  depuis  plus 
de  vingt  ans  l'objet  des  études  d'hommes  appartenant  à  tous  les 
pays  et  à  toutes  les  professions,  et  possédant  toute  la  compétence 
nécessaire  pour  résoudre  cet  important  et  délicat  problème;  deux 
fois  ils  se  sont  réunis  en  congrès,  d'abord  à  Vienne  lors  de  l'Exposi- 
tion de  1873,  et  ensuite  à  Paris  pendant  l'Exposition  de  1878,  et 
leurs  délibérations  en  commun  ont  abouti  à  des  résolutions  dont  la 
Convention  du  20  mars  s'est  inspirée,  autant  qu'il  était  possible  dans 
cette  première  réalisation  d'une  entente  internationale.  Lie  président 
de  la  conférence  officielle  de  1880,  dans  laquelle  a  été  préparé  le 
texte  de  la  Convention,  n'était  autre  d'ailleurs  que  M.  le  sénateur 
Bozérian,  qui  avait  présidé  le  congrès  de  1878. 

Comme  on  le  voit,  l'œuvre  dont  la  Convention  a  été  le  premier 
couronnement  est  une  œuvre  essentiellement  privée;  le  monde 
industriel,  et  notamment  les  sociétés  d'ingénieurs  à  l'étranger 
(Angleterre,  Autriche,  Allemagne,  etc.)  y  a  collaboré;  c'est  a  jortbri 
une  garantie  que  la  Convention  répond  à  un  besoin  réel  ;  il  ne  faut 
donc  pas  laisser  compromettre,  par  «a  dénonciation  irréfléchie,  le 
résultat  de  tant  d'efforts.  C'est  pourquoi,  nous  le  répétons,  nous 
appelons  sur  ce  document  l'attention  de  la  Société  des  Ingénieurs 
civils  qui,  assurément,  a  autant  d'autorité  que  les  Chambres  de 
Commerce  pour  se  prononcer  sur  ce  qui  peut  être  utile  ou  nuisible 
aux  intérêts  immédiats  de  Tindustrie  et  à  son  avenir. 

Pour  l'intelligence  des  critiques  adressées  à  la  Convention  inter- 
nationale, ainsi  que  des  réponses  que  l'on  peut  y  faire,  il  est  néces- 
saire de  rappeler  les  dispositions  qu'elle  renferme.  Toutefois,  le  text^ 
de  ce  document  ayant  déjà  été  publié  au  Bulletin,  nous  nous 
bornerons  à  un  résumé  dans  lequel  nous  tiendrons  compte  des 
éclaircissements  apportés  au  texte  des  articles  par  les  procès-ver- 
baux des  deux  conférences  où  ils  ont  été  élaborés,c'est-à*dire  celle  de 
1880  tenue  par  des  délégués  spéciaux  des  Puissances,  n'ayant  reçu 
qu'un  mandat  d'étude,  et  celle  de  1883,  à  laquelle  ont  pris  part  les 


—  491  — 

plénipotentiaires  qui  devaient  signer  pour  leurs  gouvernements  après 
accord  définitif. 

Peut-être  un  court  préambule  ne  sera-t-il  pas  inutile  pour  indiquer 
tout  d'abord  à  quoi  la  Convention  tendait,  à  quels  desiderata  elle 
devait  donner  satisfaction. 

D'une  façon  générale  on  peut  dire  que  ses  rédacteurs,  se  plaçant 
àun  point  de  vue  pratique,  se  sont  proposé  de  faire  disparaître 
des  difficultés  —  équivalant  souvent  à  des  impossibilités  —  que 
Fauteur  d'une  invention  ou  le  propriétaire  d'un  dessin  ou  d'une 
marque  de  fabrique  éprouvait,  soit  pour  obtenir  un  brevet  valable, 
soit  pour  faire  un  dépôt  efficace  de  sa  marque  ou  de  son  dessin,  ou 
encore  pour  faire  ensuite  sanctionner  ses  droits  par  les  tribunaux, 
quand  des  contrefaçons  se  produisaient.  Enfin,  par  cette  conven- 
tion du  30  mars,  on  a  voulu  combler  une  lacune  qui  existait  dans 
beaucoup  de  législations,  soit  en  ce  qui  concerne  la  protection  du 
nom  même  du  commerçant,  soit  en  ce  qui  concerne  la  garantie 
temporaire  des  choses  nouvelles  envoyées  à  une  exposition  officielle 
avant  que  les  intéressés  aient  pu  accomplir  les  formalités  conser- 
vatoires. 

Les  parties  contractantes  ayant  été  d'accord  pour  bouleverser  le 
moins  possible  les  législations  particulières  des  États  —  précaution 
qui  n'était  pas  inutile,  étant  donné  qu'on  en  était  à  faire  le  premier 
pas  dans  la  voie  d'une  législation  commune  et  que  les  lois  les  plus 
diverses  se  trouvaient  en  présence  —  on  comprend  donc  que  le  pre- 
mier principe  dont  on  s'inspira,  ce  fut  de  réclamer  simplement  de 
chaque  pays  le  traitement  national  pour  les  citoyens  ou  sujets  de 
chacun  des  autres,  et  qu'aucune  des  parties  contractantes  n'essaya 
d'imposer  sa  propre  loi,  ce  qui  eût  amené  infailliblement  l'échec  des 
négociations.  La  Convention  n'est  donc  point  basée  sur  le  principe 
de  la  réciprocité  stricte,  et  les  parties  ne  se  sont  imposé  des  disposi- 
tions uniformes  que  sur  les  points  pour  lesquels  on  a  jugé  que  c'était 
indispensable  sous  peine  de  ne  pas  obtenir  une  protection  réciproque 
effective. 

Non  seulement  il  fut  permis  à  chaque  État  de  garder  sa  loi  par- 
ticulière sans  modification,  sauf  sur  les  points  auxquels  nous  venons 
de  faire  allusion,  mais  on  admit  même,  dans  l'union  internationale, 
des  pays  qui  ne  protègent  pas  toutes  les  branches   de  la  propriété 


—  498  — 

industrielle  :  c*est  ainsi,  par  exemple,  que  la  Suisse,  les  Pays-Bas  et 
la  Serbie  ne  délivrent  pas  de  brevets. 

Ce  n^est  pas,  d'ailleurs,sans  quelque  hésitation  que  leur  admission 
fut  décidée,  mais  en  définitive  on  reconnut  quMl  y  avait  intérêt  à 
lier  ces  pays  pour  le  jour  où  ils  feraient  une  loi,  et  que  cet  avan- 
tage n*était  compensé  par  aucun  inconvénient  sérieux,  les  principes 
posés  par  la  Convention  étant  déjà,  pour  la  plupart,  appliqués  au 
traitement  des  étrangers,  sans  condition  de  réciprocité. 

Nous  répondrons,  du  reste,  plus  en  détail  tout  à  Theure  aux  ob- 
jections faites  à  la  Convention  sur  ce  terrain,  ainsi  qu'aux  autres 
objections  dont  elle  a  été  Tobjet  au  point  de  vue  spécial  des  intérêts 
français.  Il  faut  d'abord  que  nous  rappelions  brièvement  ses  stipu- 
lations. 

Analyse  sommaire  de  la  convention  inteknationale  du  20  mars 
i883.  —  L'article  premier  déclare  qu'une  union  est  formée  entre  les 
États  suivants,  pour  la  protection  de  la  propriété  industrielle  : 

Belgique,  Brésil,  Espagne,  France,  Guatemala,  Italie,  Pays-Bas, 
Portugal,  Salvador,  Serbie  et  Suisse. 

  ces  pays,  il  faut  ajouter  : 

L'Angleterre,  la  Tunisie,  l'Equateur  et  la  Suède  qui  ont  adhéré 
depuis  la  signature. 

L'Union  ne  comprend  donc  pas  aujourd'hui  moins  de  quinze  États. 

n  est  intéressant  de  remarquer  que  la  Confédération  Argentine, 
TAutriche,  les  États-Unis  d'Amérique,  le  Luxembourg,  la  Russie, 
la  Turquie,  l'Uruguay  et  le  Venezuela,  qui  avaient  envoyé  des 
délégués  à  la  Cgnférence^  n'ont  pas  jusqu'ici  fait  parvenir  leur 
adhésion. 

Quant  à  l'Allemagne,  elle  n'a  même  pas  pris  part  à  la  Confé- 
rence. 

La  seule  observation  que  nous  ayons  à  faire  sur  ce  premier 
article,  c'est  qu'il  ne  s'explique  pas  au  sujet  des  colonies;  toute- 
fois, en  ce  qui  concerne  l'Angleterre  et  la  Hollande,  il  a  été  en- 
tendu que  l'adhésion  de  la  métropole  n'entraînait  pas  celle  des 
colonies.  La  question  n'a  pas  été  tranchée  pour  les  autres  pays  ; 
le  Bureau  international  officiel,  duquel  nous  avions  sollicité  un 
éclaircissement  à  ce  sujet,  au  mois  de  novembre  dernier,  n'a  pu 
nous  le  fournir. 


v^ 


—  493  — 

L'article  8  assure  le  traitement  national,  à  tout  moment  de  la 
durée  de  la  Cionvention,  aux  citoyens  ou  sujets  des  Etats  con* 
cordataires  en  ce  qui  concerne  la  protection  des  inventions  bre- 
yetableSy  des  dessins  ou  modèles  industriels,  des  marques  de 
fabrique  ou  de  commerce  et  des  noms  commerciaux. 

Uarticle  3  assimile  aux  nationaux  d'un  pajs  les  personnes  qui  y 
posséderont  un  établissement  industriel  ou  commercial. 

Nous  avons  été  les  premiers  à  dire  que  c'est  peut-être  aller 
bien  loin  et  que  cette  assimilation,  votée  seulement  en  seconde 
lecture  et  assez  précipitamment,  est  peu  compatible  avec  le  désir 
que  Ton  avait  témoigné  jusque-là,  dans  la  discussion,  de  limiter  le 
bénéfice  de  la  Convention  aux  nationaux  des  pays  qui  y  adhére- 
raient et  chez  lesquels,  par  suite,  les  étrangers  jouiraient  de  la 
réciprocité. 

Toutefois,  en  y  regardant  de  près,  on  reconnaît  que  cette  assi- 
milation était  presque  forcée,  étant  donné  Tusage   de   traiter  de  la 

même  façon  tous  les  commerçants,  régnicoles  ou  étrangers,  établis 

* 

dans  un  pays;  on  reconnaît  surtout  qu'elle  n'aura  pas  les  inconvé- 
nients redoutés,  si  par  une  interprétation  inexacte  on  ne  donne  pas 
à  un  autre  article,  Tart.  5,  une  portée  qu'il  n'a  point. 

Zr'ar/»c/e  4  dispose  que  quiconque  aura  fait  régulièrement  le  dépôt 
d'une  demande  de  brevet  ou  celui  d'un  dessin  ou  d*une  marque 
aura  un  délai  pour  faire  la  même  demande  dans  le  reste  de  l'Union. 
Ce  délai  est  fixé  à  six  mois  pour  les  brevets  et  à  trois  mois  pour 
les  marques  et  les  dessins,  avec  un  mois  supplémentaire  pour  les 
pays  d'outre-mer  ;  tout  ce  qui  pourra  se  passer  dans  cet  inter- 
valle sera  sans  influence  sur  la  validité  du  titre  obtenu  ultérieu- 
rement. 

Il  a  été  formellement  entendu  que,  pour  bénéficier  de  cet  article, 
l'auteur  du  premier  dépôt  ne  doit  pas  seulement  l'avoir  effectué 
dans  un  des  pays  de  TUnion;  il  faut  encore  que  lui-même  appar- 
tienne à  un  de  ces  pays,  soit  par  sa  nationalité,  soit  par  son  domi- 
cile, soit  enfin  par  le  siège  de  ses  établissements. 

Il  résulte,  d'ailleurs,  des  termes  généraux  de  l'article,  que  le 
premier  dépôt  peut  être  fait  indifféremment  dans  Tun  quelconque 
des  États  concordataires  ;  il  n'est  pas  nécessaire  que  ce  soit  le 
pays  d^origine  de  Tinvention,  du  dessin  ou  de  la  marque. 


—  494  — 

Varticle  S  décide  qu'il  n*y  aura  plus  une  cause  de  déchéance 
dans  le  fait  d^introduire,  dans  le  pays  du  brevet  des  objets  fabri- 
qués d*après  ce  brevet,  mais  à  la  condition  toutefois  que  le  lieu 
de  fabrication  fasse  partie  d'un  dès  pays  de  l'Union. 

Il  est  stipulé  que  cette  faculté  d*introduire  ne  préjudicie  pas  à 
Tobligation  d'exploiter  le  brevet  conformément  à  la  loi  du  pays  où 
il  a  été  obtenu. 

Nous  reviendrons  tout  à  l'heure  sur  cet  article,  car  c'est  sur  lui 
que  les  détracteurs  de  la  Convention  s'appuient  pour  en  demaDder 
la  dénonciation;  nous  aurons  donc  à  rechercher  si,  même  en  le 
combinant  avec  l'article  3  qui  assimile  au  national  le  propriétaire 
d'un  établissement  commercial  ou  industriel,  il  peut  avoir  les 
conséquences  qu'on  lui  prête. 

L'article  5  ci-dessus  est  le  seul  qui  s'applique  exclusivement 
aux  brevets;  il  ne  modifie  d'ailleurs  la  législation  que  d'un  seul 
pays,  la' France;  partout  ailleurs  l'introduction  d'objets  brevetés, 
accomplie  par  le  breveté  lui-même,  était  déjà  permise. 

Les  articles  qui  suivent,  jusqu'au  dixième  inclusivement,  portent 
sur  les  marques  de  fabrique,  les  noms  commerciaux  et  les  noms  de 
lieu  d'origine  : 

Varticle  6  renferme  une  dérogation  aux  lois  particulières  des 
États,dans  l'intérêt  des  fabricants  et  des  commerçants  :  il  oblige  ces 
États  a  protéger  telle  quelle  une  marque  étrangère  déjà  admise  an 
dépôt  dans  le  pays  d'origine,  alors  même  que  les  signes  qui  la  com- 
posent ne  présenteraient  pas  les  caractères  exigés  par  leur  législa- 
tion. Exception  a  seulement  été  faite  pour  les  armoiries  publiques  et 
les  décorations  (art.  4,  §  2  du  protocole  de  clôture). 

L^utilité  de  cet  article  saute  aux  yeux.  Il  est  clair  qu'une  marque, 
parfaitement  licite  dans  un  pays,  peut  ne  pas  l'être  dans  an  autre, 
par  exemple  parce  qu'elle  sera  composée  de  lettres  ;  en  pareil  cas, 
le  propriétaire  ne  pouvait  pas  réussir  à  faire  enregistrer  sa  marque 
partout,  à  son  grand  préjudice.  Cet  inconvénient  disparait  grâce  à 
l'art  6,  qui,  à  lui  seul,  répond  donc  déjà  à  ceux  qui  prétendent  qoe 
la  Convention  n'est  même  pas  un  premier  pas  fait  dans  la  voie  d'une 
entente  internationale  et  que  la  France  n'a  rien  obtenu  en  échange 
de  ce  qtfelle  donnait. 

Qu'est-ce  qui  sera  regardé  comme  pays  d'origine  ?  Cela  a  été  fixé 
dans  la  discfùssion  :  le  pays  d'origine  sera  celui  où  le  déposant  a  son 


—  495  — 

principal  établissement  ou,  à  défaut  par  lui  d*avoir  un  établissement 
dans  l'Union,  ce  sera  son  pays  natal  ;  quant  à  son  domicile,  il  ne 
pourra  pas  en  exciper  ;  ceci,  d'ailleurs,  n'est  pas  contraire  à  Tarti- 
cle3,  car  l'article  3  n'accorde  aux  personnes  domiciliées  dans  l'Union 
que  le  traitement  nationaly  et  la  faveur  accordée  par  l'article  6  est 
quelque  chose  de  plus. 

Vartick  7  stipule  que  la  nature  du  produit  auquel  la  marque  est 
destinée  à  s'appliquer  ne  pourra  pas  être  un  obstacle  à  l'enregistre- 
ment de  celle-ci. 

Le  dépôt  d'une  marque  ne  pourra  donc  plus  être  refusé  sous  pré- 
texte qu'elle  est  appelée  à  recouvrir  des  marchandises  dont  le  débit 
est  prohibé.  C'est  une  clause  utile,  car  la  prohibition  peut  être  levée 
plus  tard,  et  il  est  bon  qu'alors  Tintéressé  n'ait  pas  perdu  ses  droits 
sur  la  marque.  La  Convention  a  distingué  avec  raison  la  question 
de  propriété  de  la  marque  de  la  question  du  droit  de  débit. 

Comme  on  le  voit,  les  artielos  6  et  7  créant  une  obligation 
pour  les  États  contractants. 

Il  eu  est  de  même  encore  de  l'article  8,  qui  exige  que  le  nom  com- 
mercial soit  protégé  dans  toute  l'Union,  sans  obligation  de  dépôt, 
en  faveur  des  ressortissants  des  États  concordataires  ;  et  il  faut 
entendre  par  là  ceux  qui  en  sont  natifs  et  ceux  qui  y  ont  leur  domi- 
cile ou  un  établissement;  cela  ressort  de  la  lecture  des  procès-ver- 
baux des  séances  de  la  Conférence. 

Inutile  d'insister  sur  l'intérêt  de  cet  article. 

L'article  9  est  aussi  une  clause  obligatoire.  Il  dit  que  les  mar- 
chandises portant  une  marque  contrefaite  ou  un  nom  commercial 
frauduleusement  emprunté,  pourront  être  saisies  .  à  l'importation, 
à  la  diligence  soit  du  ministère  public,  soit  de  la  partie  lésée,  sui- 
vant la  loi  du  pays.  Ceci  ne  s'applique  pas  à  Timportation  en  tran- 
sit, mais  seulement  à  l'importation  en  consommation,  à  moins, 
bien  entendu,  que  la  loi  nationale  ne  permette  de  saisir  en  transit. 

II  nous  paraît  évident  que  cet  article,  comme  les  articles  6  et  7, 
n'est  applicable,  dès  à  présent,  que  là  où  il  existe  une  loi  sur  les 
marques  de  fabrique  ;  c'est  d'ailleurs  le  cas  général  pour  les  États 
de  l'Union. 

L'article  40  étend  les  dispositions  du  précédent  aux  produits 
portant  faussementi  comme  indication  de  provenance^  le  nom  d'une 


—  496  — 

localité  déterminée,  quand  il  y  sera  joint  un  nom  commercial  fictif 
ou  emprunté  dans  une  intention  frauduleuse. 

L*application  de  cet  article  peut  avoir  lieu  immédiatement  par- 
tout, puisqu'elle  nVst  pas  subordonnée  à  Texistence  d'une  loi  natio- 
nale dans  le  pays  où  Ton  aura  à  la  faire. 

Pourquoi  exige-t-il  deux  conditions  réunies?  Parce  que  certains 
.  noms  de  localités  sont  devenus  de  véritables  désignations  génériques 
(exemples  :  draps  d*Elbeuf,de  Sedan, de Louviers,  velours  d'Utrecht, 
eau-de-vie  de  Cognac,  eau  de  Cologne,  etc.)  et  que  l'on  n'a  pas  cru, 
dès  lors,  pouvoir  considérer  l'emploi  de  ces  noms  comme  une 
fraude.  Le  cas  devient  différent  si  un  nom  de  personne  accompa- 
gne celui  de  la  localité,  même  si  le  premier  n'est  qu'un  nom  sup- 
posé. 

Le  §  2  de  l'article  reconnaît  partie  intéressée  tout  commerçant 
ou  fabricant  engagé  dans  la  fabrication  ou  le  commerce  des  mêmes 
produits  et  établi  dans  la  localité  indiquée  comme  lieu  de  prove- 
nance. Tous  ceux  qui  seront  lésés  sont  donc  certains  de  ne  pas  voir 
leur  plainte  repoussée  pour  défaut  de  qualité. 

Varticle  44  oblige  les  Etats  contractants  à  accorder  une  protec- 
tion temporaire  aux  inventions,  dessins  et  marques  de  fabrique 
figurant  à  une  exposition  officielle  ou  officiellement  reconDue 
organisée  sur  leur  territoire.  Toutefois, les  États  qui  n'auraient  pas 
de  loi  sur  les  brevets,  par  exemple,  ne  sont  pas  tenus  de  donner 
aux  inventions  une  garantie  provisoire,  puisqu'ils  ne  pourraient  pas 
y  faire  succéder  une  protection  définitive  ;  de  même  pour  les 
marques  et  les  dessins. 

Cette  garantie  des  objets  exposés,  qui  existe  d'ailleurs  en 
France,  comme  on  le  sait,  n'est  certes  pas  sans  intérêt  ;  mais  il 
nous  semble  que  la  Convention  aurait  dû  aller  plus  loin. 

Cela  nous  paraît,  en  effet,  une  véritable  anomalie,  que  cette  con- 
ventiott  faite  en  vue  d'assurer  une  protection  internationale  n'accorde 
à  l'exposant  qu'une  garantie  provisoire  limitée  au  pays  de  l'exposi- 
tion ;  une  pareille  limitation  ne  se  comprend  que  dans  une  loi  faite 
pour  un  seul  pays  en  particulier^  telle  par  exemple  que  la  loi  fran- 
çaise de  1878.  L'inventeur  français,  par  exemple,  qui  exposera  son 
invention  à  Anvers  avant  d'avoir  pu  la  faire  breveter  nulle  part 
n'aura  pas  lieu  d'être  entièrement  satisfait  s'il  en  conserve  la  pro- 
priété en  Belgique,  mais  la  perd  en  France,  en  Angleterre  et  dan-< 


—  497  — 

tous  les  autres  pays  de  TUnion,  en  raison  de  la  publicité  résultant 
de  rfixposition.  Il  est  vrai  qu'il  évitera  ce  danger  s'il  peut  seule- 
ment déposer  une  demande  dans  un  pays  de  l'Union  ;  mais  dans 
cette  hypothèse  Tarticle  11  devient  complètement  inutile.  Ainsi, 
cet  article,  ou  fait  double  emploi,  ou  bien  n'a  que  des  effets  trop 
limités  pour  être  en  harmonie  avec  le  but  général  de  la  Convention. 

Le  délégué  de  l'Italie  à  la  Conférence,  M.  Indelli,  avait  parfaite* 
ment  compris  cela,  et  il  avait  déposé  un  amendement  tendant  à 
donner  à  l'article  11  des  effets  internationaux;  mais  il  dut  retirer 
cet  amendement  devant  les  objections  soulevées  au  sujet  d'un 
détail  (fixation  de  la  durée  de  la  garantie  temporaire)  et  sans 
que  personne  semble  avoir  remarqué  que  le  sens  général  de 
l'amendement  était  tout  autre  que  celui  de  Tarticle  en  discus** 
sien,  qui  fut  voté. 

Par  l'article  4i^  les  États  contractants  s'engagent  à  établir 
chez  eux  un  service  spécial  de  la  propriété  industrielle  et  un 
dépôt  central  pour  la  communication  au  public  des  brevets,  des- 
sins et  marques  de  fabrique. 

Excellente  création,  dont  on  sent  tout  de  suite  l'utilité.  Espé- 
rons que  la  France,  qui  a  rédigé  le  projet  de  la  Convention,  ne 
tardera  pas  à  réaliser  chez  elle  ce  service  spécial  et  ce  dépôt 
central  unique  qu'elle  recommande  aux  autres  nations;  espérons- 
le,  car  ce  n'est  depuis  longtemps  un  secret  pour  personne  que, 
de  tous  les  grands  pays,  la  France  est  celui  où  ce  service  est  le 
plus  défectueux,  ce  qui  tient  surtout  à  la  loi  elle-même  et  à  la 
manière  dont  les  choses  sont  depuis  longtemps  organisées.  D'au- 
tres pays  ont  déjà  obéi  aux  stipulations  de  l'article  \%  sans 
parler  de  ceux  qui  avaient  pris  les  devants. 

L'article  5  du  protocole  de  clôture  dit  que  Torganisation  du 
service  spécial  susmentionné  comprendra,  autant  que  possible, 
la  publication  d'une  feuille  officielle  périodique.  On  devine  faci- 
lement quelles  matières  y  trouveront  place  :  liste  des  brevets 
rlemandés,  délivrés  ou  cédés  et  des  dépôts  de  dessins  ou  de  mar«> 
ques  ;  avis  de  l'Administration;  législation  et  jurisprudence  spé- 
ciales»  etc. 

L^ariicle  43  ordonne  la  création  à  Berne  d'un  bureau  central,  entre* 
tenu  par  une  contribution  des  États  adhérents,  placé  sous  l'autorité 

Bull.  33 


—  498  — 

de  la  Saisse,  et  destiné  à  servir  de  centre,  de  siège  social,  pour 
ainsi  dire,  à  TUnion.  Il  doit  aussi  publier  une  feuille  périodique 
aux  termes  de  l'article  6  du  protocole  de  clôture,  et  en  effet  il 
la  publie  depuis  le  commencement  de  cette  année. 

Les  articles  restants,  jusqu'au  dix-neuvième  et  dernier,  ne 
sont  destinés  qu'à  pourvoir  à  l'existence  de  la  Convention,  sans 
négliger  son  amendement  progressif,  à  assurer  l'accroissement  de 
ses  forces,  et  enfin  à  la  prémunir  autant  que  possible  contre  la 
mort.  Ce  n'est  peut-être  pas  la  partie  la  moins  habile  ni  la  moins 
pratique  de  l'œuvre. 

C'est  ainsi  que  Varticle  M  prévoit  des  revisions  périodiques  dans 
des  conférences  qui  auront  lieu  successivement  dans  chacun  des 
États. 

D'autre  part,  l^article  /;>  donne  aux  Puissances  unies  la  faculté 
de  conclure  entre  elles  des  arrangements  particuliers,  pourvu  que 
ces  arrangements  ne  contreviennent  point  à  la  Convention. 

Ce  moyen  d'aplanir  des  difficultés  résultant  d'incompatibilités 
entre  les  législations  de  deux  pays  avait  déjà  été  quelquefois 
employé,  notamment  par  la  France,  au  sujet  du  dépôt  des  des- 
sins et  marques  de  fabrique. 

L'article  46,  pour  ouvrir  toute  grande  la  porte  de  l'Union,  décide 
que  de  nouveaux  États  pourront  y  adhérer  par  une  simple  notifi- 
cation adressée  à  la  Suisse.  Comme  on  l'a  vu  plus  haut,  plusieur:» 
pays  ont  déjà  profité  de  cette  faculté. 

Larlicle  /7  se  borne  à  spécifier  que  la  mise  en  vigueur  de  la 
Convention  est  subordonnée,  en  tant  que  de  besoin,  à  Taccomplis- 
sement  des  formalités  imposées  par  la  Constitution  de  chaque  pays. 

^article  48  dispose  qu'elle  sera  exécutoire  un  mois  après  sa 
ratification  et  demeurera  en  vigueur  jusqu'à  l'expiration  d*une 
année  à  partir  de  la  dénonciation,  étant  entendu  que  la  dénoncia- 
tion n'aura  d'effet  que  pour  le  pays  qui  l'aura  faite. 

Enfin,  l'article  49  stipule  que  les  ratifications  seront  échangées 
à  Paris  dans  le  délai  d'un  an  au  plus  tard.  En  fait,  elles  n'ont  pu 
l'être  que  le  6  juin  1884  et  le  décret  de  promulgation  est  daté 
du  6  juillet  suivant. 


—  499  — 


DISCUSSION  DES  OBJECTIONS 

Telle  est,  en  résume,  la  Convention  internationale  qui  a  encouru 
la  désapprobation  de  plusieurs  Chambres  de  Commerce^tel  est  le  traité 
duquel  on  demande  à  la  France  de  se  dégager  en  condamnant  ainsi 
elle-même  une  œuvre  qui  est  devenue  surtout  la  sienne,  puisque 
c'est  elle  qui  est  parvenue  à  faire  l'entente  réclamée  depuis  »i  long- 
temps par  l'industrie  et  le  commerce. 

On  soutient  que  son  exécution  serait  ruineuse  pour  l'industrie 
française,  attendu  qu'elle  accorde  aux  étrangers  toutes  espèces 
d'avantages  sans  aucune  compensation. 

Comment  cela?  D'abord,  dit-on,  parce  que,  en  permettant  de  pren- 
dre un  brevet  en  France  pour  une  découverte  qui  est  déjà  publiée 
depuis  plusieurs  mois  dans  d'autres  pays,  ce  que  ne  permettait  pas 
la  loi  de  1844,  on  favorise  les  étrangers  aux  dépens  du  public  frau' 
çais  auquel  on  retire  la  jouissance  d'inventions  qui  seraient  tombées 
dans  son  domaine. 

Mais,  cette  facilité  donnée  aux  inventeurs  pour  se  faire  breveter 
est  réciproquey  et  les  Français  en  profiteront  à  l'étranger  comme  les 
étrangers  en  France  ;  il  y  a  donc  égalité  de  traitement,  et  toute  la 
question  est  de  savoir  s'il  vaut  mieux  que  les  inventeurs  puissent 

■ 

être  pillés  partout  ou  soient  protégés  partout.  Les  adversaires  de 
la  Convention  penchent  visiblement  vers  la  première  solution;  ils  en 
ont  le  droit  quoique  tous  les  hommes  compétents  la  condamnent 
aujourd'hui;  mais,  en  tous  cas,  ils  ne  sont  pas  fondés  à  dire  qu'une 
inégalité  a  été  créée  au  détriment  de  la  France  par  l'article  4. 

La  France,  disent^ils  encore,  a  fait  un  marché  de  dupe  en  ce 
qu'elle  a  admis  dans  l'Union  des  pays  qui  n'accordent  pas  de 
brevets. 

Mais,  avant  la  Convention,  la  France  donnait  déjà  des  brevets 
aux  étrangers  sans  aucune  condition  de  réciprocité  ;  la  Convention 
n'a  donc  rien  î«iové  sur  ce  point;  au  surplus,  nous  répétons  que 
c'est  l'intérêt  d'un  pays  d'attirer  à  lui  les  inventions  étrangères,  et 
il  ne  peut  y  parvenir  qu'en  leur  assurant  une  protection;  ces  deux 
vérités  ont  si  bien  été  reconnues  aujourd'hui  que  la  même  règle  est 
suivie  à  peu  près  partout.  Cependant  quelques  pays  arriérés  pen- 


—  500  — 

sent  encore  comme  nos  adversaires,  et  par  exemple  le  délégaé 
l'Uruguay  a  déclaré  au  sein  de  la  Conférence  que  son  gouvernement 
préparait  un  projet  de  loi  refusant  le  brevet  aux  inventions  étran- 
gères ;  voilà  ce  que  Ton  aurait  évité  si  Ton  avait  pu  obtenir  l'adhé- 
sion de  l'Uruguay  à  la  Convention. 

En  revanche,  nos  adversaires  auraient  pu  dire  avec  plus  de  raison 
que  jusqu'ici  la  France  exigeait  la  récipriocité,  sinon  en  matière 
de  brevets,  du  moins  en  matière  de  marques  de  fabrique,  et  que  la 
Convention  ne  lui  permettra  plus  cette  exigence  vis-à-vis  des  États 
qui  viendront  entrer  dans  l'Union  et  qui  n'auraient  pas  de  loi  sur  les 
marques.  Mais,  les  marques  étant  aujourd'hui  protégées  dans  la  plu- 
part des  pays,  le  danger,  en  réalité,  est  faible  et,  au  surplus,  ce  ne 
serait  pas  un  grand  malheur  que  d'empêcher  en  France  les  falsifia 
cations  de  marques  étrangères,  même  sans  réciprocité  ;  la  moralité 
y  gagnerait  en  même  temps  que  le  public  ne  serait  plus  trompé.  Ce 
n*est  pas  encore  cela  qui  ruinera  notre  industrie  et  notre  commerce; 
nous  aimons  à  penser  qu'ils  ont  d'autres  ressources. 

Mais,  nous  objectera-t-on,  si  les  étrangers  sont  protégés  chez 
nous  sans  réciprocité,  ils  ne  nous  protégeront  jamais  chez  eux! 

En  est-on  bien  sûr?  En  1852  un  décret  rendu  par  le  gouvernement 
français  déclara  que  les  œuvres  littéraires  et  artistiques  étrangères 
seraient  garanties  en  France  sans  aucune  condition  de  réciprocité,  A 
cette  époque  la  propriété  littéraire  n'était  guère  protégée  nulle 
part  ;  aujourd'hui  elle  l'est  à  peu  près  partout,  et  au  mois  de  septem- 
bre dernier  une  conférence  s'est  réunie  pour  conclure  en  cette 
matière  une  Convention  internationale  analogue  à  celle  que  nous 
défendons. 

Voilà  un  exemple  rassurant  et  qu'il  est  bon  de  méditer,  car  il 
prouve  que  des  vues  larges  ne  sont  pas  nécessairement  de  la  naï- 
veté,  ou,  si  Ton  préfère,  que  certaines  naïvetés  sont  profondément 
habiles  et  que  la  spoliation  n'est  pas  le  seul  ni  le  meilleur  moyen  de 
s'enrichir. 

On  dit  encore  que  la  France  accorde  les  brevet^  sans  examen  et 
qu'on  a  accepté  dans  l'Union  des  États  qui  ne  les  délivrent  qu'après 
lui  examen  préalable,  ce  qui  est  un  moyen  déguisé  de  les  refuser. 

Tel  n'est  pas  le  but  de  l'examen,  mais,  en  tout  cas,  si  laFrance 
jugeait  bon  d'appliquer  aussi  ce  système,  la  Convention  lui  en  lais- 


—  tm  — 

serait   toute   liberté,  puisque  chaque   pays   reste    maître  de   sa 
législation. 

De  plus,  robjection  est  mal  fondée  en  fait,  car  les  deux  seuls 
pays  à  examen  :  l'Allemagne  et  les  États-Unis,  n*ont  adhéré  ni 
l'un  ni  Tautre. 

Nous  ne  relèverons  pas  dans  lo  rapport  présenté  à  la  Chambre  de 
Commerce  de  Paris,  auquel  nous  empruntons  ces  objections,  et  qui 
n'est  d'ailleurs  qu'une  deuxième  édition  abrégée,  mais  ni  revue  ni 
corrigée,  des  articles  parus  dans  un  journal  qui  mène  toute  la  cam- 
pagne depuis  son  début  —  nous  n'y  relèverons  pas  des  puérilités 
telles  par  exemple  que  le  regret  de  voir  réglementer  par  un  même 
document  les  brevets,  les  dessins  et  les  marques  «  malgré  les  diffé« 
rences  de  bases  que  présentent  ces  trois  questions,  »  au  lieu  d'avoir 
«  plusieurs  conventions  sous  des  rubriques  différentes  » .  Les  objections 
de  cet  ordre  sont,  en  effet,  les  seules  auxquelles  on  ne  puisse  rien 
repondre,  car  c'est  pure  question  de  goût.  L'Angleterre,  les  Etats- 
Unis  ont  compris   dans  une  même  loi  toutes    les  branches  de  la 
propriété  industrielle  ;  le  rapporteur  de  la  Chambre  de  Commerce 
préfère  la  division  :  nous  n'avons  rien  à  y  voir. 

En  négligeant  quelques  autres  critiques  de  l'importance  de  celle- 
ci,  nous  ne  trouvons  plus  dans  le  rapport  qu'une  seule  objection 
contre  la  Convention  du  20  mars,  elle  concerne  la  faculté  donnée 
à  l'inventeur,  par  l'article  S,  d'introduire  de  l'étranger  des  objets 
fabriqués  d'après  son  brevet. 

Si  l'interprétation  donnée  à  cet  article  par  le  rapporteur  était 
exacte,  il  y  aurait  là  une  question  très  sérieuse,  les  conséquences 
prévues  de  son  application  sont  même  la  cause  principale,  sinon  la 
cause  unique,  de  l'opposition  que  la  Convention  a  rencontrée  de  la 
part  des  Chambres  de  Commerce. 

Quelle  que  soit  la  portée  que  l'on  attribue  à  cet  article,  il  apporte 
certainement  une  modification  à  l'état  de  choses  antérieur.  Il  y 
a  donc  lieu  d'examiner  si  l'on  n'en  a  pas  exagéré  beaucoup  les  con- 
séquences, faute  de  l'avoir  bien  lu  et  bien  interprété. 

Réfutons  tout  d'abord  une  erreur  consistant  à  croire  que  l'Al- 
lemagne et  les  États-Unis,  en  particulier,  vont  pouvoir,  grâce  à 
l'article  5,  nous  inonder  de  produits  fabriqués  sur  leurs  territoires. 
On  ne  pourra  rien  introduire  de  ces  deux  pays,  par  la  raison  bien 


—  502  — 

simple  qu'ils  n'ont  pas  adhéré  à  la  Convention  et  qu'ils  ne  pourront 
donc  pas  en  réclamer  le  bénéfice, 

C'est  pourtant  là  Tépouvantail  dont  on  s'est  sen-i  pour  souleTer 
le  monde  commercial  contre  la  Convention  ! 

Remarquons,  à  ce  propos,  qu'ils  sont  nombreux  les  pays  qui  n*ont 
pas  adhéré,  et  que  les  adversaires  de  l'Union  internationale  ne  sont 
pas  bien  d'accord  avec  les  faits  quand  ils  la  présentent  comme  tel- 
ment  défavorable  à  nos  intérêts  que  toutes  les  puissances  étrangères 
se.  sont  empressées  d'y  entrer  pour  se  partager  nos  dépouilles.  En 
Europe  seulement,  l'Allemagne,  l'Autriche,  la  Russie,  la  Tur- 
quie, la  Grèce,  la  Norwège,  le  Danemark,  sont  restés  en  dehors; 
il  en  est  de  même  des  États-Unis  ;  et  cependant,  la  Convention  est 
signée  depuis  le  20  mars  1883  et  ces  pays  ont  donc  eu  le  temps 
de  réfléchir. 

Nous  venons  de  faire  remarquer  que  Ton  ne  pourra  pas  impor- 
ter en  France  des  objets  brevetés  dans  ce  pays  et  provenant 
d'États  étrangers  à  l'Union,  et  cela  d'après  les  termes  mêmes  de 
l'article  5.  Est-ce  que  ce  serait  nous  qui  nous  tromperions,  est-ce 
qu'il  y  aurait  un  autre  article  qui  viendrait  modifier  celui-là  sur  le 
point  en  question? 

Autant  que  nous  pouvons  comprendre  Targamentation  de  ceux 
qui  soutiennent  l'opinion  contraire  à  la  notre,  ce  serait  efi'ectivo- 
ment  le  cas,  et  l'article  3  effacerait  la  restriction  que  l'article  o 
renferme  ;  toute  personne,  d'une  nationalité  quelconque,  pourrait 
introduire  dans  le  pays  du  brevet  des  produits  ^^enant  cF Allema- 
gne, des  Etats-Unis,  ou  de  tout  autre  pays  étranger  à  rUnion,  à  la 
seule  condition  d'avoir  un  établissement  industriel  ou  coramercîil 
dans  une  des  parties  de  cette  Union. 

Ce  serait  là  une  interprétation  absolument  inexacte. 

L'article  3  assimile  aux  citoyens  d'un  pays  compris  dans  l'Union 
tous  les  étrangers  qui  y  posséderont  un  établissement  commercial  ; 
par  là,  il  leur  accorde  les  mêmes  droits,  mais  rien  de  plus  assuré- 
ment. Or,  le  national  n'a  le  droit  d'importer  que  «  des  objets 
fabriqués  dans  l'un  ou  l'autre  des  États  de  l'Union  ». 

Donc,  nous  avions  raison  de  dire  que  rien,  dans  la  Convention, 
ne  permet  d'introduire  en  France  des  objets  brevetés  venant  iVM- 
lemagne  ou  des  États-Unis,  tant  que  ces  États  n'auront  pas  adhér*- 
à  l'Union. 


—  503  — 

Nous  nous  empressons  d'ajouter  qu'ils  peuvent  le  faire  demain; 
en  tout  cas,  ce  qui  ne  .sera  pas  vrai  pour  eux  le  sera  pour  d'autres. 
Laissant  de  côté  la  question  de  savoir  de  quels  pays  on  introduira, 
il  est  donc  très  intéressant  d'examiner  quelles  proportions  Timporta- 
tioa  d'objets  brevetés  pourra  prendre. 

Les  adversaires  de  la  Convention  n'hésitent  pas  A  penser  que  les 
étrangers  possédant  un  brevet  en  France  feront  venir  de  chez  eux 
tous  les  objets  dont  ils  auront  la  vente,  au  lieu  de  les  faire  fabriquer 
en  France  comme  la  loi  de  i844  les  y  obligeait  par  son  article  32 
(Soit  dit  en  passant,  cet  article  est  inexactement  cité  dans  le  rap- 
port présenté  à  la  Chambre  de  Commerce,  ainsi  que  dans  les  publi- 
cations qui  l'ont  inspiré;  on  néglige  de  tenir  compte  du  change- 
ment qu'une  loi  de  1856  a  apporté  à  la  loi  des  brevets  de  1844  sur 
ce  seul  article.  Cela  suffirait  à  montrer  que  nous  ne  sommes  pas  en 
présence  de  spécialistes  familiers  avec  les  questions  dont  ils  s'occu- 
pent). 

L'obligation  de  fabriquer  en  France  est-elle  réellement  supprimée 
par  la  Convention? />  contraire  nous  parait  certain. 

Ses  adversaires  ont  sans  doute  négligé  de  remarquer  le  paragra- 
phe 2  du  même  article  5,  qui  dit  : 

«  Toutefois,  le  breveté  restera  soumis  à  l'obligation  d'exploiter 
»  son  brevet  conformément  aux  lois  du  pays  où  il  introduit  les 
»  objets  brevetés  » . 

Or,  notre  loi  sur  les  brevets,  en  outre  du  paragraphe  prononçant 
la  déchéance  pour  introduction  —  et  qui  vient  d'être  supprimé  — 
contient  un  autre  paragraphe  qui  oblige  le  breveté,  sous  la  même 
peine,  à  exploiter  son  brevet  à  partir  de  la  seconde  année.  Qu'est-ce 
qu'exploiter?  La  jurisprudence  a  toujours  été  que  c'était  fabriquer  en 
France^  et  elle  n'aurait  même  pas  pu  être  différente,  du  moment  que 
l'introduction  était  prohibée,  car,  dans  ces  conditions,le  breveté  ne 
pouvait  évidemment  se  procurer  des  produits  qu'en  les  fabriquant. 

n  suffira  donc  à  nos  tribunaux  de  persévérer  dans  une  jurispru- 
dence constante  pour  que  le  danger  que  l'on  redoute  soit  évité,  et 
ce  sera  même  pour  eux  un  devoir  strict,  car  la  loi  nest  en  rien  wo- 
difiée  à  l'égard  de  l'exploitation. 

Dans  la  Conférence,  on  avait  agité  cette  question  ;  quelques-uns 
avaient  voulu  supprimer  l'obligation,  d'autres  la  maintenir;  faute 
de  pouvoir  s'entendre,  on  décida  que  la  Conférence  laisserait  de  côté 


—  504  — 

cette  question,  de  sorte  que  chaque  Ëtat  continuerait  d'appliquer  sa 
loi  particulière,  et  le  paragraphe  cité  plus  haut  fut  ajouté  pour  évi- 
ter tout  malentendu.  Effectivement,  si  le  paragraphe  2  n'avait  pas 
ce  but,  on  ne  s'expliquerait  pas  ce  qu'il  vient  faire, 

Toute  hésitation  nous  parait  doncimpossiblesurlesensderarticle5, 
quand  on  le  lit  jusqu'au  bout.  Nous  sommes  heureux,  d'ailleurs, 
que  notre  opinion  sur  ce  point  soit  corroborée  par  celle  de  M.  Geor- 
ges Plé,  avocat,  qui  a  soutenu  exactement  la  même  thèse  dans  un 
journal  industriel  et  qui  a,  sur  ses  contradicteurs,  l'avantage  d'être 
plus  versé  dans  la  connaissance  de  la  loi  des  brevets,  à  en  juger  par 
la  façon  dont  il  en  parle  et  par  sa  qualité  de  secrétaire  d'un  juris- 
consulte faisant  autorité  en  ces  matières,  M.  Pouillet. 

Ainsi  donc,  il  paraît  certain  que  la  Convention  n'a  d'autres  consé- 
quences, relativement  à  l'introduction,  que  de  dispenser  le  breveté, 
quand  il  veut  introduire  une  machine  brevetée,  d'en  demander  l'au- 
torisation au  préalable;  de  lui  permettre,  en  outre,  d'introduire  des 
échantillons  de  l'invention  quand  il  s'agit  de  produits  autres  que  def^ 
machines,  cas  dans  lequel  la  loi  de  1856  ne  permettait  pas  au  minis- 
tre d'autoriser  l'introduction;  enfin,  de  ne  plus  limiter  à  un  seul  le 
nombre  des  objets  introduits. 

Cette  absence  de  limitation  du  nombre  amènera-t-elle  des  abus,  et 
les  inventeurs  établis  à  Tétranger  proflteront-ils  de.  ce  que  le  fait 
d'introduction  en  lui-même  n'est  plus  délictueux  pour  satisfaire  à 
une  partie  de  la  demande  au  moyen  de  produits  simplement  im- 
porti^s  ? 

Nous  avouons  que  cela  nous  parait  probable,  mais  en  répétant 
que  les  tribunaux  sont  parfaitement  armés  contre  ces  infractions. 
Ils  pourront  d'autant  plus  sûrement  les  réprimer  que  lorsqu'ils  ont  à 
à  se  prononcer  sur  la  déchéance  d'un  brevet,  c'est  sur  la  demande 
d'un  tiers  intéressé;  or,  quand  on  remarque  combien  les  intéressés 
savaient,  sous  le  régime  de  la  loi  de  1844,  découvrir  et  signaler  un 
unique  fait  d'introduction,  pour  les  brevets  qu'ils  avaient  intérêt  à 
faire  tomber,  on  peut  être  tranquille  :  les  tribunaux  trouveront  en 
eux  des  auxiliaires  vigilants  pour  leur  signaler  le  chiffre  des  impor- 
tations; à  eux  alors  d'appliquer  la  déchéance  s'ils  reconnaissent  que 
l'esprit  de  la  loi  a  été  violé. 

Cependant,  n'y  a-t-il  pas  à  craindre  qu'il  ne  se  forme  une  nouvelle 
jurisprudence  d'aprè?  laquelle,  étant  donné  que  l'introduction  n'^^t 


—  505  — 

plus  interdite,  les  tribunaux  déclareraient  la  loi  satisfaite  du  mo* 
ment  que  le  breveté  aurait  fabriqué  en  France,  si  peu  que  ce  fût? 
Cela  ne  nous  parait  pas  à  redouter,  car  ce  serait  une  doctrine  peu 
sérieuse  que  celle  qui  obligerait  le  breveté,  pour  le  cas  d'une  vente 
décent  machines  par  an,  par  exemple,  à  en  fabriquer  une  en  France, 
en  lui  permettant  de  faire  venir  du  dehors  les  quatre-vingt-dix-neuf 
autres.  En  matière  d*exploitation  les  tribunaux  se  préoccupent  sur* 
tout  de  ce  qu'il  a  été  possible  à  l'inventeur  de  faire;  on  trouve  des 
arrêts  validant  des  brevets  bien  que  l'exploitation  n'en  ait  pas  été 
commencée  dans  les  délais  prescrits ,  parce  que  l'inventeur  n'avait 
pas  pu  faire  mieux;  mais,  réciproquement,  nous  ne  croyons  pas  que 
le  breveté  qui  ne  ferait  qu'une  exploitation  pro  forma  eût  chance  de 
trouver  grâce  devant  les  tribunaux. 

Quoiqu'il  en  soit,  ceux  qui  font  tant  de  bruit  pour  quelques  pro- 
duits brevetés  qui  pourront  maintenant  entrer  en  France  seraient, 
pensons-nous,bien  embarrassés  pour  justifier  leur  prétention  d'inter- 
dire cela  à  l'inventeur.  Non  seulement  on  ne  peut  sans  injustice  lui 
refuser  ce  droit,  mais  il  aurait  même  celui  d'importer  la  totalité  des 
marchandises  dont  il  fait  commerce. 

Il  faut  favoriser  le  travail  national  !  dit-on.  Fort  bien,  mais  pour- 
quoi un  Français  qui  est  breveté  le  favoriserait-il  plus  qu'un  Français 
qui  n'est  pas  breveté  ?  Un  commerçant,  fût  41  nfâme  étranger,  a  le 
droit  d'importer  en  France  tous  les  produits  qu'il  voudra  et  en  aussi 
grand  nombre  qu'il  voudra,  quand  ils  appartiennent  au  domaine  pu- 
blic ;  pourquoi  don^  ne  le  pourrait-il  pas  également  pour  les  produits 
qu'il  a  fait  breveter? 

Est-ce  qu'en  privant  le  travail  national  de  la  fabrication  des  uns 
on  lui  fait  moins  de  tort  qu'en  lui  retirant  celle  des  autres?  Évidem- 
ment le  résultat  est  le  même  dans  les  deux  cas,  et  à  ce  point  de  vue 
il  importe  peu  que  la  cisaille  ou  la  machine  à  coudre  achetée  en 
Angleterre  ou  en  Belgique  soit  brevetée  ou  ne  soit  pas  brevetée  en 
France. 

Voici  par  exemple  deux  marchands,  dont  l'un  exploite  une  ma- 
chine à  coudre  brevetée  de  son  invention  et  l'autre  une  machine 
à  coudre  d'un  type  banal. 

—  Vous  ne  devez  pas  acheter  à  l'étranger,  dirait  celui-ci  au  bre- 
veté ;  assez  d'autres  le  font  déjà,  et  moi  tout  le  premier  ;  notre 
iDdustrie  souffre  et  comme  il  faut  bien  que    quelqu'un   se  sacrifie 


—  506  — 

pour  la  gauver»  ce  sera  vous,  Henonoez  donc  aux  avantages  que 
rimportation  vous  procurerait,  La  patrie  avant  tout  ! 

—  Mais,  pourrait  répliquer  Tautre,  si  je  comprends  bien,  voui 
me  propose;  de  sacrifier  mes  convenances  et  mes  intérêts  aux  vôtres; 
votre  patriotisme  se  drape  dans  un  manteau  fait  avec  ma  laine. 
Explique?<^moi  au  moins  pourquoi  je  dois  être  la  victime  pluiùt  que 
vous, 

—  Ah  !  c'est  que,  comme  votre  machine  est  brevetée,  nous  ne 
pourrions  pas  faire  concurrence  aux  fabricants  étrangers  par  qui 
vous  laferieK  construire, 

—  Pardon,  vous  pouvez  parfaitement  leur  faire  concurrence,  soit 
avec  des  machines  à  coudre  du  domaine  public,  soit  avec  dp 
nouveaux  systèmes  que  vous  ferez  breveter  également.  Vous  ne 
pouvez  pas  fabriquer  précisément  mon  système,  cela  est  vrai,  parce 
qu'il  y  a  là  une  question  de  propriété,  mais  elle  est  entièrement 
distincte  de  la  question  du  préjudice  que  fait  subir  à  notre  industrie 
nationale  la  commande  de  machines  aux  constructeurs  étrangers: 
une  machine,  arrivant  toute  faite/aura  beau  être  brevetée,  elle  ne 
représentera  toujours  qu'une  machine  de  moins  à  faire  en  France.  Uy 
aurait  même  un  avantage  évident  pour  le  pays  à  permettre  plutôt  l'in- 
troduction des  produits  brevetés  que  celle  des  autres,  car,  précisé- 
ment à  cause  de  son  privilège,  le  breveté  pourra  tenir  ses  prix  aussi 
élevés,  que  s'il  avait  fait  fabriquer  en  France  moins  économiquement; 
s'il  a  payé  bon  marché  il  en  profitera,  mais  sans  que  ses  confrères 
aient  à  souffrir  de  la  baisse  de  prix  qui  résulterait  d'une  rivalité 
entre  les  maisons  étrangères. 

En  tout  cas,  pourrait  ajouter  le  breveté,  s'il  est  vrai  que  notre 
industrie  soit  impuissante  à  lutter  contre  la  concurrence  étrangère, 
qu'on  établisse  des  droits  protecteurs,  je  les  paierai  comme  vous, 
mais  à  cette  condition  je  dois  pouvoir  introduire  comme  vous. 

Objecterez- vous  qu'à  Tégard  de  certains  pays  la  France  n'est  plus 
maîtresse  de  ses  tarifs  ?  Alors,  subissons  le  mal,  mais  subissons-le 
ensemble  ;  pourquoi  paierais-je  votre  rançon  ?  Est-ce  parce  que. 
en  cherchant  le  progrès,  j'ai  rendu  service  à  mon  pays?  Singulière 
façon  d'entendre  l'adage  :  Tout  service  se  paye!  Ici,  il  serait  pap' 
par  celui  qyi  le  rend  • 

Je  sais  bien  que  l'on  dit  :  le  brevet  est  un  privilège,  et  la  loi  peut 
mettre  à  son  octroi   telles  conditions  qu'elle  jugera  convenables. 


—  507  ^ 

Encore  ffiut^il  que  ces  conditions  se  Jastiâent  par  quelque  chose. 
Or,  il  s*agit  ici  d'an  privilège  qui  ne  confère  aucun  monopole  et 
dont  rinventeur  jouit  sans  entraver  aucune  exploitation  similaire. 
En  réalité,  une  invention  industrielle,  comme  toute  œuvre  de  Tintel* 
ligenoe,  constitue  une  propriété  que  la  loi  ne  orée  pas,  qu'elle  n*a 
qu*à  constater  en  vue  de  la  protéger.  Quand  un  inventeur  vient  lui 
demander  de  constater  qu'il  est  propriétaire  de  telle  idèe^  elle  n'est 
donc  pas  fondée  à  lui  imposer  des  conditions  iniques  ou  vexatoires, 

Sans  doute,  matériellement^  elle  le  peut  faire,  et  il  faudra  bien 
que  rinventeur  s'y  résigne,  sous  peine  de  tout  perdre,  mais  elle 
commet  alors  un  véritable  abus,  comme  un  magistrat  qui  vendrait 
la  justice.  La  seule  différence,  c'est  que  ce  magistrat  serait  passible 
d*une  peine,  tandis  que  le  législateur  peut  abuser  impunément. 

L'équité  commande  de  n'inten^enir  dans  la  réglementation  de  la 
propriété  des  inventions  que  pour  sauvegarder  l'intérêt  général,  et 
Ton  ne  peut  regarder  comme  d'an  intérêt  général  d'interdire  à  quel* 
ques  individus  des  actes,  tels  que  l'introduction,  qui  sont  permis  à 
tons  les  autres  et  qui  ont  les  mêmes  conséquences  dans  tous  les  cas 
indistinctement,  si  même  ils  n'ont  pas  moins  d'inconvénients  de  la 
part  des  brevetés. 

Pour  admettre  qu'une  loi  sur  les  brevets  peut  mettre  à  leur  dé- 
livrance des  conditions  arbitraires,  il  faudrait  admettre  que  la  dé- 
livrance d'un  brevet  est  une  mesure  purement  gracieuse  du  Pouvoir, 
ce  qui  est  incompatible  avec  l'idée  qu'une  invention  est  une  prO' 
priété  préexistante  à  la  loi  qui  la  réglemente.  Or,  telle  est  la  con- 
ception moderne  du  droit  des  inventeurs.  Nous  sommes  loin  du  temps 
où  Mirabeau  lui-même  disait  qu'une  invention  cesse  d'appartenir  à 
?on  auteur  dès  qu'elle  quitte  son  cerveau;  ce  qui  esta  peu  près 
comme  si  l'on  disait  que  l'oîi  n'est  plus  propriétaire  de  sa  bourse  si  on 
ne  l'enferme  pas  soigneusement  dans  sa  poche. 

—  Ainsi  pourrait  parler  l'inventeur  et  nous  ne  voyons  pas  ce 
qu'on  lui  objecteraic.  Nous  pensons  même  que,  pour  plusieurs  rai- 
sons, il  devrait  être  libre  de  ne  pas  exploiter  du  tout,  sans  encourir 
pour  cela  la  déchéance  ;  mais  nous  n'avons  pas  à  examiner 
cette  question  ici. 

Concluons,  sur  l'article  5,  qu'en  principe  il  permet  d'introduire 
en  France  des  produits  brevetés  fabriqués  dans  un  autre  pays  de 
l'Union,  mais  qu'il  no  dispense  pas  pour  cela  d'exploiter  les  brevets 


—  508  — 

par  une  fabrication  ayant  lieu  en  France  ;  de  sorte  que  leç  craintes 
des  adversaires  de  la  convention  nous  paraissent  mal  fondées. 

Nous  ne  voyons  pas,  dans  le  rapport  présenté  à  la  Chambre  de 
commerce,  d'autres  objections  à  laquelle  nous  ayons  à  répondre. 

En  revanche,  le  rapporteur  reconnaît  que  la  Convention  u  accorde 
un  droit  nouveau  aux  inventeurs  français  »,  celui  de  ne  faire  leurs 
dépôts  à  l'étranger  qu'un  certain  temps  après  le  dépôt  en  France, 
sans  avoir  à  redouter  les  conséquences  de  la  publicit»'  qui  se  produi- 
rait dans  rintervalle. 

Mais  «  l'avantage  est  mince  »,  dit-il,  car  il  était  facile  de  déposer 
partout  simultanément.  De  plus,  cela  <(  retire  aux  inventeurs  la  fa< 
culte  d'user  des  anciens  délais  qui  se  trouvaient  auparavant  beau- 
coup plus  longs  dans  les  autres  pays  de  l'Union  »  .  Nous  voudrions 
bien  connaître  ces  anciens  délais  !  En  tout  cas,  s'il  en  existait,  les 
inventeurs  pourraient  encore  en  user,  puisqu'ils  profitent  de  la  loi 
du  pays  et  que  le  délai  de  six  mois  n'est  qu'un  minimum  assuré. 

Le  rapporteur  reconnaît  aussi  qu'en  ce  qui  concerne  les  marques 
de  fabrique,  les  articles  9  et  10  a  donnent  satisfaction  à  un  des 
vœux  les  plus  chers  de  la  Chambre  de  commerce  de  Paris  »;  que 
«  l'adhésion  des  Puissances  contractantes  à  ces  deux  articles  consti- 
tue un  progrés  réel  dans  la  voie  de  la  protection  internationale  des 
marques  de  fabrique  »;il  regrette  seulement  que  l'on  n'ait  pas  inter- 
dit l'indication  d'un  faux  lieu  de  provenance,  même  quand  il  ne  s  y 
joindra  pas  l'indication  d'un  nom  personnel,  ne  se  rendant  peut-être 
pas  bien  compte  du  motif  de  cette  double  condition  (nous  ravons 
indiqué  plus  haut). 

Cette  approbation  partielle  n'a  pas  empêché  le  rapporteur  de  con- 
clure que  la  «  Convention  a  compromis  la  liberté  de  l'industrie 
française,  en  la  privant  d'une  partie  de  son  travail  national,  sans 
compensation  apparente  »;  que  les  commissaires  français  qui  Vont 
négociée  ont  commis  de  «  lourdes  fautes,  si  toutefois  elles  ne  sont 
pas  intentionnelles  »,  et  qu'en  définitive  nous  n'avons  qu'à  nous 
retirer  au  plus  vite  d'une  union  que  nous  avons  provoquée.  Le  rap- 
port ne  laisse  même  pas  le  choix  entre  la  dénonciation  et  le  choix 
entre  la  revision. 

C'est  ce  rapport  qui  a  été  voté  à  l'unanimité  par  la  Commis- 
sion  de  législation  de  la  Chambre  de  Commerce  de  Paris,  et  qui 
a  été  imprimé  pour  être   distribué    aux   Chambres  des  départe- 


—  609  — 

ments.  Il  faut  s'attendre  à  ce  que  plusieurs  de  celles-ci ,  prenant 
comme  exactes  toutes  les  affirmations  de  ce  document,  suivent 
l'exemple  qui  leur  vient  de  si  haut,  la  mode  étant  d'ailleurs  au- 
jourd'hui de  trembler  au  seul  mot  de  concurrence  étrangère  ,  ce 
qai  enlève  le  calme  nécessaire  pour  contrôler  des  appréciations 
trop  pessimistes  et,  par  exemple,  pour  constater  combien  il  est 
peu  exact  que  tous  les  pays  étrangers  se  soient  empressés  d'adhé- 
rer à  la  Convention.  On  a  vu  plus  haut  que,  en  réalité,  près  de 
la  moitié  des  États  représentés  à  la  Conférence,  entre  autres  beau- 
coup de  Puissances  européennes,  n'ont  pas  voulu  adhérer  :  il  n'y 
a  donc  de  ce  côté  aucune  présomption  que  la  Convention  favo- 
rise les  pays  étrangers  au  détriment  de  la  France. 

Il  n'en  est  pas  moins  devenu  nécessaire,  en  présence  de  l'op- 
position qu'elle  rencontre  inopinément  chez  nous^  que  tous  ceux 
que  la  question  intéresse  se  fassent  une  opinion  à  la  suite  d'un 
examen  sérieux.  Nous  n'avons,  pour  notre  part,  aucun  parti  pris; 
nous  croyons  que  la  Convention  marque  un  progrès  réel;  les  ar- 
guments invoqués  contre  elle  ne  nous  touchent  pas,  parce  qu'ils 
nous  paraissent  porter  à  faux  ;  mais  une  cause  peut  être  mal 
défendue  et  pourtant  être  juste,  au  moins  en  partie;  une  discus- 
sion plus  éclairée  sera  donc  très  utile. 

Elle  le  sera  d'autant  plus  que  l'influence  de  la  Convention  in- 
ternationale peut  chaque  jour  s'accroître  par  l'accession  de  nou- 
veaux États.  Depuis  quelque  temps,  l'Allemagne,  en  particulier, 
se  demande  si  elle  n'a  pas  eu  tort  de  se  tenir  à  l'écart  ;  les 
Chambres  de  Commerce  sont  co'nsultées  et,  en  général,  elles  re- 
commandent l'entrée  dans  l'Union;  la  Société  des  Ingénieurs  alle- 
mands —  société  importante  comptant  5,000  membres  et  qui 
depuis  bien  longtemps  donne  toute  son  attention  aux  questions 
de  propriété  industrielle,  —  travaille  dans  le  même  sens,  et  il 
n'est  pas  impossible  que  le  nom  de  TÂllemagne  ne  s'ajoute  bien- 
tôt à  la  liste  des  Puissances  adhérentes. 

Cela  ne  prouverait  certainement  pas  que  la  Convention  est 
mauvaise  pour  nous,  car,  en  principe,  lorsque  deux  parties  font 
volontairement  une  entente,  c'est  qu'elle  est  jugée  profitable  pour 
Tune  et  pour  l'autre. 

L'Union  pour  la  protection  de  la  propriété  industrielle  peut 
être  bonne  pour  tout  le  monde,  comme  l'Union  postale,    l'Union 


—  510  — 

télégraphique,  TUnion  monétaire,  rUnion  dos  poids  et  mesures, 
que  l'on  a  déjà  conclues;  comme  Tunion  pour  la  protection  delà 
propriété  littéraire,  qui  est  en  train  de  se  faire. 

Mais  enfin,  il  est  bon  que  le  monde  industriel  français  se  fasse 
une  opinion  et  puisse  faire  entendre  un  ayis  éclairé,  venant  cor- 
roborer ou  combattre  celui  d^un  certain  nombre  de  Chambres  de 
Commerce,  qui  ne  nous  paratt  pas»  jusqu'à  preuve  du  contraire, 
mériter  la  même  épithètc. 

Dans  ce  dernier  cas,  on  pourrait  enrayer  un  mouvement  qui 
risque  d'amener,  sans  motif  plausible,  la  dénonciation  d'une  Con- 
vention que  la  France  ne  serait  sans  doute  pas  près  de  refaire 
après  l'avoir  condamnée  elle-même  une  première  fois  .  Cette  dé- 
nonciation si  rapide  d'une  œuvre  qui  est  la  sienne  serait  d'ailleurs 
peu  dénature  à  augmenter  son  prestige,  et  c'est  une  nouvelle  rai* 
son,  même  au  point  de  vue  de  nos  intérêts  industriels  et  comme^ 
ciaux,  pour  ne  laisser  qu'à  bon  escient  dénoncer  la  Convention  do 
20  mar^  4883,  à  peine  entrée  en  vigueur  depuis  le  milieu  de  rannëc 
dernière . 

CW  dans  ces  vues  que  nous  avons  pris  la  liberté  de  porter  la 
question  devant  la  Société. 


k 


CHRONIQUE 


SoMUAiBB.  —  Machioes  de  laminoirs.  —  Dock  flottant  de   Rotterdam.  -—  Utilisation 
des  \ieux  rails  d'acier.  —  Déplacement  d'une  cheminée.  —  Résistance  de  la  glace. 

MaeKlneci  de  laminoirs.  —  MM.  Kitsou  et  C>",  de  Lecds,  ont 
fourni  récemment  aux  forges  de  Dowlais  des  machines  de  très  grande 
puissance  pour  commande  de  laminoirs.  Ces  machines  ont  deux  cylindres 
horizontaux  de  l^jSîîS  de  diamètre  et  l™,o25  de  course,  agissant  sur  le 
laéme  arbre,  Tun  sur  un  coude  venu  de  forge  avec  Tarbre,  Tautre  sur  un 
plateau  manivelle  calé  à  Textrémité;  ce  plateau  fretté  en  acier  porte  un 
contrepoids  venu  de  fonte  et  destiné  à  équilibrer  le  mécanisme  ;  le  con- 
trepoids formant  le  balancement  de  la  seconde  machine  est  disposé  dans 
le  plateau  de  jonctionnement  de  Tarbre  moteur  avec  Tarbre  de  tran^ 
mission. 

Les  bâtis  des  machines  se  composent  de  quatre  poutres  creuses  bou-- 
lounées  ensemble  à  l'une  de» extrémités,  et  assemblées  par  l*autre  extré- 
mité, élargie  à  cet  effet,  avec  une  poutre  transversale  qui  porte  les 
plateaux  d'avant  des  cylindres.  Les  cylindres  se  trouvent  ainsi  en  portc- 
à-faux  par  rapport  aux  bâtis  principaux  et  sont  supportés  par  un  petit 
hâti  additionnel  placé  au-dessous  de  leur  extrémité  arriére,  lequel  bàtl 
supporte  également  les  glissières  de  guidage  des  contre->tiges. 

L'arbre  moteur  est  supporté  par  trois  portées  dont  la  premier  a  0"SSêW 
do  diamètre  et  les  autres  O^'jSSO.la  longueur  étant  pour  toutes  de  0»*  J3oî 
les  coussinets  sont  en  quatre  pièces  et  ajustables;  ils  sont  en  broiiie 
phosphoreux,  les  chapeaux  des  paliers  sont  en  acier  fondu*  L'arbre  est 
eu  fer  de  riblons  forgé  avec  tout  le  soin  possible» 

Les  tiges  de  piston  ont  0*",âi5  de  diamètre;  elles  sont  également  en  tW 
do  ribloDs;  les  pistons  portent  des  contre-tiges  qui  sortent  par  le  plateau 
arrière  des  cylindres  et  portent  un  coulisseau  guidé  par  une  gltssièrei 
Les  glissières  avant  sont  Venues  de  fonte  avec  les  bàtls  et  sont  gai*nle8l 
de  règles  en  fer  cémenté  et  trempé. 

Les  tiroirs  sont  placés  en-dessus  des  cylindres  ;  ils  sont  en  forme  de 
pistons  et  leur  diamètre  est  de  0",68S;  l'évacuation  de  l'eau  condensée 
est,  à  cause  de  cette  disposition  des  tiroirs,  assurée  par  des  soupapes  de 
purge  à  fonctionnement  automatique  placées  au-dessous  des  cylindres. 

Les  tiroirs  sont  commandés  par  un  arbre  auxiliaire  parallèle  à  l'arbre 
moteur  et  situé  au-dessus  dans  le  plan  horizontal  pa.<^sant  par  les  axes 
des  tiges  de  tiroir.  Cet  arbre  est  commandé  par  un  jeu  de  roues  d'engre- 
nages en  acier  fondu  avec  dents  à  doubles  chevrons  ;  il  porte  les  excen- 


—  512  — 

triques  à  ses  deux  extrémités.  Cette  disposition  présente  certaines  faci- 
lités d'accès  et  de  plus  elle  permet  l'emploi  d'excentriques  de  faible 
diamètre  relatif,  tandis  que,  s'il  fallait  mettre  ces  organes  sur  l'arbre 
moteur,  on  arriverait,  avec  le  diamètre  considérable  qu'a  celui-ci,  à  des 
dimensions  fabuleuses  pour  les  excentriques,  ce  qui  entraînerait  des 
pertes  importantes  de  travail  par  frottement  et  surtout  des  échauffemeDl? 
difficiles  à  combattre. 

En  eflret,il  n'aurait  guère  été  possible  de  mettre  sur  l'arbre  de0'",83dc 
diamètre  des  excentriques  de  moins  de  1",200  de  diamètre,  lesquels,  à  la 
marche  de  120  tours  par  minute  de  l'appareil;  auraient  eu  une  vitesse  à  la 
circonférence  de  7",540  par  seconde.  Cette  considération  est  assex 
sérieuse  pour  faire  accepter  dans  certains  cas  la  complication  de  la 
transmission  par  engrenage  à  l'arbre  de  distribution. 

La  machine  étant  du  système  réversible,  le  changement  de  marche 
s'effectue  par  une  coulisse  droite,  type  Allan,manœuvréepar  un  cylindre 
hydraulique. 

Ces  puissantes  machines,  de  dimensions  qui  leur  permettent  de  déve* 
lopper  plusieurs  milliers  de  chevaux,  viennent  seulement  d'être  mises  ea 
service,  mais  des  machines  semblables  sortant  des  mêmes  ateliers  et 
ayant  des  cylîndresde  l'",220  de  diamètre  et  1",370  de  course  fonctiouneut 
avec  plein  succès-dans  les  mêmes  forges  depuis  1881. 

Les  dessins  des  machines  que  nous  avons  décrites  plus  haut  ont  et»; 
donnés  dans  VEnginering» 

ItoelL  IlottMit  dj^  R^tt^rdam. —  La  ville  de  Rotterdam  exploite 
depuis  1883  un  dock  flottant  en  fer  et  en  deux  parties  qu'elle  a  fait  cous- 
truire  et  placé  dans  un  bassin  creusé  à  cet  effet,  sur  la  rive  gauche  de  la 
Meuse,  près  du  petit  port  de  Charlois.  A  la  cote  de  5" ,1)6  sous  l'étiagc 
de  Rotterdam  (désigné  par  R.  P.  abréviation  des  mots  hollandais  RoUer- 
damsche  Peil),  ce  bassin  a  350  mètres  de  longueur  moyenne  et  ISO  de 
large.  La  profondeur  générale  eSt  de  S^jÔÔ,  mais,  à  l'endroit  où  doit 
pouvoir  plonger  le  dock  tout  entier,  ïï  y  a  9"S66  et,  sur  le  mouillage  spé- 
cialement affecté  à  la  plus  petite  des  deux  parties,  8*^,66  sous  R.  P. 

Chacune  des  deux  parties  forme  à  elle  seule  un  dock  distinct  et  toutes 
deux  présentent  le  même  système  de  construction.  L'une  a  90  mètres, 
l'autre  48  de  longueur.  Réunies,  elles  forment  un  dock  de  138  mètres.  A 
l'ordinaire  toutefois,  les  deux  parties,  que  nous  nommerons  simplement 
le  grand  et  le  petit  dock,  sont  mouillées  isolément  Tune  eu  arrière  de 
l'autre  et,  pour  en  faciliter  l'emploi  séparé,  l'axe  du  petit  dock  est  place 
latéralement  à  celui  du  grand.  Les  largeurs  communes  aux  deux  docb 
sont  les  suivantes  :  à  l'extérieur  hors  œuvre  27",40  ;  à  l'intérieur  entre 
les  parois  des  caissons  latéraux  20", 40  sur  le  plafond  et  21",iO  a« 
sommet. 

Le  corps  se  compose  d'un  caisson  de  fond  et  deux  caissons  latéraux. 


—  513  — 

La  hauteur  du  caisson  de  foud  est  au  milieu  de  3  mètres  et  sur  les  cotés 
de  2">,70.  De  cette  moindre  hauteur  part  l'élévation  des  caissons  latéraux 
hauts  de  T^jSO  et  larges,  au  niveau  du  plafond,  de  S^^SO,  et  au  sommet  de 
3  mètres  seulement. 

Le  caisson  de  fond  du  grand  dock  est  divisé  en  douze,  celui  du  petit 
en  huit  compartiments.  Cette  division  est  obtenue  au  moyen  de  cloisons 
étanches  longitudinales  et  transversales  dont  voici  la  disposition.  Au 
milieu  de  chaque  caisson,  il  y  a  d'abord  une  grande  cloison  longitudi- 
nale qui  en  occupe  toute  la  longueur.  De  chaque  côté  se  trouvent  quatre 
cloisons  transversales  dans  le  grand  dock  et  deux  dans  le  petit.  Ces 
cloisous  atteignent  toute  la  hauteur  des  caissons  latéraux.  Il  y  a  ensuite 
deux  autres  cloisons  longitudinales,  mais  qui  ne  règu  ^ut  qu'au  milieu  de 
la  longueur,  entre  une  paire  de  cloisons  transversales  de  chacun  des 
deux  docks. 

Les  caissons  latéraux  sont  couverts  d*un  plancher  en  tôlo  quadrillée 
sur  lequel  sont  placés  les  cabestans  ainsi  que  les  treuils  pour  la  manœu- 
vre des  espars  de  serrage  et  des  tins  de  fleur.  Sur  chaque  caisson  latéral 
il  y  a  une  logette  avec  les  dépendances  nécessaires.    . 

Les  appareils  d'épuisement  consistent  sur  chacun  des  docks  en  deux 
machines  actionnant  directement  des  pompes  centrifuges,  fournies  par 
la  maison  J.  et  H.  Gwynne,  de  Londres.  Ces  machines  reposent  avec 
leurs  fondations  eçit  maçonnerie  sur  un  plancher  en  fer  établi  à  l'inté- 
rieur du  compartiment  milieu  des  caissons  latéraux,  à  2  mètres  au-des- 
sus du  plafond. 

Les  pompes  du  grand  dock  ont  0™,S00  et  celles  du  petit  0"S37o  de 
diamètre.  Les  tuyaux  de  la  conduite  qui  introduit  ou  enlève  l'eau  dans 
les  divers  compartiments  ont  le  même  diamètre  que  la  pompe  à  laquelle 
ils  s'attachent.  Ceux  dépendant  de  l'une  des  machines  de  chaque  dock 
communiquent  à  volonté  avec  la  machine  du  côté  opposé,  de  façon  qu'en, 
cas  d'accident  elles  puissent  se  suppléer  Tune  l'autre.  La  prise  d'eau 
consiste  en  une  large  ouverture,  fermant  par  une  vanne  et  située  aussi 
^>as  que  possible  dans  la  paroi  extérieure  de  chaque  caisson  latéral. 
L'entrée  et  la  sortie  de  l'eau  sont  réglées  par  de  gros  robinets  qu'on 
manœuvre  de  la  chambre  des  machines  où  des  flotteurs  permettent  de 
lire  le  niveau  de  l'eau  dans  chaque  compartiment. 

Les  pompes  vident  chaque  dock  en  deux  heures  de  temps*  Les  chau- 
dières des  machines  sont  tubulaires  à  haute  pression  et  éprouvées  con- 
formément à  la  loi  du  pays  à  5  1/2  atmosphères. 

Dans  les  parois  des  caissons  latéraux  sont  percés  123  hublots. 

Pour  mettre  en  communication  les  voies  de  passage  au  sommet  des 
deux  caissons  latéraux,  le  grand  dock  est  muni  à  chacune  de  ses  extré- 
mités  d'une  passerelle  à  grue  et  d'une  passerelle  à  bascule  en  doux 
parties  chacune.  Le  petit  dock  n'a  que  des  passerelles  à  grues. 

Toute  la.  construction  est  calculée  pour  levage  de  navires  pesant  44 
BcLL.  34 


^ 


—  ol4  — 

tonnes  par  mètre  courant.  Outre  son  poids,  le  grand  dock  peut  soulever 
4,000  tonnes  et  le  petit  environ  2,000. 

Bien  que  leurs  longueurs  respectives  ne  soient,  comme  on  l'a  déjà  ^m, 
que  de  90  et  48  mètres,  le  grand  dock  a  pu  recevoir  un  navire  de  108 
mètres  et  le  petit  un  navire  de  70.  Pour  des  bâtiments  plus  longs,  on  en- 
chaîne les  deux  docks  l'un  derrière  l'autre,  de  manière  à  en  former  un 
seul  tout. 

L'amarrage  des  docks  sur  leur  emplacement  présentait  assez  de  diffi- 
cultés, tant  à  raison  des  grands  efforts  qu'ils  déterminent  que  par  suite 
de  certaines  circonstances. 

Ainsi,  sur  un  dock  de  90  mètres,  flottant  à  toute  élévation  et  portant 
un  grand  navire  sous  gréement  complet,  l'effort  du  vent  est  toujours  ex- 
trêmement considérable.  Dans  un  bassin  comme  celui  de  Rotterdam, 
fréquemment  exposé,  sur  une  rive  plate  et  ouverte,  à  toute  la  violence 
des  vents  d'ouest,  il  y  avait  encore  plus  à  se  prémunir  contre  ce  péril. 

Les  grosses  chaînes  nécessaires  à  Tamarrage  des  docks  ne  pouvaient 
être  ffxées  ni  à  des  pieux  sur  la  rive,  ni  sur  ancres  perdues. 

Elles  auraient  trop  entravé  la  circulation  dans  le  bassin.  D'un  autre 
côté,  quelque  solide  qu'elle  fût,  aucune  palée  d'amarre  ordinaire  ne 
pouvait  offrir  par  dix  mètres  de  fond  l'énorme  résistance  indispensable. 

M.  Witrop  Koning,  ingénieur  charge  de  la  conduite  des  travaux,  a  fait 
adopter  une  disposition  spéciale.  Le  corps  de  chaqne  appareil  d'aIna^ 
rage  consiste  en  un  pieu  de  cime,  fixé  dans  un  massif  de  maçonnerie  et 
de  béton  de  5  mètres  de  côté  et  de  4  mètres  de  hauteur.  Ce  massif  repose 
sur  63  pilots  disposés  en  carré  régulier  et  répartis  en  9  groupes  de  T  pilots 
chacun.  Les  groupes  extérieurs  présentent  une  paroi  verticale  du  côté 
du  dock  et  des  autres  côtés  une  paroi  en  devers. 

Après  avoir  battu  tous  les  pilots  en  place ,  on  suspendait  parnlessus, 
au  moyen  de  grosses  vis  et  de  fortes  traverses,  un  caisson  de  charpente 
destiné  à  servir  de  base  à  la  maçonnerie.  Les  traverses  étaient  fixée:? 
sur  la  tête  des  pilots  de  centre  de  chaque  groupe,  tenus  à  cet  effet  de 
1"*,50  plus  longs  que  les  pilots  environnants.  Dans  le  fond  du  caisson 
étaient  réservées  les  ouvertures  nécessaires  pour  laisser  passer  la  tête 
des  neuf  groupes  de  pilots. 

On  chargeait  alors  le  caisson  de  béton  et  on  le  faisait  descendre  régu- 
lièrement de  manière  que  son  plan  restât  parfaitement  horizontal.  Lo 
béton  était  déposé  au  fur  et  à  mesure  en  tas  pyramidal  et,  quand  la  ligne 
de  joint  de  ce  tas  avec  la  paroi  du  caisson  était  arrivée  à  atteindre  une 
hauteur  un  peu  supérieure  à  la  ligne  de  niveau  d*eau  basse,  on  profitait 
du  jusant  pour  maçonner  un  mur  tout  à  Tentour.  On  comblait  enfin  tout 
l'espace  encore  vide  au  moyen  d'une  dernière  cduléc  de  béton.  Les  som- 
mets du  groupe  des  pilots,  liés  par  des  colliers  en  fer,  sont  ainsi  encastr  ^ 
dans  le  béton.  Sur  le  bout  plus  élevé  du  pilot  central  est  posé  et  solide- 
ment arrêté  le  pieu  de  Cime  en  fonte  creuse j  l'empli  de  béton/  nojé  loi- 


—  515  — 

même  de  l'",20  dans  le  lit  de  béton  et  dépassant  d'un  mètre  le  plan  supé- 
rieur du  bloc  de  maçonnerie  réchampi  en  ciment.  C'est  sur  ce  pieu  de 
cime  que  sont  frappées  les  grosses  chaînes  du  dock.  Les  massifs  d'amar- 
rage sont  au  nombre  de  huit. 

Il  est  nécessaire  de  pouvoir  nettoyer  et  au  besoin  réparer  à  Textérieur 
le  dessous  du  dock.  Dans  ce  but  on  a  construit  un  appareil  en  bois  res- 
semblant lui-même  à  un  dock  très  court,  avec  caisson  de  fond  ouvert  au 
sommet.  On  le  noie  d'abord  à  la  profondeur  nécessaire  et  on  le  conduit 
à  l'une  des  extrémités  du  dock,  sous  lequel  on  l'engage  de  façon  que  son 
caisson  de  fond,  dont  les  dimensions  intérieures  correspondent  aux  dimen- 
sions extérieures  du  dock,  porte  en  travers  de  celui-ci.  On  vide  ensuite  à 
la  pompe  l'eau  qui  remplit  l'appareil.  Il  s'élève  avec  une  force  suffisante 
pour  que  ses  bords  supérieurs  munis  d'une  garniture  en  cuir  s'appliquent 
à  joint  étanche  contre  le  fond  du  dock.  Les  ouvriers  pénètrent  par  les 
caissons  latéraux  qui  émergent  le  long  des  côtés  du  dock  et  le  travail  se 
fait  avec  facilité  partout  où  il  est  besoin. 

Pour  permettre  l'emploi  de  cet  appareil,  les  massifs  d*amarrage 
devaient  être  tenus  à  une  certaine  distance  des  parois  du  dock.  Il 
était  cependant  indispensable  d'assurer  à  celui-ci  la  stabilité  la  plusi 
parfaite,  dans  la  partie  de  90  mètres  surtout,  qui  donne  plus  de  prise  à  la 
violence  du  vent.  Dans  ce  but  on  emploie  de  forts  caissons  flottants^ 
noyés  jusqu'à  ml-hauteur  entre  les  parois  du  dock  et  les  massifs  et  qui 
peuvent  recevoir  un  mouvement  vertical  régularisé  par  des  guides  en  fer. 

L^emploi  du  dock  flottant  est  réglementé  par  un  arrêté  municipal  du 
^i  juillet  1883,  dont  nous  reproduirons  les  principales  prescriptions. 

Le  capitaine  désirant  faire  usage  du  dock  s'adresse  par  écrit  au  directeur 
qui  tient  registre  des  demandes.  Pour  les  bâtiments  à  vapeur,  rinacrip> 
tion  peut  avoir  lieu  dès  avant  leur  entrée  en  rivière.  Le  capitaine  verse 
entre  le^  mains  du  directeur  une  somme  de  S65  fr.  50  c.  {iiH  florins) 
comme  garantie  de  sa  soumission  aux  conditions  du  règlement.  Cette 
somme  est  portée  en  déduction  des  frais  de  location  du  dock.  Le  droit  pour 
l'emploi  du  dock  et  de  ses  accessoires  est  payé  d'après  le  tarif  suivant  : 


dVTÊGORlES  DE  NAVIRES 


De  250  mètres  cubes  et  au^lessous 

à  400  mètres  eubés  t  .  .  .  . 
De  401  à  450  méVrea  cubes 
De     451  à     600  -^ 

De     501  à     750  — 

De     701  à  l.OOO  — 

De  1.001  à  ^«OCO  — 

De  2.001  à  3.00Ù  — 

De  3.0t>l  à  4.500  — 

Aa-des8U8  dç  4 .  500         — 


ENTRÉE  ET  SORTIE 

PAR  MitRE  CUBE 


Of'19 

0  18 
0  17 
0  16 
0  15 
0  14 
0  13 
0  12 
0  11 


LOCATION  DU  DOCK 

PAE  JOUR 


Pour  les  cinq  pre- 
miers jours  : 

0  fr.  06  par  mètre 
cube  et  par  Jour. 

Pour  les  jours  sui- 
vants : 

0  ir.  04  par  mèu^ 
cube  et  par  jour. 


—  516  — 

Ce  tarif  est  augmenté  de  28  0/0  pour  les  navires  qui  emploient  les  deux 
docks  à  la  fois  et  de  80  0/0  pour  ceux  d'une  construction  particulière- 
ment lourde,  comme  les  navires  cuirassés. 

Le  tarif  s'applique  sur  la  jauge  brute  eu  mètres  cubes,  constatée  con- 
formément à  la  loi  du  3  juin  1878  et  à  Tordonuance  royale  du  21  août  sui- 
vant et  d'après  la  teneur  d'une  ordonnance  ministérielle  du  12  novembre 
de  la  même  année.  Une  table  jointe  à  cette  instruction  sert  à  convertir 
en  mètres  cubes  le  tonnage  des  bâtiments  non  mesurés  suivant  le  procédé 
Moorsom. 

Lorsqu'à  son  enti*ée  dans  le  dock  un  navire  se  trouve  sous  charge  l)a^ 
tielle  ou  entière,  le  droit  est  perçu,  non  seulement  sur  la  capacité  brute 
du  navire,  mais  encore  sur  le  volume  du  chargement  évalué  sur  le  pied 
de  2'"°,83  pour  1,000  kilogrammes  de  poids. 

Les  réparations  et  autres  travaux  nécessaires  aux  navires  qui  se  servent 
du  dock  ne  sont  pas  faits  par  le  personnel  de  la  Ville,  mais  laissés  à  rio- 
dustrie  privée.  Deux  compagnies  ont  loué  à  cet  eifet  des  terrains  atte- 
nant au  bassin  du  dock  et  y  ont  établi  des  ateliers. 

Il  y  a  encore  à  Rotterdam  un  dock  flottant  on  bois  de  construction  an- 
cienne et  de  faibles  dimensions  et  une  cale  de  halage,  sans  compter  un 
certain  nombre  de  cales  de  construction  et  de  réparation. 

Les  renseignements  qui  précèdent  sont  extraits  d'une  note  sur  le  Port 
de  Rotterdam,  ses  établissements,  son  exploitation  et  son  mouvement 
commercial,  par  M.  J.-IÏ.  Neiszcn ,  ingénieur,  directeur  adjoint  des  tra- 
vaux de  la  Ville. 

tJtllIsailoii  des  vieux  rails  il'a#teit.  --  On  a  fait  récemment, 
à  Colombus  (Géorgie),  des  essais  intéressants  pour  tirer  parti  des  vieux 
rails  d'acier,  en  les  transformant  en  objets  divers  en  acier  coulé,  tels 
que  sabots  de  freins,  roues  de  wagonnets,  etc. 

M.  Masters  qui  s'occupe  de  cette  question  avait  opéré  d'abord  sur  de 
l'acier  provenant  principalement  d'outils  agricoles  ;  il  en  a  traité  plus  àc 
30,000  kilogrammes,  dans  un  simple  cubilot  avec  1  partie  de  coke  pour 
6  3/4  d'acier;  la  fusion  de  l'aoier  demande  plus  de  temps  que  celle  de  la 
fonte,  mais,  lorsque  la  température  nécessaire  est  atteinte,  l'acuT 
devient  très  liquide  ;  il  se  refroidit  plus  vite  que  la  fonte  et  devient  assoz 
Vite  pâteux,  néanmoins  on  a  le  temps  [de  couler  d'assez  grandes  quan- 
tités de  métal.  Le  métal  obtenu  a  des  soufflures,  mais,  si  ou  a  soin  d«î 
fondre  l'acier  avec  un  sixième  de  fonte,  on  obtient  un  métal  très  sain  et 
à  grain  fin,  lequel,  d'après  M.  Masters,  a  plus  de  résistance  que  la 
fonte  et  môme  que  le  fer  et  est  préférable  pour  les  objets  de  faibl»^ 
dimension. 

Ces  essais  présentent  un  grand  intérêt  (3t  peuvent  donner  naissant'  ^ 
une  industrie  d'aveuiri 


-  517  - 


Dëfilacement  d'une  eliemliiiSe.  —  Le  déplacement  de  mai* 
sons  ou  autres  constructions  est  une  opération  connue  et  celui  du  phare 
de  Sunderland  est  un  des  plus  remarquables  exemples,  mais  nous  n  avions 
pas  encore  entendu  parler  de  déplacement  de  cheminées  d'usine. 

C'est  pourtant  ce  qui  a  été,  d'après  V American  Architecte  réalisé  tout 
récemment  à  Salem,  Massachusetts. 

Cette  cheminée  a  27  mètres  do  hauteur  et  seulement  2  mètres  de  dia- 
mètre; elle  est  en  briques,  et  presque  cylindrique,  de  sorte  qu'il  a  fallu 
de  très  grandes  précautions  pour  ne  pas  la  renverser.  On  a  commencé 
par  entourer  la  cheminée  d'un  échafaudage  en  charpente  qui  la  mainte- 
nait complètement,  puis  on  a  pratiqué  dans  la  base  des  trous  où  on  a 
passé  des  traverses  qui,  soulevées  par  34  vérins,  ont  permis  de  passer 
sous  la  cheminée  une  plate  forme  en  bois  avec  laquelle  on  Ta  conduite 
sur  des  rouleaux  à  sa  nouvelle  place  située  à  une  trentaine  de  mètres  de 
l'emplacement  primitif.  On  a  employé  six  hommes  et  deux  chevaux  pour 
toute  l'opération;  le  poids  à  déplacer  était  de  130  tonnes  environ. 

Ce  fait  n'était  d'ailleurs  pas  sans  précédent,  car  nous  avons  appris 
qu'en  1878,  à  une  usine  de  Brunswick  appelée  Cabot  Mills,  également 
aux  Etats-Unis,  une  cheminée  en  briques  de  2'",40  de  côté  à  la  base  et 
1™,70  au  sommet,  contenant  environ  40,000  briques  et  pesant  plus  do 
100  tonnes,  fut  déplacée  de  6  mètres  pour  permettre  l'agrandissement 
d'un  atelier;  on  opéra  en  faisant  glisser  sur  un  plancher  en  bois  bien 
graissé  une  plate-forme  portant  la  base  de  la  cheminée  ;  l'opération 
demanda  huit  jours  et  demi  entre  le  moment  où  on  commença  à  toucher 
à  la  cheminée  et  celui  où  la  fumée  des  fourneaux  y  passa  de  nouveau  ; 
on  employa  deux  vérins  pour  tout  matériel. 

]&é«l8taiiee  é»  la  ylace.  ^  Il  a  été  fait  par  M.  A.  Fruhling 
d'intéressantes  expériences  sur  la  résistance  de  la  glace,  expériences  dont 
il  a  été  rendu  compte  dans  le  Bulletin  de  f  Association  des  Ingénieurs 

allemands. 

Les  essais  à  la  traction  ont  été  faits  avec  une  machine  à  essayer  les 
ciments  ;  ils  ont  donné  des  résistances  variant  de  10  à.  15,S  kilogrammes 
par  centimètre  carré. 

Les  essais  à  l'écrasement  ont  indiqué  les  particularités  suivantes.  A 
des  pressions  variant  de  9  à  15  kilog.  par  centimètre  carré,  il  se  produit 
dans  les  blocs  de  glace  des  fissures  partant  du  centre  et  s'étendant  rapi- 
dement dans  tout  le  bloc  à  mesure  que  la  pression  augmente,  puis  les 
blocs  commencent  à  diminuer  de  hauteur  et  finissent  par  s'aplatir  com- 
plètement sans  jamais  se  détruire;  la  réduction  de  hauteur  commence  à 
des  pressions  variant  de  17  à  27  kilog.  par  centimètre  carré. 

On  a  fait  des  essais  à  la  flexion  à  diverses  températures;  on  a  constaté 
qn'nne  pièce  de  100  millimètres  de  large  sur  43  de  hauteur  débitée  à  la 
scie  pouvait,  portée  sur  deux  appuis  distants  de  800  millimètres,  sup- 


—  S18  — 

I 

porter  au  milioti  une  charge  d«  30  kilogmmmes,  elle  trarfelllaît  daas  co 
cas  à  12  kilog.  par  centimètre  carré.  Une  autre  pièce  de  52  millimètpes 
de  large  sur  38  d'épaisseur  supportant  23,5  kilog.  avec  600  millimètpes 
de  portée  a  travaillé  à  28  kilog. 

On  a  constaté  que  la  résistance  augmentait  avec  l'abaissement  de  là 
température.  Les  résultats  sont  d'ailleurs  tr^^s  variables  d'un  échantillon 
il  l'autre,  d'après  la  nature  de  la  glace. 


COMPTES  RENDUS 


SOCIÉTÉ  D'ENCOURACtEMENT  POUR  L'INDUSTRIE  NATIONALE 


AOUT  1885 

Rapport  de  M.  Brull  sur  l'ouvrage  de  M.  G.  Richard,  intltalé 
Hotears  à  €r»s. 

Rapport  de  M.   Lavollée  sur  rAiiflociailon  parlalennr  4tM 

IndJaslrlclfl  pour  préserver  des  accidents  du  travail  les  ouvriers  de  tou- 
tes spécialités. 

On  sait  que  la  première  association  de  ce  genre  a  été  formée  en  1867, 
à  Mulhouse,  sous  la  direction  de  M.  Engel  DoUfus,  entre  les  principaux 
industriels  d'Alsace.  Des  associations  analogues  ont  été  organisées  à 
Rouen  et  à  Lille.  L'Association  parisienne,  constituée  en  1883,  compte 
déjà  près  de  400  membres,  et  tout  permet  d'espérer  une  cxt<*nsion  rapide 
et  un  succès  d'autant  plus  honorable  qu'il  sera  entièrement  dû  aux  efforts 
de  l'initiative  privée. 

Discours  prononcé  par  M.  Bardy,  à  l'occasion  de  l'érection  delà  statue 
de  Nicéphore  Niepce,  à  Ghalon,  le  22  juin  dernier. 

Note  sur  le  monument  à  élever  à  la  mémoire  de  Nicolas  Leblanc,  par 
M.  Eugène  Peligot  (Extrait  des  comptes  rendus  de  l'Académie  des  Sciences). 

Industrie  de  la  Hairii^flley  par  M.  Sgrlgesing. 

Da  9«B  natarel  ei   de   «es  appUeaitons    IndostrleilM 

(Extrait  de  VEngineering), 


-  SI9  — 

^•ailare  mt  rëparail^n  des  Taaes  Ae  plailite  an  lalio- 
ratalre^  par  M.  J.  W.  Pratt  (Extrait  du  Chemical  Neivs). 

L'Buteur  emploie  pour  boucher  les  trous  qui  se  produisent  dans  les 
vases  de  platine,  au  lieu  de  fils  d'or,  du  perchlorure  d'or  qui  parla  cha- 
leur abandonne  son  chlore  et  laisse  de  For  métallique.  Si  les  trous  sont 
plus  grands,  on  mélange  de  l'éponge  de  platine  avec  le  perchlorure  d*or. 
On  peut  également,  employer  des  cristaux  de  perchlorure  d'or  pour  sou- 
der des  feuilles  de  platine  au  chalumeau. 

Sur  une  naavelle  mëthoile  d^aiial7fle  valamëtrlqoe  appli- 
cable aux  essais  des  bioxjdes  de  manganèse,  par  M.  P.  Charpei^tier 
(Comptes  rendus  de  r Académie  des  Sciences). 

Etude  ealorlm^irlqae  des  effets  de  la  trempe  et  de 
r^craiilssase  sur  Taeler  fendu,  par  M.  Osmond.  (Comptes  rendus 
çfe  l'Académie  des  Sciences), 


ANNALES  DES  PONTS  ET  CHAUSSÉES 


AOUT  188S 


Paroles  prononcées  sur  la  tombe  de  M.  Bellot,  Inspecteur  général 
des  Ponts  et  Chaussées,  par  MM.  Demolb,  ministre  des  Travaux  Publics  ; 
Martin,  Inspecteur  général  des  Ponts  et  Chaussées,  et  P.  Mailet,  Pré- 
sident de  la  Chambre  de  commerce  du  Havre. 

Note  sur  la  Statl^ve  ffraphique^  par  M.  Guillaume,  Sous-Ingé- 
nieur des  Ponts  et  Chaussées.  . 

La  première  partie  de  cette  étude  est  consacrée  aux  principes  géné- 
raux et  aux  applications  aux  poutres  droites,  da^ns  les  différents  cas  qui 
peuvent  se  présenter  pour  celles-ci,  poutres  posées  sur  deux  appuis,  pou- 
tres encastrées,  poutres  continues  reposant  sur  plusieurs  appuis. 

La  deuxième  partie  comprend  les  applications  aux  ponts  métalliques 
à  arc,  dans  les  divers  cas  suivants  :  arcs  avec  rotules  aux  naissances  et 
charnière  à  la  clé  ;  arcs  reposant  en  un  seul  point  sur  chacun  des  appuis 
et  sans  charnière  à  la  clé. 

Le  premier  cas,  dit  l'auteur,  n'a  pas  été  réalisé,  sans  doute  à  cause 
des  diîftcultés  d'exécution  de  la  charnière  à  la  clé,  mais  il  permet  d'ex- 


—  520  — 

poser  très  rapidement  la  méthode  dans  son  ensemble  ;  le  second  aa  con- 
traire est  entré  dans  la  pratique  des  constructions. 


L^ilnclenne  Kcole  des  Ponts  etCliaussëes,  par  M.  Tahbé 
DE  Saïnt-Hardouin,   ancien  directeur  de  l'Ecole  des  Ponts  et  Chaussées. 

L'origine  de  TEcole  des  Ponts  et  Chaussées  se  trouve  dans  le  bureau 
des  dessinateurs,  placé  le  14  fé\Tier  1747,  sous  la  direction  de  Perronet 
et  qui, d'après  les  termes  de  Tarrêt,  devait  remplir  le  double  objet  d'exé- 
cuter les  plans  des  fjrrandes  routes  et  former  des  sujets  capables  pour  les 

meplois  d'ingénieurs  des  Ponts  et  Chaussées. 

» 

Le  titre  d'Ecole  des  Ponts  et  Chaussées  apparaît  officiellement  en 
1777;  mais  l'Ecole  Nationale  des  Ponts  et  Chaussées  fut  instituée  par 
la  loi  du  19  janvier  1791,  laquelle  supprimait  les  Écoles  des  Ponts  et 
Chaussées  établies  par  les  Etats  de  Bretagne  et  de  Languedoc.  Il  est  inté- 
ressant de  faire  remarquer  que  cette  loi  supprimait  également  la  dénomi- 
nation de  sous-ingénieur  en  lui  substituant  celle  d'ingénieur,et  l'instruc- 
tion du  7  avril  suivant  indiquait  qu'il  conviendrait  do  désigner  le  premier 
grade  parle  titre  d'Ingénieur  ordinaire, ladénomination  d'Ingénieur  étant 
générique. 

Le  programme  d'enseignement  date  do  l'an  YII  (17il9  ;  il  comportait 
quatre  cours  ;  mécanique  appliquée  et  théorie  des  voûtes  ;  stéréotomie 
et  charpente;  architecture  et  travaux  publics;  minéralogie  ot  chimie  ap- 
pliquée. En  1810,  la  stéréotomie  fut  réunie  à  l'architecture  proprement 
dite,  et  un  cours  spécial  de  construction  fut  institué;ce  cours  fut  en  1831 
divisé  en  un  certain  nombre  de  cours  correspondant  aux  diverses  bran- 
ches de  l'art  de  l'Ingénieur  :  Routes. —  Ponts.  —  Navigation  intérieure. 
—  Ports  de  mer.  —  Service  hydraulique. —  Chemins  do  fer. 

C'est  également  en  1831  qu'a  été  institué  le  cours  de  Droit  adminis- 
tratif, qui  occupe  aujourd'hui  une  place  considérable  dans  Tenseignc- 
naent. 

Etude  sur  le  mode  de  nairliiAtloii  à  appll^acr  entre  M^r^n 
et  Hamellle,  par  M.  Jacquet,  Inspe^cur  général  des  Ponts  et  Chau?- 

BéCS. 

L'auteur  a  fait  sur  le  Rhône  des  expériences  ayant  pour  objet  de  re- 
connaître la  possibilité  d'y  appliquer  le  touage  ,  et  a  été  conduit  à  for- 
muler un  programme  de  matériel  de  transporta  employer  entre  Marseille 
et  Lyon. 

L'instrument  type  de  transport  est  la  péniche  flamande,  portant  envi- 
ron 300  tonnes  à  charge  complète,  en  vue  de  laquelle  sont  ou\Tagés  les 
canaux.  Ce  bateau  qui  exige  un  tirant  d'eau  de  2  mètres  ne  peut  navi- 
guer sur  le  Rhône  ;  on  devra  employer  pour  le  porter,  entre  Lyon  et 
Arles,  des  chalands,  écluses  de  rivière  remorqués  par  touage  sur  chaîne 


—  521  — 

noyée  et,  entre  la  Toup-Saint-Louis  et  Marseille,  des  bateaux-écluses  de 
mer. 

Au  point  de  vue  du  mode  de  traction,  le  mémoire  examine  les  objec- 
tions faites  au  touage  sur  chaîne  noyée  qu'il  recommande  ;  les  objections 
sont  : 

1*^  L'enfouissement  de  la  chaîne  dans  les  graviers; 

2^  Le  danger  résultant  de  la  rupture  de  la  chaîne  ; 

3®  Les  dangers  de  collision; 

iP  L'usure  de  la  chaîne  par  les  graviers  ; 

5°  Le  déplacement  de  la  chaîne . 

L'auteur  répond  à  ces  diverses  objections  et  propose  certaines  dispo- 
sitions mécaniques  du  toueur,  permettant  de  faire  agir  le  moteur  à  la 
fois  sur  la  chaîne  et  sur  un  propulseur,  roues  ou  hélices,  mais  de  telle 
sorte  que  le  propulseur  ne  batte  Teau  qu'avec  une  vitesse  à  peu  près  égale 
à  celle  du  courant.  Toute  la  puissance  se  porte  alors  sur  la  chaîne;  mais 
si  celle-ci  vient  à  casser,  la  puissance  n'étant  plus  équilibrée  se  portera 
tout  entière  sur  le  propulseur,  et  le  toueur  sera  instantanément  et  d'une 
manière  entièrement  automatique  transformé  en  remorqueur  ordinaire. 
L'abandon  à  volonté  de  la  chaîne  nécessite  l'emploi  d*une  pAulie  à  em- 
preintes placée  latéralement. 

Les  expériences  qui  ont  été  faites  avec  un  matériel  de  cette  nature 
ont  montré  en  effet  que  les  objections  ci-dessus  n'avaient  pas  la  gravité 
qu'on  leur  attribuait.  On  a  constaté  notamment  que  la  chaîne  pouvait 
rester  longtemps  sans  être  soulevée  et  que  l'effort  du  bateau  était  tou- 
jours suffisant  pour  la  ramener  à  la  surface.  On  a  pu  le  faire  au  bout 
d'un  an  de  repos  dans  un  endroit  où  les  graviers  sont  en  mouvement  et 
les  craintes  d'enfouissement  ne  se  sont  pas  réalisées. 

Le  résultat  de  ces  expériences  permet  à  l'auteur  de  considérer  comme 
résolue  au  point  de  vue  technique  la  question  de  l'application  du  touage 
sur  chaîne  noyée  à  la  navigation  du  Rhône.  On  pourrait  avec  ce  matériel 
faire  normalement  en  cinq  jours  la  remonte  d'Arles  à  Lyon  comprenant 
un  parcours  de  283  kilomètres,  ce  qui  suppose  une  marche  moyenne  de 
60  kilomètres  par  jour  et  une  vitesse  absolue  de  1",40  par  seconde,  cor- 
respondant avec  des  courants  de2",60,  à  une  vitesse  relative  de  4  mètres. 

Un  train  composé  d'un  toueur  et  de  deux  bateaux-écluses  exigera  un 
travail  de  US  chevaux  pour  le  courant  et  de  13  environ  pour  la  gravité, 
total  128,  ce  qui  conduira  à  donner  au  toueur  une  force  de  130  à  200  che- 
vaux pour  lui  permettre  de  franchir  certains  passages  où  la  vitesse  du 
courant  est  supérieure  à  ce  qui  a  été  compté  plus  haut. 

La  chaîne  serait  en  fer  de  25  millimètres  pesant  14  kilog.  par  mètre 
courant.  On  pourrait  par  ce  système  arriver  à  faire  les  transports  entre 
Lyon  et  Marseille  sur  37S  kilomètres  au  prix  de  7  francs  la  tonne,  soit 
moins  de  2  centimes  par  tonne  et  par  kilomètre. 


—  S22  - 

L'autour  discuto  aommaircmont  un  projet  de  touagc  par  relais  au 
moyen  de  cables  en  acier  de  10  kilomètres  environ  amarrés  à  une  eitré< 
mité  à  un  point  fixe  et  s'enroulaat  sur  un  treuil  porté  sur  le  teneur.  Ce 
système,  outre  les  incertitudes  qu'il  présenterait,  et  les  chances  de  faible 
durée  du  câble,  nécessiterait  la  construction  immédiate  d'un  matériel 
considérable,  probablement  30  teneurs  de  200  chevaux  chacun.  L'exploi^ 
tation  se  ferait  donc  par  ce  système  dans  des  conditions  défavorables 
tant  que  Ton  n'aurait  pas  un  très  grand  trafic,  parce  que  le  travail  de  la 
traction  d'un  train  serait  divisé  suecessivement  entre  plusieurs  appareils 
à  vapeur  dont  chacun  ne  serait  en  sorvice  utile  que  pendant  peu  de 
temps, 

Nous  pouvons  ajouter  que  le  programme  formulé  par  M.  Jacquet  a 
soulevé  de  vives  objections  ;  il  paraît  en  effet  bien  difûeile  d'arriver  à 
des  résultats  économiques  avec  l'énorme  exagération  du  poids  ^port  à 
laquelle  conduit  remploi  des  bateaus-épluses, 

]lap<«  des  é^lummM^m  et  ntarelie  des  liateiiwx  muw  U 
eanal  de  Bearsesne*  par  M.  Bazin,  Ingénieur  en  chef  des  Poots 
et  Chaussées, 

Cotte  note  forme  le  complément  d'un  mémoire  sur  l'allongement  dei 
écluses  du  canal  de  Bourgogne  inséré  dans  les  Annales  de  mars  188o 
(voir  comptes  rendus  de  mai  1885,  page  701). 

On  admet  généralement  pour  les  éclusages  des  chiffres  exa^'rés.  Les 
bateaux  à  vapeur  portant  100  à  lâO  tonnes  de  marchandises  éclusent 
généralement  en  8  minutes  et  quelquefois  en  6,  et  cette  durée  peut  être 
encore  réduite  pour  des  bateaux  plus  petits;  ainsi  le  yacht  le  Manmn  a 
écluse  en  moins  de  6  minutes  en  moyenne  au  mois  d'avril  dernier.  Il  a 
franchi  le  canal  de  Bourgogne  en  49  heures  dont  31  h.  1/2  de  marche  et 
17  1/2  d'éclusages  soit  en  moyenne  S  à  6  minutes  par  écluse. 

Avec  le  torpilleur  n®  68,  eu  faisant  agir  simultanément  Téquipagc  et 
les  agents  du  canal,  on  a  pu  opérer  certains  éclusages  en  3  et  4  minutes. 
Cette  rapidité  tient  principalement  à  l'adjonction  aux  écluses  des  van* 
nages  latéraux  qui  permettent  de  remplir  et  de  vider  le  sas  en  2  mi- 
nutes. 

La  Compagnie  de  navigation  qui  est  actuellement  en  possession  de  la 
majeure  partie  du  trafic,  emploie  des  bateaux  de  38  mètres  de  longueur 
portant  210  tonnes  au  plus  avec  le  tirant  d'eau  de  1",3S  que  la  profon- 
deur de  TYonne  ne  permet  pas  de  dépasser  ;  le  chargement  desceDd 
généralement  plus  bas  et  peut  être  considéré  comme  compris  en  moyenoe 
entre  130  et  180  tonnes.  La  durée  totale  du  trajet  de  Paris  à  Lyon  est 
de  11  à  12  jours,  arrêts  compris,  et  la  traversée  du  canal  de  Bourgogne 
se  fait  en  6  à  7  jours,  quelquefois  même  en  â.  La  traction  de  ces  bateaux 
a  lieu,  sur  la  Seine  et  l'Yonne  par  le  touagc,  sur  le  canal  par  des  che- 
vaux, et  sur  la  Saône  par  des  remorqueurs. 


-  523  - 

La  conoluBlon  de  cette  note  est  que  la  recherche  pour  un  bateau  du 
maximum  de  tonnage  possible  basée  uniquement  sur  les  dimensions  des 
éoluses  n'est  pas  toujours  un  bon  calcul.  Uu  bateau,  comme  ceux  qui  font 
actuellement  le  service  entre  Paris  et  Lyon,  &  raison  de  35  Ulomètres 
pap  jour,  rend  plus  de  services  que  si  on  portait  son  chargement  à  87S 
tonnes  en  réduisant  la  vitesse  à  20  kilomètres  ;  l'amortissement  du  ma* 
tériel  et  les  frais  généraux  se  répartissent  ainsi  sur  un  plus  grand  nombre 
de  voyages  et,  somme  totale,  sur  un  plus  fort  tonnage  transporté.  Les 
petiti  bateaux,  dits  berrichons,-  do  23  mètres  de  longueur  et  de  2",SÛ  de 
largeur,  qui  ont  transporté  les  matériaux  destinés  à  rallongement  des 
écluses  entre  Laroche  et  Ravières  ont,  par  suite  de  la  facilité  et  de  la  rapi- 
dite  de  leur  manœuvre,  en  ne  portant  que  78  tonnes,  effectué  plus  de  trans- 
ports que  les  bateaux  ordinaires  du  canal,  plus  lourds  et  moins  maniables. 
Il  ne  faut  pas  forcer  outre  mesure  les  conditions  dans  lesquelles  fonc- 
tionne la  voie  navigable,  et  le  maximum  de  l'effet  utile  ne  correspond 
certainement  pas  au  maximum  de  chargement  des  bateaux  uniquement 
calculé  sur  la  capacité  des  sas  d*écluses. 

• 

Note  sur  iin  rëpartllear  d^eaa  et  sur  son  application  à  la  police 
des  irrigations,  par  M.  Pelletreau.  Ingénieur  des  Ponts  et  Chaussées. 

Cet  appareil  a  pour  but  de  diviser  le  débit  variable  d'un  canal  en  par- 
ties proportionnelles  à  des  nombres  donnés.  Il  se  compose  de  vannes  en 
tôle  disposées  de  manière  qu*une  fois  réglées,  elles  sont  maintenues 
dans  leur  position  par  une  fermeture  compliquée  pour  laquelle  il  faut 
l'usage  de  plusieurs  clefs  ;  des  échelles  graduées  permettent  de  donner 
aux  vannes,  d*aprés  la  position  du  niveau  dans  le  bief  d'amont,  la  levée 
correspondante  au  débit  proportionnel  voulu, 

IPmnt  miilaiit   de  l'ërluse  de    SAliti-Masalre,  par  M.  R. 

Kerviueb,  ingénieur  en  chef  des  ponts  et  chaussées. 

Ce  pont  roulant  a  été  exécuté  par  la  maison  Cail  sur  un  projet  présenté 
par  elle  et  choisi  au  concours  ;  mais  le  pont  roulant,  ayant  été  reconnu 
comme  ne  satisfaisant  pas  entièrement  aux  conditions  exigibles,  a  été 
terminé  par  MM.  Bon  et  Lustremant,  11  fonctionne  d'une  manière  par- 
faitement satisfaisante  depuis  le  1®^  mai  dernier. 

La  grande  écluse  que  dessert  ce  pont  a  2S  mètres  de  largeur  ;  le  pont 
a  43  mètres  de  longueur,  dont  28  pour  la  volée  et  17  pour  la  culasse  ;  il 
pèse  300  tonnesMont  80  de  contrepoids  en  fonte  à  l'extrémité  de  la  culasse. 
Il  a  8  mètres  de  largeur  en  dehors  des  poutres  de  rive  ;  celles-ci  ont  3" 60 
de  hauteur  et  sont  réunies  à  la  partie  inférieure  par  des  pièces  de  pont 
de  0"  6o  de  hauteur. 

Pour  manoeuvrer  le  pont,  on  le  soulève  d'abord  verticalement  de  toute 
Ja  hauteur  des  pièces  de  pont  sous  rails,  soit  0",95,  au  moyen  d'un  piston 


—  S24  — 

vertical  de  presse  hydraulique  deO"^,90  de  diamètre,  portant  une  traverse 
avec  quatre  galets  de  0"^,60  de  diamètre  sur  lesquels  roule  le  peut. 

La  traction  se  fait  par  une  chaiue  de  Galle,  engrenant  avec  ub  pignoa 
actionné  par  un  treuil  hydraulique  Brotherhood. 

La  manœuvre  s'exécute  en  quatre  minutes  et  consomme  1,5(X)  litres 
d*oau  à  80  atmosphères. 

VLémÈmtmwkee  des  matërlaax.  —  Expériences  surjes  colonnes  cd 
fonte,  en  fer  et  les  piliers  en  maronnerie  (Voir  Chronique  de  juin  1885, 
page  805). 


ANNALES    DES    MINES 


2«»*  livraison  de  1885. 

Mémoire  sur  la  Gë«l«9le  ffinérmïe  et  sur  les  Mlnf s  de 
dlamani  d^  VAirlt^um  lia  Sud,  par  M.  A.  Moulle,  Ingénieur  civil 
des  Mines. 

Ce  mémoire  comprend  deux  parties,  Tune  consacrée  à  lotude  générale 
de  rAfrique  méridionale  au  point  de  vue  géologique,  Fautre  comprenant 
Tétude  spéciale  des  mines  de  diamants. 

La  seconde  partie,  qui  est  la  plus  intéressante,  donne  d*abord  l'histo- 
rique des  mines  de  diamant  et  leur  importance  actuelle. 

La  découverte  du  diamant  dans  l'Afrique  du  Sud  remonte  à  1867;  mais 
l'exploitation  n'a  commencé  sérieusement  qu'en  1870;  en  1814,  à  Kim- 
berley,  certaines  concessions  ou  daims  de  31  pieds  sur  31  pieds,  attW- 
gnaient  déjà  une  valeur  commerciale  de  3,000  à  100,000  francs,  justi!i*v 
par  ce  fait  que,  certains  travailleurs  avaient  fait  fortune  en  moins  d'ui 
mois  ;  on  en  cite  un  qui  trouva  en  15  jours  pour  plus  de  250,000  francs  <i^' 
diamants. 

De  1871  à  1875,  la  production  des  mines  de  diamant  au  Cap  a  dû  mon- 
ter à  environ  31  millions  de  carats,  correspondant  à  une  valeur  da» 
moins  900  millions  de  francs  ;  ce  poids  représente  plus  de  6  tonnes  de 
diamants  bruts. 

Il  y  a  cinq  gisements  principaux  exploités  sérieusement;  celui  deKini- 
herley  seul  compte  sept  Compagnies  importantes,  sans  parler  d'autn^« 
plus  petites. 

Certains  gisements  sont  assez  riches  pour  fournir  2  1/î  et  3  carats  par 


mètre  cube  de  terrain  diamantifère  ;  on  a  même  constaté  la  teneur  de  S 
carats.  Or,  le  carat  vaut  30  à  38  francs. 

L'exploitation  s'est  d*abord  faite  à  ciel  ouvert,  mais  elle  tend  de  plus 
en  plus,  à  mesure  de  l'approfondissement,  à  devenir  souterraine. 

La  grave  question  est  celle  de  Feau  nécessaire  pour  le  lavage  des 
terres;  on  a  dû  faire  des  travaux  considérables;  ainsi,  les  quatre  grandes 
mines  du  Griqualand-West  ne  comptent  pas  moins  de  376  machines  à 
vapeur,  représentant  plus  de  4,000  chevaux,  dont  119  machines  pour  le 
lavage.  La  consommation  de  combustible  de  ces  machines  s*est  élevée, 
pour  1882,  à  15  millions  de  francs.  Ce  combustible  était  d'aljord  du  bois, 
lequel  étant  hors  de  prix,  est  actuellement  remplacé  par  du  charbon  anglais 
qui  ne  revient  pas  à  moins  de  280  francs  la  tonne  rendu  à  Kimberley. 
Aussi  Teau  a-t-elle  valu  jusqu'à  14  francs  le  mètre  cube  ;  elle  se  délivre 
aujourd'hui,  au  prix  de  3  fr.  70  le  mètre  cube. 

Il  est  certain  que  rétablissement  du  chemin  de  fer,  notamment  entre 
Kimberley  et  la  rivière  Orange,  aura  une  immense  importance. 

La  main-d'œuvre  est  également  très  chère  ;  les  nègres  se  payent  de 
31  fr.  28  à  37  fr.  80  par  semaine  pour  5  3/4  journées  de  travail,  et  les 
ouvriers  bladcs  de  180  à  200  francs  par  semaine. 

> 

Exposé  des  Résaltnt*  de  Tenquéte  concernant  rage  et  la  durée 
du  service  des  mineurs,  par  M.  O'KelLer,  Ingénieur  eu  chef  des  Mines. 

Rëslsfaitee  da  •«!  semiiie  aux  eitértm  de  eempremi^n 
et  eensëqaeitees  au  peint  de  vue  de  l'expleltatleii  du 
•cl  en  roehes,  par  M.  Tournaire^  Inspecteur  général  des  Mines. 

Des  essais  faits  sur  des  cubes  ont  donné  une  résistance  moyenne  à 
l'écrasement  de  393  kilogrammes  ;  on  voit  que  sous  ce  rapport  le  sel 
gemme  est  comparable  aux  très  bonnes  pierres  calcaires. 

Ces  échantillons  avaient  été  pris  dans  la  masse  exploitée,  ils  prove- 
naient des  mines  de  Meurthe-et-Moselle,,  Saint-Nicolas  et  Varaugeville  ; 
les  parties  près  du  mur  avaient  moius  de  résistance. 

On  peut  conclure  que  la  charge  des  piliers  ne  doit  pas  dépasser 
200  kilog. par  centimètre  carré;  or,  si  la  pesanteur  spécifique  des 
terrains  recouvrant  le  gîte  est  estimée  à  2.  2.  et  si  les  pleins  occupent 
le  quart  de  la  surface,  cette  pression  se  manifesterait  à  225  mètres  de 
profondeur. 

Il  faut  de  plus  remarquer  que  l'emploi  systématique  de  l'eau  en  grande 
quantité,  lancée  en  jets  vigoureux  pour  creuser  les  entailles  prélimi- 
naires de  l'abatage,  est  incompatible  avec  la  conservation  des  cavages 
souterrains,  comme  Ta  démontré  reJÉfondrement  de  la  mine  de  Saint- 
Nicolas  survenu  en  1873. 


î)20  — 


5"«  livraison  de  188S. 

Cilsemeuts    de    pii^Mpiiate  de  ehaux  du  eenire  de  U 
Frauee,  par  M.  de  Grossouvre,  Ingénieur  des  Mines. 
Les  conclusions  pratiques  à  tirer  de  cette  étude  sont  d'après  rauteur: 

1®  Les  gisements  phosphatés  sont  très  abondants  dans  la  série  des 
terrains  rudimentaires;  si  leur  recherche  était  poursuivie  avec  méthode. 
on  arriverait,  sans  aucun  doute,  à  en  trouver  qui  seraient  susceptibles 
d'exploitation  dans  beaucoup  de  régions  où  on  ne  soupçonne  même  pas 
leur  existence. 

S^  U  existe  une  connexion,  sinon  absolue,  du  moins  très  générale, 
entre  les  gisements  phosphatés  et  les  horizons  feiTugineux  ou  fossilifères: 
les  recherches  doivent  donc  être  dirigées  de  préférence  sur  les  couches 
qui  offrent  Tun  et  Tautre  de  ces  caractères. 

ttmie  mur  l'ëtai  aetuel  de  la  lëslalatlan  des  ■âlacH  aa 
llrëell^  par  M.  A.  de  Bodbt,  ancien  élève  de  FÉcole  nationale  supérieure 
des  Mines. 

lll«eaar«  prononeë  aux  fauërallle«  de  1E«  liaa^  Inspec- 
teur général  des  Mines,  directeur  de  TEcole  nationale  supérieure  de« 
Mines,  par  MM.  ToDrnairs,  vice-président  du  conseil  général  des  mines; 
BS  Ceakgdurtois,  Inspecteur  général  des  Mines,  Cartel,  inspecteur 
général  des  mines,  président  de  la  Société  de  l'Industrie  minérale, 
LévY)  Dargy,  et  général  Colonibu. 

SuLplaiilaii  d'une  ehaudière  vertleale  bmêx  ferges 
d^Earlrlile,  —  Le  rapport  de  la  sous- commission,  composée  de  MM. 
Luuyt,  Farcot,  Haton  de  la  Goupillière,  Hîrsch  et  Julien,  constate  que 
la  chaudière  verticale  n®  4  qui  a  fait  explosion  le  10  novembre  1884,  en 
faisant  56  victimes,  (22  morts  et  33  blessés),  n'avait  cessé  de  donner  lieu 
depuis  son  installation  à  des  fuites,  des  ruptures  locales  et  des  répara- 
tions, symptômes  qui  dénotent  un  état  instable  et  sont  toujours  des 
présages  menaçants. 

La  cause  est  Teffet  destructif  des  flammes  des  fours  venant  déboucher 
sur  la  virole  du  coup  de  feu,  non  protégée,  et  recevant  presque  nor- 
malement l'attaque  des  flammes. 

A  la  suite  des  explosions  do  Marnaval  et  d'Eurville,  survenues  dans 
des  conditions  identiques,  on  doit  rappeler  que  les  parties  des  chaudières 
situées  en  face  du  rampant  doivent  être  protégées  par  rétablissement 
d'un  rampant  en  maçonnerie,  éloigné  de  8  à  10  centimètres  de  la  surface 
des  tôles  ;  que  les  matériaux  de  la  ehaudière,  pour  les  parties  les  plu5 


—  527  — 

exposées  aux  flammes,  doivent  être  de  premier  choix  ;  qu'il  est  bon 
d'employer  pour  les  parties  sujettes  à  de  brusques  variations  de  dila- 
tation et  de  contraction  des  clouures  à  deux  rangs  de  rivets.  Il  faut 
ajouter  à  ces  précautions  une  alimentation  autant  que  possible  continue 
et  radjonclion  sur  la  chaudière  de  clapets  de  retenue  automatiques  pour 
isoler  les  corps  de  chaudières  les  uns  des  autres. 

Ces  diverses  conditions  n'étaient  pas  remplies  dans  la  chaudière  qui  a 
fait  explosion  à  Eurville. 

tÉégkmi9Mou  des  ntlnes  au  «Inii^ii;  par  M.  Aguillon»  Ingénieur 
on  chef  des  Mines. 

Note  sur  le  i^illase  4e  te  blende,  par  M.  Mahlbr,  Ingénieur 
civil  des  MineSé 

Cette  note  donne  la  description  des  fours  silésiens  d'Oberhausen  et 
d*Ammeberg,  des  fours  Hasenclever  et  des  fours  à  râblage  rotatif,  égale- 
ment employés  à  Tusine  d'Oberhausen  qui  appartient  à  la  Société  de  la 
Vieille-Montagne . 

Théorie  des  Ap|Mirell«  empleyëe  an  lavase  des  MÊuMèrets 

WÊkÈméjtwdemj  par  M.  Badoureau,  Ingénieur  des  Mines. 

L'auteur  expose  que  les  cuves  de  lavage,  les  appareils  à  courant 
ascendant,  les  airs  de  lavage,  les  tables  à  secousses,  les  tables  do 
Rittinger,  les  cribles  à  piston,  le  laveur  hydraulique  Bazin,  etc.,  repo- 
sent tous  sur  le  principe  suivant  :  une  grenaille  placée  dans  de  Teau  en 
repos  ou  en  mouvement ,  soit  au  milieu  du  liquide,  soit  sur  un  fond 
solide,  décrit  un  mouvement  différent,  selon  sa  grosseur  et  sa  densité. 
On  arrive  donc  à  séparer  les  grenailles  d'après  leur  densité,  à  la  con- 
dition de  ne  traiter  simultanément  que  des  grenailles  à  peu  près  d'égale 
grosseur. 

Le  mémoire  examine  successivement  les  questions  suivantes  !  chute 
dans  de  l'eau  en  repos  ;  chute  dans  de  Teau  animée  d'une  vitesse  horizon- 
tale ;  chute  d'uuB  grenaille  placée  eu  repos  à  une  petite  hauteur  au-dessus 
d'une  table  horizontale  dans  un  faible  courant  d'eau;  mouvement  com^ 
muniqué  sur  une  table  par  un  courant  d^eau  ;  mouvement  communique 
dans  l'eau  sur  une  table  par  une  secousse  ;  mouvement  communiqué  par  de 
Tëau  coulant  sur  une  table  inclinée,  avec  ou  sans  secousse  ;  strsltiflcatiou 
des  grenaiUessurun  tamis  par  les  impulsioiis  de  l*eau  et,  enfin,  mouvement 
dans  un  vase  sphérlque  plein  d'eau  et  toufnant  autour  d'un  axô  verticaL 


*!Oo 


SOCIÉTÉ  DES  LNGÉMEURS  ALLEMNDS 


A'«  36.  —  5  sefieinhre  1885, 

Assemblée  générale  de  TAssociatiou  à  Siettin,  le  16  août  188S. 
FoDçage  de  puits  dans  les  terrains  mouvants  par  le  procédé  Haase, 
par  G.  Kôhler. 

Modification  du  tube  de  Pitot,  par  le  D*"  E.  Gicseler. 

Action  du  blanchiment  sur  la  résistance  des  tissus  dé  lin ,  par  Evnd 
Millier. 

Groupe  de  Saxe,  —  Appareils  de  chauffage.  —  Procédés  de  mouture 
des  grains. 

Palenies, 

BibliograiJhie.  —  Valeur  comparative  des  fers  à  double  T  du  type  nor- 
mal allemand  eu  fer  et  eu  acier,  par  L.  ïetmajer. 

JV»  37.  —  13  septembre  188o. 

Vingt-sixième  réunion  générale  de  TAssociation  à  Stettiu. 

Développement  de  l'industrie  des  ciments  en  Allemagne  et  méthodes 
dressais  des  ciments,  par  le  D""  Delbrùck. 

Progrès  de  la  construction  des  navires  eu  for  et  en  acier  eu  Allemagne 
et  particulièrement  à  Stettin,  par  R.  Haack. 

Le  paquebot  de  la  Compagnie  Hambourgeoise- Américaine  Rugiat  cons- 
truit par  la  Société  de  construction  «  Vulcan  ». 

Réduction  des  dépenses  de  combustible  des  locomotives. 

Courbures  prises  par  les  ressorts,  par  M.  Westphal. 

Patentes. 

Bibliographie.  —  Calcul  graphique  et  statique  graphique,  par  v.  Ott  — 
Ouvrages  adressés  à  l'Association. 

JV»  38.  —  19  septembre  188b. 

Vingt-sixième  réunion  générale  de  l'Association  à  Stettin  (fin). 

Exposition  d'industrie  et  de  travail  manuel  à  GOrlitz,  en  1885,  par 
H.  Maihak  (suite). 


—  529  — 

Appareils  de  levage  à  rExposition  internatioDale  des  inveûtions  à 
Londres,  par  Ad.  Ernst. 

Groupe  tfe  Breslau.  —  Procédé  Becker  pour  la  cuisson  des  aliments 
au  bain-marie.  —  Système  Stellwerck  pour  Tépuration  préalable  des 
eaux  d*alimentation  des  chaudières.  —  Moteur  Lilieuthal. 

Patentes. 

Variétés.  —  Papier  de  cellulose. 


N*  39.  —  26  Septembre  1888. 

Expériences  sur  une  machine  Corliss  au  Creusot,  par  S.  Nimax. 
Exposition  d'industrie  et  du  travail  manuel  à  Goerlitz,  par  H.  Maihak, 
[suite). 

Chauffage  et  ventilation.  —  Chauffage  et  ventilation  de  TÉcole  Monge 
à  Paris.  —  Hôpital  de  Langensalza.  —  Rafraîchissement  des  locaux 
fermés. 

Groupe  de  Bavière.  —  Fabrication  de  la  pâte  de  bois. 

Groupe  de  Saxe.  —  Emploi  de  l'électricité  pour  le  contrôle  de  la  mar- 
che des  trains,  des  températures  et  des  phénomènes  à  retour  périodique. 
—  Manchons  à  embrayage.  —  Travail  d'aspiration  des  pompes  à  air  des 
machines  à  condensation. 

Patentes. 

Correspondance.  — Expériences  de  vaporisation.  —  Poutres  en  fer  et 
en  acier. 

Bibliographie.  —  Géométrie  descriptive  et  projections,  de  Peschka. 


N«  40.  —  3  Octobre  1883. 

Influence  de  la  position  de  l'indicateur  sur  le  cylindre  d'une  machine, 
sur  les  diagrammes  obtenus,  par  F.  Frcse. 

Machines  à  travailler  le  bois. 

Congrès  de  la  navigation  intérieure  à  Bruxelles. 

Groupe  de  la  Ruhr.  —  Acier  coulé. 

Patentes. 

Bibliographie.  —  Emploi  de  la  méthode  des  moindres  carrés -en  géomé- 
trie, par  C.  Koppe.  —  Emploi  du  gaz,  pour  le  chauffage,  la  cuisine  et  les 
usages  industriels,  de  J.  G.  Wobbe. 

BOLL.  35 


—  530  — 

Variétés.  —  Emploi   des  tuyaux  en  foûte  asphaltés  pour  cenduitcs 
d'eau. 


^^U.— 10  Octobre  1883. 

Exposition  industrielle  de  Gorlitz  en  1885,  par  H.  Maihak,  (suite). 

Établissements  d'instruction  dits  «  Realgymnasien  »,  par  le  D'  G. 
Holzmiiller. 

Réduction  d'épaisseur  des  tubes  de  chaudières  par  l'emploi  de  Tacier. 

Groupe  de  la  Ruhr,  —  Filature  et  tissage  de  coton  de  0.  Boninger,  à 
Duisburg.  —  Portes  d'écluses  du  bassin  de  Duisburg. 

Groupe  de  Saxe-Anhalt,  —  Usine  métallurgique  de  Thaïe. 
Patentes. 

Correspondance.  —  Expériences  sur  une  machines  Corliss  du  Creusot. 

Bibliographie,  —  Recueil  de  problèmes  de  mécanique  analytique,  par 
F.  Kraft.  —  Formules,  tables  et  croquis  pour  l'étude  des  projets  de  ma- 
chines, parO.  Grove.  —  Ouvrages  adressés  à  la  Rédaction. 


N*»  42.  —  17  Octobre  1885. 


Exposition  d'Anvers,  par  Herm,  Fischer. 

Exposition  industrielle  de  Gorlitz,  en  1885,  par  H.  Maihak  {finj. 

Contrôle  de  la  vitesse  des  trains  de  chemins  de  fer,  par  C.  Finck. 

Chemin'i  de  fer.  —  Barrières  de  passages  à  niveau. 

Métallurgie,   —  Expériences   avec  un  haut  fourneau   presque  cvlin- 
drique. 

Électro-technique,  —  La   première  station    centrale   pour  réclairage 
électrique  de  Berlin. 

Groupe  de  Francfort.  —  Fabrique  de  glace  de  Francfort. 

Groupe  de  la  Ruhr.  —  Qualités  des   matériaux  réfractaires    et  leur 
emploi  dans  la  métallurgie. 

Patentes. 

Bibliographie,  —  Travaux  préliminaires  pour  la  distribution  d'eau  de 
Mannheim,  par  0.  Smrekcr. 


N"  43.  —  24  Oclolre  iSSS. 


Exposition  d'Aoveps,  par  Herm.  Fischer  (suite). 

Expériences  sur  la  ctiaudiére  à  soude  de  HoDl^mana,  par  P.  Outer- 
mu  th. 

Groupe  de  Hanovre.  —  Procédé  Bower  Barff  pour  la  préservation  du 
fer. 

Groupe  de  la  Rahr.  —  Propriétés  des  matériaux  réfractaires  et  leur 
emploi  dans  la  métallurgie,  (fin). 

Patentes. 

Bibliographie.  —  Notes  sur  les  chemius  de  fer  des  Ètats-Uais,  par 
J.  Brosius,  —  Ouvrages  adressés  à  la  Rédactiou. 

Variéiis.  —  Comparaison  du  coût  de  l'éclairage  électrique  par  incan- 
desccDce  et  de  l'éclairage  au  gaz. 

Le  Secrétaire-Bédacleur . 
A.  Mallrt. 


MÉMOIRES 


ET 


COMPTE  RENDU  DES  TRAVAUX 


DE   LÀ 


SOCIÉTÉ  DBS  INOÉNXEVAS  GITILS 


NOVEMBRE  1885 


l«o   11 


Sommaire  des  séances  du  mois  de  novembre  : 

i^  Observations  de  M.  Assi  sur  le  procès-verbal  de  la  séance 
du  16  octobre  (séance  du  6  novembre,  page  537); 

2*"  Lettre  de  M.  Jules  Garnier  sur  son  projet  de  métropolitain 
(séance  du  7  novembre,  pages  538  à  540); 

3**  Lettre  de  M.  J.  de  Cossigny,  au  sujet  de  la  communication 
faite  par  M.  Mallet  au  nom  de  M.  CoUadon,  dans  la  séance  du 
2  octobre  (séance  du  6  novembre,  pages  540)  ; 

4''  Lettre  de  M.  Ch.  Cotard  accompagnant  l'hommage  à  la 
société  de  l'ouvrage  de  M.  Laroche,  ingénieur  en  chef  des  ponts 
et  chaussées,  sur  les  Ports  de  comineixe  (séance  du  6  novembre, 
page  54i)  ; 

S'*  Présentation  de  M.  H.  de  Matthys,  comme  membre  honoraire 
(séance  du  6  novembre,  page  541)  ; 


—  834  — 

6^  Hommage  à  la  Société,  par  M.  Louis  Trasenster,  de  Vou- 
vrage  de  son  fils,  M.  Paul  Trasenster,  intitulé  :  Aux  États-Unis, 
notes  de  voyage  d'un  ingénieur  (séance  du  6  novembre,  pages  541 
et  542)  ; 

7^  CommuaioM^ion  de  M.  Berthot  sur  les  forces  matmlkê  et  leurs 
applications  aux  phénomènes  mécaniques  ^physiques  et  chimiques  (séance 
du  6  novembre,  pages  542  à  547); 

8®  Communication  de  M.  Hauet,  sur  l' Assainissetnent  de  Toukn. 
—  Avant-projet  de  M.  Tingénieur  en  chef  Dyrion.  —  (Séance  du 
6  novembre,  pages  547  et  548); 

9^  Communication  de  M.  Jules  Gaudry  sur  les  Machines  marines 
à  r exposition  universelle  d'Anvers  (séance  du  6  novembre,  pages 
548  à  550); 

10^  Note  de  M.  Durupt  sur  la  catastrophe  de  Chancelade  (séance 
du  6  novembre,  pages  550  à  553); 

ii^  Observation  de  MM.  de  Comberoûsse,  Badois  et  Gruner, 
sur  la  note  de  M.  Durupt  (séance  du  6  novembre,  pages  553  à 
555); 

12°  Lettre  de  M.  Casalonga,  relative  aux  observations  présen- 
tées par  M.Âssi  dans  la  séance  précédente  (séance  du  20  novembre, 
page  556)  ; 

13®  Communication  de  M.  Guadet  sur  le  Nouvel  Hôtel  des  Postes 
de  Paris  :  partie  esthétique  et  construction  proprement  dite  (séance 
du  20  novembre,  pages  557  à  562)  ; 

14®  Seconde  note  de  M.  Durupt  sur  la  catastrophe  de  Chancelade 
(séance  du  20  novembre,  pages  563  et  564); 

15®  Communication  de  M.  Ch.  Cotard  sur  les  Ports  de  Commerce 
en  France  et  à  l'Étranger.  Analyse  de  l'ouvrage  de  M.  Laroche, 
ingénieur  en  chef  des  ponts  et  chaussées  (séance  supplémentaire 
du  27  novembre,  pages  565  à  571)  ; 

16°  Observations  techniques  de  M.  Piarron  de  Mondésir,  à  pro- 
pos du  mémoire  de  «M.  Louis  Boudenoot  sur  la  distribution  de  la 
force  motrice  à  domicile,  au  moyen  de  Vair  raréfié  (séance  supplé- 
mentaire du  27  novembre,  pages  571  à  575); 

17^  Lettre  de  M.  Mékarski  sur  le  même  sujet  (séance  supplé- 
mentaire du  27  novembre,  pages  575  à  578); 

18®  Communication  de  M.  Cerbelaud  sur  CEmploi  de  la  dynxmU 


—  S35  — 

pour  le  satUage  des  grosses  Mines  (séance  supplémentiùrd  db  27 
noyembre,  pages  S78  à  580); 

49^  Observations  présentées  par  MM.  Chalon,  Georges  Blanchi, 
de  Cordemoy,  Cotard  et  Cerbelaud,  sur  la  communication  précé- 
dente (séance  supplémentaire  du  27  novembre,  pages  580  à  585). 

Pendant  le  mois  de  novembre,  la  Société  a  regu  : 

1^  De  M.  L.  Traseuster,  membre  honoraire  de  la  Société,  un 
exemplaire  de  l'ouvrage  de  M.  Paul  Trasenster,  intitulé  :  Aiujo 
États- Unis  y  noies  de  voyage  d'un  ingénieur; 

^  De  M.  Albert  Gendebien,  ingénieur,  un  exemplaire  de  sa 
note  sur  la  houille^  le  grisou^  les  dégagements  instantanés  ; 

3^  De  M.  A.  Hauety  membre  de  la  Société ,  ime  Note  sur  t as- 
sainissement de  Toulon  (avant-projet  de  M.  Tingénieur  en  chef 
Dy  rion)  ; 

4**  De  M.  Albert  Cahen,  membre  de  la  Société,  deux  exem- 
plaires de  sa  brochure  sur  la  convention  internationale  pour  la 
protection  de  la  propriété  industrielle  conclue  à  Paris'  entre  divers 
États,  le  20  mars  1883; 

5"*  De  M.  Max  Lyon,  membre  de  la  Société,  un  exemplaire  d'une 
Note  swr  les  chemins  de  fer  du  Brésil  ; 

Qo  De  M.  Cotard,  membre  de  la  Société,  de  la  part  de  M.  La- 
roche, ingénieur  en  chef  des  ponts  et  chaussées,  un  exemplaire 
de  son  Étude  sur  les  principaux  ports  de  commerce  européens  de  la 
Méditerranée  ; 

7^  De  M.  de  Swarte,  ingénieur,  un  exemplaire  de  son  Mémoire 
sur  la  soupape  Barbe  et  l'appareil  de  sécurité  Delsart  contre  les 
easplosions  des  ckaïudières  ; 

S^  De  M.  Cerbelaud,  membre  de  la  Société,  une  note  sur  ï Em- 
ploi de  In  dynamite  pour  le  sautage  des  grosses  mines  ; 

9^  De  M.  Cottrau  ,  membre  de  la  Société,  un  exemplaire  de 
chacune  des  brochures  suivantes  :  i^  Le  Diretissime  Boma-NapoU 
e   la  Bitriangolare  ;  2°  Sulla  Importazione  temporanea  ; 

10^  De  M.  Hallopeau,  membre  de  la  Société,  deux  exemplaires 
de  sa  note,  sur  le  Montage  des  rotondes  de  90  mètres  (Si  machines) 
de   la  Compagnie  ParisrLyon-Méditerranée  ; 


1 


-536- 

il^  De  M.  Charpentier^  membre  de  la  Société,  un  exemplaire 
de  sa  Note  sur  une  Nouvelle  méthode  (Tanalyse  voltmiétrique  appli- 
cable aux  essais  des  bioxydes  de  manganèse  ; 

42^  De  M.  Gustave  Hanarte,  membre  de  la  Société,  un  exem- 
plaire de  sa  Notice  sur  son  système  de  pompe  à  tuyères  parahoUques^ 
convergentes  et  divergentes. 


Les  Membres  nouvellement  admis  sont  : 

Membre  honoraire  ; 
M.  H.  DB  Matthys,  présenté  par  MM.  Briiil,  de  Comberousse  et  Périsse. 


Membres  sociétaires  : 


MM.  Béuard,  présenté 

ClAMPINI,  — 

COISEAU,  — 

DB  CORDEMOY,  — 
DE  GLOMESIVIL;  — 

Dejey,  — 

Desrosiers,  — 
Fragneau,  — 
P.  Jacquemart;  — 

JOURDAN  t  — 

Leghat,  — 

Lafitte,         — 

MONNIER.  — 

Nagsuiackers — 
Portier  ,  — 

Rambadd,       — 

Membres  associés  : 


par  MM.  Béliard,  Bougault  et  Sévérac. 
Duval,  Lecœuvre  et  Pihet. 
de  Comberousse,  Flachat  et  Hersent. 
Le  Brun,  Rey  et  H,  Vallot. 
Carimantrand,  Delin  etMallet. 
Cerbelaud,  B.  de  Fontvielant  et  A.  Mo- 

reau. 
Bonnaud,  Gassagnes  et  Vivarès. 
Degousée,  Marseau  et  G.  Petit 
Bruil,  de  Gomberousse  et  Péligot. 
Carimantraud,  Mallet  et  Marché. 
deComberousse,  Taillard  et  Traseuster. 
de  Comberousse,  Jambille  et  Mulat. 
Albert  Cahen,  H.  Fontaine  et  Personne. 
de  Comberousse,  TaiUard  et  Trasenster. 
Ermel,  Jordan  et  Wurgler. 
de    Gomberousse,    Love    et    Auguî?K 

Moreau. 


MM.  DuMONT,  présenté  par  MM.  A.  Godillot,  Ë.  Muller  et  Perret. 
Maugin,  —  Damoizeau,  Darnaj  et  Plichon. 


RESUME 

DES 


PROCÈS -VERBAUX  DES  SÉANCES 


DU  MOIS  DE  NOVEMBRE  1885 


Seaace    d«    •    noveaUire    ISSft 


Présidence  de  M.  de  Combbrousse 

La  séance  est  ouverte  à  huit  heures  et  demie. 

M.  LC  Président  demande  s'il  n'y  a  pas  d'observationg  sur  le  ppocèsh 
verbal  de  la  séance  du  16  octobre. 

M.  Assi  désire  dire  un  mot  à  ce  sujet. 

M.  LB  Présidbnt.  m.  Assi  a  la  parole. 

M.  Assi.  Dans  la  réponse  de  M.  Casalonga,  consignée  au  procès-verbal, 
il  est  dit  que  je  n'ai  peut-être  pas  suffisamment  remarqué  que  l'article  de 
la  Convention  relatif  à  Tintroduction  des  objets  brevetés  et  fabriqués  à 
l'étranger,  vise  surtout  les  étrangers.  Ce  n'est  pas  tout  à  fait  exact.  Il 
faut  indiquer,  au  procès-verbal,  qu'il  n'y  a  aucune  distinction  établie  en- 
tre les  inventeurs  français  et  les  inventeurs  étrangers  ;  ce  n'est  pas  une 
faveur  faite  aux  inventeurs  étrangers  plutôt  qu'aux  inventeurs  français. 

M.  Casalonga  pensait  qu'il  serait  difficile  aux  tribunaux  de  se  pronon- 
cer :  ces  difftcultés  n'existent  pas,  puisque  l'article  de  la  Convention  ne 
fait  aucune  distinction  entre  les  inventeurs  français  et  les  inventeurs 
étrangers.  Le  texte  que  l'on  a  donné  de  la  loi  française  dans  la  commu- 
nication de  M.  Simon  n'a  pas  été  donné  tout  à  fait  exactement.  Cet  arti- 
cle de  la  loi  de  1844  a  été  modifié  en  18S6,  et  la  loi  de  1886  ne  distingue 
pas  entre  Français  et  étrangers;  on  était  obligé  de  demander  la  permis- 
sion au  ministre,  qui  ne  l'accordait  que  difficilement,  tandis  qu'aujour- 
d'hui OQ  ne  la  demande  plus,  mais  les  Français  sont  également  sur  le 
même  pied  que  les  étrangers. 
M.  LK  PaIsident.  Ces  observations  de  M.  Assi  seront  consignées  dans 


—  538  — 

le  prochain  procès-verbal.  Sauf  ces  observations,  le  procès-verbal  est 
adopté, 

—  Nous  avons  le  chagrin  d'avoir  à  annoncer  à  la  Société  le  décès  d'un 
trop  grand  nombre  de  nos  collègues. 

Nous  avons  perdu,  comme  vous  le  savez,  M.  Victor  Forquenot,  ingt- 
ùieur  &a  éhe£  du  tpatériel  et  de  la  tt*action  du  chemin  de'  fer  d'Orléans. 
Ce  n*est  pas  ici  qu'on  peut  avoir  à  faire  Téloge  de  M.  Forquenot. 
qui  a  été  plusieurs  fois  vice-président  de  la  Société,  et  qui  aurait  été 
président  s'il  avait  bien  voulu  accepter  los  suffrages  de  ses  collègaes. 
Il  a  fait  ensuite,  pendant  longtemps,  partie  de  notre  comité.  On  connait 
ses  travaux  remarquables  sur  les  locomotives  et  sur  tout  ce  qui  touche 
à  l'organisation  des  chemins  de  fer.  Il  sera  regretté  de  tous  les  collègues 
qui  ont  eu  des  rapports  avec  cet  émînent  ingénieur. 

Nous  avons  perdu  aussi  M.  Mesmer,  directeur  de  l'usine  de  Graffen^^- 
taden;  M.  Courirèrîe,  ancien  élève  de  l'Ecole  centrale,  promotion  de 
1837,  fabricant  de  papier  à  Prouzel  (Somme)  ;  M.  Parlier,  ancien  élève 
de  l'Ecole  centrale,  promotion  de  1857;  M.  Schaller,  ingénieur  de  la 
marine  impériale  et  royale  d'Autriche  ;  enfin,  M.  Hermann  Lachapelle, 
membre  associé,  dont  le  type  de  machine  à  vapeur  est  bien  connu  et  a 
rendu  de  grands  services. 

Notre  collègue,  M.  Doat,  a  été  nommé  chevalier  de  l'ordre  de  Léopold. 

M.  LE  Président  signale,  dans  la  correspondance,  des  lettres  intéres- 
santes de  nos  collègues. 

D'abord,  une  lettre  de  M.  de  Cossigny  au  sujet  de  la  communicatioD 
faite  dernièrement  par  M.  Mallet  au  nom  de  M.  CoUadon,  et  indiquant 
qu'il  n'a  voulu  en  quoi  que  ce  soit  toucher  aux  travaux  de  M.  Golladon. 
qu'il  admire  et  pour  lequel  il  a  beaucoup  d'affection  et  de  vénération. 

Ensuite,  une  lettre  de  M.  Jules  Garnier  à  propos  de  son  projet  de 
Métropolitain. 

La  Société  se  rappelle  que  M.  J.  Garnier  a  développé  ici  avec  grand 
talent  son  projet  de  Métropolitain  à  travers  Paris  ;  il  a  étudié  la  question 
sur  de  nouvelles  bases  et  a  cherché  à  diminuer  les  inconvénients  que 
pouvait  présenter  l'exécution  de  son  projet.  La  bienveillance  que  la  So- 
ciété lui  a  montrée,  lui  a  fait  un  devoir  de  nous  écrire  et  d'indiquer  U 
nouvelle  voie  dans  laquelle  il  a  pensé  qu'il  fallait  entrer. 

M.  LE  Présidbiit  fait  donner  lecture  de  la  lettre  de  M.  de  CoBsignv  et 
de  celle  de  M.  Jules  Garnier. 

Lettre  de  M.  Jules  Garnier. 

«  Mousiour  le  Président  et  cher  Collèg«ie, 

»  Les  discussions  de  mon  projet  de  chemin  de  fer  métropolitain  devant 
la  Société  des  Ingénieurs  civils  ont  établi,  je  crois,  que  si  l'on  peut  repro- 
cher à  cette  solution  d'augmenter  le  bruit  dans  les  rues  où  il  passerait  et 
de  nuire  à  V aspect  général  des  voies  qui  seraient  suivies,  elle  présent*,  par 
ailleurs,  des  avantages  indiscutables,  par  exemple  :  Exécution raf^" 


—  539  — 

Connaissance  exacte  de  la  dépense  pour  rinsiallation. — Frais  de  construc- 
tion assez  réduits  pour  qu'il  n'y  ait  pas  besoin,  au  moins  dans  une  mesure 
importante,  de  recourir  aux  garanties  de  VEtat, 

»  Toutefois,  préoccupé  des  critiques  ci-dessus  et  voulant  eu  tenir 
compte,  j'ai  entrepris  Tétude  d'un  nouveau  projet  qui  n'a  certainement 
pas  la  même  simplicité  que  le  premier,  bien  qu'il  puisse  remplir  sur  dif- 
férents points,  les  desiderata  du  public.  Les  éléments  dont  il  faut  tenir 
compte  dans  ce  projet  sont  nombreux,  son  étude  complète  exigera  beau- 
coup de  temps,  aussi  n'est-ce  que  le  principe  sur  lequel  il  repose  que  je 
vais  avoir  l'honneur  d'exposer  : 

»  On  peut  considérer  la  ville  de  Paris  comme  composée  d'une  série 
d'ilôts  dont  la  plupart  sont  limités  sur  leurs  pourtours  par  des  rangées  de 
maisons  en  façade  sur  les  rues,  pendant  que  l'intérieur  de  l'îlot  com- 
prend des  bâtiments  d'une  importance  secondaire,  des  cours  et  des  jar- 
dins. Il  résulte  de  cette  disposition  générale  qu'on  peut  emprunter  à  un 
îlot  quelconque,  une  bande  étroite  de  terrain  dont  la  valeur  ne  serait  éle- 
vée qu'à  l'entrée  et  à  la  sortie  de  l'îlot.  —  Se  basant  sur  ce  fait,  on  voit 
la  possibilité,  par  une  patiente  étude,  faite  sur  une  carte  très  détaillée 
de  Paris,  d'arriver  à  tracer  des  voies,  parfois  un  peu  sinueuses,  qui  n'en- 
traîneront qu'une  série  d'expropriations  relativement  peu  coûteuses.  — 
En  somme,  les  voies  à  tracer  seraient  commandées  par  l'économie  dans 
les  frais  d'expropriation,  l'assainissement  de  certains  quartiers,  et  non 
point  absolument  par  l'idée  de  se  rendre  d'un  terminus  à  un  autre  par  le 
plus  court  chemin  possible.  —  Ces  voies,  tout  en  se  tenant  à  proximité 
des  artères  principales,  assainiront,  animeront  et  embelliront  les  quar^^ 
tiers  négligés . 

»  Tels  sont  les  principes  suivant  lesquels  je  me  propose  de  faire  les 
tracés  du  réseau  métropolitain  dans  Paris. 

»  Reste  maintenant  le  système  de  viaduc  à  employer  et  voici  celui  que 
je  compte  adopter. 

«  Considérons  d'abord  que  les  difficultés  de  tracé  et  les  frais  d'expro- 
priation diminueront  dans  une  proportion  considérable  à  mesure  que  l'on 
pourra  réduire  davantage  la  laideur  de  la  bande  de  terrain  exigée  pour 
le  passage  du  viaduc  ;  il  est  donc  d'importance  majeure,  au  point  de  vue 
économique,  que  le  viaduc  soit  aussi  étroit  que  possible  :  dans  ce  but,  je 
me  propose  d'employer  deux  plates-formes  superposées,  portant  géné- 
ralement deux  voies  à  la  partie  supérieure  et  deux  voies  à  la  partie  in- 
férieure.  Ces  plates -formes  auront  8  mètres  environ  de  largeur  et  seront 
en  maçonnerie  partout  où  ce  sera  nécessaire. 

»  Ce  viaduc  se  présentera  de  trois  façons  principales,  suivant  les  trois 
cas  suivants  :  1®  traversée  des  rues  ou  des  places  publiques;  2®  traver- 
sée de  maisons  de  façade  des  différents  îlots  limités  par  les  rues  ;  3°  tra- 
versée des  cours  et  jardins  situés  à  l'intérieur  des  îlots  de  maisons. 
Examinons  ces  trois  cas  ; 

1*^  A  la  traversée  des  rues  et  des  places  publiquesy  on  sera  en  présence 


—  540  — 

d'un  viaduc  à  deux  platefihformes  superposées,  bien  ajoutées  et  dont  l'aN 
chitecture  sera  en  harmonie  avec  celle  qui  caractérise  le  quartier  lui* 
même. 

»  i^  A  la  traversée  des  façades  des  ilôts  de  tnaisonsj  les  plates-formes 
conservant  leur  même  section,  seront  bordées  latéralement  par  des  murs 
qui  se  trouveront  mitoyens  avec  les  immeubles  adjacents,  disposés  pour  la 
circonstance;  de  la  sorte,  la  voie  inférieure  sera  en  tunnel,  pendant  que 
la  voie  supérieure  sera,  soit  à  ciel  ouvert,  soit  même  en  tunnel,  suivant 
que  les  côtés  des  voies,  par  rapport  à  la  hauteur  de  Timmeuble  tra- 
versé, permettront  l'un  ou  l'autre  ;  enfin,  l'espace  vide  compris  entre 
deux  piles  inférieures  successives,  communiquera  avec  les  immeubles 
en  bordure  et  sera  utilisé,    suivant  le  cas,  comme  magasin,  cave,  etc. 

3*»  A  to  traversée  des  cours  et  jardins  de  l'intérieur  des  tlots  de  maisons, 
les  deux  plates-formes  superposées  s'élèveront  à  l'air  et  à  la  lumière  et 
les  espaces  libres  au-dessous  de  la  plate-forme  inférieure  seront  utili- 
sés comme  remises,  écuries,  logements  à  bon  marché,  ateliers,  etc. 

»  Ce  viaduc  ne  sera  qu'une  succession  de  tunnels  aériens  de  faible 
longueur,  alternant  avec  des  parties  ajourées,  d'une  architecture  simple 
dans  l'enceinte  des  îlots  de  maisons  et  plus  recherchée  à  la  traversée 
des  rues,  des  places,  et  des  carrefours. 

»  Tel  est,  en  substance,  Monsieur  le  Président,  le  projet  que  j'ai 
commencé  à  étudier  dans  ses  détails  et  qui  me  semble  réunir  des  éU- 
ments  sérieux  de  succès.  La  bienveillance  avec  laquelle  la  Société  a 
accueilli  mes  premiers  travaux  sur  le  même  sujet,  me  faisait  un  devoir 
de  lui  adresser  et  de  soumettre  à  sa  haute  appréciation,  cette  autre 
manière  de  comprendre  le  chemin  de  fer  métropolitain  de  Paris. 

Veuillez  agréer,  Monsieur  le  Président,  l'assurance  de  mes  sentiments 
les  plus  distingués. 

Jules  Gabnier. 

Lettre  de  M.  J.  de  Cossligny. 

«  Monsieur  le  Président, 

»  M.  Mallet,  rendant  compte  d'un  livre,  a  soulevé  la  question  d'une 
catégorie  d'appareils  dont  Tauteur  avait  omis  de  parler.  Cela  ma  remis 
tout  naturellement  en  mémoire  les  travaux  intéressants  de  M.  Taurine^i 
et  je  suis  parti  de  là  pour  les  rappeler.  Mais  il  faut  que  ma  plume  ait 
bien  mal  rendu  ma  pensée  intime  pour  qu'on  ait  pu  voir,  dans  la  tour- 
nure de  phrase  dont  je  me  suis  servi  pour  entrer  en  matière,  l'intention 
d'une  critique  à  1  égard  de  qui  que  ce  soit. 

»  Toute  idée  de  comparaison  peu  obligeante  était  d'autant  plus  loin 
de  moi,  que  M.  Mallet,  bien  que  je  n'aie  pas  l'honneur  de  le  connaître 
personnellement,  s'est  acquis  toutes  mes  sympathies  pai*  ses  comrounica- 
tiuns,  que  je  lis  eu  général  nvec  un  intérêt  tout  particulier.  Et  quant  ?» 
M.  Colladon,  personne  ne  peut  avoir  plus  que  moi,  de   vénération  pour 


—  541  — 

80D  caractère  et  sa  personne,  et  d^admiration  pour  ses  nombreux  travaux. 
))Veuillezbien  m'excuser,  Monsieur  le  Président,  sijevousimportun«eu 
revenant  sur  un  incident  de  peu  dlmportanee,  et  agréer  l'assurance  de 
ma  considération  distinguée  et  dévouée. 

»  J.  DE  COSSIGNY. 

»NoTA. — Si  ma  lettre  est  tardive  c'est  que  le  compte  rendu  de  la  pré- 
cédente séance  ne  m'est  parvenu  qu'après  que  la  suivante  avait  eu  lieu.» 

M,  LE  Président  fait  part  à  la  Société  de  la  lettre  suivante  de  notre 
collègue,  M.  Cotard. 

«  Monsieur  et  cher  Président, 

»  M.  Laroche,  ingénieur  en  chef  des  ponts  et  chaussées,  a  bien  voulu 
me  charger  d'offrir  à  notre  Société  un  exemplaire  de  sou  Etude  sur  les 
ports  de  commerce  qui  vient  d'être  publiée,  par  ordre  du  ministère  des 
Travaux  publics,  à  llmprimerie  nationale. 

»  Je  vous  adresse  cet  intéressant  ouvrage  en  vous  exprimant  le  désir 
d'en  présenter  moi-même  un  compte  rendu  à  une  de  nos  prochaines 
séances. 

»  Veuillez  agréer,  Monsieur  et  cher  Président,  l'assurance  de  mes  sen- 
timents les  plus  dévoués. 

»  Ch.  Cotabo.  » 

M.  LE  Président.  Nous  sommes  très  heureux  de  la  promesse  que  nous 
fait  M.  Cotard  de  nous  présenter  un  compte  rendu  de  l'ouvrage  do 
M.  Laroche. 

M.  Durupt,  notre  collègue,  présent  à  la  séance,  nous  écrit  également 
qu'il  s'est  trouvé  à  même  de  visiter,  samedi  dernier,  les  carrières  de  Chan- 
celade  après  la  catastrophe  qui  vient  d'avoir  lieu,  qu'il  a  recueilli  sur 
place  des  notes  intéressantes,  et  qu'il  se  met  à  notre  disposition  pour 
nous  les  communiquer. 

Si  nous  avons  quelques  instants  à  la  fin  de  la  séance,  nous  donnerons 
volontiers  la  parole  à  M.  Durupt  que  nous  devons  remercier  de  la  hâte 
qu'il  a  mise  à  nous  apporter  ces  renseignements. 

M.  LE  Président  demande  la  permission  de  présenter  à  la  Société, 
au  nom  du  comité,  comme  membre  honoraire,  M.  H.  de  Matthys  prési- 
dent actuel  de  TAssociation  des  Ingénieurs  sortis  des  Ecoles  spéciales 
de  Gand. 

M.  H.  de  Matthys,  ingénieur-directeur  des  ponts  et  chaussées  de  Bel- 
gique, auteur  des  projets  d'installation  maritime  d'Anvers,  dont  il  a 
suivi  l'exécution  dans  tous  ses  détails,  nous  à  témoigné,lors  du  dernier 
YOjage  de  la  Société,  la  plus  cordiale  effusion.  Il  semble  que  la  France 
.soit  sa  seconde  patrie.  Nous  ne  pouvons  mieux  exprimer  notre  reconnais- 
sance à  cet  éminent  ingénieur  qu*en  lui  conférant  la  plus  haute  distinc- 


—  542  — 

tion  doot  puisse  disposer  la  Société.  Sod  élection  aura  lieu  dans  notre 
seconde  séance  après  celle-ci,c'est-àr-dire  le  27  novembre  prochain. 

M.  LE  Présidknt  signale  enfin,  parmi  les  ouvrages  reçus  parlaSooiété, 
un  volume  qui  nous  est  envoyé  par  M.  Louis  Trasenster,  membre  hono- 
raire de  la  Société  et  Président  de  TÂssociation  des  Ingénieurs  sortis 
des  Ecoles  spéciales  de  Liège,  qui  nous  a  si  bien  accueillis  en  Belgique. 

Ce  volume,  intitulé  :  Aux  États-Unis^  notes  de  voyage  d*un  ingénieur, 
a  pour  auteur  son  fils,  M.  Paul  Trasenster.  Je  Tai  parcouru  avec  un  vif 
plaisir.  Celui  qui  Ta  écrit  est  certainement  un  esprit  primesautier,  qui 
voit  vite  et  bien,  et  a  encore  cette  charmante  bonne  foi  de  la  jeunesse 
qui  met  la  vérité  au-dessus  de  tout.  Ces  pages  rapides,  tracées  le  soir 
avant  l'heure  du  repos  ou,  le  plus  souvent  presque  au  moment  même  de 
l'impression  éprouvée,  sont  pleines  de  renseignements  utiles  et  intéres- 
sants, donnés  avec  une  pointe  d'humour  qui  ne  gâte  rien.  Tous  les  mem- 
bres de  la  Société  y  trouveront  à  glaner. 

On  verra  plus  loin  Tindicatiou  des  autres  dons  faits  à  la  Société. 

L'ordre  du  jour  appelle  la  communication  de  M.  Berthot  sur  les  força 
mutuelles  et  leurs  applications  aux  phénomènes  mécaniques^  physiques  et 
chimiques,  La  parole  est  à  M.  Berthot. 

M.  Berthot  ne  présentera  à  la  Société  qu'un  résumé  de  son  mémoire 
qui  doit  être  publié  au  Bulletin.    ' 

On  connaît  Thypothèse  généralement  admise  de  la  porosité  des  corps 
c'est-à-dire  de  forces  attractives  et  de  forces  répulsives  agissant  à  dis- 
tance. En  partant  de  cette  hypothèse,  nous  avons  pu  déterminer  une 
fonction  représentée  par  une  courbe  fort  simple,  dans  laquelle  nous  avons 
retrouvé  la  plupart  des  lois  de  la  Physique  générale. 

Si  nous  supposons  deux  masses  m  et  m' liées  entre  elles  dans  la  di- 
rection de  l'axe  des  x  par  une  force  qui  tende  à  les  amener  au  contact, 
et  si  nous  interposons  entre  ces  deux  masses  une  autre  force  agissant  en 
sens  contraire  et  empêchant  ce  même  contact,  il  s'établira  un  état  d'équi- 
libre pour  une  distance  d  que  nous  appellerons  distance  moléculaire. 

On  peut  matérialiser  ce  système  en  réunissant  deux  billes  d'ivoire  avec 
un  ressort  pouvant  les  amener  au  contact  l'une  de  l'autre  et  en  interpo- 
sant entre  elles  un  autre  ressort  empêchant  ce  contact. 

Si  nous  représentons  par  F  (x)  la  résultante  inconnue  de  ces  ressorts 
pour  une  distance  quelconque  x  des  masses  m  et  m\  cette  fonction  devra  : 

1®  Être  proportionnelle  au  produit  des  masses  m  et  m',  afin  de  tenir 
compte  de  leur  action  réciproque  ; 

2**  S'annuler  pour  a?=:rf,  c'est-à-dire  avoir  pour  racine  algébrique  rf— x: 
pous  pourrons  donc  écrire  : 

\  F  (x)  =  mm'  (d  —  a?)  <p  {x) 

Si  maintenant  nous  supposons  que  Taction  de  la  résultante  au  lien 
d'être,  tranmisc  aux  masses  par  des  ressorts,  le  soit  dans  l'espace  au 
moyen\l'în*ermédiaires  tout  égaux  et  parfaitement  élastiques,  ces  organes 


\ 
\ 


—  543  — 

de  transmissiou  se  répartiront  également  entre  eux  et  par  couches  concen* 
triques  le  travail  réel  ou  virtuel  des  masses  m  et  m'.  En  conséquence,  ces 
masses  s'actionneront  mutuellement  en  raison  inverse  du  nombre  d*inter- 
médi aires  contenus  dans  une  sphère  ayant  la  distance  œ  pour  rayon; 
nous  sommes  donc  autorisés  à  écrire  : 


.i^)=P^ 


d'où 

F  (x)  =  mm'  2 4'  (^)- 

Nous  ne  pouvons  plus  maintenant  que  faire  des  hypothèses  succes- 
sives sur  ^  {x)y  et  rechercher  celle  de  ces  hypothèses  qui  donnera 
des  résultats  conformes  aux  lois  de  la  physique. 

Commençons  par  la  plus  simple,  c'est-à-dire  par  ^  (x)  =  Constante^ 
nous  aurons  la  formule  empirique  : 

(1)  F  (a;)  =  K  mm' 1^. 

Dans  deux  notes  qui  ont  eu  les  honneurs  de  Timpression  dans  les 
comptes  rendus  de  rAcadcmie  des  Sciences,  nous  avons  fait  Tétude 
analytique  de  cette  fonction  et  en  avons  déduit  mathématiquement  les 
huit  conséquences  suivantes  dont  les  calculs  sont  reproduits  dans  les 
notes  jointes  à  notre  mémoire.  Voici  les  énoncés  de  ces  huit  consé- 
quences : 

I.  La  fonction  représente  la  différence  d'une  hyperbole  du  4*  degré 

et  d'une  hyperbole  du  3®.  Si  on  construit  la  courbe  (âg.  1)  en  bornant 

Texamen  aux  valeurs  des  x  positifs,  on  obtient  un  tracé  dans  lequel 

les  valeurs  positives  de  y  donnent  la  force    répulsive    et  les   valeurs 

négatives  la  force  attractive.  La  courbe  part  de  y  =  -j-  <»  pour  x  =  o, 

3 
coupe  l'axe  des  œ  poura?=:(i,  présente  un  minimum  quand  x=  -^d  et 

Tu 

un  point  d'inflexion  pour  x  =  2  d  ;  puis  les  valeurs  de  y  continuent  à 
être    négatives,    la  force  restant   attractive,    et  l'on  b,  y  =  o  pour 

05  =  00. 

II.  La  somme  des  travaux  de  la  force  répulsive  depuis  x  =  - jusqu'à 

x  =  d  est  égale  à  la  somme  des  travaux  de  la  force  attractive  depuis 
x  =  d  jusqu'à  x  =  oo . 

III.  Si  on  considère  trois  molécules  égales  m,  m'  et  m"  placées 
originairement  sur  une  même  droite,  à  une  distance  et  Tune  de  l'autre, 
la  molécule  m'',  sollicitée  par  l'action  attractive  de  m,  ne  pourra  rester 


~  544  — 

eu  équilibre  et  se  rapprochera  de  w!  ;  mais  Taetion  répulsive  de  w! 
sur  m"  se  développera,  et  m"  atteindra  une  position  d'équilibre  en  un 
point  C  tel  que  C'K=C'L.  Remarquons  qu'il  se  sera  produit  dans 
ce  chemiaement  un  travail  négatif  représenté  par  la  surface  C'CK  et 
un  travail  positif  beaucoup  plus  considérable  représenté  par  la  surface 
C'CLN.  Par  conséquent,  pour  ramener  la  molécule  dans  sa  position 
primitive  d'équilibre,  il  faudra  lui  fournir  un  travail  représenté  par  la 
surface  CLN,  la  ligne  courbe  CL  étant  symétrique  de  la  ligne  CK. 


IV.  La  sommation  des  forces  attractives  agissant  sur  m",  en  sup- 
posant une  file  indéfinie  de  molécules  placées  à  gauche  de  cette  même 
molécule  m",  donne  une  quantité  finie,  correspondant  à  une  valeur 
BC  =  0,73173...  d  (maximum  de  contraction  possible). 

V.  Si  on  prend  successivement  un  nombre  de  molécules 

1.  2.  3.  iO.  20.  40.  oc 

On  trouve  pour  la  contraction  : 

1.  0.90        0,80        0,77        0,7S       0,74       0,73 

qui  correspond  à  une  somme  de  forces  attractives. 

0.  0,137      0,391      0,304      0,592      0,631      0,688 

Il  suffit  donc  de  considérer,  au  point  de  vue  graphique,  un  petit 
nombre  de  molécules  pour  pouvoir  déterminer  les  lois  résultant  de 
l'action  d'un  nombre  infini  de  molécules  placées  en  ligne  droite  et,  en 
vertu  de  la  conséquence  VU,  celle  d'un  corps  solide. 

VL  Si  on  considère  une  file  de  molécules  s'étendant  indéfiniment 
à  gauche  d'une  molécule  m",  il  existe  à  droite  de  cette  molécule  et  sur 
la  même  ligne  droite  un  maximum  d'attraction  situé  à  une  distance 
0.4699...  d.  Cette  proposition  étant  étendue  aux  corps  solides, par  la 
conséquence  VII,  on  doit  considérer  les  corps  solides  comme  entourés 
d'une  auréole  attractive. 

VII.  L'action  d'un  corps  quelconque  formé  de  files  de  molécules  pa- 
rallèles à  trois  plans  données  sur  une  molécule  extérieure  M,  peut  être 


—  346  — 

remplacée  par  celle  d'une  Aie  de  molécules  passant  par  M  et  perjpeu^ 
dieulaire  à  Tun  des  plans.  Elle  donne,  en  outre,  deux  composantes 
dirigées  suivant  des  perpendiculaires  aux  autres  plans.  Ces  composantes 
8  annulent  dans  le  cas  où  les  trois  plans  sont  perpendiculaires  entre 
eux,  et,  si,  en  même  temps,  m=:m\ 

YIII.  d  (distance  d'équilibre  moléculaire)  est  une  Constante  de  la 
Nature,  c^est-à-dire  a  la  même  yaleur  pour  tous  les  corps. 

Ces  préliminaires  étant  établis,  M.  Berthot  passe  à  la  discussion  de  la 
formule,  en  distinguant  d*abord  deux  cas  :  1®  celui  où  m  et  m'  n'ont 
pas  de  vitesse  initiale  ;  et  2^  celui  où  ces  masses  ont  des  vitesses 
initiales. 

l^*"  cas  :  si  d  est  négligeable  par  rapport  à  x,  on  peut  écrire  : 

(--•y  K  ■ 

F  ix)  —  Kmm  -^ — ■ — ^= — » 

^   ^  X*  X* 

formule  qui  donne  la  Un  de  Newton  avec  toutes  ses  conséquences,  et 
parmi  celles-ci  les  lois  de  la  pesanteur. 

Si  d  n'est  pas  négligeable,  on  peut  faire  deux  hypothèses  : 

1<»  On  ne  tient  pas  compte  des  valeurs  relatives  de  m  et  de  m'  ; 

2*  On  tient  compte  de  leur  valeur  relative. 

1<*  Après  avoir  établi  que  les  changements  d'états  correspondent  aux 
changements  de  coordonnées  indiqués  sur  la  figure,  M.  Berthot  trpuve 
aussi  un  grand  nombre  de  lois  relatives  aux  corps  solides,  liquides  et  ga- 
zeux; parmi  celles-ci,  nous  citerons  les  chaleurs  latentes  des  solides 
représentées  par  la  surface  C  L  N,  celle  des  gaz  par  la  surface  B  P  Q,  l'élas- 
ticité des  solides  par  la  courbe  KT,  celle  des  liquides  par  la  ligne  brisée 
NIT,  et  enfin  celle  des  gaz  ^proportionnelle  aux  efforts)  qui  donne  dans 
le  cas  des  pressions  la  loi  de  Mariotte,  et  dans  le  cas  des  extensions,  la 
constance  de  %  coefficient  de  dilatation; 

2®  Remarquant  qu'on  ne  peut  faire  m  ou  m'  égale  zéro  sans  annuler  la 
fonction,  il  s'ensuit  que  celle-ci  définit  les  corps  par  le  produit  de  deux 
masses  et  par  la  représentation  des  forces  attractives  et  répulsives  qui 
s'exercent  entre  elles.  D'autre  part,  la  valeur  de  d  étant  constante,  on 
en  déduit  la  loi  d'Ampère  et  d'Avogrado,  c'est-à-dire  que  tous  les  gaz 
simples,  sous  les  mêmes  températures  et  les  mêmes  pressions,  renferment 
le  même  nombre  d'atomes  et  que  ceux-ci  doivent  être  représentes  par 
deux  volumes. 

d  -1  '  X  d  '     X 

Prenant  ensuite  deux  corps  KM' et  Km* 7-  et  appelant  F 

x'  a?' 

l'action  de  M  sur  m  augmentée  ou  diminuée  des  forces  ettérieures,  il 
peut  arriver  que  F  soit  en  même  temps  plus  petite  que  la  somme  des 
forces  attractives  des  molécules  M  et  plus  petite    ue  celle  des  molécules 


—  S46  — 

m.  Dans  ce  cas,  on  |i  des  actions  de  contact,  et,  comme  en  vertu  de  la 
'conséquence  V,  on  peut,  sans  erreur  sensible,  considérer  la  somme  des 
forces  attractives  comme  indépendante  de  Tépaisseur  des  corps,  on  re- 
trouve toutes  les  lois  de  la  capillarité  calculées  par  Laplace. 

Si  F  est  plus  petite  que  la  somme  des  forces  attractives  des  molécales 
M  et  plus  grande  que  celle  des  forces  attractives  de  m,  les  liaisons  des 
molécules  de  ce  corps  seront  détruites,  et  tout  se  passera  comme  s'il 
était  devenn  à  l'état  liquide.  M.  Berthot  se  sert  de  cette  remarque  pour 
déterminer  les  principales  lois  des  phénomènes  de  dissolution  et  de  cris- 
tallisation. 

Enûn,  si  F  est  plus  grande  que  la  somme  des  forces  attractives  de  M  et 
de  m,  les  liaisons  de  ces  deux  corps  sont  rompues  et  il  se  forme  deux  mo- 

lécules  d'un  corps  défini  par  une  nouvelle  formule  KMm .  C'est  ua 

oc* 

phénomène  chimique,  et  la  discussion  donne  les  lois  des  proportions  mul- 
tiples, des  volumes,  de  la  thermochimie,  etc. 

Passant  ensuite  à  l'examen  des  chaleurs  spécifiques,  l'auteur,  par  un 
calcul  que  l'on  trouvera  reproduit  in  extenso  dans  son  mémoire,  établit  la 
loi  de  Dulong  et  Petit,  et  fait  remarquer  que  le  résultat  indique  que  le 
produit  des  poids  atomiques  des  corps  simples,  solides  et  liquides,  par 
leur  chaleur  spécifique  est  à  peu  près  constant,  et  que  celui  du  poids 
atomique  des  gaz  par  leur  chaleur  spécifique  doit  être  un  peu  plus  grand 
que  la  moitié  de  celui  des  solides  et  des  liquides.  11  appelle  l'attention  sur 
ce  fait,  conforme  à  l'expérience  dont,  suivant  lui,  aucune  théorie  n'avait 
donné  l'explication  jusqu'à  ce  jour. 

2®  cas.  —  met  m'  ont  des  vitesses  initiales. 

Ramenant  ce  cas  à  celui  où  la  masse  m'  seule  serait  animée  d'une 
vitesse  relative,  par  rapport  à  la  masse  m  considérée  comme  fixe,  M.  Ber- 
thot suppose  successivement  que  cette  vitesse  est  d'abord  dirigée  dans 
le  sens  de  la  droite  m  m\  puis  obliquement  à  cette  direction^  Il  se  pro- 
pose de  faire  ultérieurement  l'examen  complet  de  la  première  hypothèse  j 
se  contentant  de  donner  l'équation  du  temps  employé  pour  le  parcours 
d'un  espace  x  et  l'expression  générale  de  la  vitesse.  Comme  application, 
il  en  déduit  la  vitesse  du  sou  dans  l'air  pour  laquelle  il  trouve,  avec 
une  approximation  en  moins,  provenant  d'un  terme  négligé,  326*,26  àO' 
au  lieu  de  331°^,13,  résultant  des  expériences  des  Membres  du  bureau 
des  longitudes. 

Dans  le  cas  où  la  vitesse  est  oblique  à  la  direction  mm',  on  trouve  pour 
équation  polaire  de  la  trajectoire  p  (l  -|~  ^  cos  y  c  (o)  =  ^  dans  laquelle 

\c=k/1  -\ — ==7j-,  K'  étant  l'aire  décrite  dans  Tunité  de  temps. 

Si  on  néglige  g?,  cette  équation  représente  une  section  conique  du  se* 
cond  degré  et  on  retrouve  les  lois  de  Kepler. 


—  547  — 

Si  d  a  une  petite  valeur,  la  courbe  présente  un  phénomène  analogue 
à  celui  de  la  précession. 

Enfin  si  d  a  une  valeur  importante,  on  se  trouve  dans  le  cas  de  vibra* 
lions  interparticulaires  qui  correspondent  aux  vibrations  lumineuses^  et 
calorifiques. 

Se  basant  sur  les  expériences  de  M.  Janssen,  M.  Berthot  considère  l'œil 
comme  un  appareil  analyseur,  insensible  aux  vibrations  longitudinales. 
11  retrouve  ainsi  toutes  les  formules  de  la  théorie  de  la  lumière  con- 
formément à  la  théorie  des  ondulations,  puis  il  revient  aux  idées  de  Cau- 
chy  sur  la  propagation  de  la  chaleur  par  les  vibrations  longitudinales. 
11  démontre  qu'avec  le  mode  de  vibrations  provenant  de  sa  formule,  la 
chaleur  peut  se  polariser  et  éprouver  la  double  réfraction.  On  sait  que 
c'étaient  ces  deux  derniers  faits  qui  avaient  fait  repousser  la  théorie  de 
Cauchy. 

L'auteur  conclut  en  disant  que  sa  formule,  n'étant  que  Texpression 
d  une  force,  ne  peut  jamais  être  en  désaccord  avec  les  lois  de  la  mé- 
canique générale,  et  que,  puisqu'un  grand  nombre  de  faits  (le  nombre 
des  lois  indiquées  dans  le  mémoire  est  de  quatre-vingts)  se  passent 
conmie  si  elle  était  exacte,  on  peut  la  considérer  comme  une  loi  syn- 
thétique donnant  des  valeurs  plus  approchées  que  les  lois  qui  Tout 
précédée. 

11  termine  en  demandant  la  permission  de  payer  un  tribut  de  recon- 
naissance à  son  illustre  et  vénéré  maître,  H.  Tresca,  qui  Ta  soutenu 
et  encouragé  dans  son  travail  ;  il  tient  aussi  à  remercier  MM.  de  Saint- 
Venant  et  Maurice  Lévy  dont  les  bienveillantes  critiques  Font  aidé  à 
perfectionner  son  œuvre,  ainsi  que  son  ami  M.  Raoul  Costeau,  ingé- 
nieur civil  des  mines,  ancien  élève  de  l'École  polytechnique  dont  le 
concours  lui  a  été  très  précieux.  (Applavdissetnents  l'épétés.) 

M.  LE  Présidknt.  Nous  remercions  beaucoup  M.  Berthot  d'avoir 
apporté  à  la  Société  son  travail,  certainement  extrêmement  intéressant, 
et  qui  nous  semble  fort  important  au  point  de  vue  de  la  philosophie 
naturelle  comme  à  celui  des  applications. 

M.  Tresca,  en  effet,  s'était  vivement  intéressé  au  travail  de  M*  Berthot; 
il  en  avait  conféré  avec  ses  collègues  de  l'Académie,  M.  Maurice  Lévy  et 
M.  de  Saint-Venant  on  particulier;  par  conséquent,  nous  pouvons  être 
certains  que,  sous  le  rapport  analytique,  le  travail  de  M.  Berthot  est  un 
travail  extrêmement  sérieux.  Je  ne  le  mets  pas  en  discussion  aujour- 
d'hui ;  il  faut  avoir  lu  avec  beaucoup  de  soin  le  travail  de  M.  Berthot 
pour  lui  demander  des  explications  et  le  discuter.  Ce  travail  sera 
publié  en  entier  dans  le  Bulletin  de  la  Société,  qu'il  enrichira.  (Âpplaur- 
dissêmenU.) 

L'ordre  du  jour  appelle  la  note  de  M.  Hauet  sur  Y  assainissement  de 
louhn.  (Avant-projet  de  M,  l'ingénieur  en  chef  Dyrion.)  M.  Hauet  a  la 
parole. 

M.  Haukt  dit  que  c'est  à  la  suite  du   choléra  de  1884  que  M.  Tlu- 


•  —  548  — 

génieur  en  chef  Dyrion  fut  chargé  de  dresser  ud  projet  d'a^sainiss^c- 
ment  de  Toulon. 

M.  Hauet,  après  avoir  donné  quelques  détails  géographiques  et 
historiques  sur  Toulon,  fait  connaître,  d'après  le  rapport  de  M.  Dy- 
rion, les  coefficients  de  mortalité  de  Toulon  et  les  causes  d'insalubrité 
de  cette  ville. 

Il  dit  que  le  projet  de  M.  Djrion  peat  se  résumer  ainsi  :  réunir  à 
Taide  d'une  canalisation  de  faible  diamètre  toutes  les  eaux  vannes  et 
matières  alvines  sur  un  même  point  de  la  ville  ;  installer  sur  ce  point 
des  pompes  actionnées  par  des  machines  à  vapeur  puissantes  et  refou- 
ler le  liquide  jusqu'à  la  mer,  au  delà  de  l'isthme  des  Sablettes  à  la 
pointe  de  Fabrigas,  en  utilisant  sur  le  parcours  tout  ou  partie  du 
li([uide,  dans  lequel  sont  dilués  50  mètres  cubes  de  matières  alvines 
dans  10  000  mètres  cubes  d'eau,  pour  l'irrigation  des  terres. 

M.  Hauet  fait  remarquer  une  certaine  analogie  du  projet  de  M.  Dy- 
rion en  ce  qui  touche  la  canalisation,  l'exclusion  des  eaux  pluviales 
et  les  chasses,  avec  le  système  du  colonel  Georges  Waring,  expéri- 
menté en  1883  à  Paris  par  M.  E.  Pontzen,  membre   de   la  Société. 

M.  Hauet  termine  en  formuhuit  l'espoir  que  l'assainissemeut  àv. 
Toulon,  qui  est  d'intérêt  national,  n'attendra  plus  longtemps  sa  décla- 
ration d'utilité  publique.  (Applaudissements.) 

(Le  mémoire  de  M.  Hauet  sera  inséré  in  extenso  dans  le  Bulletin, 
avec  les  croquis  nécessaires.) 

M.  LE  Président.  Je  remercie  beaucoup  M.  Hauet  d'avoir  bien  voulu 
nous  faire  un  résumé  si  net  et  si  clair  de  l'avaut-projet  de  M.  Tin- 
génieur  en  chef  Dyrion,  et  j'espère,  comme  lui,  que  l'assainissemeni 
de  l^oulon  n'attendra  pas  longtemps,  de  la  nouvelle  Chambre  qui  va 
se  réunir,  le  vote  du  crédit  nécessaire.  C'est  une  chose  indispensable 
pour  le  commerce  français  et  nos  expéditions  lointaines.  Nous  remei'- 
cions  encore  une  fois  M.  Hauet. 

L'ordre  du  jour  appelle  la  communication  de  M.  Jules  Gaudry  sur 
les  machines  marines  à  texpositUyii  universelle  d'Anvers.  M.  Julo.'^ 
Gaudry  a  la  parole. 

M.  Jules  Gaudry.  Avant  de  faire  le  compte  rendu  dont  m'a  chargé 
M.  le  Président,  j'avais  à  remplir  une  mission  qui  m'a  été  donnée 
comme  un  des  doyens  d'âge  :  c'était  de  provoquer  un  vote  de 
reconnaissance  et  de  félicitations  pour  M.  de  Combcrousse,  notre 
président,  qui  a  représenté  notre  Société  des  Ingénieurs  et  la 
France,  avec  tant  de  dignité  et  un  rare  bonheur  d'expression.  A  la 
dernière  séance,  un  autre  de  nos  .collègues  a  déjà  provoqué  ces  reme^ 
cléments,  mais  il  me  sera  permis  de  ne  pas  me  considérer  comme 
dégagé  de  ma  mission  et  de  me  faire  de  nouveau  l'interprète  de  ceux 
qui  ont  fait  avec  nous  le  voyage  de  Belgique. 

J'ai  également  des  remerciements  à  demander  pour  nos  secrétaire!» 


—  S49  — 

et  commissaires,  pour  'M.  Husquin  de  Rhé ville,  pour  tous  ceux,  en 
un  mot^  qui  ont  eu  la  laborieuse  tâche  d'organiser  nos  excursions  si 
bien  réussies. 

(Le  compte  rendu  de  M.  Gaudry  devant  être  inséré  in  extenso  au 
Bulletin,  il  n'en  est  ici  donné  que  le  résumé.) 

M.  Gaudry  appelle  d'abord  Tattention  sur  la  difficulté  d'études  qui 
nait  toujours  dans  une  exposition^  du  défaut  de  concentration  des 
spécimens  d'une  même  industrie  et  de  leur  éparpillement,  au  con- 
traire, dans  les  diverses  sections  du  palais  et  de  la  multitude  de  ses 
annexes. 

Si  digne  d'admiration  que  soit  l'Exposition  universelle  d'Anvers^ 
elle  n'a  pas  plus  que  les  précédentes,  échappé  à  cette  observation, 
et  il  faut  faire  des  vœux  pour  que  la  commission  de  la  future  Expo- 
sition de  Paris  trouve  un  mode  de  classement  plus  favorable  à  l'é- 
tade  ;  en  particulier  pour  la  marine  qui  a  toujours  été  sacrifiée  à 
cet  égard. 

A  l'Exposition  d'Anvers,  la  galerie  des  machines  contient  trois 
machines  marines  :  deux  belges  et  une  de  notre  collègue  Glaparède  ; 
plus,  également  dans  la  section  française,  des  appareils  de  machine- 
rie secondaire  tels  que  les  treuils  de  Gaillard,  du  Havre,  les  gouver- 
nails à  servo-moteùr  de  Stapfer,  de  Marseille,  etc.  et  on  pouvait 
croire  d'abord  que  c'était  là  toute  l'exposition  maritime. 

Non  sans  laborieuses  recherches,  avec  le  concours  de  MM.  Mallet,  Que* 
ruel,  de  Quillacq  et  autres  collègues,  de  très  intéressants  objets  d'étude 
ont  pu  enfin  être  trouvés,  tout  au  moins  sous  forme  de  plans  et 
modèles  dans  les  sections  française,  anglaise,  allemande,  italienne  et 
hollandaise. 

M.  Gaudry  passe  en  revue  les  diverses  sections  internationales,  et 
d  abord  la  grande  machine  belge,  de  Seraîng,  Gompound  à  trois  cylin- 
dres sur  la  même  ligne,  pour  le  cuirassé  russe  le  Tchesmay  d'un  travail 
très  soigné,  et  très  bien  disposée  pour  la  visite  et  les  soins  à  donner  en 
marche. 

En  rappelant  la  réception  si  courtoise  qui  a  été  faite  aux  ingénieurs 
français  à  Seraing,  M.  Gaudry  insiste  sur  la  tenue  merveilleuse  des 
ateliers  et  sur  les  institutions  moralisatrices  et  bienfaisantes  qui  abondent 
pour  le  personnel. 

Passant  à  l'Exposition  française,  dont  les  produits  ont  été  rarement 
aussi  choisis  et  aussi  libéralement  exhibés  pour  l'instruction  publique, 
M.  Gaudry  décrit  d'abord  la  grande  machine  de  notre  collègue  Glaparède 
pour  aviso-éclaireur  et  torpilleur  de  première  classe. 

On  Ta  appelée  l'un  des  clous  de  l'Exposition  parce  qu'elle  se  montre 

avec  un  grand  intérêt  tout  entière  dans  toutes  ses  dépendances,  telle 

qu'elle  doit  être  à  bord  du  navire  et  parce  qu'elle  est  présentée  comme 

type  classique  de  la  marine  actuelle  en  France. 

Parmi  le^  nombreux  modèles  et  dessins  qui  composaient  en  outre  l'expo- 

Buu.  37 


—  550  — 

sition  Claparède  ayaut  reçu  un  diplôme  d'houueur,  M.  (raudry  signale  les 
canonnières  françaises  au  Tonkin  avec  leurs  formes  étranges  et  leur  tirant 
d'eau  réduit  à  50  centimètres  :  ensuite  le  torpilleur  de  haute  mer,  le  Gagrjjt 
pour  la  Russie,  lequel  a  fait,  par  de  très  mauvais  temps,  son  voyage  de  Paris 
à  Scbastopol,  et  se  comportait  en  ban  mârmdit  le  rapport  du  commandaut. 

Parmi  les  autres  torpilleurs  de  M.  Claparède,  il  faut  remarquer  le 
numéro  qui  a  servi  de  modèle  dès  i873,  les  n*^*  50  et  52  qui  ont  donoé 
30  nœuds  passés  et  le  n^  39  qui  a  atteint  près  de  21  nœuds,  soit  la 
plus  grande  vitesse  réalisée  encore  en  mer. 

L'exposition  française  contient  d'autre  part  les  trois  modèles  de  la 
Société  des  chantiers  de  la  Loire,  savoir  :  un  aviso  rapide  de  la  mariue 
militaire,  un  paquebot  de  la  Compagnie  des  chargeurs,  et  un  de  ces 
puissants  yachts  de  plaisance  qui,  même  en  France,  constituent  aujour- 
d'hui une  classe  importante  de  navires. 

La  Compagnie  transatlantique  expose  aussi  le  mag;niûque  modèle  des 
nouveaux  paquebots,  longs  de  155  mètres  et  puissants  de  8,000  chevaux, 
qui  vont  venir  dans  sa  flotte  de  70  navires  en  addition  de  la  Normandie 
que  la  Société  connaît,  mais  qui,  depuis  les  retouches  faites  à  Saint- 
Nazaire  devient,  de  plus  en  plus,  Tun  des  meilleurs  paquebots  existants 
pour  la  vitesse  dans  de  satisfaisantes  conditions  de  houille  consommée. 

M.  Gaudry  passe  de  même  en  revue  les  expositions  maritimes  de 
l'Angleterre,  de  la  Hollande  et  de  l'Italie  ;  celles!  se  caractérisant  par 
des  constructions  géantes. 

Arrivant  enfin  à  l'exposition  allemande,  M.  Gaudry  décrit  les  modèles 
de  ses  deux  cuirassés,  l'un  à  artillerie  concentrée  au  milieu  du  navire  au- 
dessus  des  machines  et  des  chaudières  avec  leur  quatre  cheminées;  l'autre 
au  contraire  où  une  nombreuse  artillerie  est  divisée  dans  tout  le  bàtimeut. 
Mais  les  modèles  particulièrement  intéressants  par  leur  actualité  sont  ceux 
des  cuirassés  construits  en  Allemagne  pour  les  Chinois,  à  grande  vitesse 
et  à  tirant  d'eau  de  6  mètres,  que  nos  flottes  ont  eu  récemment  k  corn* 
battre. 

En  terminant,  M.  Gaudry  recommande  de  ne  pas  se  laisser  impressionner 
par  les  qualités  si  remarquables  qu'elles  puissent  être  de  la  marine  aUe- 
maude  ou  chinoise  et  de  ne  pas  oublier  qu'à  Anvers  même  sont  exposôj* 
des  machines  marines  et  des  modèles  de  navires  français  qui  sont  aussi 
l'expression  des  derniers  progrès  de  la  science  navale.  {ApplaudissemenU. 

M.  LE  Président.  Je  remercie  M.  Gaudry  de  tout  ce  qu'il  a  bien 
voulu  nous  dire.  Il  nous  a  fait  faire  un  voyage  autour  du  monde,  tout 
eu  restant  à  l'Exposition  d'Anvers.  S'il  nous  a  donné  des  nouvelles  «» 
peu  inquiétantes  de  nos  voisins,  il  a  heureusement  terminé  par  des  élogo> 
et  des  encouragements  à  l'adresse  de  nos  constructeurs. 

Je  demande  la  permission  de  remercier  aussi  M.  Gaudry  des  aimabiost 
paroles  qu'il  a  prononcées  au  commencement  de  sa  communication,  et  qui 
s'adrosscut  aussi  bien  au  Président  de  la  Société  qu*aux  Vice-Présidents, 


—  551  — 

aux  Secrétaires,  et  aux  Sociétaires,  qui  nous  ont  aidés  à  être  digues 
de  la  réception  que  nos  hôtes  belges  ont  bien  voulu  nous  faire.  Les  paroles 
sympathiques  de  M.  Gandrj  s'appliquent  à  tous  ceux  qui  ont  fait  le  voyage, 
et  on  peut  les  adresser  très  justement  à  lui-même,  qui  est  Tun  des  plus 
auciens  membres  de  la  Société,  et  qui  représente  si  bien  parmi  nous  Tétude 
des  machines  à  vapeur  et  des  constructions  navales.  (Applau<tissements.) 

M.  LE  Président.  Comme  il  nous  reste  encore  un  peu  de  temps,  je  puis 
donner  la  parole  à  M.  Durupt.  Comme  je  Tai  annoncé  au  commencement 
de  la  séance,  notre  collègue  veut  bien  nous  entretenir  de  la  catastrophe 
de  Chancelade  et  des  causes  qui  ont  pu  Tamener.  M.  Durupt  a  la  parole. 

M.  Durupt.  Je  ne  répéterai  pas  tout  ce  qui  a  été  écrit  sur  la  catastrophe 
de  Chancelade;  des  récits  détaillés  en  ont  été  faits  par  les  journaux  de 
tout  le  pays;  vous  connaissez  le  grand  intérêt  porté  aux  victimes,  ainsi 
qu'aux  ouvriers  que  Ton  considère  comme  existant  encore  dans  les 
carrières.  Je  veux  seulement  décrire  Tétat  des  lieux  et  vous  faire  con- 
naître le  rôle  joué  par  Tadministration  des  mines  dans  le  sauvetage  de 
ces  malheureux. 

Les  carrières  bordent  la  ligne  du  chemin  de  fer  de  Périgueux  à  Paris, 
qui  les  traverse  en  tranchée. 

11  y  avait  deux  carrières  :  Tune,  dite  la  carrière  de  Chaigneau  vers 
Périgueux,  Tautre,  dite  la  carrière  dlmbert  vers  le  nord.  Les  carrières 
étaient  exploitées  depuis  Tannée  1847  ;  c'est  à  cette  époque  que  Ton  a 
tiré  de  Chancelade  les  premières  pierres  pour  la  construction  du  pont  de 
Centras,  et  depuis,  la  compagnie  d'Orléans  a  été  son  meilleur  client 
pour  ses  ponts  et  ses  gares  du  réseau  central.  Les  carrières  étaient  sou- 
tenues par  des  piliers  de  place  en  place,  qui  devaient  être  assez  forts, 
puisqu'ils  ont  résisté  pendant  un  certain  nombre  d'années;  ces  piliers 
formaient  une  espèce  de  damier  et  soutenaient  le  reste  de  la  montagne 
qui  s'élevait  de  30  ou  70  mètres  au-dessus.  Les  galeries  libres  servaient 
au  passage  des  ouvriers  et  à  celui  des  wagonnets,  pour  aller  à  la  carrière 
en  exploitation.  Presque  toutes  les  galeries  de  la  carrière  Chaigneau 
étaient  transformées  en  champignonnières. 

Vous  savez  que  l'accident  s'est  produit,  il  y  aura  dimanche  prochain 
quinze  jours. 

Certains  piliers  trop  faibles  auront  cédé  et  se  seront  écrasés  ;  puis 
une  grande  partie  du  poids  de  la  montagne  s'est  reportée  de  proche  en 
proche  sur  ceux  plus  solides  qui  avaient  résisté  jusqu'alors  ;  il  s'est  pro- 
duit un  affaissement  général  de  la  partie  qui  est  en  avant  vers  le  chemin 
de  fer  et  les  masses  sont  venues  s'écraser  à  l'intérieur  sur  le  sol  des  car- 
rières et  en  ont  fermé  toutes  les  issues,  de  sorte  que,  dans  lapartie  nou- 
vellement exploitée,  cinq  ouvriers  qui  travaillaient  n'ont  pas  été  at- 
teints, on  le  suppose  du  moins,  mais  n'ont  pu  s'échapper.  Aussitôt  la  pa- 
nique passée,  on  chercha  le  moyen  de  sauver  les  victimes,  d'abord  cel- 
les de  l'extérieur  à  l'entrée  des  carrières,  et  celles  sur  la  montagne  où 


—  652  — 

les  villages  et  les  maisons  u'étaieut  plus  qu'un  amas  de  décombres;  puis, 
ou  songea  aux  malheureux  prisonniers. 

Les  propriétaires  qui  exploitent  ces  carrières  et  dont  ce  désastre  ruiue 
aussi  les  intérêts,  n'étaient  peut-être  pas  très  au  courant  de  ce  qu'il  y 
avait  à  faire  pour  opérer  le  sauvetage  ;  ils  n'avaient  pas  d'ailleurs  la  li- 
berté d'agir,  puisque  les  carrières  sont  sous  la  sui*veillance  immédiate 
et  le  contrôle  du  service  des  mines  ;  ils  n'ont  donc  pu  rien  faire  par  eux- 
mêmes.  D'autre  part,  les  ingénieurs  des  ponts  et  chaussées  et  de  la  Com- 
pagnie d'Orléans  se  sont  mis  aussitôt  au  travail  du  sauvetage  des  malheu- 
reux ensevelis  sous  les  décombres.  On  est  descendu  dans  les  failles,  dau8 
les  crevasses  qui  s'étaient  produites.   L'une  d'elles,   vers  le   nord,  a  la 
forme  d'un  triangle  de  36  mètres  de  profondeur,  3  mètres  de  base  au  ni- 
veau du  sol  et  plus  de  50  mètres  de  longueur  en  ligne  droite  ;  elle  est  en- 
tièrement dans  le  rocher.  Là,  il   s'est  produit  au  fond   une   espèce  il<* 
grotte  dans  laquelle  un   ingénieur  des  ponts   et  chaussées  très  hardi  a 
pénétré;  c'est  non  loin  de  là  qu'on  a  vu  sortir   de  la  fumée.  On  ne  sait 
pas  si  ce  sont  les  carriers  qui  ont  fait  du  feu,  car  ils  avaient  des  matière.^ 
combustibles  et  des  vivres,  ou  si  c'est  un  choc  qui  aurait  fait  jaillir  des 
étincelles  et  enflammé  des  bidons  de  pétrole  qui  se  trouvaient  emmaga- 
sinés pour  les  besoins  de  l'exploitation.    Une  autre  faille  a  produit  un 
affaissement  de  4  mètres  sur  une  largeur  de  plus  de  15  mètres.  Les  deux 
bords  sont  à  pic  et  laissent  voir  la  terre  végétale.    Enfin  partout  le  sol 
bouleversé  est  traversé  de  sillons  plus  ou  moins  sinueux  où  la  terre  s'é- 
boule et  près  desquels  on  ne  s'aventure  qu'avec  prudence.  —   Il  y  avait 
ici  (comme  on  peut  le  voir  sur  le  plan)  de  petites  maisons  et  plus  loiu  un 
village  qui  ont  été  complètement  démolis  et  dont  les  habitants  sout  rui- 
nés. On  est  resté  pendant  cinq  ou  six  jours  à  discuter  pour  savoir  com- 
ment on  sauverait  les  malheureux  ensevelis.  On  a  d'abord  fait  veuir  l'in- 
génieur en  chef  des  mines  de   Paris,  qui  était  préposé  au  contrôle  de> 
carrières.  Puis  le  préfet  a  demandé  un  inspecteur  général  des  miues, 
qui  a  pris  à  son   arrivée  la  tête  du   mouvement  d'exploration.  Ce  n'est 
donc  que  samedi  dernier  que  Ton  a  déterminé  le  point  approximatif  où, 
en  forant  un  trou,   on  avait  des  chances  d'aboutir  à  la  galerie  libre  que 
les  carriers  doivent  occuper. 

On  a  commencé  le  travail  de  forage  qui  est  exécuté  par  rinitiatiu' 
privée.  Ce  sont  des  entrepreneurs  du  pays  qui  s'en  occupent;  ils  sont 
arrivés  à  20  mètres  de  profondeur,  et  ils  ont  60  mètres  à  traverser.  L'ad- 
ministration a  d'abord  fait  déblayer  les  ouvertures  de  la  carrière  fermécî' 
par  d'énormes  blocs  éboulés,  et  elle  a  bien  voulu  tolérer  que  les  eutn- 
preneurs  privés  fissent  le  trou  dont  je  viens  de  parler,  car  elle  avait  eu 
vue  un  autre  procédé .  Voici  ce  qui  s'est  passé  ;  Un  certain  nombre  de 
piliers  sont  restés  intacts,  dans  la  partie  située  vers  Périgueux  au  plus 
près  des  voies  du  chemin  de  fer,  mais  par  suite  de  Téboulement,  les  vides 
existant  entre  les  piliers  se  sout   comblés.  L'adniinistr;«tion  a  trouvr  le 


•-  353  — 

moyen  suivant  pour  aller  à  la  recherche  des  carriers,  qui  se  trouvent  h 
peu  près  à  300  mètres  de  Tentrée  de  la  carrière. 

Elle  a  dit  :  Nous  allons  faire  un  trou  à  travers  ces  piliers.  (Rires.)C'esi 
la  vérité  absolue;  et  voici  que  Ton  pratique  des  ouvertures  de  1">60  de 
large  sur  2  mètres  de  haut  dans  ces  piliers  rectangulaires  et  que  Ton 
diminue  par  conséquent  leur  section  ;  or,  quand  on  fut  arrivé  à  480  mè- 
tres, tout  s'effondrait,  et  de  nouvelles  victimes,  parmi  lesquelles  do 
haflts  personnages,  auraient  pu  être  faites.  C'était  facile  à  prévoir. 

Maintenant  on  fait  avec  énergie  le  déblaiement  des  orifices  et  on 
compte  un  peu  plus  sur  le  trou  de  sondage  ;  ce  dernier  est  fait  avec  des 
trépans  appartenant  aux  carrières  du  pays,  lesquels  ont  été  réparés  par 
la  Compagnie  d'Orléans  qui  en  a  construit  un  double. On  amis  des  tuyaux 
pour  tuber,  il  y  en  avait  dont  le  diamètre  ne  concordait  pas,  soit  avec 
celui  du  trépan,  soit  avec  celui  du  trou  déjà  fait.  Or,  si  ce  travail  avait 
été  conduit  par  des  entrepreneurs  spéciaux  (et  vous  savez,  Messieurs, 
qu'il  n'en  manque  pas  à  Paris),  on  saurait  aujourd'hui  à  quoi  s'en  tenir. 
Voilà  à  peu  près  l'état  de  la  question  :  on  est  arrivé  à  26  mètres  de 
profondeur  et  on  doit  aller  à  60  mètres  au  moins. 

Il  paraît  qu'on  a  entendu  hier,  en  appliquant  l'oreille  sur  les  rochers, 
les  carriers  frapper;  on  a  la  certitude  que  ces  hommes  sont  vivants  ;  il 
n'y  a  rien  d'étonnant  à  cela,  ils  ont  de  l'air,  de  l'eau,  et  pour  se  nourrir 
des  champignons  de  couche.  Ils  devaient  avoir  avec  eux  quelques  vi- 
vres; il  y  a  donc  lieu  de  croire  qu'ils  existent  encore,  et  s'ils  ne  sont  pas 
sauvés,  il  sera  peut-être  permis  de  se  demander  si  certaines  responsa- 
bilités ne  seront  pas  pénibles  à  envisager. 

On  peut  conclure,  de  la  manière  dont  les  travaux  de  sauvetage  ont  été 
dirigés  et  conduits  par  le  corps  administratif,  spécialement  préposé  à  la 
surveillance  de  ces  carrières,  que  ce  n'est  que  poussé  par  la  force  de 
l'opinion  publique,  par  la  pression  du  sentiment  populaire,  que  les  recher- 
ches ont  été  d'abord  autorisées,  puis  ensuite  poussées  avec  une  activité 
louable,  mais  dont  les  moyens  n'étaient  pas  tous  assez  homogènes,  ni 
bien  coordonnés. 

L'impulsion  unique,  la  direction  éclairée  et  pratique  a  manqué.  — 
Les  outils  n'étaient  pas  parfaits.  —  Les  ouvriers  ne  connaissaient  pas  le 
travail  spécial  qui  leur  étaient  demandé  alors  que,  dés  le  jour  de  la  ca- 
tastrophe, il  était  facile  d'appeler  des  spécialistes  de  Paris,  qui  avec 
leur  engins  puissants,  leurs  hommes  habiles  auraient  pu,  à  raison  de  o 
ou  6  mètres  par  jour,  forer  un  trou  et  arriver  ainsi  en  10  ou  12  jours  au 
plus  à  atteindre  les  galeries  restées  intactes  où  les  malheureux  ouvriers, 
hier  encore,  révélaient  leur  présence  par  des  coups  dont  la  provenance 
ne  fait  aucun  doute  pour  les  nombreux  témoins  qui  les  ont  entendus.  — 
Le  trou  une  fois  percé  et  la  possibilité  de  passer  des  aliments  aux 
ouvriers  engloutis  étant  obtenue,  le  reste  n'était  plus  qu'une  question 
de  temps.  Le  déblaiement  des  galeries  pouvant  toujours  s'opérer,  dût-on 


—  554  — 

employer  pour  cela  des  boisages  ou  toat  autre  procédé  d*étançonnement, 
auquel  du  reste  on  n'a  pas  eu  recours,  ce  qui  explique  Timpossibilité 
de  poursuivre  les  travaux  d'avancement  dans  les  galeries  abandonnées 
atgourd'hui,  par  suite  de  nouveaux  éboulements  provoqués  sans  doute 
par  Tattaque  des  piliers  qui  restaient  seuls  pour  soutenir  encore  FéDonne 
masse. 

Mais  si  Timprévoyance  administrative  ne  peut  être  mise  hors  de  dente 
(les  carrières  avaient  été  visitées,  paraît- il,  officiellement  il  y  a  un  mois 
à  peine),  si  Tinsuffisance  et  le  manque  d*unité  des  moyens  employés  pour 
le  sauvetage  ont  été  constatés  par  tous  les  visiteurs,  si  les  retards  in- 
concevables mis  à  décider  et  à  employer  ces  procédés  constituent  une 
faute,  il  est  une  chose  digne  d'être  notée,  et  je  n'étonnerai  personne  en 
le  faisant  ;  c'est  l'élan  généreux  des  cœurs  français,  toujours  prête  à  se- 
courir les  grandes  infortunes,  les  victimes  du  travail  et  du  devoir,  —  car 
ce  sont  bien  des  victimes  du  devoir  que  ces  pauvres  ouvriers  qui,  eux, 
risquent  leur  vie  tous  les  jours  et  à  toute  heure  du  jour. 

Une  grande  souscription  s'est  ouverte  spontanément,  elle  a  recueilli 
les  dons  généreux  et  en  même  temps  Tobole  du  pauvre,  le  sou  de  Tou- 
vrier,  le  frère  en  devoir  de  ceux  pour  qui  on  travaille  aujourd'hui  àChan- 
celade,  et  je  voudrais,  Messieurs  et  chers  collègues,  qui  n'avez  encore 
rien  envoyé,  vous  engager  à  souscrire  séance  tenante  pour  les  familles 
des  victimes,  n'ayant  pas  besoin  pour  cela  de  vous  rappeler  que  nous 
sommes  tous  des  travailleurs  et  que,  dans  ces  catastrophes,  conséquence? 
malheureuses  de  l'activité  industrielle,  trop  souvent  imprévoyante,  il  n'y 
a  pas  que  des  ouvriers  qui  peuvent  être  atteints,  mais  aussi  ceux  qui  les 
commandent  et  les  dirigent. 

En  répondant  à  mon  appel,  vous  aurez.  Messieurs,  fait  une  bonne 
œuvre,  car  il  y  a  aussi  100  ouvriers  sans  travail,  dont  plus  de  70  sont 
pères  de  famille.  (Applaudissements,) 

M.  LÉ  Président.  Je  remercie  M.  Durupt  d'avoir  bien  voulu  nous  appor- 
ter ces  renseignements.  Je  ne  m'associe  pas  pour  le  moment  à  ses  cri- 
tiques contre  l'administration,  .parce  que,  quand  des  catastrophes  arri- 
vent, il  est  bien  difficile  de  faire  remonter  les  responsabilités  tout  a  fait 
à  qui  de  droit.  Ce  qui  me  le  prouve  dans  le  cas  dont  il  s'agit,  c'est  qu'une 
visite  officielle  avait  été  faite  un  mois  avant  la  catastrophe,  et  qu'on 
avait  trouvé  la  carrière  en  bon  état.  Vous  savez  que  les  maçonneries 
n'indiquent  pas  le  moment  ou  elles  vont  se  rompre,  et  que  la  période  de 
rupture  y  est  pour  ainsi  dire  très  courte.  Les  pierres  s'écrasent  sous  une 
forte  charge,  sans  que  des  charges  moindres  aient  amené  aucune  défo^ 
mation  bien  sensible.  Ce  n'est  pas  comme  pour  l'extension,  où  Ton  voit 
les  phénomènes  d'allongement  s'accumuler  en  faisant  prévoir  le  moment 
où  la  rupture  va  se  produire.  Mais,  avec  la  maçonnerie,  on  est  surpris  : 
on  va  arriver  à  l'écrasement,  et  rien  ne  l'indique  ;  de  sorte  que  l'ingé- 


—  555  — 

Dieur  qui  avait  visité  la  carrière  un  mois  avant  la  catastrophe,  n'avait  pu 
prévoir  ce  qui  allait  se  passer. 

Il  faut  considérer  aussi  que  le  terrible  accident  a  eu  lieu  près  de  Pé- 
rigueux,  à  la  campagne;  et  notre  centralisation  est  telle  que,  quand  on 
n'est  pas  proche  d'une  grande  ville  très  bien  outillée,  on  a  beaucoup  de 
peine  à  faire  le  nécessaire  pour  opérer  un  sauvetage.  Il  y  a  là  un  certain 
point  de  vue  à  considérer. 

Dans  tous  les  cas,  nous  n'avons  qu'à  nous  associer  à  ce  qu'a  demandé 
M.  Durupt,  et  si  nos  collègues  sont  de  cet  avis,  M.  Durupt  voudra  bien 
prendre  un  chapeau,  puisque  nous  n'avons  pas  d'aumonière,  et  nous  y 
mettrons  chacun  le  don  qui  nous  paraîtra  convenable. 

Un  MBMBiue.  Je  crois  que  nous  ne  sommes  pas  assez  nombreux.  Peut- 
être  vaudrait-il  mieux  prendre  des  mesures  pour  que  la  somme  donnée 
par  la  Société  ne  fût  pas  aussi  faible  qu'eUe  pourrait  l'être  ce  soir,  mal- 
gré notre  bonne  volonté. 

M.  LE  Président.  Dans  ces  conditions,  ce  sera  une  question  à  sou- 
mettre au  comité,  qui  sera  saisi  de  Tappel  fait  à  la  Société  par  M.  Du- 
rupt. 

M.  Badois.  Je  voudrais  demander  si  Ton  s'est  bien  rendu  compte  des 
causes  de  l'éboulement.  M.  Durupt  nous  dit  que  cela  pourrait  provenir 
de  ce  que  les  piliers  se  sont  écrasés.  Il  y  a  bien  d'autres  suppositions  qui 
pourraient  être  faites;  et  pour  ma  part,  je  crois  qu'il  y  a  peut-être  là  un 
phénomène  plus  général  que  l'écrasement  des  piliers.  M.  Durupt  a  dit 
qu'il  y  avait  de  l'eau  dans  le  fond  de  la  carrière.  A-t-on  examiné  le 
passage  de  l'eau  souterrainement  ? 

M.  Durupt.  Parfaitement;  il  y  a  des  endroits  où  l'on  est  obligé  d'aller 
en  bateau. 

M.  Badois.  Aux  environs  de  Périgueux,  il  y  de  curieux  phéncnnènes. 
Il  existe  dans  les  terrains  calcaires  des  espèces  de  cours  d'eau  intérieurs  ; 
j'ai  eu  occasion  de  le  remarquer;  des  affaisëements  se  produisent  comme 
si  la  roche  et  l'argile  avaient  été  emportés,  et  cela  forme  de  grands  trous 
au  fond  desquels  on  entend  l'eau  souterraine  ;  il  y  là  des  rivières  qui  se 
perdent.  Qui  dit  qu'il  n'y  a  pas  eu  à  Chancelade  un  phénomène  semblable? 
Cela  déchargerait  beaucoup  l'administration  ;  car,  je  suis  de  l'avis  de  M. 
le  Président,  il  peut  y  avoir  à  la  catastrophe  une  cause  échappant  à  la  pre- 
mière impression,  d'autant  plus  qu'à  Périgueux,  comme  il  est  facile 
de  le  constater  sur  la  carte  de  l' état-major,  il  y  a  eu  des  affaissements 
dus  à  l'eau  souterraine,  dans  divers  endroits. 

M.  Durupt.  Des  personnes  que  je  considère  comme  sérieuses,  ont 
constaté  que  certains  piliers  avaient  présenté  un  commencement  d'ef- 
fritement à  la  surface  ;  beaucoup  de  colonnes  de  maçonnerie  s'effri- 
taient; et,  ces  personnes,  en  sortant  des  carrières,  étaient  bien  aises 
de  revoir  la  lumière  du  jour.  On  rencontre  chez  les  gens  qui  ont  été 
se  promener  là  comme  curieux,  ce  sentiment  :  c'est  que  l'administra- 


—  556  — 

tion  n'a  pas  été  prévoyante.  Les  carriers  qui  font  cette  exploitation 
ne  sont  pas  des  hommes  techniques  :  ce  sont  des  ouvriers  qui  exploi- 
tent ces  carrières  par  des  procédés  assez  simples:  ils  ne  se  rendent 
pas  un  compte  suffisant  des  risques  qu'ils  courent.  Ils  faisaient  ce 
qu'on  leur  disait  de  faire.  L'opinion  publique,  dans  les  environs  de 
Périgueux,  est  qu'on  ne  les  a  pas  suffisamment  prévenus. 

M.  Regnàrd.  Quelles  sont  à  peu  près  les  dimensions  des  piliers  et 
leurs  distances  ?  Car  je  suppose  qu'ils  n'ont  pas  tout  à  fait  la  régula- 
rité d'un  damier?  Cela  pourrait  être  intéressant  pour  se  rendre  compte 
S'ils  étaient  suffisants  ou  non  pour  justifier  l'hypothèse  de  récrase- 
ment. 

M.  DuRUPT.  Si  j'avais  eu  le  temps,  j'aurais  fait  le  plan  au  tableau  ; 
mais  je  puis  montrer  le  plan  de  la  carrière, 

M.  Li  Président.  Je  ne  puis  qu'approuver  les  observations  de 
M.  Badois,  et  prier  M.  Durupt  de  rechercher  si  ces  rivières  souter- 
raines auraient  pu  occasionner  l'accident  aussi  bien  ou  mieux  que  la 
faiblesse  ou  l'usure  des  piliers. 

M.  BuRUPT.  Il  y  a  un  ruisseau  qui  passe  à  côté  de  la  carrière. 

M.  Grunbr.  On  peut  citer  un  fait  analogue  à  celui  dont  nous  nou^i 
occupons  :  c'est  le  grand  accident  de  Bellegrade,  où  il  s'est  produit, 
il  y  a  quelques  années,  un  éboulement  qui  a  entraîné  un  tunnel. 
L'accident  a  eu  lieu  à  la  suite  d'infiltrations  d'eau  prolongées.  Ici 
aussi,  c'est  à  la  suite  de  grandes  pluies  ;  or,  cette  eau  souterraine 
dont  M.  Durupt  a  parlé,  en  répondant  à  la  question  qui  lui  était  faite, 
indique  aussi  l'existence  de  couches  argileuses  le  long  desquelles  a 
dû  se  produire  l'affaissement;  car  enfin,  si  les  piliers  avaient  été 
trop  faibles,  l'administration  l'aurait  remarqué. 

M.  LE  Président.  Je  remercie  M.  Graner  de  ses  observations  qui 
peuvent  éclairer  un  peu  sur  ce  qui  s'est  passé.  Enfin,  je  remercie 
encore  M.  Durupt  et  je  le  prie  de  nous  donner  de  nouveaux  rensei- 
gnements, si  cela  lui  est  possible,  afin  de  pouvoir  mieux  juger  ce 
triste  événement. 

MM.  Béliard,  de  Cordemoy,  de  Clomesnil,  Desrosiers,  P.  Jacque- 
mart, Lechat,  Lafitte,  Nagelmackers,  Portier,  Rambaud,  ont  été  reçus 
membres  sociétaires. 

MM.  Dumont  et  Maugin  ont  été  reçus  membres  associés. 

La  séance  est  levée  à  onze  heures  et  quart. 


—  557  — 


{«éamm    da    90   IVoveailire    ISSS 


Présidengb  dk  m.  db  Combbrousss 

La  séance  est  ouverte  à  huit  heures  et  demie. 

M.  LE  Président  annonce  à  la  Société  la  nomination  de  M.  Richou 
comme  officier  de  Tinstruction  publique,  celle  de  MM.  Edmond  Michaud, 
Guigon  Bey,  comme  officiers  d'Académie,  et  celle  de  M.  Decauville, 
comme  chevalier  de  Tordre  de  Charles  III  d'Espagne . 

Le  procès-verbal  de  la  dernière  séance  est  adopté,  après  lecture  de 
la  lettre  suivante  de  M.  Casalonga. 

«  Monsieur  le  Président 

»  Ne  pouvant  me  trouver  ce  soir  à  l'ouverture  de  la  séance,  je  viens 
vous  demander  la  permission  de  présenter  quelques  observations  à  pro- 
pos du  procès-verbal  de  la  séance  du  6. 

»  M.  Assi  m'y  fait  dire  «  qu'il  n'avait  peut-être  pas  suffisamment  re- 
•>  marqué  que  l'article  de  la  convention  relatif  à  l'introduction  des  objets 
»  brevetés  et  fabriqués  à  l'étranger  vise  surtout  les  étrangers. 

»  Il  j  a  là  une  erreur. 

»  Répondant  à  certaines  considérations  exposées  par  notre  collègue, 
par  exemple  à  celle-ci  (page  463  du  procès-verbal),  de  quel  droit  ferait-on 
payer  la  rançon  par  une  classe  de  citoyens  plutôt  que  par  une  autre, 
j'ai  entendu  parler  (page  466),  de  la  loi  de  1844,  et  non  de  la  con- 
vention. 

»  L'interprétation  relative  à  l'article  5  de  la  convention  a  été  de 
ma  part,  à  la  suite  d'une  question  posée  par  M.  Ed.  Simon,  page  469, 
lobjet  de  réserves,  sur  le  fait  de  savoir  si,  pour  l'exploitation  comme 
pour  l'introduction,  le  breveté  national  devait  être  assimilé  au  breveté 
étranger.  Il  me  paraissait  difficile,  si  les  tribunaux  devaient  se  mon- 
trer sévères  au  sujet  de  l'exploitation  par  les  étrangers,  que  la  même 
rigueur  fût  appliqué  aux  régnicoles.  Par  ce  coté,  l'article  3  serait 
donc  pour  eux  une  aggn^avation  de  la  loi  de  1844. 

»  M.  Assi  dit  encore  que  l'article  32  de  la  loi  de  1844,  modifié  par 
la  loi  du  20  mai  1856,  ne  distingue  pas  entre  Français  et  étrangers. 

»  Il  est  au  moins  permis  d'avoir  quelques  doutes  à  ce  sujet. 

»  La  loi  du  20  mai  1856  a  bien  étendu  les  attributions  du  ministre, 
mais  n'a  pas  modifié  l'esprit  de  l'article    32.    Il  eût  été  singulier  que 


—  5S8  — 

ron  eût  admis  que  Tinventeur  français,   résidant  en  France,  pouvait 
avoir  besoin  de  faire  introduire  un  modèle  en  France  même. 

»  Veuillez  agréer,  monsieur  le  Président  ,  l'assurance  de  mes  sen- 
timents dévoués, 

»  D.  P.  Casàlongà.  » 

M.  LE  Pkésidrnt.  L'ordre  du  jour  appelle  la  communication  de  MM. 
Guadet  et  A.  Bonnet  sur  le  nouvel  Hôtel  des  Postes.  M.  Gruadet  a 
bien  voulu  se  charger  de  nous  exposer  aujourd'hui  la  partie  estliéti- 
que,  et  c'est  notre  collègue,  M.  Bonnet,  qui  nous  décrira,  dans  um* 
séance  ultérieure,  les  services  et  la  partie  mécanique. 

Nous  sommes  reconnaissants  de  cette  communication  à  M.  Guadet, 
l'éminont  architecte,  qui  est  bien  connu  aujourd'hui,  non  seolement 
des  membres  de  la  Société  des  Ingénieurs  Civils,  mais  de  tout  le  monde, 
par  la  construction  si  réussie  de  l'Hôtel  des  Postes.  J'ai  pourtant, 
d'après  le  règlement,  le  devoir  de  vous  le  présenter.  M.  Guadet  a  été 
envoyé  à  la  villa  Médicis;  il  a  été  grand  prix  de  Rome,  et  sa  car- 
rière s'est  développée  comme  se  développe  la  carrière  de  ceux  qui 
ont  été  ainsi  distingués,  dans  leurs  premières  années  de  virilité,  et 
qui  ont  été  envoyés  à  cette  villa  Médicis,  où  s'achèvent  et  se  perfec- 
tionnent la  plus  grande  partie  des  talents  que  nous  applaudissons  plus 
tard.  M.  Guadet,  aujourd'hui  professeur  à  l'Ecole  des  Beaux-Ajrts,  a 
fait  comme  ses  collègues...  Il  a  lutté  et  attendu.  Il  arrive  mainte 
nant  au  grand  jour  avec  un  monument,  ou  il  a  déployé  tout  son  sens 
de  l'art  et  employé  toute  la  fertilité  de  son  talent.  Il  avait  de  gran- 
des difficultés  à  vaincre  :  il  va  nous  les  exposer,  et  je  ne  doute  pas 
que,  lorsque  sa  communication  sera  terminée,  vos  applaudissements 
ne  le  remercient  comme  je  le  remercie  moi-même  d'avance,  sachant 
le  plaisir  que  vous  aurez  à  l'entendre. 

M.  Guadet  à  la  parole. 

M.  GuADKT  rend  tout  d'abord  hommage  au  dévouement  et  à  la  coo- 
pération de  plusieurs  des  membres  de  la  Société  qui,  soit  par  le  fait 
d'une  adjudication,  soit  par  voie  de  soumission,  sont  devenus  les  col- 
laborateurs de  son  œuvre;  puis  il  expose  l'historique  de  la  recons- 
truction de  l'Hôtel  des  Postes  avec  ses  phases  diverses,  et  les  diffi- 
cultés de  toute  nature  dont  seule  devait  triompher  la  volonté  pers<'- 
vérante  de  M.  Cochery.  (Applaudissements.) 

L'emplacement  actuel  était  indiqué  par  sa  situation  au  centre  de 
Paris,  mais  le  terrain  est  restreint,  et  il  a  fallu  multiplier  les  surfaces 
par  la  superposition.  Il  n'y  a  pas  eu  d'ailleurs,  de  programme  propre- 
ment dit,  mais  l'architecte  a  dû  étudier  en  détail  le  fonctionnement 
et  les  besoins  de  la  Poste  :  il  a  également  étudié  les  principaux 
hôtels  des  Postes  à  l'étranger,  et  en  a  rapporté  la  confiance  que  ks 
établissements  rivaux  n'étaient  pas  pour  inquiéter  sur  le  compte  de 
celui  que  la  France  allait  créer.  {Applaudissements.) 


—  559  — 

Un  Hôtel  des  Postes  est  en  réalité  destiné  à  un  travail  comparable 
à  celui  d'une  usine,  et  doit  avant  tout  se  prêter  à  des  modifications 
profondes  des  installations.  Il  faut  donc  avant  tout  de  vastes  salles 
libres)  et  le  moins  possible  de  murs  intérieurs  et  de  points  d*appui. 
Cependant  M.  Guadet  n'a  pu  songer  à  un  édifice  de  plain-pied  dans 
toutes  ses  parties,  ce  qui  eût  demandé  un  terrain  et  partant  une  dé- 
pense énormes.  *  Mais  pour  installer  la  Poste  avec  des  superpositions 
d'étages,  il  fallait  toutes  les  ressources  de  la  science  moderne  appli- 
quée aux  constructions  métalliques  et  h  la  machinerie.  La  multiplica- 
tion des  surfaces  a  été  réalisée  en  faisant  évoluer  les  voitures  sous 
les  salles  mêmes  de  travail,  installées  sur  des  planchers  à  très  grandes 
portées,  et  tout  un  système  de  machinerie  agsure  les  communications 
verticales  entre  les  divers  services. 

M.  GuÀBET  avant  d'entrer  dans  le  détail,  explique  le  travail  de  la 
Poste  ;  il  expose  les  manipulations  successives  qu'y  subit  la  lettre  qu'on 
envoie,  pxiis  la  lettre  qu'on  reçoit,  et  montre  comment  à  Paris  le 
système  de  la  Poste  est  la  centralisation  complète,  tandis  qu'à  Londres 
le  service  est  décentralisé. 

Il  ressort  de  ce  qui  précède  que  l'Hôtel  des  Postes  de  Paris  se 
compose  tout  d'abord  d'un  grand  bureau  analogue  sauf  dimensions  à 
ceux  de  quartier,  et  d'une  partie  plus  considérable,  interdite  au  public, 
et  qui  comprend  les  services  de  manipulation  et  de  transit. 

La  partie  publique  est  en  façade  sur  la  rue  du  Louvre,  et  comprend 
le  péristyle  avec  boîtes  aux  lettres  et  aux  imprimés,  bureaux  de  vente 
des  timbres,  etc.  ;  la  salle  du  public  avec  tous  les  services  d'affran- 
chissement, mandats,  chargements,  télégraphe,  etc.;  la  salle  de  la 
Poste  restante  et  des  abonnés  ;  puis  parallèlement' à  la  salle  du  public, 
mais  de  l'autre  côté  du  local  réservé  aux  employés,  la  réception  des 
périodiques,  c'est-à-dire  des  imprimés,  journaux,  revues,  prospectus, 
etc.,  qui  arrivent  par  ballots,  dans  des  voitures  particulières  qui  en- 
treront par  la  rue  Etienne-Marcel  pour  sortir  par  la  rue  Gutenberg. 

A  cette  partie  publique  se  rattachent  indirectement  dans  les  étages 
les  services  administratifs  de  la  direction,  de  la  recette  principale,  des 
rebuts  et  réclamations,  tous  en  façade  sur  la  rue  du  Louvre. 

Après  la  cour  des  périodiques  commence  la  partie  interdite  au  pu- 
blic, comprenant  au  rez-de-chaussée,  le  transbordement  entre  les  cours 
d'arrivée  et  de  départ.  Le  transbordement  a  pour  fonction  de  recevoir 
les  sacs  de  dépêches,  les  reconnaître,  les  diriger  sur  les  services  qui 
doivent  les  ouvrir,  et  réciproquement  de  recevoir  de  ces  services  les 
sacs  à  expédier,  et  d'en  assurer  la  direction  sur  les  diverses  gares. 
Cesfc  donc  le  point  de  réunion  des  voitures,  à  l'arrivée  d'un  côté,  au 
départ  de  l'autre.  Tout  est  disposé  pour  que  les  voitures  évoluent 
toujours  dans  le  même  sens,  sans  croisements  ni  retours. 

Le  premier  étage   est  affecté   au  service  de  la  distribiition,  c'est-à- 


—  560  — 

dire  k  la  préparation  des  distributions  de  lettres  et  imprimés  dans 
Paris;  le  deuxième  étage  est  réservé  Slu  service  dit  du  départ^  c'est- 
à-dire  à  la  direction  des  correspondances  de  toute  nature,  sauf  celles 
à  destination  de  Paris,  sur  les  bureaux  ambulants  des  chemins  de  fer. 

Les  étages  supérieurs  sont  donc  alimentés  par  le  transbordement  et 
aussi  par  les  périodiques,  de  là  un  mouvement  ascensionnel  énorme  ;  à 
leur  tour,  ils  livrent  au  transbordement,  et  le  mouvement  de  descente 
qui  en  résulte  est  colossal  aussi,  et  de  plus  il  est  bien  peu  simultané; 
c'est  donc  le  moment  d'expliquer  comment  ont  été  conçues  ces  com- 
munications verticales,  véritable  clef  de  toute  l'organisation . 

De  bas  en  haut,  il  y  aura  des  monte-charges,  mais  Tascenseur  o^ 
dinaire,  quelle  que  fosse  sa  puissance  et  sa  rapidité ,  n'aurait  jamais 
sufâ;  seul  le  principe  de  la  noria,  avec  ses  passages  continuels  de 
récipients  disponibles  pouvait  donner  satisfaction,  et  c'est  en  effet  ce 
système  qui  a  été  adopté,  mais  avec  tout  un  ensemble  de  conditions 
spéciales  très  difficiles  dont  M.  Bonnet  exposera  les  solutions.  Les 
monte-charges  ainsi  établis  pourront  élever  120.000  kilogrammes  par 
heure . 

Pour  la  descente ,  ces  monte-charges  eux-mêmes  ne  seraient  pas 
assez  rapides.  M.  Guadet  a  donc  dû  chercher  une  solution  qui  soit 
une  véritable  chute  presque  instantanée  des  sacs  de  dépêches,  avec 
une  disposition  qui  modérât  suffisamment  cette  chute  pour  éviter  l'é- 
crasement des  correspondances.  Il  a  combiné  dans  ce  but  des  des- 
centes en  hélice,  contournées  deux  par  deux,  et  dont  il  expose  un 
modèle  réduit. 

De  tout  ce  qui  précède,  il  résulte  que  l'utilisation  du  terrain  a 'été 
poussée  aussi  loin  que  possible. 

M.  Guadet  produit  quelques  chiffres  à  cet  égard. 

La  surface  construite  étant  de  7.780  mètres  carrés  environ,  le  total 
des  surfaces  utiles  atteint  28.046"*»  ,45,  soit  3"'i  ,62  par  mèlre  carré 
de  construction. 

Le  tonnage  total  des  constructions  métalliques  est  de  4.461.100  ki- 
logrammes, soit  un  poids  moyen  de  578  kilogrammes  par  mètre  carré. 

Les  calorifères  chauffent  un  cube  d'air  de  H  6.706  mètres  cubes,  équi- 
valant à  une  hauteur  de  18",46  sur  la  totalité  du  terrain. 

Il  y  a,  à  ce  jour  : 

8.420  mètres  de  tuyauterie  d'eau; 

17.400  mètres  de  canalisation  de  gaz; 

42.912  mètres  de  fils  électriques  pour  «onneries,  etc. 

Abordant  l'examen  de  l'Hôtel  des  Postes  au  point  de  vue  de  h 
construction,  M.  Guadet  expose  qu'il  a  fait  en  réalité  une  construc- 
tion métallique,  solidaire  par  elle-même,  et  que  les  façades  ne  sont 
en  réalité  que  de  simples  clôtures. 


—  561  — 

Ce  parti  pris  offre  l'avantage  d'uue  plus  grande  unité  dans  Tossa- 
ture  métallique,  et  permettait  de  ne  pas  recourir  à  Temploi  de  la 
pierre  dure  pour  les  piles   de  façades. 

Après  divers  détails  sur  la  maçonnerie,  la  couverture,  etc.,  M.  Gua- 
(let  coustate  donc  que  la  charpente  métallique  a  été  la  plus  impor- 
tante de  la  construction,  en  raison  surtout  des  très  grandes  portées 
des  planchers. 

Les  fers  ont  été  calculés  pour  un  travail  de  6  kilogrammes  par 
millimètre  carré  ;  le  poids  moyen  par  mètre  de  plancher  et  de  comble 
ressort  comme  suit  : 

Planchers  à  poutres  décoratives  à  treillis  : 

Travées  de  12,80  X  «,08  le  m.  q.  128'^<f,500 

—  16,80  X  «,08  iii^«,mo 

—  15,24  X  5,13  153*^^300 

Plancher  à  poutres  droites  à  âme  pleine  et  solivage  en  poutrelles, 
sous  le  troisième  étage,  très  chargé  : 

Travées  de  12,80  X  5,08  le  m.  q.  134''8 

—  15,24  X  5,15  ISC'^SOO 

Combles,  compris  fermes  et  pannes  : 

Travées  de  12,80  X  5,08  le  m.  q.    62'^^640 

—  16,80  X  5,08  91»'«,520 

—  13,24  X  5,13  62'^S600 

Comble  de  la  salle  des  Périodiques,  compris  plafond  vitré,  HO*'», 700. 

L'hygiène  a  été  une  des  grandes  préoccupations  de  M.  Guadet  ; 
Teau  sera  abondante  à  tous  les  étages,  et  les  cabinets  d'aisances  et 
urinoirs  ont  été  traités  avec  un  luxe  de  précautions  de  propreté.  Les 
sièges  sont  en  marbre,  et  toutes  les  déjections  tombent  toujours  dans 
de  Teau  renouvelée  par  des  chasses  automatiques  puissantes.  M.  Gua- 
det décrit  en  détail  cett.e  installation  et  les  garanties  minutieuses  qu'il 
a  voulu  avoir  contre  toutes  émanations.  La  ventilation  sera  d'ailleurs 
assurée  été  et  hiver  par  des  appels  combinés  avec  l'action  du  chauf- 
fage. Celui-ci  est  assuré  par  la  vapeur,  qui  seule  était  assez  ductile 
pour  pouvoir  transmettre  la  chaleur  dans  un  édifice  où  il  n'y  a  pour 
ainsi  dire  pas  de  points  d*appuis.  Les  calculs  ont  été  faits  en  vue  du 
renouvellement  intégral  de  l'air  des  salles  dans  l'espace  d'une  heure. 

L'éclairage  se  fera  par  le  gaz  ;  les  solutions  qui  pourraient  être 
demandées  à  l'électricité  sont,  quant  à  présent,  réservées. 

M.  GuÀDKT  indique  brièvement  l'emploi  de  divers  ^objets  spéciaux  à 
la  Poste,  notamment  les  casiers  de  tri,  tout  en  fer  et  verre,  et  les 
cadrans  indicateurs  des  heures  de  distribution^  éclairés  en  transpa- 
rence, qui  remplaceront  les  petits  indicateurs  émaillés  si  difficiles  à 
lire.   Il    fait    voir    des    spécimens  de    ceux  de    ces   divers   objets  qui 


—  5G2  — 

étaient  assez  portatifs  pour  pouvoir  être  mis  sous  les  yeux  de  l'assis- 
tance. 

Cette  étude  serait  incomplète  si  l'architecte  ne  disait  quelques  mots 
de  l'architecture  du  nouvel  Hôtel  des  Postes.  11  a  cherché  avant  tout 
à  rester  dans  la  mesure  et  dans  la  proportion  que  comportait  sou 
sujet,  à  ne  pas  se  laisser  entraîner  aux  tentations  séduisantes  qui 
circonviennent  l'artiste,  à  renoncer  à  toute  originalité  qui  ne  serait 
pas  celle  même  du  programme,  usine  et  monument  à  la  fois.  Il  s'est 
astreint  à  une  fidélité  invariable  aux  exigences  des  besoins  à  satis- 
faire et  aux  nécessités  de  la  construction  ;  et  c'est  au  nom  de  l'art 
supérieur  qu'il  affirme  cette  sincérité  absolue  de  l'artiste  dans  sou 
œuvre.  {Applaudissements  répétés.) 

C'est  dans  le  même  esprit  qu'il  a  étudié  ses  façades,  dont  le  carac- 
tère ressort  uniquement  des  proportions  de  pleins  et  de  vides,  des 
saillies  et  des  divisions  de  travées  que  commandait  la  disposiiiou 
nécessaire  de  l'édifice.  Il  estime  d'ailleurs  que  cette  vérité,  dont  il 
s'est  fait  une  loi,  a  logiquement  assuré  les  effets  architecturaux  que 
comportait  un  emplacement  qui  ne  permet  de  voir  le  monument  que 
sous  des  perspectives  obliques  et  ramassées.  Il  a  suivi  ces  principes 
sans  déviations,  voilà  tout  ce  qu'il  peut  affirmer;  mais  en  art,  il  faut 
aussi  et  surtout  le  bonheur  :  l'a-t^il  rencontré?  Il  n'a  pas  à  le  dire, 
il  ne  peut  être  juge  et  partie.  (Applaudissements,) 

Demandant  d'ailleurs  à  élever  la  question,  M.  Guadet  cherche  à 
dégager  le  caractère  et  les  tendances  de  l'architecture  contemporaine, 
héritière  comme  tous  nos  arts  de  plusieurs  siècles  d'imitations,  mais 
appelée,  elle  aussi,  à  bénéficier  du  grand  souffie  de  liberté  qui  nous  a 
valu  Tafiranchissemeut  de  la  pensée  et  laffrançhissemeot  de  la 
science.  Mais  la  liberté  oblige,  et  M.  Guadet  rappelle  cette  belle 
parole  de  M.  Guillaume,  président  de  l'Académie  des  Beauï-Art5, 
proclamant  que  la  marque  de  l'art  moderne  doit  être  la  conscience. 
C'est  dans  cette  voie,  dans  la  sincérité  absolue  de  Tartiste,  dans  son 
identification  sans  réserves  avec  Fessence  intime  du  sujet,  que  l'ar- 
chitecte doit  chercher  et  trouver  la  valeur  morale  et  la  valeur  artis- 
tique de  son  œuvre.  (Applaudissements,) 

M.  Guadet,  en  terminant,  rappelle  que  sa  communication  n'est  que 
la  préface  d'une  conférence  d'un  caractère  plus  scientifique  qui  sera 
prochainement  faite  par  M.  Bonnet  sur  la  machinerie  de  THôtel  des 
Postes,  et  fait  connaître  son  intention  de  demander  à  M.  le  Ministre 
l'autorisation  d'inviter  MM.  les  membres  de  la  Société  à  lui  faire 
l'honneur  de  visiter  le  monument  dont  il  vient  de  les  entretenir. 
(Bravo I  Bravo!  Vifs  applaudissements,) 

M.  LE  PRÉsmENT.  Mcssicurs,  vous  me  permettrez  de  remercier  en 
votre  nom,  comme  je  l'avais  fait  d'avance  et  comme  vos  applaudisse- 
ments viennent  de  le  faire,  M.  Guadet,  de  ce  qu'il  a  bien  voulu  dire 


—  563  ~ 

aujourd'hui.  Le  savaut  professeur  de  l'École  des  Beaux- Arts,  Tarchi- 
tecte  éminent,  nous  a  donné,  en  même  temps  qu'une  exposition 
pleine  de  charme  de  ses  travaux,  une  grande  leçon  morale  dont  les 
ingénieurs  peuvent  tirer  parti.  Oui,  il  nous  a  montré  que  le  talent, 
aiyourd'hui,  devait  surtout  avoir  pour  soutien  la  conscience,  et  que 
c'était  la  conscience  du  sujet,  la  volonté  de  lui  donner  tout  ce  qui 
était  nécessaire,  sans  aucune  superfétation  prétentieuse  et  personnelle, 
qui  soutenait  le  talent  et  donnait  à  Tart  toute  sa  grandeur.  Les  ingé- 
nieurs, eux  aussi,  dans  leurs  travaux,  daife  leurs  constructions  de 
machines,  peuvent  mettre  de  côté  leur  vanité  et  faire  ce  qu'on  leur 
demande  avec  le  plus  de  précision,  de  solidité  possibles,  sans  oublier 
toutefois  que  la  grâce  et  l'élégance  simples  ne  sont  pas  défendues  : 
M.  Guadet  nous  en  a  donné  la  preuve. 

Il  vient  de  dire  :  a  J'ai  fait  ce  que  j'ai  pu,  à  vous  de  dire  si  j'ai  réussi.» 
Je  crois  que  la  population  parisienne,  qui  a^vu  le  nouvel  Hôtel  des  Pos- 
tes, lui  a  déjà  aussi  bien  répondu  que  le  suffrage  de  ses  collègues  les 
plus  autorisés.  Je  suis  convaincu  que  le  serrement  de  main  de  M.  Guil- 
laume, quand  il  est  venu  visiter  le  nouvel  Hôtel,  a  été  une  affirmation 
bien  complète  et  a  fait  comprendre  à  la  modestie  de  M.  Guadet  qu'il 
avait  réussi. 

Nous  serons  heureux  que  M.  le  Ministre  des  Postes  et  des  Télégraphes 
donne  à  la  Société  des  Ingénieurs  Civils  l'autorisation  de  visiter  l'Hôtel 
des  Postes  sous  la  conduite  de  M.  Guadet  et  de  notre  collègue  M.  Bonnet. 
M.  Guadet  a  dit  une  parole  qui  m'a  causé  une  grande  joie,  c'est  lors- 
qu'il nous  a  entretenus  de  la  mission  qui  lui  avait  été  confiée  pour  visi- 
ter, dans  les  pays  étrangers,  les  hôtels  des  postes  les  mieux  entendus. 
M.  Guadet  nous  a  dit  :  «  Nous  n'avons  rien  à  craindre  des  autres  ;  nous 
pouvons  faire  aussi  bien  que  les  autres,  et  il  ne  nous  est  pas  difficile  do 
faire  mieux.  » 

Je  le  remercie  de  ce  sentiment  patriotique.  Nous  doutons  trop  de  nous- 
mêmes  ai^}ourd'hui;  nous  avons  devant  les  yeux  un  crêpe  qui  nous  ca- 
che le  ciel;  nous  croyons  que  les  étrangers  ont  fait  des  pas  prodigieux 
dans  la  voie  du  progrès  et  que  nous  sommes  restés  immobiles.  Je  crois 
que  c'est  un  sentiment  contre  lequel  il  faut  réagir,  ingénieurs  et  archi- 
tectes, aussi  bien  que  marins  et  soldats,  en  un  mot,  toute  la  France. 

Permettez-moi  d'ajouter  que,  pour  faire  cette  grande  œuvre,  l'écono- 
mie n'a  pas  été  négligée  :  ce  monument  n'a  pas  coûté  dix  millions.  Je 
ne  sais  pas  si,  dans  un  autre  pays  on  serait  arrivé  à  faire  à  ce  prix  ce 
que  M.  Guadet  a  fait.  Mais,  pour  cela,  il  faut  chercher  les  hommes  et 
les  trouver.  Il  faut  que  le  Ministre  trouve  dans  les  hommes  qu'il  choisit 
la  volonté  de  bien  faire  ;  il  faut  surtout  qu'il  rencontre  des  hommes  de 
conscience.  La  moitié  du  succès  de  M.  Guadet  a  été  l'idéal  qu'il  avait 
devant  les  yeux  et  qu'il  a  si  bien  rempli.  {Bravo  I  —  Applaudissements,) 
Si  quelque  membre  avait  des  observations  ou  des  demandes  à  adres- 


—  864  — 

ser  à  M.  Cruadet,  je  lui  donnerais  la  parole.  M.  Guadet  sera  d'ailleore 
présent  à  la  séance  prochaine.  Dlci  là,  on  aura  lu  son  résumé.  M.  Bon- 
net nous  fera  son  exposé,  le  4  décembre.  M.  Guadet  y  assistera;  et  si 
quelque  membre  veut  prendre  la  parole,  il  pourra  s*adresser  à  la  fois  à 
M.  Guadet  et  à  M.  Bonnet. 

Je  n'ai  pas  besoin  de  rappeler  que  le  travail  de  M.  Guadet  sera  publié 
in  extenso  dans  le  Bulletin,  où  nous  derons  heureux  de  le  conserver. 

Il  nous  reste  encore  quelques  minutes.  M.  Durupt  nous  a  demandé 
la  parole  à  propos  de  l'accident  de  Chancelade.  A  la  dernière  séance,  il 
avait  pensé  qu*il  pourrait  nous  apporter  des  documents  complémentaires 
et  des  renseignements  plus  précis  sur  cette  catastrophe.  Je  prie  M.  Du- 
rupt d'être  surtout  technique,  et  de  laisser  de  côté,  autant  que  possible, 
le  point  de  vue  très  délicat  des  responsabilités. 

M.  Durupt  a  la  parole  : 

«  Messieurs, 

»  A  la  suite  de  ma  communication  rapide  sur  la  catastrophe  de  Chan- 
celade, M.  le  Président  a  bien  voulu  me  demander  de  nouveaux  rensei- 
gnements. Je  viens  vous  les  apporter,  non  sans  un  profond  sentiment  de 
tristesse  à  la  pensée  des  souffrances  que  ces  malheureux  ensevelis  ont 
dû  éprouver  jusqu'au  jour  où,  privés  de  nourriture  et  n'ayant  plus  l'es- 
poir d'être  sauvés,  ils  se  sont  sans  doute  vus  mourir  au  fond  de  l'espace 
noir  qui  leur  sert  provisoirement  de  cercueil.  Si  j'ai  cru  que  Téboule- 
ment  les  avait  épargnés,  si  j'ai  pensé  qu'ils  pourraient  vivre  quinze 
jours  et  trois  semaines  —  au  prix  de  quelles  souffrances?  —  je  n'ose 
pas  croire  aujourd'hui  qu'ils  soient  encore  vivants  après  vingt-six  jours 
de  douleurs  morales^et  physiques  inimaginables. 

»  Cependant  on  continue  le  sauvetage  avec  plus  d'activité  que  jamais, 
après  une  période  de  découragement  qui  suivit  la  rupture  de  la  corde 
d'amarrage  du  trépan  resté  au  fond  du  trou  de  sonde  ayant  déjà  32  mè- 
tres de  profondeur,  et  abandonné  là  sans  que  de  judicieux  efforts  pour 
le  ramener  aient  été  tentés.  — »  L'emploi  de  Tacide  pour  ronger  la  pierre 
et  d'une  louve  à  griffes  d'acier,  devait  pourtant  venir  à  l'esprit  des  per- 
sonnes dirigeant  le  travail;  ces  moyens  ont  été,  du  reste,  conseillés. 

»  Aujourd'hui  la  maison  Lipmann,  connue  de  nous  tous,  a  entrepris  le 
forage  d'un  second  trou  à  côté  du  premier;  elle  espère  obtenir  6  à  7  mè- 
tres d'avancement  par  jour;  il  y  a  ce  soir  15  mètres  de  percés. 

»  On  a  proposé  de  même  le  creusement  d'un  puits  carré  de  1",40  de 
côté  pour  permettre  le  sauvetage  des  ouvriers,  auprès  du  trou  de  sonde 
par  où  on  devait  leur  passer  des  aliments  ;  —  ce  puits  boisé  aurait  pu 
être  terminé  quelques  jours  après  le  trou,  et  il  est  même  permis  d'admetr 
tre  que,  si  l'on  eût  commencé  dès  le  lendemain  de  la  catastrophe,  on  se- 
rait arrivé  à  ce  jour  jusqu'au  plafond  de  la  galerie  non  effondrée. 

»  Quant  aux  causes  de  l'accident,  vous  savez,  Messieurs,  que  trois  ex- 


perts  out  été  uonimés  par  le  juge  d'instructioit,  pour  les  reobercl 

>>  MM.  Nivois,  ingénieur  eu  chef  des  mines,  professeur  à  l'éci 
[lonts  et  chaussées  ; 

»  Mnller,  architecte-expert; 

»  D<mon,  ingénieur,  directeur  des  miues  de  Deca^feville,  snciet 
de  l'Ecole  centrale,  membre  de  la  Société. 

II  est  donc  probable  que  l'enquête  poursuivie  par  ces  trois  iugé 
ùclairés  nous  apprendra  les  causes  de  cette  catastrophe  et  tous  cor 
drez,  Messieurs,  que  je  ne  puis  insister  personnellement  sur  ce 
extrêmement  délicat  dans  lequel  des  responsabilités  considérable 
veut  être  mises  eu  jeu. 

Tout  ce  que  je  puis  dire,  et  pour  répondre  aux  intéresHantes 
vations  faites  par  H.  Badois,  c'est  que  l'existeDce  du  courant  i 
r&in  n'est  rien  moins  que  démontrée  et  que  si  l'eau  a  pu  joi 
rôie'fuueste,  ce  n'est  certainement  pas  dans  ce  sens  qu'il  faut 
sïger,  mais  plutôt  dans  celui  des  ioflltrations  traversant  la 
rocheuse  de  haut  en  bas  et  pouvant  déterminer  des  plans  de 
mcnts  sur  les  lames  d'argile  que  l'humidité  rend  savonneuse. 

■  Quant  au  r61e  joué  par  l'administration  des  Mines  pendant 
riode  de  sauvetage,  cette  question  rentre  complètement  dans  le  do 
public  et  chacun  est  libre  eu  récapitulant  tes  hésitations  de  1 
mière  heure,  les  déclarations  faites  aux  entrepreneurs  dont  l'iui 
courageuse  était  à  ta  hauteur  du  dévouement  le  plus  désintéresi 
Autorisations  de  travailler  arrachées  plutôt  qu'obtenues  avec  ci 
aement,  chacun  est  libre,  dis-je,  de  ne  point  se  montrer  sat 
d'accord  en  cela  avec  l'opiuiou  publique  en  Périgord  qui  a  déjà 
featé  son  sentiment  sur  cette  manière  de  procéder. 

"  Ce  qui  n'est  pas  en  notre  pouvoir,  puisqu'une  enquête  est  i 
née,  c'est  de  rechercher  si  la  surveillance  de  ces  carrières  étaii 
lement  effective,  si  le  garde-mine  qui  dressait  tous  les  mois  u 
d'avancement  des  galeries  allait  lui-même  sur  place  vérifier 
piliers  ménagés  étaient  en  nombre  suffisant,  s'ils  n'étaient  pas  en 
vaise  pierre  remplie  de  poches  d'argile,  les  carriers  préférant  ci 
la  bonne  pierre  et  laisser  la  montagne  s'appu^ersur  des  matières 
résistance  douteuse,  enfin  si  dans  la  répartition  de  ce  damier  de 
on  a  bien  tenu  compte  de  l'accroissement  du  poids  au  fur  et  : 
sure  que  l'on  s'avançait  dans  les  flancs  de  ta  roche;  car  il  ne  fa 
oublier  que,  si  au-dessus  des  anciennes  carrières,  vers  l'eitérie 
bord  du  chemin,  qui  est  en  bas  des  pentes,  il  y  a  de  IK  à  SO  i 
de  liautour,  vers  le  fond,  avant  d'arriver  au  masaif  qui  était  ex 
il  y  a  a  60  mètres  de  charge. 

«  On  a  dit  aussi  que  depuis  plusieurs  années  certains  piliers  ] 
ijaivut    s'enfoncer,    et  je    répète   que    les   visiteurs    de    ces    ti 


—  566  — 

remontaient  des  galeries  avec  une  mauvaise  impression^  et  bien  heu- 
reux de  sentir  leur»  épaules  débarrassées  de  rénorme  masse  qui  sem- 
blaient les  menacer. 

«  Je  n'insiste  pas  davantage,  Messieurs,  et  je  veux  en  terminant 
remercier  notre  honorable  président  qui  peut  allier  à  une  science 
profonde  servie  par  une  éloquence  que  vous  appréciez,  les  plus  hauts 
sentiments  de  confraternité  et  d'humanité,  je  veux  le  remercier  de 
Taccueil  bienveillant  qu*il  a  fait  à  ma  communication  et  de  l'intérêt 
qu*il  a  témoigné  en  faveur  des  victimes  de  cette  triste  catastrophe. 
(Applaudùiemmls.  ) 

M.  LB  PaÉsiDBNT,  Mcssicurs,  la. question  n'est  pas  encore  absolument 
tranchée;  il  y  a  une  enquête  qui  se  poursuit;  la  Société  n'a  donc  qu'à 
s'incliner  et  à  attendre  le  résultat  auquel  elle  aboutira.  Je  remercie 
Durupt  de  nous  avoir  donné  de  nouveaux  détails,  nous  devons  en  res- 
ter là.  La  lumière  se  fera»  sans  doute,  et  satisfaction  sera  donnée  à 
Topiniou  publique. 

MM.  Coiseau,  Ciampini,  Dejej^,  Jourdan,  Mounier,ontété  reçus  mem- 
bres sociétaires. 

La  séance  est  levée  à  onze  heures  moins  un  quart* 


séance  sappléHieBtalrA  du  tt  aovfiimra  1S86. 


Présidence  de  M.  de  Oombbrodssb 

La  séance  est  ouverte  à  huit  heures  et  demie. 

M.  LE  Président  fait  remarquer  que  le  procès-verbal  de  la  deniièrf 
séance  n'est  pas  encore  imprimé,  puisqu'il  s'agit  aujourd'hui  d'une 
séance  intercalaire;  par  conséquent,  il  ny  a  pas  lieu  de  le  mettra 
aux  voix. 

M.  le  Président  a  le  regret  d'annoncer  à  la  Société  le  décèe  de 
M.  Audenet,  ancien  ingénieur  de  la  marine. 

M.  LB  Président  annonce  à  la  Société  qu'elle  a  reçu  le  deuxième 
volume  de  l'ouvrage  si  intéressant  publié  par  notre  collègue,  M.  Pao^ 
Terrier.  Il  s'agît  des  leçons  de  Statique  graphique  d'Antonio  Fataw. 
professeur  à  l'université  royale  de  Padoue.  Le  travail  de  M.  Terrier  est 
plus  et  mieux  qu'une  traduction.  Le  premier  volume  était  consacré  à  la 
géométrie  de  position.  Le  deuxième  volume  traite  du  calcul  graphi^"^- 


—  867  — 

Le  troisième  nous  donnera  la  statique  §H^pkique  proprement 'dite.  Dans 
lé  deuxième  volume  qui  Tient  de  paraître,  M.  Terrier  a  réuni  avec  un 
grand  talent  tout  ce  qui  a  rapport  au  calcul  graphique,  et  il  a  ajouté 
au  texte  italien  un  grand  nombre  d'appendices  et  de  notes  personnels 
que  tous  les  ingénieurs,  qui  ont  à  se  servir  des  procédé»  graphiques 
pour  abréger  ou  vérifier  leurs  calculs,  liront  avec  fruit. 

L'ordre  du  jour  appelle  la  communication  de  M.  Ch.  Gotard  sur  les 
ports  de  commerce  en  France  et  à  Vétranger,  M.  Cotard  a  la  parole. 

M.  Ch.  Cotard.  M.  Laroche,  ingénieur  en  chef  des  ponts  et  chaus- 
sées,  ancien  ingénieur  de  la  compagnie  du  canal  de  Suée,  à  PortrSaid, 
a  bien  voulu  me  charger  de  présenter  et  d'offrir  à  notre  Société  un 
exemplaire  de  son  «  Étude  sur  les  principaux  ports  de  commerce  de 
la  Méditerranée  s»,  qui  vient  d'être  publiée  à  l'Imprimerie  nationale, 
par  ordre  du  ministre  des  travaux  publics. 

C'est  un  fort  bel  ouvrage,  orné  de  planches,  qui  contient  l'étude 
comparative  et  détaillée  des  ports  de  Barcelone,  de  Gênes,  de  Venise, 
de  Trieste  et  de  Fiume,  tant  au  point  de  vue  technique  de  l'art  des 
constructions  maritimes  qu'au  point  de  vue  de  l'exploitation  propre- 
ment dite,  de  l'organisation  commerciale,  de  Toutillage  et  de  la  régle- 
mentation. 

Cette  étude  continue  et  complète  un  ensemble  de  recherches  du 
même  auteur,  entreprises,  d'abord,  en  collaboration  avec  M.  l'inspec- 
teur général  Plocq  sur  les  principaux  ports  de  l'Europe  septentrio- 
nale. L'autorité  et  la  compétence  incontestées  de  ces  deux  ingénieurs, 
leur  grande  expérience  des  travaux  maritimes,  qui  les  avaient  natu- 
rellement désignés  pour  accomplir  les  missions  successivement  ordon- 
nées par  le  ministre  des  travaux  publics,  donnent  à  de  telles  recherches 
un  intérêt  de  premier  ordre  et  en  font  un  document  des  plus  précieux 
pour  tous  ceux  qui  ont,  à  un  titre  quelconque,  à  s'occuper  de  l'amé- 
lioration et  du  développement  de  notre  outillage  maritime. 

Nous  avons,  en  effet,  dans  cette  matière,  à  faire  souvent  notre 
profit  de  ce  qui  se  pratique  à  l'étranger;  nos  divers  ports,  grands  et 
petits,  s'abritent  trop  volontiers  sous  la  tutelle  administrative  et  parle- 
mentaire et  se  laissent  distancer  par  ceux  qui  n'ont  à  compter  que 
sur  leurs  propres  ressources  et  leur  seule  initiative. 

Cest  ce  que  signale  l'auteur  de  cette  nouvelle  étude  en  notant  «  les 
marques  d'étonnement  critique  recueillies,  notamment  en  AngleteiTe, 
sur  la  façon  dont  on  conçoit,  en  France,  certaines  questions  relatives 
aux  ports  de  commerce  »  et  en  ajoutant  que  «  jamais  il  n'a  entendu 
exprimer  par  nos  voisins  le  désir  que  leurs  ports  ressemblent  aux 
nôtres  9. 

Il  fait  ressortir  ce  fait  caractéristique  et  vraiment  capital  que  les 
ports  les  plus  prospères  de  l'étranger  sont  exploités  d'une  manière 
excliiBivement  industrielle  et  comme  de  grandes  gares  de.  transbordement  ; 


—  868  — 

tout  y  est  subordonné  aux  convenances  et  aux  exigences  du  eom- 
mercé;  ou  n*y  a  pas  en  vue,  comme  cela  arrive  trop  souvent  chez 
nous,  de  faire  des  ouvragés  de  grande  apparence,  généralement  trop 
coûteux,  mais,  plutôt,  des  installations  aussi  simples  que  possible  et 
conçues  uniquement  dans  le  but  de  satisfaire  aux  besoins  du  trafic. 

Là,  rien  n'est  négligé  de  tout  ce  qui  peut  faciliter  et  abréger  les 
opérations.  Les  quais  ont  une  grande  largeur  et  sont  desservis  par 
des  appareils  perfectionnés  et  par  de  nombreuses  voies  ferrées  où  les 
locomotives  circulent  aisément  sans  plaques  tournantes  empêchant  de 
conduire  des  trains  entiers  au  bord  des  quais.  On  y  trouve  de  vastes 
hangars  où  la  marchandise  se  débarque,  se  reconnaît  et  se  manuten- 
tionne à  Taise  et  en  sécurité,  ainsi  que  de  grands  magasins  pour  les 
dépôts  de  quelque  durée,  dans  lesquels  la  valeur  des  marchandises  se 
mobilise  au  moyen  des  warrants. 

L'usage  des  quais  et  des  bassins  est  pratiquement  réglementé  sans 
formalités  inutiles  aussi  bien  que  sans  faiblesse  ;  les  navires  ne  doivent 
rester  à  quai  que  le  temps  strictement  nécessaire  pour  leur  opérations 
rendues  aussi  promptes  que  possible  par  des  grues  hydrauliques  mo- 
biles. Le  tout  est  exploité  commercialement  et  par  des  gens  qui  sont 
eux-mêmes  des  commerçants.  Ce  libre  exercice  des  intérêts  privés 
donne  de  si  excellents  résultats  que,  partout,  les  parties  des  ports  les 
plus  recherchées  du  commerce,  celles  où  les  aménagements  et  ToutUlage 
sont  le  plus  pratiquement  organisés,  et  où  la  réglementation  est  le 
mieux  entendue,  sont  celles  qu'exploitent  des  compagnies  ou  des  asso- 
ciations privées.  Là  est  le  secret  des  résultats  vraiment  frappants  qui 
sont  obtenus  dans  beaucoup  de  ports  dont  nous  admirons  ractivité 
croissante. 

Il  convient  de  reconnaître  que  ce  qui  fait,  en  somme,  la  supériorité 
de  ces  vastes  cités  maritimes,  c'est  que  Torganisation  économique  de 
leurs  pays  leur  laisse  la  libre  disposition  de  leurs  ressources  et  qu'elles 
agissent  comme  de  vastes  associations  commerciales,  avec  la  plénitude 
de  leurs  moyens  d'action,  ne  faisant  que  c%  qui  est  nécessaire,  mais 
le  faisant  au  moment  opportun,  avec  une  puissance  de  conception  et 
une  rapidité  que  n'entravent  aucunes  formalités  administratives  ni  gou- 
verne mentales. 

Dans  ces  pays,  ou  a  mis  en  pratique  ce  principe  fécond  de  lauto- 
uomie  des  divers  groupements  de  Tactivité  sociale,  qui  assigne  aux 
attributions  conférées  à  TÉtat  des  limites  aussi  étroites  que  possible. 

Cest  ce  qu'a  si  remarquablement  exprimé  le  grand  économiste  an- 
glais Stuart  Mill  dans  ses  Principes  d^économie  politique,  en  disant  ce 
qui  suit  : 

«  Il  n'est  pas  moins  important,  sous  un  gouvernement  démocratique 
que  sous  tout  autre,  de  surveiller  avec  une  inquiétude  vigilante  toute 
tendance,  de  la  part  des  dépositaires  de  l'autorité  publique,  à  étendra 


—  vo- 
leur intervention  et  à  prendre  un  pouvoir  quelconque,  autre  que  le  pou- 
voir indispensable. 

»  Toute  attribution  nouvelle  conférée  au  gouvernement  est  une  nouvelle 
occupation  imposée  à  des  personnes  déjà  surchargées  de  fonctions.  La 
conséquence  naturelle  est  que  les  fonctions  sont  mal  remplies  ou  ne  le 
sont  pas  du  tout,  parce  que  le  gouvernement  ne  sait  agir  qu'avec  une 
lenteur  fatale  â  toute  affaire. 

>  Dans  les  sociétés  les  plus  civilisées,  les  choses  sont  plus  mal  faites 
par  Tintervention  du  gouvernement  que  parles  individus  intéressés.  L'in- 
fériorité du  gouvernement,  dans  la  plupart  des  opérations  de  Tindustrie, 
est  attestée  par  ce  fait  que  le  gouvernement  ne  peut  guère  soutenir  la 
concurrence  des  particuliers.  Alors  même  qu'un  gouvernement  serait  su- 
périeur en  intelligence  et  en  science  à  tout  indiviflu  pris  isolément,  il 
doit  être  inférieur  à  l'ensemble  des  particuliers  composant  la  nation.  Le 
gouvernement,  en  excluant  ou  en  remplaçant  Taction  des  particuliers, 
substitue  sa  manière  de  faire  les  choses  à  l'infinie  variété  des  méthodes 
qui  seraient  essayées  par  un  certain  nombre  de  personnes  tendant  au 
même  but,  ce  qui  est  une  concurrence  infiniment  plus  favorable  au  pro- 
grès que  tout  système  uniforme. 

«  En  un  mot,  le  laisser  faire  doit  être  la  règle  générale.  Toutes  les 
fois  qu'on  s'en  écarte,  à  moins  que  cela  ne  soit  absolument  nécessaire 
pour  réaliser  quelque  chose  de  grand  et  de  bon,  on  fait  mal,  très  cer* 
tainement.  » 

11  n'est  pas  inutile  de  rappeler  ces  paroles  remarquables  pour  appré- 
cier le  chemin  que  nous  avons  à  faire,  dans  notre  pays,  pour  arriver  à  la 
mise  en  pratique  de  ces  saines  doctrines  de  liberté  économique. 

Chez  nous,  en  effet,  avec  notre  système  de  centralisation  excessive, 
nous  remettons,  au  contraire,  toutes  nos  ressources  entre  les  mains  de 
TEtat  et  nous  nous  en  fions  à  sa  sollicitude  pour  qu'il  en  soit  fait  le  meil- 
leur usage  possible.  Le  pays  ne  se  compose,  de  plus  en  plus,  que  de 
contribuables  entretenant  une  armée  de  fonctionnaires  qui,  au  nom  de 
TËtat,  disjposent  de  l'épargne  commune. 

Un  tel  système  ne  peut  manquer  de  porter  ses  fruits.  En  ce  qui  con- 
cerne seulement  les  travaux  publics  et,  plus  spécialement  les  travaux 
maritimes,  puisque  c'est  de  cette  question  qu'il  s'agit,  nous  voyons  une 
quantité  de  ports  atteints  dans  leur  développement  par  le  manque  d'amé- 
liorations indispensables;  on  en  voit,  e^  des  plus  grands,  dans  l'impuis- 
sance où  les  met  la  tutelle  de  l'État,  attendre,  depuis  des  années,  des 
travaux  urgents  et  assister  ainsi  à  leur  propre  déchéance. 

11  y  a  loin,  assurément,  de  cette  servitude  où  vivent  nos  plus  grandes 
cités  maritimes,  à  la  fière  indépendance  qui  caractérise  cette  réponse 
faite  par  l'administration  du  port  de  Rotterdam  à  un  fonctionnaire  étran- 
ger qui  présentait  ses  lettres  d'introduction  adressées  au  gouvernement  : 
«  Il  n'y  a  pas,  ici,  de  gouvernement  hollandais,  lui  dit-on,  il  n'y  a  que 
la  municipalité  de  Rotterdam,  t 


—  870  — 

L'interveDiioD  malencontreuse  de  l'Ëtat  dans  l'ainénagement  et  l'oi^- 
nisation  de  nos  ports  de  commerce  ne  conduit  pas  seulement  à  des  re- 
tards regrettables  dans  l'élaboration  des  projets  et  leur  mise  en  œuvre. 
à  Texécution,  généralement  onéreuse,  d'ouvrages  insuffisants  ou  répon- 
dant imparfaitement  aux  besoins,  à  des  réglementations  d'une  pratique 
incommode  ;  eUe  a  cette  autre  conséquence,  plus  grave  encore,  d'éteindre 
toute  initiative  locale  et  de  priver  complètement  les  ports  qui  n'ont  tem- 
porairement aucun  secours  à  attendre  de  l'Etat,  de  toute  possibilité 
d'amélioration. 

Tel  est  le  résultat  d'un  système  qui  consiste  à  exécuter,  à  titre  de 
dotation  gratuite  et  au  compte  du  trésor  public  ,  des  travaux  qui 
devraient  être  laissés  à  la  charge  de  ceux  qui  s'en  servent.  Et,  en  effet, 
comment  tel  port,  oublié,  sans  doute,  dans  la  distribution  des  faveurs 
administratives  ou  parlementaires,  pourrait-il  songer  à  entreprendre, 
dans  de  telles  conditions,  le  travail  le  plus  urgent  et  le  plus  indispen- 
sable ?  N'a-t-il  pas  déjà  aliéné  en  faveur  de  l'Etat  la  meilleure  part  de 
ses  ressources  ?  Il  n'a  pas  même  la  possibilité  de  recourir  à  l'établis- 
sement de  taxes  qui  lui  permettraient  d'assurer  la  rémunération  des 
capitaux  à  engager  ;  car  il  se  mettrait,  par  cela  même,  en  état  d'infério- 
rité vis-à-vis  de  tel  autre  port  voisin  qui,  plus  heureux  que  lui,  aura 
obtenu  ces  mêmes  travaux  sans  bourse  délier  et,  par  conséquent,  sans 
qu'il  ait  besoin  d'imposer  aucune  charge  à  son  trafic.  Force  lui  sera 
donc  d'assister,  impuissant,  à  la  mauvaise  marche  de  ses  affaires  et  de 
se  réduire,  faute  de  mieux,  au  rôle  médiocre  de  solliciteur  pour  tâcher 
d'obtenir  aussi  quelques  miettes  du  festin  budgétaire.  Malheureusement, 
dans  cette  concurrence  assez  malsaine,  il  n'est  pas  donné  à  tout  le 
monde  de  gagner  la  course. 

Est-ce  à  dire  qu'il  faille  désespérer  de  voir  s'acclimater  chez  nous 
les  principes  d'indépendance  économique  des  pays  du  nord  de  l'Europe 
qui  ont  une  habitude  séculaire  et  non  interrompue  de  la  vie  conmitt- 
nale?  Il  semble  que  non.  Dunkerque  et  Calais  sont,  sous  ce  rapport, 
presque  aussi  fiamands  qu'Anvers,  et  Boulogne  n'est  pas  sans  subir 
l'infiuerice  des  mœura  commerciales  de  l'Angleterre.  Un  pareil  change- 
ment sera  peut-être  plus  difficile  dans  le  Midi  où  les  populations  sont 
façonnées  depuis  l'époque  romaine,  à  la  tutelle  administrative.  L'exem- 
ple de  Barcelone  est  là,  cependant,  pour  montrer  ce  que  peuvent  pro- 
duire les  initiatives  locales.  Mais  il  n'y  a  pas  à  se  faire  illusion,  il 
faudra,  sans  doute,  bien  du  temps  pour  que  nos  moeurs  économiques 
et  administratives  se  modifient  et  tout  ce  que  l'on  peut  faire,  c'est 
d'habituer  peu  à  peu    les   esprits  à  cet  ordre  d'idées  nouvelles. 

Un  pouvoir  central  autocratique  a  pu  être  nécessaire,  à  l'origine 
des  sociétés,  pour  former  les  nations,  en  fondant,  en  un  tout  homo- 
gène, des  populations  qui,  bien  que  naturellement  portées  à  se  grou- 
per, manquaient  encore  de  cohésion;  maintenant  que  cette  œuvre  d*ujii- 


—  571  — 

flcatioQ  est  accomplie,  il  appartient  à  notre  civilisation  plus  avancée 
de  rendre  aux  parties  de  ce  tout,  dans  une  évolution  inverse,  la  part 
d'indépendance  et  d'autonomie  qu'elles  peuvent  légitimement  revendis 
quer  et,  qui,  par  l'émulation  d'efforts  locaux  et  individuels  s'exerçant 
alors  spontanément,  au  profit  de  la  collectivité,  en  une  sorte  d'anarcAte 
harmonique^  ne  saurait  manquer  de  concourir  efficacement  à  la  pros- 
périté et  à  la  grandeur  de  la  patrie. 

J'avais,  Messieurs,  à  vous  rendre  compte  d'un  ouvrage  spécial  sur 
les  ports  de  commerce  et  je  me  suis  laissé  entraîner  à  des  considé- 
rations générales  qui,  sans  m'éloigner  de  mon  sujet,  ne  rentraient 
peut-être  pas  absolument  dans  le  cadre  où  j'aurais  dû  me  renfermer. 
Je  me  hâte  donc  de  revenir  à  l'objet  principal  de  cette  communica- 
tion qui  était  de  vous  donner,  tout  au  moins,  un  résumé  des  diverses 
questions  traitées  dans  l'étude  dont  il  s'agit. 

M.  l'ingénieur  Laroche  fait  d*abord  ressortir  la  différence  fondamen- 
tale qui  distingue  les  ports  de  la  Méditerranée,  dépendant  tous,  sauf 
celui  de  Barcelone,  de  leurs  États  respectifs,  d'avec  ceux  de  l'Europe 
septentrionale,  dont  les  principaux  appartiennent  à  des  villes,  à  des 
associations  ou  à  dés  compagnies  qui  les  construisent,  les  exploitent, 
les  administrent  et  les  réglementent. 

A  Barcelone,  l'Etat,  depuis  plus  de  treize  ,ans,  ne  contribue  en  rien 
aux  dépenses  des  travaux  et  l'administration  du  port  est  confiée  à  un 
comité  local  appelé  «  Junta  »•  La  Junta  est  presque  tout,  l'État  près* 
.  que  rien,  et  le  résulfat  de  cette  administration  locale  a  été  des  plus 
satisfaisants.  On  lira  avec  le  plus  grand  intérêt  l'histoire  instructive  de 
cette  Junta  du  port  de  Bfircelone;  on  verra  «  dans  quelles  circonstances, 
calamiteuses  pour  l'Espagne,  elle  a  dû  se  créer  et  fonder  son  crédit, 
aujourd'hui  de  premier  ordre,  »  puisqu'il  lui  a  permis  d'exécuter,  sans 
rien  demander  à  l'État,  pour  près  de  vingt  millions  de  francs  de  tra* 
vaux;  on  verra  «  comment  elle  a  su  grouper  et  faire  concourir  au  suc- 
cès de  l'entreprise  les  représentants  les  plus  intelligents  et  les  plus 
expérimentés  des  intérêts  du  port;  avec  quelle  netteté  on  y  a  compris 
les  conditions  à  observer  sous  le  rapport  économique  et  technique 
dans  l'exécution  de  pareils  travaux  et  dans  leur  exploitation.  » 

M.  Laroche  examine,  pour  chacun  des  ports  que  comprend  son 
étude  : 

VAdmmûÈrationj  qui,  lorsqu'elle  manque  d'unité,  amène  des  riva- 
lités qui  causent  des  pertes  de  temps  préjudiciables  à  l'intérêt  général; 

Les  Taœes^  perçues  par  l'État,  sauf  à  Barcelone  où  elles  sont  en- 
caissées par  la  Junta,  avec  une  tendance  peut-être  excessive  à  en  réduire 
le  nombre; 

Les  DauaneSj  qui  donnent  lieu  à  des  plaintes  générales  contre  la 
gêne  qu'elles  imposent  au  commerce  par  la  trop  courte  durée  du  temps 


~  572  ~ 

pendant  lequel  lefi  agents  de  cette  administration  sont  à  la  disposition 
du  public  ; 

Les  Finances^  c'est-à-dire  les  divers  modes  d'exécution  des  travaui 
^ar  les  Etats,  par  leurs  moyens  ordinaires  de  trésorerie,  soit  par  Tio* 
dustrie  privée  comme  à  Barcelone,  où  la  Junta  s'est  procuré  les  fonds 
dont  elle  avait  besoin  au  moyen  d'emprunts  garantis  par  une  taxe 
spéciale  sur  le  mouvement  des  marchandises; 

Vaménageimnt  des  parts,  concernant  les  conditions  que  Fou  doit 
chercher  à  remplir  et  qui  sont  les  suivantes  : 

1®  Porter  la  largeur  des  quais  h  100  mètres  au  moins; 

2^  Etablir  des  hangars  ou  abris  sur  les  quais; 

3®  Munir  les  quais  d'engins  de  manutention  ; 

A  Barcelone,  tous  les  quais  sont  munis  d'un  système  très  complet  de 
grues  hydrauliques; 

4^  Réglementer  l'usage  des  quais  ainsi  outillés  de  façon  à  leur  faire 
rendre  la  plus  grande  somme  d'utilité  possible; 

Sur  ce  point  encore,  la  supériorité  d'organisation  appartient  au  port 
de  Barcelone  où  la  Junta,  maîtresse  de  l'administration,  a  édicté  un 
règlement  détaillé  ; 

5®  Favoriser  la  fréquentation  du  port  par  les  navires. 

Ce  but  est  obtenu  à  Barcelone  où  les  navires  ne  payent  pas  d'après 
leur  tonnage,  mais,  seulement,  pour  le  chargement  et  le  décharge- 
ment des  marchandises,  ce  qui  est  très  avantageux  pour  les  vapeurs 
faisant  un  service  d'escales  ; 

6*  Favoriser  le  service  de  transit,  en  amenant  jusque  dans  le  port 
et  sur  les  quais  les  grandes  voies  de  communication  extérieure  et  en 
créant  des  magasins  et  des  entrepôts  à  tarifs  fixes  ; 

7^  Voies  ferrées  des  quais;  en  évitant  autant  que  possible  la  disposi- 
tion des  môles  perpendiculaires  aux  rives,  qui  force  de  recourir  à 
l'emploi  continuel  des  plaques  tournantes  ; 

8®  Gares  maritimes  ;  utilité  de  donner  à  ces  gares  tout  le  dévelop- 
pement de  rails  nécessaire  ; 

9^  Magasins  et  entrepôts;  nécessité  de  créer  des  magasins  à  warrants. 

A  Barcelone,  l'exploitation  de  ces  magasins  est  déjà  mise  en  vigueur 
par  la  Junta. 

iO^  Offrir  à  la  navigation  des  moyens  de  radoub  en  nombre  suffi- 
sant et  suffisamment  puissants. 

Telles  sont  les  questions  que  l'auteur  traite  en  détail  pour  les  poris 
indiqués  plus  haut,  en  fournissant,  pour  chacun  d'eux,  de  nombreuses 
données  statistiques  qui  viennent  utilement  corroborer  les  conclusions 
de  cette  étude  comparative. 

En  me  voyant  ainsi  réduit  à  ne  pouvoir  faire  qu'une  énumération 
sommaire  de  ces  divers  chapitres  qui  auraient  tous  mérité  d'être 
mieux    développés,  je    me   prends   à  craindre  de   m'être   assez  mal 


—  573  — 

acquitté  de  ma  tâche.  Mais  j'cspére  que  l'insufâsaiice  même 
exposé  douDera  le  désir  de  mieux  connaître  l'ouvrage,  et  c'e 
but  le  plua  utile  que  je  pouTais  me  proposer. 

Quelles  que  soient,  aussi,  les  opinions  que  l'on  professe 
grave  question,  que  j'ai  cru  devoir  aborder  à  cette  occasion, 
terreotion  de  l'État  dans  le  domaine  de  l'industrie  maritime 
«aurait  contester  qu'il  y  a  énormément  à  faire  pour  mettre  n< 
marchands  au  niveau  des  ports  les  plus  profères  de  nos  vo 
rivaux.  Une  étude  comparative  des  différents  ports  de  l'Euroi 
donc,  h  ces  divers  points  de  vue,  de»  plus  opportunes  et  d 
instructives,  et  il  convient  de  féliciter  hautement  le  ministre 
ordonnée  aussi  bien  que  l'éminent  ingénieur  qui  l'a  poursuiv 
tant  de  consciencieuse  et  impartiale  exactitude  et  un  aussi  rema 
talent  (Applaudissements.) 

M.  Ls  Pbésidint  remercie  vivement  M.  Cotard  de.  son  compte 
C'âst  une  digne  préface  du  bel  ouvrage  de  M.  Laroche,  et  l'asi 
remerciera  doublement  M.  Coterd,  lorsqu'elle  saura  qu'il  est  aj 
Bretagne  ai^ourd'hui  pour  nous  faire  cette  communication. 

L'ordre  du  jour  appelle  les  observations  techniques  de  M.  '. 
de  Mondésir  à  propos  du  Mémoire  de  M.  [Louis  Boudenoot 
distribvtioD  de  la  force  motrice  &  domicile,  au  moyen  de  l'air 
La  parole  est  k  M.  PiarroD  de  Mondésir. 

M.  PiAUON  Di  Mtmnfts».  Rien  de  plus  simple  et  de  plus  y 
que  le  système  de  M.  l'ingénieur  Boudenoot. 

Un  ouvrier  parisien,  qui  travaille  dans  sa  chambre,  a  besoî: 
force  motaice,  en  général  peu  considérable,  un  dixième  de  chi 
même  moins,  pour  réaliser  les  merveilles  de  l'indusb^e  parisieE 
n'ont  pas  encore  d'égales,  malgré  las  efforts  de  la  conci 
étrangère. 

M.  Boudeooot  prend  cette  force  motrice  dans  l'atmosphèi 
même  de  la  chambre  de  l'ouvrier.  Elle  ne  saurait  être  pin 
portée. 

La  pression  de  l'atmosphère  s'exerce  sur  la  face  amont  d'un 
glissant  dans  un  cylindre  horizontal.  Mais,  pour  que  ce  piston 
progresser  dans  le  cylindre,  il  est  évident  que  la  pression  • 
doit  être  moindre  que  ia  pression  en  amont,  c'est-à-dire  infér 
une  atmosphère. 

Cette  pression  aval  est  entretenue,  aussi  uniformément  que  p< 
à  un  quart  d'atmosphère,  au  moyen  d'une  pompe  d'extraction, 
dans  une  usine  centrale,  laqueUe  produit  le  vide  relatif  dai 
!«emblo  d'une  canalisation  dont  les  derniers  rameaux  remontent 
dans  les  chambres  des  ouvriers  et  viennent  se  souder  aux  cy 
des  manhinet  réceptrices  (C'est  le  nom  que  M.  Boudenoot  don 
petits  appareils  mécaniques  qu'il  installe  dans  la  chambre  de  l'oi 


—  574  — 

Celui-ci  possède  alors  une  force  motrice,  de  trois  quarts  d'atmosphère, 
qu'il  utilise  suivant  les  besoins  de   son  industrie. 

Outre  sa  simplicité,  ce  système  comporte  sur  tous  les  autres  w 
grand  avantage  :  c'est  qu'il  est  hygiénique,  puisqu'il  renouvelle  Tair 
de  la  chambre  de  travail.  Il  tend  même  à  le  refroidir  par  suite  du 
jeu  de  la  détente  de  la  machine  réceptrice,  comme  nous  le  verrons 
tout  à  l'heure.  Ce  sera  peut-être  un  petit  inconvénient  pendant  l'hiver 
auquel  il  sera  facile  de  remédier  par  le*  chauffage  ;  mais  ce  sera,  à 
coup  sûr,  un  grand  avantage  pendant  l'été,  puisque  l'on  aura  ainsi 
une  chambre  de  travail  ventilée  et  rafraîchie,  ce  qui  n'existe  guère 
aujourd'hui  dans  l'industrie  parisienne. 

Quant  à  moi,  qui  me  suis  beaucoup  occupé  d'air  comprimé,  au  point 
de  vue  théorique  et  même  au  point  de  vue  de  ses  diverses  applica- 
tions, si  l'on  m'eût  fait  l'honneur  de  me  consulter  sur  la  question 
d'une  distribution  de  force  motrice  dans  les  chambres  des  ouvriers 
parisiens,  j'aurais  certainement  conclu  en  faveur  d'une  distribution 
d'air  comprimé.  Mais  je  me  plais  à  reconnaître  ici  que  l'air  comprimé, 
distribué  à  domicile,  ne  peut  être  avantageux  que  dans  le  cas  où  l'on 
a  besoin  d'une  force  motrice  assez  considérable,  et  que  pour  les  petites 
forces  motrices  nécessaires  à  l'industrie  en  chambre,  il  est  préférable 
d'avoir  recours  à  l'air  raréfié,  comme  le  fait  M.  Fingénieur  Boudenoot. 

Après  les  considérations  générales,  j'aborde  dans  mon  Mémoire  la 
question  technique  que  M.  Boudenoot  a  traitée  lui-même. 

Je  demande  à  mes  auditeurs  la  permission  de  ne  pas  les  fatiguer 
par  la  lecture  de  calculs-  abstraits,  qu'il  convient  de  lire  à  tête 
reposée,  et  de  me  borner  aujourd'hui  à  un  simple  résumé. 

I**  Maghinks  réceptrices.  Pour  calculer  le  plus  simplement  possible. 
Tutilisation  de  la  force  motrice  dans  le  cylindre  de  la  machine  récep- 
trice,  je  supposerai  que  la  longueur  de  ce  cylindre  est  X,  et  que  la 
section  droite  est  d'un  mètre  carré. 

Il  s'agit  alors  de  déterminer  la  longueur  X,  correspondante  au  maxi- 
mum de  travail  mécanique  d'un  mètre  cube  d'air  atmosphérique. 

Cet  air  sera  d'abord  introduit  à  pleine  pressûon  dans  le  cylindre  sur 
la  longueur  1  ;  puis  il  se  détendra  sur  la  longueur  X  —  1. 

M.  Boudenoot  base  son  calcul  de  détente  sur  la  loi  de  Mariotte,  en 
faisant  abstraction  complète  du  froid  de  la  détente. 

Il  arrive  ainsi,  en  désignant  par  T  le  travail  produit  par  un  mètre 
eube  d'air  à  la  pression  atmosphérique,  à  la  formule, 

(1)  T  =  l+/.X-^, 

dans  laquelle  il  faut  prendre  pour  unité  de  travail  la  pression  atmosphé- 
rique exprimée  en  kOogrammètres. 

En  différentiant  l'équation  (1),  on  reconnaît  de  suite  que  le  maximum 


—  'i)  ik)  — 

de  T  correspondrait  à  une  loûgoenr,  À  ==  4,  si  les  ohoses  se  passaient 
conformément  à  la  loi  de  Mariette.  Mais  comme  les  choses  ne  se  passent 
pas  ainsi,  M.  Boudenoot,  après  avoir  interrogé  l'expéri^ioe,  a  adopté 

pour  X  la  longueur  ^  au  lieu  de  4. 

J*ai  repris  le  calcul,  en  me  fondant  sur  la  loi  nouvelle ,  que  j'ai  donnée 
dans  mes  Dialogues  sur  la  mécanique  et  dans  une  communication  à  la 
Société  en  octol)re  1881,  et  je  suis  arrivé  à  la  formule, 

(2)  T  =  2-1-1 

Elle  donne  X  =  2,  pour  le  maximum  de  T. 

Dans  cet  appareil,  où  l'air  serait  introduit  à  pleine  pression  sur  la  lon- 
gueur d'un  mètre,  pour  se  détendre  ensuite  sur  une  longuenr  égale, 
l'abaissement  de  température,  produit  par  la  détente,  serait  de  135 
degrés,  et  la  contre-pression  à  l'arrivée  du  piston  au  fond  du  cylindre 
serait  nulle. 

8 
Pour  la  longuenr  X  =  •^,  adopté  par  M,   Boudenoot,  le  froid  de  la 

7 
détente  sera  de  168<>7S,  et  la  contre-pression  serait  de  —,  supérieure  à 

o4 

1 

jTT  d'atmosphère. 

EùÛn,  pour  la  longueur  X  =  4,  le  froid  de  la  détente  atteindrait 203^  80, 

3 

avec  une  contre-pression  de  73.  Il  est  probable  que,  dans  ce  cas  extrême, 

lo 

le  piston  n'arriverait  pas  à  fond  de  course. 

Telles  sont  les  indications  données  par  l'application  de  la  nouvelle 
théorie. 

La  longueur,  X  r=  2,  serait  donc  la  plus  favorable  à  l'expansion  du 
travail  mécanique,  si  l'appareil  pouvait  être  constitué  de  manière  ^  con- 
server à  Tair  moteur  le  froid  intégral  de  la  détente. 

On  voit  en  résumé  que  la  différence  essentielle  entre  l'appareilprati - 
que  de  M.  Boudenoot  et  l'appareil  que  je  déduis  de  la  théorie  nouvelle, 
peut  se  définir  le  plus  simplement  possible  de  la  manière  suivante  : 

M.  Boudenoot  prend  un  cylindre  d'une  longueur  quelconque  ;  il  trace 
sur  la  génératrice  Ëuit  divisions  égales  ;  il  introduit  l'air  ateosphérique 
du  moteur  à  pleine  pression  sur  les  trois  premières  divisions  ;  puis  il  le 
laisse  se  détendre  sur  les  cinq  dernières.  C'est  la  détente  aux  S/8. 

L'appareil  théorique  comporte  le  même  nombre  de  divisions  que  celui 
de  M.  Boudenoot.  Mais  aii  lieti  d'introduire  à  pleine  pression. sur  trois 
divisions  seulement,  on  introduit  sur  les  quatre  premières,  et  on  laisse 
détendre-sur  les  quatre  antres.  C'est  une  détente  aux  i/^- 


—  576  — 

2^  Machine  d'extraction.  Le  problème  à  résoudre  ici  consiste  à  entre- 
tenir dans  la  canalisation  une  pression  d*un  quart  d'atmosphère,  aussi 
constante  que  possible,  c'est-ènlire  à  rejeter  en  dehors,  par  un  appareil 
extracteur,  installé  à  Tusine  centrale,  la  quantité  d'air  en  excès  refoulée 
par  les  machines  réceptrices  dans  la  canalisation,  au  fur  et  à  mesure 
que  cet  excédent  se  produit. 

Pour  cela,  M.  Boudenoot  emploie  une  pompe  qui  refoule  Tair  de  la 
'  canalisation,  le  comprime  et  lui  communique  la  pression  nécessaire  pour 
le  rejeter  dans  l'atmosphère  en  forçant  une  soupape. 

L'air  ainsi  comprimé  et  échauffé  est  refroidi  au  fur  et  à  mesure  par 
des  injections  d'eau  froide. 

C'est  la  compression  dans  un  calorimètre  qui  enlèverait  une  notable 
portion  de  la  chaleur  de  compression. 

Alors  M.  Boudenoot  se  trouve  autorisé ,  jusqu'à  un  certain  poiot,  à 
appliquer  ici  la  loi  de  Mariotte. 

Supposons  que  l'appareil  d'extraction  comporte  un  cylindre  de  4  mètres 
de  longueur,  avec  section  droite  d'un  mètre  carré,  rempli  d'air  à  i/4 
d'atmosphère.  Le  calcul  de  M.  Boudenot,  basé  sur  la  loi  de  Mariotte. 
donne,  pour  le  travail  mécanique  nécessaire,  pour  expulser  dans  l'atmos- 
phère 4  mètres  cubes  d'air  raréfié  à  1/4  d'atmosphère  : 

(3)  T  =  /.  4  X  c5  =  1.386  X  10  368  =  i4  370  kilogrammètres. 

Il  est  à  remarquer  que  ce  travail  est  identique  à  celui  que  donne  la 
formule  (1),  quand  on  y  fait  X  =  4. 

Dans  l'appareil  pratique  de  M.  Boudenoot,  la  chaleur  de  compression 
qui  tend  à  augmenter  la  pression  de  l'air  comprimé  et  par  suite  à  facili- 
ter sa  sortie  dans  l'atmosphère  par  la  soupape,  n'est  pas  utilisée.  Au 
contraire  on  cherche  à  la  détruire  par  des  injections  d'eau  froide,  pour 
ménager  les  garnitures. 

Je  donne  dans  mon  mémoire,  la  description  d'un  appareil  purement 
théorique  qui  me  permet  de  calculer  le  minimum  mécanique  nécessaire 
pour  refouler  dans  l'atmosphère  4  mètres  cubes  d'air  raréfié  à  1/4  d'at- 
mosphère. 

Ce  travail  est  égal  à  10  368  kilogrammètres. 

Il  est  à  remarquer  que  ce  travail  minimum  est  précisément  égal  à 
celui  que  donne  la  formule  (2),  quand  on  y  fait  X  =  2. 

Ici  se  terminent  mes  observations  tecliniques. 

Je  considère  en  principe  l'application  de  l'air  raréfié  comme  très 
avantageuse  pour  la  petite  industrie  parisienne.  Je  désire  la  voir  se 
développer  sur  une  grande  échelle.  Je  suis  persuadé  que  les  promo- 
teurs de  ce  nouveau  système,  en  étudiant  la  question  de  plus  près, 
parviendront  à  réaliser  des  améliorations.  (Applaudisêemenii*) 

M.  LK  Président  remercie  *M.   Piarron  de   Mondésir  dé  ses  obser- 


~  577  — 

Tatioos*  Son  mémoire  sera  publié  tu  extenso  au  Bulletin,  où  Ton 
pourra  suivre  ses  calculs. 

M.  Boudenoot  aurait  bien  voulu  assister  à  cette  séance;  mais  ses 
devoirs  comme  conseiller  général  du  PasHie-Calais  Tout  forcé  de  par- 
tir ce  matin  même.  Il  m'a  chargé  d'exprimer  tous  ses  regrets  à  l'As- 
semblée et  à  M.  Piarron  de  Mondésir  dont  il  s'empressera  de  lire  les 
observations  et  les  réflexions  encourageantes,  d'abord  au  procès- 
verbal  et  ensuite  dans  le  Bulletin,  et  qu'il  remerciera  peraonnellement. 

M.  LB  Président  annonce  que  M.  Mékarski  lui  a  envoyé,  il  y  a 
quelque  temps,  une  lettre  relative  aussi  au  méiaoire  de  M.  Boude- 
noot, et  où  il  défend  la  solution  de  la  même  question  au  moyen  de 
l'air  comprimé.  La  lettre  de  M.  Mékarski  sera  publiée  in  extenso  au 
procès-verbal,  et  M.  Boudenoot  pourra  lui  répondre  s'il  le  joge  con- 
veDable. 

Lettre  de  M.  Mékarski  ; 

<c  Dottlon»  le  13  octobre  1888. 

«  Monsieur  le  Président» 

»  La  communication  de  M.  Boudenoot  sur  la  distribution  de  la  force 
motrice  à  domicile,  au  moyen  de  l'air  raréfié,  devant  prochainement 
venir  en  discussion  devant  notre  Société,  je  crois  devoir  présenter  à 
ce  sujet  quelques  observations  dont  je  vous  serais  reconnaissant  de 
vouloir  bien  faire  donner  lecture  dans  la  séance  où  la  question  sera 
discutée, 

n  Le  but  que  poursuit  M.  Petit,  avec  l'intelligente  collaboration  de 
M.  Boadenoot,  suffit  assurément  à  mériter  à  leurs  travaux  les  sym«> 
pathies  générales.  Quelque  opinion  que  l'on  puisse  avoir  sur  la  valeur 
de  leur  procédé,  on  doit  s'incliner  devant  l'idée  qui  les  inspire  et  leur 
a  fait,  en  somme,  accomplir  une  œuvre  éminemment  utile,  puisque 
un  grand  nombre  de  petits  ateliers  parisiens  trouvent  dès  à  présent 
avantageux  de  se  servir  de  la  force  motrice  mise  ainsi  à  leur  dispo- 
sition. 

»  Ce  succès  industriel  ne  saurait  toutefois  empêcher  les  ingénieurs 
d'examiner  si  les  moyens  mis  en  pratique  pour  l'obtenir  sont  réelle- 
monts  rationnels  et  si  l'on  ne  fût  pas  arrivé  au  même  résultat,  avec 
moins  de  frais,  en  restant  dans  une  voie  ouverte  depuis  longtemps. 

»  Dans  la  comparaison  qu'il  fait  des  divers  systèmes  de  transmission 
des  forces  motrices,  M.  Boudenoot  attribue  à  l'air  raréfié,  par  rap* 
port  à  l'air  comprimé,  divers  avantages  qu'il  m'est  vraiment  impossi- 
ble de  lui  reconnaître. 

»  A  son  avis,  les  machines  à  faire  le  vide  seraient  moins  compli- 
quées que  les  compresseurs  d'air;  la  perte  de  charge  dans  la  canali- 
sation serait  moindre  avec  Tair  raréfié  qu'avec  l'air  comprimé  ;  enfin. 


—  o7«  — 

le  premier  pouirait  plus  fi^ilement  que  le  second  travailler  avec  dé- 
tente. 

»  Ce»  suppositions  sont-eUe«  fondées? 

»  M.  Boudenoot  paraît  perdre  de  vue  que  le  même  poids  d*air,  sous 
n'importe  quelle  pression,  travaillant  ou  non  avec  détente,  fournit  le 
même  travail  mécanique,  dans  les  mêmes  conditioûs  d'expansion, 
lorsque  le  rapport  de  la  contres-pression  à  la  pression  active  reste 
constant. 

»  Ainsi,  un  kilogramme  d'air  à  la  pression  atmosphérique,  agissant 
sur  un  piston  derrière  lequel  on  entretient  un  vide  de  3/4  d  atmos* 
phère  ou  une  contre-pression  de  1/4  d'atmosphère,  ne  fournit  ni  plus 
ni  moins  de  travail  qu'un  kilogramime  d'air  à  4  atmosphères  agissant 
sur  un  piston  soumis  de  l'autre  côté  à  la  pression  atmosphérique. 

)>  Inversement,  le  même  poids  d'air,  pris  dans  une  canalisation  d'air 
raréfié  à  1/4  d'atmosphère  et  refoulé  dans  l'air  extérieur,  absorbe  pour 
cette  opération  autant  de  travail  moteur  que  la  compression  de  un 
kilogramme  d'air  atmosphérique,  refoulé  dans  une  canalisatioD  à  4 
atmosphères. 

»  Le  rapport  des  pressions  étant  seul  à  considérer,  tout  système  de 
transmission  par  l'air  raréfié  a  exactement  son  équivalent  dans  un  sys- 
tème fonctionnant  par  l'air  comprimé. 

»  Bien  que  ce  petit  rappel  aux  principes  ne  me  paraisse  pas  pouvoir 
rencontrer  de  contradiction,  je  ferai  observer  à  ceux  dont  les  idées 
ne  seraient  pas  fixées  sur  ce  point  que  le  travail  fourni  par  une  masse 
d'air  occupant  le  volume  Y,  sous  la  pression  po,  à  la  température  ^, 
et  agissant  sur  un  piston  soumis  extérieurement  à  une  contre-pression 
Pi,  s'exprime,  dans  chaque  cas  particulier,  par  les  formules  suirantes  : 

»  1*  Lorsque  le  fluide  agit  à  pleine  pression 

n  représentant  le  poids  d'air  employé  ; 

»  2**  lorsque  l'on  détend  complètement,  c'est-à-dire  de  po  àp,  et  dans 
l'hypothèse  où  la  température  ne  varierait  pas  (loi  de  Mariette) 

T,  m  =  Vpo  log.  nép,  ^  =  29,88  ir  (878  +  ^o)  log.  uép,  ^       (i) 

Pi  P» 

»  3*^  Dans  les  mêmes  conditions,  mais  en  admettant  que  la  température 

s'abaisse  suivant  les  loia  de  la  thermodynamique* 

T,m  =  A  Tt c  (fo  —  ^)  =  102,69 1:  (273  +  Q  [l  —  (^\  "'"]      (3) 
»  On  voit  que,  dans  toutes  les  hypothèses,  le  travail  fourni  est  propor- 

tionnel  au  poids  et  ne  dépend  que  de  ^.  Il  est  donc  constant  pour  une 

P<> 
même  valeur  de  ce  rapport. 


—  579  — 

»  Cela  étant,  la  substitation  de  Tair  raréfié  à  Tair  comprimé  ne  peut 
avoir  d*aatre  résultat  que  d'amener  à  forcer  les  dimensions  des  moteurs, 
de  la  canalisation  et  du  compresseur. 

»  En  quoi,  d'ailleurs,  sauf  ses  dimensions ,  ce  dernier  appareil  peut-il 
différer  dans  les  deux  systèmes?  Il  comporte,  évidemment,  dans  Fun  et 
Tautre,  une  ou  plusieurs  soupapes  d'aspiration,  une  soupape  de  refoule- 
ment, un  piston  dont  la  garniture  doit  présenter  les  mêmes  garanties 
d^étanchéité,  car  celle-ci  ne  dépend  également  que  du  rapport  et  non  de 
la  différence  arithmétique  des  pressions  s'exeroant  sur  ses  deux  faces. 

»  A  l'égard  de  la  canalisation,  si  Von  veut  que  la  perte  de  charge  soit  la 
même  dans  les  deux  èas,  l'air  raréfièài/4d'atmo8phère occupant  un  volume 
seize  fois  plus  grand  que  son  équivalent  en  air  comprimé  à  i  atmosphères, 
mais  sa  densité  étant  seize  fois  moins  grande,  il  faudra  que  le  diamètre  de 

5 

la  conduite  soit,  pour  le  premier  y  16  =  1>74  du  diamètre  convenable 
pour  le  second. 

»  Enfin,  en  ce  qui  concerne  le  refroidissement  qu'éprouve  l'air  com- 
primé pendant  la  détente,  comme  il  est  donné  par  la  relation 

273  -f-  '         /«A  /«A  0.» 


to      \po/  \t;,/ 


273 -f 
»  On  voit  qu'il  doit  éti*e  absolument  le  même  pour  Tair  raréfié,  à  valeurs 

égales  de  —  ou  de  — . 

»  Il  n'y  a  donc  aucune  raison  sérieuse  pour  que  le  rendement  soit  plus 
élevé  dans  un  système  que  dans  l'autre.  On  sait,  d'aUleurs,  que  celui  del'air 
comprimé  peut  être  doublé,  dans  certains  cas,  par  un  réchauffage  préa- 
lable, par  voie  de  mélange  avec  une  certaine  proportion  de  vapeur. 

0  La  conclusion  de  ce  qui  précède  n'est-elle  pas  que,  pour  trouver  les  con- 
cours nécessaires  à  leur  réalisation,  les  idées  ont  besoin  de  se  présenter 
sous  une  forme  nouvelle,  avec  un  certain  attrait  de  jeunesse,  sans  lequel 
elles  ne  rencontrent  le  plus  souvent  que  l'indifférence . 

»  Combien  de  fois  des  savants  distingués  n'ont^ils  pas  mis  en  avant  des 
projets  en  somme  identiques  à  celui  que  MM.  Petit  et  Boudenoot  ont  heu- 
reusement mené  à  exécution,  avec  une  variante  à  laquelle  ils  n'attacheront 
saus  doute  pas  toujours  autant  de  valeur  ?  Les  avantages  que  les  premiers 
attendaient  de  la  réalisation  de  leurs  projets  étaient  bien  ceux  que  rappU-* 
cation  faite  par  MM.  Petit  et  Boudenoot  ont  mis  en  pleine  lumière,  mais, 
pour  que  des  capitalistes  y  devinssent  sensibles,  il  a  fallu  changer  le  nom^ 
sans  profttpour  la  chose. 

»  Veuillez  bien  agréer,  Monsieur  le  Président,  l'hommage  de  mes  sen- 
timents respectueux. 

»  L.  MéKARSKIi   » 


—  580  — 

« 

M.  LE  Président.  L'ordre  du  jour  appelle  la  communicatiou  de  M.  Cerk- 
laud  sur  ï Emploi  de  la  dynamite  pour  le  sautage  des  cosses  mines.  M.  Cer- 
belaud  a  la  parole. 

M.  Cerbelaud  dit  qu'on  a  beaucoup  parlé,  dans  ces  derniers  temps,  des 
gigantesques  travaux  sous-marins  entrepris  dans  la  rade  de  New-York. 
pour  faire  sauter  les  récifs  de  Hell-Gate  (porte  de  l'Enfer),  qui  rendent  la 
navigation  difficile  en  cet  endroit. 

Sans  parler  de  mines  exceptionnelles  comme  celle  de  New-York,  M.  Cer- 
belaud  constate  que  ce  grand  événement  technique  a  appelé  de  nouveau 
l'attention  sur  les  services  que  peuvent  rendre  les  explosifs,  employés  en 
grandes  masses,  dans  les  travaux  publics,  pour  le  sautage  des  mines  à 
forte  charge  ou  «  grosses  mines  ». 

Illui  a  paru,  par  suite,  intéressant  de  dire  quelques  mots  de  divers 
types  de  mines  qui,  —  pour  être  de  proportions  plus  modestes,  —  se  ren- 
contrent plus  souvent  dans  la  pratique  ordinaire  des  travaux. 

Les  exemples  choisis  par  M.  Cerbelaud  se  rapportent  à  des  grosses 
mines  pratiquées  en  Italie,  sur  Tinitiative  des  sociétés  de  dynamite  Nobel 
dans  le  but  de  déplacer  d'un  seul  coup,  de  grandes  masses  de  terrain,  et 
de  se  procurer,  en  même  temps,  des  matériaux  de  construction. 

Avant  de  rendre  compte  de  ces  opérations,  il  justifie  le  choix  de 
Texplosif  employé,  qui  est  la  dynamite  n^  3  de  Nobel,  dont  M.  Bnlll  a 
donné  précédemment  la  composition  : 

Nitrate  de  soude 70 

Charbon 10 

Nitroglycérine 20 

ÏÔÔ 

C'est  un  explosif  à  base  active  et  à  faible  teneur  eu  nitroglycérine. 

Cette  dynamite  produira  un  effet  utile  plus  considérable  que  la  dyna- 
mite n®  1  à  75  0/0  de  nitroglycérine,  laquelle  serait  trop  brisante  et 
triturerait  davantage  la  roche  dans  le  voisinage  immédiat  de  la  charge, 
sans  étendre  au  loin  son  action  de  rupture.  Ladynamiten^S,  au  contraire, 
sans  triturer  autant  que  la  précédente,  amènera  la  disjonction  du  rocher, 
sa  rupture  en  gros  blocs  dans  un  rayon  plus  étendu,  et  cela  sans  produire 
d'effets  de  projection, 

A  ce  sijget,  M.  Cerbelaud  dit  quelques  mots  de  l'ingénieuse  théorie  de 
Malher  qui  classe  les  dynamites,  au  point  de  vue  de  leur  action,  en  dyna- 
mites fortes  ou  brisantes  et  en  dynamites  faibles  ou  poussantes,  La  dyna- 
mite n®  3  est  dans  cette  dernière  catégorie. 

M.  Cerbelaud  arrive  ensuite  à  la  description  des  grosses  mines  doot 
il  est  question  plus  haut.  Il  s'occupera  successivement  de  lamine  deVado 
pour  les  travaux  du  port  de  Savone,  de  celle  de  Gènes  également  poor 
les  travaux  du  port  de  cette  ville,  et  des  mines  du  Bruciato  et  du  Le- 


—  681  — 

drino  pour  la  coustructiou  de  forts  exécutés  en  Ligurie  par  le  génie 
militaire  italien. 

Il  donne  seulement  la  df»scription  détaillée  de  la  première  de  ces  mines 
et  les  résultats  obtenus  par  le  sautage  des  autres.  Ces  dernières  sont, 
du  reste,  décrites  en  détail  dans  le  mémoire. 

A  Vado,  la  chambre  de  mine  fut  établie  dans  une  galerie  en  zigsag 
de  2i  mètres  de  développement,  et  à  36  mètres  au-dessous  du  sommet  de 

2 

la  carrière.  La  charge,  calculée  au  moyen  de  la  formule   P  = — c  »i*(l) 

3 

fut  fixée  à  3,000  kilogrammes  de  dynamite  n®  3.  L'amorce  était  formée 
par  du  fulmicoton,  placé  au  centre  de  la  charge  et  mis  en  communication 
avec  des  capsules  reliées,  à  leur  tour,  à  des  fils  électriques  et  à  une 
mèche  en  gutta-percha.  Le  bourrage  fut  constitué  par  une  maçonnerie 
solide,  d'abord  en  mortier  de  ciment,  puis  à  pierre  sèche,  consolidée  par 
des  angles  en  charpente,  et  remplissant  une  grande  partie  de  la  galerie 
d'accès.  L'explosion  eut  lieu  le  8  juillet  1883.  Elle  réussit  parfaitement 
et  produisit  20,000  mètres  cubes  de  déblais,  sans  aucun  effet  de  projec- 
tion. La  fabrique  de  dynamite  d'Avigliana,  près  Turin,  avait  fourni  l'ex- 
plosif nécessaire  et  exécuté  le  sautage  pour  la  somme  à  forfait  de  4,000 
francs. 

Lamine  de  Gênes  fut  encore  plus  importante.  On  y  employa  5,000  ki- 
logrammes de  dynamite  n®  3,  et,  en  raison  des  excavations  que  présen- 
tait déjà  le  front  de  la  carrière,  on  obtint  le  cube  énorme  de  120,000 
mètres  de  déblais.  Cette  mine  fut  exécutée  dans  les  mêmes  conditions 
que  la  précédente,  pour  la  somme  de  8,000  francs. 

Au  Bruciato  et  au  Lodrino,  les  mêmes  procédés  furent  suivis  avec  le 
même  succès. 

Au  Bruciato,  la  mine  fut  chargée  de  1,500  kilogrammes  de  dynamite. 
Au  Lodrino,  on  pratiqua  trois  fourneaux  qui  reçurent  respectivement 
i,o00  kilogrammes,  1 ,300  kilogrammes  et  1,600  kilogrammes  d'explosif, 
soit  au  total  4,400  kilogrammes.  L'explosion  de  ces  trois  fourneaux  eut 
lieu  simultanément,  les  effets  de  projection  furent  nuls. 

M.  Cerbelaud  ajoute  qu'il  n'a  pas  été  possible  de  déduire  des  exemples 
qui  précèdent  un  détail  des  prix  de  revient  de  chaque  opération;  mais 
on  peut  affirmer,  par  l'expérience  acquise  dans  les  travaux  de  sautage 
auxquels  ceux  qui  précédent  ont  servi  de  types,  que  le  prix  de  revient 
des  matériaux  extraits  au  moyen  de  grosses  mines  varie  entre  0  fr.  15  et 
0  fr.  20  le  mètre  cube  de  déblais  produit  sur  le  carreau  de  la  carrière, 
lesquels  peuvent  renfermer  jusqu'à  80  pour  100  de  matières  utilisables. 
Quant  au  rendement,  il  peut  atteindre,  pour  les  mines  bien  faites,  15  à 
20  mètres  cubes  par  kilogramme  de  dynamite  employée. 

1.  Dans  celle  formule,  P  représente  le  poids  de  la  charge  en  kilogrammes  ;  c  est 
un  coefficient,  déterminé  par  Texpérience,  et  variant  suivant  la  nature  du  terrain 
Cl  celle  de  Tezplosif  employé;  m  est  la  ligne  de  moindre  résistance  en  mètres. 

Bull.  39 


—  582  — 

M.  GiERBELAUD  couclut  eii  recommandant  remploi  des  grosses  mines 
comme  étant  de  nature  à  faire  réaliser  de  sérieuses  économies  dans 
l'exécution  des  grands  travaux  publics. 

Puis,  il  dit  un  dernier  mot  de  l'explosion  de  Hell-Gate,  et  justifie  le 
procédé  suivi  par  le  général  Newton,  qui  n'a  pas  pratiqué,  pour  ce  sau- 
tage,  des  grosses  mines  comme  celles  décrites  ci-dessus,  parce  que, 
dans  ce  cas^  il  fallait  triturer  le  plus  possible  la  roche  pour  débarrasser 
la  rade  des  récifs  qui  l'obstruent,  et  non  se  procurer  des  blocs  utilisables. 
Le  général  Newton  a  dû,  pour  cela,  créer  de  nombreux  centres  d'explo- 
sion ou  de  trituration,  —  selon  l'expression  de  Malher,  —  c'est  ce  qui 
explique  le  prodigieux  travail  de  perforation  qu'il  a  dû  effectuer  préala- 
blement pour  loger  ses  45,000  cartouches. 

De  là  aussi  une  autre  grosse  difficulté  relative  au  mode  de  sautage  et 
Tadoption  de  ce  moyen,  exact  au  moins  en  théorie,  de  l'explosion  far 
influence. 

M.  CsRBBLAUD  termine  en  rendant  hommage  à  notre  éminent  coUègue, 
M.  Alfred  Nobel,  qui,  le  premier,  a  doté  le  génie  civil  de  la  dynamite, 
ainsi  qu'aux  ingénieurs,  —  et  parmi  eux  se  trouvent  plusieurs  de 
nos  collègues,  —  qui  en  ont  vulgarisé  l'emploi.  (Applaudisêements.) 

(Le  mémoire  de  M.  Cerbelaud  sera  inséré  in  extenso  dans  le  Bulletin, 
avec  les  croquis  nécessaires.) 

M»  LE  Président.  Je  remercie  M.  Cerbelaud  de  son  intéressante 
communication  qui  complète...  qui  continue,  pour  mieux  dire,  les  com- 
munications faites  à  la  Société,  depuis  plusieurs  années,  sur  ce  même 
sujet  des  explosifs  et,  en  particulier,  des  dynamites. 

Quelqu'un  demande-t-il  la  parole? 

M.  Chalon  veut  faire  une  observation.  A  Hell-Gate,  ce  n'est  pas  de 
la  dynamite  qu'on  a  employée,  c'est  du  rackarok. 

M.  Cerbelaud.  Parfaitement;  aussi,  en  parlant  de  Hell-Gate,  je  n'ai 
pas  dit  dynamite,  je  me  suis  servi  à  dessein  du  mot  explosif.  Et,  ?î 
vous  voulez  bien  vous  le  rappeler,  j'ai  ajouté  :  les  explosifs  moderne? 
sont  seuls  capables  de  rendre  ces  immenses  services  ;  j'ai  voulu  dire 
parla  les  nouveaux  explosifs,  comme  la  dynamite  et  celui  que  les  Amé- 
ricains ont  appelé  rackarock.  Je  crois  que  ce  dernier  doit  renfermer 
de  la  nitro-benzine. 

M.  Chalon.  C'est  un  mélange  de  nitro-benzol  et  de  chlorate  de  po- 
tasse. 

Je  voulais  dire  aussi,  pour  répondre  à  une  remarque  de  M.  Cerbe- 
laud relative  au  sautage  par  petites  mines,  que  ce  procédé  n'a  pas  été 
employé  particulièrement  dans  le  but  de  broyer  les  roches,  mais  surtout 
afin  d'éviter  les  efi'ets  d*une  commotion  trop  violente,  effets  qui  eussent 
été  dangereux  pour  la  ville  de  New- York. 

Quant  au  broyage  des  roches,  je  crois  que  les  grandes  mines  par  char- 
ges compactes  eussent  donné  un  meilleur  résultat.  Les  dernières  dou- 


—  583  — 

velles  de  New- York  nous  apprennent,  en  effet,  qu'à  la  suite  du  sautage 
du  P'iood-Rock,  on  a  trouvé  d'énormes  blocs,  dont  un  de  SO  tonnes  envi- 
ron, qu'il  sera  impossible  d'enlever  à  la  drague. 

Ce  n'était  donc  pas  précisément  pour  faciliter  le  dragage  qu'on  a  em- 
ployé les  petites  mines,  mais  pour  éviter,  comme  je  viens  de  le  dire,  une 
commotion  qui  aurait  été  terrible  pour  New-York. 

Quant  à  la  troisième  observation  de  M.  Cerbelaud,  relative  à  l'explo- 
sion par  influence,  je  dois  dire  que  l'explosion  par  influence  n'est  plus 
une  question  théorique,  mais  un  fait  pratique  parfaitement  acquis.  Toutes 
les  explosions  ont  été  faites  par  influence  ;  on  avait  disposé  une  grande 
quantité  de  mines,  et  c'est  par  influence   qu'ojn  a  fait  sauter  ces  mines. 

M.  Cerbelaud  regrette  que  notre  vice-président,  M.  Briill,  ne  soit  pas 
ici,  car  il  lui  disait  encore  aujourd'hui  qu'il  regardait  comme  une  idée 
un  peu  américaine  cette  influence  pour  le  sautage  des  mines,  et  surtout 
la  disposition  adoptée  par  le  général  Newton  consistant  à  remplir  com- 
plètement d'explosif  le  trou  de  mine  et  même  à  faire  émerger  l'explosif 
au  dehors.  Généralement,  quand  on  fait  un  trou  de  mine,  on  le  fait  d'une 
profondeur  déterminée  par  des  raisons  théoriques,  et  on  place  l'explosif 
au  fond  du  trou  :  on  ne  songera  jamais  à  le  mettre  à  l'entrée,  attendu 
que  l'explosif  placé  ainsi  ne  remplira  pas  le  but;  quant  à  celui  qui  sortira 
du  trou,  je  ne  sais  pas  ce  qu'il  pourra  produire. 

M.  Chalon.  On  a  fait  sauter  toutes  ces  mines  par  influence.  Ce  n'est 
pas  de  la  théorie,  c'est  de  la  pratique. 

M.  Cerbelaud  ajoute  que  sa  communication  n'avait  pas  pour  but  de 
parler  du  beau  sautage  de  Hell-Gate  ;  cependant,  puisque  nous  sommes 
sur  ce  sujet,  il  lui  semble  que  la  quantité  énorme  d'explosif  employée 
par  le  général  Newton  n'a  pas  servi  tout  entière  au  sautage  ;  et  il  croit 
se  souvenir  que,  dans  les  récits  qu'il  a  lus  de  cette  opération,  tout  le 
monde  est  d'accord  pour  dire  qu'après  que  le  premier  nuage  de  vapeur 
d'eau,  d'eau  pulvérisée  plutôt,  se  fut  dissipé,  il  s'éleva  dans  l'air  une 
colonne  de  vapeurs  nitreuses.  Ne  serait-elle  autre  chose  que  le  résultat 
de  la  combustion  subséquente  d'une  partie  de  l'explosif  qui  n'aurait  pas 
produit  son  effet  ? 

M.  Chalon.  Tous  ces  phénomènes  sont  subséquents  dans  les  explosions 
sous-marines  ;  c'est  une  règle  générale. 

M.  Cebbelaud.  Cela  n'enlève  rien  à  ma  conviction  que  peut-être  tontes 
les  cartouches  n'ont  pas  atteint  le  but  proposé. 

Vous  m'avez  fait  une  autre  objection  :  si  vous  voulez  bien  me  la  rap- 
peler ? 

M.  Chalon.  J'ai  dit  que  la  multiplicité  des  mines  avait  eu  surtout  pour 
but  d'éviter  la  commotion. 

M.  Cerbelaud,  sur  ce  point»  n'est  pas  tout  à  fait  de  Tavis  de  son  col- 
lègue ;  car,  dans  les  mines  dont  il  a  parlé  et  qui  sont  redoutables,  quoique 
plus  modestes,   entre  autres  celle  de  Gènes,  où  il  y  avait  3,000   kilo» 


•\ 


» 


« 


/ 


—  584  — 

grammes  d'explosif,  on  peut  voir  sur  les  photographies  exposées  sur  ie 
bureau  qu'il  existait  des  constructions  dans  le  voisinage.  La  Société  de 
dynamite  avait  pris  tout  à  sa  charge,  et  les  constructions  voisines  n'ont 
pas  été  affectées  par  l'explosion. 

L'usage  d'une  dynamite  faible  pour  charger  de  grosses  mines  évite 
toute  espèce  de  projection.  Il  est  douteux  que,  si  on  employait  des 
charges  comme  celles  de  New- York,  on  eût  un  résultat  aussi  peu  violent 
qu'avec  8,000  kilos  de  dynamite  ;  mais  enfin,  avec  l'emploi  de  la  dyna- 
mite n®  3,  il  n'y  a  jamais  de  projection.  Il  est  probable  qu'à  New-York, 
cela  se  serait  produit  comme  sous  toute  autre  latitude. 

M.  Chalon.  On  ne  pouvait  pas,  et  on  ne  devait  pas,  exposer  une 
ville  aussi  considérable  que  New-York,  aux  effets  d'une  violente  com- 
motion. Le  général  Abbot,  chef  du  service  des  torpilles  aux  États-Unis, 
et  le  général  New-ton,  ont  acquis,  depuis  quinze  ans,  une  très  grande  ex- 
périence en  matière  d'explosions;  et  c'est  la  pratique  seule,  non  la 
théorie,  qui  les  a  conduits  à  employer,  de  préférence  à  tout  autre,  le 
système  des  sautages  par  petites  mines  simultanées. 

M.  Cerbelaud.  Il  n'y  a  pas  de  comparaison  possible  à  établir  entre 
les  travaux  exécutés  par  le  général  Newton  et  les  travaux  industriels 
dont  j*ai  essayé  de  vous  rendre  compte,  parce  qu'à  New- York,  il  fal- 
lait à  tout  prix  débarrasser  la  rade  des  récifs  qui  l'obstruaient.  Or,  la 
question  d'argent  était  secondaire  ;  les  Américains  n'ont  pas  regardé  à 
la  dépense  ;  quand  les  travaux  de  dragage  seront  faits,  dix  millions  au- 
ront été  dépensés. 

J'ai  parlé  tout  à  l'heure  du  génie  militaire,  au  sujet  du  prix  de  re- 
vient ;  il  s'agit  là  encore  de  travaux  exécutés  par  le  génie,  et  la  dé- 
pense n'est  pas  entrée  en  ligne  de  compte  ;  cela  a  été  une  question 
secondaire.  D'après  les  renseignements  donnés  par  les  organes  tech- 
niques, les  crédits  votés  primitivement  ont  été  largement  dépassés  ;  il  a 
fallu  procéder  par  crédits  successifs,  et  on  n'est  pas  au  bout.  Ce  ne  sont 
pas  là  évidemment  des  travaux  industriels  pour  lesquels  il  faut  établir 
un  prix  de  revient. 

M.  Georges  Bianchi  veut  faire  une  observation  relative  à  Texplosiou 
des  mines  pour  obtenir  des  pierres  pour  la  construction.  Dans  le  Brésil, 
il  a  eu  occasion  d'exécuter  un  pont  dont  les  fondations  étaient  faites  avec 
des  pierres  provenant  d'explosions  produites  avec  de  la  dynamite  n'  3. 
Au  bout  de  quelque  temps,  des  affaissements  se  sont  produits  dans  les 
fondations  du  pont,  et  on  s'est  aperçu  que  les  matériaux  avaient  éi^ 
attaqués  par  la  dynamite.  Il  pense  que  la  poudre  comprimée  est  de  beau- 
coup préférable. 

M.  Cerbelaud  n'a  pas  voulu  ouvrir  une  discussion,  qui  pourrait  être 
très  longue,  sur  les  avantages  comparés  de  la  dynamite  et  de  la 
poudre.  La  dynamite  n^  3  est  un  explosif  lent,  la  poudre  est  un  explo- 
sif encore  plus  lent.  Il  y  a  des  cas  où  la  poudre,  qui  est  un  explosif 


—  585  — 

lent,  est  à  recommander  de  préférence.  Ce  fait  se  produit,  par  exemple, 
dans  les  carrières  que  les  ingénieurs  civils  ont  eu  l'occasion  de  visiter  en 
Belgique,  lors  de  leur  dernière  excursion,  et  dont  M.  Brûll  a  parlé  :  les 
carrières  de  porphyre  de  Quenast,  où  Ton  fabrique  spécialement  des 
pavés.  A  Quenast,  après  avoir  essayé  tous  les  systèmes  d'explosifs,  on 
est  revenu  à  l'emploi  de  la  poudre,  parce  que,  avec  les  autres  explosifs. 
Use  produit,  dans  les  déblais,  des  fissures  qui  ne  seraient  pas  gênantes 
pour  des  matériaux  d'enrochement,  mais  qui  se  révèlent  sous  le  cboc  du 
marteau;  lorsqu'on  fabrique  des  pavés,  par  exemple,  il  se  détache  un 
angle,  qui  correspond  à  un  clivage  opéré  par  l'effet  de  l'explosion. 

Dans  les  fondations  du  pont  dont  parle  M.  Bianchi,  il  est  prol«;ible 
qu'on  avait  employé  des  charges  trop  fortes  ou  un  explosif  trop  brisant. 

M.  Georges  Bianchi.  Quand  on  a  commencé  à  frapper  la  pierre  avec  le 
marteau,  la  désorganisation  s'est  produite.Cela  se  produit  principalement 
sur  le  granit  porphyrique. 

M.  CKRBKLAUD.Cela  n'a  pas  de  rapport  avec  les  mines  dont  j'ai  parlé  et 
qui  étaient  destinées  à  produire  des  matériaux  d'enrochement  qui  devaient 
être  ensuite  coulés  dans  la  mer  pour  construire  les  môles,  les  jetées  des 
ports  de  Savone  et  de  Gênes. 

M.  DE  CoRDEMOY  Voudrait  prier  M.  Cerbelaud  de  bien  insister  sur  la 
différence  entre  les  mines  qu'il  a  citées  et  celles  de  Flood-Rock.  Il  croit, 
contrairement  à  l'opinion  de  notre  collègue,  que  le  général  Newton,  \}'\v 
son  dispositif,  a  voulu  non  seulement  éviter  la  trépidation  des  terrains 
avoisinants,  ce  qui  est  surtout  une  affaire  de  direction  des  couches 
géologiques,  mais  surtout  préparer  les  déblais  pour  le  dragage  ultérieur. 
Si  vous  voulez  avoir  des  matériaux  qui  puissent  servir  à  la  construction, 
employez  la  dynamite  n**  3  et  les  fortes  mines;  mais  si  vous  voulez  dra- 
guer après,  ne  recourez  qu'à  la  dynamite  n'*  i,  ou  mieux  encore  à  la  J  v- 
namite-gomme,  et  enflammez  en  môme  temps  de  nombreuses  mines  r.i])- 
prochées,  ce  qui  en  augmentera  le  rendement  de  20  et  même  de  30  p.O  0. 

La  théorie  de  Malher  est  en  effet  exacte.  La  dynamite  n**  3  dor.i.e 
moins  de  trituration  et  plus  de  rupture.^  Or,  c'est  le  contraire  que  Ton 
cherche  dans  les  dragages,  car  draguer  des  blocs  même  d'un  demi-mètre 
cube,  c'est  une  grosse  affaire,  surtout  s'ils  se  touchent.  Il  faut  donc  les 
briser  comme  je  viens  de  le  dire,  et  je  ne  saurais  trop  insister  sur  les 
mines  simultanées,  le  plus  grand  nombre  d'ailleurs  partant  par  tn/îi/e/hr, 
car  la  dynamite  détone  par  influence  ;  il  est  facile  de  s'en  convaincri*  : 
en  plaçant  à  la  file  des  cartouches  espacées  de  30  centimètres,  et  en  aîi li- 
mant la  première,  toutes  partiront  en  même  temps.  Il  faut  insister  s.ir 
ce  fait,  important  ù.  savoir  à  cause  de  l'emplacement  des  dépôts  de 
dynamite. 

J'ai  encore  une  autre  observation  à  présenter.  On  a  employé,  dites - 
vous,  comme  amorce,  de  la  dynamite-gomme;  c'est  une  faute;  heureuse- 
ment, on  y  a  ajouté  beaucoup  defulmi-coton;  c'est  lui  qui  a  été  ramorce. 


—  586  — 

La  djnamite-gomme,  on  effet,  justement  parce  qu'elle  est  un  produit  très 
stable,  ne  détone  qu'avec  difficulté;  et  pour  la  faire  partir,  on  est  obligé 
de  mélanger  à  ses  cartouches  des  cartouches  de  djnamite  n**  1,  en  outre 
des  amorces.  C'est  même  ce  qui  fait  qu'en  définitive,  la  gomme  n'est  pas 
employée  avec  plus  d'avantage  que  la  dynamite  ordinaire  sous  l'eau, 
comme  durée  de  conservation,  puisqu'on  est  obligé  de  se  servir  de  celle- 
ci  simultanément. 

M.  Cerbelaud.  Dans  les  faits  qui  nous  occupent,  il  ne  s'agit  pas  de 
mines  sous  l'eau. 

M.  DE  CoRDEMOY.  Non.  Mais,  dans  tous  les  cas,  il  ne  faut  pas  se  senir 
de  gomme  comme  amorce,  à  moins  de  lui  ajouter  beaucoup  de  fulmi- 
coton .  Ce  que  j'ai  tenu  surtout  à  établir,  c'est  qu'il  ne  faudrait  pas  etro 
exclusif,  car  la  dynamite  n**  3, qui  est  bonne  dans  certains  cas,  ne  le  serait 
pas  pour  des  mines  sous-marines. 

M.  Cerbelaud.  Notre  collègue  abonde  dans  mon  sens,  et,  pour  lui 
donner  satisfaction,  je  n'ai  qu'à  relire  un  des  derniers  paragraphes  de  ma 
communication. 

«  Le  général  Newton  n'a  pas  pratiqué  pour  ce  sautage  des  grosses 
»  mines  en  chambres  et  en  galeries,  parce  que,  dans  ce  cas,  il  fallait  tri- 
»  turer  le  plus  possible  la  roche  pour  débarrasser  la  rado  des  récifs  qui 
»  l'obstruent  et  non  se  procurer  des  blocs  utilisables.  » 

Ce  n'est  pas  autre  chose  que  ce  que  vous  venez  de  développer. 

M.  Cerbelaud.  «  Le  général  Newton  a  dû  pour  cela  créer  de  nombreux 
»  centres  d'explosion, — bu  de  trituration,  suivant  l'expression  de  Mallier, 
»  —  c'est  ce  qui  explique  le  prodigieux  travail  de  perforation  qu'il  a  dû 
»  effectuer  préalablement  pour  arriver  à  loger  ses  45,000  cartouches,  » 

Cela  est  donc  parfaitement  dans  le  sens  de  votre  observation. 

Quant  à  la  dynamite-gomme,  employée  comme  amorce,  je  ne  suis  pas 
aussi  exclusif  que  vous  Têtes  ;  il  suffit,  pour  faire  partir  les  cartouches 
de  gomme,  d'employer  des  capsules  appropriées. 

Avec  des  capsules  extra-fortes,  on  obtient  parfaitement  l'explosion 
des  cartouches  de  dynamite-gocime.  M.  Aug.  Moreau,  notre  collègue, 
peut  répéter  ce  qu'il  a  dit  ici  à  ce  sujet.  Quand  on  emploie  la  dynamite- 
gomme,  à  l'exclusion  d'autres  dynamites,  c'est  la  dynamite-gomme  elle- 
même  qui  sert  d'amorce;  il  n'est  pas  nécessaire  d'employer  des  amorces 
spéciales. 

Dans  les  chantiers,  il  arrive  parfois  que  les  ouvriers  coupent  une  car- 
touche en  deux  pour  faire  une  amorce. 

M.  de  Cordemoy.  La  compagnie  Nobel  elle-même,  dans  ses  prospectus, 
recommande  d'ajouter  des  cartouches  do  dynamite  n®  1  à  celles  do 
gomme.  Pour  mon  compte,  je  n'ai  jamais  pu  réussir  autrement  ;  et  Ton 
s'exposerait,  en  employant  la  gomme  seule,  à  de  nombreux  ratés. 

M.  CoTARD.  A  cette  occasion,  je  voudrais  rappeler  un  fait  qui  confirme 
l'utilité  des  explosions  nombreuses,  qui  s'est  passé  à  ma  conuaissaiice,et 


—  587  — 

auquel  j*aî  participé  de  mes  maiua  au  moment  de  rinauguration  du  canal 
de  Suez;  quelques  semaines  auparavant,  lorsque  les  souverains  étaient 
déjà  en  marche  pour  venir  inaugurer  le  canal,  il  s*çst  trouvé,,  entre  deux 
«ondageg,  une  roche  très  dure  qui  affleurait  à  quatre  mètreô  du  niveau 
de  l'eau.  Il  fallait  avoir  un  tirant  d'eau  de  sept  mètres  pour  permettre 
le  passage  des  navires.  Nous  avons  été  pris  de  très  court  ;  nous  n'avions 
pas  à  cette  époque  de  dynamite  à  notre  disposition,  et  nous  avons  été 
obligés  d'employer  la  poudre.  Nous  en  remplissions  de  grands  bidons  de 
100  à  150  litres  que  Ton  descendait  sur  la  surface  de  la  roche.  A  ces 
bidons  étaient  soudés  des  tubes  assez  longs  pour  que  leur  extrémité  dé- 
passât le  niveau  de  Teau.Dans  ces  tubes  descendait  la  mèche  qui  mettait 
quelques  minutes  à  bnMer  pendant  lesquelles  on  avait  le  temps  de  s'éloi- 
gner. Nous  étions  arrivés  à  faire  ainsi  plusieurs  explosions  par  heure  et 
en  travaillant  ainsi  jour,  et  nuit,  nous  sommes  parvenus,  au  moyen  de 
ces  coups  de  pilons  répétés  et  rapprochés  les  uns  des  autres,  à  pulvériser 
et  &  abaisser  peu  à  peu  ce  rocher  de  gypse  sur  trois  mètres  d'épaisseur. 

Je  me  permets  de  rappeler  ce  fait,  parce  qu'il  montre  que,  même  lors- 
qu'on ne  peut  agir  qu'à  la  surface  d'une  roche,  les  explosifs  peuvent  avoir 
d'excellents  effets.  J'ajouterai  que  les  explosions  qui  avaient  le  moins 
d'effet  étaient  celles  qui  produisaient  les  plus  forts  soulèvements  d'eau. 
En  voyant  les  dessins  figurant  l'explosion  d'Amérique,  j'ai  été  étonné  de 
voir  le  soulèvement  d'eau  qu'elle  a  produit;  car,  les  coups  dont  je  parle, 
qui  ont  été  les  plus  efficaces,  occasionnaient  seulement  un  frémissement 
sur  l'eau^  mais  sans  aucune  projection. 

M,  Cerbelaud  est  heureux  de  ce  que  vient  de  dire  M.  Cotard,  parce 
que  cela  confirme  une  observation  à  laquelle  il  a  répondu  tout  à  l'heure, 
lorsqu'il  a  rappelé  que  le  travail  du  général  Newton  n'était  que  la  conti- 
nuation des  travaux  primitifs  entrepris  eu  1888  par  un  de  nos  compa- 
triotes, M.  Maillefert;  et  précisément,  il  a  lu,  ces  jours-ci,  que  le  moyeu 
employé  par  M.  Maillefert  pour  commencer  le  dérochement  de  Hell-Gate, 
était  justement  le  procédé  indiqué  par  M.  Cotard.  Il  perforait  le  rocher 
peu  à  peu  à  la  surface,  et  descendait  des  cylindres  de  poudre  qu'il  faisait 
sauter;  et,  petit  à  petit,  il  a  commencé  ainsi  le  dérochement  de  la  passe  ; 
et  peut-être  qu'en  continuant  de  cette  façon-là,  on  serait  arrivé,  surtout 
par  l'usage  des  nouveaux  explosifs,  à  avoir  aujourd'hui  le  même  résultat, 
avec  une  dépense  beaucoup  moins  considérable.  (Applaudissementf.) 

M.  LB  Président.  Messieurs,  je  crois  que  la  discussion  peut  être  fermée  ; 
elle  a  été  très  intéressante  et  a  bien  accompagné  la  communication  de 
M.  Cerbelaud. 

M.  LE  Président  rappelle  que  la  Société  a  à  voter  sur  l'admission  do 
M.  H.  de  Matthys  comme  membre  honoraire. 

Le  scrutin  est  dépouillé  et  M.  le  Président  proclame  M.  H.  de  Mutthys 
membre  honoraire. 

M.  Fragneau  a  été  reçu  membre  sociétaire. 

La  séance  est  levée  à  onze  heures  et  quart. 


DES  FORCES  MUTUELLES 

et  de  leurs  applications 
aux   phénomènes  mécaniques,  physiques  et  chimiques, 

Par   M.   P.   BERTHOT 


Tantum  elementa  quetiiU  permutato  ordine  tolo. 
At  rer?«m  quce  iunt  Primordia,  plura  adhViere 
Pofsunt,  und§  queant  variœ  rts  qutBqu^  creari, 

T.  Lucrelii  Cari.  I,  vers.  827  et  s. 

Dl  KBBDM  NATURA. 

C'est  en  pensant  à  la  formule  de  Newton,  qui  ne  trouve  pas  son 
application  à  des  distances  moléculaires,  c'est  en  pensant  à  la  po- 
rosité des  corps,  que  nous  avons  été  amené  à  poser  la  formule 
suivante  : 


F{x)  =K7nm' 


x^ 


formtde,  dans  laquelle  F  (a?)  représente  l'action  mutuelle  de  la  masse 
m  sur  la  masse  m'  et  qui,  disons-le  de  suite,  devient  la  formule  de 
Newton,  quand  d  (distancé  moléculaire)  est  négligeable  par  rapport 
à  X,  distance  d'ailleurs  quelconque  de  m  et  de  m'. 

Cette  formule  peut  s'établir  par  les  considérations  suivantes  : 

Si  nous  supposons  deux  masses  m  et  rn  liées  entre  elles  dans  la 
direction  de  l'axe  des  x  par  une  force  qui  tende  à  les  amener  au 
contact,  et,  si  nous  interposons  entre  ces  deux  masses  une  autre 
force  agissant  en  sens  contraire  et  empêchant  ce  contact,  il  s'éta- 
blira un  état  d'équilibre  pour  une  distance  d,  que  nous  appellerons 
distance  moléculaire. 

On  peut  matérialiser  ce  système  en  réunissant  deux  billes  d'ivoire 
avec  un  ressort  pouvant  les  amener  au  contact  l'une  de  l'autre,  et 
en  interposant  entre  elles  un  autre  ressort  empêchant  ce  contact. 

Si  nous  représentons  par  F  {x)  la  résultante  inconnue  de  ces  res- 
sorts pour  une  distance  quelconque,  x  des  masses  m  et  m',  cette  fonc- 
tion devra  : 


i"  Etre  proportionneUe  au  produit  des  masse! 
tenir  compte  de  leurs  actions  réciproques  ; 

f°  S'annuler  pour  x=  d,  c'est-à-dire  avoir 
brique  {d — x). 

Nous  pourrons  donc  écrire  ; 

F{x)  =  mm'  (d~cc)f{x). 

Si  maintenant  nous  supposons  que  l'action  ai 
lieu  d'être  transmise  aux  masses  par  des  ress 
l'espace,  aa  moyen  d'intermédiaires  tous  égai: 
élastiques,  ces  organes  de  transmission  se  rép; 
entre  eux  et  par  couches  concentriques  le  traï 
correspondant  aux  forces  vives  des  masses  m  et  n; 
ces  masses  s'actionneront  mutuellement  en  raisoi 
bre  d'intermédiaires  contenus  dans  une  sphère  a 
pour  rayon  ;  nous  sommes  donc  autorisés  à  écrii 

4      , 


d'ûii  : 


F  {x)  =  mm' 7  {x). 

Nous  ne  pouvons  plus  maintenant  que  faire  é 
cessives  sur  x  (*)  ^t  rechercher  celle  de  ses  h; 
nera  des  résultats  conformes  aux  lois  de  la  ph; 

Commençons  par  la  plus  simple,  c'est-à-dire  : 

nous  aurons  la  formule  empirique  : 


Dans  deux  notes,  qui  ont  eu  les  honneurs  d( 
les  Comptes  rendus  de  l'Académie  des  Sciences 
et  du  20  avril  d885,  nous  avons  fait  l'étude  j 
fonction  et  nous  allons  résumer   ici    les   conclu: 


^  590  — 

s'en  déduisent  mathématiquement  et  qui  sont  utiles  pour  l'étude 
des  applications  que  nous  allons  présenter.  Les  calculs  justificatifs 
complets,  extraits  des  Comptes  rendus,  sont  reproduits  dans  les  ijote3 
placées  à  la  fin  du  mémoire. 

I.  La  fonction  (l)  représente  la  différence  d'une  hyperbole  du  V 
degré  et  d'une  hyperbole  du  3**  degré.  Si  on  construit  la  courbe,  en 
bornant  Texamen  à  celui  des  w  positif^  (les  valeurs  négatives  ne 
donnant  que  des  solutions  algébriques),  on  obtient  le  tracé  de  la 
Fig.l(PK  107),  dans  lequel  les  valeurs  positives  de  i/ donnent  la  force 
répulsive,  et  les  valeurs  négatives  la  force  attractive  (voir  Note  I), 

d 
IL  La  somme  des  travaux  de  la  force  répulsive  depuis  a:  =5  ç  jus- 
qu'à xz=:  dest  égale  à  la  somme  attractive  depuis  x  ;=^  d  jusqu'à 
a?  =  00  (voir  Note  II). 

III.  —  Si  on  considère  trois  molécules  égales,  m,  m',  m"  (flg.2)  pla» 
cées  originairement  sur  une   même  droite  à  une  distance  d  Tune 
de  l'autre,  la  molécule  m"  sollicitée   par  Faction  attractive  de  m, 
ne  pourra  rester  en  équilibre  et  se  rapprochera  de  m'  ;  mais  l'action 
répulsive  de  m'  sur  m"  se  développera   et  m"  atteindra  une  posi- 
tion d'équilibre  en  un  point  C  tel  que  C  K  :=C'  L.   Remarquons 
qu'il  se  sera  produit  dans  ce  cheminement  un  travail   négatif  re- 
présenté par  la  surface  C  CK  et  un  travail  positif  beaucoup  plus 
considérable  représenté  par  la  surface  C  C  L  N.   Par  conséquent, 
pour  ramener  la  molécule  dans  sa  position  primitive  d'équilibre, 
il  faudra  lui    fournir  un  travail  représenté  par  la  surface  CL^\ 
la  ligne  courbe  C  L  étant  symétrique  de  la  ligne  C  AT. 

IV.  —  La  sommation  des  valeurs  de  C'A',  en  supposant  un 
nombre  infini  de  molécules  placées  en  ligne  droite,  donne  une 
quantité  finie,  correpondant  à  une  valeur  de  a?  =0,731,735  rf, 
(maximum  de  contraction  possible)  (voir  Note  III). 

V.  Si  on  prend  successivement  un  nombre  de  molécules 

1.  2.  6.  40.  20.  40.  oc 

On  trouve  pour  les  contractions  : 

1.  0,90         0,80  0,77  0,75  0,74         0.73 

qui  correspondent  à  une  somme  de  forces  attractives. 
0.  0,137        0,391        0,504       0,592        0,631      O.ftSS 


—  .191  — 

Il  suffit  donc  de  considérer  au  point  de  vue  graphit 
bre  de  molécules  pour  pouvoir  déterminer  le»  lo 
l'action  d'un  nombre  infini  de  molécules  placées  en  1 
en  vertu  de  la  proposition  VII,  celles  d'un  corps  ; 

VI. —  Si  on  considère  une  file  de  moléculess'étendai 
gauche  d'une  molécule  m,  il  existe  à  droite  de  cette  me 
même  droite  un  maximum  d'attraction  situé  à  une  disi 
et  le  minimum  delà  courbeost  placé  à  une  distance  1 ,47 

tance  ^  obtenue  quand  on  ne  considère  que  deux 

Note  IV). 

Cette  proposition  étant  étendue  aux  corps  solide 
sitiOQ  VII,  on  doit  considérer  les  oorps  solides  c 
d'une  auréole  attractive. 

VII.  —  L'action  d'un  corps  quelconque  formé  d 
lécules  parallèles  à  trois  plans  donnés,  sur  une  mol< 
M,  est  ta  même  que  celle  d'une  aie  de  molécul 
M  et  perpendiculaire  à  l'un  des  plans.  Elle  donw 
composantes  dirigées  suivant  des  perpendiculaires  i 
Ces  composantes  s'annulent  dans  le  cas  où  les  plac 
perpendiculaires  entre  eux  et  si,  en  même  temps, 
Note  V). 

VIII.  d  (distance  moléculaire)  est  une  Constante  de 
à-dire  a  la  même  valeur  pour  tous  les  corps  (voir  N 

Ces  préliminaires  étant  établis,  nous  allons  passeï 
de  ta  formule  en  distinguant  d'abord  deux  cas  : 
1"  Celui  ou  m  et  m'  n'ont  pas  de  vitesse  initiale  ; 
2°  Celui  ou  m  et  m  ont  une  vitesse  initiale. 


—  S92  - 

PREMIÈRE  PARTIE 

m  ET  m'  N'ONT  PAS  DE  VITESSE  INITIALE 

Pour  simplifier  la  discussion,  nous  diviserons  cette  première  partie 
en  deux  chapitres  : 

Chapitre  I  :  d  est  négligeable  par  rapport  à  x. 
Chapitre  II  :  d  n'est  pas  négligeable  par  rapport  à  x, 

CHAPITRE  PREMIER 
d  est  négligeable  par  rapport  à  x 

Dans  ce  cas,  nous  remarquons  que  nous  pouvons  mettre  la  for- 
mule sous  la  forme  suivante  : 

,,  mm'  rd 


„ ,    ,       ^^  mm  fd        .1 


Si  -  est  négligeable  par  rapport  à  T unité,  on  a  : 

//xv  «    y    1  ^,  m  M 

(2)  F,(x)=-K-^. 

Cette  expression  donne  : 

1°  La  loi  de   Newton  avec    toutes   ses   conséquences  et  parmi 
celles-ci,  ainsi  qu'on  le  sait; 
2<^  Les  lois  de  la  pesanteur  (voir  Note  VII). 

L'erreur  commise  est  égale  à  —,  et  Terreur  relative  n'affecte  que 

X 

la  troisième  décimale  si  on  prend  a?  =  i,000  d,  quantité  jusqu'à  pré- 
sent inaccessible  à  nos  mesures.  Il  faut  remarquer  toutefois  que 
si  on  néglige  t/,  on  doit  considérer  les  corps  comme  non  poreux  et 
m  et  m  sont  égales  aux  masses  totales  des  corps  considérés. 

CHAPITRE  II 

d  n'est  pas  négligeable  par  rapport  à  x 

Les  phénomènes  résultant  de  cette    hypothèse  étant  très  nom- 
breux, nous  établirons  les  deux  subdivisions  suivantes  : 

§  4,  on  ne  tient  pas  compte  des  valeurs  relatives  de  m  et  de  m; 
§  2,  on  tient  compte  des  valeurs  relatives  de  m  et  de  m'. 


ON  N£  TIENT  PA.S   COMPTE    DES   VALEURS  BELATIVES  DE   m  ET   D 

Propriétés  générales  de  la  matière.  —  Changements  d'éti 
Nous  avons  vu  que  l'action  des  molécules  d'un  corps  les  u 
les  autres,  mesurée  suivant  une  direction  donnée,  peut  être  r 
à  celle  d'une  file  de  molécules  équidistantes  (proposition  VI] 
aroDs  vu  également  qu'en  l'absence  de  force  ou  de  travai 
rieurs  suffisants,  ces  molécules  se  rapprochent  jusqu'à  une  d 
X  =:  0,73â73  d,  et  dégagent  chacune  séparément  un  travi 
à  la  surface  CLN.  (III  et  IV). 

Ce  cas  correspond  évidemment  à  celui  des  corps  solide: 
absolu  et  se  traduit  géométriquement  par  un  déplacement  p 
de  l'axe  des  x  de  0  en  0',  puisque  c'est  en  ce  dernier  po 
l'équilibre  a  lieu  entre  les  forces  attractives  et  répulsives  (flg 

CORPS  SOLIDES 

3°  Si  donc  on  fait  agir,  à  un  moment  quelconque,  une 
également  quelconque,  sur  un  corps  solide,  c'est-à-dire  sur 
de  molécules  qui  le  représente,  il  se  produira  un  déplacera* 
qui  engendrera  un  travail  déterminé  E.  Réciproquement,  il 
toujours  dépenser  le  même  travail  E  pour  produire  le 
déplacement  i  x,  ce  qui  permettra  d'établir  l'équivalence  dei 
nalurelles. 

4°  Des  portions  successives  de  la  courbe  pouvant  s'assimih 
lignes  droites  d'inclinaison  peu  variable,  jusqu'aux  environs  d 
T  (fig.  â),  il  en  résulte  que  le  rapport  de  l'allongement  de  la 
molécules  à  un  effort  extérieur  de  traction  est  à  peu  près] 
tionnel  à  cet  effort.  Toutefois,  ce  rapport  va  constamment  ei 
sant.  Au  point  T,  l'allongement  devient  infini  pour  une  trèi 
variation  de  l'effort,  ce  qui  caractérise  fa  rupture.  On  r< 
amsi  très  exactement  : 

Les  lois  de  Célasticité  de  rupture  représentée  par  la  formu 

Fli 
nue  I  ^  „  dans  laquelle  I  représente  l'allongement  total,  F 


—  594  — 

de  traction,  S  la  section,  L  la  longueur  et  i  l'allongement  de  Tunité 
de  longueur  sous  l'unité  de  charge. 

On  peut  du  reste  remarquer  la  parfaite  similitude  de  la  courbe 
K  T  avec  les  courbes  expérimentales  de  la  résistance  des  matériaux. 

5°  L'auréole  attractive  qui  existe  en  dehors  des  corps  (VI)  dimi- 
nue la  cohésion  des  molécules  superficielles  ;  par  conséquent,  une 
force  suffisante,  mais  inférieure  à  celle  qui  produirait  la  rupture 
des  molécules  intérieures,  fera  glisser  et  prendre  un  nouvel  état 
d'équilibre  aux  molécules  extérieures.  Dans  ces  circonstances,  les 
corps  sont  déformés  et,  par  suite,  ils  possèdent  :  une  limite  d'élasti- 
cité permanente. 

6**  Si  cette  action  est  prolongée,  toutes  les  molécules  pourront 
successivement  subir  ce  déplacement  et  nous  serons  en  présence  du 
phénomène  étudié  par  notre  Illustre  et  Vénéré  Maître  M.  Tresca, 
sous  le  nom  d'écoulement  des  solides. 

1^  Si  on  soumet  un  corps  solide  à  un  effort  de  compression 
croissant,  on  voit  qu'il  sera  promptement  désagrégé,  car  la  force 
répulsive  croit  rapidement  jusqu'à  l'infini  et  la  force  attractive  qui 
réunit  ses  molécules  a  une  valeur  finie. 

8°  Chaque  molécule  ne  recevant  d'action  répulsive  que  de  ses 
voisines  immédiates,  si,  par  un  artifice  quelconque,  on  enlève  une 
molécule  à  la  surface  d'un  corps  solide,  le  travail  latent  de  solidifi- 
cation sera  mis  en  liberté  ;  comme  il  ne  peut  s'anéantir,  il  se  tra- 
duira par  un  dégagement  de  chaleur  ou  d'électricité  produisant  ou 
capable  de  produire  un  travail  équivalent. 

Les  intensités  relatives  de  ces  deux  phénomènes  (dégagement  de 
chaleur  et  d'électricité)  paraissent  être  liées  entre^ëlles  par  la  diffé- 
rence de  conductibilité  des  molécules  intérieures  et  dos  molécules 
extérieures  moins  condensées.  Dans  tous  les  cas,  l'ensemble  des  faits 
est  connu  sous  le  nom  de  :  Loi  de  Joule. 

9^y  10°  Il  est  clair  que  si  des  forces  extérieures  exerçaient  leurs 
actions  sur  les  molécules  avant  l'application  d'une  nouvelle  force,  il 
serait  facile  de  tenir  compte  de  ces  actions  en  déplaçant  l'origino 
0'  d'une  quantité  représentant  la  valeur  de  ces  forces.  Ainsi  se 
trouve  démontrée  V influence  de  la  température  sur  les  coefficients  dé- 
lasticité  et  sur  le  dégagement  du  tnavail  qui  a  lieu  d'après  la  loi  de 
Joule, 


CORPS  LtOUlDES 

Fournissons  maintenant  à  chacune  des  molécules  m 
(%.  2}  le  travail  supplémentaire  C  L  N  indiqué  dans  la 
III  ;  nous  avons  un  nouvel  état  d'équilibre  correspondai 
liquide,  et  le  travail  C  L  N  représentera  la  chaleur  latent* 
Géoraétriqueraent,  l'axe  des  x  est  transporté  parallèle] 
même  à  une  distance  A  0"  ^  C  N.  Remarquons  en 
toute  contraction  a  disparu,  c'estrà-dire  que  les  molécu 
d'être  à  une  distance  0,73... d,  sont  à  une  distance  égal 

Un  examen  de  la  figure  ainsi  obtenue  donne  immédii 
visu,  les  lois  suivantes  : 

W"  La  œhésion  des  liquides  est  beaucoup  plus  faible  <, 
solides  puisqu'elle  est  représentée  par  l'ordonnée  Q  1 
plus  petite  que  l'ordonnée  K  L  qui  convient  aux  solides 

12"  Par  suite ,  rauréok  attractive  des  liquides  est  égi 
faible  que  celle  des  solides; 

13"  Leur  compressibilité,  quonfue  un  peu  plus  grande  ^ 
solides,  leur  est  comparable  ; 

14"  le  point  de  fusion  est  fixe  pour  chaque  substmux,  car 
par  une  valeur  déterminée  CN  de  l'ordonnée  de  la  co 

13"  La  fusion  comntencie,  la  température  des  corps  ne 
car  le  point  N  (Bg.  S)  ne  saurait  être  dépassé   sans 
d'état  (v.  pag.  6H).  A  partir  de  ce  moment,  tout  travai 
ne  peut  plus  servir  qu'à  rendre  l'équilibre  stable  et  pa 
séquent  à  l'état  de  calorique  latent  ou  potentiel  de  fu: 

ltt°  Les  tangentes  en  allant  du  point  A'au  point/(fij 
signe  contraire  à  celui  des  tangentes  de  /  à  7"  ;  il  s'ensuit 
négatif  de  ces  dernières  convenant  aux  dilatations^  le  <■ 
des  premières  indiquera  une  contraction;  par  conaéq 
première  addition  de  chaleur,  à  partir  du  point  de  fo 
liquides,  produit  une  contraction,  souvent  très  apprécie 
dana  le  cas  de  l'eau  {maximum  de  densité  de  l'eau)  et 
des  métaux  qui  flottent  sur  leur  bain  métallique  (platine, fc 
il°  Ainsi  que  nous  l'avons  remarqué  ci-dessus  (9° 
peut  se  rendre  compte,  par  un  simple  déplacement  de 
de  l'action  des  forces  extérieures.  On  en  dédoit  Vin, 
compression  sur  la  liquéfaction  et  la   solidification.  La  < 


—  596  — 

en  effet,  augmente  la  valeur  de  l'ordonnée  Qlty  et,  par  suite,  il 
faut  une  plus  grande  force  calorifique  pour  amener  les  molécules 
au  point  A^. 

CORPS  GAZEUX 

\S^  Fournissons  aux  molécules  ?n,  m',  m",  un  travail  égal  à  la 
surface  BPQ  ;  toute  force  attractive  sera  détruite  et  les  molécules 
deviendront  libres  les  unes  par  rapport  aux  autres.  Ce  phénomène 
répond  à  T'état  gazeux,  et,  la  surface  BPQ  représente  la  chaleur 
latente  de  vaporisation  ^  surface  beaucoup  plus  considérable  que  la 
surface  CLN  représentative  de  la  chaleur  latente  de  fusion. 

19^  Dans  le  cas  qui  nous  occupe,  l'origine  des  coordonnées  est  tranv 

portée  au  point  O*'  (fig.  2).  Au  moment  de  la  formation  du  gaz,  la  dis- 

3 
tance  moléculaire  devient  3  d  ainsi  que  l'indique  la  figure;  plus  exac- 
tement 1 ,4699  d  (VI),  on  pourra  donc  obtenir  des  gaz  d'un  volume  pfu 
différent  de  celui  des  liquides  qui  leur  ont  donné  naissance. 

Puisqu'il  n'y  a  plus  aucune  force  attractive  réunissant  les  molé- 
cules, Taction  des  forces  extérieures,  quand  l'équilibre  est  établi, 
devient  proportionnelle  aux  masses,  par  conséquent  le  coefficient 
d'extension  ou  de  compression  est  le  même  pour  tous  les  gaz  et  on  a 

AF 

—  =  a,  ce  qui  donne  ; 

20^  Si  on  considère  des  pressions,  la  loi.de  Mariotte. 
21®  Et  si  on  considère  les  forces  d'extension  telles  que  la  force 
calorifique,  l'équation  suivante  : 

a,  coefficient  de  dilatation^=constante, 

22^  Quand  les  molécules  d'un  liquide  sont  parvenues  au  point  Q, 
elles  ont  une  tendance  extrême  à  passer  à  Tétat  gazeux  puisqueo 
deçà  et  au  delà  de  ce  point  la  force  attractive  diminue.  La  vapeur 
se  formera  donc  en  empruntant  au  liquide  ou  aux  corps  environnants 
la  chaleur  latente  nécessaire  pour  rendre  son  équilibre  stable.  Il  n'est 
même  pas  nécessaire  que  le  corps  soit  à  l'état  liquide  pour  qu'il 
puisse  se  volatiliser.  Il  suffit  que  ses  molécules  superficielles  soient 
très  voisines  du  point  Q  et  que  l'extérieur  fournisse  un  travail  suf- 
fisant. Ce  phénomène  se  produira  donc  pour  les  corps  très  cassante 
et  exigeant  peu  de  chaleur  latente  (arsenic,  etc.). 


—  597  — 

23°  La  production  de  vapeur  aura  lieu  superflciella 
suite  lentement  si  la  force  résultant  du  travail  caloriâqu 
pable  que  de  vaincre  successivement  la  cohésion  des  molé< 
flcielles  (évaporation);  elle  aura  au  contraire  lieu  tumul 
(éfntlUlion)  si  cette  même  force  est  égale  ou  supérieureà  cel 
les  molécules  intérieures.  On  peut  remarquer  l'analogie  d( 
mènes  avec  ceux  résultant  de  l'élasticité  permanente  et  d< 
de  rupture. 

24"  Dans  un  espace  clos,  quand  l'équilibre  de  tem[ 
établi,  la  quantité  de  vapeur  formée  (tension  de  la  vap 
mesure  le  travail  calorifique  assimilable .  Cette  tension  es 
pendante  des  pressions  existant  anti^rieurement  dans 
conséquence,  si  plusieurs  liquides  émettent  des  vapeurs  d; 
enceinte  de  température  constante,  ces  vapeurs  atteindr 
sion  limite  qui  s'ajouteront.  (Loi  de  Dalton  sur  tes  vapeu 
25°  Dans  la  liquéfaction  'des  gaz,  il  faudra  d'abord  annul 
répulsives  extérieures;  par  conséquent  il  faudra  d'auta 
pression  que  la  température  des  corps  à  liquéfier  sera  ph 
26"  Si  le  travail  calorifique  incessamment  fourni  pai 
est  égal  à  la  chaleur  latente  dégagée,  le  gaz  ne  pourra 
quelle  que  soit  la  pression  extérieure  (voir  n°  19)  c'est  le\ 
du  gaz. 

27°  Puisque  l'on  peut  remplacer  les  corps  par  à< 
molécules  (Vif),  on  pourra  représenter  les  volumes  i 
par  la  formule  fcd  (1  -|-  i  x)  dans  laquelle  on  fera  suce 
t  =  0,73,  et  4a;  =0  pour  les  solides  auO  absolu,  c'e 
Tabsence  de  toute  force  ou  de  tout  travail  extérieur  ; 
k^i  ,00  et  iœ  =  0  pour  les  liquides  au  moment  de  leu 
fc^l,47  pour  le  gaz  et  4a;  quelconque,  puisque  d 
(i  -\-  iix)  est  inversement  proportionnel  aux  forces  ext^ 
II  suit  de  cette  remarque  que,  quel  que  soit  le  corp 
dana  un  volume  représenté  par  1000,  il  y  aura  : 

1"  -i.  - —  molécule,  d'un  corps  solide  au  0  absolu; 

2"  -■«Aqjt  moléculesd'un  liquide  au  moment  de  la  liqui 

o       **>W        ,,    ,      ^ 

lArto    ™ol™ules  des  gaz  au  moment  de  leur  forn 


—  698  — 

Pour  ces  derniers  et  quels  qu'ils  soient,  ^x  pouvant  être  quelconque, 
le  nombre  des  molécules  sera  toujours  le  même  dans  des  volumes 
égaux,  soumis  à  la  même  température  et  à  la  même  pression;  c'est 
la  loi  d'Ampère  et  d'Avogrado  étendue,  avec  certaines  restrictions, 
aux  solides  et  aux  liquides. 


^i, 


ON  TIENT  COMPTE  DE  LA  VALEUR  RELATIVE  DE  m  ET  DE  m 


GENERALITES 


f 


On  voit  que  dans  la  formule  générale 

,d  —  X 


F  (x)  =  Kmm' 


x^ 


on  ne  peut  faire  tw  ou  m'  égale  a  o  sans  annuler  F  (x),  ce  qui 
veut  dire  qu'une  masse  unique  dans  un  espace  indéfini  ne  pré- 
sente aucime  des  propriétés  principales  de  la  matière  ;  elle  ne  pos- 
sède en  effet  ni  poids  ni  porosité,  etc. 

Il  résulte  de  cette  remarque  que  la  formule  définit  les  corps 
(ainsi  que  nous  l'avons  déjà  dit  dans  la  note  V)  par  le  produit  de 
deux  masses  et  par  la  représentation  des  forces  attractives  et  ré- 
pulsives qui  s'exercent  entre  ces  masses. 

Pour  distinguer  ces  masses  élémentaires  des  atomes,  tels  qu'on 
les  comprend  en  chimie,  nous  les  appellerons  mia^ômes^  de  telle 
sorte  qu'un  atome  d'un  corps  quelconque  sera  composé  de  deux 
micrômes.  Il  devient  ainsi  insécable  par  définition,  puisque  chaque 
micrôme  pris  isolément  ne  possède  pas  les  propriétés  de  la  ma- 
tière telle  que  nous  la  connaissons. 

Prenons  deux  corps  différents,  Tun  formé  de  micrômes  égaux 
il/,  l'autre  de  micrômes  plus  petits  m,  remplaçons  ces  corps  pai* 
des  files  de  molécules  (VII)  placées  à  une  distance  d  les  unes  des 
autres  et  mettons  ces  deux  files  bout  à  bout  en  ligne  droite,  éga- 
lement à  une  distance  d  l'une  et  l'autre; 

Appelons  Yj^a  la  somme  négative  des  forces  attractives  du  corps 

•   M  considéré  sous  l'un  des  trois  états  ; 
Yffjï  celle  des  forces  attractives  de  m  dans  les  mêmes 

conditions. 
Yif,„  l'action  de  M  sur  m. 


\ 

\ 


—  599  — 

ta 

9  la  résultante  des  forces  extérieures  sur  M. 

o  la  résultante  des  forces  extérieures  sur  m  (voir  note  VIII). 

Il  n'y  aura  de  possible  que  les  trois  combinaisons  de  signes  sui- 
vants : 

(A)  —  Yjfn,<  — Yip  +  Y     et     <  — Ym2  +  <p' 

(B)  —  Yjf;n<  — YjP  +  ?      et      >  — Ym^  +  (p' 

(C)  _Yjf«>  — Yjp  +  9     et     >  — Y^.4.<p' 

(A.)  Les  liaisons  des  micrômes  M  et  celles  des  micrômes  m  ne 
sont  pas  rompues,  les  deux  corps  restent  donc  définis  par  leurs 
formules  ;  tout  se  borne  à  des  actions  superficielles  d'attraction, 
ce  sont  des  actions  de  contact. 

(B)  Dans  cette  hypothèse,  la  limite  d'élasticité  des  micrômes  m 
est  dépassée  ;  tout  se  passe  donc  comme  si  le  corps  m*  était  de- 
venu liquide,  et  nous  sommes  en  présence  d'un  phénomène  dedisso- 
lution. 

(C)  Sollicités  par  une  force  supérieure,  les  micrômes  il/  et  m  ne 
peuvent  rester  unis  à  leurs  homologues;  il  se  forme,  en  vertu 
de  la  prépondérance  de  l'attraction  dumicrôme  M  snv  le  jnicrôme 
m,  un  atome  représentant  un  corps  complètement  différent  des  deux 
premiers, 

ha  effet,  il  sera  défini  par  une  nouvelle  formule 

F,  (x)  =  KMm  — — 

d  ~~^  X 
différente  de  celles  des  deux  premiers  corps  F^  (j?)  =  KM*  — - — 

d  ~~"  oc 
et  F,  (a?)  =  Km* —.  C'est  le  fait  connu  sous  le  nom  de  combi- 

ûC 

naison  chimique. 

Nous  allons  examiner  successivement  plus  en  détail  ces  trois  cas 
particuliers* 

(a)  actions  de  contact. 

28**  Si  on  mélange  deux  liquides  de  même  densité,  ne  se  dissol- 
vant pas  et  ne  se  combinant  pas  entre  eux,  les  atomes  du  liquide 
qui  possède  la  plus  grande  force  attractive,  se  réuniront  ensemble 
et  tendront  à  prendre  incessamment  une  forme  symétri  que  par  rap- 
port à  un  atome  central,  c'est-à-dire  la   forme  sphériquo.    Nous 


j 


!  —  600  — 


I 


disons  :  tendront  incessamment,  car  Téquilibre  de  molécules  équidis- 
tantes  en  nombre  quelconque  sous  la  forme  sphérique  est  une 
limite  qui  ne  saurait  être  atteinte,  puisqu'on  ne  peut  placer  plus 
de  vingt  molécules  équidistantes  à  la  surface  d'une  sphère;  l'ico- 
saèdre  régulier  circonscrit  à  cette  surface  est,  en  effet,  le  polyèdre 
régulier  qui  présente  le  plus  grand  nombre  de  points  de  contact 
avec  elle. 

Cette  forme  sera  modifiée  aussitôt  que  Ton  mettra  en  contact 
avec  cette  sphère  un  corps  solide  quelconque,  (tel  qu'une  carcasse 
en  fil  de  laiton),  et  cela  en  vertu  de  Tauréole  attractive,  relati- 
vement considérable,  de  ces  corps.  (VI).  Ce  sont  les  résultats  tro^t- 
vés  par  M,  Plateau. 

29**  Supposons  le  corps  m*  à  Tétat  liquide,  et  le  corps  itf*  à  l'état 
solide,  on  aura  nécessairement  à  choisir  entre  les  deux  relations: 

qui,  d'après  la  démonstration  géométrique  de  Clairaut   indiquent  si 
le  liquide  mouille  ou  ne  mouille  pas  le  corps  M^. 

30®  La  variation  de  la  valeur  de  9  suffit  pour  changer  le  sens 
primitif  de  l'inégalité  ci-dessus,  ce  qui  montre  Tm/Zuence  de  la  pres- 
sion et  de  la  température  sur  les  phénomènes  capillaires. 

31^  Comme  corollaire  de  ce  que  nous  venons  de  dire,  si  on 
chauffe  un  liquide  dans  un  vase,  on  pourra  toujours  donner  à  5 
une  valeur  suffisante  pour  que  le  liquide  ne  mouille  pas  le  vase  et 
obéisse  à  l'action  de  ses  propres  molécules.  C'est  l'état  sphcrdidùl 
des  corps.  Dans  ce  cas,  la  surface  du  liquide  prend  des  formes 
remarquables  et  absolument  semblables  à  celles  qu'indique  le  calcul 
quand  on  considère  la  force  mutuelle,  comme  une  force  centrale, 
agissant  sur  une  molécule  extérieure  douée  d'une  vitesse  initiale. 
C'est  ce  que  nous  verrons  dans  la  deuxième  partie. 

32®  La  proposition  V  montre  que  l'action  attractive]est  à  peu  près  la 
même  pour  des  files  de  molécules  dont  le  nombre  de  molécules  pla- 

■ 

cées  à  une  distance  d  varie  de  40  à  00  .  Tout  se  passe  donc  comme 
si  la  force  capillaire  était  indépendante  de  l'épaisseur  des  corps. 

33^  Si  on  plonge  un  tube  capillaire  dans  un  liquide,  il  résulte  de 
la  loi  (32")  que  la  hauteur  h  de  dénivellation  est  indépendante  de 
l'épaisseur  du  tube  et  par  suite  on  pourra  écrire  immédiatement 
l'équation  d'équilibre  existant  entre  la  force  capillaire  du  tube,  pro- 


—  601  — 

portionneUe  à  sa  circonférence,  et  le  poids  de  la  colonne  de 
ayant  h  pour  hauteur. 

Es  appelant  D  le  diamètre  de  ce  tuba  et  3  la  densité  du  I 
on  aura  : 

i(-Y,.+Tl 
DS 
S'il  s'agissait  de  deux  lames  de  longueur  l  placées  à  une  d 
D,  on  aurait  de  même  : 

ii{  —  YMm  +  '!j  =  ma  h 

d'o,'.:  t  =  iiz:l£L±i) 

On  a  retrouvé  ainsi  toutes  les  autres  lois  de  la  cap 
déterminées  par  Laplace,  car  — Yjfm  -|-  9  n'est  autre  chose  c 
intégrale  17,  représentant  la  force  capillaire  «  qui  décroît  av 
»  extrême  rapidité  et  devient  insensible  quand  la  différence  (/)*< 
■  sensible  »,  intégrale  qui,  comme  on  le  sait,  sert  de  base 
ses  calculs. 

34'  Si  au  lieu  de  prendre  un  nombre  infini  de  micrômes, 
prend  un  nombre  assez  petit  pour  que  la  somme  des  ord 
—  Yn.1  -\-  f  devienne  plus  petite  que  —  Yj,^,  on  rentrera  dans  le 
c'est-à-dire  que  l'action  de  masse  du  corps  M' produira  la  diss 
du  corps  m'. 

35"  Si  on  construit  les  courbes,  on  voit  qu'il  y  a  un  dégaj 
de    travail  analogue  à  celui  développé  par  la  compression 
traduit  ainsi  que  nous  l'avons  vu  dans  la  loi  de  Joule  (8")  ' 
dégagement  de  chaleur  et  d'électricité.  Le  premier  de  ces 
mènes  a  été  observé  par  Pouillet. 

B,   DISSOLUTIONS,    niLDTIONS 

36°  Si  le  corps  est  à  l'état  solide,  tout  se  passant,  ainsi  qu 
l'avons  vu,  comme  s'il  devenait  liquide,  il  devra  emprunter 
lui-même,  soit  aux  corps  environnants,  la  chaleur  latente  née 
pour  rendre  son  équilibre  stable.  Il  y  aura  ainsi  une  première 

(1)  la  dllTércnce  f  représente  l'épaisaoïir  de  la  couche  eitéricute  du  ci 
Udc  qui  ^t  sut  le  li(piid«.  (V.  Laplace.  Capillaritâ.) 


I 


—  602  — 

d'abaissement  de  température  à  laquelle  s'ajoutera,  ainsi  que  nous 
allons  le  voir,  celle  de  la  dilution  du  nouveau  liquide  dans  l'ancieD. 

Dans  ce  cas,  les  actions  du  liquide  M^  sur  le  liquide  m*  sont  iden- 
tiques à  celles  qui  se  produisent  pendant  les  dilatations  de  ces  mêmes 
liquides;  il  y  a  donc  encore  absorption  de  chaleur. 

38°  Le  calcul  donne  pour  le  phénomène  de  saturatiouy  en  appelant       j 
N'  le  nombre  de  micrômes  capables  de  dissoudre  A^  micrômes  m  :  * 

En  effet  la  force  dissolvante  de  N'  micrômes  M,  résultant  pour  cha- 
cun d'eux,  pris  isolément,  de  l'action  ( —  Yj/^)  diminuée  de  l'attrac- 
tion ( —  Yjf2  -|-  9),  a  pour  valeur  : 

Dans  le  cas  de  saturation,  cette  quantité  doit  faire  équilibre  aux 
attractions  de  N  micrômes  m,  on  trouve  donc  finalement  Téquation 

N'  (-  Y^^  +Y^  -  <p)=  N  (-  Y^,  +  f  ) 
de  laquelle  on  tire 

Y^=  —  ? 

39®  Si  Y^j  a  une  valeur  relative  assez  grande,  c'est-à-dire  si  le 
corps  m  est  solide^  on  voit  que  la  solubilité  augmente  avec  les  valeurs 
de  <p  et  de  <p'  qui  peuvent  être  représentées  par  l'élévation  de  tempéra- 
ture. Ce  phénomène  se  produit  tant  que  le  numérateur  reste  positif 
ou  en  d'autres  termes  tant  qu'il  n'y  a  pas  de  combinaison  chimique. 

Il  suffit,  pour  s'en  convaincre,  de  remarquer  que  les  relations  rela- 
tives aux  actions  de  contact  et  de  dissolution  (A  et  B)  donnent 

Yj,f„»— Y,p+?>0 

tandis  que  'Y Mm  —  Yj/i  -f-  ?  <  0  convient  aux  actions  chimiques; 
par  conséquent,  pour  que  N  soit  >  0,  il  faut  que  Ynm  —  Yjp  -}-  9 
soit  positif,  car  Y^i  —  ?'  est  toujours  positif  tant  qu'il  s'agit  de 
corps  solides  ou  liquides. 

W  Si  Y,„s  est  très  petit,  Y^a  —  ?'  restant  positif  (corps  liquides), 
N  devient  très  grand,  par  conséquent  les  liquides  se  diluent  en 
grande  proportion  les  uns  dans  les  autres. 

41^  Dans  le  cas  des  gaz  la  formule  doit  être  transformée,  car  le 


dénominateur  devient  négatif  et  il  faut  par  snîte  c 
de  ?'. 
En  effet,  dans  ce  cas  Yn,>  ^  0,  on  a  donc 


et  N  est  négatif.  Pour  rendre  sa  valeur  positive,  il 
la  force  répulsive  9'  par  une  force  attractive,  ce  qu: 
mettre  le  gaz  à  une  pression  extérieure  ( —  <f',). 

D'après  les  considérations  des  n"'  20"  et  21"  on  a,  en 
pace  parcouru  sous  l'inâuence  de  la  force  ?' , 


(2)- 


■  -(-tJ 


mais  X  représente  aussi  le  volume  d'une  molécule 
par  suite,  en  appelant  «o  le  nombre  constant  (27")  de 
gaz  quelconque  contenu  dans  l'unité  de  volume  à  la 
sous  la  pression  f]  et  n,  le  nombre  contenu  à  la  temj 

la  même  pression,   on  a  les  deux  équations  (3)  n 

(i)  i  =  n„x;  éliminant  f],  Ho  et  œ  entre  les  équati( 
on  trouve  fînaJement  : 

>-         ,„  y  Mm  —  Yjp  4-  ç 

^^^  .(i+.,r  "• 

Par  conséquent,  les  gaz  sont  insolubles  dans  le  vit 
ce  cas  Ho  =  0. 

42°  Le  nombre  de  molécules  de  gaz  dissoutes  est  ] 
nombre  de  molécules  de  gaz  contenues  dans  l'unil 
sous  la  pression  7  (première  loi  de  Ûalton)  et  dimin 
pérature. 

43"  Quand  Yjfn,  —  Yj(i  -|-  ?  devient  très  petit,  c'i 
le  liquide  est  voisin  de  son  point  A'ébullition,  la  so 
également  très  petite. 

44"  La  formule  étant  indépendante  de  Y„ï,  il  s 
gaz  qui  n'exerceront  pas  d'action  chimique  les  uns  : 
dissoudront  indépendamment  les  unes  des  autres  (^ 

45"  Dans  le  cas  de  dissolution  de  plusieurs  corps  si 
dans  un  même  liquide,  il  faudra  au  contraire  (Y  „]  i 


—  Re- 
tenir compte  des  attractions  de  ces  corps  eiiti*e  eux.  Les  équations 
deviennent  alors  très  compliquées,  mais  il  suffit  de  remarquer  que 
la  solubilité  du  corps  m*,  par  exemple,  set'a  généraletnent  modifiée 
en  plus  ou  en  moins,  par  lu  présence  des  autres  corps  dans  la  dism- 
lution. 

On  sait  le  rôle  très  important  que  joae  ce  phénomène  dans  les 
analyses  chimiques. 

46°  Si  le  liquide,  saturé  à  chaud,  se  refroidit,  les  molécules  deve- 
nues insolubles  se  déposeront  de  préférence  sur  les  corps  solides., 
en  vertu  de  Tauréole  attractive  que  ceux-ci  possèdent. 

47®  Nous  avons  vu,  dans  la  proposition  VII,  que  tout  corps  solide 
pouvait  être  considéré  comme  donnant  trois  composantes  attractives 
(généralement  différentes),  suivant  trois  axes  déterminés .  Eu  con- 
séquence, les  molécules  qui  ne  peuvent  rester  dissoutes  par  suitede 
la  concentration  du  liquide  se  grouperont  proportionnellement  à 
l'intensité  de  ces  composantes  comme  la  limaille  de  fer  autour  des 
pôles  d*un  aimant.  Ces  molécules  prendront  donc  des  formes  géomé- 
triques ou  cristallines  que  Ton  pourra  rapporter  à  trois  axes.  Ces 
axes  seront  déterminés  parles  valeurs  relatives  de  3/,  m,  m.., 
c'est-à-dire  parla  composition  chimique  des  corps  (VII). 

48°  Il  est  clair  que  si  les  composantes  de  deux  corps  dissous  m 
et  m  sont  proportionnelles  entre  elles,  ces  corps  pourront  se  substituer 
ou  se  remplacer  pendant  l'accroissement  du  cristal,  à  la  condition, 
toutefois,  que  leurs  molécules  n'exerceront  ni  action  chimique  ni 
action  dissolvante  les  unes  sur  les  autres.  Dans  cette  dernière 
hypothèse,  les  corps  cristalliseraient  chacun  séparément.  En  d'autres 
termes,  pour  que  la  substitution  puisse  avoir  lieu,  il  faut  qu'il  n'existe 
entre  m  et  m  que  des  actions  de  contact. 

Si,  maintenant,  dans  un  composé  chimique  représenté  par  la  formule 

d  ^—  ce 
KMm  ,  M  est  relativement  grand  par  rapport  à  m,  on  voit 

Su 

que  si  l'on  substitue  à  m  des  valeurs  m',  m"...  de  même  ordre,  les 
composantes  varieront  peu  et  par  suite  les  différents  corps  Mm, 
Mm',  Mm",  etc.,  offrant  la  même  composition,  cristalliseront  dans  le 
même  système  (isoînorphisnié). 

(Nous  verrons  dans  les  applications  de  la  formule  à  la  chimie  com- 
ment a  lieu  le  polymœphisme). 

49*  Toute  modification  apportée  aux  composantes  les  affectant 


également  dans  le  sens  positif  et  dans  le  sens  néga 
(le  forces  mutuelles,  on  en  déduit  immédiatement 
des  cristauo!. 

50"  On  voit  que  toutes  ces  considérations  et  to 
D'infirment  en  rien  les  explications  des  phénomène! 
par  Liebig.  Elles  les  confirment,  aa  contraire,  en  < 
mathiquement  les  coDsidérations  sur  lesquelles  il  ] 

En  effet,  Liebig  explique  les  efifets  de  l'osmose 
f  les  membranes  absorbent  par  cohésion  des  quant: 
liquide.  »  Cette  cohésion  n'est  autre  que  l'auréole 
théorie,  en  in  di  quant  les  modifications  que  la  f 
combinaisons  chimiques  apportent  à  cette  auréole 
faits  que  l'explication  de  Liebig  était  impuissante  . 

51°  n  est  à  remarquer  que  l'action  de  masse  pei 
combinaisons  chimiques,  il  suffit  pour  cela  que 
crèmes  M  soit  suffisamment  petit  pour  que  la  som 
attractives  Yjfi  aoit  >  que  Yjfm  -!-  ?■ 

C.  —  ACTIONS   CHIMIQUES . 

52°  Nous  avons  vu  que  si  on  prenait  deux  aton 

définis  par  les  formules  KM' et  Km* el 

des  forces  extérieures,  on  avait  les  relations  : 

(a)  — Y«™>-Yjn  +  i> 
et 

(b)  -Y^„>-  Y™>  +  i>'. 

il  se  formait  deux  atomes  d'un  nouveau  corps  défi 
KMm — .  Nous  disons  d'un  nouveait  corps,  car  1 

étant  difiiérente  des  deux  premières  donnera  des  ci 
ticité,  des  chaleurs  latentes,  des  densités  et  par 
également  difi'érents. 

53"  On  voit  à  priori,  et  sans  qu'il  soit  nécessai 
les  courbes,  que  l'équilibre  existera  quand  l'ordonr 
représentant  la  force  répulsive  existant  entre  la  mi 
M  et  sa  voisine  immédiate  m  sera  égale  à  Y.,-j-  "Y 


—  606  — 

diminués  des  forces  extérieures  <j>  et  <p'.   Le  travail  produit  T  sera 
donné  par  Téquation  : 

(4)  ^^Mm-  6Y^,  -  6 Y„,  +  C  (^  +  ç')  +  T  =  0. 

54^  Si  les  valeurs  algébriques  de  9  et  de  <p'  varient,  elles 
pourront  changer  le  sens  des  inégalités  (a)  et  (b).  Dans  ce  cas, 
la  combinaison  sera  détruite,  il  7  aura  dissociation.  Dans  les 
espaces  clos,  s'il  se  dégage  des  gaz,  leurs  pressions  s'ajouteront 
aux  valeurs  de  <p  et  de  ^'  et  quand  la  somme  atteindra  une  valeur 
convenable  pour  changer  le  sens  des  inégalités  (a)  et  (b),  le  phé- 
nomène s'arrêtera;  c'est  la  tension  de  dissociation  de  MM.  Sainte- 
Claire-Deville  et  H.  Debray. 

55^  En  additionnant  les  deux  inégalités  (a)  et  (b)^  on  voit  qu'il 
faut,  pour  qu'il  j  ait  dissociatiofi  ou  décomposition  chimique^  que  la 
somme  algébrique  —  SF^m  —  ?  —  ?'  soit  plus  petite  ou  au  moins 
égale  à  —  Yj^  —  Y„»„  et  que  l'extérieur  fournisse  ou  reçoive  un 
travail  égal  à  celui  produit  pendant  la  combinaison.  Il  suit  de  cette 
remarque  que  dans  Vélectrolyse^  le  nombre  de  volts  disponibles, 
(représenté  par  l'ordonnée  9  -j-  <f)  indique  si  la  décomposition  est 
possible,  et  que  le  nombre  de  volt-ampères  dégagés,  ou  travail, 
détermine  le  poids  de  la  matière  décomposée, 

86*  Pour  examiner  les  combinaisons  de  plusieurs  corps  simples,  il 

d  ^"^  ce 
suffira  défaire  dans  F(x)=KMm — 5 — ,  Mm=  u*  et  d'opérer  comme 

ci-dessus  avec  une  nouvelle  molécule  m.  Il  faut  seulement  remarquer 
que  le  travail  ^Y'Mm  =  —  ÇY^„ayantunevaleur  finie  (voirNote  111), 
on  nepeut  obtenirindéflniment  des  combinaisons  d'une  masse  M  avec 
des  masses  m,  m',  m'....  Le  maximum  est  donné  par  la  valeur  entière 
de  N  dans  la  relation  : 

57®  En  considérant  les  places  que  M  et  m  peuvent  occuper  à  droite 
ou  à  gauche  l'une  de  l'autre  (flg.  3),  suivant  la  valeur  des  forces 
extérieures  9  et  9',  on  remarque  que  ces  deux  masses  peuvent  donner 
lieu  à  2  valeurs  de  T,  car  la  valeur  de  l'espace  parcouru  A  x  est 
différente.  Par  conséquent  le  même  corps  composé  de  deux  micrômes 
difi'érents  M  et  tn  peut  avoir  deux  chaleurs  latentes  de  combinaison 
différentes  et,  par  suite  des  composantes  suivant  trois  axes  également 


—  607  — 

différentes  (VII).  Ils  sont  donc  susceptibles  de  prendre  deux  formes 
cristallines.  En  étendant  cette  observation  à  plusieurs  micrômes  (56®) 
on  trouve  le  polymorphisme  des  substances . 

58°  Le  travail  T  étant  indépendant  du  temps,on  voit  que  la  combus- 
tion vive  et  la  combustion  lente  produisent  la  même  quantité  de  cha- 
leur. 

59*",  60®,  61°  Dans  le  cas  des  gaz  6  Yj^j  et  ©  Y^j  deviennent  égaux  à  0 
puisque  Y^,  et  Y„„  sont  eux-mêmes  égaux  à  0.  On  sait,  d'autre  part, 
que  les  molécules  étant  très  éloignées  les  unes  des  autres^  Yj^^  ^^^ 
négligeable.  En  conséquence,  pour  que  Téquation  du  travail  puisse 
être  satisfaite,  il  faudra,  comme  dans  la  dissolution  des  gaz,  changer 
le  signe  de  la  somme  9  et  9,  c'est-à-dire  ramener  les  molécules 
gazeuses  à  une  distance  suffisante  pour  que  6  Yj^m  prenne  une  valeur 
convenable. 

Cet  effet  s'obtiendra  : 

1®  Par  une  pression  extérieure; 

S*»  Par  le  choe  produit  par  une  force  répulsive  extérieure,  telle  que 
celle  résultant  du  travail  dégagé  par  un  corps  en  ignition; 

3**  Par  Vauréole  atii*active  d'un  corps  solide  condensant  suffisam- 
ment les  gaz  à  sa  surface. 

On  comprend,  d'après  les  explications  antérieures, -que  ce  phéno- 
mène se  produira  d'autant  plus  efficacement  que  le  corps  sera  plus 
dense  et  plus  divisé  ou  plus  poreux  (force  catalytique). 

62**  L'équation  du  travail  appliquée  aux  combinaisons  de  plusieurs 
micrômes  montre,  ainsi  que  l'a  formulé  M.  Berthelot,  qu'il  se 
développera  toujours  le  travail  ma>ximum  possible  dans  les  conditions 
de  l'expérience.  Cette  loi,  comme  on  le  sait,  comprend  celles  de  Ber- 
thoUet,  convenablement  modifiées.  Il  est  toutefois  à  remarquer  que 
l'un  des  deux  corps  formés  peut  absorber  un  travail  plus  grand 
que  le  travail  T  à  la  condition  que  le  second  fournisse  la  différence. 
Le  phénomène  inverse  se  produira  évidemment  lors  de  la  dissocia- 
tion. 

63®  La  valeur  de  d  étant  une  constante  de  la  nature,  et  les  corps 
étant  définis  par  l'action  de  deux  micrômes,  on  peut  dire  que  ceux-là 
sont  tous  composés  d'un  nombre  pair  de  micrômes. 

Si  on  prend  pour  unité  de  volume,  celui  d'un  micrôme  (loi  d'Am- 
père et  d'Avogrado  27^),  on   peut  également  dire,  que  tous  corps 


—  608  — 

simples  sont  représentés  par  deux  volumes,  et  les  corps  composés  par 
un  nombre  pair  de  volumes. 

Par  conséquent  : 
un  volume  se  combinant  avec  un  volume,  donnera  d^uo;  volumes;  un 
volume  avec  deux  volumes  donnera  encore  deux  volumes,  etc. 

C'est  la  bi  des  volumes  et  par  suite  celle  des  équivalents  et  des  pro- 
portions multiples. 

En  résumé,  la  formule  générale  proposée,  en  donnant  d'une  part, 
pour  la  force  répulsive  exercée  entre  une  molécule  et  sa  voisine 
immédiate  une  valeur  variant  de  o  à  oo  ,  et  en  donnant  d'autre  part 
des  valeurs  finies  pour  la  somme  des  forces  attractives  d'un  nombre 
infini  de  molécules,  ainsi  que  des  valeurs  également  finies  pour  la 
somme  des  travaux  de  ces  mêmes  forces,  cette  formule,  disons- 
nous,  nous  a  permis  d'établir  avec  les  plus  grandes  facilités  un  grand 
nombre  des  lois  de  la  physique  et  de  la  chimie. 

Nous  allons  terminer  cette  première  partie  par  l'étude  des  chaleurs 
spécifiques. 

CHALEURS   SPÉCIFIQUES 

Remarquons  que  :  dire  que  la  température  d'un  corps  a  été  élevée 
de  1®,  c'est  dire  que  les  molécules  composant  l'unité  de  volume  de 
ce  corps  ont  reçu,  par  l'intermédiaire  de  la  chaleur,  un  travail 
équivalent  à  celui  nécessaire  pour  augmenter  d'une  quantité  cons- 
tante (x),  l'unité  de  volume  d'un  gaz  simple  quelconque  à  la  pres- 
sion constante  Pq. 

Cette  définition  n'est  en  réalité  que  celle  du  thermomètre  à  gaz, 
le  seul  appareil  qui  mesure  exactement  les  températures  par  suite 
delà  constance  de  la  valeur  de  x  {H^), 

On  a  donc,  en  appelant  r  cette  quantité  et  E  l'équivalent  méca- 
nique de  la  chaleur  : 

yE  =  aPo    d'où     Y  ==  constante. 

Si  p  est  le  poids  atomique  d'un  corps,  V  son  volume  apparent  et 
kd  (1  +  A  x)  son  volume  moléculaire  (27'*),  on  aura,  en  appelant  ^  k 
poids  de  l'unité  de  volume  apparent  : 

^^.*d(l  +  Aa:) 


—  609  — 

En  divisant  y  par  ce  poids,  le  quotient  d' 
leur  nécess^re  pour  élever  l'unité  dô  poids 
cifique  C,  on  a  donc  : 

c  = -TTir-nr-.    ^'o"   pc  = 

pkd  (1  -f  Aj)  '^ 

Remarquons  maintenant,  qu'à  l'état  de  1 
molécules  sont  à  ana  distance  d,  et  appels 
respondant,  (1g  même  pour  tons  les  corps  s 
mesurée  entre  les  changements  d'état,  S 
dilatation  ou  de  contraction  à  partir  de  1' 
on  pourra  écrire  : 


ce  qui  donne  : 


(I) 


kd  (1  +  Aa;) 
ou  en  réunissant  les  constantes  : 


'  k    '    i  +  Aûs 

Si  dans  cette  formule  on  fait  t  x^=  o, 
la  loi  Bulong  et  Petit  ^nsi  modifiée  et  éten< 

64°  Le  produit  des  poids  atomiques  de: 
chaleur  spécifique  est  un  nombre  constat 
corps. 

Ce  nombre  est  inversement  proportionne: 
1 ,00  et  1 ,47  suivant  qu'il  s'agit  de  l'état  so 
liquide  parfait,  ou  de  l'état  gazeux  (voir  2' 

Si  on  prend  la  moyenne  de  k   pour  le! 
(0,865),  ce  qui  correspond  à  peu  près  au 
ces  corps,  et  si  on  les  compare  à  celle 
que  ce  dernier  nombre  doit  être  un  peu  ] 
du  premier. 

L'expérience  a  donné  d'après  Wurtz  6, 
mettrons  d'insister  sur  ce  résultat  qu'auci 
pUqaé  jusqu'à  ce  jour. 


—  610  — 

6S^,  66<^  La  formule  (2)  indique  encore  la  relation  qui  existe  entre 
les  chaleurs  spécifiques  et  la  température  ou  Vélasticité. 

1  +  Ad6 

67°  Si  le  volume  du  gaz  est  constant,  la  fraction-r— ; — : — sera  cons- 

tante,  par  conséquent  la  chaleur  spécifique  des  gaz  à  vohitne  constanl 
est  constante. 

68°  Pour  passer  des  corps  simples  aux  corps  composés,  il  suffira 
de  faire  dans  la  formule  (i)  P  =  Poids  atomique  du  corps  considéré 
et  Vi  =  son  volume  apparent. 

On  aura  ainsi  en  posant  A'  =  -^-7— 
d'où  : 

'^^-  k    •      l  +  Ax- 

Cette  formule,  appliquée  aux  gaz,  démontre  les  deux  lois  de 
Duleng  sur  les  capacités  des  gaz  composés,  lois  ainsi  énoncées  par 
lui. 

69^  «  1^  Les  gaz  composés  de  gaz  simples,  qui  dans  leur  réunion 
»  ne  sont  pas  condensés,  ont  une  même  chaleur  spécifique  rapportée 
»  au  volume  que  les  gaz  simples  ; 

70®  «  2*>  Les  gaz  composés  dans  la  formation  desquels  il  y  a  une 
))  même  condensation  des  gaz  constituants  ont  des  chaleurs  spé- 
»  cifiques  égales,  quoique  très  différentes  de  celles  des  gaz 
»  simples.    » 

71°  S'il  n*y  a  pas  eu  condensation,  on  a  d'une  manière  générale, 
en  appelant  n^  n',  n'^^  le  nombre  d*atomes  combinés  et  p,  p',  p'  leur 
poids  atomique. 

P  =:np-\-  ny  -f"  ^"p"  +  •  •  •       ®^      ^'i  =  ^^\  +  '^'^'i  +  . . .  =  Ny,, 
tnais  PC  =  -5^  .  -j^^-  =  —  j^ç^  or.  .N  =n  +  n'+«  +... 


1  +/  Sj9 
Éliminant    N  >    et   l'cmarquaut  que   ^    ^    ,    ^ —  =  JBC  ==  pc"  =  ■  ; 


—  611 

On  a  Haalciueiit,  k  la  variation  de  i 


PC 


_  (nA  +  n'  A  +  . 


C'est  la  loi  de  M.  de  Wœestyn  et  de 

Ett  résumé,  nous  retrouTons  tou 
ques  et  leurs  anomalies  apparentes. 

De  ce  qni  précède ,  il  résulte  q 
corps  solides  étaient  foritaés  de  gr( 
(ou  atomes)  placés  au  0  absolu  à  i 

Le  premier  effet  de  la  chaleur, 
Heures,  est  d'augmenter  la  distanct 
jusqu'à  ce  que  les  atomes  viennent  1 
autres.  Arrivés  k  ce  point,  l'action  d 
micrôme  considéré  s'oppose  à  un  1 
extérieur,  s'il  continue  à  affluer,  et 
passant  à  l'état  latent,  phénomène 
par  un  changement  d'origine  des  c 

Les  mêmes  remarques  sont  ident 
des  corps  de  l'état  liquide  à  l'état  g 
tangent  au  point  minimum  des  coui 


II»  PAI 


En  imprimant  au  système  mm'  u 

celle  de  la  masse  m,  nous  n'aurons  ; 

tive  V  de  la  masse  m'.  Cette  vitesse 

g  1.  Dana  le  sens  de  la  droite  qui 

g  2.  Obliquement  à  cette  droite. 

§1 

Ce  premier  cas,  dont  l'expositioi 

choc,  le  travail  élastique  et  les  dif 

des  limites  que  nous  nous  sommes  i 

nous  contenterons  de  donner  l'équi 


—  642  — 

pour  le  parcours  d'un  espace  x  et  Téquation  de  la  vitesse  v  avec 
une  application. 
Il  suffit,  pour  avoir  la  valeur  du  temps  T,  de  remarquer  que 

F  (x)  =  Kmm'  -^  =  ^'  ^ 

Intégrant  2  fois  et  faisant  partir  les  origines  de  5  pour  éliminer 
les  deux  constantes,  on  a  immédiatement  : 

« 

T  est  donc  représenté  par  les  ordonnées  d'une  parabole  divergente 
(flg.  4),  qui  se  confond  avec  une  seconde  parabole  cubique  T»  =  as^, 
quand  d  devient  négligeable  par  rapport  à  x.  En  effet,  on  trouve 
pour  X  =  iOOd,  a  =  2,03  et  pour  a?  =  oo  ,  a  =  2. 

On  peut  donc  dire  qu'à  partir  de  100  distances  moléculaires,  les 
carrés  des  temps  sont  proportionnels  aux  cubes  des  distances,  (ana- 
logie avec  la  3®  loi  de  Kepler). 

Nous  venons  de  voir  que  la  valeur  du  temps  était  donnée  par  la 

1     1 

relation  T*  =  ^  ^  (a?  -f-  d)'  (2  ^  —  rf).  En  différentiant  cette  équation 

^  ce 
on  obtient  la  valeur  de  -=.  c'est-à-dire  la  vitesse  moléculaire  en  fonc- 

tion  de  K,de  m  et  de  a?.  Toutefois, il  est  plus  simple  de  prendre  la  formule 
du  travail  compté  à  partir  de  5  (voir  Note  II)  et  de  l'égaler  à  la  demi- 
force  vive  de  la  molécule  m  ;  on  a  ainsi  : 


d'où  : 


Kwm  —^ — -—  =  ~  m  v* 
2x«  2 


(3j  V-  =  Km  ^^LlL^. 


on  voit  que  la  vitesse  relative  est  indépendante  de  la  masse  en  mou- 
vement relatif  et  ne  dépend  que  de  celle  qui  est  en  repos  relatif 
(Chute  des  corps).  C'est  la  traduction  algébrique  du  principe  de  l'in- 
dépendance d«s  petits  mouvements. 


Divisant  (3)  par  F  ==  Km  m  - 

v^ {ix  —  d)  X 

!■'         m'  {d  —  x) 

Telle  est  la  formule  générale 
fonctioQ  de  la  force  élastique. 

72°  Comme  application,  cherci 
ébranlement  moléculaire,  tel  qui 
Pi  et  à  la  température  t . 

F,  représentant  de  la  force  éh 
contraire  à  P,  on  peut  donc  écrii 
dénominateur  par  x  : 

—  I 


ou,  en  négligeant  la  valeur  de  - 
du  gaz),  ce  qui  donnera  la  vitesse 

mais  m'  représente  la  masse  d'ui 

(/;  à  l'état  gazeux,  ce  micrômc  m 

ment  1,47  d  (27")  et,  sous  la  près 
appelant  m"  la  masse  gaze.ise  ce 


D'autre  part,  en  appelant  Do 
atmosphérique  Pu  et  à  la  tempér. 


mais  Po=  0'°76XA,i  étant  la  d( 
on  a  finalement  : 


—  614  — 

qaantite  très  rapprochée  en  niains  de  330'>70  donnés  par  les  expé- 
riences de  Kegnault. 

La  formule  de  Newton  ne  donnait  que  la  quantité  contenue  sous 
le  radical,  soit  279»33. 

73^  Si  on  voulait  chercher  la  vitesse  du  son  dans  les  liquides  et 

F  Cix-d) 
les  solides  il  suffirait,  dans  la  formule  «'  =— ;  -^ — -  x.  de  substituer 

m    d-x 

P  P 

à  ni  sa  valeur  —  et  de  remarquer  que  -  =   p  poids  de  l'unité  de 

.7  ^ 

longueur,  ce  qui  donne  : 

f  —      E    2ar  — d 
^  p  '    d  —  X 

D'autre  pai%  si  on  appelle  t  rallongement  par  unité  de  poids  de 
Tunité  de  longueur  et  /  celui  de  Tunité  de  longueur  sous  Taction  du 
poids  f,  on  aura  : 

L'allongement  dû  à  la  force  élastique   F  par  unité  de  longueur 

est  évidemment    égal  à  ,  ce  qui  donne  la  relation 

„  .       d  —  X 
F  t  =  

Substituant  dans  Téquation  ci-dessus  on  a  : 

c*  =  y'  (2 ),  mais  dans  les  solides  et  les  liquides  -  est  à  peu 

g 
près  égal  à  1 ,  on  retrouve  donc  la  formule  de  Laplace  t*  =  -t. 

En  effectuant  les  calculs,  on  trouve  que  la  trajectoire  exprimée  en 
coordonnées  polaires  est  donnée  par  Téquation  : 

s  (l  4"  *  ces  yc  co)  =  ^ 

dans  laquelle  p  est  le  rayon  vecteur^ 
X  et  ^  des  coefficients  constants  et 


rc^Y 


^    K'«  • 


—  615  - 

Dans  cette  deniière  équation,  K,  M  et  (/  ce 
ordinaires  et  K'  représente  l'aire  di^crite  par 
dant  l'unité  de  temps  (voir  Note  IX). 

74°  Si  nous  négligeons  la  valeur  deJ,  i/,,-  j^ 
retrouvons,  ainsi  qu'on  devait  s'y  attendre,  la 

75"  Si  \U=.i  -\-  £.,  î  étant  très  petit ,  d 
courbe  de  second  degré,  dont  le  rayon  vectei 
en  produisantun  mouvement  de  précession  (flg 

l'analogie  delà  force  —  avec  les  forces  pertu 
troisième  degré,  qui  agissent  sur  les  mouvem 
7(3"  Si  \/c  =  H,  H  étant  un  nombre  queU 
plusieurs  unités,  la  trajectoire  est  représenté 
dique  autour  d'un  cercle  ayant  po  pour  rayon 
valeurs  de  p  sur  p»  varient  comme  les  rayor 
conique  dont  l'équation  serait  f  (1  -j-  a  cos  «>') 

!■)'  :=  nt'i. 

Tout  se  passera  donc  dans  l'espace,  con 
mouvait  sur  des  surfaces  de  second  degré 
rances  à  la  surface  d'une  sphère  qui  tourn 
d'un  dp  ses  diamètres,  pris  comme  axe 
Le  mouvement  des  liquides  à.  l'état  xphér 
idée  de  ce  phénomène. 

Toute  force  i-xtérieure  de  direction  c^ 
sphère  et  ses  protubérances  ;  mais,  comme 
celles-ci  tant  que  n  conservera  sa  valeur, 
annuler  en  même  temps  leurs  projections  si 
culairos. 

Si  »  est  très  grand,  c'est-à-dire  si  c/  a  i 
iative  par  rapport  à  l'unité,  nous  nous  tro 
vibrations  interparticulaircs  qui  correspon<J 
mineuses  et  caloriâques. 

D'après  les  expériences  de  M.  Jaussen,  1 
j-orbent  les  vibrations  calorifiques;  d'autre 
nique  ne  peut  se  produire  que  dans  la  < 
c'est-â-dire  du  rayon  vecteur;  ceci  revient 
quf-  la  chaleur  est  due  aux  vibrations  longî 


—  616  — 

tout  à  l'heure  comment  notre  système  vibratoire  permet  d'expliquer 
la  polarisation  et  la  double  réfraction  avec  la  propagation  dans  le 
sens  du  rayon. 

Ces  remarques  nous  autorisent  à  considérer  l'œil  comme  un 
appareil  analyseur ^  percevant  les  vibrations  transversales  entre  cer- 
taines limites  et  dans  lequel  les  protubérances  s'aplatissent  per- 
pendiculairement au  rayon  lumineux. 

77^  Tout  se  passe  donc  comme  si  la  lumière  se  propageait  par 
des  vibrations  perpendiculaires  à  la  direction  du  rayon,  et  la  MU- 
rence  entre  les  longueurs  d'ondes  tiendrait  à  la  projection,  avec  la 
même  vitesse,  sur  la  rétine,  des  protubérances  d'une  vibration 
complète. 

78°  Il  est  évident  qu'en  ne  considérant  que  la  projection  d  une 
seule  protubérance,  on  retrouvera  toutes  les  formules  de  Fresnel 
relatives  à  la  théorie  des  ondulations. 

79^  Les  objections  que  Ton  avait  faites  jusqu'à  ce  jour  aux  idées 
de  Cauchy  sur  la  propagation  de  la  chaleur  par  des  vibrations 
longitudinales,  consistaient  en  ce  que  la  chaleur  se  polarise  et 
éprouve  la  double  réfraction;  mais,  dans  le  cas  du  mouvement 
vibratoire  exposé  ci-dessus,  n  étant  plus  grand  que  l'unité,  on  ne 
peut  annuler  la  vibration  suivant  deux  axes  sans  les  supprimer  sur 
ïe  troisième  :  il  en  résulte  que  la  polarisation  peut  déterminer  des 
phénomènes  identiques  pour  la  lumière  et  pour  la  chaleur. 

80°  Il  en  est  de  même  pour  la  double  réfraction.  Les  résis- 
tances dues  aux  auréoles  moléculaires  et  aux  composantes  des 
cristaux  à  un  ou  deux  axes  déterminant  la  décomposition  des 
ondes  lumineuses  en  deux  systèmes  ondulatoires,  existent  aussi 
pour  le  troisième  axe  dirigé  suivant  le  rayon.  Par  suite,  on  doit 
considérer  la  double  réfraction  de  la  lumière  aussi  bien  que  celle 
de  la  chaleur;  les  nouvelles  composantes  transversales  et  longi- 
tudinales pouvant  être  ramenées  par  une  rotation  convenable  du 
cristal  dans  doux  places  perpendiculaires,  on  obtiendra  deux  rayofis 
de  lumière  et  de  chaleur  polarisés. 


NOTES  JUSTIFICATIVES 


Note  I 
Soit  la  forimile  :  y  = . 

L'ordonnée  y  représente  la  force  attractive  ou  répulsive,  suivant 
que  X  est  plus  grand  ou  plus  petit  que  d.  En  différentiant  deux 
fois,  nous  aurons  trois  relations  : 

On  voit  ainsi , en  ne  considérant  que  les  valeurs  positives  de  x  (les  seu- 
les qui  nous  importent),  que  la  courbe  part  de  j/  ==  -|-  oo  pour  a?  =  0 
(ftg.  1),  coupe  l'axe  des  x  pour  ar  =  cf,  présente  un  minimum  quand 

X  =  ^  rf  et  un  point  d'inflexion  pour  a?  =  2  d  ;  puis  les  valeurs  de  y 

^» 

continuent  à  être  négatives,   la  force  restant  attractive,  et  Ton  a 
if  =  0  pour  .T  =  x> . 

(Extrait  des  Comptes  Rendus,  30  juin  IHS4.) 

La  différentielle  seconde  montre  que  depuis  a?  =0  jusqu'à  a? =2d. 
la  courbe  tourne  sa  convexité  vers  Taxe  des  x,  et,  que  depuis  xzzzid 
jusqu'à  a?  =  00  ,  elle  tourne  sa  concavité  vers  ce  même  axe. 

L'équation  de  la  tangente  en  un  point  x'  //',  est  donnée  par  l'équa- 

^ix'  —  M 

iion  y —  y  =  — ^^ (.r  —  x). 

Quand  on  fait  x=()  et  qu'on  remplace  y'  par  sa  valeur,  on  trouve: 

id  —  3x 

quantité  qui  s*annule  pour  x'  =  ±  oo  ,  d'où  Tga  =  0. 
Par  conséquent,  la  courbe  est  assymptotique  à  l'axe  des  x. 


ment  ^n  fi 
.  3a 


(juantité  qui  s'annule  pour  x'  :=  0,  d 
Par  conséquent,  la  courbe  est  é 


Note  : 

Si  nous  faisons  maintenant  la  quac 

/î,Oa:  =  l(l-^)+C,ceqmn( 

./  ï''^^*'-     J  *'''*  =  â7 

lieftquelles  on  tire  /  ytx-\-  f    y\ 


KOmme  des  travaux  de  la  force  répuis 

est  égale  à  la  somme  des  travaux  de 
jusqu'à  jî  =  -j-3c  . 

(Extrait  des  Com 


Note  1 

Effectuons  le  calcul  pour  une  fllt 
en  ligne  droite.à  la  gauche  de  la  moli 
unes  des  autres.  Soit  e  la  quantité  do 
prochées  sous  l'action  de  leurs  attra< 
sera  la  seule  qui  exercera  sur  m  une 
sera  donnée  par  la  substitution  de  t 
donc,  en  allant  de  gauche  à  droite. 

Force  répulsive  pour  cc^  (d  —  e 
Force  attractive  pour.r  ^h  (d  — 


—  620  ^ 

Remarquant  que  la  valeur  de  la  force  répulsive  doit  faire  équilibre 
à  la  somme  des  forces  attractives  depuis  2 d  jusqu'à  nd^  nous  aurons: 

(d  — e)«     ""i^2     H'(rf  — e.)»    '    ^  ^^^   ^,     n'(d  — e)»    ~  ' 
mais, 

^  ^     Zji     „3  (d  ^  e)»    ~  (d  —  6)«^<  71'       (d  ~  e)«^ «  n« 

D'après  les  formules  connues  de  Tintégration  des  puissances  inver- 
ses, nous  avons: 

2"*  i  =  1 ,202058. . .    et     V  "  i  =  1 ,6449340. . . 

ce  qui  donne  (d  —  e)  =  0,731735  d. 
Cette  valeur  correspond  à  une  force  répulsive  égale  à  0,68793  ot 

à  un  travail  négatif  égal  à  0,0684793..  ^. 

Pour  avoir  la  somme  des  travaux  positifs,  il  suffira  de  faire  la 
quadrature  û  de  la  courbe  pour  a?  =  2d,  3d^  ...,  nd,  et  d'en  retran- 
cher la  somme  des  valeurs  pour  j?  =  2d —  e,  3d  —  e,  ...,  fid  —  f. 

4        1 
On  a,  pour  l'expression  générale  de  Û,  en  faisant  d=  1  :  û  =  —  —, 

1  1 

(voir  note  II)    et,  pour   celle   do  û'       û'  z= •^, ; 

le  travail  positif  depuis  2  jusqu'à  n  sera  donc 

âL    -^8  (n  —  e)*  ^-^2  n*J      Z^^n^^^n  —  è 

Il  est  très  facile  d'obtenir  par  la  formule  de  la  sommation  des 
puissances  inverses,  la  valeur  de  la  quantité  comprise  entre  paren- 
thèses.   Il   n'en   est   pas  de  même   pour   les   séries  harmoniqut'S 

-  et  V   .  Pour  les  transformer,  nous  remarquerons  que 

lie  t 

=  —. :,  quantité  que  nous  remplacerons  par  — - 

avec  une  erreur  que  Ton  pourra  rendre  aussi  petite  que  l'on  voudra 
en  calculant  directement  un  certain  nombre  de  valeurs  de  n  (l'en'eur 

est  en  effet  plus  petite  que  -^V 

En    calculant     directement     les     neuf    premiers     termes    do 

Zu ^      nous  avons  eu  pour  valeur  du  travail  total  positif 


avec  six  décimales  exactes  0,n5i!;)6,  quantité  environ 
grande  que  le  travail  négatif  correspondant. 

Il  faudra  donc  fournir  un  tra™l  égal  à  0,175396  — 
0,lO6SO3  pour  faire  passer  les  molécules  de  l'état  de 
complet  (solide  au  0  absolu)  à  l'état  d'équilibre  (liquidt 
fait). 

(Extrait  des  Comptes  Rendus,  30 


Appelons  »  la  somme  des  forces  attractives,  on  aur 
formule  (1)  de  la  note  précédente  : 

d'où  : 

_        i        hy'^  3d     yM-| 

((/  —  cf  l.    ^i  «'       (d  —  e)^,  n'J 

égalant  à  0  la  quantité  placée  entre  parenthèse,  on  i 
valeur  du  maximum  : 


<5 


Note  V 

Soit  une  file  de  molécules  m  équidistantesetplacées! 
parallèle  à  OY,  à  une  distance  x  de  cet  axe.  Cherch 
toutes  ces  molécules,  suivant  la  direction  OX,  sur  ui 
placée  à  l'origine  des  coordonnées.  Une  molécule  qut 
file,  placée  à  une  distance  r  de  M,  aurait    pour  actio 

formule  précitée,    /",  =  KMm    — j ;;    mais  r  = 

/",  =  KMm  1—  eoB'  x -^  cos-^  al.  Noire  but   étant  i 


-622- 

des  files  de  molécules  qui  en  contiennent  le  même  nombre  par  uniti^ 
de  longueur,  quelle  que  soit  la  valeur  de  œ^  nous  aurons  pour  Tex* 
pression  At/i,  comptée  sur  la  tangente  d*une  circonférence  ayant 
Tunité  pour  rayon,  et  en  appelant  ^y  la  distance  réelle  des  mole- 

Xy 

cules  :  Aj/,  =  — '.  Ce  sera  cette  valeur  qui  devra  servir  à  calculer 

la  variation  de  *  et  à  intégrer  les  termes  en  cos*  ^  et  ces*  i.  x  est 
constant  pour  la  file  considérée,  et,  en  passant  à  la  limite,  on  aura 

://!=-  =a??.  =  D.  Tga  =  __,  d'où: 

.r  .T  cos*  a 

j        cos*a3^j  =  j     cos'a^a  =  ^   et     I        cos^a^y,  =  1     cosa3ï  =  l^ 

Nous  aurons  pour  Taction  totale  de  la  file  de  molécules  sur 
la  molécule  M,  suivant  la  direction  OX  : 

Fx=  KMwl^T-  — -|= r-|  1 *l- 

Si  maintenant  nous  considérons,  dans  l'espace,  un  plan  parallèle 
au  plan  ZOY,  sur  lequel  serait  placée  une  série  de  flles  équidistantes, 
parallèles  à  OZ,  files  composées  de  molécules  également  équidistantes 
et  si  nous  cherchons  la  projection  sur  OX  de  Faction  des  molécules 
contenues  dans  ce  plan  sur  une  molécule  M  placée  à  l'origine  des 
coordonnées,  nous  pourrons,  d'après  la  formule  ci-dessus,  remplacer 
toutes  ces  flles  de  molécules  par  des  molécules  équidistantes,  appar- 
tenant à  la  trace  du  plan  considéré  sur  le  plan  XOY.  Il  est  évident 
qu'pn  appliquant  un  calcul  identique  au  calcul  précédent,  on  obtien- 
dra pour  l'action  totale  du  plan  dans  la  direction  OX, 

On  pourra  donc  remplacer  Taction  totale  d'une  série  de  plans 
parallèles  au  premier  (soit  celle  d'un  solide)  par  celle  d'une  file  OX 
de  molécules  également  équidistantes. 

Pour  effectuer  le  calcul  dans  le  cas  de  files  composées  de  masses 

inégales,   il  suffit  de  remarquer  qu'on  ne  peut  annuler  ni  m^  ni  w' 

^ /^ 

dans  là  formule  générale  Kmm'  — ; —  sans  annuler  la  fonction  elle- 

même.  Celle-ci  définit  donc  les  corps  par  le  produit  de  deux  mass«»s. 


et  par  la  représentation  des  forces  i 
cnnt  entre  elles;  par. conséquent, 
ayant  des  dimensions  déterminées 
ces  masses  élémentaires  ;  si  ces  de 
commence  par  une  masse  m,  elle 
une  masse  m'.  On  calculera  l'actioi 
placée  à  Torigine  des  coordonnée-^ 
sur  le  milieu  de  la  file)  en  faisar 
files,  l'une  composée  de  masses  m, 
lie  masses  m"  ^m'  —  m,  placées 
remarquer  également  que  les  m 
symétriquement  par  rapport  à  l'ai 

sur:+;OZ,  étant  successivement 
sur  — OZ.  (g-l-l-  ■■•)  A»/,   et 

qui  pourra  être  exprimée  par  la  f< 

Hjant  une  valeur  déterminée.  Ce  r 
parallèles  à  OY,  et  par  une  simp 
files  obliques,  nous  pouvons  déduii 
suivante  :  L'action  d'un  corps  que 
parallélefi  à  Iniis  plans  donnén  xur 
même  que  celle  d'une  pie  de  moléntlt 
à  l'un  des  plans.  Elle  donne,  en  < 
tuivant  îles  perpendiculaires  aux  a 
Ces  composantes  peuvent  s'ann 
ces  actions  peuvent    être    représ 

KM  (m)  ^^=j^. 

(Extrait  des  Con 

Not. 

Ko  effet,  l'attraction  de  l'unité  de 

de  distance  est  une  constante  ;  oi 

inule  F  (x)  =  Kmm'  — ; — ,  m  = 

Constante  = 
A'oii  d  = 


—  624  ~ 

Note  VII 

La  formule  (2)  permet  de  calculer  la  valeur  numérique  de  K. 
On  a,  en  effet,  en  appelant  P  le  poids  d*un  corps  de  masse  m\  M  la 
masse  de  la  terre  et  R  son  rayon  : 

F  =  m  7  = =7-7-        a  ou      —  K.  =  -77- 


Note  VIII 

Nous  ne  connaissons  pas  les  corps  au  0  absolu,  ils  ne  se  pré- 
sentent à  nous  que  sous  Tinfluence  d'un  travail  calorifique  plus  ou 
moins  considérable. 

Pour  tenir  compte  de  ce  travail,  il  faut  retrancher  (fig.  2),  dutra- 
vail  total  de  solidification,  une  surface  égale  à  celle  du  travail  calori* 
fique ,  en  le  considérant  d'abord  comme,  un  travail  de  dilatation, 
puis  de  changement  d'état,  s'il  y  a  lieu.  On  en  déduira  d'après  l'é- 
quivalence des  forces  naturelles  (3*^)  la  valeur  d'une  force  quel- 
conque produisant  le  même  effet  sur  un  corps  solide,  liquide  ou 
gazeux.  En  faisant  le  calcul  pour  M  et  pour  m  et  en  ajoutant  à 
chacune  de  ces  valeurs  la  somme  algébrique  des  forces  extérieures, 
on  aura  les  valeurs  de  9  et  de  ©'. 

Note  IX. 

En  appliquant  l'équation  du  travail  élémentaire  exprimé  en  coor- 
données polaires,  on  a  d'une  part  : 

(!)      KMm  — — ^  Dp  =  mrOr. 

D'autre  part,  la  force  étant  une   force  centrale,  la  loi  des  aires 
donne  : 

(2)  p*D(o  =  K'or  ] 

et  l'expression  générale  de   i^  en  fonction  de  la  vitesse  angulaire 
donne  également  : 

0f*  +  P'3co« 

(3)      v^  — . 

Eliminant  0/  entre  (2)  et  (3)  et  prenant  la  différentielle,  on  trouve: 

2,0.  =  K-ol(o  i)-l,+i] 


—  62ft  — 


TABLE  DES  MATIERES 


PAGlû» 

■ 

Préliminaires 088 

Propositions  fondamentales o90 

PREMIÈRE  PARTIE 
m  et  m   n*ont  pas  de  vitesse  initiale 

Chapitre  I". — d  est  négligeable  par  rapport  à  a; oSi 

Chapitre  II.  —  d  n'est  pas  négligeable  par  rapport  à  ce.    .   .   .  39Î 

SI.  —  On  ne  tient  pas  compte  des  valeurs  relatives  de  m  et  de  m'  o9H 

Corps  solides. 393 

Corps  liquides  ***... 505 

Corps  gazeux * o9(> 

S  IL  —  On  tient  compte  de  la  valeur  relative  do  m  et  de  m*  .   . 

Actions  de  contact  ...» 

dissolutions,  dilutions 601 

Actions  chimiques  .   * 605 

Chaleurs  spécifiques  •   « ,    .    .    .   .  608 

DEUXIÈME  PARTIE 
m  et  m'  ont  une  vitesse  initiale 

;^  1  —  La  vitesse  relative  de  m'  est  dirigée  suivant  la  droite  qui 

joint  m  et  m' '  6li 

S  11  —  La  vitesse  relative  de  m'  est  dirigée  obliquement  à  la 

droite  qui  joint  m  et  m' ^^^^ 

Conclusion 61  ' 

Notes  jrsxiFiCATivKs 6IS 


LA   MARINE 


L'EXPOSITION  UNIVERSELLE  D'AD 


M.  JDLES  GATIDRY 


Les  iodustries  marilimes  à  l'Exposition  d'Anvers,  do 
mission  de  présenter  le  compte  rendu,  offrent  un  gra 
non  que  ses  spécimens  soient  nombreux  et  d'un  princip 
mais  parce  qu'ils  sont  typiques,  c'est-à-dire  qu'ils  carac 
tendances  et  systèmes  actuels  de  la  plupart  des  peuple 
non  seulement  pour  la  marine  de  guerre  qui  subit  en 
de  si  profondes  transformations,  mais  aussi  pour  la  c 
merciale  qui  n'importe  pas  moins  à  la  puissance  et  à 
de  la  nation,  ce  qui  n'a  plus  besoin  d'être  démontré. 

Les  peuples  qui  s'appliquent  aux  industries  de  la 
n'ont  pas  tous  exposé  à  Anvers  :  Il  n'y  a  rien  de  la 
a,  dit'on,  une  magnifique  marine  de  guerre  et  d'import 
prises  de  navigation  fluviale,  ni  de  la  Suède  dont  le 
tions  sont  si  originales  et  si  soignées,  ni  de  l'Autricb 
le  Danube  et  ses  affluents  une  batellerie  considérable 
de  faire  à  Trieste  un  port  des  plus  perfectionnés,  ai  c 
qui  a  deux  grandes  Compagnies  transatlantiques  proté 
prix  par  son  gouvernement,  ni  de  la  Suisse  dont  il 
rire,  car  elle  a  sur  ses  lacs  des  flottilles  nombreuses 
et  elle  a  deux  ateliers  qui  excellent  à  construire  pou 


-  628  — 

les  instruments  de  navigation.  Il  n  y  a  rien  non  plus  à  Anvers 
des  Etats-Unis,  la  seconde  des  puissances  maritimes  du  monde,  et 
dont  les  navires  ont  un  caractère  tout  spécial,  ni  du  Mexique  qui 
veut  aussi  être  une  puissance  maritime  et  fait  concurrence  aux 
Compagnies  d'Europe  avec  de  très  beaux  navires  de  construction 
anglaise. 

La  Belgique,  la  France,  l'Angleterre,  l'Italie,  la  Hollande,  l'Al- 
lemagne nous  montrent  seuls  à  Anvers,  tout  au  moins,  des  modèles 
et  plans  de  leurs  constructions  navales  propres  à  nous  préciser  les 
systèmes  actuels  et  Tétat  de  la  science. 

1°  BELGIQUE 

Commençons  le  compte  rendu  par  les  Belges,  nos  hôtes  (1).  lis 
nous  ont  d'abord  fait  visiter  leur  port  d'Anvers,  dont  nos  collègaes 
Hersent  et  Couvreux,  entrepreneurs  français,  sont  sur  le  point 
d'achever  les  derniers  grands  travaux,  notamment  les  3  kilomètres 
de  quai  sur  l'Escaut  si  ingénieusement  fondés  sur  caissons  de 
tôle. 

Les  Français  qui  ont  conçu  et  commencé  un  port  à  Anvers  au 
début  de  ce  siècle  et  qui  ont  entrevu  son  grand  avenir,  ne  s'ô- 
taient  pas  trompés.  Il  nous  a  été  donné  d'étudier  à  Anvers  le  port 
de  commerce  accessible  à  toute  heure  de  marée,  le  mieux  compris 
et  outillé,  le  plus  intelligemment  administré  (2),  sans  ces  abus  de 
bureaucratie  qui  font  en  d'autres  lieux  le  désespoir  des  marins. 

Le  port  d'Anvers  est  par  excellence  le  port  international  ouvert 
à  tous  les  pavillons;  mais  où  celui  de  la  Belgique  jouit  en  même 
temps,  sinon  de  faveurs  spéciales,  tout  au  moins  d'appui  et  de 
sympathies  locales  qui  devraient  servir  de  leçon  à  certaines  Chambres 
de  commerce  prêtes  à  inviter  tout  d'abord  les  étrangers,  préten- 
dant  que  le  pavillon  national  viendra  toujours  chez  lui  forcément. 

Il)  On  ne  peut  se  rappeler  ]e  voyage  que  la  Société  des  ingénieurs  de  France 
vient  de  faire  on  Belgique  sans  avoir  besoin  d'exprimer  la  reconnaissance  pour 
les  réceptions  distinguées  et  parfois  triomphales  qui  nous  ont  été  faites  et  poar  ce 
libéralisme  qui  est  une  des  gloires  de  la  Belgique,  avec  lequel  nous  avons  été 
admis  à  étudier  tout  ce  qui  pouvait  nous  instruire. 

(i)  Un  commandant  de  paquebot  espagnol  nous  disait  :  «  Je  fais  en  3  jours  â 
Anvers  les  manœuvres  qui  me  demandent  8  jours  au  Havre.  Je  ne  vais  que  lorsque 
j  V  suis  forcé,  chez  lea  Anglais,  avec  lesquels  le  libre  échange  n'est  eu  fait  qu  une 
illusion.  J'aime  beaucoup  les  Français,  mais  je  ne  vais  dans  leurs  ports  que  lorsque 
je  ne  suis  pas  pressé. 


—  629  — 

Au  point  de  vue  de  l'outillage  et  de  la  simplicité 
admiaistratifs,  Anvers  nous  a  paru  aussi  une  grande 
BelgfiS,  qui  veulent  se  donner  des  ports,  ont  coromenc 
Italiens  à  Gênes,  par  ne  faire  que  celui  d'Anvers  où  ils 
toutes  leurs  ressources.  Les  derniers  grands  travaux 
3  ans  et  c'est  seulement  aujourd'hui  que  l'œuvre  pei 
dérée  comme  achevée  et  propre  à  satisfaire  pour  loi 
besoins  présents  et  futurs  de  la  marine,  qu'ils  pen 
d'autres  établissements. 

Je  crois  être  l'intei'prète  de  nos  camarades  du  voj 
gique,  en  formulant  le  vœu  :  que  la  France  consacrt 
les  crédits  de  ses  budgets  et  l'actioilé  de  ses  chantiers  à  i 
plus  vite  et  avec  ampleur  de  prévisions,  un  petit  nombre 
ports  principaux,  an  lieu  de  travailler,  comme  il  se  fa 
ment,  sur  5â  places  de  nos  plages  dont  aucune  ne 
avant  10  ans  le  port  perfactionné  qu'attend  la  marii 
sinon  la  loi  récente  sur  la  marine  marchande  n'atte 
parfaitement  son  but  et  la  France,  avec  son  beau  m 
de  création  récente,  ressemblerait  à  un  réseau  de  cht 
bieu  outillé  de  locomotives  et  de  wagons,  mais  qui 
de  gares. 

L'outillage  du  port  d'Anvers,  que  l'administration  1{ 
fait  visiter  en  détail,  est  le  même  que  celui  qui  abom 
terre,  au  petit  port  de  Leith,  comiiio  à  Londres  et 
et  qui  active  si  merveilleusement  les  manutentions  ans 
les  ports  que  dans  toutes  gares  de  chemins  de  fer. 
ponts,  grues  et  treuils,  généralement  actionnés  autoi 
suivant  le  principe  hydraulique  d'Armstrong.  Ce  son 
tesques  appareils  élévatoires,  pour  mater  et  réparer 
enlever  les  chaudières  de  steamers,  charger  et  déchai 
lourds  fardeaux. 

On  a  fait  spécialement  manœuvrer  sous  nos  yeu; 
préalable,  nous  a-t-il  été  assuré,  le  grand  appareil  él 
a  monté  en  8  minutes,  à  10  mètres  de  haut,  une  chi 
tonnes.  Puis, ensuite,  un pontlong  de  48  mètres  qui,  er 
et  demie,  s'est  effacé  pour  donner  passage  aux  navires 
meot,  en  une  minute  et  demie,  est  revenu  rétablir  1 
de  la  rue. 

BCLL. 


t.i^f ;:.>'•  ■■■. 


*k1- 


IS 


■*'» 


—  630  — 

Tous  ces  instruments  d'exploitation  maritime  sont,  à  Anvers,  si 
nombreux,  si  bien  distribués  sur  les  quais,  que  les  navires  n^ont 
presque  pas  besoin  de  se  déplacer  pour  venir  les  trouver  ;  de  même 
qu'il  n*est  pas  besoin  d'aller  laborieusement  chercher,  soit  la 
permission  d'emploi,  soit  le  mécanicien  de  service  (1). 

Ce  qui  impressionne  également  dans  la  visite  du  port  d'Anvers, 
comme  dans  les  grands  ports  anglais,  ce  sont  des  quais  magnifi- 
quement spacieux,  remplis  de  voies  ferrées,  avec  locomotives  spé- 
ciales prémunies  de  toutes  manières  contre  le  danger  d'incendie^ 
lesquelles  vont  partout,  jusque  dans  les  docks,  pourvus  eux  aussi. 
d'élévateurs,  de  treuils  et  des  rails. 

Le  port  tout  entier  d'Anvers  semble  une  immense  gare  de  che- 
min de  fer  largement  reliée  à  tout  le  réseau  continental,  avec  de 
telles  combinaisons  de  services  et  de  tarifs,  qu'entre  autres  exem- 
ples, nous  pouvons  citer  celui  d'un  de  nos  constructeurs  de  ma- 
chines, qui  charge  dans  sa*  cour  sur  wagon,  transborde  dans  le 
navire  d'Anvers  directement  et  expédie  pour  Bordeaux,  avec  plus 
de  facilité  et  d'économie  que  par  toutes  autres  voies,  bien  qu'il  soii 
moins  éloigné  de  trois  ports  français. 

De  la  marine  belge,  il  y  a  peu  à  dire  :  d'après  un  état  officiel 
du  fin  décembre  1876,  elle  comprenait  48  navires  de  commerce, 
non  compris  les  bateaux  de  pêche.  Mais  tous  les  peuples  envoyant 
à  Anvers  leurs  bâtiments,  le  mouvement  annuel  se  totalisait  par 
plus  de  trois  millions  de  tonneaux.  Depuis,  les  progrès  belges  ont 
été  considérables,  aussi  bien  pour  le  nombre  des  navires  que  pour 
le  mouvement  du  trafic,  sans  que  le  premier  ait  pris,  à  beaucoup 
près,  le  développement  du  second. 

On  ne  nous  a  signalé  que  deux  grandes  flottes  commerciales  propres 
à  la  Belgique,  celles  de  la  Red-Star  Une  et  de  la  Compagnie  Walfort^ 
Encore  croyons-nous  que  ce  sont  plutôt  deux  compagnies  étran- 
gères portant  pavillon  belge,  plus  ou  moins  protégées  et  qui  ont  à 
Anvers  leur  tête  de  ligne  et  leurs  agences. 

On  nous  a  fait  visiter  un  des  paquebots  de  la  Ited-Star  Une,  bien 

(1  )  Nous  savons  très  bien  que  dans  d'autres  ports  et  gares  que  ceux  de  la  Belgique  et 
d'Angleterre,  il  y  a  des  grues  et  des  ponts  du  sjslème  Armstrong.  Ils  ne  ser?ent  ni  ne 
sont  demandés.  Ce  qui  est  dit  de  la  multiplicité  sous  toutes  formes  et  du  libcralismo 
de  leur  emploi  Teiplique.  L'armateur  aime  mieux  s'en  passer  que  d'aller  les 
trouver  parfois  en  d'autres  bassins  et  d'attendre  qu'il  ait  liberté  do  s'en  servir  pra- 
tiquement. Nous  ne  parlons  pas  des  indignes  oppositions  de  porte-faix  monoiioli; 
seurs,  qu'on  n'a  pas  le  courage  de  vaincre,  ni  de  certaines  exigences  fiscales  qui 
rendent  inutiles  de  magnifiques  travaux. 


—  631  — 

installé  à  la  moderne  et  de  grandes  dimeDsions  avec  mac 
Compound  à  deux  cylindres;  bon  type,  en  un  mot,  des  paquc 
ordinaires  à  moyenne  vitesse  pour  transport  de  fret  et  passa 
de  tontes  classes. 

Le  Weslemland  est  le  plus  nouveau  et  le  plna  perfectionné 
paquebots  de  la  Red-Star  Une;  construit  en  1883,  par  L; 
de  Birkenhead  sur  la  Mersey,  il  est  entièrement  en  acier  ;  il  a 
mètres  de  long,  14™75  de  large,  ll^KO  de  creux,  6,000  tonn< 
déplacement  au  tirant  d'eau  de  7'"90.  L'intérieur  est  divisé  en  qi 
étages,  plus  les  superstructures  ordinaires  et  considérable 
haut  pont.  Le  navire  est  gréé,  comme  la  plupart  des  gi 
paquebots  modernes,  avec  quatre  mâts  et  deux  cheminées 
machine,  du  type  pilon  Compound  à  deux  cylmdres,  peut  fo 
une  puissance  motrice  de  6.000  chevaux,  limitée  ordinairemi 
4,000  chevaux  nets  indiqués. 

La  Compagnie  Walfort  a,  d'autre  part,  à  Anvers  un  matériel 
àdérable  et  un  très  vaste  réseau  de  lignes  sur  toutes  direci 
Ses  relations  sont  surtout  très  développées  avec  l'Espagne. 

La  navigation  fluviale  et  celle  des  canaux  sont  importanti 
Belgique.  Ce  que  nous  savons  de  la  batellerie  qui  les  exploi 
donne  lieu  à  aucune  remarque.  Les  steamers  pavoises  aux  coi 
françaises  et  belges,  qui,  sur  la  Meuse  et  sur  l'Escaut,  non 
conduits  l'un  à  Seraîng,  l'autre  à  Vilkbrôeck  chez  M.  de  Naeyt 
où  nous  a  été  faite  une  si  magnifique  réception,  datent  de  pi 
trente  ans  ;  cependant  les  machines  pourraient  encore  presque 
vir  de  modèle,  si  le  principe  Compound  ou  Woolf,  qui  leur  ma 
n'était  aujourd'hui  la  loi  générale. 

La  Belgique  construit  des  navires  de  tous  ordres  jusq 
plus  grands  cuirassés,  sinon  pour  sa  propre  marine,  au  moins 
l'étranger,  notamment,  à  l'henre  actuelle,  pour  la  Russie,  et  je 
pour  l'Italie;  mais,  en  ce  qui  concerne  celle-ci,  à  l'état  seulf 
de  pièces  détachées,  car  l'Italie  est  très  fière  de  construire 
même  sa  marine,  comme  an  temps  du  consul  Duilius,  dont 
donné  le  nom  au  plus  remarquable  de  ses  cuirassés  cloisonn 

(1|  Il  «3t  malheureusement  hors  de  notre  Compte  rendu  de  parler  de  l'im 
mpélcrie  modèle  de  M.  de  Nae^er,  de  ses  ateliers  accessoires  et  des  iasti"  " 
bieQlïi«aiice  organisées  et  dirigées  par  Madame  de  Naeyer,  lesquelles  a 

vÎTCmeot  impresaionoé.   Lea   ateliers   de  constrv-""   -■   --- 

DM  àludes  maiitimes  par  la  tabricatioa  des  chaui 
Bellerille)  qui  constituent  le  lyiline  de  Saeyer. 


—  (j3:2  — 

Les  Belges  n'ont  qu'un  seul  établissement  de  eonstructions  ma- 
ritimes, mais  c'est  celui  de  Seraing  (sur  la  Meuse,  près  liège)  que 
nous  avons  été  admis  à  visiter  avec  une  exquise  courtoisie. 

On  sait  que  c'est  un  des  établissements  les  plus  gigantesques  da 
monde,  où  sont  réunis  les  mines,  les  hauts  fourneaux  et  fours 
à  coke,  les  forges  et  aciéries,  les  ateliers  pour  toutes  sortes  de 
machines,  locomotives  et  marines  comprises;  enfin  un  immense 
chantier  pour  la  construction  des  ponts  et  charpentes  en  fer,  plus 
les  habitations  ouvrières,  le  tout  réuni  dans  la  même  localité. 

Le  compte  rendu  spécial  qui  sera  fait  sur  ces  immenses  usines 
dira  comme  nous  avons  été  impressionnés  d'abord  par  Içs  institua 
tions  moralisatrices  et  de  bienfaisance  qui  abondent  pour  le  per- 
sonnel de  tout  grade,  et  ensuite  par  Tordre  et  la  tenue  qui,  d'ail- 
leurs, paraissent  généralement  caractériser  l'industrie  belge. 

Il  nous  a  été  affirmé  que  cet  ordre  et  cette  tenue  n'étaient  pas 
autres  que  ceux  de  tous  les  jours  et  que  les  résultats  économiques 
sont  considérables. 

C'est  une  particularité  de  notre  voyage  très  importante  à  cons- 
tater, à  propos  d'un  peuple  qui,  par  le  bas  prix  de  ses  produits» 
fait  à  nos  industries  une  dangereuse  concurrence  et  paraît  avoir 
toute  raison  pour  lui  de  nous  demander  le  libre  échange. 

Nous  devions  nous  appliquer  à  étudier  si  ces  bas  prix  belges 
avaient  pour  raison  d'être  un  outillage  et  des  procédés  particuliers 
de  travail.  Il  ne  nous  a  pas  paru  que  les    systèmes  et  méthodes 

fussent  différents   de  ceux  de  nos  bons  ateliers  français. 

« 

En  ce  qui  touche  spécialement  la  marine,  à  laquelle  est  consacrée 
à  Seraing  une  hallo  de  montage  haute  et  vaste  comme  une  cathé- 
drale, nous  avons  cependant  remarqué  deux  outils  curieux  appli- 
qués à  la  fabrication  des  chaudières  en  tôles  épaisses  et  dont  on 
fore  les  trous  à  rivets,  au  lieu  de  les  poinçonner. 

L'un  de  ces  outils  est  une  batterie  de  foreuses  multiples  et  ar- 
ticulées pour  travailler  ensemble  sur  place,  en  tout  endroit  de  la 
chaudière,  avec  une  grande  rapidité. 

L'autre  machine  est  une  sorte  de  raboteuse  qui  découpe  ovak- 
ment  les  trous  dliomme  et  ceux  des  tampons  de  lavage  de  ces 
mêmes  chaudières. 

Nos  constatations  n'ont  été  ni  bien  accentuées  ni  même  exemptes 
d'un  peu  de  contradiction  sur  le  fait,  aujourd'hui  capital  en  éco- 


—  633  — 

nomie  industrielle,  du  tflême  ouvrier  conduisant  p 
outils,  multipliant  les  couteaux  tranchants,  coml 
d'ébauchage  et  de  finissage,  et  dressant  partout 
même  machine^utU  autant  qu'il  se  peut  faîr 
est  de  celles  que  leur  grandeur  et  leur  poids  ren 
à  manutentionner. 

On  sait  que  c'est  là  ce  qui  caractérise  les  al 
l'ouvrier  débite  l'ouvrage  avec  tant  de  rapidité 
grande  économie,  bien  que  les  salaires  soient  très 
que  nous  avons  vu  chez  Penn,  à  Greenvich,  aj 
à  quatre  couteaux  un  arbre  de  machine  marin 
pas  fournir  autre  part  en  un  temps  double. 

Quoi  qu'il  en  soit,  nous  sommes  revenus  de 
conviction  que  nos  ouvriers  ont  à  perdre  bien  d 
dérer  leurs  exigences,  et  surtout  à  rendre  leur  f 
PLUS  ACTIVE,  s'ils  ne  veulent  pas,  étant  les  prei 
têressantes  victimes,  voir  fermer  les  usines  &anç 
la  concurrence  étrangère,  contre  laquelle  ils  x 
la  lutte,  comme  avaient  disparu  presque  tous 
constructions  maritimes. 

Or,  comme  nous  savons  bien  tous  qu'il  ne 
sur  la  protection  douanière  à  outrance,  c'est 
rendue  évidente  par  les  faits,  qu'à  notre  reto 
Belgique,  nous  ne  saïu-ions  trop  faire  entendre 
à  nos  collaborateurs,  les  ouvriers. 

Ces  considérations  d'ordre  général  ne  sont 
notre  compte  rendu  de  l'exposition  maritime,  c 
truction  même  des  machines  marines  à  Serait 
inspirées. 

La  fonderie  de  ces  usmes  nous  a  fourni  un 
de  l'habileté  et  de  la  patience  des  ouvriers  :  c 
marine  où  les  deux  cylindres,  le  condenseur,  la 
tout  l'appareil,  en  un  mot,  est  coulé  d'une  seu 
d'une  très  belle  venue;  il  va  sans  dire  qu'on  m 
qu'un  tour  de  force  de  moulage  pour  l'exposit 
idée  d'application  courante. 

Quant  à  la  grande  machine  de  Seraing,  à  l'ex 
c'est  l'une  des  deux  jumelles  d'un  'grand  cuira 


—  634  — 

hélices,  dont  la  coque  est  en  construction  aux  chantiers  d'Hobokea^ 
succursale  que  la  compagnie  de  Seraing  possède  sur  TEscaut  en 
aval  d'Anvers. 

Suivent  les  principales  dimensions  du  navire,  appelé  Tchesm: 

Longueur 95" 

Largeur 21" 

Déplacement 8500  t* 

Puissance  motrice  indiquée 9,000  ch. 

Vitesse  demandée 15  n'*^ 

Hélice-diamètre 5™40 

Pas 5"60 

Nombre  de  tours  par  minute 90 

Cylindre  diamètre  H.  P 1"70 

B.  P 2^0 

Course 4"i45 

Chaudières  :  nombre 14. 

Surface  de  grille  totale 400"*» 

Surface  de  chauffe  id 3,035'°'i 

Pression  au  manomètre 6^,  68 

On  remarquera,  dans  ce  tableau,  la  rapidité  des  mouvements  im- 
primés à  la  machine  par  les  90  tours,  correspondant  à  une  vitesse 
de  3"*43  par  seconde  pour  le  piston,  dont  la  course  est  réduite  à 
1™14.  C'est  le  système  opposé  à  celui  de  nos  grands  paquebots  de 
dernière  construction,  où  la  course  varie  de  4"*70  à  1"83  avec 
une  rotation  de  55  à  60  tours. 

Quant  à  la  puissance  motrice,  la  notice  distribuée  à  Texposition 
dit  qu'elle  pourra  être  poussée  jusqu'à  11,280  chevaux. 

Nous  ne  connaissons  pas  le  tirant  d'eau  du  Tchesma.  Les  di- 
verses marines  en  font  un  peu  mystère,  car  il  s'agit  aujourd'hui 
en  guerre  navale  de  ne  plus  rester  en  ces  grandes  profondeurs, 
où  on  a  été  forcément  tenu  dans  les  dernières  expéditions.  Il  nous 
a  paru  que  le  tirant  d'eau  d'environ  six  mètres,  assez  général  en 
ce  moment,  était  à  peu  près  celui  du  Tchesma. 

Bien  que  la  machine  du  Tchesma  soit  la  plus  importante  de 
l'exposition  d'Anvers,  nous  pouvons  nous  dispenser  de  la  décrire 
et  d'en  reproduire  le  dessin  qu'on   a  bien   voulu   envoyer  a  la 


—  635  — 

Société  des  iagénieurs  :  c'est  un  spécimea  du  type  : 
classique  dit  Gompouiid  Vertical  sur  colonnes,  à  troi: 
surk  même  ligne,  les  manivelles  conjuguées  k\iW  degré: 
dre  du  milieu  étaut  celui  qui  le  premier  reçoit  la  vapeu 
pression,  laquelle  se  déverse  dans  les  deux  autres  cylinc 
basse  pression. 

C'était  le  type  du  grand  appareil  du  Greusot  à  1 
parisienne  de  1878  et  du  modèle  anglais  de  Penn  au  i 
cours  international.  C'est  le  système  ordinaire  de  notre  ( 
française  des  Messageries  maritimes  et  de  plusieurs  c 
paquebots  anglais  de  construction  récente,  notamment 
le  nouveau  grand  coureur  de  la  Compagnie  Cnnard. 

Il  est  l'opposé  du  système  Woolff  proprement  dit,  à 
superposés,  qui  est  celui  de  la  Cily  of  Rome  et  de  l'Oré^ 
nous  allons  retrouver  dans  nos  paquebots  de  la  Compa 
aatlantique  française. 

La  machine  marine  de  Seraing  qui  est  exposée  est  tn 
comme  sa  Jumelle  que  nous  avons  vue  en  montage  au: 
Ktle  est  en  outre  très  bien  disposée  et  dégagée  pour  li 
les  soins  à  donner  en  route  ;  ce  qu'il  faut  louer,  car  il 
rare  que  les  machines  marines  soient  une  inextricabl< 
tiges  dont  on  ne  peut  approcher  pour  serrer  un  joint 
un  coussinet,  sans  être  forcé  de  stopper. 

On  remarque  également  que  les  poids  des  pistons  et  b 
équilibrés  avec  soin  par  ceux  des  pompes  à  air  qui  foi 
en  sens  contraire,  par  l'intermédiaire  de  balanciers,  c 
neutraliser  des  actions  perturbatrices  bien  connues,  cequi 
ne  se  fait  pas  toujours,  au  grand  préjudice  du  jeu  faci! 
nomique,  et  de  la  douceur  de  mouvement  des  machines 
A  l'exposition  d'Anvers,  il  était  très  intéressant  de 
tioDner  le  grand  appareil  du  Tckesma,  non  par  la  vapeur 
pression  d'air  que  fournissait  une  de  ces  belles  machines  s< 
système  vertical  bien  connu  de  Seraing,  qui  était  expos 
de  la  machine  marine.  Cette  soufflerie,  l'une  des  plus  g 
son  type,  était,  comme  le  Tche-sma,  construite  pour  laï 
fait  aujourd'hui  ses  fers  comme  presque  tous  les  peuple 
a  exposé  aussi  à  Anvers  ses  combustibles  et  ses  minera 


—  G?^  — 

Pour  cette  même  nation,  les  établissements  de  Seraing  avaient 
aussi  construit,  dès  iSS^i,  de  nombreuses  canonnières  blindées. 

Tant  pour  la  Belgique  que  pour  divers  peuples,  nous  comptons 
Tin  grand  ensemble  de  bâtiments  de  guerre  et  de  commerce,  des- 
iiuels  on  peut  conclure  que  l'établissement  de  Seraing  figure 
parmi  les  gi'andes  entreprises  de  constructions  maritimes  d'Europe. 

A  l'exposition  d'Anvers  était  une  autre  machine  marine  de  cette 
maison  :  Compound  proprement  dite,  à  deux  cylindres  inégaux, 
montée  comme  la  précédente,  verticalement  sur  colonnes,  appareil 
tie  800  chevaux  destiné  à  un  de  ces  navires  de  transport  qui, 
«ous  le  nom  de  Cargoboatj  constituent  l'outil  économique  de  la 
marine  moderne  et  rendent  impossible  avec  lui  la  lutte  de  Tan- 
>cien  outillage  maritime. 


2o  FRANCE 

On  sait  qu'à  Anvers  l'exposition  française,  non  seulement  était 
considérable,  mais  qu'elle  a  été  rarement  aussi  choisie  dans  toutes 
les  industries,  avec  cette  sincérité  et  ce  libéralisme  que  nous  avons 
admiré  chez  les  Belges. 

La  France  a  onze  grandes  entreprises  de  transport  maritime  et 
huit  principaux  établissements  de  construction,  non  compris  ceux 
de  l'État.  Mais  en  comptant  les  établissements  des  Messageries  ma- 
ritimes à  la  Ciotat  et  ceux  de  la  Compagnie  transatlantique  à  Saint- 
Nazaire,  qui  n'ont  guère  encore  travaillé  que  pour  leurs  propres 
besoins. 

Bien  que.  la  plupart  de  ces  établissements  soient  puissamment 
outillés  et  qu'ils  n'en  soient  plus  à  faire  leurs  preuves  de  bonne  et 
rapide  production ,  on  va  voir  qu'ils  sont  bien  peu  nombreux  compa- 
rativement à  ceux  des  Iles  britanniques,  lesquels  sont  en  outre  pres- 
que tous  merveilleusement  favorisés  par  leur  situation,  mais  surtout, 
comme,  à  Seraing,  parla  réunion  au  même  lieu  de  toutes  les  indus- 
tries principales  et  accessoires  qui  intéressent  la  construction  mari- 
time, à  commencer  par  les  forges  spéciales  pour  les  tôles  et  mem- 
brures. Celles-ci  ont  les  laminoirs  et  les  fours  toujours  prêts  à  fonc- 
tionner aussitôt  la  commande,  si  les  magasins  ne  sont  pas  à  l'avaDce 


—  637  — 

approvisionnés  suivant  les  types  consacrés  et  pour  ainsi  dire  clas- 
siques, dont  les  Anglais  ne  sortent  que  rarement  (1). 

Bien  contraire  a  été  jusqu'ici  la  situation  des  chantiers  fran- 
•çais  n'ayant  pas  de  forges  spéciales  en  travail  courant  et  où  nous 
avons  eu  à  attendre  les  fers  jusqu'à  6  mois. 

Si  nous  devons  nous  féliciter  de  voir  nos  chantiers  et  ateliers  ma- 
ritimes se  compléter  en  améliorant  leur  situation,  ne  faisons  cepen- 
dant pas  des  vœax  pour  qu'ils  se  multiplient  et  s'accroissent,  puisque 
le  nombre  est  déjà  plus  que  suffisant  pour  nos  besoins  et  qu'ils  ont 
déjà  peine  à  assurer  le  courant  de  leurs  travaux. 

De  nos  établissements  de  constructions  maritimes,  trois  seulement 
ont  exposé  à  Anvers,  savoir: notre  collègue  Claparède,  la  Compa- 
re générale  transatlantique  et  la  Société  des  forges  et  chan- 
tiers de  la  Loire. 

La  section  française  contenait  aussi,  à  l'usage  des  navires,  des 
appareils  d'armement  de  toutes  sortes,  sur  lesquels  nous  regret- 
tons de  n'avoir  pas  pu  recueillir  des  renseignements,  car  toutes 
jcette  machinerie  secondaire  de  la  navigation  a  pris  une  grande  im- 
portance et  elle  constitue  des  industries  spéciales  considérables. 

Les  bâtiments  de  guerre  et  de  commerce  ont  d'abord  le  guin- 
deau  ou  grand  cabestan,  les  ancres  et*  tout  leur  attirail  méca- 
nique, les  treuils,  au  moins  quatre  par  grand  navire,  pour  toutes 
sortes  de  manutentions  et  manœuvres, dont  le  mécanisme  actionne  en 
même  temps  les  pompes  à  incendie,  à  nettoyage  et  épuisement  de 
voie  d'eau. 

Viennent  ensuite,  pour  la  machine  et  les  services  divers,  une 
multitude  de  pompes  et  autres  engins  ;  puis,  les  élévateurs  à 
escarbilles  et  ceux  des  offices,  etc.  ;  les  installations  de  timonerie 
avec  servo-moteur ,  mécanisme  de  gouvernail,  frein,  drosses, 
axiomètres,  transmetteurs  d'ordre  à  répétition,  les  compas  et 
boussoles. 

L'éclairage  électrique  existant  aujourd'hui  sur  tout  navire 
soigné  a  sa  machinerie  et  son  puissant  moteur;  le  chauffage  et 
l'aérage  ont  leurs  ventilateurs,  une  tuyauterie  de   longueur  kilo- 

^1)  On  sait  qae  les  dimensions  réglementaires  et  consacrées  des  navires  qu'on 
veut  Caire  garantir  par  la  cotte  et  assurer  sont  consignées  à  la  publication  du  Veri- 
tas et  du  lloyd. 


—  638  — 

métrique  et  une  multitude  de  valves.  II  y  a  les  signaux  et  phares 
à  feux  de  nuit. 

Enfin  les  navires  de  guerre  ont  toute  leur  machinerie  pour 
la  manœuvre  automatique  des  canons,  de  leur  culasse  mobile, 
de  leur  charge,  de  leurs  tourelles  tournant  comme  nos  tables  tour- 
nant de  chemins  de  fer,  tantôt  par  la  vapeur,  tantôt  par  la  pres- 
sion hydraulique. 

Et  le  jour  n'est  pas  loin  où  la  plupart  des  manœuvres  de  la 
mâture  et  le  chargement  des  foyers  de  chaudières  se  feront  mé- 
caniquement avec  le  personnel  le  plus  réduit  à  bord. 

Voilà  toute  la  machinerie  secondaire  du  navire,  dont  nous  vou- 
drions pouvoir  entretenir  la  Société  des  ingénieurs,  autant  pour 
appeler  de  nouvelles  études  que  pour  signaler  les  travaux  des 
habiles  spécialistes  existant  non  seulement  en  Angleterre,  mais 
aussi  en  France,  tels  que  Gaillard  et  Bossière  du  Havre,  Stapfer 
de  Marseille,  Farcot,  notre  collègue  de  Paris,  l'auteur  des  études 
sur  les  servo-moteurSj  et  autres. 

Très  intéressante  aussi  serait  l'étude  du  matériel  de  la  Com- 
pagnie de  sauvetage  à  l'aide  duquel  s'accomplissent  dans  nos  ports 
presque  chaque  jour  de  si  héroïques  dévouements. 

Mais  obligés   de  nous    concentrer    au   principal   matériel  naval 
exposé  à  Anvers,  nous   nous   occuperons   d'abord  des  produits  de 
notre  collègue   Claparède,    qui    a   eu    un    diplôme    d'honneur.  Sa 
grande  double  machine  a  été  appelée  l'un  des  clous  de  l'exposition 
d'Anvers,  non  seulement  parce  qu'elle  est  le  type  du  moteur  des 
nouveaux  grands  aviso-éclaireurs  à  deux   hélices  et  à  faible  tirant 
d'eau  de  la  marine  française,  mais  aussi  parce  que  tout  était  montré 
au  complet,  à  Anvers,  comme  il  sera  dans  l'installation  à  bord,  en 
boxes  distinctes,chaque  appareil  pouvant  fonctionner  indépendamment 
des  autres,    avariés  par  projectiles   ou   autrement  :  par  exemple, 
la  chaudière  de  bâbord  avec  le  mécanisme  moteur   de   tribord  ou 
inversement.  Les  condenseurs,  leurs  pompes,  les  ventilateurs,  tant 
ceux  qui  soufflent  les    chaudières    que   ceux   qui   assainissent   1^^ 
navire,  ont  pareille  indépendance.  Un  plan  indiquait  à  Anvers  le 
cloisonnage  du  navire  et  le  curieux  réseau  de  la  tuyauterie. 

Comme  système,  ce  sont  deux  machines  Compound  horizontales 
sous  la  ligne  de  flottaison,  qui  se  regardent  et  qui  ont  le  mouve- 
ment et  la  distribution  de  vapeur  des  locomotives. 


—  639  — 

lispensës  de  décrire  plus  amplement  cette  ma- 
chine et  d'en  donner  ici  le  croquis;  le  journal  hebdomadaire  an- 
glais L'Engineer,  s'en  est  chargé  dans  ses  numéros  1554  à  1556 
du  mois  d'octobre  1885,  auxquels  il  suffit  de  renfoyer,  en  relatant 
simplement  les  dimensions  principales. 

Puissance  motrice  ordinaire i.  700  ch. 

Diamètre  des  cylindres    ■        p  p jm«i 

Course  commune 0"50 

Nombre  de  rotations  par  minute 160 

Surface  condensante 280"°* 

Surface  de  chauffe 328"" 

Surface  de  grille 8"" 

Pression  manométrique 6  kil. 

La  machine  a  été  prise  sans  choix  parmi  les  douze  semblables 
qui  sont  àUvrer,  sans  aucune  toilette  d'exposition,  sans  même  avoir 
ses  enveloppes,  dont  l'absence  fait  "ïoir  la  sincérité  du  travail,  et 
nous  n'étonnons  personne  en  ajoutant  que  les  résultats  d'essai  ont 
donné  plus  que  les  exigences  du  programme. 

Autour  de  la  grande  machine  qui  précède,  la  maison  Claparède 
avait  exposé  à  Anvers  les  dessins  modèles  et  cartons  de  plans  de 
quatorze  types  de  navires  (1)  de  construction  récente,  tant  aux 
ateliers  de  Saint-Denis  qu'aux  chantiers  de  Rouen.  Nous  passerons 
en  revue  les  principaux. 

1"  Le  Gaffry,  torpilleur  de  haute  mer  construit  pour  la  Russie 
—  à  peu  près  le  modèle  de  celui  qui  a  récemment  traversé  Paris. 
Ce  petit  navire  a  fait  le  voyage  de  Saint-Denis,  près  Paris,  à 
Sébastopol,  via  Brest,  Lisbonne,  Cadix,  Alger,  le  Pirée,  par  de 
très  mauvais  temps,  au  milieu  desquels  il  s'est  comporté  en  bon 
marin,  dit  le  rapport  de  l'officier.  C'est  là  un  fait  significatif  pour 
ce  nouveau  système  de  navire,  appelé  à  jouer  un  grand  rôle  dans 
la  guerre  navale.  La  planche  108 ,  figures  1  et  2,  représente  le 
navire  en  coupe  extérieure  et  en  coupe  longitudinale  par  l'axe. 


s  tj^es  e[  la  notice  ont  ëtc  déposées 


—  640  — 

Suit  d'abord  la  correspondance  des  lettres. 

a.  Chaudière.  Type  locomotive. 

6.  Machine  Compound  à  trois  cylindres. 

c.  Ventilateur  en  forme  de  manche  à  vent. 

d.  Tube  à  lancer  la  torpille. 

e.  Torpille-Cigard  de  rechange. 

f.  Parallélogramme  à  charger  la  torpille. 

g.  Compresseur  d'air  à  lancer  la:  torpille. 
h.  Timonerie  à  servo-moteur  abritée. 

i.    Seconde  timonerie  dite  du  pont. 

j.    Gouvernail  d'avant,  sous  le  navire. 

k.   Gouvernail  d'arrière,  ordinaire. 

/.    Bossoir  ou  potence  de  l'ancre. 

m.  Treuil  Guindeau. 

n.  Stoppeur  de  l'ancre. 

0.  Petits  canons  à  tir  rapide. 

La  chambre  d'équipage  à  l'avant,  celle  des  officiers  à  l'arrière 
(de  9  à  16  hommes),  les  caisses  à  eau,  à  provisions,  à  munitions 
sont  suffisamment  indiquées  dans  le  dessin,  ainsi  que  la  toitare 
qui  enferme  la  coque  par  dessus  et  en  fait  presque  un  bâtiment 
sous-marin. 

Les  soutes  à  houille  contenant  douze  tonnes  sont  latéralement 
de  part  et  d'autre  des  machines  et  chaudières.  On  remarque  la 
position  de  l'hélice  en  contre-bas,  enfin  le  cloisonnement  de  la 
coque  avec  sept  murs  étanches  en  travers. 

Restent  à  relater  les  dimensions  principales. 

Longueur 39"" 

Largeur 4M0 

Creux 1^95 

Déplacement  en  charge 1^^ 

Hélice  :  diamètre 1™90 

Pas ,   .  a-^ios 

Nombre  de  tours  par  minute 340 

Vitesse 48  n. 

Puissance  indiquée 750  eh. 

Pression  manométrique 7*^35 


—  641  . 

Cylindres,  nombre 

Diamètres    .        -, 

(     2.  B.  P.  .    . 

Course  commune 

Surface  condensante 

Surface  de  chauffe 

Surface  de  grille 

Poids  de  la  machifie 

—  des  chaudières 

—  tout   en   ordre,   machine,    j 

sans  le  charbon.   .    .    . 


Un  autre  dessin  de  M.  Claparède  est 
près  analogue  de  torpilleurs  qui  sont  ei 
marine  française.  Le  n"  1  a  servi  de  mi 
et  52  ont  réalisé  une  vitesse  de  20'"''31 
fatigue  pendant  l'essai  réglementaire  do 
atteint  près  de  21  nœuds,  soit  l'une  des 
tenues  en  mer  et  nous  allions  dire  la  pi 
a  affirmé  que  la  marine  italienne  a  un  t 
anglaise,  ayant  donné  22'"''46.  Outre  > 
quelles  données  de  service,  on  s'étonne 
moins  bien  propre  à  émulation,  n'ait  pas 
L'exposition  de  M.  Claparède,  à  Anvei 
types  suivants  : 

Les  canonnières  Lionne  et  Crocodile,  à 
chevaux  sont  des  types  de  service  conri 
éloges  aux  essais. 

Le  Lynx  est  un  autre  type  de  canonni 
douze  fois. 

Les  avisos  Bisson  et  Hussard,  à  mach 
pour  particularité  leur  service  économiqt 
chine,  373  kilogr.  par  cheval,  l'excellent 
leur  chaudière  à  tirage  forcé. 

Les  transports  Saône,  Drac  et  Prévoy 
des   ligne?  corses  ,  les    beaux  et   puissa 


—  642  — 

et  Druentia  étaient  également  exposés  à  Anvers  par  leurs  dessins, 
et  ils  prouvent  qu'en  France  aussi,  nous  arrivons  à  ces  élé- 
gantes formes  de  navires,  où  excellent  les  constructeurs  anglais. 

Le  Laborieux  est  un  remorqueur  à  hélice,  de  600  chevaux,  dont 
la  vitesse  en  route  libre,  de  12  nœuds,  demande  une  consomma- 
tion de  815  grammes  de  houille  par  cheval  et  par  heure.  D'au- 
tres remorqueurs  de  la  maison  Claparède  sont  à  roues  avec  un 
ingénieux  mécanisme  pour  rendre  très  rapidement  les  deux  roues 
indépendantes,  en  vue  d'accélérer  les  manœuvres. 

Le  Lap*ade  et  Y  Albatros  sont  des  exemplaires  d'avisos  égale- 
ment à  roues,  types  devenant  rares.  Ils  ont  été  lancés  à  Saint-Denis 
en  Seine  et  seront  probablement  les  derniers  navires  importants 
qu'on  verra  mettre  à  l'eau  aux  environs  de  Paris,  à  cause  des 
récents  endiguemcnts  du  fleuve. 

n  nous  reste  à  signaler,  dans  l'exposition  de  Claparède,  à  Anvers, 
deux  types  qui  ont  un  intérêt  particulier. 

C'est  d'abord  la  machine  du  croiseur  la  Nayade^  triple  Compound 
horizontale,  avec  distribution  à  soupapes,  qui  rappelle  un  peu  dans 
son  principe  celle  des  classiques  machines  de  Flachat  au  che- 
min de  fer  atmosphérique  de  Saint-Germain  :  le  rapport  de  ré- 
ception de  la  Nayade  signale  spécialement  la  promptitude,  la  sûreté 
et  la  facilité  avec  lesquelles  se  font  toutes  les  manœuvres,  ce  qui 
est  d'une  bien  grande  importance,  surtout  pour  les  bâtiments  de 
guerre. 

La  distribution  à  tiroir,  dite  en  mouvement  de  locomotive,  était 
devenue  à  peu  près  générale  en  marine,  pendant  que  les  Améri- 
cains persévéraient  dans  leur  classique  machine  à  clapets  et  que 
partout»  dans  les  machines  d'usine,  on  adoptait  pour  la  distribution 
de  la  vapeur  le  joli  mécanisme  à  clapets  de  Sulzer  ou  les  valves  tour- 
nantes de  Corliss.  La  grande  machine  de  la  Nayade j  par  Claparède,  va 
peut-être  ouvrir  la  nouvelle  voie  à  la  marine  et  on  peut  dès  à  présent 
signaler  comme  particulièrement  applicable,  cette  variété  du  prin- 
cipe Corliss,  si  remarquable  de  simplicité  radicale  et  d'élégance, 
qui  constitue  le  système  Weelock,  déjà  connu,  et  mis,  en  France, 
en  exploitation  par  notre  collègue  Quillacq,  concessionnaire  du 
brevet. 

Le  dernier  type  de  naviï'e  remarqué  dans  l'exposition  de  M.  Cla- 
parède, à  Anvers,  a  surtout  un  intérêt  d  actualité.  C'est  celui  des 


—  643  — 

canonnières  françaises  dites  des  rivières  du  Tonkio,  à  tirant  d'eau 
de  50  centimètres. 

La  planche  précitée  la  montre  en  vue  extérieure  et  en  coupe 
longitudinale   par  Taxe. 

(Test  un  ponton  contenant  les  provisions  et  munitions,  ainsi 
que  les  chaudières,  sur  lequel  s'élève  un  vaste  rouff  où  sont  la 
machine  à  l'arrière,  les  chambres  d'officiers  d'équipage  dans  les 
meilleures  conditions   d'habitation. 

Le  dessus  du  rouff  est  le  principal  poste  de  combat;  il  est 
entouré  et  couvert  d'un  blindage  d'acier  suffisamment  protecteur 
contre  les  balles  ennemies. 

Une  particularité  curieuse  est  l'observatoire  également  blindé , 
que  surmonte  une  tour  ou  cheminée  dans  laquelle  on  monte 
pour  arriver  à  l'observatoire  où  est  un  canon  revolver  du  système 
Hostchkiss. 

Suit  la  concordance  des  lettres  indicatives  des  principales  par- 
ties du  bâtiment  sur  le  plan. 

a.  Chambre  des  machines.  )     *      ,  .      j       . 

.     ^       .       ,        ^^  .  /     Au-dessous,  magasms  de  vivres, 

6.  Quartier  des  officiers.  >  y      ^         *±' 

^       .        ,    ,,       .  \        agrès  et  munitions. 

c.  Quartier   de  1  équipage.  ) 

d.  Chaudières,  type  locomotive   avec  2  cheminées  de  front. 
6.  Magasins  de  munitions. 

/".  Puits  et  soute  aux  chaînes. 

g.  Poste  blindé  du  commandant  et  timonerie. 

h.  Observatoire  et  mat  de  signaux. 

».   Cheminée  d'accès  avec  échelons. 

Dans  le  navire  et  son  armement  tout  est  un  prodige  de  légè- 
reté, sans    préjudice  de  la  solidité. 

Le  propulseur  est  une  paire  de  roues  à  l'arrière,  actionnées 
par  l'intermédiaire  d'engrenage  à  dents  obliques  par  une  double 
machine  à  mouvements  rapides,    type  de  locomotive. 

Nous  devons  ajouter  que  le  singulier  navire  de  M.  Claparède 
n'est  déjà  plus  un  type  isolé  :  il  s'en  est  fait  en  Angleterre  pour 
les  rivières  peu  profondes  de  plusieurs  de  ses  nombreuses  colonies  ; 
non  seulement  pour  la  guerre,  avec  tôlage  protecteur,  mais  aussi 
avec  pleines  ouvertures  latérales  pour  service  de  transport  et 
d'exploration. 


—  644  — 

Quant  au  système  de  roues  en  arrière,  il  y  a  longtemps  qu*il  est 
adopté  en  France,  notamment  sur  la  Saône»  qui  avait  sa  Compagnie 
des  mono-roues.  Notre  vieux  maître  Cave,  dont  Ciaparède  est  le 
successeur,  a  mis  aussi  ce  système  en  pratique. 

Après  la  considérable  exposition  de  la  Société  Ciaparède,  mais 
dans  une  autre  partie  éloignée  du  palais  d'Anvers,  on  trouvait 
les  modèles  et  dessins  de  la  Compagnie  transatlantique  et  de  la 
Société  des  Chantiers  de  la  Loire. 

La  Compagnie  transatlantique,  prochainement  riche  de  soixante- 
dix  paquebots,  est  une  de  celles  qui  ont  puissamment  contribué 
aux  exigences  des  dernières  expéditions  militaires,  et  il  suffirait 
des  résultats  effectués  par  ces  flottes  commerciales  pour,  sil 
était  encore  besoin,  démontrer  quelle  protection  patriotique  et 
populaire  leur  doit  un  pays.  L'Angleterre,  l'Allemagne,  l'Espagne 
et  l'Italie  ne  s'y  trompent  pas. 

Les  paquebots  de  commerce,  même  ceux  des  services  postaux 
subventionnés,  ne  sont  pas  faits  pour  le  combat,comme  le  demande 
encore  l'ignorance,  mais  ils  font  Jes  transports  d'hommes  et  de 
matériel  avec  cette  rapidité  et  cette  économie  que  réalise  seule 
la  pratique  de  Texploitation  commerciale  ;  ils  peuvent  en  outre 
rendre  de  grands  services  comme  éclaireurs,  comme  uhlans  mari- 
timesj  a-t-on  dit,  et  on  paraît  se  proposer  de  les  armer  au  besoin 
en  croisière  ou  en  corsaires. 

On  a  donc  eu  bien  tort  d'en  faire  les  ennemis  de  la  marine 
de  l'État.  La  nécessité  est  égale  de  part  et  d'autre  pour  la  défense 
nationale,  avec  des  conditions  de  service  toutes  différentes  :  sur 
le  navire  de  guerre,  il  y  a  beaucoup  plus  de  monde  à  bord  qu'il 
n'est  besoin  pour  les  manœuvres,  parce  qu'il  faut  prévoir  la  pari 
du  feu;  l'art  du  commandant  est  moins  de  se  presser  et.  d'écono- 
miser la  main-d'œuvre  que  d'occuper  tout  son  monde  pour  le 
sauver  de  l'oisiveté.  Sur  le  paquebot  de  commerce,  au  contraire, 
la  loi  est  de  produire  le  plus  de  travail  avec  le  maximum  d'éco- 
nomie et  de  personnel. 

Le  magnifique  modèle  que  la  Compagnie  transatlantique  a  exposé 
à  Anvers  (modèle  si  complet  qu'on  peut  étudier  le  navire  mieux  qu  à 
bord  où  on.se  perd  dans  son  immensité),  ce  modèle,  disons-nous, 
est  celui  d'un  de  ces  paquebots  postaux  qui  doivent  être,  comine 


—  645  — 

transporteurs  rapides,l6S  auxiliaires  inévitables  de  la  marine  de  guerre. 
Et  on  Ta  si  bien  compris  qu'on  a  été  jusqu'à  obliger  la  Compagnie 
à  donner  à  ses  navires  les  dispositions  voulues  et  la  consolidation 
pour  les  armer,  au  besoin,  de  sept  canons  de  140  millimètres, 
exigences  dispendieuses  du  cahier  des  charges  que  nous  relatons 
sans  les  juger. 

Pour  la  construction  et  l'entretien  de  cette  nouvelle  flotte,  la 
Compagnie  transatlantique  (comme  l'a  fait  précédemment,  à  la 
Ciotat,  la  Compagnie  des  messageries),  a  créé  à  Saint-Nazaire  un 
établissement  de  constructions  navales  de  première  importance, 
qui  dès  à  présent  dispense  des  commandes  à  l'étranger,  sans 
empêcher  cependant  de  prendre  à  l'industrie  privée  proprement 
dite,  non  seulement  les  fers  et  autres  matériaux,  mais  les  grosses 
pièces  de  machines  et  même  des  navires  entiers  et  complets. 

C'est  ainsi  que  la  Compagnie  des  forges  et  chantiers  de  l'Océan 
et  de  la  Méditerranée  à  la  Seyne^  qui  avait  récemment  rétabli 
après  avaries,  en  l'améliorant  sensiblement,  le  Charles-Quint,  de 
la  flotte  d'Algérie,  a  eu  la  commande  de  deux  des  nouveaux 
paquebots,  la  Bourgogne  et  la  Gascogne.  Les  deux  autres,  la 
Champagne  et  la  Bretagne^  restant  aux  établissements  de  Saint- 
Nazaire  qui  venaient  de  construire  la  Ville-de-Tunis ,  remettre 
à  neuf  le  Saint-Germain,  la  France,  le  SainULaurent  et  autres, 
qu'on  peut  regarder  aujourd'hui  comme  des  navires  neufs  perfec- 
tionnés. 

Dans  l'un  et  l'autre  chantierj,  ces  constructions  ont  eu  d'abord 
pour  particularité  une  rapidité  d'exécution  dont  on  ne  croyait 
capables  que  les  chantiers  de  la  Clyde.  Les  commandes  ont  été 
faites  vers  la  fin  de  1884  et  voici  la  date  du  lancement  des 
quatre  paquebots  : 


!•''  Champagne^  le  15  mai  1885  ; 
2*  Bretagne,  le  9  septembre; 
3*  Bourgogne,  le  8  octobre; 
4''  Gascogne,  le  5  janvier  1886. 


L'essai  de  réception  aura  lieu  au  printemps  et,  bien  qu'il  y  ait 
eu  retard  de  deux  mois,  par  force  majeurf3  imprévue,  sur  laquelle 
il  s'est  répandu  bien  des  erreurs,  les  quatre    navires  seront  mis 

Bull.  43 


—  64a  — 

en  serviaê  à  Vèii  prochain,  sok  vingtrdeox:  mma  apiès  h.  goid!- 
mande. 

Lfifih  quatre  nouTeaux  paqueb<»ia  vonii  constituer  la  flotta- à  grande 
yitesfike  d»  la  ligae  de  Naw-York^  avec  la  N&emamdie',.  déjà  en  aer^ 
vice  et  qui  est  ODunue  de^  la.  Société  des  iugé&ieiursw  Mais^dqraû 
que  nous  rayons  yisitée  au  Havre^  elle  a  subi  aux  ateliers  4« 
Saint-Nazaire  desr  ratouches  et  perfeetionneiii£Bitsi..  Elle  a  acquis 
de  m)uyeUes  qoalit&si  nautiques^  et  une  dest  plu»  beUea  yikessds 
connu^B.  Une  des  demières  tray^aées  emtre  le.  SaFre  et  New- 
York  (i)  s'est  Mte  en  sept  j^ua»  et  àix-nmd  heures.  GeUe  au 
départ  du  Hain^  le  31  oetobre^  s'eat  £ait«  en  huit  jours  mm 
heure  et  dix  nodauites»  emportant  372.  passa^era  et  14,1'^  calis; 
le  retour  s'est  fait  avec  483  passagers  et  il  ,843  colis  en  huit 
jours  onze  heures  et  35  minutes. 

Il  est  remarquable  qu'avec  les  données  si  variables  de  la  mer, 
on  soit  arrivé  à  une  telle  uniformité  de  service  ;  on  Tobtiient 
d'ailleurs  aujourd'hui  avec  presque  la  totalité  de  deux,  grandes 
flottea  françaises,  Transatlantique  et  Messageries. 

Le  Saint-Germain,  qui  n'a  relativement  qu'une  faible  puissance 
motrice  et  qui  a  effectué  récemment  un  si  beau  voyage  de  transport 
au  Tonkin,  vient  de  faire  mieux  encore  sur  sa  ligne  ordinaire 
de  New-York  où  U  a  gagné  vingt^trois  heures  sur  sa  marche 
réglementaire. 

Les  quatre  nouveaux  paquebots,  dont  le  modèle  était  à  Anvers, 
sont  en  plus  grand  et  avec  plus  de  puissance,  à  peu  près  la 
reproduction  de  la  Normandie.  Ce  sont  les  mêmes  formes  de 
coque,  mais  avec  plus  de  finesse  ;  c'est  le  même  gréement  à  quatre 
mâts  de  tôle  d'une  seule  pièce,  dite  à  pible,,  et  deux  cheminées, 
celles-ci,  sur  les  nouveaux  paquebots,  ayant  forme  elliptique, 
intérieurement  divisée  en  quatre  cloisons,  forme  déjà  usitée  en 
notre  marine  de  l'Etat  et  aux  Messageries  maritimea. 

La  disposition  intérieure  des  nouveaux  navires  est  la  même  que 
dans  la  Normandie,  Aménagements  de  première  classe  vers  le  mi- 
lieu, là  où  on  souffre  le  moins  des  oscillations  du  navire.  Puissent 

(1)  Quand  on  compare  les  traversées  des  paquebots  anglais  et  français,  onoubli? 
que  nous  les  comptons  toujours  du  quai  du  Havre  au  quai  de  New-York^  et  non, 
comme  souvent  les  Anglais,  de  Sandy-hook  à  Queenstown,  à  quoi  il  faut  jouter 
plus  d'un  jour  pour  arriver  en  France  avec  troifi  transbordements.  Il  en  est  de 
même  de  certains  tarifs  dits  réduits,  qui  laissent  en  dehors  le  service,  le  vin.  le 
médecin,  ^.,  qui  sont  compris  en  bloc  sur  nos  principaux  paquebot»  français. 


—  647  — 

les  nouveaux  paquebots  avoir  la  stabilité  de  la  Normandie ,  dont 
ils  dépassent  la  splendeur  décorative  et  le  confortable,  étudiés 
arec  des  soins  nouveaux  ! 

On  a  dit  qu'un  paquebot  postal  de  première  classe  est  le  grand 
Hôtel  mis  sur  mer.  D'autres  rappellent  un  Casino  flottant.  Rien  ne 
manque  en  effet  aux  nouveauxtransatlantiques  :  escalier  monumental 
à  cariatides  de  bronze  ;  panneaux  d'onix  et  d'émail  dans  les  sa- 
lons; le  principal  de  ceux-ci  a  une  haute  coupole  vitrée  et  une  mul- 
tiplicité de  hublots  (fenêtres  lenticulaires)  ayant  le  diamètre  inusité 
de  30  centimètres  ;  salle  à  manger  pour  130  couverts  avec  fauteuils 
revolver  en  bois  doré,  permettant  à  chacun  d'entrer  et  de  sortir 
isolément,  ce  qui  ne  se  peut  avec  les  bancs  classiques;  salles  de  bains 
et  de  coiffure;  pharmacie  et  infirmerie;  chambres  de  luxe  à  large 
lit  unique;  bibliothèque,  boudoir  de  dames,  quartier  des  enfants, 
fumoir,  buffet,  offices  avec  monte-plats  ;  cuisine  avec  tous  appareils 
de  cuisson  à  vapeur  et  appareil  distillatoire;  fabrique  de  glace  à 
rafraîchir  et  à  conserver  les  vivres;  lingerie,  buanderie,  séchoir, 
boulangerie  ;  cages  à  bêtes  vivantes  venues  des  fermes  spéciales  de 
la  Compagnie. 

Enfin,  signalons  les  soutes  curieusement  disposées,  garnies  et  pro- 
tégées pour  les  dépèches,  le  trésor,  les  poudres  et  artifices  à  signaux. 

Conformément  àla  méthode  généralisée  aujourd'hui,  la  Compagnie 
transatlantique  a  adopté  l'éclairage  électrique  distribué  dans  tout  le 
navire  au  moyen  de  600  lampes  dites  à  incandescence,  que  chaque 
passager  dans  sa  cabine  règle,  éteint  et  conserve  à  sa  volonté.  Le 
chauffage  est  fourni  par  tuyaux  à  vapeur. 

Pour  la  ventilation  à  tous  les  étages  et  dans  toutes  les  chambres, 
on  avait  à  choisir  entre  les  ventilateurs  comme  ceux  des  mines 
et  les  tuyaux  à  pavillon  dits  manches  à  vent  qui  dépassent  le 
haut-pont.  C'est  ce  dernier  système  qui  a  été  adopté.  Les  nou- 
veaux paquebots  ont  57  «manches  à  vent,  dont  21  pour  les  chambres. 

En  cas  d'incendie  et  de  voie  d'eau,  de  même  que  pour  tous  be- 
soins de  service,  il  y  a  une  multitude  de  pompes  :  42  dans  la  ma- 
chine, 8  sur  le  pont,  toujours  prêtes  à  fonctionner  au  premier  ordre. 

Un  système  nouveau  de  suspension  et  de  descente  des  canots  de  sau- 
vetage rend  leur  disponibilité  très  rapide  et  beaucoup  plus  sure.  On 
fait  fréquemment  en  voyage  l'exercice  de  tous  ces  appareils  de  sau- 


t 


^ 


s 


—  648  — 

Tetâge,  même  celui  des  ceintures  (i)  à  Tusage  des  passagers,  afin  de 
.ne  pas  être  pris  au  dépourvu. 

Enfin,  comme  sur  la  Normandie^  dans  le  fond  du  navire  est  un 
'Wciier^ballats  de  750  tonnes,  série  de  caisses  étanches  qu'on  emplit 
d'eau  à  volonté  pour  faire  lest  et  maintenir  les  meilleures  conditions 
«d'immersion  pour  le  tirant  d'eau  et  la  stabilité  du  navire,  quels  que 
•soient  Xechargemetitei  son  arrtmogfe.  Cette  disposition,  qui  caractérise 
les  Cargo-boats  onnavires  à  marchandises  y  semble  aujourd'hui  devoir 
•s'appliquer  à  tout  navire  à  voyageurs,  afin  qu'il  soit  moins  sujet 
au  fatigant  roulis  en  cas  d'insuffisance  de  fret  ou  défaut  à' arri- 
mage. 

Les  nouveaux  paquebots  difi'èrent  au  contraire  de  la  Normandie  et 
même  entre  eux  par  plusieurs  particularités.  D'abord,  ils  ont  une 
finesse  de  façons  extrêmes  surtout  vers  l'arrière,  qui  égale  au 
moins  celle  du  célèbre  Persia  des  Anglais  et  du  Péreire  de  notre 
marine  française. 

L'avant  et  l'arrière  du  haut-pont  sont,  comme  presque  partout  au- 
jourd'hui, couverts  d'une  toiture  arrondie  dite  Turtle  rfecfcouponten 
carapace  de  tortue  (2),  mais  beaucoup  plus  développée  et  plus  élé- 
gamment agencée,  celle  d'avant  avec  un  brise-lames  puissant  dont 
les  bons  efiets  paraissent  acquis  par  l'exemple  delà  Normandie, 

Dans  celle-ci,  le  fer  a  été  généralement  employé.  Dans  les  nouveaux 
paquebots,  on  a  adopté  l'acier  doux  à  45  kilog.  d'effort  de  traction. 
Le  navire,  plus  léger,  à  égalité  de  solidité  possède  un  tirant  d'eau 
moindre,  ce  que  recherchent  aujourd'hui  toutes  les  marines. 

Si  les  superstructures  du  haut-pont  n'ont  pu  être  épargnées,  elles 
sont  du  moins  bien  ménagées. 

Les  phares  des  feux  de  nuit  dans  leurs  tourelles,  les  guérites  des 
veilleurs  aubossoir  sont,  ainsi  que  la  timonerie  réunis,  à  la  passerelle 
de  commandement,  au-dessus  de  la  chambre  même  du  capitaine,  pour 
ainsi  dire  sous  sa  main  et  à  proximité  du  carré  des  officiers;  le  tout 
sous  des  formes  harmonieuses  dans  l'ensemble  des  lignes  du  navire. 

Dans  les  deux  paquebots  de  Saint-Nazaire,  les  murailles  sont  droites. 
Dans  les  deux  du  chantier  de  la  Seyne,  elles  sont  un  pou  rentrées  par 
le  haut. 

(1)  On  ne  saurait  trop  recommander  cet  exercice  en  présence  des  passagers, 
particulièrçmeot  celui  des  ceintures  qui,  mal  adaptées,  ne  sont  qu^un  danger. 

(2)  Nous  demandons  au  lecteur  pardon  de  l'emploi  de  tous  ces  mots  empruntes 
^ux  Anglais,  mais  ils  sont  adoptés  partout. 


—  049  — 

Les  chaudières  des  premiers  sont  en  tôle  d'acier 
5  mètres.  Dans  les  seconds,  ces  chaudières  sont  u 
et  en  tôle  de  fer. 

Dans  les  quatre  navires,  les  arbres  de  couche 
diamètredfl576  m/m;  pareils  arbres  en  fer  a;iraif 
arbres  creux  de  Withwort  sont  peu  employés  en 
deux  paquebots  de  la  Seyne,  les  arbres  d'acier  vi 
de  S^nt-Chamond  ;  ceux  des  deux  autres  soi 
Creuzot. 

Les  machines  offrent  une  particularité  qui  ( 
tard  à  d'intéressantes  comparaisons,  et  aucune  C( 
rait  mieux  faire  celles  des  divers  systèmes  de  i 
a  dans  sa  flotte  presque  tous  ceux  qui  sont  usue 
commerciale,  savoir  : 

1°  Quadruple  machine  horizontale  du  Lafaijei 
lices  ; 

2°  Double  machine  pour  deux  hélices,  forme 
égaux,  du  Washington,  de  la  Vilte-de- Brest  et  S' 
3"  Compound  proprement  dite  à  deux  cylindrf 
côte,  forme  pilon,  du  Saint-Germain,  du  Saint-S 
de-Tunis,  du  Foumel  et  de  leurs  pareils,  très  n 
variantes  de  détail; 

4*  Woolf  à  deux  paires  de  cylindres,  type  Labre 
et  Saint-Laurent  ; 
5"  Enân  :  Woolf  à  3  paires  de  cylindres  de  1 
Ud  sixième  système  manque  à  la  Compagni 
c'est  la  Compound  à  trois  cylindres,  celui  de  ! 
mis  entre  les  deux  autres  à  basse  pression,  typ 
de  Seraing  précitée,  qui  constitue  le  système  o, 
sageries  maritimes. 

Les  machines  des  quatre,  nouveaux  transatlant 
puissantes  et  sur  treize  mètres  de  hauteur,  les 
de  la  Normandie,  c'est-à-dire  Woolf  à  trois  pa 
sur  la  même  ligne,  les  cylindres  à  haute  pressi 
au-dessus  des  grands  cylindres  à  basse  press: 
et  même  chaque  cylindre  pouvant  être  isolé  au 
Mais,  entre  les  quatre  paquebots,  il  existe  un* 


—  650  ^ 

tëristique»  qui,  lorsque  les  résultats  seront  acquis,  donnera  lieu 
à  de  très  intéressantes  discussions. 

Dans  les  deux  paquebots  de  Saint-Nazaire,  la  machine  Woolj' 
est  disposée^  par  le  jeu  de  la  tuyauterie  et  de  la  distribution 
pour  fonctionner  à  volonté,  soit  d  double  y  soit  à  triple  expansim. 

Dans  ce  second  cas,  la  vapeur,  à  la  pression  nianométrique  de 
six  kil.,  n'est  introduite  que  dans  Tun  des  trois  petits  cylindres  du 
haut  ;  puis  elle  passe  dans  les  deux  autres,  chacun  de  même 
capacité,  et  offrant  par  conséquent  un  volume  double  à  la  détente 
delà  vapeur, — puis  enfin  elle  est  déversée  aux  trois  grands  cylindres 
ensemble  et  de  là  aux  condenseurs  tubulaires.  En  cette  triple  uti- 
lisation d'un  même  volume  de  vapeur  pris  à  la  chaudière,  la  force 
totale  développée  serait  de  6,500  chevaux. 

Pour  la  double  expansion  seulement,  la  vapeur  des  chaudières 
est  admise  simultanément  dans  les  trois  petits  cylindres  du  haut, 
d'où  elle  est  déversée  par  chacun,  en  dessous,  dans  son  grand 
cylindre  respectif.  En  ce  cas,  la  puissance  pourra  être  poussée 
jusqu'aux  8,100  chevaux  voulus  pour  les  grands  efforts  à  certains 
jours.  Ordinairement,  en  modérant  l'introduction,  en  augmentant 
la  détente,  on  pourra  ne  marcher  qu'à  la  puissance  suffisante  de 
6,500  chevaux. 

Les  deux  autres  paquebots,  qui  sont  ceux  de  la  Seyne,  auront 
seulement  la  faculté  de  la  double  expansion  avec  variation  très 
étendue  de  l'introduction  de  vapeur  et  de  la  détente. 

Sauf  ces  différences  qui  viennent  d'être  relatées  et  quelques  au- 
tres minimes,  voici  les  dimensions  principales  des  quatre  nouveaux 
paquebots  transatlantiques,  dont  l'exposition  d'Anvers  nous  montre 
le  modèle  : 

Longueur Vio^ 

Largeur lo"70 

Hauteur  sous  plafond  du  salon  et  cabines.    .    .    .  2™60 

Creux 11"70 

Tirant  d'eau  d'essai 7™30 

Déplacement  correspondant .  6,800  r 

Vitesse  demandée  aux  essais 18n. 

Puissance  indiquée  correspondante 8,100ch. 

Diamètre  d'hélice 7™ 


—  691  — 

Nombre  de  révolatioiiB 60 

Diamètres  de  cylindres   .   {    ^        _  ^  ^.r. 

-^  /    3  B.  P 2"03 

Course  commune 1"™70 

Presôion  manométrique 6  k- 

Diamètre  des  foyers I°*â5 

Nombre  de  foyers 36 

Capacité  des  soutes A  ,8S0  "• 

Surface  de  chauffe .2,345  '^ 

Surface  de  grille 90"*' 

On  espère  que  pour  une  vitesse  de  seize  nœuds  en  service,  la 
consommation  .ne  dépassera  pas  150  tonneaux  par  vingt^quatre 
heures,  quand  les  machines  auront  bien  leur  libre  jeu  et  que  le 
personnel  aura  acquis  son  expérience. 

La  Sodité  des  Ateliers  et  des  Chantiers  de  la  Loire^  qui  a  exposé 
€166  modèles  et  dessins  à  Anvers,  est,  aprèstla  Société  des  'Forges  ^t 
Chantiereide^laiMéditerranée  et  de  l'Océan^  celle»  qui  powsèdeen  Pranee 
les  {(lus  .grands  ètablissemaais  de  oonsitractioiis  navale.  Outre  ses 
ateliers  du  Havre  (aaoiens  ateliers  Nillus)  et  ceux  de  Nantes,  elle 
A  orée  .à  Saint-Nazaire,  à  côté  dos  instàHationfi  de  la  Compagnie 
transatlantique,  im  immense  :  chantier,  avec  un  outillage  générale- 
ment à  pression  hydraulique. 

Suivent  les  spécimens  de  la  Société  des  Chantiers  de  la  Loire 
exposés  à  Anvers  :  ce  sont  trois  beaux  modèles  de  naviires  carac- 
téristiques, accompagnés  de  dessins  très  complets,  savoir  :  le  ifiYon, 
le  Saint-Joseph  et  le  Mio-Negro. 

4^  Le  Milariy  navire  de  guerre  dit  éclaireur  d'escadre  à  grande 

vitesse,  pour  aller  à  la  découverte  de  l'ennemi,  est  en  même  temps 

lui-même  une  très  puissante  arme   de  combat.  La   coque   est  en 

acier,  à  tirant  d'eau  relativement  très  faible  ;  il  y  a  deux  'hélices 

•et   quatre  machines  Compound  horirontales,  deux  de  chaque  bord 

pouvant  être  découplées  et  isolées.  Elles  sont  assez  analogues  à  celles 

de  Cla^parède  qui  précèdent.  Les  '  chaudières    sont   à  vaporisation 

rapide,  du  système  Belleville,  ce  qui  constitue  évidemment,   avec 

l'emploi  de  la  haute  pression  a  dix  kil.,  sa  principale  particularité. 

LtB   bâtiment  est   gréé  en   trois  màts*goélette,  avec  deux  chemi- 

jiées  et  il  est  armé  de  'oinq  canons. 


—  652  — 

Suivent  les  dimensions  relatées  en  la  notice  de  rexposition  : 

Longueur 92"40 

Largeur 10"* 

Creux  sur  quille 6.43o 

Tirant  d'eau •    •    •  4-60 

Diamètre  d'hélice 3.60 

Pas  d'hélice 3.90 

Vitesse  aux  essais 18n.  40 

Puissance  motrice 4.100  ch. 

On  nous  dit  qu'un  croiseur,  du  même  principe,  mais  d'une  di- 
mension jusqu'ici  sans  précédent  en  France,  serait  commandé 
au  même  constructeur.  Il  aura  118  mètres  de  long  et  12.200 
chevaux  de  puissance  indiquée  pour  une  vitesse  voulue  de  dix-neuf 
nœuds  aux  essais. 

2^  Saint-Josephj  yacht  de  plaisance  du  marquis  deX.,  apparte- 
ment flottant  fort  bien  installé.  Les  yachts  de  ce  genre  constitaent, 
même  en  France,  une  classe  assez  importante  de  navires,  généra- 
lement remarquables  par  le  fini  de  leurs  formes  élégantes  et  leur 
grande  vitesse.  Le  Saint-Joseph  est  gréé  en  goélette-latine,  avec 
machine-pilon  Compound  ordinaire  à  deux  cylindres  inégaux,  et 
deux  chaudières  cylindriques  à  deux  foyers  chaque.  Suivent  les 
dimensions  : 

Longueur 52™ 

Largeur 7"20 

Creux  sur  quille 4^70 

Tirant  d'eau  (arrière) 3«»80 

Puissance  indiquée 700  ch. 

Vitesse  de  service ....  13  à  14  n. 

3**  Le  MichNegro  a  un  double  intérêt  :  d'abord  comme  œuvre 
réussie  des  chantiers  de  la  Loire;  et  ensuite  parce  qu'il  représentait 
à  Anvers  l'importante  Compagnie  des  Chargeurs  réunis,  ligues  do 
Brésil  et  la  Plata,  ayant  leur  port  d'attache  au  Havre  où  un  bassin 
entier  leur  est  affecté. 

Sa  flotte,  on  peut  dire  entièrement  construite  en  France,  se  com- 
pose en  ce  moment  de  26  paquebots  jaugeant  ensemble  54,000  ton- 
neaux, avec  une  puissance  collective  de  25,000  chevaux. 


—  653  — 

Le  Mio-Negro,  construit  parles  chantiers  de  la  Loire,  est  précisé- 
ment celui  dont,  au  voyage  de  la  Société  des  ingénieurs  au  Havre, 
les  honneurs  nous  ont  été  faits  par  le  directeur,  M.  Poudavigne,  qui 
nous  fit  une  intéressante  conférence  sur  son  projet  de  perfectionne- 
ment du  port. 

Depuis  notre  visite,  le  Hio-Negro  a  transporté  en  30  jours  1,300 
hommes  de  troupes  auTonkin,  et  Y  Uruguay  y  son  frère  de  chantier, 
vient  à  son  tour  d'être  réquisitionné  par  le  gouvernement  pour  un 
service  analogue. 

Le  Rio-Negro  est  un  paquebot  mixte  à  trois  étages  et  pont  supé- 
rieur, dit  spardeck,  avec  grand  rooff-salon  sur  l'arrière ,  une  teugue 
à  Tavant,  belles  installations  pour  quarante  passagers  de  cabine 
et  cinq  cents  émigrants  ;  gréement  de  brick,  dont  les  deux  mâts, 
dits  à  Pible,  sont  d'une  seule  pièce  en  tôle  —  système  presque 
partout  remplaçant  aujourd'hui  les  anciens  mâts  à  plusieurs  pièces 
de  bois  rapportées  ;  machine  Compound  verticale  à  deux  cylindres 
inégaux;  quatre  corps  de  chaudières  marines  ordinaires,  mises  en 
long  sous  une  même  cheminée.  Suivent  les  principales  dimen- 
sions : 

Longueur 106"* 

Largeur 12"»20 

Creux  sur  quille 9"*45 

Tirant  d'eau 6°^30 

Tonnage  en  douane 2.200  tx. 

Puissance  indiquée 1 .  800  ch . 

Vitesse  de  service 13  nœuds 

3.  ANGLETERRE 

Les  Belges,  qui  ont  si  courtoisement  proclamé  qu'ils  devaient 
à  la  France  une  bonne  partie  du  succès  de  leur  exposition  d'An- 
vers, ne  doivent  pas  être  trop  satisfaits  des  Anglais,  notamment 
pour  les  industries  maritimes.  Cette  nation,  qui  compte  à  elle 
semle  autant  de  navires  et  plus  de  constructeurs  que  le  reste 
du  monde  réuni,  n'avait  relativement  qu'une  très  minime  expo- 
sition maritime  à  Anvers  :  aucune  machine  marine,  alors  que 
les  transports  étaient  cependant  exceptionnellement  facilités  par 


—  684  — 

la  .pûasibilité  d*embarqiier  à  l'Mélier  mime,  presque  toujours  Bitué, 
en  Angleterre,  Bur  un  rir&ge,  et  de  débarquer  à  lexposition 
même  d'Anvers. 

Aucune  indication  sur  le  chauffage  au  pétrole  qui  parait  à  la 
veille  de  se  généraliser  dans  la  marine,  et  dont  on  se  promet  de 
grands  résultats  économiques  par  la  simplification  du  service,  la 
réduction  du  personnel  et  la  diminution  du  poids  «et  Au  Tolmne 
■des  approvisionnements. 

Non  plus  aucune  indication  sur  la  marine  de  guerre  que  l'ami- 
rauté britannique  est  en  train  de  transformer,  parait-il,  sur  des 
données  nouvelles,  et  qui  vient  de  commander  d'un  seul  coup,  à 
rindustrie  privée,  32  naSrires  de  ^erre,  plus  22  torpilleurs,  les- 
quels, entre  autres  particularités,  seront  tous  éclairés  à  la  lumière 
électrique  et  pourvus  de  très  énergiques  appareils  de  ventilation. 

Suivent  quelques  renseignements  qui  nous  «oat  parvenus  sur 
Fun  de  ces  nouveaux  grands  bâtiments  :. la  coque  ai Oâ^'êS  de  long 
sur*21°^34  de  large  et  8,31  de  tirant  d'eau  pour  un  déplacement 
de  d 0,500  tonneaux;  trois  ponts  complets  et  deux  ponts  partiels 
forment  six  étages.  Le  pont  supérieur  est  entièrement  libre.  La 
machine  est  à  triple  expansion,  système  pilon  vertical,  pour  8,300 
chevaux  de  puissance,  correspondant  à  une  vitesse  de  seize  nœuds  et 
demi.  Les  huit  chaudières  sont  réparties  en  quatre  chambres  dis- 
tinctes sous  deux  cheminées  placées  de  front  ;  la  pression  mano- 
métrique  serait,  affirme-t-on,  de  64  livres  (quatre  atmosphères), 
ce  qui  serait  bien  opposé  au  principe  des  très  hautes  pressions, 
qui  se  généralise  au  contraire  en  France. 

L'armement  du  cuirassé  anglais  est  formidable  :  outre  douze 
puissants  canons  en  batterie  et  deux  lance-torpilles,  il  y  a  dans 
les  hauts,  sous  coupole,  à  cuirasse  de  457  millimètres,  trois  ca- 
nons monstres,  comme  ceux  que  nous  allons  voir  dans  la  marine 
italienne  :  ils  pèsent  110  tonnes  et  'ont  treize  mètres  de  long  ;  le 
projectile  a  900  kilogrammes  de  poids,  412  millimètres  de  dia<- 
mètre,  624  mètres  de  vitesse  initiale,  et  il  parait  qu^aux  essais  il  a 
crevé,  à  un  kilomètre  de  distance,  un  blindage  de  7S0  millimètres. 

Toutes  ces  puissances  de  dimensions  seront,  parait-il,  dépassées 
dans  le  Polyphemus. 

L'exposition  d'Anvers  ne  contenait  rien  de  ces  intéressantes  don- 
nées sur  la  marine  militaire  des  Anglais.  Elle  n'était  guère  naieni 


—  6S6  — 

favorisée  pour  leur  marine  cûmmerciale  et  postale,  alors  que  le 
praticien  espérait  voir  au  moins  les  modèles  ou  dessins  de  rCh^egon^ 
qui  a  pris  à  Y  Alaska  son  nom  de  lévrier  de  TOcéan  ;  de  VUmln'ia, 
le  nouveau  grand  coureur  de  la  compagnie  Cunard,  avec  13,000 
chevaux  de  puissance  motrice;  de  V America,  dont  notre  collègue 
Mallet  a  fait  ressortir  les  conditions  économiques;  du  plus  grand 
steamer  existant,  la  Citij  of  Rome^  aux  trois  cheminées  et  aux 
formes  élancées,  comme  celles  d'un  yacht;  non  plus  que  les  autres 
paquebots  qui  font  en  ce  moment  Torgueil  de  la  marine  ai^Laise, 
avec  juste  raison. 

C'est  à  VExposUion  du  travail  à  Paris,  et  non  Anvers,  qu'il 
a  fallu  venir  pour  voir  deux  modèles  de  la  Palmer's  sieel  Ship 
Building  C^  à  Jarrow-on-Tyne  :  celui  des  nouveaux  transatlantiques 
italiens,  dont  il  sera  parlé  au  compte  rendu  de  Texposition  d'Italie, 
et  un  autre  modèle  de  Palmer,  qui  mérite  la  plus  vive  attention; 
c'est  le  grandiose  projet  de  paquebot  à  vitesse  de  19  nœuds  1/2 
et  dont  voici  les  principales  dimensions  d'après  l'inscription  atte- 
nante au  modèle  : 

Longueur 137"  » 

Largeur 19  46 

Creux 11  58 

Puissance  motrice 13,000  chev. 

Diamètre  de  cylmdre  <  _  ^    ^^ 

•^  (  BP.    .    .   .  2   30 

Course  commune 1    82 

On  remarquera  que  le  bâtimeat  proposé  diffère  des  derniers 
grands  paquebots  postaux,  en  ce  qu'il  est  plus  ramassé.  Sa  lon- 
gueur étant  ramenée  à  137  mètres  ,  alors  qu'on  va  au  delà  de 
160  mètres  ;  la  largeur  étant  au  contraire  portée  à  près  de  20 
mètres,  ce  qui  n'est  pas  inusité  en  marine  militaire,  mais  sans 
autre  précédent  en  marine  commerciale  que  oelui  du  fameux  Gréai- 
EasteiTi,  qui  est  resté  à  peu  près  un  navire  mort-né. 

La  particularité  caractéristique  du  projet  Palmer  est  qu'il  est 
surmonté  d'un  haut-pont  complet,  monté  sur  colonnettes  affleu- 
rant la  muraille  du  navire  et  laissant  en  dessous  un  vaste  pro- 
menoir, autour  d'un  grand  rouf.  Ce  haut-pont  est  presque  en- 
tièrement libre  et  dégagé  de    ces  superstructures  éleve^es  parfois 


—  656  — 

en  double  et  triple  étages  sur  plusieurs  des  paquebots  modernes, 
lesquels  étonnent  et  inquiètent  les  vieux  marins  habitués  à  la  cor- 
rection des  lignes  des  anciens  navires. 

L'historique  de  cette  accumulation  d'étages  et  de  superstruc- 
tures n'est  pas  sans  intérêt,  et  elle  résulte  des  exigences  sans 
cesse  croissantes  des  passagers,  qui  ne  veulent  plus  des  étroits 
emménagements  du  passé. 

On  a  vu,  par  la  description  ci-dessus  de  nos  nouveaux  trans- 
atlantiques, tout  ce  qui  compose  le  paquebot  postal  actuel.  On  ne 
pouvait  descendre  le  navire  dans  Teau,  c'est-à-dire  augmenter  son 
tirant  d'eau,  qu'on  s' attache  au  contraire  à  réduire,  grâce  aux 
constructions  en  acier.  La  longueur  de  160  mètres  et  la  largeur 
de  16  mètres  sont  bien  près  d'être  des  limites  pratiques;  il  ny 
avait  donc  plus  qu'à  gagner  par  les  hauts,  ce  qui  n'est  pas  sans 
danger  de  verser  dans  les  grands  roulis;  bien  que  cette  élévation 
du  centre  de  gravité  ait  rendu  plus  doux  et  moins  fatigants 
les  mouvements  de  retour  du  navire  à  son  assise  normale  sur  les 
vagues. 

Ceci  posé,  les  anciens  navires  modèles,  comme  le  célèbre  Persia 
des  Anglais  et  le  Pereire  de  notre  marine  française,  eurent  sur 
Vuper^deck  classique  un  long  rouf  contenant  les  salons,  offices, 
chambres  d'officiers  et  coupole  des  machines,  etc. 

Puis,  ces  navires  à  rouf  étant  devenus  aussi  redoutés  qu'ils 
avaient  été  en  faveur,  on  les  a  couverts  d'un  toit  protecteur  dit 
spardeck,  d'abord  assez  léger;  il  est  devenu  ensuite  un  pont  com- 
plet, un  étage  de  plus,  ne  portant  qu'un  petit  nombre  de  roufs 
indispensables  et  séparés,  n'offrant  que  des  surfaces  insignifiantes 
aux  coups  de  mer  et  laissant  le  haut-pont  aussi  libre  et  dégagé 
que  possible. 

Tels  furent  le  Shannon  des  Anglais  et  VAdriatic  (1)  de  la  Compa- 
gnie américaine,  qui  venait  au  Havre  avant  l'existence  de  notre 
Compagnie  transatlantique .  La  Société  des  Ingénieurs,  en  son 
voyage  à  Anvers,  a  vu  ce  célèbre  et  vraiment  magnifique  navire, 
non  plus  sous  sa  forme  primitive  de  steamer,  mais  à  Tétat  du 
plus  beau  voilier  qui  existe  peut-être. 

Le  Labrador  et  ses  pareils   de    notre  marine  française  sont  de 

(1)  Le  steamer  Adiiatic  a  été  décrit  dans  ime  ootice  à  la  Société  des  Ingénieurs 
en  18tô. 


—  057  — 

même  du  type  dit  paquebots  à  spardeck  proprement 
marins  considèrent  souvent  comme  l'idéal  dupaqnebo 
pratique  à  tous  les  points  de  vue  et  ayant,  aussi  peu 
f^re,  à  redouter  les  coups  de  mer. 

Mais  on  a  eu  de  nouvelles  exigences,  en  même 
retrouvait  la  nécessité  de  protéger  tout  ce  qu'il  f: 
sur  le  nouvel  étage  n'ayant  plus  de  spardeck 
nom;  alors  sont  vt«nus,  de  nouveau,  les  grands  roufs 
raoir,  le  salon  dit  de  conversation,  la  belle  coupole 
la  salle  à  manger,  le  carré  des  ofScIers,  etc.;  en 
qu'on  couvrait  l'avant  et  l'arrière  du  navire  par  les 
lUTtle-<leck.  Ou  a  relié  le  tout  par  un  nouveau  po 
qu'on  appelle  le  pont- promenade  ou  terrasse,  et  fiua 
ci  a  reçu  encore  des  superstructures. 

Dans  le  projet  Palmer,  il  est  devenu  un  nouvel  éi 
veau  pont  complet  presque  entièrement  libre  et  dégagé 
le  Labrador  précité,  avec  la  rectitude  classique  des 
que  tout  ce  qui  est  superstructure  ordinaire  a  trc 
dessous  à  l'abri  des  coups  de  mer. 

Les  reuseigoements  que  nous  avons  recueillis  si 
sements  Palmer  ,  ont  achevé  de  nous  révéler  ] 
puissance  des  constructions  navales  en  Angleterre. 
peine  à  croire  que  le'  colossal  établissement  d'Elder, 
eût  des  analogues  (1). 

Puis,  nous  avons  connu  les  chantiers  de  Barrow 
fourni  en  France  la  Normandie.  Mais  voici  les  indicat 
recueillons  sur  les  établissements  de  Palmer,  compr 
à  Seraing  :  mines,  fourneaux,  forges,  laminoirs,  ate 
tiers;  ils  couvrent  30  hectares  de  terrain  ayant  i,! 

Il)  La  maison  Eldct,  qui  a  Tourni  la  plupart  des  paquebots 
c^6bK8,  n'en  compte  qua  peu,  au  contraire,  on  France,  dans  cet 
l'erreur  législative  avait  Torcée  de  demander  à  l'étranger. 

Cet  immense  établissement,  où  nous  avons  vu  les  quatorze  cale: 
occupées  par  des  navires  en  montage,  est  loin  de  représenter  à 
ganco  de  production  de  la  contr<!e. 

Lefl  vingt-un  constructeurs  réunis  de  la.  Glyde,  depuis  i 
Dumbarion  et  Greenock,  totalisent  environ  solianle  cales  de  ci 
un  outillage  d'une  puissance  extraordinaire  pour  la  réparation 
construction  ;  tiSmoin  l'une  des  cales  BÈchea  de  Graanock,  parai 
munie  de  deux  portes  extrêmes,  où  nous  avons  vu  enaemblo 
radoobage,  Jlais  aujourd'hui  que  la  Grande-Bretagne  n'est  plus 
monde  et  que  la  plupart  des  peuples  construisent  leur  marini 
navales  y  subissent  une  crise  dont  on  ne  prévoit  pas  l'élend 
menses  besoins  personnels. 


—  658  — 

façade  sur  le  rivage  de  la  Tyne.  En  ces  derniers  temps,  les  chan- 
tiers ont  produit  par  an  de  28  à  35  navires  en  fer  ou  en  acier  et 
les  forges  130  tonnes  de  fonte  ou  fer.  De  1878  à  1884,  la  con- 
struction totale  des  navires  représente  293,435  tonnes  et  149,648 
chevaux  de  puissance,  dont  9  cuirassés ,  10  puissants  torpilleurs 
et  14  paquebots  de  premier  ordre. 

L'amirauté  anglaise  a  31  bâtiments  de  guerre  de  ce  seul 
constructeur. 

Si  les  Parisiens  ont  à  remercier  M.  Palmerde  leur  avoir  mon- 
tré ses  modèles,  les  visiteurs  de  la  section  anglaise  à  l'Exposition 
d'Anvers  ont  été  réduits,  en  objets  maritimes,  aux  quelques 
modèles  du  façonnage  extérieur  de  la  coque  envoyés  par  quatre 
constructeurs,  et  aux  aquarelles  représentant  les  principaux  paque- 
bots de  la  Compagnie  Péninsulaire  Orientale,  Tune  des  plus  puis- 
santes d'Angleterre. 

Créée  en  1837  avec  deux  petits  paquebots  à  roues,  elle  eut  en 
1842  son  premier  navire  en  fer,  en  1880  son  premier  navire  en 
acier  ;  le  nombre  actuel  de  ses  navires  on  acier  est  actuelle- 
ment de  13,  totalisant  57,000  tonneaux.  Cette  Compagnie  marque 
aussi  dans  l'histoire  de  la  marine,  non  seulement  parce  qu'elle 
avait  ÏAtrato  et  le  Shannon  qui  furent  des  types,  mais  parce 
qu'elle  est  entrée  à  peu  près  la  première,  tout  au  moins  réso- 
lument, dans  l'application  de  l'hélice  et  dans  le  système  du  ral- 
longement des  navires,  qui  fut  alors  si  contesté.  Avec  le 
même  entraînement  pour  le  progrès,  elle  adopta  dès  le  principe 
les  condenseurs  à  surface,  les  machines  à  rapide  rotation  directe 
et  la  haute  pression. 

Sa  flotte  est  composée  actuellement  de  57  paquebots  généralement 
de  première  classe;  alignés  à  la  suite,  dit  la  notice,  ils  formeraient 
une  file  de  près  de  7  kilomètres  et  demi. 

En  tête  de  ces  paquebots  sont  le  Home  et  le  Carihage^  ayant  quatre 
mâts,  130  mètres  de  long,  un  port  de  5,000  tonneaux  et  une 
puissance  de  5,000  chevaux.  Ils  se  caractérisent  par  un  vaste 
rouf,  recouvert  d'un  pont-promenade  qui  déborde  de  part  et  d'autre, 
portant  sur  colonnettes,  comme  dans  le  projet  Palmer  qui  précède» 
mais  seulement  au  milieu  du  navire,  en  formant  galerie  couverte.  Le 
reste  du  pont,  à  l'avant  et  à  l'arrière,  est  libre*  et  dégagé  ;  les 
flancs  du  navire  sont  percés  de  grandes  fenêtres  can*és  ou  sabords^ 


i 


—  659  — 

suivant  Tusage.  pour  les  pays  chauds;  comme  le  Saint-Simon^  et 
YOlinde  de  notre  Compagnie  transatlantique  pour  la  ligne  des  Antilles  ; 
comme  vient  aussi  d'être  refait  à  neuf  le  paquebot  la  France, 
actuellement  occupé  à  transporter  les  troupes  au  Tonkin,  et  sur 
lequel  plusieurs  de  nos  camarades  de  la  Société  des  Ingénieurs 
sont  sortis  du  port,  dans  notre  voyage  au  Havre,  pour  l'inaugura- 
tion de  la  Normandie, 

Les  quatre  constructeurs  anglais  qui  ont  exposé  à  Anvers  sont 
d'abord  : 

Swan,  de  Nev^castle,  et  Harland,  de  Belfast;  ce  dernier  est  l'au- 
teur de  ces  grands  paquebots  de  la  White  star  C°  qui  ont  été  le 
point  de  départ  de  la  fièvre  des  grandes  vitesses  où  se  débat  en  ce  mo- 
ment la  marine*  A  côté  de  son  Britannic,  long  de  140  mètres  et 
à  4  mât3,  il  est  emieux  de  mettre  en  comparaison  son  Schanmm 
(second  du  nom),  long  dte  126  mètres,,  à  machine  de  4,500  chevaux 
et  gréé  seulamenit  de  2  mâts,  de  part  et  d'autre  des  ^  cheminées. 

Lee  deux  autres  constructeurs  anglais  exposant  à  Anvers  sont 
Thomson  et  Caird,  très  connus  en  France.  Le  premier,  qui  fut 
loagtemp»  le  constructeur  attitré  de  la  Compagnie  Cunard,  a 
donaé  le  SainthGermain  à  notre  Compagnie  transatlairtîque.  De 
ses  trois  modèles  d'Anvers,  deux  sont  assez  caractérisques,  l'un 
comme  type  de  paquebot  rapide  de  dimensions-  réduites  ;  les 
voici: 

Longueur 109™80 

Largeur 13  80 

Creux 7  60 

Tonnage 3680^ 

Vitesse 15"^ 

Puissance  motrice  ind.    .....    .  4,000  chev. 

^  ,.    ,     \  1  HP l'^lâS 

^^^^^^^jiBP am 

Course  commune 1  050 

L'autre  modèle  de  Thomson  paraît  être  celui  d'un  de  ces  pa- 
quebots que  divers  constructeurs  a^glais^  ont  construit  pour  le 
Mexique,  lequel  est  en  train  de  se  créer  une  maxine,  protégée  à 
outrance  de  toutes  manières  par  son  gouvernement,  pour  concur- 


—  660  — 

rencer  les  marines  d'Europe.  Il  a,  sur  notre  ligne  du  Havre  i 
Vera-Cruz,  4  beaux  steamers  de  Napier. 

Celui  de  Thompson  a  les  dimensions  suivantes  : 

Longueur 113^40 

Largeur 13  10 

Creux 7  70 

Tonnage 4,660' 

Puissance  motrice .    .  3,700  chev. 

Cylindres  j  ^  g  p      - 333 

Course  commune 1  42 

Cairdy  de  Greenock,  est  celui  des  constructeurs  anglais  qui  a  ea 
le  plus  de  clientèle  française.  Parmi  ses  modèles  exposés  à  .\n- 
vers,  nous  remarquons  d'abord  ceux  du  Rome  et  du  Carthage  de 
la  Compagnie  Péninsulaire,  qui  précèdent,  celui  du  Massilia  pour 
la  même  Compagnie,  construit  avec  un  peu  moins  de  longueur, 
mais  un  peu  plus  de  largeur  et  de  creux,  et  la  même  force 
de  5,000  chevaux  ;  comme  disposition  générale,  le  Massilia  rap- 
pelle complètement  notre  Labrador  de  la  Compagnie  transatlan- 
tique, qui,  avec  son  pont  dégagé,  reste  un  type. 

L'une  des  récentes  œuvres  de  Caird  est  le  Coromandel,  type  ac- 
tuel du  paquebot  rapide  ne  sortant  pas  des  dimensions  moyennes. 
La  coque  est  en  acier  Martin-Siemens,  à  3  ponts  principaux,  avec 
teugues  aux  deux  extrémités,  8  cloisons  étanches  dont  les  portes 
se  ferment  du  haut  du  pont  supérieur,  gréement  en  3  mâts,  ins- 
tallation pour  111  passagers  de  cabines.  Ventilation  très  complète. 
Suivent  les  principales  dimensions  : 

Longueur 120™  » 

Largeur 13  50 

Creux 8  90 

Tirant  d'eau  en  charge 7  50 

Déplacement 8,000^ 

Salon  des  premières  (sur  l'avant)  ]  1  *.  oa 

Salon  des  secondes,  long.      ....         13    » 


—  m  — 

Machine  Gompound,  3  cylindres 

Diamètres  jggp 130 

Course  commune 1  65 

Pression  manométrique 8*^ 

Nombre  de  foyers 21 

Surface  de  chauife » 

Surface  de  grille 29"^^  50 

Surface  condensante 1,750     » 

Vitesse  promise 14°^*l/2 

Vitesse  réalisée. 15    1/4 

En  outre  de  ce  qui  précède,  la  section  anglaise»  à  A nversi  avait 
un  grand  étambot  de  navire  à  cage  d'hélice  d'une  seule  pièce, 
probablement  en  acier  et  exposé  sans  doute  comme  spécimen  d*un 
beau  travail  de  forge  ;  puis  un  singulier  essieu  coudé,  pour  loco-* 
motive  aussi  bien  que  pour  la  marine.  Partant  de  ce  principe  que  ce 
qui  casse  le  plus,  c*est  la  soie  ou  la  partie  voisine  des  mauivelles, 
quelque  soin  qu'on  prenne  d'éviter  les  angles  vifs,  les  manivelles 
sont  en  2  morceaux  assemblés  à  queue  d'aronde  et  reliés  par  deux 
énormes  boulons. 

* 
4"  LA  HOLLANDE  ET  L'ITALIE 

La  Hollande  est  depuis  longtemps  une  puissance  maritime.  Mais 
les  45  modèles  exposés  à  Anvers  ne  donnent  que  la  forme  ex- 
térieure de  la  coque  nue  et  ne  suffisent  pas  pour  l'étude. 

L'Italie  devient  une  grande  puissance  maritime.  Outre  ses  ar- 
senaux et  ports  militaires,  elle  a  pour  le  commerce  son  port  de 
Gênes,  perfectionné  et  outillé  en  3  ans  pour  être  dans  la  Médi^ 
terranée  ce  qu'Anvers  est  dans  le  Nord.  Maintenant  on  va 
s'occuper  du  port  de  Naples  et  d'un  bon  port  sur  l'Adriatique. 

L'Italie  avait  deux  Compagnies  de  paquebots  de  comtnerce  qui 
ont  récemment  fusionné  en  une  seule  grande  et  puissante  entre^ 
prise,  laquelle  fait  une  vive  concurrence  à  nos  services  français. 
Elle  n'a  exposé  à  Anvers  aucun-de  ces  modèles  complets  comme 
ceux  de  la  section  française,  mais  avec  ses  13  modèles  donnant 
la  forme  extérieure  de  la  coque,  nous  trouvons  des  dossiers  de 
plans  d'exécution  très  intéressants. 

Bull.  44 


—  662  — 

Bien  que  Tltalie  tienne  à  honneur  de  construire  son  matériel 
naval,  sa  grande  Compagnie  a  cependant  commandé  en  Angletem 
plusieurs  de  ses  transatlantiques ,  et  c'est ,  nous  Tavons  dit, 
non  à  Anvers,  mais  à  l'Exposition  du  travail,  à  Paris,  que  nous 
trouvions  le  modèle  complet  de  ceux  qui  ont  été  construits  par 
Palmer  de  Jarrow-on-Tyne.  Ils  appartiennent  à  la  classe  des  paque- 
bots mixtes  et  à  toutes  ans,  à  vitesse  moyenne  et  service  écono- 
mique, qu'on  pourait  comparer  à  nos  trains  omnibus  de  chemin 
de  fer.  C'est  à  peu  près  notre  type  français,  avec  un  gréement 
de  brick  à  2  mâts  carrés.  Us  sont  aménagés  avec  8  canots  de 
service  ou  sauvetage,  pour  91  passagers  de  première  classe  et 
50  de  seconde  classe.  Voici  ses  dimensions  : 

Longueur 122"  » 

Largeur d3    » 

Creux 40     » 

Tirant  d'eau 7    » 

« 

Déplacement  correspondant 8,800' 

Tonnage  en  douane 4,500' 

l  HP 1»20 

Cylindres  jgp 2^ 

Course  commune 1  50 

Puissance  indiquée 3,600  chev. 

.  L'Italie,  disions-nous,  fait  aujourd'hui  elle-même,  le  plus  qu'elle 
peut  sa  flotte.  Nous  lui  connaissons  trois  principaux  établissements 
de  constructions  navales  et  elle  ne  recule  devant  aucune  puissance 
d'engin. 

Témoin  le  Pilon-Géant,  de  100  tonnes  et  à  quadruple  mon- 
tant de  tôle,  pour  les  forges  de  Terni.  Cet  instrument,  l'un  des 
chus  de  l'exposition  d'Anvers,  a  été  construit  par  les  ateliers  de 
Seraing  particulièrement  pour  forger  ces  canons-monstres  qu'af- 
fectionne l'Italie,  comme  les  Anglais.  On  se  souvient  de  celui  qui 
est  venu  à  notre  exposition  de  1878,  sur  un  wagon  à*  12  roues 
et  qui  mesurait  plus  de  2  mètres  à  la  frette  des  tourillons. 

Les  canons  que  forgera  le  marteau  de  Terni  doivent  peser  100  à 
110  tonnes.  Le  canon  de  Bange,  qui  figurait  aussi  à  ^exposition 
d'Anvers,  pèse  37  tonnes  et  on  attend  de  lui,  paraît-il,  le  même 
travail  que  du  canon  italien. 


—  663  — 

Dans  sa  flotte  militaire ,  comme  dans  son  artilli 
aime  à  faire  grand  ;  elle  semble  en  tout  se  souvem: 
comparables  moments  de  l'antiquité  et  du  xvi'  siècle. 

Son  noureau  cuirassé  le  Morosini,  qui  vient  d'être 
lenaellement  à  Venise,  caractérise  cependant  une  réa 
UD  bâtiment  à  3  hélices,  avec  ce'  cloisonnement  en  toi 
l'Italie  parait  avoir  eu  l'initiative.  La  coque  en  ai 
seulement  de  long    sur  IS^SÛ  de  large   et  7"^  de  i 

La  puissance  motrice  est  de  10,000  chevaux  pour 
de  16  nœuds.  Les  machines  sont  indépendantes  ainsi  qi 
dières  en  des  chambres  distinctes;  l'armement  consia 
nons  du  poids  de  106  tonnes  chaque,  %  autres  gros 
peu  moindres,  3  lance-torpilles  dont  une  à  l'arrii 
grand  nombre  de  canons- revolvers.  La  cuirasse  du 
de  36  à  45  centimètres. 

La  construction  du  Morosini,  effectuée  en  4  ans,  ti 
l'ancienne  cité  des  doges  a  des  moyens  d'exécution  ce 

5"  ALLEMAGNE 

La  section  allemande  était  une  des  plus  intéressantei 
elle  offrait  des  modèles  complets  de  navires  comme  ceux 
tioQ  française,  avec  des  plans,  dessins  ot  notices. 

Le  tout  exposé  par  la  seule  Société  Vulcan  de  Ste 
s'en  faut  de  beaucoup  qu'il  n'y  ait  que  ce  seul  établisses 
traction  maritime  en  cette  Allemagne  en  train  de  devei 
sance  navale  à  inquiéter  même  l'Angleterre. 

D'autant  plus  que  l'Allemagne,  nous  sommes  forcés 
construit  ses  navires  en  des  formes  un  peu  massive; 
une  méthode,  une  étude  des  détails  et  un  fini  peu  i 
Angleterre  où  on  s'est  trop  habitué  à  faire  ^^te  «t  écoi 
plutôt  qu'avec  l'ancienne  perfection  de  W-  Penn  et  de 

Il  fant  ajouter  que  los  navires  allemands  sont  ten 
remarquable  propreté. 

Nous  ignorons  si  la  marine  militaire  allemande  est  f 
connue  en  France  :  nous  allons  voir  ci-après  doux  de 
cuirassés.  '  , 

Quant  à  sa  marine,  commerciale  qui  occupait  un  rfui{ 


* 

I 


—  664  — 

celui  de  la  France  il  y  a  peu  d'années»  nous  lui  connaissons  deux  prin- 
cipales Compagnies  postales  qui  ne  remplissent  que  trop  bien  lefameui 
programme  allemand  :  battre  les  Français  commeiaicUement  sur  Um 
les  marchés^  après  les  avoir  battus  militairement  sur  leur  territoire. 

Ces  paquebots  postaux,  après  avoir  fait  la  cueillette  du  fret  sur 
toutes  les  côtes  en  venant  de  Bl*ême  et  de  Hambourg,  viennent 
dans  nos  ports  où  ils  n'ont  qu'à  compléter  leur  chargement,  en  pre- 
nant le  fret  à  tous  prix,  l'enlèvent  ainsi  à  nos  navires  en  vertu  de 
la  maxime  :  faire  leur  bien  premièrement  et  puis  le  mal  (T autrui.  Elles 
sont  servies  à  cet  effet  par  de  très  habiles  agences  répandues  sur 
toutes  nos  places,  accaparant  surtout  certaines  industries  d*expo^ 
tation  dont  trop  souventles  fabricants  et  les  commissionnaires,  même 
i  Paris,  sont  étrangers,  et  se  font  un  honneur  national  d'enlever  le 
plus  qu'ils  peuvent  à  notre  marine,  ce  que  notre  commerce  français 
n'imite  pas  assez  (1). 

Autrefois  les  paquebots  allemands  appartenaient  par  principe  à  la 
classe  des  navires  mixtes  à  moyenne  vitesse,  réalisant  surtout  le  plus 
économique  service.  Ce  fut  le  temps  des  beaux  revenus  de  cette  ma- 
rine. 

L'une  de  ces  Compagnies,  la  Hambourgeoise  atnérivaine^  parait 
persévérer  dans  ce  système.  Nous  avons  son  type  classique  de 
paquebot  dans  le  Saint-Simon  et  le  Saint-Germain  de  notre  Com- 
pagnie transatlantique  et  nous  allons  voir  ci-après  un  spécimen  de 
ses  dernières  constructions  qui  ne  diffèrent  des  précédentes  que  par 
un  peu  plus  de  vitesse,  restant  cependant  toujours  dans  la  moyenne. 

L'autre  grande  Compagnie  allemande,  le  German  Lhyd,  est  au  con- 
traire entrée  dans  la  voie  des  grandes  vitesses  avec  tous  les  perfecr 
tionnements  modernes.  De  ces  paquebots  rapides,  actuellement  au  nom- 
bre de  5  et  que  vont  suivre  3  autres  en  construction,  les  plus  réputés  sont 
Eider  et  Fulda.  Ils  ont  438  mètres  de  long,  14'°75  de  large,  H°75 
de  creux  et7,500  chevaux  de  puissance  motrice.  Les  formes  générales, 
avec  superstructure,  le  gréement  en  4  mâts  et  2  cheminées,  la  dis* 

(!)  Nous  avons  plu^  d'une  fois  entendu  formuler  ceUe  maxime  :  que  la  marcAmt- 
dise  n'a  pas  de  patrie  et  nous  avons  à  ce  moment  sous  les  yeux  le  Bulletin  d'an  pa- 
quebot allemand  portantpour  le  Havre,  Bordeaux  et  Paris  8,000  colis  qui  eussent 
bien  fait  Tatlkire  du  pavillon  français. Profitons  de  la  présente  note  pour  dire  com- 


bourg  et  Anvers.Mais  nos  paquebots  français  v  ont  perdu  une  recette  annuellede 
500,000  flrancs. 


—  665  — 

position  intérieure,  les  machines  Compound  sont  à  peu  près  les  mêmes 
que  dans  notre  paquebot  français  la  Noi^mandie^  et  on  peut  dire  que 
la  marine  n'a  plus  guère  partout  qu*un  système,  sauf  dans  les  ma- 
chines,  où  subsistent  encore  des  variantes  pour  le  mode  de  détente. 

La  plus  grande  partie  do  ces  flottes  allemandes  est  yenue  des 
chantiers  anglais;  mais  on  s'adresse  aujourd'hui  aux  établissements 
allemands  qui  sont,  tout  au  moins,  bien  près  de  suffire  entièrement 
au  pays. 

Ceux  de  Stettin  (i)  nous  montraient  à  Ânyers  d'abord  le  modèle  de 
Tun  des  paquebots  de  la  C^^  Hambourgeoise,  nommé  Rugia, 

La  coque  est  en  acier,  aménagée  pour  100  passagers  de  cabine 
sur  l'ayant  et  1,200  émigrants  dont  les  chambres  sont  ventilées 
par  six  manches  à  vent.  La  machine  est  du  type  Compound 
vertical  à  deux  cylindres.  Il  a  trois  chaudières  timbrées  à 
à  5  i  atmosphères,  à  double  façade,  posée  en  long.  Douze  foyers 
en  tout,  une  seule  et  même  cheminée,  et  un  gros  tube  sécheur  de 
vapeur  commun  aux  trois  chaudières. 

Longueur  de  coque,  total 113     »  m. 

Largeur          —               13  33 

Tirant  d'eau  en  charge 6  90 

Déplacement  correspondant 6.500  t. 

Vitesse  ordinaire 12  n'^ 

Puisance  motrice  indiquée 2.400  cb. 

Consommation  diurne  de  houille  .    .  42  t. 

Venaient  ensuite  à  Anvers,  dans  Texposition  des  chantiers  de 
Stettin,  les  modèles  de  deux  grands  cuirassés  pour  la  marine  alle- 
mande qui  sont,  au  point  de  vue  de  l'armement,  la  contre-partie 
Tun  de  l'autre. 

Dans  le  premier,  une  nombreuse  artillerie  est  répartie  dans  tout 
le  navire,  sur  le  pont  supérieur  et  en  dessous  en  batterie  tirant  par 
des  sabords  sur  les  flancs  du  navire,  lequel  est  d'ailleurs  à  éperon 
et  partout  puissamment  blindé.  Sur  le  pont  supérieur  sont  4  canons 
principaux  abrités  dans  des  tourelles  couvertes,  2  au  milieu,  1  à 
chaque  bout;  en  tout  16  canons  proprement  dits,  plus  12  revol- 

(1)  Les  chantiers  de  Vulcaii.  dit  la  notice  de  Texpositioa,  fondés  en  1831  occu- 
pent 3,5(H)  ouvriers  et  ils  ont  construit,  rien  que  pour  l'AUemagne  22  puissants 
navires  de  guerre. 


—  666  — 

vers.  20  manches  à  vent  aèrent  rintërieur  à  tous  les  étages.  Le 
navire  eat  à  2  hélices.  Voici  ses  principales  dimensions  : 

Longueur 120    »     m. 

Largeur 18  60 

Creux 12  95 

Tirant  d'eau *  .    .         7  75 

Puissance  motrice  indiquée 10.000  ch. 

Vitesse 46  n**.» 

Dans  l'autre  modèle  allemand,  qui  est  celui  du  cuirassé,  égale- 
ment à  2  hélices,  Erbau^  Tartillerie  consiste  en  6  canons  du  plus 
fort  calibre,  qui  sont  réunis  et  concentrés  au  milieu  du  navire  dans 
une  sorte  de  forteresse  non  couverte,  où  s'élèvent  aussi  les 
quatre  cheminées  des .  chaudières.  Tout  le  milieu  du  navire  est 
très  puissamment  cuiraiàsé  et  sa  consolidation,  poar  porter  aa 
centre  de  la  coque  toute  la  masse  du  moteur  et  de  rartillerie,  est 
très  intéressante  à  étudier.  Nous  n'avons  pas  pu  réussir  à  nous 
procurer  les  dimensions  deVErbau,  qui  autant  qu'on  puisse  en  juger 
sur  UD  modèle,  nous  ont  paru  à  peu  près  les  mêmes  que  dans 
le  précédent  cuirassé;  mais  avec  moins  de  creux  et  un  tirant 
d'eau  très  réduit.  Nous  croyons  savoir  qu'il  est  très  cloisonné  en 
tous  sens,  avec  36  manches  à  vent  pour  Taérage  des  compartiments. 

Nous  sommes  aussi  portés  à  croire  que  VErhau  serait  une  appli- 
cation d'un  système  du  savant  amiral  Paris  qui  concentre,  de  même, 
pour  ainsi  dire  l'âme  et  la  vie  du  navire  de  guerre,  au  milieu  par- 
faitement protégé  par  le  plus  épais  blindage,  les  deux  parties,  ar- 
rière et  avant  de  la  coque,  relativement  construites  avec  légèreté, 
ne  servant  que  pour  le  déplacement  d'eau  qui  équilibre  le  poids 
total  et  ne  contenant  plus  au-dessus  de  flottaison  que  des  logements 
et  magasins  qui  peuvent  être  plus  ou  moins  détruits  par  l'ennemi 
sans  faire  inévitablement  sombrer  le  navire. 

Mais  ce  qui  étonne  dans  le  cuirassé  allemand  et  ce  qui  dépasse 
certainement  le  but  de  l'amiral  Paris,  c'est  l'érection  des  4  grosses 
cheminées  au  centre  du  fort  renfermant  toute  l'artillerie  et  invitant 
en  quelque  sorte  l'ennemi  à  porter  là  ses  coups. 

D'autre  part,  il  est  certain  que  l'artillerie  de  VErhau  est  réunie 
là  au  le  navire  a  le  moins  d'oscillations  et  pourra  tirer  très  juste.^ 

L'exposition  allemande  à  Anvers  a  enfin  un  modèle  et  les  des-^ 


—  667  — 

sins  de  navire  ie  guerre  d'un  intérêt  tout  ac 
minera  notre  compte  rendu  : 

Ce  sont  ceux  de  ces  corvettes  rapides  qui 
trmtas  pour  la  Oiine  et  que  nos  escadres 
bien.  Ces  bâtiments,  cuirassés,  très  intellige 
Bonnes  et  agencés  pour  torpilleurs,  sont  sur 
leur  tirant  d'eau  réduit  à  6  mètres. 

Une  puissance  motrice  de  6,000  chevaux  le 
courante  de  14  nœuds  qui  peut  être  de  bet 
dérober  à  la  poursuite.  Ils  sont  à  deux  hélic 
de  machines  Compound  horizontales  à  3  cyl 
retour,  système  Claparède.  L'armement  priiic 
sants  canons  sous  tourelles  blindées;  l'intériei 
par  Iti  cloisons  transversales  et  une  en  long 
blindage  varie  en  épaisseur  de  25  à  35  cei 
91  mètres  de  long  sur  18  mètres  de  large. 

Tel  est  l'échantillon  de  la  flotte  chinoise  r 
nent  de  combattre. 

Si  intéressantes  et  si  redoutables  que  soi 
gères  qui  viennent  d'être  passées  en  revue,  _ 
ser  le  lecteur  sur  des  impressions  décourageî 
notre  marine  française.  On  a  vu  à  l'exposit 
que  nous  avons  aussi  des  bâtiments  de  guE 
puissants,  rapides,  à  tirant  d'eau  réduit  et  po 
nements  modernes. 

D'autre  part,  il  ne  fallait  pas  taire  que 
retard,  et  peut-être  seuls  en  retard,  pour  ; 
priés  à  la  marine  moderne  par  leur  acce 
leur  système  administratif. 

Nous  sommes  très  eu  retard  aussi  poui 
time  ;  à  ce  point  que  nos  premières  écoles 
vriers  n'ont  pas  de  cours  spéciaux.  Dans  n< 
tés  savantes,  la  marine  ne  tient  pas  la  plai 
autres  peuples  nos  rivaux. 

On  a  dit  que  dans  la  plupart  des  industi 
jourd'hui  et  qu'il  n'y  a  plus  de  place  q 
nombre  d'ingénieurs.  La  marine  leur  offre 
horizon . 


-  668  — 

Des  perfectionnements  merveilleux  ont  succédé  enfin  à  la  longue 
routine;  mais  il  reste  beaucoup  à  étudier   et  à  faire. 

La  mer  a  encore  trop  de  secrets.  Il  en  est  de  même  de  la 
puissance  et  de  l'utilisation  de  la  force  motrice.  Les  navires  sont 
trop  lourds  et  trop  peu  gouvernables  ;  plus  d'une  partie  de  la 
construction  continue  à  sentir  Tenfance  de  Tart. 

Puisse  le  long  exposé  qui  précède,  à  l'occasion  de  l'exposition 
d*Anvers,  avoir  inspiré  à  nos  camarades  le  goût  de  la  marine  et 
de  ses  œuvres  qui  sont  assurément  les  grandes  industries  de 
l'avenir. 


CHRONIQUE 


SONHAIU.  _  _       .  _     . 

Orienule.  —  Moteurs  à  gu.  —  Pyroroètre  calorimètre.  •- 
par  omnibus  et  tramway b. 


Psnta  à  bascule  4  B««*«rd*Mâ.  —  Nous  em; 
tice  publiée  par  M.  NieszoD,  dont  nous  avons  extrai 
dock  âottant  de  Rotterdam  contenu  dans  la  cbroDiqi 

reiiseignements  suivants  sur  divers  ponts  à  manœuvre 
hlis  dans  la  ville  de  Rotterdam. 

Ces  ponts  k  bascule  double  et  à  plan  horizontal  on 
ciens  ponts  datant  de  vingt-cinq  à  trente-cinq  ans,  1 
struits  très  légèrement  et  à  vantaux  contre -boutant  ai 
ve:iuz  Nont  en  fer  comme  les  précédents,  mais  consii 
forts  et  construits  d'après  des  calculs  exacts. 

Les  tabliers  et  les  trottoirs  sont  en  bois;  dans  ces  d< 
ivvêtement  de  la  voie  charretière  a  été  fait  en  pavés 
Sous  charge,  ces  ponts  présentent  un  plan  horizontal; 
Afi'  voies  de  tramways  ont  toutefois  une  coupe  longi 
lique  &  très  grand  rayon  au  sommet,  c'est-à-dire  au  ] 
lies  poutres;  la  largeur  des  voies  charretières  varie  ( 
très;  celle  des  trottoirs  latéraux  de  i^Si  à  2  mètres,  < 
bre  sous  volée,  de  9-«0  à  i3°*4,  à  la  cote  i^SO  sur  E 
gue,  comme  nous  l'avons  dit  précédemment,  l'étiage 
Chaque  poutre  peut  porter  isolément  sa  charge  moh 
égaliser  la  flexion  au  milieu  du  pont  et  répartir  plus 
charge,  l'extrémité  libre  de  chaque  poutre  est  munie 
âoitflxes,  soit  en  verrou,  qui  font  supporter  l'eifort  parli 
la  fois;  celles-ci  sont  disposées  de  façon  à  ne  pas.c 
d'éviter  la  poussée  sur  l'axe  du  mouvement  de  bascule 

Deux  de  ces  ponts  présentent  cette  particularité  qu 
lions  des  deux  canaux  situés  sur  chacune  des  deux  riv 
qne  possible,  on  a  placé  une  forte  armature  de  fer  en 
maintenir  invariable  l'écartement  des  culées.  Quand  on 
server  une  profondeur  déterminée  pour  le  passage  des  i 
caution  entraîne  souvent  à  de  grandes  dépenses;  mais, 
présentant  aussi  peu  de  stabilité  que  ceux  des  villes  l 
i-st  extrêmement  utile,  comme  le  démontre  ce  fait  ( 
massive  fondation  sur  pilotis,  les  ponts  dans  ta   const 


—  670  — 

on  n'a  pas  pris  ootto  précaution,  présentont  une  variation  de  deux  ceD< 
tlmètres  au  joint  des  poutres,  suivant  que  la  hauteur  d'eau  varie  entw 
les  points  extrêmes  de  Téobelle  d'étiage. 

Trois  de  oes  ponts  sont  disposés  pour  être  manœuvres  par  la  pression 
hydraulique,  Tous  peuvent  cependant  se  manœuvrer  à  la  maiu  au 
moyen  d'engrenages  logés  dans  les  piédestaux  des  réverbères  de  této 
et  de  secteurs  dentés  fixés  sur  les  maîtresses  poutres. 

Les  bascules  sont  construites  de  façon  à  rester  en  équilibre  dans  tou* 
tes  leurs  positions;  aussi,  malgré  son  poids,  qui  varie  de  3,S00  à  72,000 
kilogrammes,  chaque  poutre  est-elle  aisément  ouverte  à  80  degrés  par 
un  seul  homme,  avec  un  vent  ordinaire. 

La  force  hydraulique  est  fournie  par  une  prise  d'eau  sur  les  conduites 
de  la  Ville,  qui  débitent  sans  interruption  et  peuvent  donner  environ 
trois  atmosphères  de  pression,  soit  le  double  de  ce  qui  est  nécessaire. 

Les  appareils  hydrauliques  consistent  en  cylindres  oscillants,  rece- 
vant l'eau  par  un  de  leurs  tourillons  et  contenant  des  pistons  dont 
les  tiges  agissent  sur  de  forts  bras  d'équerre  en  fonte  fixés  par  des 
collets  de  fonte  aux  axes  des  bascules  et  à  la  paroi  des  maîtresses 
poutres  extérieures.  Les  cylindres  ont  des  boîtes  à  tiroir  et  les  appa- 
reils comprennent  les  réservoirs  d'air,  tuyaux  de  distribution  et  robi- 
nets de  divers  genres-  nécessaires. 

Au  Stokkenbrug,  pont  reconstruit  en  1881,  on  a  mis  deux  cylindres 
à  chaque  poutre,  un  de  chaque  côté  de  la  culée  ;  les  deux  cylindres 
de  chaque  paire  sont  réunis  par  une  conduite  de  communication  pour 
en  rendre  l'action  solidaire,  principe  sur  lequel  repose  toute  la  dispo- 
sition de  Tappareil. 

A  l'ordinaire  et  lorsque  la  pression  du  vent  ne  dépasse  pas  10  kilo- 
grammes par  mètre  carré,  un  seul  cylindre  suffit  pour  lever  la  poutre 
correspondante  en  une  demi-minute  environ;  on  peut  donc  maDoeu- 
vrer  à  demi-force,  ce  qui  se  fait  au  moyen  d'un  distributeur  qui  neu- 
tralise la  pression  de  Teau  dans  le  second  cylindre.  Si  le  vent  est  plus 
fort,  on  emploie  les  deux  cylindres,  et  on  peut  alors  ouvrir  le  pont 
sous  des  pressions  de  vent  allant  jusqu'à  SO  kilogrammes  par  mètre 
carré.  Les  cylindres  ont  0°*69  de  diamètre,  et  les  pistons  1"40  de  course. 

La  mise  en  action  se  fait  au  moyen  de  leviers  que  les  gardiens  ma- 
nœuvrent sur  la  voie  publique  ;  le  mouvement  alternatif  de  ces  leviers 
agit  sur  un  tiroir  analogue  à.  celui  des  machines  à  vapeur  qui  distribue 
Teau  dans  le  cylindre,  soit  en  avant,  soit  en  arrière  du  piston. 

Par  les  froids  ordinaires,  l'allumage  de  quelques  becs  de  gaz  dans  les 
caveaux  suffit  à  prévenir  la  congélation  de  l'eau  ;  en  temps  de  forte  ge- 
lée, on  se  sert  d'un  petit  poêle  à  gaz. 

L'expérience  a  conduit  à  quelques  modifications  dans  la  construction 
de  deux  ponts  plus  récents,  le  Jan-Kuitenbrug    et  le   Spanjaardsbrug, 


—  671  ^ 

Il  uj  a  plus  qu*uD  seul  cyliudre  par  poutre,  et  Tappareil  do  demi^foroe 
86  trouve  par  oonséquent  supprimé. 

La  réunion  des  poutres  au  repos  a  lieu  au  moyen  d'un  système  de  ver- 
roux  qui  reoulent  d'eux-mêmes  quand  se  ferment  et  font  saiUie  lorsque 
s'ouvrent  les  barrières  du  pont, 

Tous  les  ponts  mobiles  construits  dans  ces  derniers  temps  ont  été 
éprouvés  sous  charge  uniforme  de  300  kilogrammes  par  mètre  carré,  et 
en  y  faisant  passer  au  pas  et  au  trot  de  4  à  6  gros  camions  portant  cha» 
oun  4,000  kilogrammes,  avec  1^80  à  3  mètres  d'éoartement  d'essieux, 

Les  trottoirs  étaient  en  môme  temps  chargés  aussi  lourdement  que 
possible. 

Un  des  ponts  les  plus  remarquables  est  celui  qui  a  été  récemment 
établi  par  la  Société  de  Commerce  de  Rotterdam  sur  le  Binnenhaven, 
près  de  Koningshaven. 

Ce  pont  est  le  plus  grand  des  ponts  à  bascule  qui  existent  aotuelle- 
ment,  et  sert  pour  la  circulation  ordinaire  et  pour  le  passage  des  trains 
de  marchandises  du  chemin  de  fer. 

Son  établissement  présentait  des  difficultés  spéciales  ;  le  terrain  était 
mauvais,  et  il  fallait  satisfaire  à  la  double  condition  de  sept  mètres  de 
passage  sous  le  pont  à  marée  haute  et  de  10  mètres  d'élévation  de  la 
voie  au-dessus  du  plafond  du  bassin. 

Pour  atténuer  l'effet  du  vent  sur  la  très  grande  surface  des  tabliers  à 
l'ouverture  des  ponts,  on  a  élevé  de  chaque  côté  deux  pavillons  formant 
portique  au-dessus  de  la  voie  de  passage. 

Voici  les  dimensions  principales  : 

Longueur  des  poutres  entre  culées 24"  » 

Largeur         .      d«                             10. SO 

Distance  des  axes  des  bascules 27     » 

Longueur  du  fléau  des  contre-poids  en  arrière  des  axes  ...  3.30 

Hauteur  du  dessus  du  tablier  sur  eau  basse  ........  4.36 

Hauteur  du  passage  sous  le  milieu  du  pont  sur  eau  basse.   .  3.87 

Hauteur  du  plan  de  la  voie  sous  les  portiques 4.90 

Longueur  de  la  voie  entre  colonnes 8    » 

Longueur  des  trottoirs  de  chaque  côté  de  la  voie 1.23 

Les  fondations  des  canaux  situés  de  chaque  côté  entre  le  pont  et  les 
pavillons,  lesquelles  forment  un  tout  avec  celles  de  deux  chéneaux  de 
communication  de  4  mètres  de  section,  pratiqués  sous  le  pavillon,  ont 
38  mètres  de  longueur  sur  13  environ  de  largeur. 

Le  pont  est  construit  aussi  légèrement  que  possible,  d'après  le  sys- 
tème de  poutres  contre-boutantes,  et  a  un  tablier  de  revêtement  en 
bois  qui  repose  sur  un  nombre  suffisant  d'cntretoises  fixées  aux  quatre 
poutres  principale^  qui  forment  chaque  partie  du  pont.  Ces  poutres 
sont  arquées  en  dessous  avec   la  partie  supérieure    droite  et,  le  pont 


—  672  — 

fermé,  reportent  Teffort,  par  une  réaction  horizontale,  sur  la  maçonne- 
rie des  culées;  les  points  d'application  de  cet  effort  sont  à  2*18  en 
contre-bas  de  la  surface  du  tablier. 

Entre  chaque  paire  de  maîtresses  poutres  pénètrent  deux  fortes  soli- 
ves en  fer  à  parois  pleines  fixées  à  Taxe  de  bascule  et  reliées  trans- 
versalement entre  elles  et  aux  poutres.  Ces  pièces  forment  les  côtés 
du  fléau  dont  la  culasse  reçoit  le  contre-poids.  Le  pont  fermé,  cette 
disposition  fait  porter  toute  la  charge  propre  sur  Taxe  des  bascules, 
de  telle  façon  que  les  maîtresses  poutres  n'aient  plus  à  supporter  que  In 
charge  mobile. 

(A  suivre.) 

C^mpacnte  4e  iiavlipattoii  Ptfnliiiialaire  et    Orieatale. 

—  La  Compagnie  Péninsulaire  et  Orientale  est  la  plus  ancienne  Com- 
pagnie de  navigation  existante  ;  elle  a  été  incorporée  par  charte 
royale  en  1840;  mais,  dès  1837,  sous  le  nom  de  Compagnie  Péninsu- 
laire, elle  commença  à  faire  le  service  postal  entre  Falmouth,  Lis- 
bonne, les  principaux  ports  d'Espagne  et  Gribraltar;  ce  service  sefaisaii 
auparavant  par  navires  à  voiles  aussi  rapidement  que  le  vent  et  la 
mer  le  permettaient  ;  il  fallait  souvent  trois  semaines  pour  amener  les 
con*espondance8  de  Lisbonne  à  Londres,  période  qui  suffît  actuellement 
pour  les  communications  avec  Bombaj  par  la  voie  de  Brindisi. 

Les  services  de  la  Compagnie  Péninsulaire  et  Orientale  s^étendeni 
actuellement  à  Tlnde,  la  Chine,  le  Japon  et  TAustralie  ;  l'ensemble  ào^ 
parcours  effectués  par  la  flotte  de  la  Compagnie  s*élèvent  annuellemeni 
k  plus  de  2,344,000  milles  marins,  soit  108  fois  le  tour  de  la  terre. 

Les  premiers  navires  de  la  Compagnie,  de  1837  à  1842,  étaient  t-n 
bois;  c'est  à  la  dernière  de  ces  dates  que  remonte  son  premier  navire 
en  fer.  A  partir  de  cette  époque,  le  fer  remplaça  rapidement  le  bois,  et 
depuis  1880  il  commence  à  être  à  son  tour  remplacé  par  l'acier  :  c't\«t 
à  cette  date  que  fut  construit  le  premier  navire  en  acier  de  la  Compa- 
gnie ;  elle  possède  actuellement  13  navires  en  acier  de  37,300  tonnes  de 
jauge  totale. 

En  1837,  la  longueur  était  environ  5  fois  la  largeur;  le  rapport  fui 
progressivement  augmenté  jusqu'à  10,  puis  revint  à  8  et  9,  la  propor- 
tion généralement  usitée  actuellement.  A  l'origine,  les  lignes  étaient 
beaucoup  plus  pleines  à  l'avant  qu'à  l'arrière;  l'expérience  a  prouvé  que 
c'était  un  défaut  au  point  de  vue  de  la  vitesse  à  réaliser  pour  les  services 
postaux;  aussi  la  Compagnie  a-t-elle,  entre  1844  et  1852,  allongé  plu- 
sieurs de  ses  navires  et  obtenu  un  accroissement  de  vitesse.  Vers  l8r>T 
et  1839,  lorsque  le  besoin  d'un  accroissement  de  tonnage  se  faisait  $eu- 
tir,  on  allongea  deux  navires  ayant  des  formes  fines  aux  extrémités  ei 
ou  réalisa  une  réduction  de  la  consommation  par  tonne.  D'autres  navire^ 


—  673  — 

furent  plus  tard  rallonges  par  le  milieu  pour  des  raisons  de  divers  or- 
dres. 

Les  précautions  de  sécurité  ont  toujours  été  Tobjet  d'une  attention 
particulière;  dès  1840,  les  navires  de  la  Compagnie  étaient  munis  de 
cloisons  étanches;  ils  sont  actuellement  construits  d'après  les  prescrip- 
tions de  TAmirauté  pour  pouvoir  être  employés  comme  croiseurs  ou 
transports  en  temps  de  guerre  parle  gouvernement. 

Les  lourdes  machines  à  roues  à  marche  lente  furent  remplacées,  vers 
4852,  par  des  machines  à  hélice  àengrenages  à  marche  plus  rapide,  qui 
cédèrent  elles-mêmes,  vers  1855,  la  place  aux  machines  à  action  directe 
H  allure  accélérée  ;  dans  ces  dernier^  temps,  la  vitesse  des  pistons  a  en- 
core été  accrue.  Le  condenseur  à  surface  fut  introduit  en  1861  avec  les 
premières  machines  Compound  (1)  ;  les  surchauffeurs  apparurent  vers 
1860  et  donnèrent  alors  de  notables  économies  de  combustible. 

Jusqu'en  1847,  les  pressions  effectives  ne  dépassaient  pas  1/2  kilo- 
gramme ;  mais  après  cette  époque,  elles  s'élevèrent  successivement  jus- 
qu'à 1.5  kilogr.;  depuis  Tadoption  des  condenseurs  à  surface  et  des  ma- 
chines Compound,  la  pression  s'est  élevée  de  1.75  à  3  kilogr.;  en  1881  ou 
a  atteint  6.5  kilog.,et,  avec  les  nouveUes  machines  à  triple  expansion, 
on  ne  craint  pas  d'aller  à  10  kilog. 

Le  premier  navire  à  hélice  de  la  Compagnie  Péninsulaire  et  Orien- 
tale date  de  1851  ;  depuis  cette  époque,  elle  cessa  de  faire  des  navires  à 
roues. 

Voici  quelques  chiffres  relativement  à  l'accroissement  opéré  depuis 
dix  ans  dans  le  trafic  de  la  Compagnie  : 


Tonnage  total  de  la  flotte  de  la  Compagnie  .  . 

1874 

1884 

IKUniTlOI 

116.295 

172.694 

56.399 

Puissance  totale  de  cbcvauT  effectifs 

96.637 

160.600 

63.963 

Parcours  total  en  milles  marins 

1.635. 768 

2.344.264 

708.496 

Consommation  totale  de  combustillo 

280.000 

403.900 

123.900 

Consommation  par  mille  marin 

171  kg. 

172  kg. 

On  voit  par  les  chiffres  du  tableau  que  la  consommation  par  mille 
parcouru  n'a  pas  varié  sensiblement  pour  un  tonnage  de  près  de  50 
pour  100  supérieur;  en  outre,  la  vitesse  s'est  accrue  de  20  pour  100  en 


(1)  Ces  machines  étaient  des  machines  Woolf  à  cylindres  superposés  de  Hum- 
phrys  et  Tonnant,  montées  sur  les  steamers  Poonah,  Mooltan.  DeUit^  etc.,  dont  les 
résultats  turent  assez  médiocres ,  surtout  par  suite  de  certains  défauts  de  con- 
struction. (Voir  Société  des  Ingénieun  civils,  1873,  pages  783  et  828.) 


—  674  — 

moyenne.  Ces  résultats  sont  dus  aux  perfectionnements  apportés  aux 
appareils  moteurs  »  et,  dans  une  certaine  mesure,  à  ramélioration  des 
formes. 

En  1837,  la  flotte  de  la  Compagnie  Péninsulaire  et  Orientale  se  bor- 
nait à  deux  petits  vapeurs  en  bois  à  roues,  jaugeant  au  plus  300  tonneaux 
chacun  ;  elle  comprend  aujourd'hui  S2  grands  vapeurs  à  hélice  en  fer  et 
en  acier,  jaugeant  collectivement  181,0d5  tonneaux,  soit  une  moyeune 
de  3,492  tonneaux  chacun. 

On  peut  donner  une  idée  de  Timportance  de  cette  flotte  en  indiquant 
que  ces  navires,  placés  bout  à  bout  sans  intervalle,  occuperaient  une 
longueur  totale  de  quatre  milles. 

Dans  les  douze  dernières  années,  la  Compagnie  a  vendu  un  nombre 
de  navires  représentant  près  de  80,000  tonneaux,  et  les  a  remplacés  par 
des  neufs,  dont  la  jauge  totale  atteint  140,000  tonneaux,  de  sorte  que  la 
flotte  actuelle  est  en  très  grande  partie  neuve. 

Les  navires  du  modèle  le  plus  récent  représentent,  avec  leur  arme- 
ment et  chargement  complet,  un  déplacement  de  plus  de  9,000  tonneaux. 

Ainsi,  le  Tasmanta,  livré  en  1884  par  Caird  et  C**,  a  144  mètres  de 
longueur,  13'"74  de  largeur,  9"60  de  creux,  et  jauge  4^300  tonneaux  de 
gross  tonfioge  ;  la  puissance  effective  de  ses  machines  est  de  4,000  che- 
vaux. 

On  a  eu  13  nœuds  et  demi  de  vitesse  aux  essais.  Ce  ne  sont  pas  là 
évidemment  les  dimensions  qu'atteignent  aujourd'hui  les  paquebots  des- 
tinés à  la  navigation  transatlantique  ;  mais  la  nature  du  service  est  tota- 
lement différente. 

Il  y  a  trente  aa»^  les  plus  gros  navires  de  la  Compagnie  Péninsulaire 
et  Orientale,  tels  que  le  Fera,  avaient  92  mètres  de  longueur,  12"80  de 
largeur  et8'"20  de  creux,  avec  2,200  tonneaux  de  gross  tonnage  et  des 
machines  à  engrenages  de  Rennie  donnant  30  à  32  tours  par  minute ,  et 
développant  environ  1,100  chevaux  indiqués;  ces  navires  ne  donnaient 
guère  plus  de  10  nœuds  de  vitesse  moyenne  et  consommaient  oO  tonne? 
par  24  heures,  alors  que  le  navire  dont  il  a  été  question  plus  haut,  le 
Tasmaniayiie  dépense  pas  plus  de  70  à  78  tonnes  pour  un  tonnage  double 
et  une  vitesse  une  fois  et  demi  supérieure. 

H^teurs  à  ipaz.  --  L'institut  de  Franklin  avait  nommé  une  com- 
mission pour  étudier  spécialement  les  moteurs  à  gaz  à  l'Exposition  intei*- 
nationale  d'électricité  organisée  par  loi  à  Philadelphie  en  1884,  et 
pour  faire  toutes  les  expériences  qui  paraîtraient  utiles,  dans  le  but 
d'élucider  les  diverses  questions  relatives  à  ces  moteurs. 

Cette  commission  avait  élaboré  un  programme  d'expériences  très 
complet,  comme  on  pourra  en  juger  d'après  ce  qui  suit  : 

Les  expériences  se  diviseront  en  deux  parties  : 

1®  Des  essais  pratiques  dans  le  but  de  rechercher  l'effet  utile  des  m'> 
teurs  dans  les  conditions  qui  seront  jugées  les  plus  favorables  par  les 


—  675  — 

constructeurs,  pour  arriver  à  reconnaître  la  valeur  industrielle  des.  ap- 
pareils au  point  de  vue  de  la  dépense  et  du  bon  fonctionnement. 

Ces  essais  comprendront  : 

Un  essai  de  dix  heures  sous  charge  maxima  ; 

Un  essai  de  dix  heures  sous  charge  moyenne,  la  machine  étant  arrêtée 
à  la  fin  de  chaque  heure  et  le  temps  nécessaire  pour  la  remettre  en 
marche  noté. 

Les  observations  à  recueillir  sont  : 

Les  diagrammes  d'indicateur; 

Les  résultats  de  l'essai  au  frein  de  Prony; 

La  vitesse  et  la  régularité  de  la  rotation; 

Le  nombre  total  de  tours  ; 

Le  nombre  total  d'inflammations; 

Les  températures  de  Tair  et  du  gaz  à  l'entrée; 

Les  températures  du  gaz  à  l'échappement; 

Les  températures  de  l'eau  à  l'entrée  et  à  la  sortie 

Les  pressions  de  Tair  et  du  gaz  à  l'entrée; 

La  composition  du  gaz  à  l'entrée  ; 

La  composition  du  gaz  à  la  sortie. 

iP  Des  essais  scientifiques  dans  le  but  de  constater  certains  faits  au 
sujet  de  Faction  du  gaz  dans  le  cylindre,  faits  intéressants  à  connaître 
pour  améliorer  l'état  très  imparfait  encore  de  nos  connaissances  sur  la 
théorie  des  machines  à  gaz* 

On  devra  donc  choisir  un  moteur  et  exécuter  sur  lui  l'étude  des  ques- 
tions suiyantes  : 

Température  des  gaz  après  l'explosion  ;  on  se  servira,  à  cet  effet,  de 
la  résistance  électrique  d'un  fil  fin  de  platine  placé  dans  le  cylindre. 

EîiFet  des  divers  degrés  de  compression* 

EîfFet  des  diverses  proportions  de  mélange. 

Effet  de  la  compression  préalable  du  gaz  et  de  sou  emploi  au  moyen 
d'un  régulateur  de  pression. 

Effet  du  chauffage  préalable  des  gaz. 

Infiammabilité  de  la  charge  par  l'étincelle  électrique  à  divers  points  du 
cylindre. 

Effet  de  la  variation  de  la  vitesse  et  des  modifications  dans  les  tiroirs. 

Expériences  sur  la  dissociation. 

Comme  on  le  voit,  ce  programme  ne  laissait  rien  à  désirer,  et,  s'il  eût 
pu  être  réalisé,  il  n'est  pas  douteux  que  ces  expériences  n'eussent  fourni 
des  renseignements  de  la  plus  haute  valeur  ;  malheureusement,  il  par^ 
tagea  le  sort  de  beaucoup  de  programmes.  Les  exposants  refusèrent  net- 
tement de  se  prêter  aux  expériences  qu'on  leur  demandait,  et  la  Com- 
mission dut  se  borner  à  faire  un  simple  rapport  sur  les  machines  ex- 
posées. 

Ces  inachines  étaient  d'ailleurs  peu  nombreuses* 


—  676  — 

La  Compagnie  des  machines  Clerk,  de  Philadelphie,  exposait  deui  ma- 
chines, une  de  huit  et  une  de  dix  chevaux,  actionnant  des  dynamos  uni- 
polaires de  Bail;  la  première  machine  entretenait  six  lampes  à  arc  et  la 
seconde  80  Idmpes  à  incandescence. 

Les  machines  de  ce  système  ont  deux  cylindres  :  un  cylindre  moteur 
où  le  mélange  de  gaz  et  d'air  fait  explosion  à  chaque  tour,  et  uu  cjlin- 
dre  de  déplacement  par  lequel  les  gaz  brûlés  sont  expulsés  du  premier 
cylindre,  et  une  nouvelle  charge  de  mélange  détonant  est  fournie  à 
celui-ci. 

La  pression  dans  le  cylindre  de  déplacement  ne  dépasse  jamais  ou 
tiers  d'atmosphère  ;  le  volume  de  ce  cylindre  est  plus  grand  que  celui 
du  cylindre  moteur  ;  son  pistou  est  actionné  par  une  manivelle  à  angle 
droit  et  en  avance  de  celle  de  Tautre  cylindre. 

Ce  piston  aspire  de  Tair  et  du  gaz  pendant  la  moitié  de  sa  course,  et 
de  Tair  seul  pendant  l'autre  moitié  ;  pendant  la  moitié  de  la  course  de 
retour,  il  refoule  l'air  dans  le  cylindre  moteur,  et  pendant  le  reste  de 
la  course,  le  mélange  combustible.  An  moyen  du  calage  indiqué  pour  les 
manivelles  respectives,  la  première  moitié  de  la  course  de  retour  du 
piston  de  déplacement  correspond  au  dernier  huitième  de  course  d*nn 
sens. et  au  premier  huitième  de  l'autre  sens  du  piston  moteur;  de  sorte 
que  l'air  envoyé  par  le  premier  piston  lave  et  rafraîchit  l'intérieur  du 
cylindre  moteur  pendant  que  le  piston  est  aux  environs  de  l'extrémitô  de 
sa  course. 

L'échappement  du  cylindre  moteur  se  fait  par  des  lumières  annu- 
laires découvertes  par  le  piston  à  fin  de  course  et,  pour  que  Tair  puisse 
s'échapper  et  le  mélange  combustible  être  admis  dans  le  cylindre  avant 
que  ces  lumières  ne  soient  fermées,  le  volume  du  cylindre  de  déplace- 
ment est  plus  grand  que  le  volume  du  cylindre  moteur  augmenté  de  son 
espace  neutre. 

Au  retour,  le  piston  moteur  comprime  le  mélange  à  une  pression  d'en- 
viron 3  1/2  atmosphères,   et  l'explosion  porte  la  pression  à  12,  à  13. 

L'inflammation  se  fait  au  moyen  d'un  bec  Bunsen  et  d'un  tiroir  d'al- 
lumage. 

Les  machines  portent  un  dispositif  pour  les  mettre  en  marche  au  moyen 
des  gaz  comprimés. 

Il  y  a  un  réservoir  dans  lequel  le  cylindre  de  déplacement  peut  com- 
primer du  mélange  détonant  à  une  pression  de  5  atmosphères,  au 
moyen  d'une  soupape  qu'on  fait  agir  un  instant  avant  l'arrêt  et  qui  em- 
pêche le  mélange  détonant  de  passer  au  cylindre  moteur;  cette  com- 
pression s'opère  par  l'effet  du  volant. 

Voici  les  résultats  obtenus  par  une  machine  de  10  chevaux,  résultats 
fournis  par  les  constructeurs  : 


1 

2 

3 

4 

5 

4  à  5 

8  k  9 

10  à  14 

15  a  17 

25  à  27 

0.127 

0.152 

0.178 

0.205 

0.229 

0.205 

0.253 

0.305 

0.407 

0.610 

210 

180 

150 

140 

120 

1.80 

2.40 

2.70 

3.60 

3.90 

0.90 

1.05 

1.10 

1.15 

1.50 

950  k. 

1220  k. 

1720  k. 

2620  k. 

3570  k. 

—  tt77  ^ 

Puissaoce  développée  à  Tludicateur  sur  le  pistou 

moteur» 14.75  chevaux. 

Pression  moyenne 5.10  kilog. 

Pression  maxima 15. ()0 

Pression  avant  Tinflammation 4    » 

Nombre  de  tours  par  minute iS-i 

Diamètre  du  cylindre  moteur ♦  .  0.177 

Course  du  piston  moteur 0.305 

Gaz  par  cheval  indiqué  et  par  heure 590  litres. 

Voici  quelques  renseignements  sur  les  éléments  de  plusieurs  grandeurs 
de  machines  Clerk  : 

N»'  du  Type 

Puissance  indiquée 

Diamètre  du  cylindre 

Course  du  piston 

Nombre  de  tours 

Longueur  occupée 

Largeur        d*        

Poids  de  la  machine  complète  . 

La  maison  Schleicher,  Schumm  et  Cie,  de  Phiiaddlpbie^  exposait  trois 
machines  Otto  de  quatre,  sept  et  quinze  chevaux  ;  la  première  actionnait 
une  dynamo  Edison  de  25  lampes,  la  seconde  une  machine  Bernstein  de 
iO  lampes.  Ce  type  est  trop  connu  pour  qu'il  soit  nécessaire  de  s'étendro 
sur  ce  point. 

MM.  Queen  et  Cte,  do  Philadelphie,  exposaient  une  petite  machine  à 
vapeur  chauffée  au  pétrole.  La  chaudière  de  cette  machine  consiste  en 
une  caisse  eu  fonte  d'où  partent  cinquante  tubes  ,  également  en  fonte, 
de  30  millimètres  de  diamètre,  et  0"22  de  longueur  ;  le  tout  est  contenu 
dans  une  enveloppe  en  tôle  surmontée  d'une  cheminée.  Le  chauffage 
s'opère  par  la  flamme  de  pétrole  pulvérisé  par  un  jet  de  vapeur  fourni 
par  la  chaudière  et  réglé  suivant  la  pression  à  la  chaudière  par  un  sys- 
tème automatique,  qui  maintient  cette  pression  absolument  régulière. 
L'alimentation  d*eau  est  également  réglée  par  un  appareil  automatique. 
Il  y  Hf  en  outre,  comme  d'habitude,  un  manomètre,  une  soupape  de  sû- 
reté et  un  niveau  d'eau  à  tube  de  verre. 

La  machine  est  renfermée  dans  une  caisse  en  fonte  où  se  fait  l'échap- 
pement, le  bas  de  cette  caisse  reçoit  l'huile  et  l'eau  condensée  et  les  ma- 
nivelles en  battant  dans  ce  mélange  le  projettent  sur  tontes  les  pièces  du 
mécanisme  qui  se  trouve  ainsi  largement  lubrifié.  La  machine  est  à 
pilou  à  deux  cylindres  à  simple  effet,  l'un  au-dessus  de  l'autre,  avec 
un  robinet  de  distribution  entre  eux  deux.  Les  pistons  n'ont  pas  de 
garnitures, leur  tige  commune  traverse  la  boîte  à  vapeur  intermédiaire 
et  la  bielle  motrice  est  articulée  directement  au  piston  inférieur. 

Le  robinet  de  distribution  est  actionné  par  un  excentrique  dont  le 
Bull.  45 


-\ 


-  678  — 

calage  variable  est  réglé  par  un  système  centrifuge  agissant  contre 
un  ressort.  L^échappement  se  fait  par  des  lumières  ménagées  dans  le» 
parois  des  cylindres  et  découvertes  vers  la  fin  de  la  course  par  les 
pistons. 

Sur  la  demande  de  MM.  Queeii  et  C>°  et,  en  présence  de  leur  repré- 
sentant, il  a  été  fait  un  essai  le  18  octobre  1884,  lequel  a  donné  les 
résultats  suivants. 

On  a  d'abord  fait  faire  quelques  tours  à  la  machine  à  la  main  et 
eu  arrière  de  manière  à  comprimer  l'air  dans  la  chaudière  à  un  degré 
suffisant  pour  faire  fonctionner  le  pulvérisateur  ;  en  quelques  minutes 
la  pression  est  montée  à  7  kilogrammes.  On  a  alors  pesé  Thuile  et 
Teau  et  ajusté  le  frein  et  on  a  commencé  Tessai,  lequel  a  duré  plus 
d'une  heure,  la  machine  faisant  800  tours  à  la  minute  ;  avec  la  charge 
complète  sur  le  frein  on  n'a  pu  maintenir  la  pression  à  plus  de  o  à 
5  1/2  kilogrammes.  La  machine  a  développé  quatre  dixièmes  de  che- 
val avec  une  consommation  de  un  peu  moins  de  â  1/4  kilogrammes^ 
d'huile  et  12  litres  d'eau  par  heure.  Ces  résultats  ne  sont  pas  mau- 
vais pour  une  si  petite  force. 

^ywmmtàitm^  MitorlnÉètre.  —  Le  journal  de  VIran  and  steellns- 
titute  donne,  d'après  une  revue  suédoise,  la  description  d*un  pyromè- 
tre  destiné  à  la  mesure  des  températures  dans  les  foyers  métallurgie 
ques,  di\  à  M.  S.  A.  Andrée. 

Cet  appareil  n'est  pas  autre  chose  qu'un  calorimètre,  mais  il  a  été 
étudié  avec  soin  et  on  dit  qu'il  permet  d'obtenir  les  températures 
avec  une  approximation  de  un  pour  cent,  c'est^-dire  avec  une  exac* 
titude  bien  supérieure  à  celle  des  pyromètres  de  divers  systtoes  em^ 
ployés  pour  l'appréciation  des  hautes  températures. 

Les  pièces  d'essai  sont  des  morceaux  de  fer  du  poids  exact  de  23*5 
grammes.  Le  thermomètre  est  divisé  en  dixièmes  de  degrés,  lesquelles 
divisions  ont  1  millimètre,  de  sorte  qu'on  peut  apprécier  très  facile- 
ment des  vingtièmes  de  degré. 

Le  récipient  contenant  l'eau  est  cylindrique  et,  pour  que  la  surface 
de  refroidissement  soit  miuima,  la  hauteur  est  égale  au  diamètre  ;  il 
contient  300  centimètres  cubes  d'eau  et  a  80  millimètres  de  hauteur 
et  de  diamètre,  2  centimètres  do  hauteur  étant  prévus  pour  Tagltatiou 
de  l'eau  opérée  par  un  agitateur  formé  d'une  plaque  de  cuivre  percée 
de  trous,  fixée  à  une  tige  de  baleine  qui  sert  à  la  déplacer. 

Le  vase  est  supporté  sur  quatre  pieds  en  bois  et  placé  dans  une 
caisse  en  bois  avec  l'intervalle  garni  de  ouate*  Le  couvercle  est  en 
verre  et  a  deux  ouvertures,  l'une  pour  le  thermomètre,  l'autre  pour 
la  tige  de  l'agitateur  et  un  trou  fermé  par  une  soupape  se  refertnant 
d'elle-même,  par  lequel  est  introduite  la  pièce  dressai  qui  tombe  dans 
un  panier  en  toile  métallique  disposé  au  milieu  du  liquide^ 


—  679  — 

Od  détermiDe  l'équivaletit  on  eau  de  l'appareil  en  y  introd 
pièce  d'essai  aune  ten^érature  connue,  ttlle  qve  100  degrés 

Le  point  délicat  est  évidemment  la  connaiasauce  'exacte  i 
cité  calorifique  du  métal  aux  diverses  températui'es  ;  la 
dans  de  grands  détails  sur  la  manière  d'en  tenir  compte  et  c 
tables  destinées  à  faciliter  l'emploi  de  cet  appareil  qui  doun 
de  bons  résultats  et  est  d'un  maniement  très  facile. 

Trmumport  dRMs  Parla   p»r  oinnlba*  ««   traH> 

Le  Journal  de  la  Société  de  Statistiiiue  de  ParU  donne  dos 
meots  très  iutéressants  sur  les  modifications  qu'a  produites 
culation  dans  Paris  le  changement  de  matériel  ofl'ectué  par 
^ie  des  omnibus  ;  cette  modification  remonte  déjà  à  quelqi 
mais  elle  n'en  est  pas  moins  opportune  à  rappeler  au  mo 
question  des  transporta  en  commun  excite  ajuste  titre  lea 
lions. 

En  1874,  la  Compagnie  des  Omnibus  ne  disposait  que  do 
â6  ou  28  places  ;  à  cette  date,  un  cheval  attelé  à  une  vo 
type,  transportait  il  voyageurs;  en  1881,  il  ne  transportait 
à  une  voiture  de  ce  modèle,  que  35.3  voyageurs,  et  cela  à  c 
port  de  l'aiiciou  matériel  sur  les  lignes  â  plus  faible  circulât 

Eu  revanche,  attelé  à  une  voiture  à  40  places,  il  transpoii 
43.1  voyageurs  et,  attelé  à  une  voiture  de  -  tramways,  62 
moyenne,  pour  l'ensemble  du  service,  43.5  voyageurs. 

H  en  résulte  que,  do  1874  à  1881,  le  nombre  des  voyageu: 
tés,  par  journée  de  cheval,  s'est  élevé  de  41  à  -Vo.'ô,  soit  4.; 
tation  ainsi  repartis  : 

Intérieur 1.3 

Impériiilu 3.â 

Le  plus  grand  nombre  de  places  ofl'ertos  proportionnellemc 
riale,  oii  les  dames  sont  admises  dans  les  grands  omnibus  et  te: 
a  amené  une  augmentation  notable  de  la  proportion  des  vuyi 
pôrialc. 

Cette  proportion  qui  était,  en  1874,   df  .    . 

S'eat  élevée  en  18K1  : 

Pour  les  voitures  à  40  places,  à, 

Pour  les  tramways,  à 

Soit,  pour  l'ensemble  des  services,  â 

Or,  comme  le  nombre  des  voyageurs  augmente,  il  faut 
qu'il  n'y  a  pas  dans  ce  fait  un  simple  déplacement  des  vi 
l'iatérieur  à  l'impériale,  mais  bien  la  création  d'un  trafic 
taire  de  voyageurs  d'impériale  résultant  du  plue  grand  uomb 
offertes. 


COMPTES  RENDUS 


SOCIETE  D'ENCOURAGEMENT  POUR  L'INDUSTRIE  NATIONALE 


SEPTEMBRE    1885 

Rapport  de  M.  le  colonel  Goclieii  sur  une  Hlaeliliie  à  dâYlifcr, 

présentée  par  M.  E.  Péràux. 

M.  Péraux  a  imaginé  une  règle  à  calcul  à  deux  réglettes,  dont  le 
but  est  de  procurer  une  exactitude  double  ou  quadruple  de  celles 
qu'on  obtient  avec  les  règles  ordinaires  de  même  longueur;  pour 
Texécution  de  ces  règles,  il  a  exécuté  des  macbines  à  diviser,  entiè- 
rement en  bois,  dont  le  principe  est  celui  de  la  similitude  des 
triangles;  un  coin,  incline  au  dixième,  déplacé  entre  une  règle  fixe  et 
un  chariot  mobile  dans  un  sens  perpendiculaire  à  Tune  des  faces  du 
coin,  repousse  ce  chariot  d'une  jlongueur  égale  au  dixième  de  son 
propre  déplacement. 

Dans  les  applications  de  cette  machine,  Tauteur  s'est  trouve 
amené  à  interposer  des  divisions  croissantes  ou  décroissantes  entre  des 
traits  dont  les  positions  étaient  données  par  des  expériences  ou  par 
le  calcul.  Il  a  imaginé,  pour  cela,  de  faire  usage  de  divisions  harmo- 
niques, ou  autrement  dit,  des  échelles  de  perspective  ou  de  fuite;  ce 
principe,  combiné  avec  des  dispositions  de  détail  très  bien  étudiées, 
a  permis  d*établir  des  machines  très  simples  et  d'un  prix  d'établisse- 
ment modéré  qui  peuvent  rendre  de  réels  services  dans  les  ateliers 
de  dessin  et  de  gravure. 

Rapport  de  M.  H.  Péligot,  sur  1<>  un  ai^parell  peraiel' 
temt  d'ouvrir  mt  de  fermer  les  eompteors  à  tllstanee,  i^ 
un  bee  de  sas  autematlque^  présentés  par  MM.  Gros  et  Muba- 

TORI. 

L'appareil  comprend  un  obturateur,  lequel  peut  remplacer  le  robinet 
d'admission  du  compteur  et  se  compose  d'une  cloche  contenant  du 
mercure  dans  lequel  plonge  un  ajutage  ;  le  déplacement  de  cet  aju- 
tage ouvre  ou  ferme  le  passage  au  gaz  et  est  déterminé  par  le  fonc- 
tionnement d'un  aspirateur  en  communication  avec  l'obturateur  par  un 


—  681  — 

cordon  d'air  d'une  longueur  quelconque;  cet  aspirateur  est  également 
constitué  par  une  cloche  à  mercure. 

Cette  possibilité  de  fermer  un  compteur  à  distance  pourrait,  dans 
certains  cas,  présenter  le  danger  de  faire  négliger  la  fermeture  des 
becs  et  des  explosions  auraient  pu  se  produire  au  moment  de  Fallu- 
mage. 

Pour  combattre  ce  danger,  les  inventeurs  ont  imaginé  une  disposi- 
tion  par  laquelle  les  becs  sont  fermés  automatiquement  dès  que  lo 
compteur  est  fermé  et  que  le  gaz  n'arrive  plus,  mais  sont  rouverts 
seulement  par  une  manœuvre  spéciale. 

Cette  disposition  consiste  encore  dans  une  petite  cloche  à  mercure 
qui  retombe  lorsqu'on  ferme  l'arrivée  du  gaz  dans  la  conduite  et  la 
seule  pression  du  gaz,  quand  on  rétablit  la  communication,  ne  suffit 
pas  pour  faire  remonter  la  cloche,  mais  elle  est  assez  forte  pour  la 
maintenir  soulevée;  il  faut  donc  soulever  la  cloche  pour  rendre  le 
gaz  au  brûleur,  ce  qui  s'opère  avec  une  petite  tige  qu'on  manœuvre. 

Inéiiistrle  cotammiéref  remarques  sur  quelques  défauts  de  fabri- 
cation. 

Ces  remarques  sont  dues  à.  M.  Bowman  et  ont  été  faites  dans  une 
série  de  conférences,  faîtes  à  l'Ecole  technique  de  Bradford  ;  elles 
sont  surtout  relatives  àt  la  teinture  et  à  l'impression  des  tisssus  de 
eotoD. 

'Simtem  sur  les  Mgram^  composition,  analyse,  essai  des  huiles 
pour  le  chamoisage,  par  M.  Ferdinand  Jean. 

On  sait  que  les  peaux  de  cerf,  de  daim  et  d'agneau,  destinées  à  la 
confection  des  objets  d'habillement  et  à  la  ganterie,  ainsi  que  Ips 
peaux  de  bœuf  et  de  veau,  qui  servent  à  faire  les  buffleteries,  sont 
soumises  à  une  préparation  qu'on  désigne  sous  le  nom  de  chamoisage, 
laquelle  constitue  un  véritable  tannage  à  l'huile;  on  emploie  des 
huiles  de  baleine  ou  de  poisson  ;  l'excès  d'huile  est  retiré  ensuite  par 
torsion  ou  par  pression  et  est  vendu  sous  le  nom  de  dégras  aux  cor- 
royeurs  qui  s'en  servent  pour  nourrir  le  cuir  et  lui  donner  de  la  sou- 
plesse ;  les  dégras  que  Ton  trouve  dans  le  commerce  présentent  des 
compositions  très  variables  et  les  corroyeurs  auraient  très  grand  inté- 
rêt   à  n'acheter  ce  produit  que  sur  analyse. 

Les  dégras  constituant  un  mélange  de  diverses  matières,  leur  ana- 
lyse nécessite  la  détermination  de  Teau,  des  matières  animales,  des 
cendres,  de  l'huile,  des  matières  saponiflables,  des  matières  résinoïdes, 
de  l'alcali  ou  de  l'acide.  Chacune  de  ces  déterminations  est  étudiée 
séparément  dans  la  note  de  M.  Jean. 

Appareils  inélIcateaMi  de  niveiiu  ft^euvy  de  Lbfèvre  et 
Renault  et  de  Lbmpbrt  et  Lengensibpsn. 


—  682  — 

Il  serait  très  difficile  de  faire  comprendre  le  fonctiounemcnt  de  ce» 
appareils  sans  Taide  des  ligures  jointes  &  l'article  ;  la  description  du 
premier,  est  extraite  des  Annales  indttëlrielleSf  et  celles  du  second, 
du  Dingler's  polytechnich^  Jcumai. 

Ij^eau  •xygënëe^  sa  préparation  et  ses  usages,  par  W.  LmDNBR. 
(Extrait  du  Chemiker  Zeitung). 

Il  paraît  que  la  consommation  de  Feau  oxygénée  va  en  augmen- 
tant d*année  en  année  ;  on  la  prépare  toujours  au  moyen  du  bioxjde 
de  baryum  qu'on  décompose  avec  un  acide,  généralement  de  Facide 
âuorhydrique,  phosphorique  ou  même  oxalique. 

On  remploie  pour  le  blanchiment  de  Fi  voire,  des  cheveux,  soies, 
plnmes,  etc.,  ainsi  que  de  la  laine;  elle  est  aussi  susceptible  de  nom- 
breux usages  domestiques,  enlèvement  des  taches  de  vin,  fruits,  herbe, 
encre,  etc.,  désinfection  des  petites  plaies,  etc.;  on  fait,  en  ce  mo- 
ment, des  essais  sur  l'emploi  de  Teau  oxygénée  pour  la  régularisation 
des  fermentations  et  la  conservation  des  fruits  et  légumes. 

On  obtient  Teau  oxygénée  à  3  0/0  à  assez  bas  prix. 

KKtraetlon  de  ïmr^  procédé  électrolytique  de  M.  Henry  R. 
Càsskl  (Extrait  de  la  Nature), 

Sur  les  allâases  de  cobalt  et  de  eulvre,  par  M.  0.  Gdil- 
LBHiN  (Extrait  des  Comptes  rendus  de  PAcadénUe  des  Sciences). 

Iiefl  pulls  à  pëtrule  en  Amérique  (Extrait  de  la  Revue  sôen- 
tifique). 


ANNALES  DES  PONTS  ET  CHAUSSÉES 


SEPTBMBaK   1885 

BTstlee  blsffraplilque  sur  M.  Csmsy,  inspecteur  général 
des  Ponts  et  Chaussées,  par  M.  Martin,  inspecteur  général  des  Ponts 
et  Chaussées. 

Cemmlsslen  teehnlque  de  l^assalnlssement  de  ParISi 
résunnë  des  travaux  et  rrfsalutlans  adaptéeSé 

Cette  Commission,  composée  d'inspecteurs  généraux  et  d*ingémeur9 


—  «88  — 

en  chef  det  Foui»  et  Chaussées ,  d'ingéoieurs  civils^  d'hygiénistes, 
d^arohitectes  et  de]  membres  de  la  Commission  des  logements  insa- 
lubres, a  été  nommée  en  octobre  188S;  elle  a  arrêté  les  principes 
généraux  dont  elle  recammande  Tapplioation,  &  TAdministratiou  muni- 
cipale. 

L'étude  de  rassainissement  part  du  logement;  elle  pose  ie  principe 
dn  cabinet  spécial  à  chaque  logement  et  de  TempltH  de  Teau  à  la  dose 
minima  de  10  litres  par  jour  et  par  personne  ;  le  siphon  hydraiulique 
est  exigé  pour  les  sièges  des  cabinets  et  pour  les  eaux  ménagères  ;  le 
tujau  de  chute  doit  être  prolongé  au-dessus  du  >oit,  et  des  réser- 
voirs automatiques  doivent  assurer  des  chasses  intermittentes  dans 
les  tuyaux  de  chute. 

Au  point  de  vue  de  la  réception  des  matières,  la  Commission  oon- 
damne  le  système  des  fosses  fixes,  de  même  que  celui  des  récipients, 
fosses  mobiles,  tinettes,  etc.,  qui  s'opposent  au  libre  et  rapide  écou- 
lement des  laatièresy  et,  quant  au  mode  d'évacuation,  après  de 
savantes  discussions,  la  Commission  a  admis»  à  une  forte  majorité, 
le  principe  de  l'envoi  direct  des  matières  de  vidange  à  l'égout* 

On  devra  amélioi^er  le  système  central  des  collecteurs,  devenus 
aujourd'hui  iosAffisants,  en  créant  de  nouvelles  galeries  pouvant  débi- 
ter 400,006  mètres  cubes  et  transformer  les  machines  élévatoires  de 
Cliohy,  pour  assurer  l'écoulement  et  prévenir  la  stagnation  des  eaux 
d^égouts.  , 

Les  résolutions,  dont  nous  venons  d'indiquer  les  bases,  compren- 
nent 34  articles. 

Mémoire  sur.  l'AsiwIiBlfl^emeiBt  de  Im  (ieine)  par  M.  A.  Du- 
rand-Claye,  ingénieur  en  chef  des  Ponts  et  Chaussées, 

Cette  note  contient  l'historique  des  études  et  expériences,  qui, 
eatr^[krises  dès  1867,  et  poursuivies  sana  interruption  depuis  cette 
époque,  ont  abouti  à  la  grande  dami)afili£|tion  dftla  plaine. de  C^en- 
nevilliers,  dont  la  salubrité  et  Ja.fiiioip<k>iM.flont  aujourd'hui  iadiseu- 
tables. 

Les  ingénieurs  du  service  municipal  ont  dressé. un  projet  compre- 
nant la  continuation  des  irrigations  dans  la  plaine  de  Gemievilliers 
et  leur  extension  sur  les  terrains  domaniaux  situés  sur  le  territoire 
d'Achères,  à  l'extrémité  nord-est  de  la  forêt  de  Saint-Germain. 

Un  projet  de  loi  dressé  confdrmément,  est  acjbttellement  soumis  à 
l'examen  d'une  Commission  parlementaire. 

L'assainissement  de  la  Seine  comprend  deux  services  :  1*^  le  ser- 
vice des  irrigations  de  la  plaine  de  (Tennevilliers;  ^  celui  des  études 
et  travaux  neufs. 

La  note  de  M.  Durand «Claye  examine  successivement^  pour  la  pre- 
mière partie  :  1^  l'alimentation,  comprenant  l'égout  partant  du  collée- 


—  684  — 

m 

teup  Nord  de  Paris  à  la  porte  de  la  Chapelle  et  amenant  les  eaux  de 
Tautre  côté  de  la  Seine,  en  face  de  Saint-Ouen  et  la  seconde  dériva- 
tion, allant  du  collecteur  d^Asniéres  à  Clichy,  où  se  trouve  l'usine 
élévatoire.  Cette  usine  comprend  trois  groupes  de  machines  et  pom- 
pes, représentant  une  force  collective  de  1,100  chevaux; 

2*»  La  distribution  dans  la  plaine  de  Oennevilliers,  au  moyen  de 
H4,000  mètres  de  conduites  de  diamètres  divers,  de  1  mètre  à  0",30, 

3°  Le  drainage  destiné  à  abaisser  le  niveau  de  la  nappe  souter- 
raine, établi' en  1878-79. 

4®  Les  résultats,  lesquels  sont  rais  en  évidence  d'une  manière  pema^ 
quable  par  Taccroissement  de  34  0/0  de  la  population  de  Genoe- 
villiers. 

La  seconde  partie  comprend  : 

1**  Les  études  pour  l'extension  des  irrigations  pour  les  eaux  d'égont 
sur  les  territoires  domaniaux  d'Achères; 

2^  Les  études  pour  l'épuration  des  eaux  des  égouts  départementaux 
et  de  la  partie  Est  de  la  capitale  ; 

3®  Les  études  et  travaux  en  vue  de  l'assainissement  de  Paris. 

Ces  dernières  études  ont  conduit  à  rapplication  du  système  dit  : 
«  Tout  à  l'égout  »  à  l'Hôtel  de  Ville,  à  la  caserne  Schomberg  de  la 
Garde  républicaine,  d'un  groupe  scolaire,  rues  Cujas  et  Victor-Cou- 
sin, d'un  des  théâtres  de  la  place  du  Châtelet,  de  deux  pavillons  de 
la  caserne  de  la  Cité,  et  d'un  certain  nombre  de  maisons  particu* 
lières. 

Les  procédés  appliqués  dans  chacun  de  ces  édifices,  ont  été  partout 
fondés  sur  les  principes  indiqués  par  la  Commission  technique  dans 
les  34  articles  dé  ses  résolutions,  et  dont  nous  avons  fait  connaître 
plus  haut  les  bases. 

Notice  sur  les  prix  de  revient  de  la  traetlen  et  «or  lew 
ëeon^mtes  réaMMimé^m  par  rapplleatlen  de  dlveraes  medi- 
tleattoiis  auic  maelilmei»  laeaiiiatlYe««  par  M.  Rigour,  ingê- 
nieur  en  chef  des  Ponts  et  Chaussées. 

M.  Ricour  avait,  dans  un  précédent  Mémoire  (voir  Comptes  rendus 
de  Juin  1884),  fait  connaître  les  avantages  réalisés  par  l'emploi  des 
soupapes  de  rentrée  d'air  et  les  tiroirs  cylindriques  appliqués  à  plu- 
sieurs machines  des  chemins  de  fer  de  l'Etat.  Depuis,  Texpérience  a 
été  étendue  sur  une  plus  vaste  échelle,  et  l'objet  de  ce  ce  nouveau 
Mémoire  est  d'abord  d'indiquer  les  avantages  et  les  inconvénients 
((ue  la  pratique  a  définitivement  fait  reconnaître  à  ces  nouveaux  o^ 
ganes  ainsi  que  les  précautions  spéciales  qu'en  exige  l'emploi. 

Ensuite,  l'auteur  signale  de  nouvelles  modifications  tendant,  comme 
les  premières,  à  réduire  l'usure  des  machines  et  à  augmenter  leur 
efl'ot  utile,   puis,   il  recherche   dans  quelle  mesure  les  améliorations 


—  685  — 

réalisées  manifestent  leur  influence  sur  le  prix  de  revient  de  la  tonne 
kilométrique. 

D'après  M.  Ricour,  les  tiroirs  cylindriques  n'auraient  que  1  milli- 
mètre d'usure  pour  200,000  kilomètres  de  parcours,  alors  que  les 
tiroirs  plans  ne  feraient  que  3,300  kilomètres  pour  1  millimëtre 
d'usure»  le  rapport  serait  donc  de  1  à  60.  L'augmentation  de  durée 
du  mécanisme  de  commande  est  dans  la  mémo  proportion. 

Il  y  a  eu  également  prolongation  considérable  de  la  durée  des 
chaudières  et  suppression  totale  des  dépôts  adhérents. 

Les  relevés  faits  au  dépôt  de  Saintes  montrent  que,  du  1"  janvier 
au  31  décembre  1882,  alors  que  toutes  les  machines  avaient  des  tiroirs 
plans,  le  combustible  brûlé  par  1000  tonnes  kilométriques  atteignait 
7S  kil.  033  et  que  du  !•'  janvier  au  31  décembre  1884,  alors  que  30 
machines  sur  40  avaient  des  tiroirs  cylindriques,  le  poids  du  combus- 
tible brûlé  pour  1000  tonnes  kilométriques  était  descendu  à  66S181, 
soit  une  augmentation  d*effet  utile  de  13,4  0/0. 

M.  Ricour  explique  que  la  réduction  du  travail  résistant  des  tiroirs 
a  pour  effet  de  diminuer  l'écart  de  l'effort  minimum  et  de  l'effort 
maximum  agissant  à  la  circonférence  des  roues  pendant  un  tour  de 
roues  et,  par  suite ,  de  permettre   à  l'effort  moyen  de  se  rapprocher 

P 

du   coefficient  d'adhérence  —7— davantage   qu'avec   les   tiroirs  plans. 

4 

(Nous  renverrons  pour  l'intelligence  de  ces  considérations,  à  la  note 
sur  l'adhérence  des  locomotives,  par  M.  A.  Fligner,  dont  nous  avons 
avons    donné    un    résumé    dans  la  chronique  d'août  1884,  page  169). 

Les  nouvelles  modifications  dans  les  locomotives  consistent  dans  dos 
écrans  réfractaires  dans  les  fovers  des  machines  ,  à  l'imitation  de  ce 
qui  se  pratique  d'une  manière  générale  en  Angleterre  et  dans  l'emploi 
de  surfaces  de  moindre  résistance,  pour  réduire  la  résistance  de  l'aif. 

Les  écrans  réfractaires  sont  formés  de  briques,  appuyées  sur  des 
tubes  à  eau  allant  du  bas  de  la  plaque  tubulaire  au  ciel  du  foyer. 
mais  ces  tubes  ne  sont  pas  dans  le  même  plan,  de  sorte  que  l'écran 
forme  une  sorte  de  V  qui  divise  le  foyer  en  deux  compartiments  ot 
dirige  la  flamme  en  partie  vers  les  parois  latérales, 

La  résistiance  de  l'air,  aux  vitesses  un  peu  considérables ,  devient 
dominante  dans  l'ensemble  des  résistances  d'un  train. 

L'auteur  du  Mémoire  a  fait  des  expériences  sur  ce  sujet,  à  l'aide 
de  balances  installées  à  droite  et  à  gauche  de  l'abri  d'une  locomotive  ; 
le  plateau  avait  1  décimètre  carré  de  surface  et  une  aiguille  indica- 
trice, faisait  voir  la  pression  exercée  contre  un  ressort  par  la  résis- 
tance de  l'air;  cette  résistance  varie  comme  le  carré  de  la  vitesse  ; 
elle  a  été  trouvée  de  49  kilogrammes  par  mètre  carré,  à  la  vitesse 
do  70  kilomètres  à  l'heure. 

Comme  la  surface   résistante  d'une   machine  et  do  son  tendor,  nor- 


—  686  -^ 

malcmont  an  sens  do  la  marche,  peut  être  estimée  k  12,5  mètre» 
carrés^  la  résistance  de  l'air  est,  à  la  vitesse  indiquée  plus  haut,  de 
612  kil.  50. 

On  réduit  considérablement  cette  résistance  par  l'emploi  de  surfaces 
inclinées,  lequel,  d'après  les  calculs  de  M.  Ricour,  peut  amener  une 
augmentation  en  travail  utile  de  13  0/0  ;  ces  plans  inclinés  ont  été 
appliqués  à  quelques  machines  du  réseau  de  TËtat. 

Pans  le  dernier  chapitra  de  la  notice,  M.  Ricour  recherche  le  prix 
de  traction  sur  les  grands  réseaux  français,  et,  de  cette  comparaisoD 
avec  le  prix  obtenu  en  1884  sur  .le  réseau  de  l'État,  conclut,  en 
faveur  de  ce  dernier,  k  une  économie  de  9,1  Q/0  sur  les  prix  les 
plus  bas  obtenus  en  France,  et  de  12,9  0/0  sur  les  prix  moyens  de 
l'ensemble  des  réseaux  français. 

Une  partie  do  cette  économie  est  due  à  l'amélioration  du  profil  par 
la  réduction  des  rampes. 

M.  Ricour  conclut  que,  lorsque  tout  le  matériel  des  chemins  de  fer 
de  l'Etat  aura  reçu  les  modifications  diverses  qui  ont  été  indiquées, 
les  dépenses  de  traction  seront  réduites  de  4,000  francs  par  machine 
et  par  an  ;  cette  réduction,  appliquée  aux  7,000  machines  qui  existent 
en  France,  produirait  une  économie  annuelle  sur  les  frais  de  traction 
de  28  millions  de  francs  pour  l'ensemble  des  chemins  de  fer  français. 

Note  sur  la  v^slstence  eomp»!^  des  coBUitruettomi  sesi- 

bteMes,    par   M.    de    Pbrrodil,    ingénieur  en    chef   des  Ponts  et 
Chaussées. 

L'expression  semblable  est  ici  employée  dans  le  sens  géométrique, 
deux  constructions  semblables  étant  celles  qui  sont  composées  do 
parties  de  même  nature,  satisfaisant  comme  solides  géométriques  aux 
conditions  de  la  similitude,  tels  que  seraient  deux  ouvrages  ou  appa- 
reils construits  d'après  un  même  projet  à  des  échelles  différentes*  Les 
résistances  sont  entre  elles  comme  les  carrés  des  dimensions  homo- 
logues. 


Note  sur  l'Influemee  des  Joints  daMs  la  wémimtmnme  m 
Véermmemk^nt  des  mafamtertea  île  pierre  de  taille,   par 

M.  Tourtày,  ingénieur  des  Ponts  et  Chaussées. 

Les  conclusions  de  ce  Mémoire  sont,  que  Técrasement  du  mortier  a 
lieu  sous  des  pressions  très  supérieures  à  la  résistance  intrinsèque  de 
ce  mortier,  mais  très  inférieures  à  la  résistance  de  la  pierre,  que  la 
pression  qui  produit  la  désagrégation  des  mortiers  est  en  raison 
inverse  de  l'épaisseur  du  joint,  toutes  choses  égales,  et  qu'il  y  a 
intérêt  à  réduire  l'épaisseur  des  joints  au  minimum  compatible  avec 
une  bonne  fabrication.  Les  pierres  superposées  sans  joints  donnent 
une  résistance  inférieure   à  celle   de  la  pierre  elle-même  «  mais  8n[v'- 


—  681  — 

l'ienre  à  eello  d«3  raaeoDUcriea  avec  joints  do  moptii'r; 
riSunIs  par  un  simplo  coulis  de  ciment  paraissent  travail 
moDolithcB  et  donnent  des  rôsistanccs  très  supérieure 
maçonneries  avec  joints. 

Note    sur    l'«xpl«al«a     4'anc     chRudlère     ■ 
rEurvllle. 

Ce  rapport  a  déjà  paru  dans  les   Ànnale-i  des  Mines 
lie  1885.  (\^oir  compte  rendu  d'octobre,  page  326). 


suciËTi;:  DES  ingi;;nieurs  allemands 


N'  U.  —  SI  octobre  1885. 


Les  machines  à  l'Exposition  universelle  d'Anvers, 
B.  Salomon. 

Leg  gymnases  et  les  écoles  dîtes  «  realscliule  »  au  p( 
i-tudes  scientifiques  et  techniques,  par  le  D'  Lunge  . 

Machines  agricoles.  —  Semoirs. 

Groupe  de  Hanovre.  —  Tuyaux  à  ailettes  pour  chauff 

Association  des  chemins  de  jcr.  —  Exploitation  par  lo 
sur  les  lignes  à  une  seule  voie.  —  Nouvelle  horloge  de 
Chemins  de  fer  Alpins. 

Patentes. 

N'iS.—r  novembre  488S. 

Les  machines  à  l'Exposition  universelle  d'Anvers  ■ 
B.  Salomon  {tuile). 

Ponts.  —  Assurance  des  ponts  contre  les  ruptures. 
ODt  route  &  Salez-Buchs.  —  Pont  sur  le  Schwarzwas 
—  Indicateur  d'efforts  de  Frankel.  —  Système  pour  li 
des  poutres   de   ponts.  —  Pont  sur  l'Indus  à  Altock.  - 


—  688  — 

rivière  Fraser.  —  Fondations  par  le  froid,   système  Poetsch.  —  Pont 
sur  le  Dnieper  à  Ekaterinoslaw. 

Électro-technique.  —  Comparaison   entre   les  lampes  à  arc  et  les 
lampes  à  incandescence. 

Groupe    de  Brunswick.  —  La  plus  grande  sucrerie  en  France.  - 
Enveloppes  non  conductrices  contre  les  déperditions  de  chaleur. 

Groupe  de  Carhruhe.  —  Appareil  pour  Tapplication  de  la  viscosité 
des  huiles.  —  Assemblage  de  tuyaux,  t- 

Patenies. 

Bibliographie.  —  Moteurs  à  gaz,  par  G.  Richard.  —  Machines  à 
gaz,  par  W.  Mac  Gregor, 

Le  secrétaire-rédacteur f 
À.  Mallbt. 


ANNEXE 

AUX 

PROCÈS-VERBAUX  DES  SÉAN( 

DU  MOIS  DE  NOVEMBRE  188S 

BéHBloDs  ««ppléaieiitatrea 

du  80  Octobre  et  du  13  Novembre  488S 


CONFERENCES  SUR  LES  LANGUES  LNTERNAT1ÛNA[ 


Réunion  du  30  octobre  1885 


Présidence  de  H.    de    Cohbehousse 

Conférence  de  M.  E.  MALDANT,  Membre  de  la  Société. 

La  séance  est  ouverte  à  ueuf  heures  moins  un  quart. 

M.  LE  PâtsiOENT. —  Mesdames  et  Messieurs, 

M.  Maldaut  a  h  vous  parler  d'un  sujet  extrémemeut  întéross; 
qui,  au  premier  abord,  semblerait  néanmoins  ne  pas  devoir  s'ad 
directement  aux  Ingénieurs;  mais,  si  ou  y  réfléctiit  ua  peu,  a 
d'huî  que  les  chemins  de  fer  ont  transformé  absolument  la  h 
monde,  on  s'aperçoit  bien  vite  que  toutes  les  nations,  malgré 
querelleset  leurs  haines,  ne  formeut,  pour  ainsi  dire  qu'un  seul  ] 
et  ont,  par  conséquent,  le  plus  grand  intérêt,  à  savoir  ce  qui  se 
les  unes  chez  les  autres.  Il  en  résulte  que,  si  on  pouvait  troui 
moyen  de  n'être  étranger  à  aucune  invention,  à  aucune  théc 
aucun  des  travaux  qui  se  font  chez  les  différents  peuples,  on  re 
à  l'humanité  un  très  grand  service,  et  il  est  probable  que  cet 
fusion,  que  cette  langue  intematioualo  dont  veut  vous  parler  M 


—  690  — 

dant,  amènerait  un  peu  d'adoucissement  dans  les  haines  qui  nous  sépa- 
rent et  qui,  malheureusement,  sui\'aut  toute  probabilité,  nous  sépare- 
ront bien  longtemps  encore.  Je  vous  demande  pardon  de  la  compa- 
raison ;  mais,  dans  le  règne  animal,  u  y  a-t-il  pas  des  chiens  et  des 
chats,  et  n'est-il  pas  difficile  de  les  faire  s'aimer?  On  est  arrivé, 
cependant  dans  certaines  maisons,  à  les  faire  yivre  côte  à  côte.  Mais 
pour  les  hommes,  c'est  plus  difficile,  et  les  efforts  de  M.  Maldaot 
méritent  d'être  encouragés.  Je  lui  cède  immédiatement  la  parole,  eo 
m'excusant  de  ne  la  lui  avoir  pas  donnée  plutôt. 

M.  Maldant  prend  la  parole  et  s'exprime  comme  il  suit  : 


MlSDAMBS,   MbSSIUM*      ■ 

Permettez-moi,  avant  de  vous  parler  do  la  langua»  inteniaiioBak,  de 
remercier  notre  excellent  Président  et  tout  notre  Comité,  de  la  grâce 
si  parfaite  avec  laquelle  ils  ont  voulu  m'accordcr  une  séance  toot 
entière  pour  vous  parler  d'un  sujet  qui ,  au  premier  abord,  poarra 
surprendre 'beaucoup  de  monde,  mais  qui,  je  l'espère,  finira  par  voa& 
paraître  digne  du  temps  que  vous  aurez  bien  voulu  y  consacrer 
aujourd'hui. 

Je  l'avoue,  il  y  a  des  questions  qu*il  est  difficile  d'aborder  sans  un 
peu  d'inquiétude,  devant  une  Société  sérieuse  comme  la  nôtre  ;  ce 
sont  celles  dont  le  simple  exposé  provoque  habituellement  un  sourire 
d'incrédulité,  même  quand  on  a  l'indulgence  de  ne  pas  les  reléguer 
tout  simplement  parmi  les  utopies. 

La  Langue  intettiationale  est  certainement  l'une  de  ces  questions  épi- 
neuses  ;  aussi,  avant  de  T aborder,  mon  premier  besoin  est-il  de  faire 
appel  à  votre  bienveillance. 

Il  y  a  plus  de  deux  cents  ans  que  Leibnitz,  attribuant  aux  lan- 
gues la  plus  profonde  influence  civilisatrice,  prétendait  créer  un  lan- 
gage et  une  écriture  universels.  Et  pourtant,  malgré  leur  incontes- 
table nécessité,  malgré  tous  les  efforts  nouveaux  tentés  depuis,  pour 
amener  leur  réussite,  ce  langage  et  cette  écriture  n'existent  pas 
encore. 

La  difficulté  à  vaincre  est^lie  donc  bien  terrible  ?  Et  l'utilité  d*uoc 
langue  internationale  est-elle  suffisamment  démontrée? 

Ces  deux  questions  peuvent-être,  l'une  et  Tautre,  hardiment  résolue? 
par  l'affirmative. 

Oui,  tous  les  peuples  que  rappi'ochent,  de  plus  en  plus,  les  rela- 
tions scientifiques,  commerciales  ou  industrielles  ont  impérieusemeot 
besoin  de  se  comprendre  ;  et  c'est  précisément  pour  cela  que  l'étude 
des  principales  langues  vivantes  prend  une  place  si  grande,  et  sou- 
vent si  absorbante,  dans  Tinstructiou  générale  des  nations  civilisées. 


,  ^      _  691  — 

La  diversité  des  langues  est,  bien  évidemment,  l'un  des  plus  grands 
obstacles  à  l'entente  cordiale  et  au  rapprochement  des  peuples  ;  et 
grâce  aux  merveilleuses  transformations  sociales  qui  découlent  par- 
tout des  applications  progressives  de  la  vapeur,  de  Télectricité  et  de 
toutes  les  branches  de  l'activité  humaine,  cet  obstacle  funeste  et  bar- 
bare devient,  chaque  jour,  de  plus  en  plus  intolérable. 

Chaque  jour,  en  effet,  et  malgré  toutes  les  entraves,  nous  voyons 
les  progrés  tutélaires  de  la  science  pénétrer  chez  tous  les  peuples. 

Chaque  jour,  nous  voyons  se  multiplier  leurs  rapports  commerciaux 
et  intellectuels,  et  nous  admirons  leurs  efforts  de  rapprochement  par 
Torganisation  des  Expositions  universelles,  des  Concours  géaéraux  et 
des  Commissions  internationales. 

Mais  lorsqu'il  nous  est  permis  d'assister  à  quelques-unes  de  ces 
grandes  assises  humaines,  il  nous  est  absolument  impossible  de  nous 
défendre  d'un  profond  sentiment  de  tristesse  et  d'humiliation! 

Nous  constatons  toujours,  en  effet,  que  dans  ces  nouvelles  tours  de 
Babel,  les  intelligences,  même  les  plus  élevées,  demeurent  fatalement 
séparées  par  toutes  les  profondes  ornières  du  passé  ;  et  cela,  surtout, 
parce  qu'elles  ne  se  comprennent  pas  et  que  c'est  à  grand'peino 
qu'elles  parviennent  quelquefois,  en  rompant  avec  toutes  leurs  habi- 
tudes, à  pouvoir  échanger  partiellement  et  fugitivement  quelques  unes 
de  leurs  pensées  les  plus  essentielles. 

Il  est  donc  bien  manifeste  que  pendant  que  la  science  progresse, 
pendant  que  la  diffusion  des  lumières  s'opère  chez  tous  les  peuples, 
pendant  que  les  applications  de  la  vapeur  et  de  l'électricité  diminuent 
ou  suppriment  les  distances;  en  un  mot>  pendant  que  les  frontières 
artificielles  s'abaissent,  l'adoption  d'un  langage  intef^national  devient  non 
seulement  une  nécessité  de  premier  ordre,  mais  encore  une  nécessité 
inéluctable  et  dont  l'urgence  grandit  chaque  jour. 

Mais  si  la  langue  internationale  est  bien  réellement  une  nécessité, 
quel  est  donc  l'obstacle  redoutable  qui  peut  en  retarder  si  malencon- 
treusement l'avènement? 

Cet  obstacle,  c'est  l' amour-propre  national  :  c'est  Tcxagération  du 
patriotisme  individuel.  Chaque  peuple  reconnaît  bien  le  caractère 
urgent  de  cette  grande  réforme  humanitaire,  et  chaque  peuple  veut 
bien  admettre  une  langue  Internationale  ;  mais,  c'est  à  la  condition 
que  cette  langue  sera  la  sienne, 

La  langue  Internationale  ne  devra  jamais  être  qu'un  instrument  do 
raison,  de  progrès,  de  paix  sociale  et  de  civilisation.  Son  but  suprême 
est  l'entente  et  le  rapprochement  des  hommes  :  elle  a  donc  nécessai^ 
rement  contre  elle,  tout  ce  qui  a  tendance  ou  intérêt  à  les  séparer. 

La  constitntion  d'un  langage  international  aura  toi\jours,  logique- 
ment, pour  adversaires,  tous  les  despotismes  et  toutes  les  étroitesses 
d*esprit.  Mais  aussi,   par   contre,  elle   a  le  droit  de  compter  sur  le 


—  692  — 

concours  de  tous  les  esprits  généreux  et  élevés,  qui  savent  placer 
rintérêt  général  avant  l'égoïsme  ou  Tintérêt  particulier.  C'est  à  ce 
titre  surtout,  que  nous  réclamons  ici,  pour  elle,  tout  votre  sympa- 
thique appui. 

Lorsque,  il  y  a  bientôt  40  ans,  j'ai  commencé  à  penser  sérieuse- 
ment à  cette  question,  j'habitais  Tours,  et  j'y  vivais  en  contact  pres- 
que continuel  avec  des  Anglais,  des  Espagnols  et  des  Italiens.  Pen- 
dant longtemps  ma  principale  préoccupation  fut  de  comparer  la  lau- 
gue  de  ces  peuples  étrangers,  avec  le  latin  et  le  français,  et  je 
m'efforçais  alors  de  me  rendre  compte  de  leurs  dissemblances  et  de 
leurs  irrégularités. 

Toutes  les  langues,  tous  les  idiomes  qui  se  parlent  en  ce  momeut 
sur  la  terre,  sont  l'œuvre  d'un  passé  plus  ou  moins  lointain.  Ils  oui 
donc  été  nécessairement  commencés  par  Tignorauce.  Peu  à  peu,  seu- 
lement, ils  se  sont  complétés,  enrichis,  perfectionnés  ;  mais  ils  ont 
tous  conservé,  plus  ou  moins,  leurs  irrégularités,  leurs  longueurs  et 
leurs  vices  originaires. 

Aussi,  procédant  d'abord  par  analysCy  j'essayais  laborieusement  de 
supprimer,  dans  chaque  langue,  tous  les  iUogismes  et  toutes  les  irré- 
gularités. Mais  je  ne  tardais  pas  à  m'apercevoir  qu'en  supprimant 
ainsi,  et  bien  avant  même  d'avoir  pu  remonter  jusqu'aux  origines  et 
aux  principes  des  langues,  il  ne  me  restait  plus  rien  du  tout! 

Un  jour  j'assistais,  à  Tours,  à  l'inauguration  de  la  statue  de  Des- 
cartes, et  je  méditai  longtemps  sur  cette  phrase  célèbre  de  notre 
grand  mathématicien  philosophe  (phrase  écrite  sur  le  socle  de  sa  sta- 
tue) :  Cogiio,  ergo  sum  (Je  pense,  donc  je  suis). 

Je  fis,  alors,  un  peu  plus  connaissance  avec  Descartes;  et  quand 
j'eus  bien  compris  que,  pour  se  faire  des  idées  philosophiques  plus 
acceptables  que  celles  qui  avaient  cours  de  son  temps,  il  avait  résolu 
d'édifier,  de  toutes  pièces,  un  nouveau  système  rationnel,  en  s'impo- 
sant  l'obligation  de  commencer  d'abord  par  douter  de  tout  :  Alors  je 
compris  bien  que  sur  cette  vérité  primordiale  :  cogitOy  ergo  sum,  il 
avait  pu  ériger  logiquement  tout  son  système. 

Mais  je  pensai  en  même  temps  et  je  compris  aussi,  pour  la  pre- 
mière fois,  que  la  langue  universelle  ou  internationale  ne  pourrait 
être  logiquement,  elle  aussi,  qu'une  langue  rationnelle,  absolument 
neuve  et  faisant  résolument  table  rase  du  passé. 

C'est  donc  dans  cet  ordre  d'idées  que  j'examinai,  dès  lors,  les  pre- 
miers signes,  et  que  j'écrivis  plus  tard  les  premières  règles  de  la 
langue  internationale  que  je  vais   examiner  rapidement   devant  vous. 

Mais  je  dois  vous  dire,  tout  d'abord,  que  je  n'ai  jamais  eu  la  pen- 
sée téméraire  de  présenter  ici,  et  du  premier  coup,  une  œuvre  pa^ 
faite.  Je  n'ai  pas  songé  davantage  à  saper  ou  à  détruire  aucune  des 
langues  existantes,  car  personne,  plus  que  moi,  ne  respecte  tousleur« 


—  693  — 

chefs-d'œuvre.  Je  crois  fermement,  au  contraire,  que  tout  en  appre- 
nant le  moyen  facile,  logique  et  prompt  de  correspondre,  par  un 
nouveau  langage,  avec  tous  les  autres  peuples  de  la  terre,  chaque 
peuple  isolé  doit  cultiver  et  conserver  utilement  sa  langue  maternelle. 

Pour  avoir  toute  l'utilité  et  surtout  toute  l'autorité  qu'il  comporte, 
le  travail  dont  nous  allons  nous  occuper  devrait  émaner  d'un  Congrès 
intemationaly  seul  capable  de  faciliter  son  adoption  et  sa  propagation 
générale.  Mais  pour  qu'un  tel  congrès  puisse  examiner  utilement  et 
sanctionner  un  langage  général,  il  faut,  tout  au  moins,  lui  en  sou- 
mettre les  bases.  C'est  ce  que  nous  essayerons  de  faire  dans  l'étude 
sommaire  que  nous  allons  présenter,  ici,  pour  la  formation,  de  toutes 
pièces,  d'un  nouveau  langage  rationnel  écrit  et  parlé. 

Notre  principale  préoccupation,  en  composant  ce  nouveau  langage, 
a  donc  été  de  le  faire  entièrement  neuf  ;  c'est-à-dire  sans  attaches 
directes  avec  aucune  autre  langue  et.  par  suite,  sans  préférenco  ni 
servage  d'aucune  sorte. 

Je  commencerai  par  examiner  ce  qui  est  absolument  nécessaire  à 
toutes  les  langues,  c'est-à-dire  l'émission  des  sons,  et  leur  articulation 
plus  ou  moins  complète.  Évidemment  on  se  trouve  immédiatement 
placé,  dans  cet  ordre  d'études,  entre  un  attrait  et  un  écueil  :  l'attrait, 
c'est  de  faire  simple  ;  l'écueil,  c'est  le  risque  de  ne  pas  faire  complet. 

Pour  faire  simple,  on  veut  diminuer  le  nombre  des  éléments  ;  mais, 
si  on  fait  trop  simple,  on  s'aperçoit  bien  vite  qu'on  est  obligé  de  répu- 
dier les  prononciations  ayant  cours  chez  la  plupart  des  nations  ;  et, 
par  conséquent,  la  reproduction  des  mots  et  des  noms  propres,  géo- 
graphiques ou  autres,  devient  absolument  interdite.  Il  faut  donc  qu'une 
langue  nouvelle  tienne  un  compte  sinon  absolu,  complet,  de  ce  qui 
est  nécessaire  aux  diverses  langues,  tout  au  moins  qu'elle  en  tienne 
un  compte  qui  permette  d'exprimer  les  noms  propres  et  de  mettre  en 
rapport  les  différents  peuples  sans  les  troubler  trop  profondément. 

Quand  il  s'est  agi  d'émettre  des  sons,  j'ai  trouvé  que  dans  toutes 
les  langues,  il  y  avait  cinq  sons  qui  se  prononçaient  facilement  par 
tout  le  monde.  Mais  il  y  en  a  un,  dans  notre  langue,  qu'il  faudra 
répudier  pour  une  langue  internationale^  c'est  notre  son  u. 

Tout  le  monde  sait  que  les  Anglais  ne  prononcent  pas  facilement 
notre  u,  que  les  Italiens  ne  le  prononcent  pas  du  tout  et  qu'un  cer- 
tain nombre  de  peuples  ne  peuvent  parvenir  à  le  prononcer  comme 
nous. 

Cette  lettre-là,  que  nous  ne  prononçons  aisément  que  parce  que 
nos  gosiers  s'y  sont  habitués  dès  l'enfance,  ne  peut  pas  être  conservée  ; 
il  faut  donc  lui  donner  une  autre  prononciation.  Nous  prendrons  à  sa 
place,  la  prononciation  toute  naturelle  de  ou  ;  ce  sera  notre  u  interna- 
tional. 

Utn.L.  46 


—  694  — 

Nous  prendrons  donc  pour  nos  ciuq  voyelles  les  cinq  sous  qu  un 
Français  prononcerait  ainsi  : 

Qy  éf  I,  Of  ou. 

Maintenant,  je  passe  aux  consonnes.  Je  me  suis  demandé  souvent 
combien  je  devais  en  adopter?  Après  bien  des  tâtonnements,  j'en  avais 
mis  12,  puis  20,  puis  18,  puis  19,  puis  16  ;  enfin  je  suis  resté  au  nom- 
bre 16,  après  une  série  de  péripéties  qu'il  serait  trop  long  de  vous 
énumérer  ici,  mais  qui  avait  toujours  pour  base  la  grande  loi  dont  je 
vous  parlais  tout  à  Theure  :  celle  de  dire  assez,  et  celle  de  ne  pas 
nuire  à  la  simplicité  du  langage,  en  voulant  être  trop  complet.  J'ai 
donc  pris  16  consonnes.  Mais,  je  me  suis  bien  vite  aperçu  que  je  pou- 
vais prendre  n'importe  quel  alphabet,  sans  rencontrer  aucune  logique 
dans  la  façon  dont  se  prononcent  partout  les  consonnes. 

Prenons,  comme  exemple,  notre  langue  française  et  demandons  nous 
s'il  n'est  pas  bizarre  de  voir  que  nous  disons  un  6  (bé),  et  que  nous 
disons  un  /  (elle),  un  k  (ka),  un  x  (zède)j  un  f  (effe),  etc.  ;  autant  de 
consonnes,  autant  de  sons  différents,  autant  d'irrégularités- 

11  fallait  une  règle,  que  nous  avons  trouvée  dans  un  sixième  son,  qui 
était  aussi  un  son  naturel  qu'on  aurait  pu  ajouter ,  au  besoin,  aux 
voyelles  :  c'est  le  son  de  Ye  muet.  Nous  n'avons  pas  fait  une  vojelle  de 
Ve  muet,  mais  nous  nous  servons  utilement  de  ce  son  pour  articuler 
toutes  les  consoimes. 

Je  vais  donner  un  autre  renseignement  sur  les  articulations.  Notre  c 
se  prononce  che\  nous  avons  été  obligés  de  le  conserver  parce  que  le 
che  est  répandu  avec  profusion  dans  presque  toutes  les  langues  de  la 
terre. 

Il  avait  été  supprimé  d'abord  puisque  le  c  (dur)  était  remplacé  par 
la  consonne  k  (que),  et  le  ç  par  le  s  (se).  J'ai  donc  rétabli  le  c  en  lui 
donnant  la  prononciation  de  che,  de  sorte  que  mes  16  consonnes  sont 
représentées  par  les  prononciations  suivantes  : 


Be 

Che 

De 

Fe 

Gue 

Je 

Kc 

Le 

Me 

Ne 

Pe 

Re 

Se 

Te 

Vc 

Ze 

On  voit  que,  dans  tous  ces  sons-là,  il  n'y  a  rien  de  baroque,  et  il  eu 
est  partout  de  même. 

Maintenant,  ceci  fait,  il  fallait  écrire  les  lettres.  Quelle  était  l'écrt- 
ture  qu'il  fallait  adopter?  Encore  même  difficulté,  car  nous rcncontroD.^ 
presque  autant  d'écritures  que  de  langages.  II  fallait  donc  adopter 
logiquement,  un  genre  d'écriture  qui  fût  simple,  qui  distinguât  le^ 
voyelles  des  consonnes  et  qui  ne  fut  pas  tout  à  fait  fantaisiste. 


—  695  — 

Dans  presque  toutes  les  écritures,  il  y  a  deux  choses  dominantes  : 
la  ligne  éb^oite  et  la  ligne  courbe.  Seulement,  ces  lignes  s!y  mêlent  sans 
aucune  espèce  de  règle  ou  de  nécessité.  Faisant  une  langue  nouvelle, 
rien  ne  nous  était  plus  facile  que  de  distinguer,  par  récriture,  les 
sons  des  articulations. 

Donc,  prenant  la  courbe  et  la  ligne  droite,  nous  nous  sommes  servi 
de  la  ligne  courbe  pour  exprimer  les  voyelles,  qui  sont  moins  nombreu- 
ses que  les  consonnes  ;  et  nous  lés  avons  représentées  par  ces  deux 
signes  0,  C,  ^^  faisant  varier,  comme  ci-après,  les  positions  du 
second  : 

a        é        i         o        u     • 

0     C      0      o      o 

Vous  voyeK  que,  pour  les  quatre  dernières  voyelles,  c'est  toiyours 
la  même  lettre,  placée  dans  des  positions  nettement  différentes  et  ne 
pouvant  pas  être  confondues.  La  lettre  complètement  ronde,  —  je  dis 
ronde  pour  ne  pas  compliquer  le  langage,  puisque  c'est  seulement  une 
courbe  fermée  et  non  une  circonférence,  un  ovale  ou  une  figure  régu- 
lière —  la  lettre  ronde  est  notre  a  (0)  î  notre  lettre  é  sera  un  demi- 
rond  debout  (C);  i  sera  le  même  demi-rond  dans  une  position  con- 
traire (0);  o  sera  représenté  par  ce  demi-rond  couché  (o);  et  u  par 
un  demi-rond  couché  en  sens  inverse  (O).  De  sorte  que,  avec  ces 
deux  caractères  Q,  C»  î^  ^^-is  simplement  et  aisément  toutes  les 
voyelles. 

Vous  allez  voir,  maintenant,  qu'avec  les  quatre  caractères  suivants, 
je  fais  tout  Valphabet  :  0,  C,  I,  T.  Deux  de  ces  caractères  me  ser^ 
vent  pour  les  voyelles  (0  C)  î  les  deux  autres  (|  L)  feront  les  seize 
consonnes  sans  aucune  confusion. 

La  première  de  ces  lettres  est  un  bâton  (|)  ;  la  seconde  est  un  bâtou 
avec  un  petit  crochet  (L).  Le  crochet  sera  tantôt  à  gauche,  tantôt  à 
droite,  quelquefois  en  bas.  J'ai  indiqué  ci-après  les  quatre  consonnes 
placées  verticalement  ;  je  les  appellerai,    si  vous  voulez,  chefs  de  file  : 


g        m         s 


I 


Bh  bien,  ces  quatre  caractères  feront  toutes  les  consonnes.  II  suffira, 
pour  cela,  de  les  écrire  chacune  par  groupe  de  quatre  (comme  dans 
le  tableau  suivant):  la  première  reste  placée  verticalement;  la  seconde 
est  inclinée  d'environ  45  degrés  de  droite  à  gauche  ;  la  troisième  est 


—  696  - 

inclinée  de  43  degrés  de   gauche  à  droite  ;    et  la  quatrième  est  cou- 
chée horizontalement. 

Pe 


Le 


Be 

Chc 

De 

1 

\ 

/ 

Gue 

Je 

Ke 

1 

'S 

/ 

Me 

Ne 

Pe 

r 

\ 

r 

Rc 


Se  Te  Vc  Ze 


PounL  les  commençants,  qui  n'auront  jamais  écrit  ces  signes,  on  u'a 
qu'à  prendre  du  papier  quadrillé^  et  on  fait  bientôt  de  la  calligraphie 
aussi  nette  que  si  c'était  tracé  avec  une  règle.  J'ai  cherché  beaucoup 
et  c'est  ce  que  j'ai  trouvé  de  plus  simple  et  de  plus  logique.  Tous 
ces  caractères  peuvent  se  faire  d'un  seul  coup,  sans  lever  le  crayon 
ou  la  plume  ;  ce  qui  permet,  avec  un  peu  d'exercice,  d'arriver  à  une 
très  grande  rapidité  d'écriture.  Ceci  étant  fait,  Valphabei  étant  écrit* 
les  lettres  se  placent  et  se  prononcent  comme  ci-après  ;  {Voir  page  S49.) 

Après  la  confection  de  l'alphabet,  j'ai  commencé  à  accoupler  les  lettres. 
Ainsi  je  suis  arrivé  à  écrire,  en  commençant  les  mots  par  les  consonnes, 
tous  les  mots  de  deux  lettres  : 


10 

IC 

13 

lo 

lo 

ba 

be 

bi  • 

ho 

bu,  etc. 

Ensuite,  en  commençant  les  mots  par  les  voyelles,  j*ai  eu  : 

01  Ci  31  ol  oi 

ab  eb  ib  ob  ub,  etc. 

J'ai  eu,  ainsi,  deux  fois  80  mots  diflférents  ;  ou  en  tout  160  mots  (160), 
et  toutes  les  combinaisons  de  deux  lettres,  (voyelles  et  consonnes)  ont 
été  épuisées. 

Je  suis  passé  alors  aux  combinaisons  de  trois,  puis  de  quatre,  puis  de 
cinq  lettres.  Mais  je  me  suis  bientôt  aperçu  qu'en  faisant  des  mots  de 
cinq  lettres  on  peut  arriver  à  avoir  plus  de  150,000  combinaisons  dif- 
férentes, et  par  conséquent  plus  de  150,000  mots.  Donc,  il  est  inutile 
de  mettre  plus  de  cinq  lettres  pour  écrire  le  mot  le  plus  long  d'une 
langue  internationale  ayant  les  éléments  dont  nous  disposons,  puisque 
les  langues  les  plus  longues  n'emploient  guère  qu'un  maximum  de  30  à 


"   J   s 

>   ->    s 

-  ^  5. 

"  -.    S 

<•  r  s 

<^\  i.  . 

=  y    S 

6-     g 

-     1   J 

-  ^    J 

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S  i:| 

40,000  mota  dont  beaucoup,  même,  s 
homoDymeB,  des  synonymes  et  des  xa 
usités. 

Avec  150,000  mots,  nous  avons  d< 
inépuisable  réserve   pour  l'aveuir. 

Mais,  il  y  a  encore,  ici,  un  point 
téreesant,  qu'il  est  bon  que  je  vous 
de  suite. 

En  écrivant  tous  les  mots  commeno 
une  consonne,  je  me  suis  aperçu  que  c 
étaient  deux  fois  uu  tiers  plus  nombr 
los  mots  commençant  par  une  voyelle. 

Au  premier  abord,  cela  ne  semble  pi 
beaucoup  d'intérêt  ;  mais,  une  autre  re 
que  j'avais  déjà  faite  a  donné  à  cellen 
coup  plus  d'imi>ortance.  J'avais  pris  c 
tioouaires  de  différentes  langues ,  et 
additionné  tous  les  mots  de  250  pages 
cuD  de  ces  dictionnaires.  Ensuite,  j'a^ 
commencé  l'addition  des  mêmes  2S0 
mais  en  comptant  seulement  les  substa 
les  Tiomj;  et  alors  J'iitais  arrivé  à  cei 
statation  curieuse  :  c'est  qu'il  y  a  à  p 
deux  fois  et  un  tiers  plus  de  substant 
n'y  a  de  tous  les  autres  mots  réunis.  I 
que  j'ai  pu  utiliser  cette  heureuse 
denoe ,  en  admettaut  comme  principe, 
apporter  aucun  trouble  par  ailleurs,  q 
les  substantifs  de  la  Langue  intemationt 
mencei-aient  par  une  consonne  ;  et  que 
autres  mots  commenceraient  par  une 
J'obtenais  ainsi,  sans  inconvénient,  u 
tinclion  fondamentale  des  plus  préciei 

Maintenant,  je  pourrai  continuer  c 
plications  par  quelques  courts  exem] 
composition  de  grammaire.  Je  dois  voi 
tout  de  suite,  que  la  grammaire  n'< 
entièrement  terminée  ,  le  dlctionnai: 
plus  ;  mais  nous  y  travaillons,  sur  le 
que  vous  commencez,  à  voir  se  dessi 
vant  vous.  Seulement,  je  nevoudrais  p 
plus  vite  que  mes  honorables  collaboi 

Je  vais  toutefois  vous  indiquer  « 
points  assez  importants.  Je  prends,  pai 


—  698  — 

pie,  le  verbe,  Varticle  :  fallaitril  admettre,  dans  cette  langue,  les  déclh 
naùons  telles  qu*elles  existent  en  latin  ou  dans  d'autres  langues? 
Je  ne  l'ai  pas  cru ,  parce  que  la  déclinaison  est  incomparablement 
plus  compliquée  que  l'admission  de  l'article ,  et  que  je  peux  rem- 
placer les  déclinaisons  par  l'article  ;  car,  si  je  prends  l'article  et  le 
pronom  personnel  pour  indiquer  et  distinguer  le  substantif,  c'est-à- 
dire  pour  lui  donner  le  genre  et  le  nombrey  je  n'ai  plus  besoin  de 
faire  varier  tous  les  substantifs.  Nous  avons  pris  l'article  singulier, 
masculin  et  féminin,  et  nous  avons  fait,  aussi,  l'article  masculin  et 
féminin  au  pluriel;  de  sorte  que,  avec  cet  article,  nous  pouvons  dési- 
gner tous  les  noms  sans  les  faire  varier,  au  masculin  ou  au  féminin, 
au  singulier  ou  au  pluriel.  Pour  vous  donner  un  exemple,  voici  notre 
article  singulier  :  0»  pour  le  masculin,  et  C»  pour  le  féminin.  Quand 
vous  verrez  ce  rond  Q»  ^^^  ^st  (a),  vous  saurez  que  c'est  le  signe  du 
masculin;  et  quand  vous  verrez  ce  demi-rond  C»  Q^î  ^^t  (é),  vous 
saurez  que  c'est  le  signe  du  féminin.  L'article  singulier  0  W  ^'®"^ 
dire  le  ot  C  (^O  veut  dire  la. 

Pour  le  pluriel,  nous  avons  :  QJ  (^*)  <ît  CJ  (^)- 

OJ  vent  dire  les,  masculin; 
C  J  veut  dire  les,  féminin. 

Si  je  veux  maintenant  désigner  le  cheval,  la  jument,  les  chevaux, 
les  juments  ;  vous  voyez  déjà  que,  si  cAeval  s'appelait  \  o  (cAo),  nous 
aurions  : 

Le  cheval         Q  \  O  (a  cho). 

La  jument        C  \  O  (é  cho). 

Les  chevaux  OJ  \  O  (as  cho). 

Les  juments    C  J  \  O  (es  cho). 

Le  substantif  reste  absolument  le  même  et  invariable,  que  ce  soit 
cheval  ou  jument,  au  singulier  ou  au  pluriel;  le  nom  est  donc  inva- 
riable ;  il  n'y  a  de  variation  que  dans  l'article,  ou  le  pronom. 

Je  me  suis  encore  demandé  s'il  était  nécessaire  de  conserver  aussi 
cette  énorme  difficulté  des  multiples  conjugaisons,  devant  laquelle 
pâlissent  tous  les  peuples  :  Ceux  de  l'Asie  surtout  —  qui  cherchent  à 
apprendre  nos  langues  ?  On  ne  comprend  pas,  en  effet,  comment  nous 
pouvons  avoir  besoin,  pour  nous  exprimer,  de  faire  autant  de  con- 
jugaisons que  nous  avons  à  exprimer  d'actions  ou  de  sensations. 

D'autres  peuples  ont  trouvé  des  combinaisons  plus  simples  que  les 
nôtres.  Quand  j'ai  examiné  ces  moyens,  j'ai  vu  qu'on  peut  aisément 
tout  conjuguer  avec  un  seul  verbe:  le  verbe  être.  Les  conjugaisons  des 
autres  verbes  ne  sont  que  des  complications  fâcheuses,  et  nous  pouvons 


—  699  — 

nous  en  passer,  en  en  faisant  des  adjectifs  verbaux.  Par  exemple  :  je 
marche,  je  mû  marchant  ;  nous  Tondrions,  nous  serions  voulant ^  etc. 

n  y  avait  encore  un  point  très  important  à  résoudre  ,  c'était 
celui  de  la  composition  d*an  dictionnaire  logique.  Quand  on  examine 
la  façon  dont  se  composent  les  dictionnaires  de  toutes  les  nations,  on 
voit  que  c'est  la  fantaisie  la  plus  complète  qui  a  présidé  à  leur  éta*- 
blissement,  (comme  nous  l'avons  déjà  vu  pour  Tarticulatiôn  des  con- 
sonnes). On  voit  que  partout  on  a  procédé  par  tâtonnements  et  que 
les  éléipents  ont  été  posés  comme  au'  hasard.  Ce  n'est  que  plus  tard 
qu'on  est  arrivé  laborieusement  à  faire  un  tour  de  force  extraordi- 
naire, en  donnant  des  qualités  relativement  merveilleuses  à  des  lan- 
gages qui  semblaient  n'avoir  rien,  en  eax-mêmes,  pour  recevoir  ces 
qualités-là. 

Dans  toutes  les  langues  existantes,  le  sens  et  la  valeur  des  racines 
et  des  mots  sont  indépendants  des  lettres  qui  les  composent. 

Dans  une  langue  internationale,  au  contraire,  il  peut  être  précieux 
et  il  est  nécessaire  que  le  nombre  des  lettres  y  aussi  bien  que  leur 
ordre  alphabétique,  deviennent  autant  d'indications  logiques  et  pré- 
cieuses pour  reconnaître  l'importance  et  la  signification  des  mots. 

Chaque»  lettre  de  l'alphabet  ayant  une  prononciation  invariable,  tant 
qu'on  n'emploie  pas  les  accents,  et  tous  les  mots  étant  nettement  distincts 
les  uns  des  autres,  les  idées  découlant  directement  du  langage  et  de 
l'écriture,  seront  donc  nécessairement  toujours  claires  et  précises. 

La  langue  internationale  pourra  devenir  ainsi,  comme  me  l'écrivait 
récemment  M.  Jules  Simon  dans  une  intéressante  lettre  sur  ce  sujet, 
un  précieux  adjuvant.  Et  de  plus,  bien  loin  d'être  une  menace  pour 
les  langues  actuelles,  elle  leur  fournira,  au  contraire,  le  meilleur  moyen 
de  pouvoir  se  comparer  les  unes  aux  autres,  de  faire  connaître  et  de 
propager  tous  les  chefs-d'œuvre,  et  de  concourir  ainsi,  en  commun, 
rt  l'élévation  et  au  bien  de  l'humanité. 

Je  ne  voudrais  pas  terminer  cet  exposé,  déjà  bien  long  quoique 
encore  sommaire,  sans  dire  au  moins  quelques  mots  des  langues  vi- 
vantes, et  sans  indiquer  les  moyens  principaux  qui  devront  concourir, 
le  plus  efficacement,  à  l'éclosion,  à  la  propagation,  et  aussi  à  la  con^ 
servation  d'un  langage  international.    ^ 

L»a  première  de  toutes  les  nécessités,  pour  tous  ceux  qui  veulent 
s'occuper  utilement  de  questions  générales  si  hautes  et  de  l'institution 
d'un  langage  international,  c'est  de  se  débarrasser  de  tout  sentiment 
exclusif  et  relativement  étroit  de  patriotisme  et  de  nationalité.  C'est, 
en  un  mot,  d'attribuer  partout  et  résolument  la  première  place  à  Vhu- 
mnnité.  (Mouvements  divers.) 

Il  faut  surtout  que  chaque  nation  comprenne  et  sente  bien  qu'on 
a  travaillé  pour  elle,  en  travaillant  pour  tous;  et  que,  dans  la  mesure 


—  700  — 

compatible  avec  la  généralisation  de  Toeuvre»  il  a  été  tenu  compte  de 
ses  aptitudes  et  de  ses  besoins  particuliers. 

La  plupart  dos  tentatives  qui  se  sont  produites  jusqu'ici»  avaient  ex- 
clusivement en  vue  les  rapports  et  les  intérêts  européens.  Mais  ponr 
qu'une  langue  quelconque  pufsse  devenir  internationale,  il  faut  néces- 
sairement, aujourd'hui,  qu'elle  tienne  le  plus  grand  compte  des  im- 
menses agglomérations  asiatiques  qui  représentent,  à  elles  seules,  plus 
de  la  moitié  de  la  population  du  globe  ;  il  faut  enftn  qu'elle  puisse 
être  acceptée  dans  toutes  les  parties  du  monde. 

J'ai  pu  avoir,  auprès  de  quelques  sinologues  distingués,  des  rensei- 
gnements précieux  sur  le  langage  et  l'écriture  des  Chinois.  Je  ne  sau- 
rais mieux  faire,  pour  vous  en  donner  une  idée,  que  de  vous  lire 
quelques  courts  extraits  des  notes  qui  m'ont  été  écrites,  sur  ce  sujet, 
par  mon  ami  M.  Lomairc,  notre  ministre  plénipotentiaire  en  Annam 
et  au  Tonkiu. 

M.  Lemaire,  on  assistant  à  cette  séance,  a  bien  voulu  y  apporter 
aussi  son  utile  concours  en  traçant,  sur  le  tableau,  tous  les  caractères 
chinois  que  vous  y  voyez  écrits. 

«  Les  Chinois,  dit-il,  se  communiquent  verbalement  leurs  pensées,  à 
l'aide  de  430  monosyllabes  tels  que  :  ni,  ta,  ouang,  tchoug,  von,  ai,  ek. 
qui  sont  invariables,  indéclinables,  et  qui  ne  se  décomposent  ^as  alpha- 
bétiquement. 

Chacun  de  ces  monosyllabes  peut  avoir  plusieurs  centaines  de  signi- 
fications :  le  chinois  est  donc  la  langue  des  hofnonymes.  Les  monosylla- 
bes s'accouplent  par  deux  et  par  trois  et  forment  des  mots  composés. 

Le  même  monosyllabe  est  représenté,  dans  l'écriture  chinoise,  par  un 
hiéroglyphe  différent  pour  chacune  de  ses  significations.  Les  hiérogly- 
phes en  usage  aujourd'hui  sont  au  nombre  de  20,000  environ;  ils  se  com- 
posent généralement  de  deux  parties  :  le  radical  et  la  phonétique.  Le 
radical  est  le  plus  souvent  placé  à  gauche,  parfois  à  la  partie  supé- 
rieure ou  inférieure,  mais  rarement  à  droite. 

Il  y  a  214  radicaux.  Ce  sont  des  caractères  qui  ont  leur  significa- 
tion propre  et  qui  peuvent  être  employés  seuls;  mais  quand  ils  en- 
trent dans  la  composition  d'un  hiéroglyphe,  ils  y  font  l'office  de  clas- 
sifioateure. 

La  plupart  des  dictionnaire^  chinois  ont  |  pour  base  les  214  radi- 
caux, que  les  sinologues  appellent  aussi  des  clefs.  Il  y  a  la  clef  de 
la  main^  du  pierf,  des  métaux,  des  herbes,  des  habitations,  du  ccatff  de 
Yoreille,  de  Vceil,  des  passions,  de  Vhomme,  de  la  femme,  des  pierres, 
des  richesses,  des  maladies,  du  bois,  etc.,  etc.  Tous  les  caractères  chi- 
nois ont  pu  être  rangés  méthodiquement,  dans  des  dictionnaires.d'aprè? 
ces  214  radicaux,  ou  clefs. 

Lorsque  le  radical  de  la  main  entrera  dans  la  composition  d'un 
hiéroglyphe, 'celui-ci  exprimera  généralement  une  action  manuelJe.L*? 


—  701  — 

radical  du  pkd  indiquera  la  course,  la  marche,  le  déplacement  du 
corps.  La  clef  des  herbes  vous  représentera  les  fleurs,  les  légumes  ; 
celle  du  cœur  désignera  les  passions,  les  sentiments  de  Tàme,  les  sen- 
sations de  peine  et  de  plaisir,  etc.,  etc. 

La  phonétique  est  la  partie  du  caractère  qui  est  supposée  lui  don* 
ner  le  son:  mais  cette  règle  est  loin  d'être  invariable. 

En  résumé,  ô.  l'aspect  d'un  caractère  chinx>is,  qui  lui  tombe  pour  la 
première  fois  sous  les  yeux,  le  plus  habile  lettré  ne  peut  guère  que 
présumer  sa  signification  par  l'inspection  du  radical,  et  sa  prononcia- 
tion par  celle  de  la  phonétique  ;  mais  il  a  besoin,  pour  être  absolu* 
ment  fixé  sur  l'une  et  sur  l'autre,    de  consulter  un  dictionnaire.(£tre«j. 

L'écriture  chinoise  est  en  usage  en  Chine,  au  Japon,  en  Gorée,  aux 
îles  Lieou-Kieou,  au  Tonkin,  en  Ânnam,  en  Gochinchine.  Dans  cha- 
cun de  ces  pays  les  hiéroglyphes  conservent  leur  signification;  mais 
leur  appellation  varie  non  seulement  de  pays  à  pays,  mais,  dans  cha* 
que  pays,  de  province  à  province.  » 

Ce  simple  exposé,  rapproché  des  caractères  écrits  que  vous  avez 
sous  les  yeux,  est  si  lucide  et  si  clair,  qu*il  suffit  pour  nous  montrer 
que  là  langue  chinoise  est  une  admirable  langue  passionnelle,  senti- 
mentale et  poétique,  pleine  de  subtilités  et  d'interprétations  un  peu 
facultatives.  Mais  c'est  aussi  une  langue  permettant^  de  bonne  foi, 
les  plus  réelles  confusions.  £n  un  mot,  c'est  une  langue  essentielle- 
ment nationale,  et  qui  doit  rester  nationale. 

Mais  l'inspection  même  de  ces  hiéroglyphes^  dans  lesquels  la  ligne 
droite,  la  ligne  courbe  et  les  inclinaisons  diverses  ont  tant  de  préci- 
sion et  de  variété,  nous  prouve  de  suite  que  l'écriture  de  nos  carac- 
tères internationaux  ne  sera  qu'un  jeu  pour  les  Chinois,  et  qu'ils  les 
écriront  probablement  plus  vite  et  mieux  que  nous. 

Quant  à  nos  règles,  l'opinion  des  sinologues  que  j'ai  consultés  est 
que  le  Chinois  les  apprendra  tout  aussi  facilement  que  les  Européens, 
parce  qu'elles  sont  simples  et  qu'elles  procèdent,  sous  certains  rap- 
ports, comme  les  siennes  même.  Mais  il  les  apprendra  facilement, 
aussi,  parce  qu'il  aime  passionnément  l'étude  et  que,  comme  le  Japo- 
nais, il  est  très  intelligent. 

La  seule  difficulté  réelle  que  le  Chinois  éprouvera,  comme  tous  les 
autres  peuples  asiatiques,  sera  dans  la  prononciation  de  notre  con- 
sonne R;  consonne  dont,  pourtant,  toutes  les  autres  langues  ne  sau- 
raient guère  se  passer.  Mais  cette  difficulté  est  bien  loin  d'être  insur- 
montable et  l'Asiatique  la  vaincra  peu  à  peu  par  l'étude;  et  si,  finale 
ment,  sa  manière  particulière  de  prononcer  le  A,  ressemble  plus  à  la 
prononciation  vibrée  des  chanteurs  qu'à  la  prononciation  gutturale  de 
la  masse  des  Européens,  personne  ne  s'en  plaindra,  et  personne  n'en 
sera  gêné. 

Mais  de  même  qu'on   a  dit  :  «  Tel    père,   tel  fils,   9   de  même  on 


—  702  — 

pourrait  dire,  avec  plus  de  vérité  encore,  «  telle  langue,  tel  peuple.» 

Cabanis  a  écrit,  sur  ce  sujet,  ces  remarquables  observations  : 

«  Premier  lien  des  hommes  épars,  doux  fruit  des  premières  rela- 
tions fraternelles,  les  langues,  après  avoir  fait  et  scellé  toutes  les  con- 
ventions des  peuples  naissants,  ont  confondu  de  plus  en  plus  les  in- 
térêts et  les  efforts  des  individus,  les  ont  dirigés  par  une  impulsion 
bientôt  indépendante  d'eux-mêmes;  et  se  mêlant  à  tous  les  détails  de 
la  vie  publique,  et  privée,  elles  ont  exercé  la  plus  puissante  influence 
sur  tontes  les  habitudes  des  sociétés.  Partout  où  les  langues  étaient 
bien  faites,  les  progrès  de  l'état  social  ont  été  rapides  et  sûrs  :  pa^- 
tout,  au  contraire,  où  les  circonstances  avaient  fait  adopter  un  mau- 
vais système  de  langage  et  d'écriture,  les  peuples  ont  croupi  dans 
rignorance  ou  gémi  sous  l'oppression  ^ 

Cabanis  reconnaît  aussi,  comme  nous,  qu'il  faut  surtout  se  défier 
des  fausses  richesses  des  langues,  et  que  le  plus  grand  vice  des  mots  est 
d'être  confus^  vagues  ou  susceptibles  de  plusieurs  sens. 

Il  constate  et  reconnaît  encore  que  la  plus  essentielle  qualité  d  une 
langue  c'est  de  produire  la  netteté,  la  rapidité,  Ténergieet  la  simpli- 
cité des  impressions  diverses  qu'elle  apporte  à  l'esprit  :  impressions 
qui  deviennent  elles-mêmes,  la  cause  déterminante  et  directe  de  beau- 
coup d'idées  qui,  sans  elles,  n'eussent  jamais  été  produites. 

La  synthèse  et  la  constitution  logique  d'une  langue  rationnelle  doi- 
vent donc  nécessairement,  selon  nous,  procéder  du  simple  au  composé, 
comme  l'esprit  humain  procède  scientifiquement  du  connu  à  l'inconnu. 
C'est  ainsi  qu'on  devra  sagement  s'efforcer  de  guider  les  esprits  des 
nouveaux  apôtres  de  la  langue  internationale,  sous  la  sauvegarde  et 
avec  l'appui  de  la  raison,  de  la  logique  et  de  la  vérité. 

Le  projet  de  la  langue  internationale  dont  je  viens  d'indiquer,  à 
grands  traits,  le  mécanisme,  les  règles  et  les  caractères  généraux,8om- 
meillait  depuis  une  vingtaine  d'années  dans  un  coin  de  mon  bureau 
quand  J'ai  eu,  assez  récemment,  la  bonne  fortune  d'en  entretenir 
M.  le  Ministre  des  affaires  étrangères.  Je  lui  remis  aussi,  vers  la  même 
époque,  un  mémoire  sur  un  projet  d'oi^anisation  générale  de  commia- 
siom  internationales  et  de  concours  généraux  théoriques  et  pratiques, 
pendant  les  grandes  fêtes  projetées  du  Centenaire  et  de  l'Exposition 
de  1889. 

M.  le  Ministre  fit  un  excellent  accueil  à  ces  communications,  et 
c'est  sur  son  conseil  même  que  j'adressai  mon  Mémoire  sur  les  con- 
cours généraux,  à  M.  le  Ministre  du  commerce. 

Pendant  un  de  cas  interrègnes,  auxquels  les  hasards  de  la  politique 
obligent  si  souvent  nos  hommes  de  gouvernement,  j'avais  déjà  parlé 
k  M.  de  Freycinet  de  ce  projet  de  langue   internationale  ;  et  je  lui 

(1)  Cabanis,  œwres  oompUtes  (Firmin-Didot)  1833. 


—  703  — 

avais  aussi  demandé  son  avis  ^ur  les  moyens  propres  à  obtenir  Tap- 
pal  ou  le  concours  du  Gouvernement  pour  une  oeuvre  si  essentielle- 
ment humanitaire,  qui  me  paraissait  digne  de  justiâer  ce  cpucours;et 
qui  devait,  en  môme  temps,  en  bénéficier  dans  l'intérêt  de  tous. 

M.  de  Freycinét  me  répondit  alors  à  peu  près  ceci  :  Pour  que  le 
Oouvemement  puisse  s'occuper  utilement  d'une  telle  question ,  son 
utilité  seule  ne  suffit  pas  :  il  faudrait  pouvoir  lui  imprimer  encore  un 
caractère  d'urgence.  Croyez  bien  que  pour  tous  les  hommes  qui  sont 
au  pouvoir,  le  plus  grand  obstacle  à  l'utile^  c'est  Purgent.  Et  il  ajoutait, 
avec  son  fin  sourire  :  «  Et  Turgent  n'est  pas  toujours  utile  l  » 

Depuis  plusieurs  mois,  je  considérais  mon  Mémoire  sur  l'organisa- 
tion des  concours  généraux,  comme  oublié  ou  enterré  dans  les  car- 
tons du  Ministère  du  commerce,  quand  le  Petit /oumal  en  reçut  une 
copie  qui,  paraît-il,  lui  parut  intéressante.  Sous  le  titre  :  «  A  propos 
de  r Exposition  t>,  ce  journal  publia  un  extrait  de  mon  Mémoire,  dans 
son  numéro  du  27  août  dernier. 

Cet  article  ne  parlait  de  mon  projet  de  langue  internationale,  que 
d*une  manière  tout  incidente  ;  mais  il  pairaît ,  toutefois,  qu'il  a  suffi 
pour  attirer  au  Petit  Journal  un  certain  nombre  de  lettres,  de  ses  les- 
teurs,  qui  réclamaient  des  explications  complémentaires,  et  auxquels 
il  voulut  essayer  de  donner  satisfaction. 

C'est  ainsi  que  je  reçus,  quelque  temps  après,  la  visite  d'un  des  rédac- 
teurs du  Petit  Journal,  qui  me  demanda  beaucoup  de  renseignements 
et  qui  prit,  séance  tenante,  des  notes  nombreuses  et  très  circonstan- 
ciées sur  mon  projet  de  langue  générale. 

A  la  suite  de  cette  visite  le  Petit  Journal  fit  paraître,  le  22  septem- 
bre dernier,  un  long  article  intitulé  La  langue  universelle  ;  article  ré- 
pondant à  ses  lecteurs  et  entièrement  consacré  à.  cette  question. 

Les  lettres  et  les  visites  que  j'ai  reçues,  depuis  cet  article,  se  comp- 
tent par  centaines;  et  j  y  ai  surtout  puisé  cette  encourageante  convic- 
tion que  si  cette  grande  question  humanitaire  est  encore»  pratique- 
ment, bien  peu  avancée,  elle  est  mûre,  tout  au  moins,  dans  presque 
tous  les  esprits  généreux  et  élevés. 

Un  premier  congrès  d'adhérents  français  et  étrangers  se  forma 
comme  par  enchantement;  et,  dès  les  premières  réunions  qui  eurent 
lieu,  M.  Henri  Taupin  et  M.  Peynaud  acceptèrent  la  tâche  de  s'oc- 
cuper, avec  moi,  de  la  composition  immédiate  de  la  grammaire  et  du 
dictionnaire,  sur  les  bases  que  j'ai  précédemment  indiquées. 

On  s'occupe  activement  de  ce  travail;  mais  il  exige,  vous  le  com- 
prenez, beaucoup  de  soins.  Tout  ce  que  nous  pouvons  espérer,  c'est 
qu'il  soit  terminé  vers  la  fin  de  cette  année.  Mais  ce  que  nous  dési- 
rons, surtout,  c'est  qu'il  soit  fait  dans  des  conditions  générales  assez 
bonnes  pour  mériter,  en  1889,  l'approbation  de  la  commission  interna^ 


—  704  — 

tùmale    officielle   et    dûment  autorisée,   sans  laquelle   son  existence, 
comme  celle  de  toute  autre  langue  générale,  resterait  éphémère. 

Mais  d'ici  là,  la  porte  est  largement  ouverte  à  tous  ceux  qui  vou- 
dront bien,  sous  notre  direction  provisoire,  se  dévouer  à  Tétude, 
d*abord,  puis  à  la  démonstration  et  à  la  propagation  du  nouveau  lan- 
gage; car  il  est  absolument  nécessaire  de  présentera  la  grande  corn* 
mission  internationale,  des  faits  acquis,  à  côté  et  à  l'appui  des  théories. 

C'est  pour  cela,  surtout,  que  nous  devons  faire  appel  '  à  l'aide  des 
puissants,  et  au  concours  sympathique  de  toutes  les  bonnes  volontés, 
pour  grossir  le  premier  noyau  des  adhérents  et  des  propagateurs  de 
la  langue  internationale.  Nous  inscrirons  et  nous  conserverons  pré- 
cieusement tous  les  notns  de  ceux  que  l'amour  de  l'humanité  et  le 
sentiment  profond  et  généreux  de  Vintérél  général^  disposeront  à  nous 
aider  dans  cette  tâche* difficile. 

L'objectif  suprême  et  nécessaire  de  tous  ceux  qui  peuvent  s'occuper 
de  questions  de  cette  nature,  il  faut  qu'on  le  sache  bien,  c'est  la  sanC' 
tion  et  la  consécration  d'une  commission  internationale  régulièrement 
constituée,  et,  sans  laquelle,  rien  de  durable  n'est  possible. 

Mais,  non  seulement  l'autorité  de  cette  grande  commission  est  né- 
cessaire pour  faire  admettre  et  adopter,  par  les  diverses  nations  étran- 
gères, le  langage  qui  aura  été  choisi  par  elle  ;  non  seulement  elle  sera, 
seule,  capable  d'en  amener  la  prompte  vulgarisation  ;  mais  encore, 
cette  même  commission  devra  commencer  par  proclamer  le  principe 
même  de  sa  permanence  et  de  ses  réunions  périodiques  ou  facultatives; 
conditions  qui  sont  indispensables  pour  éviter  à  la  Langue  inlematio- 
nale  les  lacérations  arbitraires,  aussi  bien  que  pour  approuver  les  per- 
fectionnements qu'elle  jugera  utiles  et  pour  conserver  ainsi,  à  la  lan- 
gue nouvelle,  son  unité  internationale. 

Maintenant,  Messieurs,  permettez-moi  de  vous  demander  pardon 
d'avoir  retenu,  si  longtemps,  votre  bienveillante  attention  sur  un  sujet 
nouveau  qui  sort  un  peu  du  cercle  technique  dans  lequel  se  renfer- 
ment habituellement  nos  discussions. 

En  tout  cas,  ce  n'est  pas  sans  hésitation  que  je  l'ai  fait;  et  il  n*a 
fallu  rien  moins,  pour  m'y  décider,  que  l'enthousiasme  réel  que  j'ai  vu 
se  manifester,  autour  de  moi,  pour  cette  grande  idée,  si  généreuse  et 
si  essentiellement  humanitaire,  de  l'institution  d'une  langue  internatio- 
nale. Il  a  fallu  aussi  toute  la  bienveillance  de  notre  Président  et  de 
notre  Comité,  ainsi  que  la  confiance  que  j'ai  depuis  si  longtemps  dans 
votre  indulgence  et  dans  vos  sentiments  de  bonne  confraternité. 

Mais  en  me  faisant  aujourd'hui,  devant  vous,  l'humble  écho  d'une 
de  ces  grandes  pensées,  d'une  de  ces  nobles  aspirations  fraternelles  qui 
grondent  toujours,  plus  ou  moins  sourdement,  dans  tous  les  cœurs: 
aurai-je,  à  mon  grand  regret,  allumé  simplement  un  fou  de  paille  pour 
éclairer  de  lueurs  incertaines  et  fugitives...  un  fantôme^ 


—  705  — 

Permettez-moi  d*espérer  que  vous  verrez  plutôt,  dans  cette  commu- 
nication, le  premier  flot  de  cette  grande  marée  montante  de  TopinloQ 
publique  qui  nous  répète  chaque  jour,  et  sous  toutes  les  formes  que 
les  relations  internationales  doivent  être  mises,  sagement  et  progressi- 
vement, en  rapport  avec  tous  les  progrès  généraux  de  la  science,  du 
commerce,  de  l'industrie  et  de  la  raison  humaine.  (Applaudissements 
répétés.) 

H.  LE  PRÉSIDENT.  —  Si  quclqucs-uns  des  Membres  de  la  Société  ou 
des  personnes  assistant  à  cette  réunion  avaient  des  explications  à 
demander  à  M.  Maldant,  je  leur  donnerais  la  parole. 

UM  MSMBREi  —  On  n'a  pas  songé  à  la  langue  hongroise,  intermé- 
diaire entre  les  langues  asiatiques  et  les  langues  europénnes;  et,  dans 
cette  langue,  les  consonnes  ont  un  caractère  spécial.  Pour  passer  de 
ce  qui  est  matériel  à  ce  qui  est  moral,  on  prend  la  lettre  s  ;  la  lettre 
r  à  la  signification  de  la  Force  ;  la  lettre  n  signifie  intérieur.  Dans 
la  langue  hongroise,  on  pourrait  prendre  la  signification  logique  des 
consonnes.  Quant  aux  voyelles,  la  langue  italienne  leur  a  donné  aussi 
des  significations;  o  signifie  le  masculin;  a  signifie  le  féminin;  vous 
avez  aussi  des  augmentatifs  et  des  diminutifs.  Je  suis  loin  de  critiquer 
ce  qu'à  fait  M.  Maldant;  au  contraire,  je  voudrais  ajouter  l'idée  hon- 
groise à  ce  qu'il  a  fait,  pour  donner  aux  consonnes  ainsi  qu'aux 
voyelles  une  signification  plus  logique. 

M.  MALDANT.  —  Je  ne  crois  pas  qu'il  y  ait  autre  chose  à  répondre  aux 
observations  de  notre  honorable  confrère,  que  de  dire  que  ces  re- 
marque84à  doivent  être  prises  en  sérieuse  considération  pour  trouver 
leur  place  plus  tard.  Mais,  je  ne  pars  pas  du  même  principe  que  lui. 
Dans  toutes  les  langues,  il  y  a  une  classification  plus  ou  moins  logique  ; 
mais  ces  classifications  ne  concordent  plus  (Tune  langue  à  FaiHre;  les 
distinctions  des  lettres,  si  certaines  langues  les  admettent,  seront  dif- 
férentes dans  les  autres  langues.  S'il  y  avait  unité  complète,  dans  les 
diverses  langues,  à  ce  point  de  vue  particulier,  ou  pourrait  tenir  un 
grand  compte  de  cette  remarque.  Ces  observations  sont  d'ailleurs,  tou- 
jours excellentes  en  elles-mêmes,  et  elles  doivent  trouver  leur  place 
naturelle  dans  l'ensemble  des  appréciations  des  commissions  réunies  qui 
s'occupent  de  la  classification  et  de  la  règle  ;  c'est-à-dire  du  dictionnaire 
et  de  la  grammaire. 

M.  LE  Président.  —  M.  Maldant  me  permettra-t-il  de  lui  faire 
remarquer  que  nous  avions  mis  comme  titre  de  sa  conférence  :  Confé- 
rence de  M.  Maldant  sur  la  langue  internationale  dont  il  est  l'auteur  y  — 
et  qu'il  avait  bien  voulu  ajouter  ce  membre  de  phrase  :  Comparaison 
avec  divers  autres  systèmes. 

M.  Maldant  sait  qu'il  y  a  une  tentative  qui  a  fait  beaucoup  de 
bruit  :  c'est  le  Volapiik.  Nous  serions  très  heureux  s'il  voulait  bien 
en  dire  un  mot. 


—  706  —      . 

M.  Maldant.  —  Monsieur  le  Président,  j'ai  fait  tout  mon  possible 
pour  avoir  ici,  ce  soir,  M.  Kerckhoffs;  je  ne  sais  pas  s'il  est  présent 
à  la  séance  :  s'il  est  présent,  ce  serait  plutôt  à  lui  de  répondre  à  la 
question  qui  vient  d'être  faite,  qu'à  moi. 

M.  Kerckhoffs  est  le  propagateur  en  France  de  ce  système  de  langue 
qu'on  a  nommée  le  Yolapiik  et  je  crois  qu'il  pourrait  donner,  à  ce 
sujet,  des  indications  plus  complètes  que  moi-même,  puisqu'il  en  est 
jusqu'à  présent  le  vulgarisateur  dans  notre  pays. 

M.  Kerckhoffs.  —  Je  ne  demande  pas  mieux  que  de  donner  un 
exposé  du  Yolapuk,  seulement,  comme  l'heure  est  déjà  avancée,  je 
préférerais  que  M.  le  Président  voulût  hien  me  permettre  de  le  faire 
un  autre  jour.  Le  sujet  est  d'ailleura  des  plus  complexes,  et  ne  peut 
être  traité,  même  superficiellement,  en  quinze  ou  vingt  minutes  de 
temps.  La  question  doit,  en  effet,  être  étudiée  à  différents  points  de 
vue  :  il  y  a  là  à  considérer  les  sons,  les  signes  graphiques  qui  doivent 
les  représenter,  l'accentuation,  la  grammaire  proprement  dite  et  le 
dictionnaire  ou  la  formation  des  mots. 

J'aurais  voulu  examiner  avec  vous  le  système  de  M.  Maldant,  mais 
le  peu  qu'il  nous  en  a  dit  ce  soir,  ne  me  permet  pas  encore  de  me 
prononcer,  ni  dans  un  sens  ni  dans  un  autre. 

Je  me  bornerai  à  deux  petites  observations  concernant  le  nouvel 
alphabet.  Les  caractères  sont  des  plus  simples,  il  est  vrai,  mais  la 
très  grande  simplicité  n'est  peut-être  pas  dans  le  cas  présent  l'idéal 
de  la  perfection;  la  valeur  d'une  langue  universelle  ne  doit,  ni  ne  peut 
être  appréciée  qu'au  point  de  vue  pratique.  Vous  aurez  beau  faire 
une  langue  universelle  plus  riche  que  le  sanscrit,  plus  simple  que 
l'anglais,  si  elle  pèche  par  le  côté  pratique,  vous  ne  la  ferez  jamais 
adopter'.  Or,  rien  que  l'introduction  dans  une  langue  universeUe  d'un 
nouveau  système  d'écriture  peut  être  un  obstacle  insurmontable  à  son 
adoption  par  les  différents  peuples  de  l'Europe.  Il  faut  un  temps  rela» 
tivement  long  pour  se  familiariser  avec  l'écriture  des  langues  dont 
Talphabet  graphique  diffère  complètement  de  celui  de  notre  langue 
maternelle  :  nous  ne  pouvons  prendre  ici  pour  point  de  comparaison 
les  alphabet  allemand,  russe  ou  grec,  qui  présentent  la  plus  grande 
analogie  avec  l*écriture  latine.  J*ajouterai  même  que  les  nouveaux 
caractères  sont  d'autant  plus  difficiles  à  retenir  et  donneront  d'autant 
plus  facilement  lieu  à  des  erreurs  et  à  des  confusions,  qu'ils  seront 
plus  simples  et  différeront  moins  entre  eux.  Tel  me  paraît  le  cas 
avec  l'alphabet  graphique  que  nous  avons  là  devant  les  yeux. 

M.  Maldant  nous  fait  observer  qu'il  s'agit  de  plaire  avant  tout  aux 
Chinois  et  aux  Japonais,  qui,  à  eux  seuls,  constituent  la  moitié  delà 
population  terrestre. 

Je  ne  puis  admettre  que  les  Orientaux  aient  une  si  grande  horreur 
de  nos  caractères  latins;  je  serais  plutôt  tenté  de  croire  qu'ils  donne- 


—  707  — 

raient  la  préférence  à  une  écriture  et  à  des  caractères  dont  la  con- 
naissance les  familiariserait  du  même  coup  avec  la  lecture  de  tous  les 
noms  propres  de  TOccident. 

Le  point  essentiel  dans  la  question  qui  nous  occupe  n'est  pas  tant 
de  plaire  aux  Chinois  et  aux  Japonais  que  de  faire  agréer  la  nouvelle 
langue  aux  trois  grandes  nations  de  l'Europe  :  aux  Français^  aux  Anglais 
et  aux  Allemands;  la  langue  internationale  qu'adopteront  ces  trois 
peuples  deviendra  nécessairement,  n'en  déplaise  aux  Orientaux,  la 
langue  universelle  du  monde  entier  {Rii^es), 

L'alphabet  de  M.  Maldant  prête  encore  à  la  critique  quant  au  choix 
même  de  certains  sons  :  l'adoption  simultanée  des  sons  français  ch  et 
;,  s  et  »  est,  à  mon  avis,  une  faute  des  plus  regrettables.  Fort  peu 
de  peuples  ont  les  deux  sons  à  la  fois,  les  Allemands  ni  les  Anglais 
u'out  notre  j;  les  Allemands  ont  même  les  plus  grandes  difûcultés  à 
prononcer  notre  s  dur  initial.  Or,  la  confusion  des  consonnes  est  bien 
autrement  grave  que  celle  des  voyelles  ! 

Mais  ce  ne  sont  là  que  des  questions  secondaires  :  la  grammaire  et 
le  dictionnaire  sont  les  seules  véritables  pierres  de  touche  de  toute 
langue  universelle*  J'espère  que  M.  Maldant  nous  mettra  bientôt  à 
même  de  les  apprécier.  (Applaitdissements.) 

M.  Maldant.  —  Messieurs,  je  crois  avoir  quelque  chose  à  répondre  à 
ce  qui  vient  d'être  dit  par  M.  Kerckhoffs,  et  je  m'applaudis  d'avoir  fait 
tous  mes  efforts  pour  l'amener  à  assister  à  notre  séance,  car  ses  obser- 
vations ajoutent  certainement  beaucoup  à  son  intérêt. 

M.  Kerckhoffs  nous  a  dit  qu'il  sera  beaucoup  plus  facile  pour  nous 
d'écrire  nos  caractères  ordinaires  que  de  prendre  des  caractères  nou- 
veaux. C'est  incontestable.  Mais  il  nous  dit  aussi,  comme  correctif,  que 
les  Chinois,  par  exemple,  qui  ne  goûteront  pas  nos  caractères,  seront 
bien  obligés  de  faire  comme  nous  voudrons.  Ici  Je  demande  la  permission 
de  ne  pas  être  de  l'avis  de  M.  Kerckhoffs  :  je  crois  que  les  Chinois  ne 
feront  pas  du  tout  ce  que  nous  voudrons;  ils  feront  au  contraire  ce  qui 
leur  paraîtra  juste  et  logique,  ce  qui  leur  paraîtra  meilleur  que  ce  qu'ils 
font. 

M*  Kerckhoffs  nous  a  dit  encore  que  certaines  consonnes  avaient  des 
articulations  bien  rapprochées  les  unes  des  autres,  le  ch  et  le  jf  ïs  et  le 
Zf  et  qu'il  y  avait  certaines  suppressions  à  faire  à  cet  égard.  Mais  je 
dirai  à  M.  Kerckhoffs  que  le  Yolapiik  a  encore  plus  de  consonnes  que 
nous,  et  qu'on  pourrait  lui  faire  des  reproches  plus  mérités  à  ce  sujet* 
Mais,  je  dirai  surtout  que,  dans  les  réunions  de  ce  Congrès  un  peu  im- 
provisé qui  s'est  formé  comme  je  l'ai  indiqué  tout  à  l'heure,  il  s'est  passé 
un  fait  très  curieux  au  point  de  vue  qu'indique  précisément  M.  Kerck* 
hoffs.  J'avais  présenté  la  classification  que  vous  voyez  là  pour  les  voyelles 
et  les  consonnes  et  pour  la  formation  des  mots.  Alors  les  observations  de 
M.  Kerckhoffs  ont  été  faites  par  divers  membres  de  ces  réunions. 


—  708  — 

Dans  la  première  réunion,  on  proposait  de  revenir  au  point  d'où  j'étais 
parti  il  y  a  25  ou  30  ans,  c'est-dire^  simplification  des  sons  et  suppres- 
sion des  consonnes  qui  ont  une  certaine  similitude.  En  somme,  on  de- 
mandait douze  consonnes  au  lieu  de  seize. 

On  a  aussi  proposé  d'adopter  un  autre  ordre  pour  les  consonnes,  et  de 
les  classer  en  labiales,  dentales,  gutturales,  puis  en  douces,  fortes,  sif- 
flantes, demi-sifflantes,  aspirées,  etc.  Toutes  ces  classifications  ont  été 
faites  ;  elles  ont  été  discutées  pendant  plusieurs  séances,  et  il  est  arrivé 
que,  après  avoir  entendu  le  pour  et  le  contre  sur  les  différents  projets, 
on  a  fini  par  admettre  et  par  conserver  la  classification  qui  est  là. 
aujourd'hui,  sous  vos  yeux. 

Comme  le  disait  tout  à  l'heure  M.  Kerckhoffs,  il  y  a  des  questions  qui 
ne  peuvent  pas  se  trancher  en  quelques  minutes  ;  et  si,  à  un  moment 
quelconque,  M.  Kerckhoffs  veut  bien  nous  faire  l'exposé  complet  du 
Volapiik,  je  serai  enchanté  de  répondre  à  un  certain  nombre  de  points 
qu'il  a  indiqués  comme  des  avantages,  et  qui  m'apparaissent  au  con- 
traire comme  les  plus  graves  inconvénients  pour  faire  jamais  du  Vola- 
piik  une  langue  internationale. 

Aujourd'hui,  ce  serait  peut-être  entrer  dans  des  considérations  bien 
longues  et  un  peu  prématurées  ;  et  cependant  il  me  semble  que  ce  ne 
serait  pas  bien  difficile  à  démontrer. 

M.  LE  Président.  —  M.  Maldant  veut-îl  me  permettre  de  lui  dire  que 
nous  avons  ici  M.  Petiton  qui  a  fait  une  communication  très  importante 
sur  le  Yolapiik  à  l'Association  française  pour  l'avancement  des  sciences, 
au  Congrès  de  Grenoble.  Je  lui  donnerais  volontiers  la  parole;  il  est 
très  au  courant  de  la  question,  et  les  personnes  qui  ne  pourront  pas 
assister  à  une  autre  séance,  emporteront  de  celle-«i  une  idée  de  ce 
qu'est  le  Volapûk,  si  M.  Petiton  veut  bien  se  rendre  à  mon  invitation. 

M.  Petiton.  —  Je  ne  me  permettrais  pas  de  parler  du  Volapûk  ici  ; 
je  suis  à  peine  élève  de  M.  Kerckhoffs.  Quand  je  suis  allé  à  Grenoble, 
il  y  a  deux  mois,  je  ne  connaissais  pas  du  tout  cette  langue  ;  je  lai 
trouvée  tellement  simple,  que  je  me  suis  décidé  à  en  parler  à  Grenoble; 
et  je  n'ai  pas  été  le  seul  de  cet  avis.  Je  crois  que,  dans  cette  séance, 
M.  Kerckhoffs  est  plus  autorisé  que  personne  à  prendre  la  parole  ; 
seulement  j'aurais  été  désireux  d'entendre  les  objections  que  M.  Maldant 
pourrait  faire,  s'il  a  connaissance  du  Volapiik. 

M.  Maldant.  —  Il  y  en  a  quelques-unes  qui  pourraient  être  faites  au 
pied  levé. 

Ainsi,  le  Volapûk  n'est  pas  une  langue  sui  generis  :  c'est  un  mélange 
d'autres  langues,  emprunté  à  l'allemand,  au  français,  à  l'anglais.  Il  prend 
des  racines  et  des  mots  de  tous  les  côtés,  comme  pour  essayer  de  don- 
ner satisfaction  à  chacun  ;  mais  ce  n'est  nullement  un  langage  rationnel 
et  acceptable  pour  tous.  Je  crois  que  le  Volapûk,  non  pas  qu'il  n'ait 
pas  de  qualités  remarquables,   non  pas   qu'il   ne  soit  pas  une  langue 


—  709  — 

assez  iDgénieuse,  mais  je  crois  qu'il  est  arrivée  à  des  complications 
(i*une  grave  importance,  et  quHl  a  eu  pour  principal  objectif,  celui 
de  satisfaire  tout  le  monde  (livres).  Permettez,  tout  le  monde  qui 
nous  entoure,  c'est-à-dire,  les  Européens.  Mais,  quand  ou  est  venu 
dire,  tout  à  Theure,  que  cette  énorme  masse  de  population,  dont  je 
ne  vous  ai  dit  qu'un  mot,  mais  qui  représente  plus  de  la  moilié  de 
la  population  du  globe,  devra  se  contenter  de  la  langue  qu'on  voudra 
lui  imposer  et  qu'on  lui  apportera  toute  faite,  je  crois  qu'on  a  commis 
une  bien  grosse  erreur. 

M.  Kerckhoflte  trouve  que  l'on   doit  conserver  les   caractères  euro- 
péens, latins  si  vous  voulez  ;  car  enân,  il  y  a  Talleiûand,  le  russe,  et 
d'autres  peuples  autour  de  nous,  qui  ont  des  caractères  qui  ne  sont  pas 
comme  les  nôtres  ;  maïs  prenons  le  caractère  latin  :  croyez-vous  que  le 
Chinois,  ou  que  celui  qui  n'aura  jamais  appris  aucune  langue  latine  ou 
européenne,  trouvera  plus  de  facilité  à  écrire  tous  nos  caractères  compli- 
qués, que  ces  quatre  signes  que  je  vous  donne  là  :(0C    I  1)?  Deman* 
dez  le  donc  aux  Chinois,  vous  verrez  ce  qu'il   diront.  Les  caractères 
chinois  sont  très  difficiles  à  apprendre,  mais  ils  ont  absolument  tous 
les  éléments  et  toutes  les  inclinaisons  de  ceux  que  j'ai  tracés  devant 
vous.  Voici,  par  exemple  un  radical  chinois,  vous  voyez  que  ce  radical, 
qui  signifie  homme,   est  composé  d'une  inclinaison  de  45  degrés  de 
gauche  à  droite,  et  d'une  autre  de  45  degrés  de  droite  à  gauche.  Vous 
voyez   encore,  ici,  un  autre  radical    entourant  une  phonétique  :  ceci 
indique  un  royaume.  Tout  cela  est  beaucoup  plus  difficile  et  plus  com- 
pliqué que  ce  que  nous  faisons;  mais  nous  pouvons  en  déduire,  en  toute 
assurance,  que  les  Asiatiques  qui  ont  l'habitude  de  faire  correctement 
les  courbes  et  les  lignes  horizontales,  verticales  ou  inclinées,  écriront 
sans  doute  les  caractères   de   notre  projet  de   langue  internationale, 
mieux  et  plus  vite  que  nous-mêmes. 

Un  Mbmbrk.  —  Je  trouve  le  choix  que  M.  Maldant  a  fait  de  la  ligue 
courbe  pour  les  voyelles  et  de  la  ligne  droite  pour  les  diverses  articula- 
tions, très  heureux  ;.  mais  je  lui  demanderai  pourquoi  il  a  groupé  les 
signes  des  consonnes  suivant  Tordre  de  l'alphabet  français,  au  lieu  de 
les  grouper  suivant  la  ressemblance  dans  les  consonances,  comme  p 
et  6,  par  exemple. 

M.  Maldant.  —  Cette  observation,  comme  je  l'ai  déjà  dit,  est  d'au- 
tant plus  intéressante  qu'elle  a  occupé  deux  des  séances  de  notre  petit 
congrès  préparatoire. 

L'opinion  qu'indique  en  ce  moment  la  personne  qui  vient  de  parler 
est  partagée  par  beaucoup  d'autres  linguistes.  Il  a  été  souvent  ques- 
tion de  modifier  la  place  qu'occupent  les  consonnes  ;  seulement,  on  est 
arrivé  à  faire  des  objections  qui  ont  paru  beaucoup  plus  sérieuses  que 
l'avantage  prétendu  qu'il  s'agissait  d'introduire  dans  la  classification 
des  lettres.  La  prononciation  de  toutes  les  lettres  n'est  pas,  d'ailleurs, 
Bull.  47 


—  710  — 

la  mémo  dans  toutes  les  langues  existantes  ;  aiusi,  par  exemple,  le  z 
dans  un  certain  nombre  de  langues,  se  prononce  ts  :  et  bien  !  ce  u  est 
évidemment  pas  là  un  son  très  doux,  et  pourtant,  nous  considérons  le  z 
comme  une  douce  et  1'^'  comme  une  dure.  Par  conséquent,  il  est  difficile  de 
trouver  qu'il  y  a  là  une  classification  rigoureuse,  et  qui  s^impose  logique- 
ment à  tous.  C'est  pourquoi  toutes  ces  nouvelles  classifications  n^ont  pas 
été  prises  en  considération  ;  on  a  trouvé  qn*il  était  préférable  de  con- 
server Tordre  des  consonnes,  qui  est  celui  de  presque  tout  le  monde; 
et  cela  d'autant  mieux  que  les  Chinois  qui  n'ont  pas  de  lettres,  eux, 
puisqu'ils  n'ont  que  des  monosyllabes,  ne  se  trouveront  gênés  par  au- 
cune classification. 

M.  Brull.  —  Je  voudrais  démander  une  explication  complémen- 
taire à  M.  Maldant.  Il  a  cherché  à  faire ,  à  proposer  une  langue  ex- 
péditive,  c'est-à-dire,  qui  pût  s'écrire  vite  et  se  prononcer  facilement. 
C'est  sur  le  second  point,  sur  la  prononciation,  que  je  ne  me  trouve 
pas  complètement  édifié.  Si  j'ai  bien  compris,  pour  parvenir  à  une 
écriture  rapide  ;  M.  Maldant  voudrait  composer  les  mots  d'un  mini- 
mum de  lettres  ;  il  a  dit  que,  avec  cinq  lettres  seulement,  en  groupant 
dans  tous  les  arrangements  possibles  les  21  lettres  qui  composent  son 
alphabet,  on  pouvait  créer  facilement  150,000  mots ,  et  que  cela  ré- 
pondrait largement  à  tous  les  besoins  des  nations.  Je  voudrais  savoir 
de  M.  Maldant  comment  ou  pourra  prononcer  ces  assemblages  de 
lettres  ;  ne  faudra-t-il  pas  en  écarter  le  plus  grand  nombre  que  le  ha- 
sard fournira,  comme  ne  pouvant  pas  être  prononcés? 

M.  Maldant  :  —  Il  n'y  a  pas  une  seule  de  ces  prononciations  qui 
soit  difficile,  parce  que  ce  sont  toutes  prononciations  de  consonnes 
simples,  suivies  de  voyelles;  ou  de  voyelles  suivies  de  consonnes. 
Quand  vous  avez  prononcé  ba  bé  bi  bo  bu,  toutes  les  difficultés  sont 
vaincues  ;  vous  n'avez  pas  d'autres  difficultés  dans  la  prononciation. 
Prenez  un  mot  de  quatre  lettres,  par  exemple  un  \  (cA)  et  un  0  (^^' 
un  /  (d)  et  un  O  (o)  ;  voilà  quatre  lettres  :  cela  nous  fera  \  0  /o  (c^^^^' 
Vous  voyez  que  ce  n'est  pas  difficile;  ce  sera  toujours  la  prononcia- 
tion d'une  consonne  avec  une  voyelle,  ou  d'une  voyelle  avec  une  con- 
sonne :  les  mêmes  sons  se  retrouveront  constamment.  Et  de  plus,  il 
y  a  ceci  d'assez  curieux,  c'est  que  malgré  cette  grande  simplicité,  il 
est  impossible,  absolument,  de  confondre  un  mot  avec  un -autre;  parce 
qu'il  n'y  a  pas  d'homonymes  ni  de  synonymes. 

M.  Brull.  —  Ce  sont  donc  les  syllabes  qu'il  faut  considérer  et 
non  les  mots? 

M.  Maldant.  —  C'est-à-dire  que  chaque  syllabe  se  compose  géné- 
ralement de  doux  lettres,  rarement  de  trois  ;  de  sorte,  qu'un  mot  de 
quatre  lettres  se  composera  de  deux  syllabes.  Mais  vous  avez  toujom^ 
le  son  d'une  voyelle  suivie  d'une  consonne,  ou  d'une  consonne  suivie 
d^une  voyelle  ;  il  n'y  a  donc  pas  de  difficulté  do  prononciation. 


—  711  — 

M.  LK  Présu>£NT.  —  M.  Casalonga  a  la  parole. 

iM.  Casalonga.  —  Je  voudrais  simplement  demander  à  notre  col- 
lègue,  M.  Maldant,  puisque  tout  à  Theure  il  a  été  question  du  Yolapiik, 
si  en  même  temps  il  a  examiné  un  autre  système  bien  connu  depuis 
longtemps  cheznous  et  qui  est  fondé  sur  Tapplication  des  notes  musicales  : 
le  système  Sudre,  qui  a  créé  bon  nombre  d'élèves.  Il  semble  que  ce 
système  présente  de  grandes  facilités,  puisque  le  langage  serait  fondé 
sur  la  simple  combinaison  des  notes  de  la  musique.  Je  crois  que,  pour 
que  la  discussion  soit  complète,  il  est  bon  aussi  que  nous  entendions 
parler  du  système  Sudre. 

M.  Maldant  :  r—  Ce  système* Sudre  a  été  Tobjet  d'expériences  pu- 
bliques très  intéressantes.  On  a  pu  voir^  en  e£fet,  deux  personnes  très 
accoutumées,  et  il  faut  Tétre,  à  Texercicc  de  ce  langage,  et  on  aperçoit 
Vune  d'elles  jouant  du  violon  tandis  qu'une  autre  personne  connaissant 
le  langage  vous  dira  :  on  vient  de  dire  telle  chose.  L'expérience  est 
très  intéressante  ;  seulement,  il  faut  des  oreilles  spéciales  pour  pouvoir 
saisir  ces  nuances,  et  le  système  de  M.  Sudre,  bien  qu'il  ait  été  ex- 
périmenté depuis  longtemps,  n*est  pas  arrivé  à  faire  beaucoup  d'élèves, 
parce  que  peu  de  personnes  ont  les  qualités  nécessaires  pour  pouvoir 
saisir  toutes  les  nuances  musicales,  sans  faire  de  confusion. 

M.  Kerckhoffs. — Je  vais  sastifaire  M.  Casalonga.  La  langue  universelle 
de  Sudre  est  d'une  simplicité  qui  ne  laisse  rien  à  désirer;  il  n'entre 
dans  la  formation  des  quatre  mille  mots  qui  composent  son  diction- 
naire que  les  sept  syllabes  de  la  gamme  musicale  :  do,  ré,  mi,  /a,  sol,  la,  si 
Eh  bien,  c^est  cette  simplicité  même  du  matériel  phonétique  de  la 
langue  qui  en  constitue  le  principal  défaut  I  Habitués  que  nous  sommes 
à  manier  des  milliers  de  combinaisons  binaires,  tertiaires  et  quater- 
naires différentes,  nous  ne  pouvons  nous  reconnaître  au  milieu  de  ce 
singulier  assemblage  de  mots,  qui  tous  semblent  avoir  le  même  aspect 
extérieur. 

Je  sais  bien  que  Sudre  a  fait  un  classement  de  nos  idées  en  sept 
groupes,  auxquels  correspondent  autant  de  clefs  différentes,  mais  il  y 
a  présidé  un  esprit  d'arbitraire  tel  qu'aucun  principe  de  mnémotechnie 
n'y  saurait  trouver  son  compte  :  c'est  ainsi  que  la  clef  de  do,  ou  liste 
des  mots  commençant  par  do,  qui  est  dite  «  consacrée  à  Thomme  phy- 
sique et  moral  »  contient  les  expressions  suivantes,  qui  seraient  tout 
dussi  bien  à  leur  place  dans  n'importe  laquelle  des  six  autres  classes  : 
esprit 9  pied,  verbe^  canard,  témérité,  fromage,  richesse,  botyie,  nord. 

Un  autre  inconvénient  non  moins  grave  résulte  de  l'extrême  pau- 
vreté des  syllabes  formatives  :  comme  les  sept  notes  se  combinent 
indifféremment  entre  elles,  il  est  bien  difficile  d'arriver  à  une  intel- 
ligence exacte  du  texte  parlé,  dès  que  la  rapidité  de  la  prononciation 
supprinoie  les  intervalles  de  repos  établis  par  l'écriture  entre  les  diffé- 
rents éléments  de  la  phrase. 


—  712  — 

Le  côté  peu  pratique  du  système  Sudre  ressort  particulièrement  dans 
la  formation  des  mots  :  au  lieu  d'avoir  des  racines  et  des  a/fixes,  les 
uus  représentant  Tidée  générale,  les  autres  permettant  d*en  rendre  les 
diverses  nuances ,  il  n'a  comme  le  chinois  que  des  mots-racines.  Il  s'eu- 
suit  que  non  seulement  la  création  de  mots  nouveaux  au  moyen  d'clé* 
ments  déjà  connus  est  chose  impossible,  mais  que  la  traduction  d'uu 
terme  non  encore  inscrit  dans  le  dictionnaire  est  même  un  problème 
insoluble. 

L'accent,  qui  dans  le  langage  parlé  a  une  si  grande  importance,  est 
traité  par  Sudre  avec  la  plus  étrange  désinvolture,  je^  dirais  presque 
qu'il  lui  fait  jouer  un  rôle  contre  nature  :  au  lieu  de  tomber  sur  telle 
ou  telle  partie  déterminée  du  mot,  comme  dans  nos  langues  naturelles, 
il  se  promène  capricieusement,  et  cela  sous  une  triple  forme,  dune 
syllabe  à  l'autre,  affectant  les  consonnes  comme  les  voyelles,  et  servant 
à  la  fols  à  indiquer  les  rapports  de  genre  et  de  nombre^  et  à  distinguer 
entre  eux  les  substantifs,  les  adjectifs,  les  verbes  et  les  adverbes;  seul 
le  verbe  à  l'inânitif  est  dit  ne  jamais  recevoir  l'accent. 

Un  exemple  va  vous  faire  comprendre  le  procédé  de  Sudre  :  mî-fa- 
re-do,  prononcé  sans  accent,  représente  le  verbe  rot'/ter;  en  recevant 
successivement  le  rinforzando,  comme  dit  l'inventeur,  sur  chacune  des 
quatre  syllabes,  ce  même  mot  va  a  abord  signifier  railUrie^  railleur, 
narcastique  et  8arcastiquemeiit\  en  recourant  ensuite  aux  deux  autres 
accents,  on  lui  fait  exprimer  les  notions  respectives  de  genre,  de  nombre 
et  de  temps  que  peut  comporter  chaque  forme  isolée.  Un  des  admirateurs 
les  plus  distigués  du  système  Sudre,  M.  Joseph  Vinot,  afârme  dans  la 
Science  pour  i-ien  (n^  7)  que  grâce  à  ces  déplacements  successifs  de  l'ac- 
cent, le  mot  mi-la-ir-do  peut  correspondre  à  au  moins  cent  expressions 
différentes  de  la  langue  française.  Vous  aurez  quelque  peine  à  croire 
que  cet  étrange  jeu  de  l'accent  constitue  aux  yeux  du  commentateur  le 
principal  mérite  de  l'invention  de  Sudre  ! 

Quant  à  la  grammaire,  elle  me  semble  à  peine  ébauchée  :  l'auteur  a 
si  peu  songé  aux  besoins  généraux  du  langage  qu'une  seul  et  même  forme, 
mi-re,  doit  à  la  fois  traduire  les  différents  pronoms  et  adjectifs  relatifs  et 
iuteiTogatifs  qui,  que,  quoi,  quel,  lequel,  etc.,  et  jouer  le  rôle  de  signe 
indicateur  du  subjonctif.  Dans  la  conjugaison  des  verbes  les  idées  de 
temps  passé  et  futur  sont  rendues  par  des  formules  telles  que  do-do  et 
mi-miy  auxquelles  ne  s'attache  aucun  sens  déterminé. 

La  lafigue  musicale  universelle,  ainsi  qu'elle  a  été  appelée  par  son  au- 
teur, n'est  autre  chose  qu'une  ingénieuse  téléphonie  :  les  diverses  com- 
missions de  l'Institut  et  des  ministères  de  la  Guerre  et  de  la  Marine,  à 
l'examen  desquelles  elle  a  été  soumise  de  1827  à  1864,  ne  l'ont  pas  en- 
tendu autrement.  Les  séances  publiques  que  Sudre  a  données  dans  les 
théâtres  et  salles  de  concert  de  Paris,  Londres,  Bruxelles  et  Berlin  n'ont, 
dû  leur  succès  qu'à  la  partie  musicale   du  programme  ;  les  spectateurs 


—  713  — 

étalent  émerveillés,  et  ma  foi  non  sans  raison,  de  voir  l'inventeur  et 
l'artiste  qui  l'accompagnaient  se  transmettre  à  distance  leurs  idées  au 
moyen  d'un  simple  violon.  Les  journaux  de  Plombières  ont  même  rap- 
porté dans  le  temps  quel  fut  l'étennement  de  Napoléon  III,  lorsque  le 
compagnon  de  Sudre  répéta  textuellement  la  phrase  écrite  sur  un  bout  do 
papier  par  l'Empereur  et  jouée  ensuite  par  le  conférencier  sur  son  violon, 
a  le  premier  qui  fut  roi  fut  un  soldat  heureux.  » 

J'aurais  mauvaiso  grâce  à  ne  pas  ajouter  que  l'invention  de  Sudre  a 
été  jugée  digne  par  le  jury  international  de  TExposition  universelle  de 
18SS  d'une  réc^ompense  exceptionnelle  de  10,000  francs,  et  qu'elle  obtint 
une  médaille  d'honneur  à  l'Exposition  de  Londres,  en  1862. 

En  résumé,  l'invention  de  Sudre,  considérée  comme  téléphone  rmmcal 
me  semble  aussi  simple  qu'ingénieuse  ;  considérée  comme  langue  univer- 
selle, soit  parlée,  soit  écrite,  elle  ne  me  paraît  avoir  ni  valeur  linguistique, 
ni  valeur  pratique. 

M.  Lbvbl.  —  Il  est  clair,  d'après  ce  que  nous  avons  entendu,  que 
le  temps  est  encore  loin  de  nous  où  M.  Jourdain  fera  de  la  prose 
universelle  sans  le  savoir.  Mais,  d'après  ce  qu'on  nous  a  dit,  je  pense 
qu*il  serait  bon  de  consacrer  une  séance  au  Volaplik,  pour  nous  en 
faire  une  idée,  car  c'est  une  question  très  intéressante.  Pour  ma  part, 
j'estime  que  M.  Maldant  a  été  bien  inspiré  de  terminer  par  sa  confé- 
rence cette  semaine,  où  nous  avons  appris  les  beaux  travaux  de 
M.  Pasteur  sur  la  rage,  et  la  réussite  des  expériences  de  M.  Marcel 
Deprez  au  chemin  de  fer  du  Nord  :  je  crois  que  M.  le  Président  pour- 
rait nous  dire  quelques  [mots  de  ces  expériences,  pour  que  ce  fût 
consigné  au  pcocès-verbal  d'une  séance  comme  celle-ci. 

M.  LB  Président. — Je  ne  peux  pas  répondre  au  désir  de  M.  Level, 
n  ayant  pas  les  détails  nécessaires  pour  parler  de  ces  expériences,  et 
n'en  connaissant  le  résultat  que  par  de  hâtives  et  vagues  informations. 
Je  me  garderai  donc  bien  de  m'avancer.  Mais,  d'après  ce  que  M.  Ker- 
ckhoffs  a  bien  voulu  nous  promettre,  je  crois  que  nous  demanderons 
à  la  Société  de  tenir  une  réunion  supplémentaire,  pour  achever  de 
nous  initier  un  peu  à  ces  questions  de  langues  universelles. 

M.  Kerckhoffs,  probablement,  n'a  pas  voulu  déflorer  le  sujet,  et  il 
tient  à  le  traiter  d'une  manière  complète;  c'est  ce  que  nous  le  prierons, 
sans  doute,  de  vouloir  bien  faire  dans  une  autre  séance,  M.  Maldant 
fera  des  objections  à  son  tour,  et  j'espère  que  cette  seconde  séance 
sera  aussi  intéressante  que  la  première,  de  sorte  que  nous  viendrons 
encore  en  très  grand  nombre,  pour  applaudir,  comme  je  vous  demande 
de  le  faire  BXiioxivd'hxx'i.  (Applaudissements.) 

La  séance  est  levée  à  onze  heures. 


—  714  — 


Bé«Blon  «à  19  noveaAre  Iftftifc 


PRÉSIDENCE  DE  M.  DE  COMBEROUSSE 

Conférence  de   M,   KERCKHOPFS. 

La  séance  est  ouverte  à  neuf  heures  moins  un  quart. 

M.  LE  Président.  —  Mesdames  et  Messieurs,  nous  ayons  eu  une 
très  vive  inquiétude.  Il  est  arrivé  un  accident  à  M.  Rerckhoffs,  non 
pas  à  lui  personnellement,  mais  il  a  été  victime  d'un  accident  de  cir- 
constance. Il  nous  apportait  des  documents  excessivement  intéressants, 
et,  entre  autres,  cent  sept  lettres  venant  de  personnages  considérables, 
écrites  toutes  en  Yolapûk,  et  montrant  par  expérience  que  cette  langue 
est  facile  à  apprendre  et  à  appliquer.  M.  Kerckhoffs  a  oublié  sa  ser- 
viette dans  sa  voiture  après  laquelle  il  a  couru  et  fait  courir  inutile- 
ments.  Je  suis  convaincu  que  cette  perte  lui  donnera  le  même  coup  de 
fouet  que  son  cocher  trop  pressé  a  donné  à  son  cheval,  et  que  nous 
y  gagnerons  au  lieu  d'y  perdre.  Je  donne  la  parole  à  M.  Kerckhoffs. 

M.  Kerckhoffs  prend  la  parole  et  s'exprime  comme  il  suit  : 

Mesdames,  Messieurs, 

J'éprouve  en  ce  moment  un  double  embarras  à  venir  défendre  devant 
vous  la  cause  de  la  Langue  Commerciale  Internationale. 

Non  seulement  je  ressens  vivement  la  perte  que  je  viens  de  faire 
de  notes  presque  indispensables  et  d'une  collection  de  documents 
précieux,  que  je  tenais  à  mettre  sous  vos  yeux,  mais  encore  je  me 
vois  obligé  de  vous  confesser,  dès  mon  début,  qu'en  me  faisant,  an 
sein  de  votre  illustre  Société,  le  champion  du  Yolapûk,  je  vise  indi- 
rectement à  battre  en  brèche  le  projet  de  langue  universelle,  présenté 
par  un  de  vos  confrères  les  plus  distingués. 

Je  ne  me  sens  quelque  peu  à  mon  aise  qu'à  la  pensée  que  l'éloquent  plai- 
doyer de  M.  Maldant,  en  faveur  d'une  langue  internationale  artificielle, 
a  porté  la  conviction  dans  vos  esprits  et  donné  au  moins  gain  de 
cause  au  principe  même  qui  a  inspiré  l'œuvre  que  je  vais  avoir 
l'honneur  de  vous  exposer. 

Je  croirais  faire  injure  à  votre  sens  pratique,  si  je  cherchais  à  excuser 
l'auteur  du  Volapiik  de  ne  pas  être  né  sur  les  bords  de  la  Seine  :  1& 
question  de  nationalité  n'a  rien  à  voir  dans  une  œuvre  qui  est  appelée 
à  rapprocher  les  peuples  et  à  faire  tomber  pour  un  grand  nombre 
d'entre  eux  les  dernières  barrières  que  l'ignorance  et  les  préjugés  ont 


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élevées  sur  leurs  frontières.  Nous  n'avons  donc  pas  à  nous  demander, 
aujourd'hui,  lequel  des  deuc,  de  M.  Maldant  ou  de  M.  Schleyer  a  eu 
la  bonne  fortune  de  ne  pas  naître  sur  les  bords  du  lac  de  Constance, 
mais  tout  simplement  quel  est  celui  des  deux  qui  a  su  combiner  la 
langue  la  plus  simple  et  la  plus  pratique. 

Et  que  je  vous  dise  tout  de  suite  que  vous  ne  vous  trouvez  plus  . 
en  présence  d'un  système  qui  attend  son  achèvement  de  la  bonne 
entente  d'une  demi-douzaine  de  collaborateurs  ou  du  concours  problé- 
matique d'une  commission  internationale  quelconque  !  Le  Volapûk  est 
une  langue  qui  s'écrit,  se  parle,  et  s'imprime  aux  quatre  coins  de  la  terre. 
En  effet,  quoique  les  premières  publications  de  M.  Schleyer  sur  la 
langue  universelle  datent  à  peine  de  1881,  il  existe  déjà,  de  par  le 
monde,  67  Sociétés  qui  se  sont  fondées  dans  le  but  d'en  favoriser  la 
propagation,  et  cela  non  seulement  en  Suisse,  en  Allemagne,  en 
Autriche,  mais  en  Hollande,  en  Suède,  en  Angleterre,  en  Belgique, 
en  Espagne,  même  aux  Etats-Unis  et  jusqu'à  Beyrouth,  en  Syrie,  J'ai 
reçu  ce  matin  même  la  nouvelle  de  la  fondation  d'une  société  de  Vola- 
piikistes  à  Madrid  :  à  leur  tête  se  trouve  un  des  médecins  les  plus 
connus  de  l'Espagne. 

Nous  élaborons  en  ce  moment,  à  Paris,  les  statuts  d'une  Association 
française  pour  la  propagation  de  la  Langue  Commerciale  Universelle, 
dont  le  Comité  de  patronage  compte  un  grand  nombre  d'ingénieurs 
distingués  ;  qu'il  me  suffise  de  nommer  MM.  Dormoy  et  Petiton  qui 
ont  défendu  si  brillamment  la  cause  du  Volapiik  au  congrès  de  Gre- 
noble, M.  Max  de  Nansouty,  le  rédacteur  en  chef  du  Génie  civil, 
M.  Juclier,  ingénieur  de  la  Compagnie  des  Messageries  maritimes  de 
Bordeaux;  M.  Chevard,  de  Rochefort;M.  Fraval,  de  Quintin  ;  M.  Jou- 
glet,  de  Pontavert.  Une  dizaine  de  cours  publics  et  gratuits  pour 
l'enseignement  de  la  nouvelle  langue  vont  être  ouverts,  à  Paris,  sous 
les  auspices  de  l'Association  française  ;  plusieurs  villes  de  France, 
entre  autres  Marseille,  Bordeaux,  Rochefort  se  proposent  de  suivre 
notre  exemple. 

Je  publierai  en  février  un  annuaire  contenant  la  liste  de  toutes  les 
personnes  d'Europe  et  d'Outre-mer  sachant  correspondre  en  Volapiik. 
Vous  y  verrez  figurer  un  très  grand  nombre  de  maisons  de  commerce 
de  tous  les  pays,  chez  lesquelles  les  commandes  venant  de  l'étranger, 
peuvent  être  faites,  dès  maintenant,  dans  la  Langue  Internationale. 

Je  me  suis  également  entendu  avec  quelques  professeurs  distingués 
pour  faire  paraître,  dans  le  courant  de  l'année  prochaine,  des  dic- 
tionnaires et  des  grammaires  à  l'usage  particulier  des  Anglais,  des 
Italiens,  des  Espagnols  et  des  Russes. 

J'avais  apporté  avec  moi  une  centaine  de  lettres  écrites  en  Volapiik 
que  j'ai  reçues  de  tous  les  pays  de  l'Europe;  je  regrette  d'autant  plus 
de  ne  pouvoir  les  montrer  qu'il  était  dans  l'intérêt  de  la  cause  que  je 


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défends  que  Tcxactitude  de  mes  affirmations  pût  être  publiquement 
contrôlée  :  il  y  en  avait  là  d'ingénieurs,  d^  professeurs,  d'instituteurs, 
de  journalistes,  de  prêtres,  de  négociants.  Quelques-unes  de  ces  lettres 
m'ont  été  écrites  vingt-quatre  heures  après  que  leurs  auteurs  avaient 
commencé  Tétude  de  la  langue  ;  telle  est,  entre  autres,  celle  de 
M,  Fraval,  ingénieur  à  Quintin;  M.  Camille  Magué,  le  maire  de  La 
Flotte,  dans  Tile  de  Ré,  ne  m'écrit  plus,  depuis  deux  mois,  que  dans 
la  Langue  Internationale, 

Le  Yolapiik,  ainsi  que  je  vais  vous  le  démontrer,  ne  présente,  en  effet 
aucune  difficulté  :  toute  personne,  douée  d'une  intelligence  moyenne, 
peut,  au  bout  de  trois  ou  quatre  semai^s,  écrire  correctement  dans 
la  nouvelle  langue.  L'épreuve  en  a  d'ailleurs  été  faite  à  l'École  des 
Hautes  Etudes  Commerciales  :  huit  leçons  ont  suffi  pour  mettre  les 
élèves  en  état  de  correspondre  avec  les  volapukistes  des  autres  pays 
de  l'Europe. 

L'étude  de  toute  langue  comporte,  comme  vous  le  savez,  la  connais- 
sance des  sons,  celle  de  la  grammaire  et  celle  du  dictionnav''e. 

Passons  rapidement  ces  trois  points  en  revue. 

Alphabet.  —  Le  Volapiik  a  les  mêmes  sons  que  le  français  et  il  em- 
ploie comme  lui  les  caractères  latins  pour  les  représenter;  il  n'y  a 
d'exception  que  pour  les  lettres  u.  c  et  z  •  le  u  et  le  c  sont  prononcés 
h  l'italienne  et  le  ;;  à  l'allemande.  Les  sons  français  e,  ii,  eu  sont  figurés 
comme  suit  :  a,  H,  o. 

Comme  chaque  lettre  a  toujours  le  même  son,  il  ne  saurait  y  avoir  ni 
difficultés  de  prononciation,  ni  difficultés  d'orthographe  :  les  mots  sont 
toujours  prononcés  tels  qu'on  les  écrit,  et  sont  toujours  écrits  tels  qu'on 
les  prononce. 

Le  principe  de  l'accentuation  est  le  même  qu'en  français,  l'accent 
tombe  toujours  sur  la  syllabe  finale  :  penede^  prononcez  pé-né-^. 

Substantif.  —  Le  Volapiik  n'a  qu'une  seule  déclinaison,  qui  est  la  même 
pour  toutes  les  parties  déclinables  du  discours  ;  en  voici  un  exemple  : 

N.  Stud,  Tétude. 

G.  Sluda  ou  de  stud,  de  l'étude. 
D.  Slude  ou  al  slud,  à  l'étude. 
A.  Sludi,  l'étude. 

On  forme  le  pluriel  par  l'addition  d'un  s  :  studs^  studas  ou  de  sludx, 
stvdeSj  etc.  Quelques  personnes  trouvent  étrange  la  présence  d'un  a  au 
génitif;  d'autres  condamnent  la  double  forme  du  génitif  et  du  datif; 
quel(]uos-unes  s'étonnent  même  qu'il  y  ait  une  déclinaison  en  volapiik. 

Les  arguments  en  faveur  d'un  génitif  en  i  s'appuient  sur  l'analogie 
du  latin  ;  mais  on  ne  songe  pas  que  toutes  les  langues  modernes  de 
l'Europe  qui  ont  une  simple  voyelle  au  génitif,  et  notamment  les  laU' 


—  71T  — 

g\ie»  slfives,  ont  adoptû  la  lettre  a;  enAn  la  double  forme  du  gë"' 
du  datif  est  ïudispenBable,  à  cause  de  la  difficulté  qu'il  y  aurait 
teiiDÎner  avec  quelque  précision  quand  les  prépositions  française 
à,  ou  les  prépositions  anglaises  of  et  (o  correspondent  à  un  génil 
un  datif.  Supprimer  complètement  la  déclinaison  rendrait  bien  < 
la  formation  des  noms  composés,  témoin  ce  qui  se  passe  At 
langues  romanes. 

QiN&B.  — Tous  les  nom?  sont  du  genre  masculin,  &  l'oxcept 
ceux  qui  désignent  des  êtres  du  sexe  féminin.  On  form«  le  U 
comme  en  anglais,  en  préfixant  le  pronom  of,  elle,  au  masculin  : 

Flen,  ami;  of-(len,  amie.  Blod,  frère;  o/"-6/od, sœur. 

Adjectif,  —  L'adjectif  se  forme  du  substantif  par  l'addition 
désinence  i^,'  11  reste  toujours  invariable. 

dolik,  douloureux. 
famik,  glorieux. 

On  forme  l'adverbe  en  ajoutant  un  o  à  l'adjectif  ; 

Doliko,  douloureusement;  fantiko,  glorieusement, 

Le  comparatif  et  le  superlatif  sont  formés  à  l'aide  des  adverb 
plus,  ijn,  le  plus,  ajoutés  au  positif  : 

Famikum,  plus  glorieux; /iimtA'un,  le  plus  glorieux. 

Nous  DX  NOMBRE.  —  Lgs  Doms  de  nombre  sont  les  suivants  (on 
qucra  que  les  dizaines  sont  formées  des  unités  par  la  simple   a 

d'un  »)  : 


Dol,    douleur; 
Fam,  gloire  ; 


Bal. 

10 

Bak. 

Tel. 

20 

Tth. 

Kil. 

30 

Kik. 

Fol. 

40 

Poli. 

Lui. 

'50 

Luis. 

Mil. 

60 

mis. 

va. 

10 

Vels. 

M. 

80 

lôU. 

Z«I. 

HO 

Ziifa. 

Tum. 

1000 

Mil. 

Les  adjectifs  numéraux  se   forment  par  l'addition   des  désim 
et  ik  : 


Salid, 

premier. 

Balik, 

■impie. 

Ttlii. 

deuxième. 

Tillk, 

doubie. 

Km. 

troisième. 

Kllik, 

triple. 

—  718  — 

Paonom,  —  Les  trois  pronoms  personnels  sont  :  o6,  je;  ol,  tu;  om,  il; 
Ils  se  déclinent  comme  les  substantifs. 


Obf  obs,  je,  nous, 
01,  ois  y  tu,  vous. 
Om,  oniêy  il,  ils. 


Les  adjectifs  possessifs  sont  formés  des  pronoms  par  Taddition  de  la 
désinence  ik: 

Obik,  obsikf  mon^  notre. 
Olik,  olsikf  ton,  votre. 
Omik,  otnsik,  son,    leur. 

Les  pronoms  démonstratifs  cCy  celui-ci  y  celui-là  se  traduisent  par  at 
et  et;  le  premier  sert  pour  les  objets  rapprochés,  le  second  pour  les 
objets  éloignés, 

Tab  at  e  stul  et,  cette  table-ci  et  cette  chaise-là. 

Le  pronom  interrogatif  qui  se  traduit  par  kim;  quel  et  lequel  se  reu- 
dent  par  kiom, 

Kiine  penoh^y  à  qui  écrivez^vous?. 

Pilki  kiom  studols?,  quelle  langue  étudiez-vous?, 

Le  pronom  relatif  qui  se  traduit  par  kel  : 

PUk  keli  studoby  la  langue  que  j'étudie. 

Vbrbe.  —  Le  radical  du  verbe  est  généralement  un  substantif.  L'infi- 
nitif se  termine  toujours  en  on  ;  les  personnes  sont  marquées  par  les 
pronoms  personnels  ajoutés  au  radical  ;  les  divers  temps  sont  caracté- 
risés par  des  augments. 

Study  étude;  studën,  étudier;  spel,  espoir;  spelon,  espérer. 

Indicatif  présent: 

Studoby  studobs,  j'étudie,  nous  étudions. 
Studol,  studols,  tu  étudie,  vous  étudiez. 
StiuUmy  studoms,  il  étudie,  ils  étudient. 

Divers  temps  : 

Imparfait  ....  a  /  j'étudiais. 

Parfait e  \  j*ai  étudié. 

Plus-que-parfait   .  /  <  stvdob,  j'avais  étudié. 

Futur  présent  .    .  o  j  j'étudierai. 

Futur  passé  .    .    .  w  (  j'aurai  étudié. 


—  719  — 

Ces  différents  augmenis  servent  également  à  la  formation  desadrer* 
bes  de  temps:  adelOy  aujourd'hui;  âdelOy  hier;  edelo^  avani-hier; 
oidOj  demain;  udelo^  après-demain. 

On  forme  le  conditionnel  et  Timpératif  au  moyen  des  désinences  (k) 
et  ëd  ajoutées  aux  temps  de  l'indicatif  : 

Astiêdab-ëv,   j'étudierais  ; 
JshAdob-ëVf   j'aurais  étudié. 
Siudols,'ëd,  étudiez. 

Il  n'y  a  à  proprement  parler,  pas  de  subjonctif  en  volapnk,  l'impératif 
y  suppléant  là,  où  l'emploi  de  ce  mode  paraît  indispensable  aux  Fran- 
çais. 

Quant  à  l'interrogation,  elle  est  marquée,  comme  en  rus8e,par  le  préfixe 
H  (egt<Kje-que)  : 

Li-studols  volapiiki?,  étudiez-vous  leVolapuk?. 

Adverbe.  —  Voici  une  liste  des  principaux  adverbes:* 

Sij  oui;  Is,  ici;  LinOy  autour. 

NOf  non;  VSj  là;  Sun,  bientôt. 

VemOf  très  ;  InOt  dedans  ;  Au,  maintenant. 

LikOj  comment;  Seo^  dehors;  Poso,  après. 

Préposition  :  Les  prépositions  sont  toujours  suivies  du  nominatif  : 

Alf  à;  Pûf  par;  Nen,  sans. 

De,  de  ;  /n,  dans  ;        Su,  sur. 

Du,  durant;  JU,  presque;  Ta,  contre. 

Conjonction.  —  Les  principales  conjonctions  sont  les  suivantes  : 

Ab,  mais;  Do,  quoique;  Ni,  ni. 

Bi,  comme  ;  7,  aussi  ;         £/,  ou. 

E,  et;  Ibo,  car;        Ven,  lorsque. 

Dat,  afin  que  ;  If,  si  ;  Yed,  cependant. 

Construction.  —  La  construction  en  Volapûk  se  résume  dans  ce  prin- 
cipe général  que  le  déterminé  doit  toujours  précéder  le  déterminant.  Il 
en  découle  les  trois  règles  suivantes  :  1®  l'adjectif  suit  le  substantif  ; 
2"  le  sujet  pirécède  le  verbe  ;  3®  le  complément  ou  l'attribut  se  place 
après  le  verbe, 

Doms  at  smalik  Wnoms  hlode  obik  ; 

Ces  deux  petites  maisons  appartiennent  à  mon  frère. 

Dictionnaire.  —  Un  dictionnaire  complet  doit  contenir  au  moins  cent 
mille  mots  ;  celui  do  M.  Schleyer  n'en  compte  encore  que  13,000  ;  il 


—  720  — 

sera  complété  dans  un  prochain  avenir.  Grâce,  cependant,  à  la  faculté 
que  possède  le  Yolapûk  de  créer,  avec  les  ressources  de  son  propre 
fonds,  des  mots  nouveaux,  intelligibles  pour  tous  et  ne  donnant  lieu 
à  aucune  ambiguïté,  la  nouvelle  langue  se  prête,  dès  mainteDant,  à 
toutes  les  exigences  d'une  correspondance  internationale. 

Les  ra^ifocaux  sont  généralement  des  substantifs;  ils  ont  été  empruntés 
aux  diverses  langues  romanes  et  germaniques,  mais  principalement  ù 
Tanglais  et  au  français. 

Voici  quelques  mots  empruntés  aux  langues  romanes  : 

Dol  (dolor),  douleur;    Lti^  (lugs),  deuil. 
Flum  (flumen),  fleuve  ;  Pag  (pagus),  village. 
Fug  (fuga),  fuite  ;  Stel  (stella),  étoile. 

Mots  empruntés  aux  langues  germaniques  : 

Beg  (tobeg),  prière  ;  SmaL  (small),  petitesse. 
Ket  (këtte),  chaîne  ;  Smok,  (smoke),  fumée. 
Nef  (neffe),  neveu  ;    Tint  (time),  temps. 

Les  mots  dérivés  sont  formés  de  substantifs  radicaux  avec  le  secours 
de  sufûxes  et  de  préfixes;  chaque  partie  du  discours  a  ses  afflxes  pro- 
pres. 

Parmi  les  suffixes  des  substantifs,  les  uns  servent  exclusivement  à 
former  des  noms  d'êtres  vivants,  tels  sont  :  o/,  an,  el;  d'autres  forment 
des  noms  concrets  de  choses,  comme  a6,  ai,  at^în;  enfin  d'autres  en- 
core, comme  a/,  am,  av,  forment  des  noms  abstraits. 

Comme  le  procédé  de  dérivation  est  toujours  le  même  en  Volapiik, 
comme  Tadjectif,  le  verbe  et  l'adverbe  j  sont  régulièrement  formés  du 
substantif  et  ont  invariablement  la  même  terminaison,  il  suffit  en  quel- 
que sorte  d'apprendre  quelques  centaines  de  substantifs  et  une  tren- 
taine d'affixes  pour  connaître  tous  les  mots  du  dictionnaire. 

Voici  un  exemple  de  dérivation  fourni   par  le  radical  pvA,  langue. 

Piik,  langue  ;  piikikf  qui  a  rapport  à  la  langue  ;  pukoUj  parler. 
Piikaty  discours  ;  piikatil,  petit  discours  ;  pUkaidn,  prononcer  un 

discours. 
PiikaVy  philologie  ;  pukavik,  philologique. 
Pûked,  sentence;     piikedik,  sentencieux. 
Pûkely  orateur;         pukelik,  oratoire. 
Pilkofj   éloquence  ;  pûkofiky  éloquent  ;  pukofav ,    art   oratoire, 

pûkëfavik^  qui  a  rapport  à  Tart  oratoire. 
Piîkoty  causerie  ;  pukotik,  loquace,  pilkotbf^  loquacité. 

Chacun  de  ces  dérivés  peut,  à  son  tour,  jouer  le  rôle  de  radical  et 


former,  au  moyen  des  prédxes,  toute  une  série  de  nouveaux  dérivés  : 
Bipâky  préface  ;  dipiik,  contestation  ;  gepiik,  réponse  ;  lepiik^  affirma- 
tioo  ;  lapUkf  bavardage  ;  nepUk,  silence,  ete. 

,  Ce  que  je  viens  de  vous  exposer,  Messieurs,  n'est  certes  pas  la  gram- 
maire tout  entière,  mais  c*en  est  toujours  la  bonne  moitié  ;  le  reste 
est  Taffaire  d'une  heure  d'étude.  En  tous  cas  vous  en  savez,  dès  main- 
tenant, assez  pour  pouvoir  vous  rendre  compte  du  teite  qui  suit  : 


Plofeded  lUerat  âliladoni  vono  in 
klai  funapukati  de  Pléchier  su 
Turenne. 

Mayed  stiila  e  suHtn  tikas  alegû- 
loms  julelis  valik^  a  bal  de  oms 
asagom  kofiko  nilele  omisk  : 
V  Kiiip  okanol  mèkon  pukali  su- 
mik  ?.  »  —  «  Yen  obinol  Turenne,  » 
volik  âgesagom. 


Un  professeur  de  littérature  lisait 
un  jour  en  classe  loraison  funèbre 

de  Fléchier  sur  Turenne. 

< 

La  majesté  du  style  et  Télévation 
des  pensées  ravirent  tous  les  élèves, 
et  Tun  d*eux  dit  ironiqument  à  son 
voisin  :  «  quand  pourras-tu  faire  un 
discours  pareil  ?.  »  —  «  Lorsque  tu 
seras  Turenne,  »  répondit  Tautre. 


*  * 


Un  grave  reproche  a  été  adressé  à  M.  Schleyer,  au  sujet  du  caractère 
essentiellement  synthétique  de  ses  formes  grammaticales.  Quelques  lin- 
guistes font,  en  effet,  observer  que  le  développement  de  Tosprit 
humain  se  fait  dans  le  sens  de  Tanalyse^  et  ils  citent  à  Tappui  de  leur 
thèse  Texemple  de  toutes  les  langues  modernes  de  l'Europe  etdeFInde. 

J*ayone  que  telle  a  été  également  ma  première  opinion,  mais  une 
étude  plus  attentive  de  la  grammaire  m'a  convaincu  qu'une  forme 
moins  synthétique  en  aurait  considérablement  augmenté  les  difficultés  ; 
d'ailleurs,  Tobjection  que  je  viens  de  rappeler,  et  qu'on  retrouve  sous 
diverses  formes  chez  les  philologues,  comme  chez  les  philosophes,  est 
au  fond  plus  spécieuse  que  fondée. 

La  forme  analytique  de  nos  langues  modernes  est  le  produit,  non  d*uue 
certaine  tendance  de  l'esprit  vers  telle  ou  telle  forme  extérieure  de  la 
pensée,  mais  l'effet  du  simple  déplacement  de  l'accent  tonique,  ou,  pour 
parler  plus  clairement,  de  la  perte  en  intensité  de  l'accent  secondaire 
au  profit  de  l'accent  principal. 

Quelques  personnes  pensent  qu'il  ne  sera  guère  facile  d'arriver  jamais 
à  une  prononciation  uniforme  du  Yolapiik,  et  elles  craignent  que  les 
communications  directes  entre  individus  de  nationalités  différentes  ne 
soient  par  là  même  rendues  impossibles. 

Je  ferai  observer  que  l'uniformité  de  prononciation  n'existe  au  sein 
d'aucune  langue,  aussi  peu  pour  les  indigènes  que  pour  les  étrangers  : 
les  Français  de  Lille  prononcent  tout  autrement  que  ceux  de  Bor- 
deaux, et  l'allemand  de  Munich  sonne  presque  comme  un  dialecte  étran- 
ger aux  oreilles  d'un  Hambourgeois.  Or,    ces  difTérences  n'empêchent 


1 


—  722  — 

nullemeot  Français  et  Allemands  de  s'entendre  parfaitement  entre  eux. 
Il  en  sera  de  même  de  la  diversité  d'intonation  que  pourra  affecter, 
chez  quelques  peuples,  la  prononciation  de  trois  ou  quatre  lettres  de 
la  Langue  Internationale  et  notamment  des  voyelles  â(=è),  ^(=eu), 
ii  (=  u). 

Avant  de  terminer  je  ne  puis  m'empécher  de  vous  faire  part  de  cer- 
taines appréhensions  que  m*a  fait  éprouver,  à  votre  dernière  séance,  la 
communication  de  M.  Maldant. 

Il  nous  a  avoué  avec  une  franchise  qui  l'honore  et  dont  les  hommea 
d'un  mérite  réel  sont  seuls  capables  que,  tout  en  travaillant  depuis  vingt 
ans  à  son  système  de  langue  universelle,  il  n'eu  était  encore  arrivé  qu'à 
se  mettre  d'accord  avec  ses  collaborateurs  sur  le  nombre  de  lettres  que 
doit  composer  son  alphabet  et  sur  les  signes  qui  doivent  les  représenter. 

Mais  ce  n'est  là  que  le  commencement  du  commencement  :  il  lui  reste 
à  élaborer  sa  grammaire  et  son  dictionnaire,  travaux  bien  autrement 
difficiles  que  la  détermination  de  quelques  signes  graphiques;  et  encore 
ces  derniers  les  a-t-il  empruntés  à  la  langue  universelle  de  Tabbé  Sotos 
Ochando. 

N'y  a-t-il  pas  lieu  de  craindre  que  ni  vous  ni  moi  ne  voyions  jamais 
la  fin  de  cet  enfantement  si  laborieux?  De  quel  droit  pourrions-nous 
engager  à  la  patience  la  jeune  génération  qui  s'élève  autour  de  nom, 
alors  que  rien  ne  nous  autorise  encore  à  émettre  le  moindre  jugement 
favorable  sur  la  valeur  du  nouveau  système  ? 

M.  Maldant  ne  peut  m'en  vouloir  de  mon  scepticisme.  Les  affirmations 
de  ses  amis  nous  ont  déjà  ménagé  une  singulière  déception  :  alors 
qu'ils  faisaient  annoncer  par  la  voie  des  journaux  que  grammaires  et 
dictionnaires  étaient  à  l'impression,  l'auteur  nous  a  déclaré  ici-mëme,  il 
y  a  quinze  jours,  qu'il  n'avait  pas  encore  arrêté  le  plan  de  sa  conju- 
gaison. 

Je  sais  bien  que  M.  Maldant,  dans  le  but  de  hâter  l'achèvement  de 
son  œuvre,  s'est  entouré  de  quelques  collaborateurs  distingués.  Mais 
c'est  cette  collaboration  même  qui  m'inspire  les  plus  vives  appréhen- 
sions :  il  me  semble,  en  effet,  que  c'est  se  méprendre  singulièrement 
sur  ce  qui  constitue  l'essence  même  d'une  langue  que  de  se  figuref  que 
c'est  là  un  travail  qui  puisse  être  fait  à  plusieurs. 

Dans  aucune  œuvre  humaine  l'unité  de  conception  n'est  plus  néces- 
saire que  dans  la  création  d'un  idiome  artificiel  :  on  ne  fait  pas  plus  une 
langue  à  cinq  ou  à  six  qu'on  ne  s'assode  pour  éomposeï'  un  poème  épi* 
que  ou  lin  système  de  philosdphie. 

M;  Maldant  s'efforcera  tdut  à  l'heui^e  de  calmer  noti*e  juste  et  légi- 
time impatience;  d'autres  après  lui  vieildront  également  vdus  assurer 
qu'eux  du  leurs  amis  tienneiit  à  votre  disposition  la  réalisatidn  du  tète 
de  Descartes  et  de  Leibnitz  !  Mais  c'est  le  langage  que  deux  ou  trois 
douzaines  de  penseurs  illustres  et  convaincus  nous  ont  déjà  tenu  depuis 


—  723  — 

le  XYU®  6iècle  :  leurs  amis  les  ont  crus  un  instaut  sur  parole  »  et  chaque 
fois  la  plus  cruelle  déception  les  a  attendus! 

Aujourd'hui,  pour  la  première  fois,  nous  nous  trouvons  en  présence 
d'une  langue  qui  vient  de  faire  ses  preuves  au  grand  jour  et  devant 
Taréopage  des  savants  et  des  lettrés  des  principales  nations  de  l'Eu- 
rope. 

Il  me  semble^  Messieurs,  que  cette  fois-ci  la  sagesse  humaine  doit 
vous  engager  à  ne  pas  attendre  jusqu'à  demain  pour  juger,  conclure  et 
agir.  (Applaudissements.) 

M.  LE  Président.  —  Nous  avons  parmi  nous  le  général  Tcheng-Ki' 
Tong,  qui,  comme  Ta  très  bien  dit  M.  Kerckhoffs,  est  un  des  représen- 
tants les  plus  distingués  de  l'Empire  Chinois.  M.  Maldant  avait  fondé 
l'emploi  de  ses  caractères  sur  cette  idée  généreuse  de  faire  participer 
plus  facilement  les  peuples  de  l'Orient  à  la  langue  universelle,  et  il  lui 
avait  semblé  que  le  système  des  hiéroglyphes  se  rapprochait  plus 
facilement  des  caractères  qu'il  employait  que  les  caractères  européens, 
dont  M.  Kerckhoffs  vient  de  nous  faire  l'éloge.  Je  crois  qu'il  est  natu- 
rel, puisque  nous  avons  le  plaisir  de  posséder  le  général  Tcheng-Ki- 
Tong  parmi  nous,  de  nous  en  rapporter  à  son  opinion;  personne  mieux 
que  lui  ici  ne  connaît  le  chinois  {applaudissements),  et  ne  peut  mieux 
juger  de  la  valeur  de  l'argument  de  M.  Maldant.  Si  le  général  nous 
disait  qu'il  penche  un  peu  vers  le  système  de  M.  Maldant,  notre  con- 
frère pourrait  s'en  prévaloir.  Si  le  général  veut  bien  prendre  la  parole 
et  nous  éclairer  à  ce  sujet,  nous  lui  en  serons    très  reconnaissants. 

M.  LE  GÉNÉRAL  TcHENG-Ki-ToNG.  —  Mesds^més  et  Messieurs,  puisque 
M.  le  Président  a  bien  voulu  me  demander  mon  opinion^  je  vais  lire 
une  petite  note  que  j'ai  préparée  à' la  hâte,  lorsque  j'ai  reçu  son 
aimable  invitation,  ce  matin,  c'est-à-dire  trop  tard  pour  faire  mieux. 

En  prenant  part  à  cette  discussion  si  intéressante  à  tous  égards,  je 
n'ai  que  l'intention  de  vous  donner  l'opinion  d'un  Chinois  sur  la  déli- 
cate question  qui  vous  occupe.  Je  ne  suis  pas  assez  présomptueux 
pour  espérer  vous  apporter  une  solution. 

Mais  comme  vous  cherche^  dans  l'immense  magasin  des  merveilles 
qui  sont  encore  à  découvrir,  la  langue  universelle,  et  comme  à  titre 
de  collègues  de  la  môme  société  humaine  nous  ne  pourrons  pas  igno- 
rer cette  langue,  puisqu'elle  sera  universelle,  il  m'a  semblé  que  vous 
auriez,  après  l'honneur  que  vous  m'avez  fait  dem'inviter,  la  bienveil-* 
lance  et  la  courtoisie  de  m'écouter  un  instant  sur  ce  sujet.  (Bravai 
Bravo!  Applaudissements.) 

Je  désire  d'abord  vous  faire  connaître  mon  dpinidn. 

Je  suis  un  fervent  partisah  de  l'admirable  progrès  que  vous  cher- 
chez à  réaliser;  et  j'ajouterai  que  c'est  une  pensée  heureuse  et  ingé- 
nieuse aussi  que  celle  qui  vous  a  conduits,  vous  Ingénieurs,  à  voua 
préoccuper  de  cette  découverte.  Je  crois  que  le  siècle   qui  vient  sera 


—  72e  — 

Société  en  insistant  bien  sur  ce  point  que,  dans  tout  ce  qui  va  suivre, 
il  n'y  aura  jamais  en  jeu  que  des  théories  et  des  idées  opposées,  et 
que,  même  quand  je  me  verrai  forcé  de  citer  des  noms,  je  n'aurai 
nullement  l'intention  de  faire  des  personnalités  . 

Le  besoin  d'une  langue  universelle  paraît  préoccuper  deux  catégorie» 
de  personnes  :  d'abord  les  théoriciens  qui  croient  arriver  par  là  à 
supprimer  les  barrières  qui  existent  entre  les  peuples,  M.  Maldant  eat 
de  ceux-là  :  il  nous  a  nettement  dit  qu'il  ne  parlait  pas  pour  les  per- 
sonnes imbues  de  ces  idées  étroites  de  patriotisme  et  de  nationalité^ 
mais  pour  celles  qui  mettent,  bien  aurdessns  de  ces  petites  questions,  Ta- 
movr  de  l'humanité. 

M.  Maldant.  —  Je  demande  la  parole. 

M.  Auguste  Moreau.  —  Une  autre  catôgorio  au  contraire,  est  com- 
posée de  gens  pratiques,  qui  disent  :  nous  voulons  faire  des  échan- 
ges, nous  voulons  faire  du  commerce,  nous  voulons  comprendre 
tout  le  monde,  être  facilement  compris  par  tous  ;  par  conséquent  il  nous 
fautjune  langue  commune'pour  réaliser  ce  desideratum.  Nous  savons  très 
bien  que  nous  ne  supprimerons  ni  les  nationalités  ni  les  frontières,  mai? 
nous  aurons  déjà  réalisé  un  grand  progrès  en  créant  un  idiome  au 
moyen  duquel  tout  le  monde  pourra  facilement  s'entendre. 

Je  m'occuperai  d'abord  des  premiers.  J'avoue  que  l'humanité  m'In- 
téresse d'une  façon  assez  secondaire.  Je  suis  de  ceux  qui  pensent  que 
chacun  de  nous  doit  répandre  la  dose  d'affection  que  lui  a  léguée  le 
Créateur  sur  sa  patrie,  sa  famille  et  ses  amis;  s'il  lui  on  reste  alors,  il 
peut  rationnellement  en  faire  bénéficier  l'humanité,  et  encore  à  la  con- 
dition qu'elle  lui  soit  rendue  ;  ce  à  quoi  l'humanité  n'a  guère  habitué  la 
France  depuis  la  guerre  de  1870!  (Bravo!  Applaudissements.) 

Or,  depuis  les  cruels  événements  de  cette  époque,  devant  l'attitude 
dédaigneuse  ou  hostile  du  monde  entier,  les  Français  sont  en  grande 
partie  guéris  de  ces  idées  de  fraternité  à  outrance  et  sans  aucun  retour, 
qui  leur  ont  toujours  fait  jouer  le  rôle  de  dupes,  et  les  ont  le  plu» 
souvent  livrés,  désarmés  ou  affaiblis,  aux  coups  de  leurs  ennemis  I 

Certes,  il  serait  fort  désirable  qu'il  n'en  fût  pas  ainsi  !  mais  il  faudrait 
pour  cela  que  les  hommes,  fussent  exempts  de  passions,  d^intérêts,  de 
besoins;  qu'il  n'y  eût  ici-bas  aucune  lutte  pour  l'existence,  en  un  mot 
que  nous  vivions  dans  une  sorte  d'âge  d'or  avec  des  hommes  parfaits! 
Non  seulement  nous  en  sommes  loin,  mais  cela  n'arrivera  jamais  parce 
que  cela  est  profondément  contraire  à  la  nature  humaine.  La  guerre 
sera  donc  de  tous  temps  une  malheureuse  nécessité,  et  le  mieux  qu'on 
ait  à  faire  c'est  de  s'y  préparer  constamment  et  le  mieux  possible.  Les 
frontières  seront  toujours  indispensables  ;  lorsqu'elles  ne  seront  pa? 
hérissées  de  difficultés  naturelles,  il  faudra  les  bien  fortifier.  Et  quant 
à  soumettre  les  conflits  à  une  sorte  de  tribunal  suprême,  on  peut  Be 
demander  comment  serait  composé  ce    tribunal^  quelle  garantie   lou 


■  .  ■    I  *' 


—  727  — 


aurait  de  son  impartialité  et  quelle  est  la  gendarmerie  qui  en  ferait' 
exécuter  les  sentences  ? 

J'insiste  avec  d'autant  plus  d'énergie  pour  combattre  ces  utopies 
qu  elles  constituent  un  très  grand  danger  et  forment  pour  un  peuple 
l'élément  le  plus  énervant  et  le  plus  dissolvant  qu'on  puisse  rêver. 

Comment  obtenir,  en  effet,  d'un  citoyen,  en  admettant  même  qu'il  soit 
courageux,  qu'il  combatte  avec  la  vigueur  et  la  volonté  voulues  l'ennemi 
de  son  pays,  alors  qu'il  marche  avec  cette  arrière-pensée  que  le  pa« 
triotisme  est  un  sentiment  absurde,  qu'il  est  le  jouet  d'un  empereur,  d'un 
roi  ou  d'un  président  encore  arriéré  par  rapport  aux  idées  de  progrès 
et  que  le  soldat  qu'il  va  trouver  en  face  de  lui  est  un  frère,  homme 
comme  lui  et  méritant  tous  ses  égards?  Cela  nous  a  été  d'autant  plus 
funeste^  à  nous  Français,  que  grâce  à  notre  nature  généreuse  jusqu'à 
riugénuité,  on  nous  a  toujours  fait  facilement  tomber  tête  baissée  dans 
toutes  ces  mauvaises  plaisanteries,  alors  que  nos  adversaires  étaient 
loin  d'être  animés  d'aussi  fraternelles  intentions  et  profitaient  cruelle-* 
ment  de  ces  indécisions,  pour  nous  écraser  I  (Bruit») 

M.  Maldant.  —  J'ai  demandé  la  parole. 

M.  Auguste  Moreau.  —  Je  le  répète,  nous  ne  faisons  pas  de  per- 
sonnalité ;  mais  nous  ne  pouvons  pas  laisser  dire,  sans  protester,  que 
le  patriotisme  est  un  sentiment  étroit;  nous  ne  pouvons  pas  laisser 
passer,  par-dessus  les  questions  de  patriotisme,  les  questions  d'huma- 
uité.  (Mouvements  divers») 

M.  CoTARD.  —  Permettez-moi  de  vous  demander  si  vous  parlez  en 
votre  nom  ou  au  nom  de  plusieurs. 

M.  Auguste  Moreau. —  Je  dis  nov^y  comme  on  le  dit  ordinairement 
par  bienséance,  mais  je  parle  en  mon  nom  seul  quoique  certain  de  ne  pas 
être  seul  à  penser  de  la  sorte.  Il  n'y  a  aucune  considération  politique 
qui  puisse  faire  que  des  raisons  qui  sont  des  utopies  ne  restent  pas  des 
utopies.  —  Tout  cela  était  un  peu  plus  développé  dans  le  texte  que 
J'avais  préparé  mais  je  ne  veux  pas  fatiguer  l'Assemblée  en  entrant 
dans  plus  de  détails  ;  ce  que  j'ai  dit  sera  imprimé  et  lu,  à  côté  de  ce  qui 
a  été  dit  en  sens  contraire  ;  c'est  tout  ce«.,  que...  noii«...  désirons.  {Bruit.) 

Je  conclus  donc  que  toute  tentative  de  langue  universelle  qui  vou- 
drait englober  l'humanité  tout  entière  est  fatalement  vouée  à  Tavor- 
tement  parce  que  le  principe  en  est  absolument  erroné. 

Que  si  au  contraire,  l'on  se  borne,  sans  vouloir  supplanter  les  lan- 
gues actuelles,  à  propager  simplement  une  langue  pouvant  servir  com- 
modément aux  échanges  de  tous,  la  question  peut-être  ainsi  très  sérieu- 
sement examinée  et  a  parfaitement  sa  raison  d'être. 

La  vérité  sous  ce  rapport  est  certainement  avec  îf.  Kerchoffs, 
disant  qu'il  est  absolument  superflu  de  se  préoccuper  de  ce  que  peu- 
vent penser  à  ce  sujet  les  Hottentots  ou  même  les  Chinois,  et  qu'il 
suffît  de  satisfaire  les  peuples  les  plus  civilisés  Ou  plutôt  ceux  dont 


— . 7i8  — 

les  laugues  sont  le«  plus  répandues,  et  qui  fout  le  plus  d'échanges  de 
toutes  sortes. 

On  aura  déjà  obtenu  ainsi  un  résultat  important,  et  les  autres  peu- 
ples suivront  de  prés  ou  auront  à  souffrir  de  leur  isolement  volon- 
taire. 

Je  ne  suis  plus  cependant  d'accord  avec  M.  Kerchoffs  lorsqu'il  s'agit 
du  choix  des  langues  mères.  J'ai  en  effet  parcouru  les  deux  Améri- 
ques à  un  âge  encore  tendre  où  les  impressions  reçues  sont  profondes 
et  durables,  et  j'en  connais  bien  le  génie  et  l'atmosphère.  Mais,  sans 
même  y  être  allé,  tout  le  monde  sait  que  la  moitié  environ  du  nouveau 
monde  et  de  l'Océanie  colonisée  parle  l'anglais  et  Fautre  moitié  l'espa- 
gnol ou  le  portugais. 

Et  dans  toutes  ces  contrées,  sans  exception ,  comme  d'ailleurs  chez 
tous  les  peuples  d'Europe,  toutes  les  personnes  instruites,  lettrées  et 
ayant  reçu  une  instruction  et  une  éducation  tant  soit  peu  sérieuses 
apprennent  le  français.  (Mouvement.)  Mais  on  a  beau  chercher,  nulle  part 
on  ne  parle  Tallemand,  si  ce  n'est  en  Allemagne! 

Les  émigrés  allemands,  il  est  vrai  sont  très  nombreux,  et  c'est  par  cen* 
taines  de  mille  qu'ils  s'en  vont  chaque  année  peupler  le  nouveau  monde.  Il 
faut  croire  que,  malgré  leurs  récentes  victoires,  l'amour  du  métiermili- 
taire  n'a  pas  encore  passionné  à  ce  point  les  Allemands,  que  bon  nombre 
d'entre  eux  n'éprouvent  le  besoin  d'aller  dans  des  contrées  plus  hospita- 
lières, respirer  un  air  meilleur  et  exempt  de  punitions  corporelles.  Mais 
dans  tous  les  cas,  l'émigré  allemand  est  celui  qui  prend  avec  le  plus 
de  facilité  les  mœurs  et  coutumes  des  pays  où  il  se  trouve  et  l'usage 
de  la  langue  allemande  ne  va  jamais  au  delà  de  la  seconde  génératiou  : 
en  un  nâot  elle  ne  fait  jamais  souche  et  nulle  part  on  ne  la  voit  vrai- 
ment implantée  et  parlée  d'une  manière  générale.  L'Allemand  en 
s'expatriant,  perd  rapidement  et  très  aisément  sa  nationalité,  en  même 
temps  que  toutes  les  traditions  de  la  mère  patrie  :  il  diffère,  en  cela, 
complètement  de  l'Anglais  et  du  Français. 

Une  langue  universelle  conçue  impartialement  ne  se  serait  donc  nulle- 
ment préoccupée  de  l'allemand,  dont  personne  n'a  besoin.  Les  Français 
seuls  cependant  doivent  en  faire  l'objet  d'une  étude  approfondie  et 
pour  causel 

Mais  il  serait  vraiment  trop  fort  d'eu  vouloir  imposer,  mêmes  les 
racines,  dans  une  langue  ayant  la  prétention  d'être  universelle. 

Je  crois  en  somme  que,  si  une  langue  internationale  est  réellement 
utile,  il  serait  préférable,  de  beaucoup,  de  voir  se  propager  une  des 
langues  vivantes  actuellement  existantes,  celle  qui  est  parlée,  dès 
aujourd'hui,  par  le  plus  grand  nombre  de  personnes  chez  tous  les  peu- 
ples civilisés.   D'après  ce  qui  a  été  dit  plus  haut,  on  ne  peut  donc 


—  729  — 

hésiter  qu'entre  l'anglais,  le  français  et  l'espagnol  dont  le  portugais 
n'est  qu'une  variante. 

Pour  ces  deux  dernières  langues,  elles  peuvent  facilement  être  rem- 
placées l'une  par  l'autre  à  cause  de  leur  génie  commun,  de  learméme 
origine  et  du  grand  nombre  de  mots  analogues  qu'elles  présentent. 
(Bruit). 

Une  voix  .  —  Plus  de  Pyrénées  ! 

M.  AuGUSTS  MoREAU.  — *  Nous  pensons  cependant  très  impartialement 
que  le  français  doit  être  préféré,  non  seulement-à  cause  de  sa  clarté  et 
de  sa  précision  exceptionnelles  mais  surtout  et  aussi  à  cause  de  sou 
manque  absolu  d'accent  :  ces  intonations  plus  ou  moins  chantées  que 
prennent  les  autres  langues  constituant,  en  effet,  une  difâculté  énorme 
pour  les  parler  et  surtout  pour  les  comprendre.  Cela  est  tellement  vrai, 
que  bien  des  personnes  lisent  à  livre  ouvert  certaines  langues  étrangères 
et  qu'il  leur  est  impossible  d'en  comprendre  le  premier  mot  prononcé 
par  un  indigène  avec  l'accent  national. 

Restent  donc  en  présence  le  français  et  l'anglais.  La  comparaison 
est  peu  soutenable  pensons-nous,  si  l'on  recherche  lès  qualités  des 
deux  langues  rivales.  Il  faut  reconnaître  cependant,  que  l'anglais  est 
déjà,  en  grande  partie,  la  langue  des  affaires  et  du  commerce  :  ^Ni 
Ton  veut  adopter  une  langue  exclusivement  destinée  à  la  catégorie 
des  trafiquants,  c'est  certainement  Sanglais  qui  doit  avoir  la  priorité. 

Mais,  si  l'on  Veut  satisfaire  à  tous  les  besoins  intellectuels  et  maté- 
riels, à  tout  ce  qui  a  trait  à  l'intelligence,  à  l'esprit,  au  goût  en  même 
temps  qu'aux  besoins  commerciaux,  il  n'y  a  pas  d'hésitation,  le  choix 
est  tout  indiqué  dans  le  français,  (InterruplionSj  bruit.) 

En  dehors  de  ses  belles  qualités,  le  français  est  actuellement  la 
langue  qui  est  étudiée  par  le  plus  de  sujets  dans  le  monde  divilisé  : 
ce  qui  fait  tomber  d'ailleurs  les  objections  relatives  à  la  difficulté  do 
la  grammaire,  des  verbes,  de  la  syntaxe,  etc.  ('es  objections  no 
seraient  fondées  que  si  l'on  voulait  apprendre  une  langue  absolument 
inconnue  et  nouvelle  à  beaucoup  de  gens  :  elles  tombent  si  l'on  choisit 
une  langue  que  tout  le  monde  cultive  déjà  par  goût  à  l'avance.  Nous 
sommes  donc  convaincu  que  la  langue  internationale  doit  être  le  fran- 
çais! (Applaudissements.) 

Oui,  on  aura  beau  faire  et  imaginer  de  toutes  pièces  des  langues 
destinées  à  faire  échec  au  français  et  à  en  empêcher  la  propagation 
on  échouera  complètement  dans  cette  entreprise  parce  qu'on  ne  s'oppose 
pas  à  la  marche  de  la  vérité.  Le  Français  sera  quand  même  et  mal- 
gré ses  ennemis,  la  langue  de  toutes  les  transactions  et  de  tous  les 
échanges;  et  cela  sera  d'autant  plus  vrai,  que  l'instruction  se  déve- 
loppera, que  les  masses  seront  plus  éclairées  et  que  le  niveau  intel- 
lectuel montera  partout,  car  alors  on  désirera  de  plus  en  plus  partout 
apprendre  le  français. Enfin,  si  nous  jetons  les  regards  loin  de  notre  horizon 


~  730  ~ 

vers  uuo  époque  qui  est  peut-être  assez  rapprochée,  uous  pouvons  affi^ 
xaer  que,  par  ses  qualités  brillantes  et  ses  nombreux  chefs-d'œuvre,  le 
français  est  appelé  à  remplacer  ou  à  accompagner  le  latin  dans  toutes 
les  éducations  honorables,  comme  aujourd'hui  le  latin  remplace  on 
accompagne  le  grec  dans  les  mêmes  circonstances.  (Bravol  Bravo!  -^ 
Applaudissements,) 

M.  LE  Président. — Il  ne  faut  pas  oublier,  Messieurs,  pour  bien  oom- 
prendre  les  paroles  de  M.  Auguste  Moreau,  qui  ont  suscité  tout  à  Theuro 
un  petit  mouvement  dans  certaines  parties  de  l'assemblée,  qu'il  exisk 
aujourd'hui,  fondée  depuis  très  peu  de  temps,  une  Sociétés  très  impor- 
tante, pour  la  propagation  de  la  langue  française. /'Fi/is  applaudissements.) 
On  a  senti,  en  France,  que  la  langue  était  un  instrument  si  important  de 
civilisation  et  d'influence,  qu'il  ne  fallait  pas  le  laisser  aller  à  la  dérive. 

On  a  vu  que  les  Anglais  faisaient  des  progrès  inouïs,  à  ce  point  de 
vue  de  la  vulgarisation  de  leur  langue,  que  les  Allemands  marchaient 
sur  Jours  traces,  et  il  est  permis  à  un  patriote  de  se  dire  :  Mais  où 
allons-nous  ?  Il  y  a  deux  siècles,  la  langue  la  plus  répandue  était  le 
français,  pourquoi  n'essaierions-nous  pas  de  remonter  le  courant? 
M.  Auguste  Moreau  n'apas  voulu  dire  autre  chose.  (Très  bieix!  Applaudis- 
sements.)  Il  n'apas  voulu  attaquer  les  efforts  des  savants  et  des  hommes 
généreux  qui  cherchent  à  aller  plus  loin  ;  il  ne  faut  pas  laisser  la  jeuue 
génération  souffrir  comme  nous  avons  souffert  pendant  vingt-cinq  ans, 
il  faut  chercher  à  remonter  à  la  surface.  Si  l'Assemblée  n'a  pas  bien 
compris  le  sens  des  paroles  de  M.Auguste  Moreau,je  la  prie  instamment  de 
vouloir  bien  se  rappeler  ce  que  le  général  Tcheng-Ki-Tong  nous  a  dit  tout 
à  l'heure,  avec  grand  sens;  —  Où  est  le  dieu  du  monde,  aujourd'hui? 
•—  Il  a  dit  :  —  Ce  n'est  pas  l'amour,  c'est  l'intérêt.  ^  Où  est  l'in- 
térêt? —  C'est  d'avoir  une  langue  propre  à  tous  les  usages,  claire  et 
forte,  et  de  la  répandre  parmi  ceux  qui  ne  la  parlent  pas  encore.  Si 
la  langue  française  ne  peut  pas  devenir  la  langue  universelle,  faut-il 
au  moins  la  défendre  et  tâcher  de  la  propager!  (Bravo  t  Bravol  Vifs 
applaudissements .  ) 

Je  donne  la  parole  à  M.  Maldant,  très  attaqué,  et  qui  va,  je  l'espère, 
répondre  aux  observations  qui  viennent  d'être  présentées, 

M.  Maldant.  —  Je  demande  à  dire  un  seul  mot  maintenant;  je  pa^ 
lerai  tout  à  l'heure  sur  la  communication  de  M.  Kerckhoffs.  Je  tiens 
surtout  à  bien  préciser  le  sens  de  l'espèce  de  reproche  immérité  qui 
m'a  été  adressé  par  un  de  nos  collègues,  quand  il  a  dit  que  j'avais 
qualifié  le  patriotisme  de  sentiment  étroit.  —  Jamais  je  n'ai  exprime 
cette  opinion,  et  notre  collègue  s'est  absolument  trompé  en  me  prêtant 
des  pensées  pareilles. 

J'ai  dit  ceci  :  c'est  que,  lorsqu'on  veut  faire  quelque  chose  d'universel, 
d'humanitaire,  quelque  chose  powr  tous,  il  faut  savoir  placer  l'humanité 


—  731  ~ 

avant  même  ce  grand  sentimeut  que  j'appelle  le  patriotisme.  {Très 
bienl  Applaudissements.) 

M.  AUGUSTE  MOREAU.  —  Je  suis  heureux  de  la  protestation  de 
M.  Maldant.  J'avais  entendu,  dans  sa  dernière  communication,  que, 
quand  on  veut  faire  quelque  chose  pour  Thumanité,  il  faut  se  mettre 
au-dessus  de  ce  sentiment  étroit  du  patriotisme. 

M.  Maldant.  —  J*ai  dit  relativement  étroit  par  rapport  à  Thu- 
manité  :  voyez,  au  besoin,  le  manwcrit  que  j'ai  remis  à  M.  le  Pré- 
sident. 

M.  LE  Paésident.  —  M.  Gassayd  à  la  parole. 

M.  Gassaud. —  Quoique  je  n*aie  pas  demandé  la  parole  sur  le  Volapûk, 
mais  bien  sur  la  Conférence  de  M.  Maldant,  je  présenterai,  toutefois, 
quelques  observations  sur  ce  qui  a  été  dit  par  M.  Kerckhoffs,  et  spéoia« 
lement  sur  la  petite  notice  et  annonce  de  librairie,  qui  nous  a  été  remise 
à  notre  entrée  dans  la  salle. 

Et  d'abord,  M.  Kerckhoffs  a  dit  qu'il  ne  reconnaît  pas  comme  oompé« 
tentes  dans  la  discussion  les  personnes  qui  ne  connaissent  pas  le  Vola* 
pûk.  Je  ne  puis  admettre  cette  manière  de  voir,  qui  supprime  toute 
discussion,  lorsqu'il  s'agit  d'une  science  nouvelle. 

Chacun  de  nous  a  quelques  connaissances  de  philologie,  puisée  dans 
l'étude  comparée  des  langues  qu'il  a  apprises,  ou  seulement,  dans  l'étudo 
de  sa  langue  ;  il  est  apte  au  moins  à  une  discussion  préalable,  où  il 
s'agit  de  décider  si  on  entreprendra  ou  non  l'étude  du  Volapttk. 

Dans  la  petite  notice  à  laquelle  je  faisais  tout  à  l'heure  allusion, 
M.  Kerckhoffs  parle  de  la  langue  des  diplomates  :  j'aurais  été  bien  aise 
qu'il  mentionnât  expressément  que  c'est  le  français,  qui,  par  ce  fait,  so 
trouve,  au  point  de  vue  officiel,  une  langue  universelle,  et  actuellement 
la  seule.  En  1871,  il  est  vrai,  certaine  personnalité  d'outre-Rhin  a  voulu 
supprimer  cette  langue  comme  langue  diplomatique...  {Bruii)^  mais  nous; 
savons  qu'elle  a  abouti  à  un  échec.  Devons-nous  croire  que  ce  désir,  qui 
s'est  manifesté  à  ce  moment,  n'existe  plus?  Je  ne  le  pense  pas.  (Agi- 
tation.) 

Op,  le  Volapiikest  une  élucubration  allemande  ;  la  notice  nous  dit  que 
M.  Schleyer,  son  inventeur,  est  un  polyglotte  étranger,  il  est  bon  de 
préciser  :  M.  Schleyer  est  un  Allemand,  quoique  bien  voisin  de  la  fron- 
tière suisse,  mais  de  la  Suisse  allemande,  c'est-à-dire  d'une  région  où  l'on 
parle  exclusivement  l'allemand.. v  (Interruption)  et  où  l'influence  alle- 
mande est  prépondérante...  (Cris  :  Assez  I  Assez!)  ;  je  suis  donc  fondé  à 
croire  que  l'on  veut  faire  aujourd'hui  indirectement  ce  que  l'on  n'a  pu 
imposer  en  1871.  (Vive  agitation.) 

Je  remarque  en  outre  qu'on  annonce  comme  devant  paraître  prochai- 
nement le  dictionnaire  volapûk-francais  et  français-volapiik  et  comme 
en  préparation  les  dictionnaires  volapiik-anglais,  volapûk-italien, 
Tolapiik-espagnol,  volapûk-russe,  et  qu'on  a    soin  de  ne  pas  indiquer 


—  732  — 

que  le  dictionnaire  volapilk* allemand  et  allemand-Tolapiik  existe  déjà; 
on  a  donc  voulu  masquer  Torigne  allemande  du  Volapiik...  (Vive  agita- 
tion. —  Cris  :  Assesl  Assez  \) 

M.  Kbrgkhoffs.  — Je  proteste  contre  ce  que  l'orateur  vient  de  dire. 
Si  je  n'ai  pas  parlé  du  dictionnaire  allemand,  c'est  que  je  l'ai  oublié  :  si 
j'avais  eu  mes  notes,  j'aurais  donné  des  détails  auxquels  je  n'ai  pas  songé. 
M.  GrASSAUD.  —  Ce  que  je  viens  de  dire  se  rapporte  exclusivement  à  la 
notice  que  l'ai  sous  les  jeux,  et  à  l'annonce  qui  y  est  jointe.  J'ai  bien  le 
droit  de  m'étonner  qu'une  annonce  de  librairie  indique  des  ouvrages  qui 
n'existent  pas  encore,  et  ne  mentionne  pas  ceux  qui  ont  déjà  paru. 

M.  Kerckhoffs  aurait  ses  notes  avec  lui  que  cela  ne  changerait  pas, 
j'imagine,  l'imprimé  en  question.  (Bruit.) 

M.  Kebgkhoffs.  —  Quant  à  la  création  du  Volapiik,  j'ai  déjà  dit  que  les 
racines  sont  empruntées,  en  majorité,  à  l'anglais. 

M.  GA5SAUD.  —  Parce  que  l'Anglais  est  en  grande  partie  un  succédané 
de  Tallemand  ;  mais  il  n'y  a  pas  de  racines  françaises. 

M.   Kergkhoffs.  —  La  question   de  nationalité  n'a  rien  à  faire  ici. 
(Mouvements  divers.  —  Brtiit») 

M.  Gassaud.  —  Ce  n'est  pas  mon  avis,  et  le  Yolapiik  n'aura  pas,  je 
l'espère,  la  sympathie  des  Français.  (Bruit,) 

C'est  une  opinion  que  je  partage  avec  plusieurs  do  nos  confrères  qui 
m'ont  chargé  d'être  ici  l'interprète  de  leurs  sentiments.  (Mouvement.) 

Leur  sympathie  est  acquise  à  l'Association  pour  la  propagation  du 
français,  association  qui  a  déjà  obtenu  di  beaux  résultats  ;  et  une  Société 
qui  se  fonde  ultérieurement  pour  propager  une  langue  issue  de  l'Alle- 
mand, ne  peut  trouver  en  eux  aucun  appui.  C'est  une  concurrence  ana- 
logue à  celle,  si  fréquente,  où  l'on  cherche  aussi  à  nous  exclure  en  dissi- 
mulant Torigine  allemande  des  prodifits  offerts  ;  on  fait  valoir  dans  un 
cas  le  boif  marché  de  ces  produits,  on  annonce  dans  celui-ci  la  grande 
facilité  de  l'étude  proposée,  facilité  bien  exagérée,  je  crois.  (Agitation.) 
Mais,  comme  je  le  disais  dès  le  début,  j'ai  demandé  la  parole  avant  la 
séance  d'aujourd'hui,  et  par  conséquent  sur  la  communication  de  notre 
très  honoré  confrère  M.  Maldant  ;  c'est  à  lui  que  je  m'adresse  mainte- 
nant. 

Je  lui  ferai  tout  d'abord  remarquer  qu'il  nous  avait  annoncé  une  con- 
férence sur  la  langue  internationale  dont  il  est  l'auteur,  et  la  comparai- 
son de  sa  méthode  avec  les  autres  'systèmes.  M.  Maldant  nous  a  bien 
exposé  son  système,  mais  il  s'est  dérobé  à  la  dernière  partie  de  son  pro- 
gramme. M.  le  Président  le  lui  a  fait  observer  à  la  fin  de  la  dernière 
séance,  et  je  n'insiste  pas  sur  ce  point. 

Mais,  qu'il  me  permette  de  lui  dire  que  sa  communication,  en  dehors 
de  considérations  très  intéressantes  sur  le  vocabulaire  des  langues  exis- 
tantes, sur  leurs  irrégularités  et  les  difficultés  de  prononciation,  n'a  pour 
ainsi  dire  pas  été  un  exposé    de  son  système  de   langue,   mais  pintùt 


—  733  — 

une  conférence  sur  Talphabet  de  sa  langue.  Il  a  ajouté,  toutefois,  qu'elle 
n'admet  ni  déclinaison,  ni  conjugaison  et  nous  a  entretenus  de  quelques 
difficultés  que  présente  là  confection  du  vocabulaire,  et,  si  je  ne  me 
trompe,  c'est  à  cela  que  s'est  bornée  sa  conférence. 

Cet  alphabet,  du  moins,  ne  peut-il  pas  être  attaqué?  M.  Maldant  né 
semble  pas  s'être  préoccupé  de  ce  fait,  que  dans  presque  toutes  leô  lan- 
gues actuelles  il  y  a  deux  alphabets  :  l'alphabet  manuscrit  et  l'alphabet 
imprimé.  Tout  le  monde  sait  qu'il  est  pénible  do  lire  un  ouvrage  manus- 
crit, les  liaisons  nuisent  à  la  netteté  des  caractères,  elles  sont  cependant 
indispensables  pour  l'écriture  rapide.  Personne  ne  conteste  qu'il  soit  plus 
long  d'écrire  en  caractères  grecs  qu'en  caractères  latins,  parce  que  les 
lettres  ne  sont  pas  comme  on  dit  HaisonnéeSy  il  faut,  par  suite,  lever  la 
plume  après  chaque  caractère  ;  ce  même  fait  se  retrouve  dans  l'alphabet" 
de  M.  Maldant;  cela  me  semble  un  défaut  très  important.  Je  reconnais 
que  les  anciens  Grecs  n'avaient  pas  deux  alphabets,  mais  ils  n'avaient 
pas  non  plus  l'imprimerie.  (Mouvement.) 

M.  Maldant  nous  a  dit  encore  que  son  alphabet  a  un  avantage  :  c'est 
le  petit  nombre  de  caractères  employés,  quatre  seulement;  un  même  signe 
pouvant  suivant  son  orientation  représenter  plusieurs  lettres  différentes. 
Cela  existe  déjà  dans  notre  alphabet  d'imprimerie  pour  le  b  et  le  d, 
pour  le  /?  et  le  q  ;  or,  on  ne  constate  pas  que  ces  lettres  soient  retenues 
par  les  enfants  plus  tôt  que  les  autres,  au  contraire  ;  ce  n'est  donc  pas  un 
avantage.  Cet  incoftvénient  sera  plus  grand  encore  pour  la  lecture  des 
manuscrits  que  pour  celle  de  l'impression  ;  deux  caractères  identiquement 
les  mêmes, et  ne  différant  que  par  une  faible  modification  de  l'orientation, 
seront  bien  difficiles  à  distinguer,  si  on  ne  donne  qu'approximativement 
l'orientation,  comme  cela  aura  lieu  d'ordinaire  dans  l'écriture. 

Il  est  vrai,  que  M.  Maldant  trouve  à  ces  caractères  un  autre  avan- 
tage, c'est  leur  analogie  avec  l'alphabet  chinois  ;  cet  avantage  ne  mo 
séduit  pas.  Tout  le  monde  sait  qu'il  faut  en  Chine,  de  longues  années 
d'étude  pour  arriver  à  savoir  lire  :  j'en  conclus  que  quelqu'ingénieuse 
que  soit  l'écriture  chinoise,  elle  est  à  ce  point  de  vue,  capital  pour 
moi,  défectueuse.  Mais,  peut-être  va-t-on  insister  en  me  disant  que  les 
peuples  orientaux ,  ou  du  moins  ceux  qui  ont  adopté  l'écriture  chi- 
noise, sont  si  nombreux  qu'il  faut  bien  tenir  compte  de  ce  fait  quand  on 
veut  créer  une  langue  universelle  ;  et  l'alphabet  proposé  facilitera  beau- 
coup à  ces  peuples  l'étude  de  cette  langue.  M.  Kerckhoffs,  en  se  pla- 
<^ant  à  un  point  de  vue  plus  pratique,  mais  moins  élevé,  il  est  vrai,  a 
déjà  fait  justice  de  cette  objection. 

Du  reste,  pour  faire  cette  objection,  il  faudrait  au  moins  présenter  un 
chiffre  approximatif  de  la  population  lettrée  des  pays  dont  on  parle  ;  mais 
la  proportion  serait  peut-être  alors  renversée. 

J'ajouterai  que,  lorsque  des  Européens  étudient  la  création  d'une  lan- 
gue universelle,  il  me  semblerait  éti*ange  de  les  voir  accepter  un  alpha- 


—  734  — 


bet,  qu'ils  considéreraient  comme  mauvais,  par  ce  motif  qu*il  constituera 
un  avantage  pour  les  Orientaux,  et  par  conséquent  un  désavanta^ 
pour  eux. 

Enfin,  pour  terminer  ces  observations  sur  l'alphabet  de  M.  Maldant, 
je  dirai  qu'il  y  a  une  lacune  grave,  c'est  l'absence  du  son  de  Te  muet, 
si  fréquent  en  français  et  dans  la  plupart  des  langues.  Ce  son  sert,  il 
est  vrai,  à  la  désignation  des  consonnes  de  cet  alphabet,  mais  il  n>n 
est  pas  moins  absent  de  tous  les  mots  de  la  langue. 

Passant  maintenant  à  ce  qui  a  été  dit  au  sujet  du  dictionnaire,  je 
reconnais  que  M.  Maldant  a  eu  de  très  bonnes  raisons  pour  limiter  sa 
conférence  à  l'alphabet,  on  nous  disant  que  le  dictionnaire  serait 
l'œuvre  d'un  congrès.  Examinant,  en  effet,  les  difficultés  qui  se  sontpn^ 
sentées  à  lui  à  ce  sujet,  il  reconnaissait  qu'il  est  impossible  d'avoir  un 
dictionnaire  absolument  logique  ;  c'est  qu'en  effet,  le  classement  des  subs- 
tantifs est  contingent,  puisqu'on  ne  peut  déterminer,  d'une  manière  abso- 
lue, l'importance  de  tel  ou  tel  mot.  Il  nous  a  dit,  lui-même  :  des  per- 
sonnes diront  que  le  mot  le  plus  important  est  Dieu,  d'autres,  l'Homme, 
d'autres,  la  Cause  ;  il  y  a  500  ans,  on  aurait  certainement  considéré  le 
mot  Dieu  comme  le  plus  important  ;  la  majorité  serait-elle  encore  aiyour. 
d'hui  du  même  avis  ?  On  ne  pouvait  mieux  prouver  que  l'importance  des 
mots  est  sujette  à  variation,  et  que  par  suite,  il  no  faut  pas  en  faire  la 
base  d'une  classification,  si  on  veut  qu'elle  soit  immuable,  ^B/tiiV.j 

Au  sujet  des  autorités  qui  ont  été  citées  comme  ayant  appuyé  le 
projet  de  M.  Maldant,  je  ferai  toutes  mes  réserves.  Eu  réalité,  je  n'en 
vois  guère  qu'une,  à  savoir  :  deux  articles  du  Petit  Journal.  Cela  me 
semble  d'autant  plus  insuffisant  que  des  relations  d'amitié  décident  sou- 
vent  un  journaliste  à  écrire  une  chronique  bienveillante  ou  même  élo- 
gieuse  ;  mais,  si  spontanés  qu'aient  pu  être  ces  articles,  ils  ne  sauraient 
avoir  une  autorité  scientifique  :  le  Petit  Journal  n'a-t-il  pas  été  appelé, 
le  Moniteur  officiel  des  personnes  qui  ne  savent  ni  lire  ni  écrire  ?  (Bruit, 
Cris  :  assez!  assez  1)  Il  est  vrai,  qu'il  y  a  eu  près  de  deux  cents  lettres 
qui  sont  venues  corroborer  les  articles  de  ce  journal  :  Ce  nombre  est 
quelque  chose  en  lui-même,  mais  si  on  le  compare  à  celui  de  trois  mil' 
lions  et  demi  de  lecteurs,  c'est  encore  bien  peu. 

Quant  aux  congrès  grands  et  petits,  dont  il  a  été  parlé,  je  vais  meu 
expliquer  ;  mais  en  passant  je  crois  qu'il  y  a  une  erreur  à  signaler  :  c'est 
que  lorsqu'on  fait  un  projet,  quel  qu'il  soit,  on  doit  le  faire  seul,  sauf  ;i 
le  soumettre  ensuite  .à  une  commission,  qui  le  critique  ou  l'approuve  ; 
mais  un  projet  ne  peut  être  l'œuvre  d'une  collectivité. 

On  a  souvent  plaisanté  de  l'aréopage  de  l'Académie  se  réunissant 
pour  discuter  sur  le  Dictionnaire  ;  ne  serait-il  pas  alors  plus  étrange  de 
voir  un  Congrès  ou  une  Conférence  de  plénipotentiaires  discuter  le  même 
sujet?  Puis,  aboutirait-on  ?  L'exem  le  de  la  Conférence  monétaire  où 


—  735  — 

il  s'agissait  de  quegtions  d*un  intérêt  immédiat»  entre  peuples  peu  norn*^ 
breux,  et  se  connaissant  bien,  n'est  pas  précisément  encourageant. 

Mais,  si  M.  Maldant  n*a  pas  encore  soumis  son  travail  à  un  Congrès, 
formé  de  représentants  de  différents  États,  délégués  par  leur  Gouver- 
nement, il  l'a  déjà  soumis  à  ce  qu*il  a  appelé  un  petit  Congrès, 
formé  de  personnes  qui  se  sont  déléguées  elles-mêmes,  il  est  vrai. 
Je  ne  parlerai  pas  de  ce  petit  Congrès...  (Rires*  —  Mouvements  divers), 
je  n'en  parlerai  pas,  dis-je,  parce  qu'il  me  semble  qu'il  ne  peut  pas,  dans 
les  oonditions  où  il  a  été  formé,  être  cité  comme  une  autorité,  et  on  l'a 
fait  à  la  dernière  Conférence,  Toutefois,  il  se  pourrait  qu'il  y  eût  parmi 
ses  membres,  quelque  philologue  considérable,  un  grand  nom,  un  Bur- 
nouf,  par  exemple,  et  dans  ce  cas,  je  m'inclinerais  devant  son  autorité, 
qui  pourrait  bien  se  passer  d'une  nomination  régulière  :  voilà  pourquoi 
je  disais,  il  y  a  un' instant,  que  je  ne  parlerais  pas  de  ce  petit  Congrès 
ne  connaissant  pas  les  noms  des  personnes  qui  le  composent. 

Examinons  maintenant  d'où  proviennent  ces  essais  de  langue  univer- 
selle :  ils  proviennent  évidemment  d'un  besoin  qui  se  fait  sentir.  Mais 
ce  besoin  lui-même  d'où  provient-il  ?  Il  provient,  à  mon  avis,  d'un  vice 
de  l'instruction  actuelle.  On  a  voulu,  à  tort,  supprimer  le  latin  et  on  a 
supprimé  du  même  coup  l'instrument  des  relations  internationales  du 
monde  savant.  Lorsque  Newton  écrivait  un  ouvrage,  il  le  faisait  en  latin 
et  tout  le  monde  pouvait  le  lire  ;  aujourd'hui,  il  n'en  serait  plus  de  même, 
le  latin  ayant  été  quelque  peu  laissé  de  côté. 

Du  reste,  beaucoup  de  personnes  pensent  que  le  latin  se  prête  mal  aux 
relations  orales  et  usuelles  et  qu'une  langue  universelle  nouvelle  serait 
plus  commode  pour  l'expression  des  besoins  ordinaires  de  la  vie,  pour  les 
affaires,  pour  les  expositions  par  exemple  :  c'est  peut  être  là  une 
erreur. 

On  ne  songe  pas  assez  que  ce  n'est  que  par  un  long  usage  et  une 
étude  laborieuse  que  Ton  arrive  à  parler  une  langue  qui  n'est  pas  votre 
langue  maternelle ,  et  surtout  à  la  bien  comprendre  ;  on  parvient  assez 
vite  à  s'expliquer,  tant  bien  que  mal,  mais  on  a  beaucoup  de  peine  à 
saisir  les  paroles  de  son  interlocuteur,  soit  qu'il  parle  trop  vite  pour  vous, 
soit  qu'il  prononce  ou  accentue  autrement.  Un  Anglais  et  un  Français 
parlant  une  langue  universelle  s'entendraient,  je  crois,  difâcilement, 
parce  qu'ils  ne  prononceraient  pas  de  la  même  façon,  en  dépit  des  règles 
de  prononciation  de  la  langue  apprise  par  eux. 

Quant  aux  rapports  écrits  des  savants,  je  crois  qu'aucun  ne  con- 
sentirait à  écrire  dans  une  langue  manquant  forcément  de  littérature . 

Une  langue  universelle  n'aura  donc  d'utilité  qu'au  point  de  vue  des 
mercuriales  et  de  la  correspondance  commerciale.  (Bruit,) 

Est-ce  une  raison  suffisante  pour  chercher  à  créer  une  langue  nouvelle? 
Je  ne  pense  pas  ;  car  ce  n'est  pas  seulement  dans  la  syntaxe  latine  qu'i] 
faut  se  préoccuper  de  la  question  de  temps,  excusez-moi  de  paraître  faire 


—  730  — 

un  jeu  de  mots;  maïs  il  me  semble  que  le  moment  est  mal  choisi  pour 
développer  en  France  des  idées  qui  découlent  plus  ou  moins  du  cosmo- 
politisme, [Vwe  agitation.) 

Je  crois  avant  de  terminer  devoir,  moi  aussi,  relever  une  phrase  pro- 
noncée à  la  dernière  séance  par  M.  Maldant  et  qui  avait,  parait-il,  été 
mai  interprétée  (Bruit)  ;  mais  je  suis  heureux  de  savoir  qu'elle  avait  été 
mal  comprise.  {Nouvelle  interruption.) 

M.  CoTARD.  —  Je  demande  à  M.  le  Président  de  vouloir  bien  ramener 
la  discussion  à  son  caractère  philologique  {Bravo!  —  Vifs  applaitdis- 
sements.) 

M.  Gassaud.  —  Je  crois  que  le  caractère  particulier  des  séances  de 
notre  Société  n*est  pas  le  caractère  philologique.  A  Toccasion  décos 
conférences,  il  a  été  dit  des  choses  qui  ont  blessé  certaines  personnes  et 
il  me  semble  que  j'ai  bien  le  droit  de  les  relever. 

Je  continue. 

En  résumé,  je  ne  pense  pas  qu'il  j  ait  beaucoup  à  se  préoccuper  de  ces 
tentatives  destinées  à  amener  la  création  d'une  langue  universelle,  que 
Descartes,  Leibnitz  et  tant  d'autres  ont  recherchée  en  vain.  L'histoire 
nous  apprend,  d'ailleurs,  que  l'humanité,  issue  d'une  origine  commune,  a 
vu  son  langage  se  différencier  en  même  temps  que  les  races  se  sodi 
fixées  et  que  l'esprit  humain  s'est  développé,  je  ne  crois  pas  que  ion 
réussisse  à  lui  faire  remonter  le  cours  des  âges. 

Du  moment  que  les  différentes  nations  conserveraient  leur  langue 
propre,  il  n'est  pas  établi,  d'ailleurs,  et  ceci  a  une  importance  capitale 
dans  la  question,  il  n'est  pas  établi,  dis-je,  qu'une  langue  universelle, 
en  admettant  qu'on  pût  réussir  à  en  faire  adopter  une,  abaisserait  les 
barrières  qui  séparent  les  peuples.  Il  se  pourrait  que  ce  fût  le  contraire 
qui  se  produisit,  chacun  n'étudiant  plus  que  sa  langue  maternelle  et  la 
langue  universelle.  On  abandonnerait  complètement  l'étude  des  langues 
étrangères,  en  France  du  moins,  où  nous  ne  nous  livrons  qu'à  regret 
à  ces  études;  on  serait  plus  qu'aujourd'hui  étranger  au  mouvement  intel- 
lectuel qui  se  produit  au  delà  des  frontières,  de  là  des  inconvénients  et 
des  dangers  sur  lesquels  je  n'ai  pas  besoin  d'insister.  {Applaudissements, 
—  Mouvements  divers.) 

M.  LE  PatsiDENT.  —  Je  n'avais  pas  besoin  quo  M.  Cotard  m'engageât 
à  prendre  la  parole,  puisque  je  me  l'étais  demandée  tout  à  l'heure  à 
moi-même  et  que  je  me  l'étais  accordée  généreusement  :  je  vais  en 
profiter.  [Rires  et  applaudissements.) 

Il  y  a  dans  tout  ceci,  une  chose  évidente  :  c'est  l'extrême  difficullô 
qu'on  aura  à  créer  une  langue  universelle.  Mais  je  crois  que  M.  Gas- 
saud s'est  tout  à  fait  mépris  sur  une  phrase  de  M.  Kerckhoffs;  oi, 
comme  M.  Kerckhoff's  est  notre  hôte  et  notre  invité,  nous  lui  devons 
la  plus  grande  courtoisie  et  nous  devons  comprendre  de  très  prèâ  co 
qu'il  a  voulu  dire.  11  n'a  pas  dit  qu'il  fuyait  les   critiques  ;  il   a  dit 


—  737  — 

si  ma  mémoire  est  âdèle  :  «  ne  prétendez  pas  (l'avaii< 
est  difficile  à  apprendre;  conaacrez-y  quelques  heur 
qu'il  remplit  un  des  desiderata  de  la  langue  univera 
très  bien!  Applaudissements.)  Je  vais  à  bâtons  ron 
le  discours  de  notre  camarade,  M.  Gassaud.  Je  rei 
sentiments  patriotiques,  que  je  partage  de  la  man 
plétc.  (CH;  :  tous!  tous  I)  Seulement,  il  y  a  le  mome: 
[Bravol  bravo!  applaudissements  prolongés.)  Que  M. 
mette  d'ajouter  qu'il  m'a  fait  un  peu  de  chagrin 
assez  mal  le  Pelil  Journal  et  qu'il  a  dit  que  cetti 
passait  pour  le  moniteur  officiel  des  gens  qui  ne 
écrire,  —  Malheureusement,  c'est  une  grande  partii 
qui  Qc  sait  ni  bien  lire  ni  bien  écrire.  Je  me  rap{ 
écrivains  les  plus  distingués,  mort  aujourd'hui,  me 
mière  chose  que  je  lis  le  matin,  c'est  le  Petit  Journa 
en  contact,  avec  ce  grand  nombre  de  lecteurs  qu 
jour.  »  —  Je  crois  que  le  Pelil  Journal  rend  de  g 
qu'il  ne  faut  pas  le  confondre  avec  cette  presse  à 
rend  à  la  population  des  services  tout  contraires.  ' 
mcnts  honnêtes  et  le  désir  du  bien  qui  l'animent  ;  • 
qui  u'a  pas  un  rayonnement  excessif,  mais  dont  la  U 
ot  je  crois  que  le  pays  perdrait  quelque  chose  i 
disparaissait  et  était  remplacé  par  une  de  ces  feuill 
naissez.  (Très  bien!  très  bien! —  Applaudissements.) 

L'Inventeur  du  Volapîik,  M.  Schleyer,  est  un  A 
crois  qu'on  peut  accorder  qu'en  créant  cette  nouvi 
pas  songé  à  faire  tort  aux  autres  langues  :  il  a  ; 
langue  universelle,  mais  il  n'a  pas  eu  pour  but  de  • 
langues.  Comme  le  disait  M.  le  général  Tcheng-Ki-I 
on  a  tous  sa  langue  maternelle,  qu'on  gardera  jusqu 

On  m'a  reproché  de  consacrer  deux  réunions 
M.  Kerckhoffs  a  été  si  aimable  que  j'ai  cédé  volo 
que  des  Membres  de  la  Société  appuyaient.  (Àpplai 

Je  crois  que  la  Société  des  Ingénieurs  civils  es 
comprendre  et  tout  entendre.  Le  général  Tcheng-Ki-' 
siècle  est  celui  des  Ingénieurs...  Vous  devez  donc 
aréopage  ouvert  fi  toute  vérité  et  à  toute  lueur,  et 
d'étudier  les  questions  parce  que  vous  êtes  des  trava 
avoir  des  clartés  de  tout,  comme  disait  Molière  ;  il 
les  femmes,  il  faut  au  moins  que  les  Ingénieurs  les 
Applaudissements  !)  Il  y  a  eu  un  peu  de  bataille,  u 
ce  soir,  c'est  parce  qu'on  ne  s'est  pas  bien  comprit 
trons  dans  le  calme,  et  si  M.  Maldant  a  quelques  i 
donnerai  la  parole. 


—  738  — 

M.  Gassaud  :  —  Je  prie  M.  le  Président  de  me  laisser  dire  aupara- 
vant que  je  n*ai  jamais  eu  l'idée  de  contester  les  services  rendus  par 
le  Petit  Journal  ;  mais  je  pense  qu'un  article  d'une  feuille  quotidienne 
quelconque  ne  peut  être  présenté  comme  une  autorité  scientifique. 
Le  Petit  Journal  n'a  d'ailleurs  pas  cette  prétention,  précisément  à 
cause  du  public  auquel  il  s'adresse  spécialement. 

M.  Haldant  :  —  Ce  qui  vient  de  se  passer  dans  ces  derniers  lu* 
stants  doit  nous  montrer  à  tous  —  ce  que  nous  savons  déjà  —  que  la 
critique  est  aisée  ;  seulement,  il  est  bien  difficile  de  critiquer  et  de 
concilier,  avec  la  critique,  la  mesure  qu'on  doit  conserver  dans  une 
critique;  c'est-à-dire,  de  critiquer  la  pensée  de  celui  dont  on  parle,  et 
de  la  critiquer  justement.  Eh  bien,  j'avoue  que,  dans  les  différentes 
critiques  qui  ont  eu  lieu  tout  à  l'heure,  je  ne  me  suis  pas  reconnu 
du  tout;  et  cela  a  été  pour  moi  une  satisfaction,  car  j'aurais  été 
désolé  du  contraire. 

On  a  critiqué  deux  points  :  J'ai  répondu  au  premier,  je  n'y  revien- 
drai pas.  Mais  on  a  fait  aussi,  de  l'exposé  que  j'ai  eu  l'honneur  de 
présenter,  dans  la  première  réunion,  une  critique  qui  le  rend  tout  à 
fait  méconnaissable,  et  je  crois  qu'il  y  a  intérêt  à  vous  dire  que, 
cette  fois  encore,  on  s'est  trompé. 

Je  n'ai  pas  dit,  par  exemple,  que  le   dictionnaire  et  la  grammaire 
de  la  langue,  dont  j'ai  donné  les  éléments,  n'étaient  pas  faits,  parce 
qu*ll  avait  fallu  vingt  ans  pour  poser  seulement  la  base   de  mon  s}^- 
tôme  ;  je  n'ai  pas  dit  cela,  attendu  que  l'achèvement  de  la  grammaire 
prendra  tout  au  plus  deux  mois,  et  que   le    dictionnaire  est  presque 
terminé  à  l'heure  qu*il  est.  Donc,  il  ne  faudra  pas,  pour  les  établir,  le 
temps  incommensurable,  dont  on  a  parlé  tout  à  l'heure.   J'ai  indiqué 
seulement  ceci,  c'est  que,  pour  faire  une  langue  internationale,  à  mon 
sens,  il  faut  tenir  compte  d'une  telle  quantité  de  susceptibilités,  qu'il 
faut  penser  tout  d'abord  à  faire  le  sacrifice  de  toute  langue  existante 
ou    de  toute  langue  morte;  de  toute  langue  qui  a  vécu,  qui  a  formé 
un  certain   nOmbt^e   de  langues   qui   sont   devenues   ses   adeptes,   ses 
auxiliaires.  -^  Pouî*  ce  qui  me  concerne^  je   suis   de  Ceux   qui  admi* 
rent  les  tl^avaux  de  M.  Schleyer,   je  suis   de   ceux  qui    admirent  les 
efforts  de  M:  Kerckhoffs,  les  efforts  et  les  ti'avâux  de  tous  ceux  qui 
Se   sont  addnués  à  cette  grande,  noble  et  belle  pensée  de   (dite  une 
langue  internationale,  sans  se  préoccuper  de  leui*  persoilne,  ni  même 
de  leur  nation.  {Bravai  Bravo  !  -^  Applaudissements*) 

Messieurs,  il  faut  bien  le  dire,  ce  soii'  on  a  beaucoup  critiqué,  et 
jb  dois  reconnaître  qtic  M.  Kerckhoffs  excelle  dans  la  critique. 
M;  Kerckhoffs  a  critiqué,  à  notre  précédente  séance,  la  langue  Sudw; 
j'en  avais  dit  quelques  mots,  mais  ce  que  j'en  avais  dit  était  plutôt 
on  sa  faveur;  seulement,  comme  la  langue  Sudre  était  une  langue 
musicale,  ce  n'est  pas  tout  le  monde  qui   pouvait  la  parler.   Elle  se 


compose  des  sept  notes  de  la  musique.  Eb  biea!  Il  y  avait, 
effort,  certains  côtés  intéressants  qui  méritaient  des  éloges,  à 
critiques. 

Certes,  Messieurs,  M,  Kercktioffs  a  absolument  terrassé  I 
'iain  ;  j'aurais  eu  plus  d'indulgence  pour  elle,  je  lui  aurais  rés 
laiues  compensations  légitimes,  si  j'avais  eu  à  la  critiquer. 

Mais,  je  remarque  que  M.  Kerckhoffs,  dans  une  petite  l 
fjui  est  la  grammaire  du  Volapiik,  passe  en  revue  certaines  [ 
qui  se  sont  occupées  de  la  langue  internationale  ;  il  a  fait  u 
assez  complète  car  je  iie  connais  que  cinq  ou  six  noms  qu'il 
indiqués  ;  il  y  en  a  là  une  nomenclature  qui  commence  par  j 
qui  se  termine  par  les  derniers  systèmes  de  ces  temps  récen 
finit  à,  LeleltUr.  Cette  nomenclature  est  très  complète,  et  vo 
ment  il  s'exprime  après  l'avoir  terminée  : 

"  Des  trésors  de  science  et  de  patience  ont  été  épuisés  dai 
••  de  cette  question,  et,  cependant  il  serait  difticile  de  citei 
»  quarante  ou  cinquante  langues  universelles  imaginées  dEUts 
s  de  ces  deux  derniers  siècles,  une  seule  ayant  une  valeur 
»  quelconque,  c'étaient,  ou  bien  des  systèmes  pasigrapbiq 
*  quement  compréhensibles  à  la  lecture  ou  bien  des  langues 
"  hensibles  seulement  è.  des  intelligences  d'élite,  ou  tout  sii 
»  encore,  quelque  langue  existante  plus  ou  moins  intelli 
»  ealropiée!  » 

Voilib,  Messieurs,  tout  ce  qui  est  dit  de  toutes  les  tentativ 
jusqu'aigourd'hui,  par  tous  les  hommes  qui  sont  morts  sur  li 
et  qui  sont  morts  après  avoir  essayé  de  doter  l'humanité  de 
progrés.  Je  trouve  que  cette  critique  est  bien  dure.  Si  on  ex 
tableau  du  Volapiik,  qui  a  été  exposé;  n'y  trouvons  nous  pai 
ment  un  arrangement  qui  a  pour  but  d'estropier  plus  ou  moi 
nieasement  des  langues  existantes?  Et  u'est-il  pas  juste  d 
mander  si  on  ne  pourrait  pas  légitimement  retourner  cette 
contre  le  Volapiik  lui-même? 

Messieurs,  il  y  a  certainement  un  grand  écueil  à  faire  un 
avec  d'autres  langues,  et  même  en  choisissant  ces  autt^s 
parmi  deux  ou  trois  de  celles  qui  nous  entourent;  j'ai  dit  à  la 
séance,  et  je  crois  que  je  l'ai  expliqué  assez  longuement,  combi 
acuités  rencontrerait  un  prcyet  de  celte  nature;  j'ai  aussi  dit 
tainement  les  populations  asiatiques,  dont*  pour  ma  part,  je  fa 
grand  cas»  par  cette  excellente  raison  qu'elles  contiennent  pi 
moitié  de  la  population  du  globe,  j'ai  dit  que  du  moment  où  vou! 
faire  une  langue  universelle  ou  internationale,  vous  ne  poi 
avoir  la  prétention  de  ne  pas  y  faire  participer  cet  énorme  co 
Donc,  j'ai  dit  que  je  faisais  grand  cas  de  cette  immense  p< 
asiatique  de  plus  de  500  millions  d'habitants  ;  j'ai  dit  qu'on  ne  po 


—  740  — 

faire  uue  laugue  iuteruatioasde  sans  Fagrémeui  et  saus  le  concours  de 
ces  populatioQS^là  ;  j*ai  dit  aussi  qu'aucune  laugue,  pas  plus  la  mienne 
que  le  volaplik,  ne  pourra  devenir  une  langue  générale,  que  lorsqu'elle 
aura  été  présentée  à  un  Congrès  international,  dûment  autorisé,  qui 
aura  examiné  les  différents  projets  qui  lui  seront  soumis  et  qui  aura 
adopté  Tun  de  ces  projets  :  voilà  seulement  ce  qui  peut  être,  et  ce  qui 
sera  la  langue  universelle.  [Très  bien!  très  bieni —  ApplaudiSiemenU.) 

Messieurs,  nous  n'avons  pas  la  prétention  ici,  ni  les  uns  ni  les  au- 
tres, d'imposer  nos  travaux,  mais  nous  avons  le  sincère  désir  de  les 
présenter,  dans  quelques  années  d'ici,  à  cette  Commission  Internatio- 
nale, dont  nous  prévoyons  la  réunion,  à  ce  moment,  grâce  aux  cir- 
constances qui  nous  permettront  probablement  de  la  voir  se  former  chez 
nous,  au  moment  du  Centenaire,  que  nous  avons  tous  en  perspective. 

Je  dis  que,  à  ce  moment-là,  il  sera  intéressant  d'arriver  devant  la 
commission  internationale,  non  seulement  avec  une  théorie,  mais  avec 
la  pratique.  Eh  bien  1  à  l'heure  qu'il  est,  nous  nous  occupons  de  faire 
de  la  pratique,  avec  la  langue  dont  j'ai  posé  ici  les  éléments;  comme 
M.  Kerckhoffs  s'occupe  à  en  faire,  avec  un  peu  d'avance  sur  nous;  mais 
nous  ne  pouvons  travailler,  l'un  et  l'autre,  que  pour  une  future  com- 
mission internationale.  Seulement,  pour  qu'on  ne  se  méprenne  pas  sur  ce 
qui  a  été  dit,  j'ai  besoin  d'expliquer  pourquoi  et  comment  notre  diction- 
naire et  notre  grammaire  ne  sont  pas  finis. 

J'entends  faire  une  langue  absolument  neuve,  faisant  table  rase 
du  passé,  c'est-à-dire,  ne  s'occupant  pas  plus  des  habitudes  ni  des  goûts 
des  Français,  —  tout  Français  que  je  sois  de  cœur,  —  et  j'ai  prouvé 
dans  toutes  circonstances,  que  je  suis  aussi  bon  Français  que  qui  ce 
s(x\i,{BravoI  Bravo! — ApplaudisHemenis), — ^ne  s'occupant  pas  plus,  dis-je, 
des  convenances  particulières  des  Français  que  de  celles  des  autres 
peuples.  J'ai  dit  aussi  que  j'avais  voulu  faire  surtout  une  chose  logique^ 
et  j'ai  expliqué  de  quelle  façon  je  m'y  suis  pris,  et  de  quels  éléments 
je  suis  parti  pour  faire  une  langue  rationnelle.  En  partant  d'abord  d'une 
langue  faite,  je  me  suis  ejfforcô  d'en  enlever  toutes  les  irrégularités, 
pour  arriver  aux  racines  de  la  langue;  et  je  vous  ai  dit  qu'en  étu- 
diant trois  langues,  dans  cet  ordre  d'idées,  étant  arrivé  à  peine  à 
la  moitié  du  chemin,  il  ne  me  restait  plus  rien  du  tout.  Je  me  suis  j 
donc  dit  :  s'il  n'est  pas  possible  de  faire  une  langue  logique  avec  les  j 
langues  existantes,  il  faut  faire  quelque  chose  de  mieux,  de  plus 
régulier,  ne  donnant  pas  au  choix  de  ses  éléments,  d'autres  préférences 
que  celles  qui  doivent  exister,  quand  on  cherche  à  faire  quelque  chose 
do  bien  et  de  vrai.  C'est  pour  cela,  notamment,  que  j'ai  établi  une 
distinction  précieuse  entre  les  mots  commençant  par  une  voyelle  et 
les  mots  commençant  par  une  consonne.  Ayant  remarqué  qu'il  y  avait 
deux  fois  et  un  tiers  plus  de  substantifs  que  de  tous  les  autres  mots 
réunis,  j'ai  dit  :  nous  avons  un  moyen   facile,    logique,     conforme  au 


J 


ri^^r- 


—  741  — 

principe  même  que  j*avais  adopté,  de  les  distinguer  :  ce  moyen,  c'est 
de  faire  commencer  tous  les  substantifs  par  une  consonne,  et  tous  les 
autres  mots  par  une  Toyelle.  C'est  ainsi  que  je  suis  arrivé,  rationnel- 
lement, à  former  la  grammaire  et  le  dictionnaire,  et  à  établir  les 
règles  de  la  composition  des  mots.  Il  y  a  un  petit  livre  qu'on  appelle 
dans  les  classes  un  Pautex  ;  il  n'a  aucune  prétention,  il  est  pourtant 
devenu  classique  et  a  été  tiré  à  un  million  d'exemplaires,  pourquoi? 
Parce  qu'il  a  donné  satisfaction  à  une  des  idées  que  je  considère 
comme  absolument  nécessaires  à  réaliser  dans  une  langue  internatio- 
nale, langue  qui  doit  être  un  lien  entre  les  autres  langues  sans  pré- 
tendre en  supprimer  aucune.  {Applaudissements). 

Ce  Pautex,  qui  contient  4,000  mots  dans  son  ensemble,  a  classé  les 
mots  du  dictionnaire  dans  un  ordre  logique  :  il  a  mis  ensemble  tous 
les  mots  qui  se  rapportent  à  l'homme,  à  Talimentation,  aux  maisons  etc.  ; 
il  a  groupé  les  grandes  idées,  et  il  a  réuni  tous  les  mots  qui  s'y  rap- 
portent; il  a  montré  que,  avec  un  nombre  de  racines  restreint  et  en 
les  groupant,  d'une  façon  intelligente,  on  peut  établir  un  certain  ordre 
logique,  —  c'est  ce  qu'a  fait  le  Volapiik,  auquel  je  rends  cette  jus- 
tice, d'avoir  tenté  de  faire  un  travail  intelligent.  Mais,  pour  moi,  le 
Yolapiik  ne  s&ra  jamais  la  langue  universelle  ;  c'est  ma  pensée,  et  c'est 
ma  conviction  profonde  et  intime,  parce  qu'il  ne  pourra  pas  soutenir 
l'examen  de  la  commission  internationale  dont  je  parlais  tout  à  Theure, 
car  dans  cette  commission  il  y  aura  non  seulement  des  Français,  des 
Anglais  et  des  Allemands;  mais  des  Espagnols,  des  Russes,  des 
Chinois,  des  Siamois,  des  Arabes  ;  des  gens  de  tous  les  pays.  Je  désire, 
pour  les  Yolapiikistes,  me  tromper  ;  mais  j'exprime  sincèrement  mon 
opinion  sur  leur  œuvre,  comme  ils  en  ont  exprimé  une  sur  la  mienne. 

M.  Derknnks  :  —  Je  demande  la  parole. 

M.  Màldant.  —  Je  ne  demande  pas  mieux  que  de  vous  céder  la 
^BTole  (Voix nombreuses:  — Finissez I  finissez!). 

J'ai  examiné  beaucoup  la  question  au  point  de  vue  d'une  langue 
morte,  et  si  une  langue  morte  a  bien  mérité  du  monde,  c'est  le  latin; 
mais,  je  ne  crois  pas  que  le  latin  puisse  devenir  une  langue  univer- 
seUe,  parce  que,  en  définitive,  il  aura  peut-être  avec  lui  les  races  la- 
tines, mais  il  aura  certainement  contre  lui,  et  chez  les  autres  races, 
toutes  ces  questions  de  patriotisme  et  de  personnes,  dont  nous  avons 
j  constaté  tout  à  1  heure  toute  la  vivacité  ;  vivacité  qui  peut  nous  faire 

comprendre  ce  que  serait  un  congrès  où  il  y  aurait  des  gens  de  toutes 
les  nations,  en  face  d'une  langue  déjà  connue.  Donc,  j'ai  compris 
qu'il  est  absolument  indispensable  de  faire  une  langue  ne  ave,  qui  n'em- 
prunte rien  à  personne,  et  soit  bâtie  avec  des  matériaux  solides, 
dont  on  ne  puisse  pas  suspecter  l'origine.  C'est  pour  cela  que  je  me 
suis  arrêté  à  un  point  déterminé,  non  pas  par  impuissance  d'aller  plus 
loin  ;  mais  parce  que,  à  ce  moment,  j'ai  senti  que  la  classification,  pour 

BULL.  49 


^  742  — 

être  logique,  doit  commencer  par  les  mots  les  plus  importants.  Je  me 
suis  trouvé  alors  en  présence  de  la  difficulté  indiquée  tout  à  Theure  ; 
et  je  me  suis  demandé  si  je  devais  faire  tout  seul  cette  classLScatioD? 

Je  pourrai  me  demander  :  Tel  mot  ou  tel  ordre  de  mots  est-il  plus 
important  qu'un  autre  ?  Il  y  a  des  réponses  sérieuses  qui  peuvent  être 
faites  en  sens  contraire.  Là,  je  me  suis  momentanément  arrêté  ;  mais, 
la  règle  étant  posée,  il  n'y  avait  plus  qu'à  procéder  selon  cette  règle 
pour  composer  la  grammaire.  Eh  bien  !  ce  travail  devant  lequel  je  me 
suis  arrêté,  parce  qu'il  constituait  une  faculté,  c'est-à-dire  qu'il  m'était 
facultatif  de  le  faire  comme  je  l'entendrais,  il  se  fait  dans  ce  moment-ci 
le  mieux  possible  ;  il  ne  sera  peut-être  pas  irréprochable,  mais  il  sera 
très  certainement  plus  logique  que  tout  ce  que  nous  pourrons  voir 
dans  les  langues  existantes.  Et  il  faudrait  être  bien  maladroit  pour 
qu'il  n'en  fût  pas  ainsi,  lorsqu*on  est  maître  de  sa  classification,  comme 
pour  ce  Pautex  dont  je  parlais  tout  à  l'heure;  lorsqu'on  peut  mettre 
en  ordre  logique,  et  en  même  temps  en  ordre  alphabétique  tous  les  mots 
nécessaires  :  Nous  avons  ainsi  le  moyen  de  tout  faire  bien  à  la  fois;  c'est 
donc  pour  cela  seulement,  que  jusqu'à  présent,  je  n'ai  pas  encore  achevé 
cette  langue  ;  mais  je  m'y  suis  profondément  attaché,  comme  on  s'at- 
tache à  la  vérité,  et  parce  qu'elle  m'a  paru  meilleure  que  les  autres. 
(Applaudissements) . 

M.  Derennes.  —  Me  sera-t-il  permis  de  faire  une  observation  au  point 
de  vue  de  la  philologie  rationnelle  ?  Je  donne  tous  mes  éloges  aux  deux 
tentatives  qu'on  nous  a  exposées,  mais  j'ai  le  regret  de  faire  une  petite? 
critique  qui  ne  tient  peut-être  qu'à  une  lacune.  Il  me  semble  qu'on 
donne  une  part  beaucoup  trop  faible  à  la  dérivation  des  mots.  Le  Vo- 
lapiik  prend  une  racine  et  en  fait  un  substantif,  un  adjectjf,  un  verbe 
et  un  adverbe;  au  moyen  de  terminaisons,  il  forme  la  déclinaison  et  la 
conjugaison  ;  et  c'est  tout. 

D'un  autre  côté,  M.  Maldant  ne  nous  a  pas  parlé  de  la  dérivation 
desmots^  mais,  il  admet  que  tous  ses  mots  seront  formés  au  plus  de  trois 
ou  quatre  lettres  :  Cela  me  paraît  tout  à  fait  limiter  le  champ  dans 
lequel  doit  se  développer  une  langue.  Si  nous  prenons  les  langues 
existantes,  nous  voyons  que  les  mots  les  plus  usuels  ont  des  racines 
de  deux,  trois  ou  quatre  lettres,  et  qu'on  en  déduit  par  voie,  soit 
de  flexion,  soit  de  dérivation,  soit  de  composition,  une  immense  quan- 
tité de  mots  qui  deviennent  très  longs.  Prenons  les  mots  les  plus, 
communs,  agir,  par  exemple,  dont  le  radical  est  oj,  on  en  fait  acte, 
acteur,  agissement,  agencement,  agilité,  actualité,  activité,  action,  réac- 
tionnaire, (Rircs).  Prenons  le  mot  latin  sto;  avec  le  radical  St  on  a  fait 
rester,  arrétei^  circonstance,  obstacle,  iiistantané,  et,  en  passant  par  sta- 
tuer et  constituer,  jusqu'à  anticonstitutionnellement.  Voilà  une  richesse 
que  nous  Rencontrons  dans  toutes  les  langues,  et  qu'il  me  paraît  in- 
téressant   de   conserver  soit  dans  le   Volapiik,  soit  dans  la  langue  de 


—  743  — 

M.  Maldant;  seulement,  dans  les  Iiuigues  actuelles,  le 
vatioD  est  tellement  irrégalier  et  tellement  arbitraire 
de  la  difâculté  à  soupçonner  le  point  de  départ.  Je  cite 
les  mots  fourjtal,  jourtiaiiite,  dont  le  radical  est  dies 
a  tiré  diumus,  diumalit;  de  là  journal.  Il  faudrait 
cela,  En  un  mot,  je  voudrais  que  dans  les  deux  langue 
de  noua  parler,  on  pût  d'une  souche  simple  exprimant 
faire  diverger,  par  voie  de  ramiâcation  rationnelle,  des 
dérivés  se  rapportant  à  des  modiûcatîoDs  de  l'idée  mèi 
Je  ferai  encore  une  autre  observation.  La  langue 
c'est  la  langue  de  l'écriture.  Il  est  évident  que,  lorsqu 
session  une  langue  aussi  simple,  aussi  belle,  avec  i 
aussi  facile,  les  caractères  sont  très  heureux  pour  la  r 
tnre;  mais  il  me  paraît  essentiel  de  les  lier,  comme  o 
graphie.  Il  faut  lier  entre  elles  les  lettres  qui  concourei 
de  chaque  mot,  et  ce  sera  la  vraie  sténographie.  (Ai 
M.  Kerckboffs.  —  Je  voudrais  répondre  k  l'objection 
faite  au  Volaptlk  concernant  la  dérivation.  Elle  se  fi 
golarité  qui  ne  laisse  rien  à  désirer.  Le  Volapiik, 
naire  contient  13,000  mots,  n'a  pas  plus  de  800  racine 
y  sont  formés  comme  en  allemand  ou  en  grec,  oii 
fait  sentir  le  mieux  ;  je  crois  même  que  c'est  le  côté  c 
excellé.  —  J'aurais  été  enchanté  d'entendre  de  M.  Mal( 
du  Volapiik;  je  dois  conclure  de  ses  diverses  observation 
guère  rien  k  redire.  (Rirei.)  Il  aurait  bien  voulu  que  le 
sent  pas  été  prises  dans  les  tangues  existantes  ;  mais 
un  inconvénient  assez  sérieux  pour  empêcher  l'adopU 
universelle.  Il  nous  parle  d'un  congrès;  —  je  no 
parvienne  jamais  à  réunir  un  congrès  international  po 
vance  une  langue.  Réunissez  uu  congrès  lorsque  vous  i 
toute  faite.  Les  Volapïlkiates  ont  décidé  qu'un  congre 
1889  ;  les  délégués  des  cinq  parties  du  monde  s'y  tr 
pour  examiner  l'œuvre  de  M.  Schleyer.  M.  Maldant 
sera  difficile  de  faire  adopter  le  Volapiik  par  les  au 
l'Europe,  les  Espagnols  entre  autres  ;  —  oh  bien  !  non 
en  présence  de  faits  qui  démentent  ces  affirmations.  ( 
j'ai  reçu  une  lettre  d'Espagne  m'informant  qu'une  s 
pUkîstes  vient  de  se  constituer  à  Madrid  ;  il  y  en 
autres,  vous  ai-je  dit,  répandues  dans  toutes  les  gr: 
l'Europe. 

Je  veux  encore  faire  une  observation,  au  sujet  de 
M.  Maldant.  Il  faut  que  la  langue  universelle  serve 
dance  télégraphique  :  il  importe  donc  que  vous  puise 
sans  difficulté  vos  mots  avec  les  caractères  télégraphiqi 


—  744  — 

Un  Membre.  —  Avec  le  système  Morse,  on  supprime  bien  les  lettres 
latines,  on  peut  bien  les  remplacer  par  les  lettres  Maldant. 

M.  Kergkhoffs.  — Oui,  mais  vous  êtes  obligés  d'établir  un  système 
spécial  ;  il  serait  bien  plus  simple  d'adopter  nos  caractères  français. 

M.  Màldant.  —  Je  voudrais  rappeler  seulement  au  tableau,  pour 
un  instant,  en  quoi  consistent  ces  caractères  dont  on  a  Tair  de  faire 
si  grand  écueil.  Voici  tous  les  caractères  avec  lesquels  on  peut  écrire 
la  langue  internationale  : 

0    C    I    1 

Voilà  tous  les  caractères  ;  il  n'y  en  a  pas  d'autres  ;  c'est  fini  !  (Ajh 
plaudissements.) 

U  est  impossible  de  trouver,  sans  parti  pris,  que  ces  caractères-là 
sont  compliqués  et  trop  difficiles  à  apprendre.  Quoiqu'ils  ne  soient 
pas  nombreux,  ils  ont  de  grandes  qualités  :  ils  sont  simples  ;  ils 
peuvent,  tous,  s'écrire  d'un  seul  trait  de  plume  ;  toutes  les  lettres 
se  font  donc  d'un  seul  coup.  La  lettre  la  plus  compliquée  est  celle-ci  : 
1.  Ces  lettres  ont  encore  un  avantage,  c'est  d'établir  une  distinction 
entre  les  voyelles  et  les  consonnes.  Voici  deux  lettres,  ronde  ou 
demi-ronde,  0»  C»  c®  sont  les  voyelles;  voici  deux  lettres,  une  droite 
et  une  droite  avec  crochet.  Il  ;  ce  sont  les  consonnes .  Il  est  impos- 
sible de  les  confondre. 

Ce  crochet  sera  tantôt  en  haut,  à  gauche  ou  à  droite,  tantôt  en  bas, 
à  gauche.  Il  exprimera  diff'érentes  lettres  suivant  ses  différentes 
positions,  mais  c'est  toujours  le  même  caractère  qui  sert,  et  sans 
aucune  confusion  possible. 

Maintenant,  on  a  cité  tout  à  l'heure,  avec  beaucoup  de  raison,  an 
nom  que,  pour  ma  part,  je  respecte  profondément,  c'est  le  nom  de 
l'abbé  Sotos  Ochanbo  :  c'est  un  Espagnol  qui  a  fait  peut-être  la  langue 
internationale,  à  mon  sens,  la  plus  intéressante  et  la  plus  habile  qui 
ait,  jusqu'ici,  été  imprimée.  Dans  cette  langue,  je  me  suis  rencontre 
sur  quelques  points,  avec  lui,  par  suite  de  circonstances  bien  extraor- 
dinaires, car  je  connaissais  le  nom  de  M.  Ochando,  mais  je  n'avais  pu 
me  procurer  rien  de  ce  qu'il  avait  écrit,  quand,  parmi  les  personnes 
qui  ont  bien  voulu  me  faire  l'honneur  de  venir  me  voir  récemment, 
s'est  trouvé  un  monsieur,  qui  est  ici  présent,  et  qui  m'a  dit  :  il  y  a 
quelque  chose  de  très  .curieux  dans  vos  caractères  ;  ils  ressemblent  en 
partie  aux  caractères  de  M.  Ochando  ;  connaissez-vous  son  ouvrage?  — 
J'ai  répondu:  non;  j'ai  fait  toute  espèce  d'efi'orts  pour  me  le  procurer, 
et  je  n'ai  jamais  pu  y  parvenir.  —  Il  m'a  dit  :  j'en  ai  un  exemplaire, 
et  je  vous  le  ferai  voir.  —  Et  il  m'a  communiqué  cet  ouvrage.  Ses 
caractères  ont  un  élément  de  similitude  avec  les  miens,  ce  qui 
prouve  que    les  mêmes    idées,  même   chez    des    gens  qui   ne  se  sont 


—  74S  — 

jamais  vus  et  n'ont  jamais  eu  entre  eux  aucun 
rencontrer. 

L'alphabet  de  l'abbé  Ochando  ne  distingue 
consonnes  :  il  n'a  que  des  caractères  droits,  ma 
chets.  Voilà  tout  son  alphabet  :  1,1,  \_.  C'est  e 
le  mien,  mais  cela  prête  à.  quelques  confusions,  et 
de  vue-là,  il  y  a  grand  avantage  à  adopter  i 
pour  distinguer  voyelles  et  consonnes.  Ce  qu'il  y 
surtout  l'inciiDaison  du  même  caractère  ;  ainsi, 
une:  1  ;  j'incline  de  45  degrés,  environ, le  caractère 
je  fais  c;  en  l'inclinant  de  45  degrés  dans  l'autr 
et,  pour  f,  je  le  mets  horizontal  __.  Voua  voy 
confusion  possible.  L'abbé  Ochando  a  placé  um 
tères  de  la  même  façon  ;  de  sorte  que  nous  nous 
csord  sans  nous  être  jamais  vus  ni  connus.  Nom 
la  même  idée;  car  notre  alphabet  date,  à  p< 
époque  :  11  n'a  adopté  que  la  ligne  droite,  tandis 
voyelles  des  consonnes,  chose  capitale  selon  moi. 

M.  Saillabd.  —  Je  demanderai  à  M.  le  Prés 
prendre  la  parole.  Je  ne  suis  pas  Ingénieur;  on  v 
de  langue  universelle.  Mais  si  M.  Kerckhoffs  a 
l'exposé  du  Volapîik  que  j'ai  appris,  et  je  ne  suis 
de  deux  heures,  nous  lisions  déjà  des  morceaux 
dire  que  le  but  du  Volapiilc  est  de  faire  une  lau 
selle,  —  je  préfère  le  mot  de  langue  internati 
merciale. 

Comme  le  disait  tout  à  l'heure  avec  heaucou 
général  Tcheng-Ki-Tong,  il  faut  faire  une  lai 
qui  sont  en  jeu  dans  le  monde,  et  le  Volapiik 
demandées.  On  a  reproché  au  Volapiik  ses  racir 
les  prendre,  en  majeure  partie,  à  l'Allemand; 
ont  appris  l'allemand  verraient,  si  elles  étudiaic 
a  beaucoup  plus  de  racines  anglaises  que  de  rat 
phahet,  comme  l'écrit  le  Volapiik,  est  écrit  par 
lation  terrestre; le  russe, aujourd'hui, s'écrit  avec 

Comme  cet  alphabet  du  Volapiik  nous  est  coni 
les  populations  qui  habitent  le  globe,  je  ne  voi. 
le  prendrait  pas. 

On  a  reconnu  que  la  langue  latine  n'était  plu 
langue  internationale.  Les  premiers  éléments  di 
seignés  à  Paris,  en  premier  lieu,  par  M.  Kerc 
répandu  sa  méthode  parmi  des  jeunes  gens  d': 
qui  ont  pu,  non  pas  le  parler,  mais  l'écrire  et 
de  six  leçons,  sans  aucune  difficulté.  Voilà  ce  q 


—  746  — 

M.  P«scE.  —  Messieurs,  à  la  suite  de  cette  longue  discussion,  vous 
vous  êtes  probablement  posé  la  même  question  que  moi,  sur  la  langue 
universelle  :  la  langue  internationale  est-elle  bien  nécessaire?  (Rires), 
Est-elle  surtout  pratique?  Plus  on  connaît  de  langues,  moins  on  sent 
le  besoin  de  cette  langue  internationale.  Toutes  les  personnes  qui  en 
connaissent  un  certain  nombre  n'éprouvent  pas  le  besoin  d'avoir  onc 
langue  internationale.  (Bruit.) 

C'est  un  simple  point  d'interrogation  que  je  pose.  En  admettant  que 
cette  langue  fût  nécessaire,  il  faudrait  la  considérer  à  un  point  de  vue 
plus  élevé  que  celui  auquel  on  s'est  placé  jusqu'à  présent^  à  un  point 
de  vue  philosophique,  et  voir  à  quels  besoins  elle  doit  répondre  :  c'est 
au  besoin  de  relations  de  peuple  à  peuple.  Il  faut  donc  tenir  compte  des 
besoins  des  différentes  nationalités. 

Je  trouve  dans  le  Volapuk  un  premier  défaut,  c'est  qu*il  part  de 
l'alphabet  latin.  Si  Ton  considère  avec  un  esprit  libéral  quelles  sont 
les  nations  qui  occupent  la  surface  du  globe  et  à  quels  besoins  répon- 
drait cette  langue,  il  faut  se  rappeler  que  les  trois  quarts  du  globe 
terrestre  sont  occupés  par  les  Orientaux,  et  un  quart  seulement  par 
les  Occidentaux.  [Bruit.)  ' 

M.  LE  PflÉsiDENT.  —  Je  demande  encore  une  minute  d'attention  à 
l'Assemblée,  pour  entendre  M.  Cotard  et  M.  Casalonga,  qui  ont  demandé 
la  parole. 

M.  Pesce.  —  M.  Kerckhoffs,  au  contraire,  prend  des  radicaux  dans 
les  langues  occidentales;  il  prétend  qu'une  langue  formée  avec  trois 
ou  quatre  langues  occidentales  s'imposerait  au  reste  du  monde.  C'est 
peut-être  autoritaire  ;  c'est  peut-être  juste,  puisque  souvent  la  force 
prime  le  droit;  [Bruit.)  mais,  je  crois  que,  dans  ce  cas,  la  chose  no 
serait  guère  réalisable. 

M.  le  général  Tcheng-Ki-Tong  a  dit,  avec  beaucoup  d'esprit,  que 
ce  qui  régit  le  monde  aujourd'hui,  c'est  l'intérêt.  Si  l'on  veut  faire 
une  langue  nouvelle,  chacun  partira  de  sa  langue  propre,  à  moins 
d'avoir  le  sentiment  de  M.  Maldant,  qui  a  eu  le  courage  de  dire  que 
le  patriotisme  était  un  sentiment  relativement  étroit.  L'égoïsme,  par- 
tant de  l'individu,  s'étend  à  la  famille,  à  la  patrie,  au  monde  :  c'est 
pourquoi,  dans  l'établissement  d'une  langue  universelle,  il  faudrait 
faire  entrer  en  ligne  de  compte  tous  les  peuples,  aussi  bien  Orientaux 
qu'Occidentaux.  (Bî'uit.) 

M.  LE  Président.  —  M.  Cotard  a  la  parole. 

M.  Cotard.  —  Messieurs,  il  y  a  une  idée  qui  doit  nous  frapper,  — 
car  cette  salle  entend  habituellement  des  études  plus  particulièrement 
techniques,  —  il  y  a  une  idée  qui  doit  nous  frapper,  en  écoutant  ces 
discussions  :  c'est  que  les  Ingénieurs,  en  facilitant,  par  leur  indos- 
trie, les  communications  sur  la  surface  du  monde,  ont  donné  tout  à 
coup  au  problème  social  des  relations  internationales  une  importance 


KZ-". 


'J 


—  747  — 


considérable.  Les  populations  qui  n'avaient,  naguère,  aucun  contaetr 
sont  mises  aujourd'hui  en  rapport  par  rétablissement  des  chemins. d^ 
fer,  des  bateaux  à  vapeur  et  des  télégraphes;  de  sorte  que  cette 
idée  de  langue  universelle  moderne,  qui  est  à  peine  ébauchée  aujouiv 
d'hui,  ne  peut  manquer  de  s'imposer  tôt  ou  tard.  Cela  est  tellement 
vrai,  qu'autrefois,  dans  notre  France,  ou  n'apprenait  que  le  latin., 
le  grec  et  le  français  et  qu'aujourd'hui,  on  sent  la  nécessité  d'intro- 
duire l'étude  des  langues  vivantes.*  On  peut  se  demander  si  c'est  un 
bien,  et  noua  avons  peut-être  plus  de.  raison  que  d'autres  de  nous  le 
demander.  En  Orient,  à  Constantiuople,  en  Russie,  les  personnes  qui 
sont  un  peu  répandues  dans  le  monde  sont  obligées  de  savoir  cinq  oXfi 
six  langues,  et,  quand  nous  allons  à  l'étranger,  je  crois  que  beaucoup 
de  Français  l'ont  éprouvé,  on  est  pris  d'un  sentiment  d'inquiétude, 
je  ne  dirai  pas  de  honte,  en  se  demandant  :  —  mais,  est-ce  que  la 
quantité  des  langues  que  l'on  sait  serait  une  mesure  du  développe- 
ment intellectuel?  —  Voilà  la  question  qui  se  pose,  à  savoir  :  si  la 
multiplicité  des  langues  apprises  est  un  bien  ou  un  mal,  et  s'il  ne 
serait  pas  préférable  de  bien  savoir  sa  langue  propre,  sa  langue  ma- 
ternelle, la  langue  avec  laquelle  on  vit  et  on  meurt,  et,  avec  cela,  de 
posséder,  en  outre,  une  langue  unique,  universelle  ,  internationale, 
(Applaudissements).  On  satisferait  ainsi  pleinement,  par  ces  deux  ex- 
pressions de  la  pensée,  au  double  sentiment  qui  honore  toutes  les 
nations,  celui  de  la  Patrie  et  celui  de  l'Humanité.  (Bravo I  Bravo!  Ap- 
plaudissements,) 

Il  y  a  un  mot  qui  a  été  prononcé  ici,  apporté  de  l'autre  bout  du 
monde,  par  l'homme  distingué  que  nous  avons  le  bonheur  d'avoir  par- 
mi nous,  c'est  le  mot  humanité.  Ce  mot  est  né  en  France;  d'autres 
peuples  le  prononcent,  c'est  nous  qui,  les  premiers,  lui  avons  donné 
son  sens  élevé  de  solidarité  et  de  continuité  humaine,  c'est  nous  qui 
l'avons  appris  aux  autres  peuples.  La  langue  Française  a  été  pour 
ainsi  dire,  la  langue  universelle,  pourquoi?  c'est  qu'au-dessus  des  ques- 
tions d'intérêt  et  de  patriotisme  étroit,  elle  a  su  porter  au  monde 
entier,  sur  ses  ailes  légères,  les  belles  et  généreuses  pensées  d'huma- 
nité qui  font  l'honneur  et  la  véritable  gloire  de  notre  pays.  (Sensa- 
tion. Applaudissements.) 

Ce  sont  les  idées  d'humanité  qui  ont  rendu  notre  langue  universelle, 
et  la  langue  française  conservera  ce  caractère  de  langue  universelle, 
à  condition  que  les  idées  étroites  ne  pénètrent  pas  dans  notre  pays. 
(Bravo!  Bravo!'  Vifs  applaudissements,)  Il  y  a  donc  un  grand  intérêt 
dans  la  haute  question  qui  a  été  soulevée  ici,  et  qu'il  ne  faut  pas 
faire  dévier  par  d'autres  questions  qui  se  trouvent  en  jeu  et  qui  ont 
failli  apporter  quelque  trouble  dans  une  salle  où  il  n'y  en  a  jamais  eu. 
Je  dis  que  cette  question  est  de  la  plus  grande  valeur,  parce  qu'elle 
touche  au  dévelpppement  intellectuel  de  l'humanité.  Personne  ne  contes- 


^«• 


—  748  — 

tera  qu'un  citoyen  n'aime  son  pays,  sa  famille,  sa  langue  ;  c'est  sa  per^ 
sonne  même  ;  il  ne  peut  penser  que  dans  sa  langue.  Mais,  à  côté  de  cela, 
il  y  a  les  relations  humanitaires;  et  la  science  qui  en  est  Torgane:  à 
mesure  que  l'humanité  sera  plus  instruite,  le  nombre  des  savants 
augmentera  partout.  Prenons  garde  d'être  devancés  par  les  autres  qui 
sont  peut-être  plus  attentifs  et  plus  désireux  de  s'instruire  que  nous, 
qui  vivons  pleins   de  confiance   sur  un  passé  intelligent.  {Applaudis- 

m 

semenh,) 

Pensons  que  si,  par  les  efforts  d'un  grand  citoyen  de  l'humanité,  on 
trouve  un  moyon  de  relations  qui  soit  commun  à  toutes  les  populations 
de  la  terre,  il  sera  reçu  à  bras  ouverts  par  tout  le  monde,  parce  qu'il 
sera  un  moyen  de  communication,  de  paix  et  de  science  ;  par  conséquent 
j'applaudis  aux  efforts  faits  dans  ce  but;  qu'ils  viennent  de  Chine,  d'An- 
gleterre, ou  d'ailleurs,  cela  m'est  égal  ! 

Nous  ne  sommes  mus  que  par  cette  pensée  d*avoir  une  langue  com- 
mune et  de  répondre  à  l'épouvantable  légende  de  la  Tour  de  Babel,  qui 
a  jeté  la  confusion  sur  la  terre.  {Applaudissements  prolongés.) 

M.  LE  Président.  —  M.  Casalonga  a  la  parole. 

M.  Casalonga.  M.  le  Président,  il  est  bien  tard,  et  par  suite  de  l'im- 
pression que  vient  de  produire  M.  Cotard  sur  l'Assemblée,  je  crois  que, 
si  j'abusais  de  la  parole,  je  perdrais  une  excellente  occasion  de  me 
taire. 

J'aurais  voulu  cependant  dire  quelques  mots,  pour  ne  pas  laisser 
tomber  complètement  dans  l'oubli  la  mémoire  de  Sudre;  il  me  semble 
que,  dans  cette  discussion,  on  ne  s'est  pas  assez  occupé  de  cet  inven- 
teur. Depuis  1827  jusqu'à  1867,  toutes  les  classes  de  l'Institut  de 
France,  plusieurs  commissions  d'offîciers  généraux,  diverses  Acadé- 
mies, plusieurs  Jurys  d'Exposition,  à  Paris  en  1855,  à  Londres  en  1862, 
La  Société  d'Encouragement,  le  Ministère  de  l'Instruction  publique, 
n'ont  cessé  de  décerner  des  éloges,  des  encouragements,  et  jusqu'à  un 
prix  de  10,000  francs  à  la  méthode  de  Sudre  :  et  je  m'imagine  que  si 
cet  inventeur  eût  été  vivant,  et  présent  ici  ce  soir,  il  eût  défendu  avec 
succès  cette  langue  universelle  qu'il  avait  si  bien  combinée  et  perfec- 
tionnée, et  dont  un  Dictionnaire  existe  dans  plusieurs  bibliothèques  de 
l'État. 

Je  regrette  qu'il  n'y  ait  pas  ici  quoiqu'un  de  ses  élèves  pour  défendre 
sa  méthode,  comme  j'ai  essayé  de  le  faire  la  dernière  fois.  J'avais 
pris  alors  la  parole,  comme  aujourd'hui,  à  la  fin  de  la  séance,  et  je 
n*ai  pu  entrer  dans  de  longs  développements.  Le  peu  que  je  connais 
de  cette  langue  me  permet  de  croire  qu'elle  mérite  une  sérieusse  atten- 
tion et  qu'elle  répond  avec  succès  aux  critiques  qui  ont  été  adressées 
au  Volapiik  et  à  la  langue  de  M.  Maldaut. 

Sudre  adopte  un  alphabet  simple  :  les  sept  notes  de  la  musique  ;  et, 
en   ce    qui  concerne  le  nombre  de  combinaisons  auxc^uelles   ces   sept 


—  749   - 

not«8  peuvent  doDDer  lieu,  il  est  plus  q 
ckhoiTs  disait  que  son  dictionnaire  coiu] 
Je  crois  que  ce  système  de  Sudre  pourri 
gâtions  d'une  langue  universelle. — J'aui 
mais  l'heure  est  avancée,  je  ne  veux  pas 
l'Assemblée  en  continuant. 

M.  LK  Pbésidkht.  —  Dans  tous  les  cas,  c 
eue  M.  Casalonga  de  parler  &  la  an  de 
Sudre,  puisque  c'est  la  langue  de  l'harm 
cette  pensée  doit  contribuer  à  effacer  I 
produites  sur  notre  mer,  habituellement  i 
(Applaudùsemenit.) 

Je  demande  la  permission  de  remercier 
prendre  part  à  la  discussion,  et  de  rem 
Il  ne  d'agit,  dans  la  question  soulevée,  n 
de  science,  et  surtout  d'industrie  et  de  c 

Si  la  langue  universelle  parvient  jami 
ordre  de  conceptions,  qu'elle  sera  utile  t 

La  séance  est  levée  à  onze  heures  et 


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MÉMOIRES 

ET 

COMPTE  RENDU  DES  TR^ 

DE   LA 
SOCIÉTÉ  DES  IHQÉNXEUBS  CIVILS 

DÉCEMBRE  1885 


Sommaire  des  st^aoccs  du  mois  de  di^cembre  : 

i"  Souscription  officielle  de  la  Société  pour  IV'rectic 
tue  à  Denis  Papin,  dans  la  Cour  d'honneur  du  Conse 
Arts  et  Métiers  [séance  du  4  décembre,  page  755). 

2"  Souscription  spontanée  dps  membres  de  la  Socié 
victimes  de  la  catastrophe  de  Chancelade  (séance  du  i 
page  756). 

3°  Communication  de  M.  A.  Bonnet  sur  l'organi; 
service  mécanique  du  nouvel  Hôtel  des  Postes  {séance  i 
bre,  pages  7S6  à  760). 

4"  Observation  de  M.  A.  Quéruel  sur  la  communie; 
dente  (séance  du  4  décembre,  page  760). 

5"  Exposé  de  la  situation  financière  de  la  Société, 
Loustaa,  trésorier  (séance  du  18  décembre,  pages  762 


—  754  — 

6^  Election  des  membres  du  Bureau  et  du  Comité  pour  TanBee 
1886  (séance  du  18  décembroi  page  766). 

Pendant  le  mois  de  décembre,  la  Société  a  reçu  : 

1°  Du  Ministère  des  Travaux  publics,  un  exemplaire  do  VAlbwn 
de  staiistique  graphique  pour  1884. 

2*^  De  M.  Ernest  Polonceau,  membre  de  la  Société,  un  exem- 
plaire du  Catalogue  des  objets  exposés  dans  le  pavillon  de  la  Société 
autrichienne-hongroise  privilégiée  des  chemins  de  fer  de  TEtat,  à 
l'exposition  internationale  de  1885,  à  Budapest. 

3°  De  M.  Hersent,  membre  de  la  Société,  un  album  do  photo- 
graphies représentant  les  nouvelles  installations  maritimes  d'An- 
vers, dans  Tordre  de  leur  développement,  de  1877  à  1884; 

4"  De  M.  Hauet,  membre  de  la  Société,  un  exemplaire  de  sa 
Note  sur  le  Chemin  de  fer  de  grande  ceinture  de  Paris  ; 

5^  De  M.  0.  Keller,  ingénieur  des  Mines,  un  exemplaire  de  son 
Exposé  des  résultats  de  l'enquête  concernant  Idge  et  la  durée  du  ser- 
vice des  mineurs  et  un  exemplaire  de  son  Rapport  à  M.  le  Ministre 
des  Travaux  publics  sur  la  statistique  des  caisses  de  secours  pour  les 
mineurs  et  des  autres  institutions  de  prévoyance  ayant  fonctionné  sur 
les  houillères  en  1882  ; 

6^  De  M.  Melon,  membre  de  la  Société,  deux,  exemplaires  de  sa 
Note  sur  la  ventilation  des  ateliers  industriels  au  moyen  de  l'aéro- 
phore  : 

7°  De  la  Société  technique  de  l'industrie  du  gaz  en  France,  un 
exemplaire  du  compte  rendu  du  douzième  Congrès,  tenu  les  16  et 
17  juin  1885,  à  Bordeaux  ; 

8°  De  M.  Lucien  Wyse,  membre  de  la  Société,  un  exemplaire 
de  son  ouvrage  sur  le  Canal  de  Panama  ; 

9°  De  M.  Georges  Bianchi,  membre  de  la  Société,  un  Mémoire 
relatif  à  la  barre  de  Rio-Grande  du  sud  (Brésil)  ; 

10**  De  M.  Parent,  membre  de  la  Société,  un  exemplaire  de 
l'ouvrage  M.  le  docteur  ^Paul  Redard,  médecin  en  chef  des  che- 
mins de  fer  de  TÉtat,  sur  la  désinfection  des  wagons  ayant  servi 
au  transport  des  animaux. 


Kir*'-. 


RESUME 

DES 


PROCÈS -VERBAUX  DES  SÉANCES 


DU  MOIS  DE  DÉCEMBRE  1885 


séance  de  4  iftéeemlire    ISSS 


Présidence  de  M.  de  Combeagussie 

La  séance  est  ouverte  à  huit  heures  et.  demie. 

Le  procès  verbal  do  la  séance  du  20  novembre  est  adopté. 

M.  LE  Présibbnt  annonce  que  M.  Greiuer  a  été  nommé  officier  de 
l'ordre  de  Léopold. 

Il  signale  parmi  les  ouvrages  envoyés  à  la  Société  : 

Un  exemplaire  de  V Album  de  staiisiique  graphique  pour  1884,  adressé 
par  le  ministère  des  travaux  publics; 

Un  exemplaire  du  catalogue  des  objets  exposés  dans  le  pavillon  de 
la  Société  autrichienne-hongroise  privilégiée  des  chemins  de  fer  de 
rÉtat,  à  l'Exposition  internationale  de  1885,  à  Budapest,  adressé  par 
M.  Ernest  Polonceau,  membre  de  la  Société; 

Un  exemplaire  d'une  \ote  sur  le  chemin  de  fer  de  grande  cetnlure,  de 
Pari»,  par  M.  A.  Hauet,  membre  de  la  Société. 

On  trouvera  plus  loin  le  détail  des  dons  faits  à  la  Société. 

M.  LE  Peésident  croit  devoir  faire  part  à  la  Société  du  très  beau 
cadeau  que  vient  de  lui  offrir  M.  Hersent.  Il  a  bien  voulu  faire  ras- 
»embler  pour  nous  les  photographies  admirablement  venues  de  tout 
ce  qui  concerne  les  installations  maritimes  d'Anvers  ,  depuis  le  com- 
mencement des  travaux  jusqu'à  leur  achèvement. 

Ces  photographies  sont  renfermées  dans  un  magniâque  album  (jui 
restera  à  la  bibliothèque,  où  tous  nos  collègues  pourront  venir  l'admi- 
rer. (Très  bien!  très  bien!  Applaudissements,) 

M.  LE  Président  veut  dire  encore  à  la  Société  que,  à  la  suite  d'une 


s« 


—  7o6  — 

lettre  qui  nous  a  été  adressée  à  la  fois  par  M.  Féray,  sénateur,  pn^si- 
dent  de  la  Chambre  syndicale  des  Mécaniciens  ,  et  par  M.  Laussedai. 
notre  collègue,  Directeur  du  Conservatoire  national  des  Arts  et  Métiers 
et  membre  honoraire  de  la  Société ,  il  a  été  décidé  que  la  Sociéi»? 
souscrirait  une  somme  de  500  francs  pour  l'érection  d'une  statue  à 
Denis  Papin,  dans  la  Cour  d*honneur  du  Conservatoire.  Nous  avons 
déjà  souscrit  une  somme  de  500  francs  pour  l'érection  d^une  statue  :» 
Nicolas  Leblanc,  dans  renfoncement  de  gauche  de  la  cour  d^honneur; 
il  restait  une  place  libre,  à  droite;  il  fallait  combler  cette  lacune,  on 
choisissant  la  gloire  française  la  mieux  appropriée.  On  avait  élevé  une 
statue  à  un  grand  chimiste  sacrifié,  il  était  naturel  dVn  élever  une  à 
un  grand  mécanicien  malheureux. 

M.  Aimé  Millet  a  bien  voulu  donner  Pautorisation  de  faire  une  s«*- 
conde  coulée  du  bronze  qui  se  trouve  vers  le  haut  du  grand  escalier 
de  la  ville  de  Blois  ;  et  cette  somme  de  500  francs  que  nous  souscri- 
vons contribuera  à  donner  à  la  Cour  d'honneur  du  Conservatoire,  cet 
aspect  artistique  que  nous  serons  heureux  d'admirer  quand  nous  irons 
contempler  ces  deux  grandes  gloires  françaises. 

M.  LE  Président  a  enfin  un  vœu  à  présenter  à  la  Société  à  propos 
de  l'accident  de  Chancelade,  dont  nous  nous  sommes  déjà  entretenus. 

Il  y  a  deux  séances,  nous  avions  suivi  un  premier  mouvement,  après 
les  paroles  émues  de  M.  Durupt,  et  j'avais  dit  :  faisons  une   collecte. 
Un  membre  avait  pensé  alors  que  le  Comité  pouvait  intervenir  et  faire 
participer  la  Société  à  cette  œuvre.  Je  m'étais  arrêté  à  cette  solution 
par  respect  pour  le  Comité;  mais,  rentré  chez  moi,  jVi  compris  que  jo 
m'étais  laissé  entraîner  un  peu  trop  loin  ;  car  le  Comité  a  la  garde  de 
la  caisse  de  la  Société,  et  nos  ressources  seraient  bien  vite  épuisées,  si 
nous  entrions  dans    cette   voie.  Le    Comité   a  bien    voulu   adopter   un 
moyen  terme    et  autoriser,  pour  aujourd'hui  seulement,  une  souscrip- 
tion, dont  M.  Husquin  de  Rhéville,   notre  secrétaire-archiviste ,  ouvrira 
la  liste  à  son  bureau.   Ceux  des  membres  qui  avaient  voulu  apporter 
leur  obole,  s'inscriront  après  la  séance.  Il  n'y  aura  rien  de  personnel, 
et  nous  avons  prié  M.  Durupt  d'adresser  enPérigord  la  somme  recueillie, 
comme  collecte  faite  à  la  Société  des  Ingénieurs   Civils.  Le  Comité  a 
jugé,  avec  raison,  que  c'était  la  meilleure  manière  de  faire  participer 
la  Société  à  cette  œuvre  de  générosité.  Nous  avons  songé  à  la  gloire  eu 
souscrivant  pour  Denis  Papin  ;  je  crois  que  la  Société  voudra  bien  son- 
ger aujourd'hui  aux  malheureux  qui,  eux,  n'ont  pas  la  gloire  pour  se 
consoler  dans  leur  détresse.  {Bravo!  Applaudissements.) 

M.  LE  Président.  —  L'ordre  du  jour  appelle  la  communication  do 
M.  Bonnet  sur  l'organisation  et  le  service  mécanique  du  nouvel  Hôî<"l 
des  Postes,  faisant  suite  à  la  communication  de  M.  Guadet,  qui,  à  la 
séance  du  20  novembre,  nous  a  exposé  la  partie  esthétique  avec  lam- 


—  7S7  — 

pleur  que  voue  avez  appréciée.  M.  Bonnet  va  noua  faire  l'e: 
toute  la  partie  ménaniquc,  dont  la  coDcoption  lui  appartient. 

M.  Bonnet  à  la  parole. 

M.  BoNNKT  rend  hommage  au  talent  de  M.  tiuadet,  l'émine 
teote,  qui  a  bien  voulu  osposer  lui-même  les  idées  généralof 
prOsidé  à  l'établissement  du  projet  de  reconstruction  du  nou\ 
des  Postes. 

M.  BoNNBT  rappelle  qne,  pour  diverses  raisons  qui  ont  été  d 
lus  services  ont  dû  être  superposés,  de  là  obligation  de  Te 
moyens  puissants  pour  envoyer  les  produits  postaux  aux  diver 
Les  dispositions  mécaniques  employées  sont  considépi-es  par  M 
comme  la  véritable  clef  do  toute  l'orp:anisatiou. 

Lea  cori'esiwridanccs  sont  divisées  en  «  périodiijues  »  et  a 
dément.   » 

Pour  les.  p'I'riodiques,  il  y  a  un  premier  classement  fait  par 
nislrations  qui  expédient  les  imprimés.  Ce  classement  doit  < 
.•:ervé  et  il  faut  dos  appareils  spéciaux  pour  opérer  la  desc 
Imllots  qui  doivent  recevoir  lo  timbrage  dans  les  salles  du  so 

Du  sous-sol,  les  périodiques  doivent  être  expédiées  au  pren 
où  se  fait  le  «  départ.  » 

Le  troisième  étage  doit  être  réservé  aux  périodiques  pour 
soins  dos  dépôts  du  matériel  et  du  service  spécial  du  jour  de 

Le  "  transbordement  •>  n'a  d'envois  à  faire  qu'au  premier 
au  deuxième  étage.  Le  point  de  dépari  est  le  rez-de-chaussét 
vent  les  tîlburya  et  fourgons  do  la  poste. 

La  distance  des  deux  services  est  de  40"" ,60. 

M.  Bonnet  fait  remarquer  que  la  transmission  du  travail  d 
ces  deux  points  se  fera  facilement ,  si  l'on  peut  disposer  i 
entre  le  transbordement  et  les  périodiques.  Il  n'en  est  pas  aii 

Les  machines  des.  services  de  l'hôtol  ne  sont  pas  les  seul 
voir  dans  l'installation,  il  y  a  à  ajouter  les  machines  du  aerv 
matique  et  les  machines  motrices  des  dynamos  quand  le  uoi 
sera  éclairé  à  la  lumière  électrique. 

La  grande  façade  de  la  rue  Etienne-Marcel  a  seule  permi 
contrer  les  conditions  indispensables  au  groupement  des  ser 
teurs. 

Il  résulte  du  choix  Imposé  à  cet  emplacement  qu'il  y  a  un» 
de 

de  la  salle  des  machines  au  transbordement,  ce  qui  porte  à 

M"  M 
la  distance  de  cette  même  salle  des  machines  aux  périodiqu 


—  758  — 

M.  Bonnet  indique  qu'en  plus  des  services  des  périodiques  et  du 
transbordement,  il  faut  assurer  les  services  de  Peau  dans  l'hôtel. 

L'eau  de  POurcq  est  fournie  gratuitement  par  la  Compagnie  générale 
des  eaux.  Le  niveau  statique  est  très  variable ,  suivant  les  heures  de 
la  journée;  mais,  dans  tous  les  cas,  ce  nivean  ne  permet  pas  d^aii- 
menter  directement  le  premier  étage,  et  par  suite  le  deuxième  et  le 
troisième  étage  ;  il  y  a  lieu  d'établir  des  pompes  pour  envoyer  cett« 
eau  de  TOurcq  dans  les  réservoirs  établis  dans  les  combles. 

Le  service  d'incendie  est  assuré  indépendamment  du  service  inté- 
rieur par  des  conduites  spéciales  branchées  directement  sur  le  réseau 
de  la  Ville. 

Le  sous-sol  ne  peut  verser  directement  à  Tégout  les  eaux-vannes 
du  sou8*8ol  ;  ces  eaux  doivent  être  réunies  dans  une  citerne  et  de  là 
enlevées  par  des  pompes  qui  les  déversent  dans  l'égout  de  la  rue 
Etienne-Marcel. 

M.  Bonnet  passe  ensuite  à  la  détermination  du  travail  moteur  né- 
cessaire : 

1**  Aux  élévateurs  des  périodiques  et  du  transbordement; 

2®  Aux  services  des  eaux. 

1®  Travail  des  élévateurs,  —  Lorsqu'il  s'est  agi  de  fixer  les  chiffres 
devant  servir  à  établir  le  projet  définitif,  on  a  demandé  à  la  Direc- 
tion des  Postes  le  mouvement  de  détail  des  produits  postaux  pendant 
vingt-quatre  heures.  Les  résultats  des  essais  qui  ont  été  faits  ont  servi 
à  établir  des  graphiques  qui  sont  mis  sous  les  yeux  des  membres  de 
la  Société. 

Les  unités  de  temps  et  de  quantités  qui  oiit  été  choisies  sont  les 
suivantes  : 

Le  quart  d'heure  pour  le  temps  ;  le  panier  d'un  modèle  spécial  sur 
roulettes  pour  les  quantités. 

Le  chargement  maximum  d'un  panier  est  de  170  kilogrammes ,  ce 
qui  constitue  un  poid  brut,  panier  et  chargement,  de  200  kilogrammes. 

De  ces  graphiques,  il  résulte  que  le  maximum  de  travail  se  produit 
pour  le  soir  de  6'Sl5'  à  6**, 30'  au  moment  du  départ  des  courriers;  sa 
valeur  est  de 

581  kilogrammètres  par  seconde. 

On  peut  remarquer  que  c'est  le  service  du  transbordement  qut  a  la 
plus  grande  importance,  à  la  Poste. 

2®  Travail  des  services  des  eaux. 

En  ce  qui  concerne  l'eau  d'Ourcq,  d'après  les  niveaux  qu'il  s'agit  de 
desservir,  le  travail  se  trouve  être  calculé  de 

9  chevaux  environ  sur  l'arbre  de  la  machine  motrice. 


(les  eAnx-vaDQes,  le  calcul  ne  donoe  que 

1  cheval  euviron, 

La  puissaDcc  de  la  machiae  motrice  est  alora  déterminé' 
coDsidératioDS  suivantes. 

Le  service  des  élévateurs  demande  : 
1  381  kilogram mètres  par  seconde,  non  compris  aucun  terme 
ment. 
L'administration  a  cru  devoir  prendre  un  coefficient  de  séc 
à  2  en  doublant  toat  le  matériel  et  en  exigeant  les   essais 
semble. 
On  a  donc  45  chevaux  utiles  et,  avec  un  rendement  de  ffO 

90  chevaux  sur  l'arbre. 
Avec  le  service  des  pompes,  la  puissance  totale  est  de 
90  -f  9  +  1  =  100  chevaux. 

H.  BoNNKT  passe  ensuite  à  l'examen  du  mode  de  transmis! 
puissance  motrice  aux  élévateurs  qui  sont  situés  aux  distances  i 
et  dl*>,82  de  la  salle  des  machines.  Après  avoir  discuté  lei 
connus  aujourd'hui  et  employés  industriellement,  il  conclut  â 
de  l'eau  sous  pression  de  30  kilogrammes  par  centimètre  cari 

11  indique  ensuite  le  programme  qui  a  été  imposé  par  l'ad 
tion  pour  l'établissement  des  machines  et  des  pompes,  ainsi 
les  élévateurs. 

Pour  les  machines  motrices,  l'emplacement  disponible  a  dét 
groupement  du  système. 

Les  accumulateurs  de  pression  sont  dans  la  chambre  des  ii 
ce  qui  a  conduit  à  adopter  deux  étages  pour  l'ensemble  des  p 
dos  machines.  Les  pompes  «ont  en  batterie  et  en  partie  plac 
la  passerelle  du  service  des  machines. 

Les  conditions  de  marche  intermittente  ,  résultant  des  gra 
indiquent  que  la  mise  en  route  doit  Hrc  facile  en  tous  les  poi 
course  des  pistons.  On  est  donc  amené  à  constituer  chaque  g 
deux  machines  Jumelles  avec  manivelles  à  90°  agissant  sur  u 
arbre. 

11  y  a  quatre  pompes  à  mettre  en  mouvement  par  une  c( 
directe;  la  dispositiou,  qui  se  présente  naturellement  comme 
un  groupement  facile  et  symétrique,  est  celle  qui  serait  formée 
machines  Compound,  chacun  des  quatre  cylindres  comman 
pompe. 

Les  machines  sont  du  système  Woolf,  les  petits  cylindre 
[laut  les  pompes  de  compression  de  l'eau   motrice   des   élevât 


—  760  — 

^ands  cylindres  donnant  le  mouvement  aux  poj;npe3  de  l'eau  d'Ourefi 
et  d'eiiux-vannes. 

La  pression  de  la  vapeur  à  l'entrée  des  cylindres  est  de  8  kilo- 
grammes par  centimètre  carré. 

Il  y  a  deux  groupes  semblables  afin  de  constituer  un  rechange  en 
cas  d\accident. 

Les  accumulateurs  peuvent  fournir  Teau  nécessaire  au  fonctionnement 
des  élévateurs  pendant  3  minutes  30  secondes ,  temps  pendant  lequel 
Tun  des  groupes  peut  être  mis  eu  route  s'il  arrive  un  accident  à  Tautre 
groupe. 

L'eau  de  condensation  doit  être  rejetée  aux  égouts  à  la  tempéra- 
ture de  30*  centigrades  ;  elle  est  fournie  par  un  puits  artésien  foré  par 
l'administration  des  Beaux-Arts  (Rires.  Pourquoi  les  Beaux-Aris  ?). 

M.  Bonnet.  —  C'est  l'administration  des  Beaux-Arts  qui  est  chargée 
de  la  construction  et  de  Tinstallation  de  THôtel,  et  Tadministration  des 
postes  et  des  télégraphes  rec-oit  THôtel  construit,  complètement  installa 
et  prêt  à  fonctionner,  clefs  en  mains.  Voilà  la  véritable  situation. 

M.  Bonnet  explique  ensuite,  sur  les  dessins  exposés  devant  les  mem- 
bres de  la  Société,  les  détails  de  la  canalisation  dans  la  chambre  des 
machines,  puis  il  passe  à  la  description  des  élévateurs  des  périodiques 
ot  du  transbordement,  et  des  dispositions  spéciales  qui  ont  été  adop- 
tées, pour  le  service  même  et  pour  la  sécurité  des  employés  des  postes. 

M.  Bonnet  termine  en  donnant  tous  les  détails  de  Tingénieuse  appli- 
cation du  frein  Mégy,  faite  par  MM.  Sautter  et  Lemonnicr,  pour  opé- 
rer la  descente  des  ballots  remis  aux  comptoirs  des  périodiques,  sans 
modifier  le  classement  fait  par  les  administrations  qui  envoient  les  im- 
primés ou  échantillons  (Applaudissements), 

M.  LB  Président  remercie  M.  Bonnet  de  sa  très  intéressante  com- 
munication, qui  complète  colle  que  M.  Guadet  a  bien  voulu  faire.  Il  y 
aurait  certainement  lieu  de  demander  des  explications  et  d'ouvrir  une 
discussion  sur  ce  sujet  ;  mais  cette  discussion  sera  beaucoup  plus  précise 
quand,  sous  la  conduite  de  MM.  Guadet  et  Bonnet,  nous  aurons  visité 
l'Hôtel  des  Postes  ;  de  sorte  que ,  si  quelques  membres  désiraient  de- 
mander quelques  explications,  nous  leur  donnons  rendez-vous  à  une 
séance  ultérieure,  lorsque  la  visite  aura  eu  lieu.  Cette  visite  sera  d'ail- 
leurs annoncée,  pour  que  nous  puissions  profiter  en  grand  nombre  de 
cette  gracieuseté  de  M.  Guadet.  Nous  remercierons  ensuite  M.  le  Mi- 
nistre. 

M.  QuÉftUEL  demande  la  parole. 

M.  LE  Président.  —  M.  Quéruel  a  la  parole. 

M.  QuÉRrEL.  —  Il  est  certainement  désirable  qu'il  y  ait  une  dis- 
cussion sur  un  sujet  aussi  complexe  et  aussi  considérable  ;  mais  il  est 
une  question  qui  peut  être  posée  dès  ce  moment.  Il  y  a  un  point  qui 


-  76i  — 

a  fort  étonné  M.  Quéruel,  c'est  que  M.  Bonnet  ait  pei 
machines  à  vapeur  ,  toiles  qu'on  peut  les  construire 
maximum  de  rendement  de  vapeur  soit  à  dix  volun 
Cette  question  a  été  fort  controversée  ;  M.  Quéruel  pi 
réalisé,  depuis  sept  ou  huit  ans,  des  maxima  de  détent 
jusqu'à  vingt-cinq  volumes.  Il  lui  paraît  surprenant  qu 
soit  pas  au  courant  de  cet  avantage. 

M,  LB  Président  dit  que  M.  Quéruel  peut  faire  cei 
car  tout  membre  est  libre  de  présenter  des  observatii 
collègne  doit  être  sûr  que  M.  Bonnet  est  parfaitemen 
cette  question;  et,  s'il  a  employé  telle  ou  telle  dispos 
bien  certainement ,  il  en  a  pesé  tous  les  avantages  et 
vénients. 

Si  M.  Quéruel  avait  dit  :  Je  désirerais  que  M.  Bonm 
pourquoi  il  a  adopté  tel  ou  tel  système,  M.  Bonnet  po 
mais  venir  dire  à  brûle-pourpoint  :  Je  suis  étonné 
n'ait  pas  eu  connaissance  de  ce  perfectionnement,  M.  le 
qu'il  est  dangereux  de  parler  ainsi. 

M-  Bonnet  veut-il  répondre  un  mot  à  M.  Quéruel  ? 

M.  Bonnet  répondra  lors  de  la  discussion  générale. 

M.  LB  Président.  —  Nous  renvoyons  donc  ee  point 
discussion  générale.  M.  Quéruel  pourra  alors  renouve 
et  M.  Bonnet  aura,  sans  aucun  doute,  une  réponse  à 

Personne  n'a  d'autre  observation  à  présontep? 

Messieurs,  nous  remercions  ei;oorc  M.  Bonnet ,  et 
nona  rendez-vous  k  une  séance  ultérieure ,  lorsque  no 
le  nouvel  Hôtel  des  Postes. 

La  séance  est  levée  à  dix  heures  et  demie. 


-  762  - 


•éance  «ta  lA  llëceHil»re  ISSS, 


Présidence  de  M.  de  Comberousse 

La  séance  est  ouverte  à  huit  heures  et  demie. 

Conformément  à  rarticle  17  des  Statuts,  M.  le  Trésorier  donne  com- 
munication de  l'exposé  de  la  situation  financière  de  la  Société. 

M.  LousTAU  indique  que  le  nombre  des  Sociétaires,  qui  était,  au  19 

décembre  1884,  de 2068 

s'est  augmenté,  par  suite  de  nouvelles  admissions,  de.   .    .  lOi 

2170 

A  déduire  ,  par  suite  de  décès ,  démissions  et 

radiations  pendant  Tannée 89 

Nombre  total  des  Sociétaires  au  18  décembre  1885.        2081 

Les  recettes  effectuées  pendant  Texercice  de  1885  se  sont  élevées  à  : 

l<*Pour  le  service  courant  (droits  d'admission, 
cotisations,  locations  de  salles,  intérêts  d'obli- 
gations, vente  de  Bulletins,  annonces)  ....     78  203  81 

2"  Pour  le  fonds  social  inaliénable,  11  exoné-^  \         ^^^ 

rations 6  600    »       8  399  75/  ^*  ^^   '^ 

3*"  7  dons  volontaires 1  799  65) 

4°  Conversion  en  espèces  de  15  obligations 
au  porteur  provenant  du  legs  Le  Roy  ....       5  392  20 

Il  reste  à  recouvrer  en  droits  d'admission  et  cotisations*.     1-i  SU     « 

Total  de  ce  qui  était  dû  à  la  Société.   ...   106  819  79 

Au  19  décembre  1884,  le  solde  en  caisse  était  ] 

de 10  371  55/  .^2  gg    g. 

Les   recettes   effectuées   pendant    Texcrcice 

1885  se  sont  élevées  à 91  995  79 

A  reporter 102  367  34 


Report.    ...... 

Les  sorties  de  caisse  de  l'exercice  se  sont  élevées  à  : 

!•  Pour  dépenses  courantes  diverses  (impres-  \ 

siOQe,appointements,  contributions,  assurances,  j 

affranchissements,  inténîts  de  l'emprunt,  etc.).     79  262  09 

2"  Emploi  du  fonds  du  capital  inaliénable  :  \ 

rem  bourse  ment  de  10  obligations 6  000    », 

Il  reste  en  caisse  h,  ce  jour 

D'après  le  détail  de  la  situation  présentée  par  le  Trésor 
courant  et  le  capital  inaliénable  sont  constitués  de  la  manii 
£t  la  date  du  18  décembre  1883. 

L'avoir  du  fonds  courant  se  compose  : 

1"  De  l'encaisse  en  espèce 

2"  De  262  obUgationa  du  Midi,  aj'ant  coûté 

Total  du  fonds  courant 

'  La  Société  possède  en  outre  comme  fonds  social  inali 

i-  En  espèces 12  556  22] 

2"  19    obligations    du   Midi,  provenant   du  | 

legs  Nozo 6  000     .)) 

3"  Un  hôtel  dont  la  construction  acoftté.  .  218  706  90] 

sur  lequel  il  reste  à  payer 9  000    ») 

Total  de  l'avoir  de  la  Société 

M.  LE  PbésIdbnt  fait  remarquer  que  le  legs  Giffabd,  enc 
16  décembre,  ne  figure  pas  dans  lo  Résumé  qui  précède. 

M.  LE  Phésident  met  aux  vois  l'approbation  dos  compt 
rier  ;  ces  comptes  sont  approuvés  à  l'unanimité. 

M.  LB  Phësidbnt  remercie  m.  Loustau  de  son  zèle  et  de 
ment  ans  intérêts  de  la  Société. 

M.  LousTAu  demande  la  parole. —  Il  veut  annoncer  à  l'Âsi 
donne  sa  démission  des  fonctions  do  Ti'ésorier  qu'il  a  citer 
trente-quatre  ans,  c'cst-à-dirc  depuis  18o1.  11  croit  servir  le 
la  Société,  en  proposant  do  les  confier  à  un  plus  jeune  qi 
recommandant  la  candidature  de  M.  Hallopeau,  dont  le  mérl 
de  tous.  I Applaudissements.) 

M.  LB  Pbésidkht  exprime  les  regrets  que  cause  à  la  Soc 
gioQ  prise  par  M.  Loustau.  Il  espère  que  M.  LoUstau  pi 
noua  quitter  entièrement  et  noua  faire  profiter  encore  de  : 
et  de  son  dévouement.  (Approbation.} 


—  764  — 


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Il  csl  ensuite  procède  au  vote  pour  rélectioii  des  i 
et  du  Comité  pour  raniiûc  1886. 

Ces  élections  ont  donné  le  résultat  suivant  ; 


BUREAU 

Président  : 

M. 

Hbrsent  (Hildevert). 

Vke-Présidentx  : 

Sea 

MM 

Contamin  (Victor). 

MM.  Bertrand 

BrUll  (Achille). 

Clerc  (J, 

Eiffel  (Gustave). 

Vallot  (I 

Périsse  (Sylvain). 

Max  de 

Ti-e 

sorier  :  M.  Hallopeau. 
COMITÉ 

MM 

Bonnet  (Auguste). 

MM.  Carimani 

Mallet  (Anatole). 

Armengj 

Garnier  (Jules). 

Buquet  i 

Lavezzari  (Emile). 

Badois  ( 

Boistel  (Georges). 

Flachat 

Rey  (Louis). 

Boudeno 

RejmoDd  (Francisque). 

Reguard 

Herscher  (Charles). 

Moraodi< 

Cotard  (Charles). 

Hauet  {1 

Salomon  (Georges). 

Simon  (1 

L'ASSAINISSEMENT  DE  TOULON 


AVANT-PROJET 

DE 

M.  L'INGÉNIEUR  EN  CHEF  DYRION 


Note  par  M.  Alfred  Hauet 


Lorsqu'en  4884,  le  choléra  désola  le  midi  de  la  France,  faisant 
de  nombreuses  victimes  et  produisant  chez  les  populations  un  affo- 
lement qui  se  traduisit,  dans  certaines  villes,  par  un  exode  des 
habitants,  qu'on  devait  croire  incompatible  avec  notre  degré  de 
civilisation;  les  médecins  et  les  hygiénistes  pensèrent  que  l'insa- 
lubrité de  Toulon  pouvait  bien  n'être  pas  étrangère  à  l'éclosion  et 
surtout  à  la  propagation  du  terrible  fléau. 

Une  commission,  sous  la  présidence  du  maire,  se  réunit  à  Toulon 
le  26  juin  i885;  elle  était  composée  de  deux  médecins,  de  sept 
ou  huit  ingénieurs  de  TÉtat  et  de  trois  conseillers  municipaux. 
C'est  à  la  suite  de  cette  réunion  que  M.  l'ingénieur  en  chef 
Dyrion  dressa  l'avant-projet  dont  je  vais  donner  un  résumé  succinct. 

Quelques  mots  sur  Toulon  ne  seront  assurément  pas  superflus. 

On  connaît  la  situation  topographique  de  cette  ville  sur  la  côte 
de  Provence,  adossée  à  des  masses  calcaires,  avec  sa  grande  rade 
séparée  de  la  haute  mer  par  la  presqu'île  de  Cépet,  reliée  à  la 
terre  ferme  par  l'isthme  des  Sablettes,  de  formation  récente, 
n'ayant  que  200  mètres  de  largeur  et  2  mètres  de  hauteur  ;  sa 
petite  rade  au  nord  de  laquelle  se  trouvent  ses  ports  et  l'enceinte 
fortifiée  qui  enserre  la  ville  et  les  établissements  militaires. 


-  767  - 

Toulon  n'a  que  60  jours  de  ploie  par  an  et  le  mî 
froid  et  violent  qui  balaie  la  Provence,  a'y  aoufae 
s'il  ne  pleut  pas  souvent,  les  pluies  de  0"',04  par  hi 
pas  rares. 

La  Toulon  que  nous  connaissons  date  de  Louis  X. 
grosse  tour.  Q  existait  déjà  cependant  à  l'époque 
j'ai  lu  quelque  part  qu'il  y  avait  alors  une  teinbiret 
utilisant  le  petit  coquillage  appelé  murex. 

Henry  IV  s'intéressa  à  Toulon,  mais  c'est  Vauban 
qoi  firent  l'enceinte  actuelle. 

Nous  nous  rappelons  tous  les  deux  fameux  sièges 
celui  de  1707,  parce  que  les  femmes  aidèrent  les 
repousser  les  assiégeants  ;  —  celui  de  1793,  parce  ( 
mement  lié  à  la  fortune  naissante  de  Bonaparte  i 
.royalistes  d'Aix  et  de  Marseille  avaient  IKré  la  ville 

On  nous  a  appris  que  Bonaparte  qui  commanda 
par  intérim  émit  l'idée  que,  pour  se  rendre  maître  de 
il  fallait  prendre  le  fort  de  l'Eguillette,  réputé  impre 
raconte  que  ce  fut  un  capitaine  d'artillerie  du  nom  de 
dans  la  nuit  du  18  décembre,  monta  à  l'assaut  pend 
épouvantable,  surprit  les  occupants  et  les  chassa,  C' 
la  flotte  ennemie. 

A  l'époque  contemporaine,  c'est  de  Toulon  que  pa 
de  600  navires  qui  alla  prendre  Alger;  c'est  à  T 
qu'on  arme  les  bateaux  et  qu'on  embarque  les  trou 
dans  le?  mers  d'Orient  à  la  conquête  de  terres  nou 
donc  d'intérêt  national  de  rendre  Toulon  salubre.  W 
eu  chef  Dyrion  nous  donne  les  renseignements  suiva 
salubrité  de  cette  ville. 

La  population  ci^'ile  est  de  58,000  habitants.  La 
temps  normal  est  de  33,8  par  1,000  habitants,  dont 
de  fièvre  typhoïde.  A  Londres,  pays  de  brouillard  e 
elle  n'est  que  de  23  pour  mille. 

La  mortalité  d'ensemble  pour  la  population  militait 
hommes  est  de  30,30  pour  mille,  dont  13,20  de  Mv 

La  moyenne  des  fièvres  typhoïdes  dans  l'armée  di 
de 3,30.  Tottlon,  arseual  nulitaire,  port  d'erabarquemiea 


-  768  — 

a  donc,  au  point  de   vue   du  typhus,  un   coefficient  de  mortalité 
quatre  fois  plus  désavantageux  que  le  reste  de  la  France. 

La  fièvre  typhoïde  ne  frappe,  à  Toulon,  que  les  étrangers  à  la 
ville.  M.  Galliot,  médecin  de  la  marine,  a  démontré  qauQc 
maladie  qui  atteint  les  toulonnais  daps  leur  très  jeune  âge  les 
vaccine  pour  ainsi  dire  et  les  met  à  l'abri  du  tj'phus. 

A  l'heure  présente,  sur  S,SOO  maisons  dont  se  compose  la  ville, 
à  rues  généralement  très  étroites,  il  y  en  a  3,000  qui  sont  complè- 
tement dépourvues  de  tout  ce  qui  constitue  Thygiène  la  plus  élé- 
mentaire, les  500  autres  ont  des  tinettes  ou  des  cabinets  d'aisances. 
Les  produits  nocturnes  de  ces  3,000  maisons  sont  jetés  au  rais- 
seau  et  se  rendent  partie  dans  la  vieille  darse,  partie  dans  les 
fossés  des  fortifications  de  l'Est. 

On  voit,  sans  qu'il  soit  nécessaire  d'insister,  ce  que  doit  être 
à  certains  moments  l'atmosphère  des  appartements,  celle  de  la 
rue  et  la  qualité  de  l'eau  des  puits. 

Nous  pouvons  nous  en  faire  une  idée,  en  été,  par  les  odeurs  de 
Paris  où  les  bouches  d'égout,  par  un  motif  que  j'ignore,  mais 
qui  doit  être  bien  puissant,  ne  sont  munies  nulle  part,  je  crois, 
des  fermetures  hermétiques  qu'on  rencontre  dans  quelques  villes  en 
province. 

De  cette  situation  de  Toulon,  M.  l'ingénieur  en  chef  Dyrion  con- 
clut que  la  chose  la  plus  urgente  à  faire,  c'est  de  recueillir  les 
eaux  salies  et  les  matières  alvines  dans  une  canalisation  souter- 
raine et  de  les  conduire  au  loin  en  mer  sans  laisser  séjourner  h^s 
unes  et  les  autres  ni  dans  les  appartements,  ni  dans  les  égouts  ; 
et,  cela  fait,  ou  en  cours  d'exécution,  de  s'occuper  de  Fhaussmani- 
sation  de  la  ville. 

Je  ne  vous  entretiendrai  que  de  la  chose  urgente. 

Quel  système  d'égouts  convient-il  d'établir?  C'est  la  première 
question  que  l'auteur  du  projet  s'est  posée  à  lui-même. 

Faut-il  des  égouts  recevant  en  même  temps  que  les  eaux  salies 
les  eaux  pluviales  ;  ou  bien  doit-on  s'en  tenir  à  des  égouts  recueil- 
lant seulement  les  eaux  salies  ?  C'est  à  ce  deuxième  parti  que  s  est 
arrêté  avec  raison  M.  Dyrion,  et  Ten semble  de  son  projet  peut  se 
résumer  ainsi  : 

Réunir  toutes  les  eaux  salies  et  matières  alvines  sur  un  point  Ae 
la  ville,  installer  en  ce  point  des  pompes  puissantes  et  refouler  le 


-  im  — 

liquide  jusqu'à  la  mer  avec  la  possibilité  d'utiliser  tout 
liquide  pour  l'irrigation  des  terres. 

En  quel  endroit  de  la  côte  peut-on  rejeter  les  eau 
PI.  d09). 

A  l'est,  la  plaine  de  la  Garde  a  une  grande  étendue, 
sont  argileux  et  peu  perméables  ;  d'autre  part,  le  cub^ 
devrait  être  déversé  à  la  mer  près  de  Sainte-Margoeri 
a  des  villas  nombreuses  qui  s'accommoderaient  mal  de  ( 
en  outre,  les  courants  renverraient  les  immondices  vei 
La  plaine,  entre  Ollioulles  et  Saint-Nazaire  à  l'ouest, 
bien  à  une  solution  technique  satisfaisante  ;  mais  ce  s 
tants  de  Saint-Nazaire  qui  se  récrient. 

Reste  une  troisième  solution,  au  suj,  qui  parait  la 
oelle  et  que  l'auteur  du  projet  adopte  parce  qu'ell 
conditions  de  refoulement  économique  etd'évacuatioi 
se  répandant  au  large  sans  incommoder  personne.  La 
14  k.  5  de  longueur  sans  dénirellation  bien  seusi 
PI.  109)  viendra  aboutir  au  sud  de  l'isthme  des  Sabl< 
de  la  batterie  des  Fabrégas. 

Ce  point  acquis,  il  convient  de  fixer  l'emplacement 
des  pompes. 

A  la  première  inspection  du  plan,  il  semble  que  le 
doit  être  choisi,  mais  en  étudiant  de  près  la  questio 
dérant  les  altitudes,  les  profondeurs  respectives  des  ti 
conduites;  cette  opinion  première  se  modifie,  d'autant  p 
la  conduite  de  refoulement  principale,  ii  ;  a  lieu  < 
conduit^  de  refoulement  accidentelle  pour  les  cas  extrai 
pour  l'écoulement  des  eaux  qui  arriveront  la  nuit.  Oi 
ainsi  à  faire  déboucher  cette  conduite  accidentelle  pa 
de  La  Malgue  à  l'extrémité  de  l'égout  existant  au  M 
la  sorte  les  deux  conduites  de  refoulement  formeron 
autour  de  la  ville.  L'auteur  du  projet,  tous  calculs 
par  raison  d'économie,  la  station  des  pompes  en  arrièi 
de  commerce  de  la  Hbode. 

Le  problème  ainsi  posé,  les  autres  inconnues  se  di 
l'aide  de  données  connues  ou  prévues  en  chiffres  d'une  ap 
suffisamment  voisine  de  la  vérité. 

La  population  de  70,000  habitants  comprend  10,000 


—  770  — 

logent  à   bord    et    10,000    suburbains;    c'est    donc    en   réalité 
50,000  habitants  qu'on  doit  desservir. 

Toulon  dispose  journellement  de  14,000  mètres  cubes  d'eau  ;  or, 
des  expériences  faites  en  1869  par  MM.  Mille  et  Durand-Claye  il 
résulte  que  le  débit  à  Textrémité  des  collecteurs  de  Paris,  est  de 
0,70  de  l'eau  distribuée.  A  Toulon  l'évaporation  sera  plus  consi- 
dérable ;  en  admettant  néanmoins  ce  coefficient,  on  voit  qu'il  faut 
pourvoir  à  l'enlèvement  de  10,000  mètres  cubes  par  jour  à  la  sta- 
tion des  pompes. 

Dans  ces  conditions,  en  supposant  que  les  tuyaux  couleront  à 
moitié  pleins,  en  fixant  les  pentes  des  collecteurs  principaux  et 
secondaires  de  façon  à  assurer  une  vitesse  de  0"*,75  qui  permet 
aux  immondices  de  parcourir  en  une  heure  le  trajet  qui  sépare 
l'extrémité  du  réseau  de  la  station  des  pompes,  M.  l'ingénieur 
Dyrion  donne  : 

Au  collecteur  principal,  qui  part  de  l'altitude  22'",64  pour  aboutir 
a  celle — 3  mètres,  un  diamètre  intérieur  croissant  de  0"",20  à  0",625  ; 

En  divisant  la  ville  par  sections  de  5  à  6,000  habitants,  il  donne 
aux  collecteurs  secondaires  un  diamètre  de  0™,20  à  0™,25  avec 
des  pentes  supérieures  à0,00o  pouvant  débiter  20  à  25  litres  ; 

Aux  branchements  de  canalisation  un  diamètre  ne  dépassant 
pas  0'"20; 

Aux  tuyaux  de  chute  0"™,10,  et  aux  siphons  des  éviers  et  des 
closets  de  0,07  à  0.10. 

Les  collecteurs  principaux  sont  prévus  à  2*", 50  de  profondeur 
mesurés  de  la  génératrice  supérieure  des  tuyaux. 

Les  collecteurs  secondaires  s'y  raccordent  de  façon  à  obtenir 
une  chute  de  la  hauteur  du  diamètre  à  l'entrée  du  collecteur 
principal. 

La  canalisation  sera  formée  d'éléments  rectilignes,  avec  regards 
à  chaque  changement  de  direction  espacés  entre  eux  de  60  à 
100  mètres  en  moyenne;  ces  regards  seront  recouverts  par  des 
plaques  en  fonte  (Fig.  3,  PL  109)  percées  d'ouvertures  concen- 
triques qui ,  grâce  à  la  vitesse  de  0^°,75 ,  formeront  appel  d'air 
entraînant  les  émanations  ;  une  gouttière  en  tôle  recueiQera  les 
détritus  ,  sable ,  etc.  ,  de  la  rue  et  les  empêchera  d'obstruer  la 
conduite. 

Il  y  aura  en  outre  en  tête   de  chaque  collecteur  une  chambre 


—  m  - 

de  chasse  de  5  mètres  cubes,  ainsi  qu'au  droit  des 
publiques  moDumeataies  qui  assureront  une  chasse 
heures.  Des  chambres  de  500  litres  (Fig.  8,  PI.  109 
à  l'extrémité  des  canalisations  de  rues  qui  ne  pou: 
Yoir  l'eau  d'un  collecteur. 

Toutes  ces  chambres  espacées  en  moyenne  de  45( 
alimentées  par  les  eaux  de  la  ville,  les  fontain 
pluviales  de  la  toiture  d'une  maison  sur  quinze  toi 
ment  dans  la  canalisation  et  pouvant  prendre  la  dirt 
seau  par  les  pluies  exceptionnelles. 

Les  dimensions  des  tuyaux  déterminées,  l'auteur 
des  considérations  générales  et  locales  très  étudiée: 
conclure  qu'on  pourra  faire  usage  de  tuyaux  en 
poterie  posés  au  ciment  sur  certains  parcours  ;  qu 
points,  il  conviendra  de  poser  des  tuyaux  en  pot 
dition  de  faire  tous  les  S  mètres  des  joints  en  coi 
et  argile;  et  enfin,  que  là  où  on  rencontrera  l'eau, 
devra  être  établie  en  fonte  ainsi  que  celle  des  coll 

Un  fait  signalé  par  M.  Dyrîon  pourrait  bien  fi 
adopter  la  fonte  d'une  manière  générale. 

A  Toulon  il  existe  peu  d'usines  susceptibles  d'en" 
acides  dans  les  conduites,  et  les  matières  alvines  e 
ront  un  volume  de  50  mètres  cubes  seulemen 
10,000  mètres  d'eau. 

Le  fait  signalé  est  celui-ci  :  une  conduite  en  i 
de  diamètre  sert  depuis  25  ans  à  l'écoulement  d'ui 
urinoir  n'est  pas  lavé  par  un  filet  d'eau,  on  l'aretiré 
intérieurement  d'une  crasse  qui  enlevée  âmisleméti 
voir  une  usure  de  1  millimètre  sur  le  fond  seules 
l'écoulement;  or,  ajoute  M.  Dyrion,  ce  tuyau  a  subi 
l'influence  de  tous  les  sels  et  acides  employés  ce 
tants  pendant  les  épidémies. 

Ainsi  que  nous  l'avons  dit  3,000  maisons  ayant 
étages  sont  dépourvues  de  tout  récipient  à  immonc 
sales;  il  ne  suffira  donc  pas  d'établir  des  canalisatio 
il  faudra  encore  relier  ces  canalisations  à  chacun  de 
3,000  maisons  et  d'un  certain  nombre  des  500  autres 
de  certains  appartements  est  telle  qu'on  ne  peut  ins 


—  772  — 

nets  à  rintéheur  et  que  les  jcttoirs  devront  être  appliqués  contre 
le  mur  à  Texténeur. 

M.  Dyrion  projette  des  tuyaux  de  chute  verticaux  allant  jusqu'à 
la  toiture  pour  Taération,  avec  branchements  aux  étages  et  réser- 
voirs de  chasse  (i). 

Au  bas  du  collecteur  principal  à  la  cote  —  3,  toutes  les  eaux 
arriveront  dans  une  chambre  d'épuration  (Fig.  4,  PI.  109)  divisée 
par  trois  grilles  destinées  à  arrêter  les  menus  détritus  de  cuisi- 
nes, papiers,  bouchons,  etc.,  pour  aboutir  au  puits  d'aspiration 
des  pompes  dans  lequel  des  boîtes  de  clapets  seront  placées  suivant 
une  ligne  d'axe. 

La  conduite  de  refoulement  (Fig.  2,  PI.  109)  dont  nous  avons 
parlé  précédemment  en  fonte  de  O'^yOO  de  diamètre  à  cordon  et 
emboîtement  avec  joints  au  plomb  sera  munie  de  vannes  et  de  ven- 
touses. A  son  extrémité,  en  avant  de  la  vanne  d'arrêt ,  se  trou- 
vera un  embranchement  aboutissant  au  sommet  d'un  mamelon  de 
30  mètres  de  hauteur. 

Cet  embranchement  sera  terminé  par  une  cheminée  de  7  mètres 
de  hauteur  qui  aura  pour  effet  de  régler  la  pression  dans  la  con- 
duite; un  flotteur  permettra  de  constater  la  charge  pendant  les 
irrigations,  cette  cheminée  servira  en  même  temps  de  soupape  de 
sûreté. 

A  l'arrivée  à  la  mer  sur  300  mètres  la  conduite  sera  plongée 
pour  atteindre  les  fonds  de  5  mètres  ;  dans  cette  partie  on  emploiera 
les  tuyaux  à  joints  sphériques  (2)  du  système  de  notre  confrère 
Badois  (Fig.  5,  PI.  109).  Le  liquide  mettra  sept  heures  à  faire  le 
trajet. 

Le  bâtiment  des  machines  aura  31'"50  sur  24'"50. 

Il  y  aura  3  machines  Compound  de  60  chevaux  sur  les  pistons, 
avec  pompes  en  prolongement  de  la  tige  de  piston  de  la  machine. 

Au  sujet  de  ces  machines,  M.  Dyrion  s'exprime  textuellement 
ainsi  dans  son  rapport  : 

«  Les  dimensions  des  pompes  et  des  machines  devront  être  déter- 

(i)  M.  Cerbelaud,  membre  de  la  Société,  donne  une  description  de  ces  chasses 
dans  les  annales  de  la  construction  d'Oppcrmann,  numéro  de  juin  1885. 

On  trouve  aussi  des  détails  sur  l'application  de  ces  réservoira  dans  le  bulletin 
de  la  Société  de  mai  1885.  Communication  de  M.  P.  GaérouU«  page  677. 

(2)  Des  applications  de  ces  joints  ont  été  faites  à  Corinlhe,  à  Panama,  à  Evieux 
et  &  Albiy  etc.,  etc. 


—  773  — 

»  minées  par   le  constructeur  auquel  seront  fixées  le; 
»  à  remplir.  Il  convient  de  lui  donner  toute  liberté  i 

Néanmoins,  M.  Dyrion  donne  un  calcul  de  la  mach 
données  sont  : 

100  litres  montés  à  30  mètres  (travail  maximum  à  r 
une  machine,) 

Travail  en  eau  monti^e,  40  chevaux, 

20  tours  par  minute, 

Travail  sur  le  piston  à  vapeur  40  x  1 ,50  =60 
4,S00  kilogrammètres. 

Pression  de  la  chaudière,  5  kilog., 

Introduction  dans  le  petit  cylindre,  0,40. 

Rapport  des  surfaces  des  cylindres,  3. 

Je  ne  parle  pas  des  bâtiments  qni  rentrent  dans  les 
nus  et  je  ne  mentionne  que  pour  mémoire  un  égoutpc 
pluviales  à  construire  sous  le  boulevard  de  Strasbourg 
type  de  Berlin  (Fig.  10,  PI.  109). 

En  résumé  la  dépense  de  construction  s'établit  ainsi 

Canali.-îation 955,69U 

Jonctions  des  mfûsons 78,125 

Station  des  pompes 258,926 

Machines 220.000 

Conduites  de  refoulement  ....  1,255.343 

Egout  du  boulevard  de  Strasbourg.  134,638 

2,903,725  f 
Somme  à  valoir  Vi»  environ,    ,    .         296,278 

3.200,000  fi 

La  dépense  à  faire  dans  les  maisons  peut  s'élever 
cas  à  140,  215,  325  et  260  francs,  correspondant  à  i 
d'eau  annuelle  de  6  francs  pour  les  premier  et  deaxit 
de  10  et  15  francs  pour  le  troisième  et  le  quatrième. 

Les  travaux  incombant  directement  aux  propriétaires 
monteront  à  environ  700,000  francs. 


—  774  — 

Quant  aux  dépenses  annuelles  d'exploitation  M.  Dyrion  les  fixe 
ainsi  : 

Personnel    23.000  fr. 

Charbon       33.000      comprenant  3,500 fr.  d'octroi 
(à  raison  de  2,500  kil.  par 
jour)  soit  90  francs. 

Divers       42.000 


Soit  en  chiffres  ronds      70.000  fr.  correspondant  à  1  1/2  0/0 
de  la  valeur  locative  des  maisons  de  la  ville. 

Un  chapitre  très  intéressant  du  projet  est  celui  relatif  à  Tutili- 
sation  agricole. 

M.  Dyrion  donne  d'après  le  docteur  Francklan,  la  réponse  à  la 
crainte  exprimée  qu'à  la  longue  les  irrigations  n'aient  des  effets 
funestes  et  puissent  engendrer  des  maladies  par  suite  de  la  pré- 
sence de  certaines  bactéries  dans  le  sevage,  j'emploie  ce  mot  usité 
chez  les  Anglais  à  défaut  d'autre  équivalent  en  français:  t  II  a 
»  été  maintes  fois  constaté  en  Angleterre  que,  même  infecté  par 
»  le  choléra  ou  la  fièvre  typhoïde,  le  sevage  n'a  jamais,  lorsqu'il 
»  a  été  employé  aux  irrigations,  transmis  de  maladie,  soit  à  ceux 
»  qui  vivent  sur  les  terres  arrosées,  soit  à  ceux  qui  en  consom- 
»  ment  le  produit.  » 

Le  cube  de  sevage  rationnel  paraît  être  de  8,000  mètres  par 
hectare,  M.  Dyrion  cite  ce  fait  de  terres  qui  ayant  reçu  7,500  mè- 
tres cubes,  ont  donné  le  même  produit  que  d'autres  analogues 
ayant  été  recouvertes  de  44,000  mètres  ! 

Le  prix  de  la  dépense  supplémentaire  pour  élever  les  eaux  dans 
les  terrains  à  irriguer,  est  évalué  à  0  fr.  03  le  mètre  cube,  corres- 
pondant à  une  redevance  de  220  francs  par  hectare.  Il  n'est  pas 
douteux  qu'à  ce  prix,  dit  l'auteur  du  projet,  avant  un  certain  nom- 
bre d'années,  tous  les  propriétaires  intéressés  s'empresseront  de 
demander  Teau  d'irrigation  et  on  n'aura  plus  rien  à  envoyer  à  la 
mer. 

Le  système  que  par  l'étude  et  le  raisonnement  M.  l'ingénieur 
Dyrion  a  été  amené  à  adopter  pour  la  réunion  des  eaux  vannes 
et  matières  alvines  sur  un  point  déterminé,  a  beaucoup  d'analogie 
avec  celui  qui  a  été  expérimenté  avec  succès  à  Paris  même,  dans 
le  quartier  du  Marais,  par  notre  confrère  M.  E.  Pontzen.  C'est  le 


-  775  — 

système  du  colonel  Geo,  E.  Waring  dont  M. 
sait  point  les  ouvrages,  système  dont  la  premii 
faite  à  Memphis  aux  Etats-Unis.  Memphis  ville 
était  insalubre  à  ce  point  qu'en  1879  la  questi 
agitée  de  savoir  si  on  ne  la  ferait  pas  disp: 
était  un  foyer  d'incubation  des  épidémies  méat 
du  Mississipi.  Dans  une  brochure  de  M.  Poatzei 
la  bibliothèque  de  la  Société,  on  trouve  des  Aé\ 
et  j'en  extrais  le  principe  fondamental  du  syst 
par  les  quatre  points  suivants  : 

1"  Emploi  pour  la  construction  des  égouts  de 
diamètre,  uniquement  affectées  à  l'évacuation 
des  matières  fécales,  à  l'exclusion  des  eaux  de 

2°  Ventilation  obtenue  dans  les  conduites  et 
ments  en  commuuication  avec  les  maisons  parti 
tain  nombre  de  prises  d'air  et  de  cheminées  d' 
dessus  des  toits; 

3"  Communication  directe  de  chaque  branchei 
la  conduite,  sans  interposition  d'aucun  diaphra] 
meture  hydraulique; 

4°  Lavage  journalier  des  conduites  aumoyeD 
quelles  on  utilise  l'eau  accumule  dans  des  résf 
origine  d'amont. 

Les  réservoirs  et  les  chambres  de  chasse  d 
ring  (Fig.  6  et  7,  PI.  109)  comme  dans  celui  a 
(Fig.  8  et  9),  quoique  d'un  dessin  différent,  i 
même  esprit. 

Pour  mettre  à  exécution  le  projet  que  je  vie 
incomplètement  peut-être,  on  conçoit  qu'il  est 
des  prescriptions  administratives.  M.  Dyrion  en  i 
plet,  ainsi  que  celui  du  projet  de  loi  qui  devn 
céder. 

Enfin,  un  dernier  chapitre  indique  les  fonnali 
d'arriver  à  la  promulgation  de  la  loi  à  interveni 
grâce.  —  Ces  formalités  minutieuses  sont,  jel 
de  la  chose  publique;  mais  il  arrive  quelquefoi 


—  776  — 

chargés  de  les  accomplir  s^arrêtent  plus  à  la  lettre  qu'à  l'esprit  qui 
les  a  dictées.  C'est  ce  qu'on  appelle  dans  le  langage  courant  :  les 
lenteurs  administratives. 

En  terminant,  je  crois  devoir  faire  remarquer  que  le  projet  de 
M.  Dyrion  est  surtout  un  programme;  que  cet  ingénieur  ne  préco- 
nise nullement  le  mode  d'exécution  directe  par  l'administration  et 
qu'il  semble  au  contraire  faire  appel  à  l'initiative  privée  ;  ce  qui 
nous  parait  à  nous  le  système  préférable;  les  ingénieurs  de  l'Etat 
exerçant  alors  une  mission  de  contrôle,  une  sorte  de  magistrature 
des  travaux  publics. 

Alors  qu'on  voit  chaque  jour  au  Journal  officiel  des  concessions 
de  chemins  de  fer  dits  d'intérêt  local  ou  colonial,  en  avance  d'un 
siècle,  peut-être,  sur  le  trafic  qu'ils  sont  appelés  à  desservir,  es- 
pérons que  l'assainissement  de  Toulon  n'attendra  plus  longtemps  sa 
déclaration  d'utilité  publique. 

Octobre  1885. 


OBSERVATIONS  TECHl 

A   PKOPOS   d'un 

MÉKOIRE  DE  m!  L'INGÉNIEUR  BQUDENO 


BISTRIBCÎM  DE  LA  FiCI  iîl) 

au  moyen  de  Tàir  rs 

PAH 

M.  PIARRON  DE  MONDE 


J'ai  In  avec  un  grand  intérêt  ce  mémoire  tr 
l'autear  est  en  même  temps  un  savant  et  un  ] 

Il  s'est  proposé ,  avec  le  concours  de  M.  '. 
petite  industrie  parisienne  un  moteur  4conomii 
basé  sur  une  différence  de  pression  de  3/4  d'à 

Pour  cela,  ces  ingénieurs  établissent  un  atelii 
une  pompe  d'extraclion  eniretient  une  pressio 
possible,  d'un  quart  d'atmosphère,  dans  une 
rameaux  viennent  se  terminer  aux  petits  mo 
dans  les  chambres  des  ouvriers. 

La  force  de  ces  petits  moteurs  peut  descei 
cheval,  et  même  au-dessous,  suivant  les  bes 
chambre. 

Comme  c'est  l'air  atmosphérique  lui-même 
du  moteur,  en  se  détendant  et  en  se  refpoidiss 
la  chambre  de  l'ouvrier  ne  peut  que  s'abaisseï 

Ce  sera  un  inconvf^nient  pendant  l'hiver,  ai 
rem^'dier  par  le  chauffage  ;'  mais   ce  sera  ui 

;il  Voir  lo  Bnlletin  de  mars  1885. 


—  778  — 

même  un  grand  avantage,  car  il  est  plus  facile  do  combattre  le  froid 
que  la  chaleur. 

Cette  application  nouvelle  comporte  une  grande  simplicité. 

Elle  est  hygiénique,  et  rendra  certainement  service  à  la  petite 
industrie  parisienne. 

Je  ne  m* étendrai  pas  davantage  sur  le  côté  pratique  de  la  queiMon. 

Les  observations  qui  vont  suivre  sont  de  Tordre  théorique.  El 
auront  trait  d'abord  au  fonctionnement  des  moteurs  en  chambre,  où, 
pour  me  servir  de  l'expression  de  l'auteur,  des  machines  réceptrices, 
puis  ensuite  au  fonctionnement  de  la  pompe  d'extraction. 

Les  valeurs  et  formules,  sur  lesquelles  je  baserai  mes  calculs, 
ont  été  publiées  dans  deux  communications  à  la  Société,  en  mars  et 
avril  1881.  Je  les  rappelle  ici  : 

1 

a  coefficient  de  dilatation  des  gaz — ^^^ 

^  270 

«r  pression  atmosphérique  harmonique  par  mètre  carré.    .  10,368^ 

Poids  atomique  de  Tair,  celui  de  Thydrogène  étant  i   .    .  i4  40 

Poids  du  mètre  cube  d'air  sous  la  pression  harmonique  rs 

et  à  la  température  o 1*^296 

Chaleur  spécifique  de  l'air  à  pression  constante . .   ^  - 

14. 4U 

1280 
E  équivalent  mécanique  de  la  chaleur 5—  =  426.6" 


Compression  des  gaz,  sans  chaleur  (loi  de  Mariette) 


p       /  y  V 

Compression  des  eaz,  avec  chaleur  (loi  nouvelle)  .    .    .  —     =  (  —  J 


1°  MACHINES  RÉCEPTRICES 

MM.  les  ingénieurs  Petit  et  Boudenoot  introduisent  d'abord  Taîr 
atmosphérique  moteur  à  pleine  pression  dans  le  cylindre  de  la 
machine  réceptrice.  Il  y  pénétre  ainsi  sur  une  certaine  longueur 

8  / 

arbitraire  /;  et  comme,  la  longueur  totale  du  cylindre  est  de  — , 

il  se  détend  ensuite  sur  la  longueur  — . 

3 

Dans  son  calcul,  M.  Boudenoot  suppose  que  Tair  se  détend,  sans 


^  779  — 

suAir  aucun  refroidissement,  et  suit  par  conséquent  la  lo 
dans  son  mouvement  de  détente. 

Je  vais  d'abord  reprendre  ce  calcul,  dans  cette  hypot 
simplifierai  autant  que  possible,  en  admettant  que  la  s 
du  cylindre  de  la  machine  réceptrice  soit  d'un  mètre 
prenant  pour  unité  de  travail  la  pression  atmosphérique 
c'est-à-dire  10,368  kilogram mètres. 

Soit  en  général  î>  sa  longueur  du  cylindre. 

Le  travail  dû  à  l'introduction  à  pleine  pression  d'ui 
d'air  sera  égal  à ,  ,  .  .  , 

Celui  dû  à  la  détente,  sur  la  longueur  X  —  d,  s' 
l'intégrale, 

7,  p  «^  y  • 

dans  laquelle  p  représente  la  pression  de  l'air,  supposé 
quand  il  occupe  le  volume  y ,  ou,  en  d'autres  termes, 
détendu  sur  la  longueur  y.  Or,  on  a,  dans  ce  cas,  sui 

Mariotte, 

p  y  —  i. 
L'intégrale  précédente  peut  donc  s'écrire  ainsi  : 


.ù 


Il  convient  maintenant  de  retrancher  le  travail  de  la 
sion  qui  est, 


eu  admettant  une  pression  constante  de  -r-   dans  la  ca 

Le  travail  total  est  donc  pour  un  cylindre  de  longue 
un  mètre  cube  d'air  atmosphérique  : 


r  =  4  + /jL 


=  i  +  I.  i  — 


—  780  — 


Pour  A  =  -,  on  a  : 


C'est  un  résultat  conforme  à  celui  donné  par  M.  Boudenoot, 
page  438,  et  multiplié  par  -77-. 

Quelle  est  maintenant  la  valeur  de  X  qui  correspond  au  maximum 
de  T? 

Elle  est  donnée  par  Téquation  différentielle, 

dT  =  ---  =  0. 

Cette  valeur  est  donc  X  =  4,  et  le  travail  correspondant  serait 
(1'«^)  T  (maximum)  =  /.  4. 

Il  est  presque  évident  a  priori  que  dans  un  cylindre  de  4° ,00  de 

longueur,  le  piston  n'arriverait  pas  à  fond  de  course,  la  pression  de 

i 

l'air  moteur  détendu   tombant   notablement    au-dessous  d*un  -j-, 

comme  nous  le  verrons  tout  à  l'heure. 

M.  Boudenoot  a  été  conduit  par  l'expérience  à  limiter  la  longueur 

g 
<le  son  cylindre  à  -^.  Dans  ces  conditions,  le  calcul  de  la  formule 

(ibis)  donne  approximativement, 

T  =  13,530  kilogrammètres  , 

résultat  théorique  qu'il  convient  de  multiplier  par  0.45,  pour  obte- 
nir le  résultat  pratique  qui  est  de  6,076  kilomètres  (page  396). 

Je  vais  maintenant  établir  le  calcul  du  travail  de  la  détente,  dans 
un  cylindre  de  longueur  X,  en  admettant  qu'elle  s'effectue  sans  au- 
cun gain  de  chaleur. 

Dans  ce  cas  le  premier  et  le  dernier  terme  de  la  formule  (1) 
seront  conservés  ;  mais  l'intégrale  ne  sera  pas  la  même. 

La  pression  p  de  Tair  détendu  sur  la  longueur   y,  ne  sera  plus 

1  1 

— ,  mais  bien  -^,  attendu  que  dans  le  cas  considéré  les  pressions 

ne  varient  plus  en  raison  inverse  des  volumes,  suivant  la  loi  de 
Mariette,  mais  en  raison  inverse  du  carré  des  volumes,  suivant 
la  loi  nouvelle.  (Voir  mes  Dialogues  sur  la  Mécanique). 


—  781  — 
La  nouvelle  intégrale  sera  donc, 


/> 


et  la  formule  doonant  le  travail  total. 


\^^^ 


La  longueur  À  correspondante  au  niaxim 
l'équation  différeotinlle, 


d'où  l'on  tire  x  ^  2. 

Le  travail  maximum  a  pour  valeur, 

(S*")  T  (maximum)  =  t —'-  — 

Celui  qu'on  obtient  avec  ta  longueur  À  = 

D'après  la  théorie  mécanique  de  la  chalei 
un  gaz  qui  sa  détend  est  représenté  par  I 
froid  de  la  détente. 

Dans  le  cas  qui  nous  occupe,  lo  travail 
tente  a  pour  expression  mécanique, 

Son  expression  calorifique  est 

E  c  B  0, 
(j  étant  le  degré  de  température  du  froid  d 
Je  puis  donc  calculer  a  par  l'égalité. 


En  donnant  aux  quatre  quantités  E,  c,  S 
ci-dessus,  j'obtiens,  tout  calcul  fait 

(3)  ô  =  270(^| 


—  782  — 

Pour  X  =  2,  on  a  e  =  136°  ;  pour  X  =  -q-,  o  =  llb''  75  ;  ot 

pour  le  cas  extrême  X  =  4  ,  ô  =  202®  50. 

Le  degré  de  froid  de  la  détente  d'un  gaz  ne  peut  dans  aucun  cas 

atteindre  270°  au-dessous  de  0.  (Voir  le  Dialogue  n°  16.) 

1 

Quant  à  la  pression  finale;  sa  valeur  est  y^  . 

PourX  =  2,  elle  est  égale  à  -j-,  et  le  piston  arrive  alors  à  la 

fin  de  sa  course  sans  contre-pression. 

8  9 

Pour  X  z=  -TT- ,  la  pression  finale   est  -^ ,  et  la  contre-pressiou 

serait,  -rrr —  =  -nT  y  plus  d'un  dixième  d'atmosphère.  Pour  le  cas 

1 

extrême  de  X  =  4,  la  pression  finale  serait  de  -j^  et  la  contre-pres- 

sion  de  -j^ . 

Telles  sont  les  indications  fournies  par  la  nouvelle  théorie  sur  les 
effets  de  la  détente  des  machines  réceptrices. 

La  pression  d'un  gaz,  qui  se  détend  en  vase  clos,  ne  varie  pas  en 
pratique  dans  la  proportion  inverse  du  volume,  suivant  la  loi  de 
Mariette,  par  la  raison  que  la  chaleur,  qui  peut  être  communiquée 
au  gaz  par  ses  enveloppes,  ne  saurait  compenser  le  froid  de  la  détente. 
Elle  varie  théoriquement  en  raison  inverse  du  carré  du  volume, 
suivant  la  loi  nouvelle  ;  mais  en  pratique  un  tel  effet  ne  peut  être 
réalisé,  par  la  raison  que  le  gaz  qui  se  détend  reçoit  toujours  de  ses 
enveloppes  une  certaine  quantité  de  chaleur. 

La  longueur  X  la  plus  favorable,  au  point  de  vue  pratique,  doit 
être  déterminée  par  des  expériences. 

Or,  il  résulterait  des  premières  expériences  de  MM .  Petit  et 
Boudenoot.  que  cette  longueur  la  plus  favorable  devrait  être  fixée  à 

—,  c'est-à-dire  à  2™.67,  pour  un  cylindre  d'un  mètre  carré  de  sec- 
tion droite. 

En  d'autres  termes,  MM.  les  ingénieurs  Petit  et  Boudenoot  pren- 
nent un  cylindre  d'une  longueur  quelconque  ;  ils  tracent  sur  sa  géné- 
ratrice huit  divisions  égales;    ils  introduisent  l'air  atmosphérique 


—  783  — 

moteur  à  pleine  pression  sur  lea  trois  premièi 
le  laissent  se  détendre  sur  les  cinq  dernières, 
g 
C'est  la  détente  aux  -. 

L'appareil  théorique  comporte  le  même  nom 

au  lieu  d'introduire  à  pleine  pression  sur  trois 

OD  introduit  sur  les  quatre  premières,  et  ou  la 

4 
quatre  autres.  C'est  la  détente  aux  ^  (1). 


2"  MACHINE  ASPIRAKT 


Le  problème  à  résoudre  ici  consiste  à  entn 
sation  une  pression  constante  d'un  quart  d'ati 
à  rejeter  au  dehors ,  par  un  appareil  extract 
en  excès  refoulée  par  tes  machines  réceptrices 
au  fur  et  à  mesure  que  cet  excédent  se  produit 

Pour  cela,  j'admettrai  que  la  canalisation 
centrale  par  un  cylindre  d'un  mètre  carré  d£ 
4  mètres  de  longueur. 

Une  soupape,'  ouvrant  de  dedans  en  dehors  < 
l'atmosphère  ambiante,  est  placée  au  fond  du 

Un  piston,  actionné  par  un  moteur,  refoule  e 
l'intérieur  du  cjlindre,  en  augmentant  succès 
qui  finit  par  atteindre  celle  de  l'atmosphère,  l 
pape  s'ouvre  et  le  piston  achèye  sa  course  e 
d'air  qu'il  a  comprimée  et  qu'il  rejette  dans  l'ai 

Le  calcul  de  cette  machine  a  été  fait  par  M. 
tant  que  la  compression  de  l'air,  dans  le  cjli 
développe  aucune  chaleur,  cet  air  étant  refroit 
par  des  injections  d'eau  froide . 

C'est  la  compression  dans  un  calorimètre. 

(1)  M.  Boudenoot  m'a  âcrit  i.  la  date  du  36  décembre 

dult  k  modifier  le  résultat  des  premières  expâriences  di 

4 
rapprocher  de  la  délenle  aai  ^. 


—  784  — 

Je  vais  d*  abord  reprendre  ce  calcul  en  supposant  que  Ja  pression 
de  la  canalisation  reste  absolument  constante. 

Quand  le  piston  aura  progressé  dans  le  cylindre  extracteur  sur 
une  certaine  longueur  y,  la  pression  p  de  Tair  comprimé  et  supposé 
complètement  refroidi  sera  donnée  par  la  loi  de  Mariotte  : 


1 

P(4  — Z^)=4X;|=1, 


1 

soit  p  =  7 


4—  y 
Le  travail  de  la  compression  sera  : 

-^  =  /.4-/.(4-j/oi. 

4  —  y 

Mais,  yoy  limite  où  Tair  comprimé  atteint  la  pression  atmosphé- 
rique, est  donné  par  l'équation  : 

4—^0=1,        soit      2/o-=3. 
L'intégrale  ci-dessus  aura  donc  pour  valeur, 

l.i  —  U  =  /.4. 

•> 
C'est  le  travail  nécessaire  pour  faire  franchir  au  piston  les  j  de 

la  longueur  du  cylindre. 

Pour  le  faire  arriver  à  fond  de  course,  il  faut  refouler  la  pression 
'atmosphérique  sur  la  longueur  d'un  mètre,  c'est-à-dire  développer 
un  travail  égal  à  1. 

D'autre  part,  la  pression  constante   de  la  canalisation  a  produit 

un  travail  égal  à  t  X  4,  c'est-à-dirç  égal  à  i ,  pendant  l'évolution 

du  piston. 

Ce  travail  devant  être  compté  en  moins,  on  voit  en  définitive  que 

le  travail  total  T  nécessaire  pour  rejeter  dans  l'atmosphère  4  mètres 

\ 
cubes  d'air  raréfié  à  la  pression  t,  au  moyen  d'une  pompe  dont  la 

chaleur  de  compression  serait  enlevée  au  fur  et  à  mesure  de  sa  pro- 
duction, est  précisément  : 

(4)  T  =  ?7  X  /.4  =  i  .386  X  10,368  =  i  4,370  kilo  mètre. 

C'est  le  résultat  final  indiqué  par  M.  Boudenoot  (page  409). 


—  78S  — 

Il  est  à  remarquer  que  le  travail  de  j 
à  celui  de  la  machine  réceptrice  dont 
gueur  4. 

Je  vais  main 
soudre  le  probl 
ci-contre  au  foi 
appliquer  la  m 
Un  cylindre 
teur  est  de  4 
mètres  cubes. 


i  r 


M. 


jaêlon  cd_ 

la  pression  t-  < 

J'enlève  le  i 
et  pour  maintei 
place  ce  fond 

dont  le  poids 

le  vide  sera  cei 

Le  problème 

le  piston  masi; 

cylindre,  en  c 

pression  73,   de  manière  à  forcer  la  soi 

le  volume  aérien  contenu  dans  le  cylinc 

Pour  obtenir  ce  résultat,  je  place  sur 

additionnel  q,  dont  je  déterminerai  plus 

Condamnons  d'abord  la  soupape  s  ,  et 

L'équilibre  du  système  sera  détruit. 

Le  piston  cd  va  descendre  dans  le  c; 

—  +  7  est  supérieur  à  la  pression  de  i' 

-r-   Il  tombera  d'une  certaine  hauteur 

■i 

s'arrêtera  dans  une  certaine    position  c' 
s'annulera. 

En    ce  moment  la  pression  de   l'air 

abcd,   îora  (t  +  ç)  ('4-  >'')>    confoi 

Lussac  ;  0  étant  le  degré  de  températurt 


—  786  — 

Le  piston  cdne  pouvant  rester  en  équilibre,  dans  la  position  <f  d, 
puisqu'il  est  sollicité  de  bas  en  haut  par  une  force  élastique  supé- 
rieure à  son  poids,  sera  remonté  jusqu'à  sa  position  primitive*  et 
l'air,  en  se  détendant,  reviendra  à  s^  température  primitive  o. 

Puis  le  piston  c  d  continuera  à  osciller  verticalement  entre  c  d  et 
c  d\ 

Ce  mouvement  oscillatoire,  qui  serait  perpétuel,  sans  les  résistan- 
ces passives,  est  la  conséquence  immédiate  de  ce  grand  principe  : 
Le  travail  mécanique  se  transforme^  mais  il  ne  s^anéantit  pas . 

Voici  comment  les  choses  se  passeront,  si  la  soupape  est  condam- 
née, quel  que  soit  d'ailleurs  le  poids  additionnel  g. 
Je  vais  d'abord  analyser  ce  mouvement  oscillatoire. 
Soit  P  la  pression  de  l'air  comprimé  sous  le  volume  (4  —  y), 

La  loi  de  Gay-Lussac  donne, 

La  loi  nouvelle  donne, 

(S)  P  =  ,/^-,- 

(4  —  y)* 

En  égalant  entre  elles  ces  deux  valeurs  de  P,  on  obtient  une  pre- 
mière équation, 

4 


(6)  •       (f+ç)(l  +  ,(.)=^, 


entre  les  3  quantités  g,  j/  et  e. 
On  en  obtient  une  seconde  en  posant, 

(7)  Ec80=(J+î)y. 

Celle-ci  exprime  à  volonté,  suivant  le  principe  fondamental  de  la 
Thermo-Dynamique  :  ou  bien  que  la  chaleur  de  compression  repré* 
sente  le  travail  perdu  pendant  la  période  de  compression,  ou  bien 
que  cette  même  chaleur  représente  le  travail  produit  par  la  détente. 

Les  équations  (6)  et  (1)  permettront  de  déterminer  y  et  6,  pour 
une  valeur  quelconque  de  q. 

Déterminons  d'abord  ce  poids  q  par  la  condition, 

P  =  tff. 


—  787  — 
L'équatioD  (b)  nous  donnera  de  suite, 

Ï  =  S. 
L'équatioD  (6)  se  réduira  alors  à, 


(ï  +«)   '■'  +  ">  =  "■ 


En  reportant  cette  valeur  de  -j-  +  (/  dan 
deviendra, 

EcSa  =  — ; . 

1  +  se 
n  est  facile  de  voir  qae, 

EcS_ 

avec  les  valeurs  données  précédemment. 
On  a  donc  finalement,  pour  déterminer  o, 

••  =  rTr«'     "»"   """'  + 

La  racine  positive  de  cette  équation  du  secon 

a  a  ^  1 ,  ce  qui  donne       &  ^  - 

Ce  résultat  est  conforme  à  la  théorie  expusc 
qo  15,  ou  l'on  démontre  que  le  degré  de  cha 

d'un  gaz,  dont  le  volume  est  réduit  de  2  à  1,  e: 

L'équation  (6)  nous  donne  enfin,  en  y  faisant 


.(!+,)== 


^-  4* 
Ainsi,  avec  un  poids  additionnel  q  =  -r-,  i 
chute  du  piston  c  d  snr  une  hauteur  de  S  mèti 


—  788  — 

i 

la  température  de  l'air  comprimé  au  degré   — ;  et  la  pression  de 

cet  air  échauffé  atteindra  une  atmosphère. 

Au  moment  où  la  vitesse  verticale  du  piston  c  d  s'annulera  en 
c'  d\  la  soupape  s  s'ouvrira,  la  pression  étant  devenue  égale  de  part 
et  d'autre.  Théoriquement  cette  ouverture  de  la  soupape  peut  être 
remplacée  par  Tenlèvement  du  fond  a  6  du  cylindre. 

Alors  l'air  comprimé  ne  trouvant  plus  de  point  d'appui  sur  le 
fond  du  cylindre  pour  remont-er  le  piston  c  d,  il  est  clair  que  ce 
piston  descendra  jusqu'en  a  6,  en  refoulant  dans  l'atmosphère  toute 
la  quantité  d'air  contenue  dans  le  cylindre. 

On  voit  ainsi  que  pour  résoudre  théoriquement  le  problème,  il 

suffit  de  remonter  un  poids  -^  à  la  hauteur  de  4  mètres,  c'est-à- 
dire  de  développer  un  travail  égal  à, 

(8)  T  =  rar  =  10,368  kilogrammètres. 

Ce  travail  est  un  minimum  théorique;  et  il  est  à  remarquer  qu'il 
est  précisément  égal  au  travail  théorique  maximum  de  la  machine 
réceptrice  donné  par  la  formule  (2  bis). 

Ici  se  terminent  les  observations  techniques  que  je  tenais  à  pré- 
senter à  la  Société,  au  sujet  de  l'application  de  l'air  raréfié,  comme 
moteur,  pour  la  petite  industrie  parisienne. 

C'est  un  complément  de  l'étude  théorique  de  M.  l'ingénieur  Bou- 
denoot. 

NeuiUy,  1)  juillet  1885. 


APPENDICE 

A  la  séance  supplémentaire  du  27  novembre  1885»  où  j'ai  eu 
l'honneur  de  donner  à  la  Société  un  résumé  de  ce  mémoire,  M.  le 
président  de  Comberousse  a  donné  connaissance  d'une  lettre  de  M. 
Mékarski  dans  laquelle  cet  ingénieur  établit  les  deux  propositions 
suivantes  : 

i^  Un  kil.  d'air  agissant  à  la  pression  atmosphérique  sur  un  pi^- 
iony  derrière  lequel  on  entretient  une  contre^pression  (fun  quart  dai- 


—  78Î)  — 

mosphère,  ne  fournit  ni  plus  ni  moins  de  travail 
quatre  atmosphères  agissant  sur  un  piston  soumi: 
pression  atmosphérique. 

2»  Inversement,  le  même  poids  d'air  pris  dans 
raréfié  à  vn  quart  d'atmostphére  et  refoulé  dans  l' 
pour  cette  opération,  autant  de  travail  moteur  qu 
kilogramme  d'air  atmosphérique  refouU  dans  vne 
atmosphères. 

Je  profite  de  rintervalle  de  temps  compria 
bre  1885  et  la  mise  à  l'impression  de  mon  mém 
torisation  de  notre  boQorable  président  de  181 
^pendice  dans  lequel  je  me  propose  de  discu 
les  deux  propositions  de  notre  collègue,  M.  M^ 

En  ce  qui  concerne  la  première ,  je  suis  ci 
avis. 

En  effet,  la  nouvelle  théorie  donne  pour  le  tri 
d'air  atmosphérique  dans  le  cvlindre  de  la  mac 
contre-pression  d'un  quart  d'atmosphère. 

M  ^  ■''  =  '-'-}• 

L'application  de  cette  théorie  à  un  mètre 
comprïmé  à  4  atmosphères,  dans  le  cylindre  di 
avec  contre-pression  d'une  atmosphère,  donner 

m  ^- =  «-*-'• 

c'est-à-dire  un  travail  quatre  fois  plus  grand. 

Donc  le  travail  par  kilogramme  d'air  moteu 
le  même,  dans  les  deux  cas,  comme  M.  Méli 
sa  première  proposition. 

Mais  en  ce  qui  concerne  sa  deuxième  propo: 
lement  de  son  avis. 

Dans  le  cas  de  l'air  raréfié,  j'ai  démontré  qm 
Tégalité  théorique  entre  le  travail  fait  à  l'usir 
vail  réalisé  par  les  machines  réceptrices,  ou 
vail  minimum  de  l'usine  centrale  et  le  travai 
chines  réceptrices. 

Avec  l'air  raréfié,quel  que  soit  d'ailleurs  le 


—  790  — 

on  peut  donc  obtenir  théoriquement  la  restitution  dans  la  machine 
réceptrice  du  travail  dépensé  à  l'usine  centrale. 

Mais  cette  restitution  théorique  n'est  possible  qu'avec  l'air  raréfié. 
Elle  est  impossible  avec  l'air  comprimé. 

Pour  le  démontrer  reportons-nous  à  Tunique  figure  de  ce  mémoire. 

C'est  un  cylindre  de  4  mètres  de  hauteur  et  dont  la  section  droite 
est  d'un  mètre  carré .  Sa  capacité  est  donc  de  4  mètres  cubes. 

Quand  il  est  rempli  de  4  mètres  cubes  d'air  raréfié  au  quart,  j'ai 
démontré  qu'il  suffisait  de  développer  un  travail  théorique  repré- 
senté par  1,  pour  expulser  dans  l'atmosphère  ambiante  ces  4  mètres 
cubes,  qui  se  résument  en  un  mètre  cube  d'air  atmosphérique. 

Supposons  maintenant  le  cylindre  rempli  de  4  mètres  cubes  d'air 
atmosphérique,  et  proposons-nous  de  réduire  les  4  mètres  d'air  en 
un  seul,  c'est-à-dire  d'obtenir  un  mètre  cube  d'air  comprimé  à  4 
atmosphères. 

Le  piston  jy  de  la  figure,  au-dessus  duquel  le  vide  existe,  de- 
vra être  remplacé  par  le  piston  ^;  et  pour  obtenir  le  résultat  cher- 
ché, il  nous  faudra  placer  sur  ce  piston  ^  un  piston  supplémen- 
taire égal  à  3  ^. 

Le  piston  total  4  ^,  suivant  la  théorie  exposée  ci-dessus,  des- 
cendra dans  le  cylindre  sur  une  hauteur  de  3  mètres,  et  l'air  réduit 
au  volume  d'un  mètre  cube,  s'il  conserve  intégralement  sa  chaleur 
de  compression,  se  trouvera  comprimé  à  4Y,  suivant  la  théorie  ac- 
tuelle,et  à  4*,  soit  16  atmosphères  suivant  la  théorie  nouvelle. 

Cette  pression  sera  réduite  à  4  atmosphères,  d'après  la  loi  de 
Mariette,  après  l'évanouissement  intégral  de  la  chaleur  due  à  la 
compression. 

Ainsi  pour  obtenir,  ou  pour  employer  une  expression  plus  pra- 
tique, pour  fabriquer  un  mètre  cube  d'air  comprimé  et  refroidi  à 
la  pression  de  4  atmosphères,  il  faudrait  développer  à  l'usine  cen- 
trale un  travail  représenté  par  l'élévation  du  poids  3  r^  à  la  hau- 
teur de  4  mètres,  soit  un  travail  égal  à  12,  puisque  nous  prenons 
ici  pour  unité  le  cr  kilogramme tre. 

Quel  sera  maintenant  le  travail  théorique  restitué  à  la  machine 
réceptrice? 

Il  est  donné  par  la  formule  (6);  et  si  nous  faisons  dans  cl^U  f^^r 


mule  À  =  2,  loDgueur  correspondant  à  la 


r  =  8  — ^  —  2  = 

D'où  il  résulte  qu'avec  l'emploi  de  l'f 
phères,  le  travail  théorique  développera  1 
alors  que  le  travail  restitué  par  la  macl 
que  4. 

Ce  qui   démontre  l'inexactitude  de  ta 
M.  Mékarski. 

Cela  du  reste  se  comprend  a  priori  et  i 
en  observant  que  dans  le  cas  de  l'air  rar^ 
pression  peut  être  utilisée  pour  la  proput 
sation  dans  l'atmosphère,  tandis  que  dans 
la  chaleur  de  compression  ne  peut  être  ul 
machine  réceptrice,  puisqu'elle  se  perd  pi 
radiation. 

Neuil 


EMPLOI  DE  LA  DYNAMITE 


POUR   LE 


SAUTAGE  DES  GROSSES  MINES 


PAR 

M.  G.  CERBELAUD 


On  a  beaucoup  parlé,  dans  ces  derniers  temps,  des  gigantesques 
travaux  sous-marins,  entrepris  dans  la  rade  de  New- York,  pour 
faire  sauter  les  récifs  de  Hell  Gaie  (porte  de  TEnfer),  qui  ren- 
dent la  navigation  dangereuse  en  cet  endroit. 

Les  publications  teahniques  ,  qui  ont  donné  une  description 
détaillée  de  cette  opération,  nous  apprennent  que  la  mine  qui  a 
fait  sauter  Técueil  de  Hell  Gâte  connu  sous  le  nom  de  Flood-Rock 
comportait  une  charge  totale  de  137  tonnes  environ  d'explosif, 
divisée  en  45,000  cartouches  de  3  kilogrammes  chacune.  Le  gé- 
néral Newton  qui  fut  chargé  de  ce  remarquable  travail  est  le 
même  qui  se  distingua,  il  y  a  quelques  années,  par  la  destruction 
des  rochers  de  Hallets  Points  voisins  de  celui  de  Flood-Rock.  Cette 
première  mine,  tirée  le  24  septembre  1876,  ne  contenait  que 
49,915  livres  d'explosif;  elle  constituait  la  continuation  du  travail 
de  déblaiement  sous-marin  de  Hell-Gale,  commencé,  il  y  a  déjà 
une  quarantaine  d'années,  par  un  de  nos  compatriotes ,  M.  Mail- 
lefert. 

Cet  événement  a  appelé  de  nouveau  l'attention  sur  les  ser\ices 
que  peuvent  rendre,  dans  les  travaux  publics ,  les  explosifs  mo- 
dernes, pour  le  sautage  des  mines  à  forte  charge  ou  grosses  mines. 
Ces  grosses  mines  sont  employées  avec  succès  toutes  les  fois  qu'il 


—  793  — 

s'agit  d'opérer,  d'un  seul  coup  et  sans  projec 
de  grandes  maases  de  tert-ains.  Ajoutons  qn 
sition  de  la  dynamita  employée  pour  les  tra 
on  peut,  comme  nous  le  verrons  plus  loin,  < 
sultant  de  l'explosion  en  blocs  plus  ou  moic 
l'usage  auquel  on  les  destine. 

Sans  parler  des  mines  exceptionnelles,  coi 
de  New-York,  il  nous  a  semblé  qu'il  pourrai 
dire  quelques  mots  d'opérations  de  sautage 
modestes,  mais  où  cependant  la  quantité  à't 
fois  est  encore  assez  considérable  pour  leurra 
mines,  et  qui,  dans  tous  les  cas,  se  rencontr 
la  pratique  ordinaire  des  travaux. 

L'usage  de  ces  sortes  de  mines  n'est  pas, 
veauté;  et,  en  France  même,  nous  pouvons  ( 
tranchée  de  Cerbère  (Pyrénées-Orientales)  ou 
mine  chargée  de  900  kilogs  de  dynamite,  1 
pour  l'extraction  des  blocs  destinés  au  port 
a  tiré  des  mines  chargées  de  d, 400  kilogs  do 

Quoi  qu'il  en  soit,  les  (/rosses  mines  n'étaii 
jusqu'à  ces  dernières  années,  que  l'exception 
nant  ce  procédé  tend  à  entrer  de  plus  en  [ 
courante  des  grands  travaux. 

A  Panama,  par  exemple,  on  a  déjà  fait  sa 
mines  pour  activer  l'avancement  des  trancl 
procurer,  en  même  temps,  des  matériaux  de 

En  Italie,  grâce  à  l'initiative  prise  par  1( 
Xobei  ,  l'emploi  des  grosses  mines  s'est  rapi 
port  de  Savone,  au  port  de  Gênes  et  dans  divi 
on  en  a  fait  usage. 

C'est  là  que  nous  choisirons  les  exemples  qi 
communication. 

Choix  de  la  dynamite  à  employer.  — 
grosses  mines  dont  nous  voulons  parler,  dise 
l'explosif  qu'il  convient  d'employer  pour  les 

Nous  ne  referons  pas  à  ce  sujet  l'histoire  d 
mération  de  leurs  avantages  relativement  à 
naire.  Cette  élude  est  déjà  connue  de  vous,  gi 


—  794  — 

travaux  et  commanications  de  nos  collègues  MM.  BruU,  Barbe, 
Caillaux  et  Aug.  Moreau. 

Nous  voulons  simplement  déterminer  la  raison  qui  fait  préférer 
pour  le  chargement  des  grosses  mines  Texplosif  désigné  sous  le  nom 
de  Dynamite  n°  3  de  Nobel. 

La  dynamite  n*  3  renferme  de  20  à  25  0/0  de  nitroglycérine 
associée  à  une  poudre  binaire  à  base  de  nitrate.  M.  BruU  donne  lâ 
composition  suivante  pour  la  dynamite  n""  3  fabriquée   à  Paulille  : 

Nitrate  de  soude.    .    .       70 

Charbon 10 

Nitroglycérine.    ...       20 

400 

La  chaleur  d'explosion  de  cette  substance  développe  740  calories 
et  le  volume  de  gaz  dégagé  est  de  370  litres  par  kilogramme  (1). 

C'est  un  explosif  à  faible  teneur  en  nitroglycérine  et  à  base 
active. 

L'effet  utile  obtenu  avec  cette  dynamite  employée  en  grande  quan- 
tité, est  assurément  supérieur  à  celui  de  la  dynamite  n'*!  (à  73  0/0 
de  nitroglycérine).  Il  s'agit,  en  effet,  de  soulever  une  grande  masse 
de  terrain,  pour  la  diviser,  la  fragmenter,  en  évitant  les  projec- 
tions, ce  que  la  dynamite  n°  4  produirait  infailliblement. 

Pour  nous  servir  d'une  comparaison  vulgaire,  qui  peint  bien  la 
différence  d'action  des  deux  dynamites ,  nous  dirons  :  pour 
briser  un  carreau,  il  suffit  d'un  coup  de  poing,  tandis  qu'une  balle 
de  revolver  le  traverserait  en  n'y  faisant  qu'un  petit  trou. 

Quelques  mots  de  la  théorie  de  Malher.  —  Un  praticien 
autrichien,  M.  Jules  Malher,  a  flonné,  sur  l'action  produite  par  les 
diverses  dynamites,  une  théorie  ingénieuse,  qui  peut  paraître  un 
peu  subtile,  mais  qui,  néanmoins,  se  vérifie  assez  bien  dans  la  pra- 
tique. 

«  Les  dynamites ,  dit-il  (2),  font  explosion  avec  une  immense 
rapidité,  et,  dans  un  temps  infiniment  court  la  décomposition  des 
gaz  s'opère,  qui  se  répandent  dans  toutes  les  directions  avec  une 

(1)  A  BrûU,  Étude  sur  la  nitroglycérine  et  la  dynamite.  (Extrait  des  mémoires 
de  la  Société  des  Ingénieurs  Civils ,  1875). 

(2)  Jules  Malher,  La  technique  de  sautage,  Vienne  1878. 


—  795  — 

force  QDiforme.  Il  en  résulte  qne  dans  U 
doit  QQ  espace  d'explosion  sphérique  dans 
Tait  la  charge,  dont  Pentourage  immëdîal 
quel  on    voit  des  fissures  radiales  et  tanj 

M  La  pondre  de  mine  fait  explosion  plu 
.  gaz  produits  agrandissent  l'espace  de  chai 
radiales,  qui  sont  progressivement  élargit 
ultérieurement. 

»  Dans  les  mines  sautées  ,  on  peut  o1 
vants  : 

1°  La  sphère  de  trituration, 

'i°  La  sphère  de  dérangement, 

3°  La  sphère  de  rupture. 

»  Plus  la  matière  explosive  était  brisai 
—  toutes  choses  égales  d'ailleurs,  —  les 
avec  un  décroissement  de  la  qualité  brisa 
décroissent  les  capacités  cubiqnes  des  de 
par  contre  croît  la  sphère  de  rupture. 

La  dynamite  n°  3  produira  des 

une  sphère  moyenne  de  dérangement  et  i 
rupture. 

n  La  dynamite  n"  1  (1),  au  contraire,  i 
plus  considérables,  un  dérangement  de  la 
petite  sphère  de  rupture .  La  dynamite  n' 
blocs  et  ébranlé  la  cohérence  de  la  masse 
les  pierres  en  résultant  peuvent  sen'ir  ( 
bâtir.  La  dynamite  n'^  i,  au  contraire,  ai 
Telles  ruptures,  réduit  par  conséquent  let 
ceaux  et  ébranlé  moins  loin. 

»  Cette  différence  dans  l'effet  produit  i 
deux  matières;  dans  le  n°  1  prévaut  la  qi 
dans  le  numéro  3  le  corps  absorbant  (un 
gée  mécaniquement).  Les  fortes  dynamii 
dynamites  n"  4  et  2 ,  triturent  et  rompen 
de  la  charge,  et  leur  effet  est  exactement 
et  4  (dynamites  faibles)  ne  triturent  que 
diat,  mais  font  des  ruptures  au  loin  vers  1 
;i)  La  djiiBm[t«  d*  1  est  tonnâe  de  75  0/0  de  i 


—  796  — 

»  En  un  mot,  Teffet  des  dynamites  fortes  est  brisant^  celui  des 
dynamites  faibles  poussant. 

»  Par  suite,  pour  percer  ou  foncer  des  puits  ou  galeries  étroi- 
tes dont  la  perforation  exige  beaucoup  de  temps  et  d'argent,  les 
fortes  dynamites  sont  préférables.  En  les  appliquant  exactement,les 
plans  avoisinants  ne  seront  pas  gâtés  et  les  travaux  subséquents 
faciles. 

»  Pour  l'élargissement  de  tunnels,  pour  l'exploitation  de  pierres 
de  taille  et  à  bâtir,  pour  de  larges  tranchées,  on  doit  préférer  les 
dynamites  moins  fortes. 

»  Pour  d'autres  corps,  il  faut  aussi  d'autres  dynamites  ;  ainsi, 
poar  faire  sauter  du  bois  ou  du  fer  par  des  cartouches  posées  li- 
brement sur  leur  surface,  on  se  sert  des  dynamites  les  plus  fortes, 
parce  que  dans  ce  cas,  on  n'a  besoin  que  de  la  force  brisante.  En 
général,  on  peut  dire,  en  principe,  que,  plus  il  faut  de  force  bri- 
sante ou  écrasante  pour  faire  sauter  une  mine,  plus  forte  doit  être 
la  dynamite,  et  par  contre,  lorsqu'on  n*a  en  vue  qu'une  simple  dis- 
jonction, moins  forte  doit  être  la  dynamite  à  employer.  » 

Description  de  quelques  grosses  mines.  —  Nous  arrivons 
maintenant  à  la  description  des  mines  italiennes  que  nous  avons 
citées  plus  haut.  Nous  nous  occuperons  successivement  de  la  Mine 
de  Vado,  pour  les  travaux  du  port  de  Savone;  de  la  Mine  de  Gènes, 
également  pour  les  travaux  du  port  de  cette  ville  ;  et  enfin  des 
mines  du  Bruciato  ei  du  Lodrino  inferiore^  pour  la  construction  dfs 
forts  dits  Pa^so  dcl  Giovo  dans  la  Ligurie. 

1^  Mine  de  Vado.  —  L'entreprise  Caréna  etParodi,  qui  est 
chargée  de  la  construction  du  nouveau  port  de  Savone,  tire  les  ma- 
tériaux nécessaires  à  ce  travail,  —  c'est-à-dire  les  blocs  et  les 
pierres,  —  de  la  carrière  de  Bergeggi,  située  sur  le  bord  de  la  mer 
en  face  le  phare  de  Vado. 

Outre  les  nombreuses  petites  mines  qu'on  creuse  dans  cette 
carrière,  on  y  établit  aussi  de  temps  en  temps,  surtout  dans  les 
endroits  où  les  parois  atteignent  une  certaine  hauteur  (30  à  50 
mètres),  de  grosses  mines  qui  avaient  été,  à  l'origine,  toujours 
chargées  avec  de  la  poudre  noire. 

C'est  au  mois  de  juillet  1883  qu'on  employa  pour  la  première  fois 


la  dynamite  peur  le  sautage  d'une  de  ces  gross 
ration  nécessita  l'emploi  de  3,000  kilogs  de  d; 

Installation  de  la  mine.  —  Dans  une  par 
35  à  40  mètres  et  à  8  mètres  au-dessus  du  nive! 
avait  d'abord  poussé  une  galerie  a  &  de  16  met 
âg.  1  et  2),  au  bout  d»  laquelle  on  avait  pratiq 
la  droite  une  galerie  transversale  c  d  d'une  Ion 
puis  on  avait  fait  un  ressaut  de  2  mètres  au-des 
transversale  et,  de  là  on  avait  continué  une  ga 
très  de  long,  dans  une  direction  parallèle  à  la 
16  mètres.  A  son  extrémité,  on  avait  pratiqué  i 
de  2  mètres  de  profondeur  et  de  1",S0  de  diamè 
comme  chambre  de  mine. 

Ainsi,  la  chambre  se  trouvait  à  4  mètres  au 
carrière  et  à  tl  mètres  dans  l'intérieur  de  la  ps 
une  hauteur  de  36  mètres  au-dessus  de  la  cham1 
au-dessus  du  sol  de  la  carrière.  (Fig.  2).  La  ligi 
tance  avait,  par  conséquent,  21  mètres. 

La  galerie  d'accès  avait,  sur  toute  sa  longuet 
bre,  2  mètres  de  hauteur  et  l'°,20  de  largeur, 
sant  de  beaucoup  celles  qu'on  devrait  employé 
chambre  de  mine  ne  se  trouvait  pas  dans  le  ro< 
une  couche  sableuse  d'environ  CiSO  le  traversai 
face,  à  quelques  mètres  au-dessous  de  la  galerii 
de  la  partie  supérieure  descendaient  des  Ôssun 
qui  pouvaient  faire  craindre  un  échappement  dei 
l'explosion.  En  résumé,  la  mine  ne  se  trouvait 
conditions. 

Calonl  de  la  charge.  —  Pour  calculer  la 
mite,  on  se  sert  de  la  formule 

dans  laquelle  P  est  le  poids  delà  charge  en  kilo( 
de  moindre  résistance  en  mètres,  et  c  un  coeffi 
la  nature  du  terrain  et  la  SQrte  de  dynamite  im 


—  798  — 

essentiel  de  le  déterminer  par  quelques  expériences   préliminaires 
et  en  observant  l'effet  des  premières  explosions. 

Pour  les  dynamites  faibles,  M.  Barbe  donne  pour  c  les  va- 
leurs suivantes,  qui  peuvent  servir  de  termes  de  comparaison  (i)  : 

Pour  une  vieille  maçonnerie  très  ferme  ...  1 ,00 

Pour  le  grès  dur 0,70 

Pour  le  grès  tendre 0,45 

Pour  les  roches  moins  résistantes 0,36 

C'est  en  appliquant  la  formule  précédente  au  calcul  de  la  charge 
de  la  mine  de  Vado  qu'on  détermina  le  chiffre  de  3,000  kilogs  in- 
diqué plus  haut. 

Chargement.  —  La  dynamite  arrivait  sur  les  lieux  dans  les 
caisses  qui  servent  ordinairement  aux  expéditions  de  'cette  matière. 
Chaque  cuisse  contenait  un  sac  paraf j3né  renfermant  30  kilogrammes 
de  dynamite.  Le  chargement  était  dans  ces  circonstances,  une  opé- 
ration très  facile.  On  forma  dans  la  galerie  qui  conduisait  à  la  cham- 
bre de  mine,  une  chaîne  d'ouvriers  lesquels  se  passaient  entre  eux  un 
sac  après  l'autre.  Le  chef  mineur  se  trouvait  seul  dans  la  chambre 
où  il  recevait  les  sacs  pour  les  placer  de  manière  qu'ils  fussent  bien 
adossés  aux  parois  et  bien  serrés  entre  eux. 

Lorsqu'il  y  eut  une  première  série  de  sacs  de  dynamite  sur  le 
fond  de  la  chambre,  on  installa  juste  au  centre  une  amorce  de 
fulmicoton  de  1  mètre  de  longueur,  qui  resta  debout  au  milieu  et 
qu'on  mit  en  communication  avec  plusieurs  capsules  qui  se  troa- 
vaient  unies,  à  leur  tour,  avec  un  fil  électrique  et  une  mèche  de 
gutta-percha.  Cela  fait,  on  continua  à  remplir  tout  le  vide  jusqu'à 
ce  que  la  chambre  contînt  toute  sa  charge  de  3,000  kilogs.  Cette 
première  partie  de  l'opération,  y  compris  l'amorçage,  fut  effectuée 
en  3  heures. 

Bourrage.  —  L'espace  vide  qui  restait  dans  la  chambre  au- 
dessus  de  la  charge  fut  rempli  avec  des  sacs  de  sable.  On  fit  en- 
suite une  première  clôture  consistant  dans  un  mur  de  ciment  pur 
de  2",50  de  longueur,  puis  on  continua  à  maçonner  la  galerie  avec 
des  pierres  et  du  ciment  jusqu'à   2  mètres  en  arrière  du  ressaut 

(1)  Barbe,  Manuel  du  Mineur.  Paris  1880. 


—  799  — 

et  à  partir  de  là  on  employa    simplement   de   la  maço 
pierre  sèche  jusqu'au  point  où  commençait  la  traverse, 
tre  le  mur  à  pierre  sèche  et  la  paroi  opposée  de  la  galei 
intercala,  comme  dernière  résistance,  de  forts  morceaux 
La  première  galerie  seule  restait  donc  vide. 

Ce  travail,  tu  les  dimensions  exagérées  des  galeries  et  1 
qu'on  pouvait  avoir  que  la  charge  ne  vînt  à  partir  par 
sionna  une  dépense  considérable  de  ciment. 

Allnmagre.  —  L'amorce  de  fulmicoton  installée  au 
la  charge  avait  été  mise  en  communication  avec  diverses 
les  unes  destinées  à  enflammer  la  charge  au  moyen  de  l'él 
les  autres,  le  cas  échéant,  par  une  simple  mèche  de  sûr 
protéger  les  deux  âls  isolés  et  les  deux  mèches  de  sûi 
leur  trajet  jusqu'au  dehors,  on  les  avait  introduits  dans  à 
de  plomb  de  S"/"  de  diamètre. 

Tous  ces  travaux  furent  exécutés  depuis  le  5  juillet 
8  au  matin,  jour  fixé  pour  le  sautage.  Alors,  à  l'heure 
(H  heures  du  matin),  en  présence  d'un  grand  nombre  d'inviti 
grand  concours  de  spectateurs,  la  machine  électrique 
place  et  reliée  aox  fils  conducteurs,  trois  pétards  de  dynan 
nèrent  le  signal  de  l'explosion.  On  imprima  une  trentaine 
à  la  manivelle  de  la  machine  électrique,  une  légère  pre 
faite  sur  le  bouton  et  aussitôt  on  entendit  une  détonatio 
qui  fut  suivie  du  fracas  des  blocs  roulant  au  bas  de  la  k 

Efiëts  produits  et  ooût  de  l'opération.  —  L'effel 
par  l'explosion  fut  plus  considérable  qu'on  ne  l'avait  es 
sphère  de  rupture  qu'on  voulait  obtenir  avait  été  circonsc 
surface  par  des  piquets.  Non  seulement  la  montagne  a 
jusqu'aux  points  marqués,  mais  encore  au  sommet,  elle  [ 
de  larges  fissures  à  15  ou  20  mètres  en  arrière  de  la  i 
La  masse  détachée  comportait  environ  20,000  mètres  cubi 
biais,  chiffre  répondant  aux  exigences  de  l'entreprise.  Knfli 
projection  ne  s'était  produite. 

Pour  le  sautage  de  la  mine  de  Vado,  la  Société  de  à 
qui  exploite  l'usine  d'Avigliana  près  de  Turin,  avait  traité 
avec  l'entreprise  des  travaux,  dans  les  conditions  suivant 


—  800  — 

L'ontreprise  avait  exécuté  tous  les  travaux  préparatoires,  c  est- 
à-diro  qu'elle  avait  établi  les  galeries  d'accès  et  la  chambre  de 
mine.  Tout  le  reste,  savoir  :  fourniture  et  transport  des  matières, 
chargement,  bourrage,  allumage,  etc.,  restait  à  la  charge  de  la 
Société  de  dynamite,  qui  endossait  en  outre  la  responsabilité  de 
tous  les  dommages  que  l'explosion  aurait  pu  occasionner  au  maté- 
riel de  l'entreprise  ou  aux  propriétés  voisines.  La  Société  de  dy- 
namite s'engageait  enfin  à  fournir  un  minimun  de  déblais  deiS^OOO 
mètres  cubes  (lequel  fut  largement  dépassé,  comme  nous  venons  de 
le  voir).  Le  tout  moyennant  la  somme  de  4,000  francs  qui  ne 
représentait  même  pas  le  prix  de  la  charge  de  5,500  kilogrammes 
de  poudre  qu'on  voulait  employer  primitivement.  Ce  prix  fait  res- 
sortir à  0  fr.  20  le  mètre  cube  de  déblais  produit,  sur  un  total  de 
20,000  mètres. 

2^  Mine  de  Gtônes.  —  Le  succès  delà  grosse  mine  de  Vado, 
amena,  dès  le  mois  d'août  1883,  Tentrcprise  des  travaux  du  port 
de  Gênes  à  traiter  avec  la  Société  de  dynamite  Nobel  d'Avigliana 
pour  le  sautage  d'une  mine  encore  plus  importante. 

Installation  de  la  mine. —  Les  dessins  qui  accompagnent  cette 
note  (pi.  HO,  fig.  3,  4,  5  et  6)  donnent  une  idée  assez  exacte  de 
la  disposition  de  cette  mine.  On  avait  déjà  excavé  tout  le  front  de 
la  carrière  sur  une  profondeur  variant  de  20  à  26  mètres,  en  lais- 
sant seulement  debout  8  piliers  comme  supports.  Dans  la  partie 
gauche,  les  piliers  1,  2,  3  et  4  fSg.  3)  étaient  tellement  affaiblis 
qu'ils  résistaient  à  peine  à  la  pression  de  la  montagne  surplom- 
bante. Cette  partie  en  surplomb  visible  dans  la  coupe  E  F  (fig.6), 
s'appuyait  à  gauche  sur  la  montagne  et  à  droite  sur  le  pilier  du 
milieu  n®  5. 

A  une  hauteur  de  28  mètres  environ  (  Fig.  5  j ,  on  poussa  la 
galerie  d^accès  horizontalement,  mais  en  formant  zigzags,  comme 
il  est  indiqué  sur  le  plan.  Elle  était  beaucoup  mieux  faite  qu'à  Vado; 
ses  dimensions  (i™,50x0",90)  permettaient  simplement  le  passage 
d'un  homme,  et  tous  les  angles  étaient  exécutés  bien  rectangulai- 
rement.  Au  bout  de  cette  galerie,  on  creusa  un  puits  d'un  mètre 
de  diamètre  et  de  8  mètres  de  profondeur,  qu'on  élargit  au 
fond  de  manière  à  obtenir  une  chambre  de  mine  de  5  mètres 
cubes  environ. 


—  801  — 

Chargement  et  sauta^re-  —  La  charge,  calculée 
cMcmment,    fut  axée  à  3,000  kilogrammes  de  dynai 

L'opération  du  chargement  fut  commencée  le  24 
était  prêt  pour  le  sautage  le  dimanche  26  août  au  m; 
ment,  bourrage,  mise  de  la  conduite  électrique  et 
tout  avait  été  exécuté  comme  à  Vado,  avec  cette  sei 
qu'au  lieu  d'une  amorce  de  fulmicoton,  on  s'était  serv 
de  dynamite-gomme  qu'on  avait  divisée  en  deux  an 
au  bourrage,  une  fois  la  charge  de  5,000  kilogs  à 
mit  une  série  de  sacs  de  sable  pour  remplir  le  vide 
la  chambre  de  mine,  puis  on  remplit  également  tout 
mètres  avec  du  sable,  et  arrivé  à  la  galerie  d'accu 
avec  de  forts  morceaux  de  bois  et  avec  un  chapes 
Ensuite,  on  maçonna  la  galerie  comme  à  Vado,  en  p 
sur  les  angles  des  verrous  en  bois  jusque  derrière 
angle  à  10  mètres  de  distance  à  partir  du  puits. 

Le  26  août,  à  midi,  la  mine  sautait.  Le  résultat 
dépassa  toutes  les  prévisions.  Les  piquets  qu'on  aval 
marquer  le  rayon  que  la  mine  devait  abattre  avaieni 
traînés  par  l'éboulement  de  la  montagne  qui  avait 
iO  mètres  en  arrière  de  la  chambre.  La  sphère  de 
indiquée  sur  la  figure  3  par  les  lettres  a,  b,  c,  d, 
projection  n'avait  eut  lieu. 

Le  rendement  avait  atteint  l'énorme  chiffre  de  12' 
cubes  de  déblais  ('bloas  et  pierresj.  On  ne  peut  tout* 
ce  chiffre  aucune  conclusion  sur  le  prix  de  revient, 
dynamite  Nobel  ayant  exécuté  le  sautage  et  fourn 
pour  la  somme  totale  de  8,000  francs,  et  de  son  côt 
Ossesia  ayant  mis  à  la  disposition  de  la  Société  de  < 
le  personnel  et  le  matériel  nécessaires  au  chargemen 


3°  Ulnes  du  Bruolato  et  du  Lodrino.  —  Bruci 
ne  sont  pas  des  localités  proprement  dites;  ce  soi 
lieux  dits,  sur  lesquels  le  génie  militaire  italien  étt 
ment  des  forts,  casernes,  etc.  Ils  font  partie  d'un  gi 
dits  «  Passo  del  Giovo,  »  en  Ligurie,  dominant  V 
mer  et  Sassello  dans  l'intérieur.  —  Ces  mines  ont 

Buu.. 


—  802  — 

pour  aplanir  des  collines  et  se  procurer    les  matériaux  nécessai- 
res à  diverses  constructions  militaires. 

Mine  du  Bruolato.  —  Il  s'agissait  d'excaver  et  d'aplanir  un 
monticule  représenté  en  plan  et  en  coupe  sur  le  dessin  (pi.  110, 
fig.  7  et  8).  Ce  monticule  avait  une  hauteur  totale  de  16  mètres 
comprise  entre  les  altitudes  602™  et  618".  Chaque  versant  était 
limité  par  des  parois  presque  à  pic,  présentant  des  ressaats  de 
peu  de  largeur  et  d*une  grande  hauteur. 

L'excavation  devait  être  exactement  limitée  au  nord  et  au  sud 
par  deux  lignes,  distantes  d*une  vingtaine  de  mètres,  sur  lesquelles 
on  devait  établir  des  murailles.  En  outre,  on  avait  le  plus  grand 
intérêt  à  ne  pas  trop  bouleverser  la  surface  à  aplanir  et  qui  devait 
recevoir  ultérieurement  des  constructions. 

La  nature  du  terrain  est  indiquée  dans  la  coupe  A  B  (fig.  8). 
C'est  d'abord,  en  partant  du  sommet,  une  légère  couche  de  terre 
végétale  recouvrant  une  agglomération  de  cailloux  cimentés  na- 
turellement. Ce  conglomérat  devient  un  véritable  poudingue  à  me- 
sure qu'on  descend.  Le  tout  traversé  de  fentes  et  de  bancs  de 
tuf  qui  pouvaient  malheureusement  donner  une  issue  partielle  aux 
gaz  de  l'explosion. 

On  établit  le  sol  de  la  chambre  de  raine  au  niveau  604  mè- 
tres, juste  au-dessous  du  sommet  du  monticule  (618  mètres).  La 
ligne  de  moindre  résistance  se  trouvait  être,  par  suite,  de  14  mè- 
tres. La  galerie  d'accès  était  analogue  à  celle  de  Vado. 

La  charge  théorique,  calculée  toujours  d'après  les  mêmes  prin- 
cipes que  précédemment  était  de  1 ,386  kilog.  66.  On  la  porta  à 
1,500  kilogrammes  en  raison  des  nombreuses  fentes  qui  faisaient 
craindre  un  résultat  peu  satisfaisant. 

La  composition  de  l'explosif  employé  différait  un  peu  de  celle 
indiquée  pour  la  dynamite  n^  3  de  Nobel.  Il  était  formé  de  : 

Mi-partie  Ho  poudre  binaire  (nitrate  de  soude  et  charbonj, 

—  15  nitroglycérine, 

Et  mi-partie  90  poudre  binaire  ('nitrate  de  soude  et  charbon), 

—  10  nitroglycérine. 

La  charge  contenue  dans  des  sacs  paraffinés  fut  disposée  comme 
dans  les  mines  précédentes.  L'amorce   était    formée   par  un  bloc 


(le  gélatine  explosive  (dynami 
duquel  étaient  placées  4  cartoi 
fulmicoton  destinées  à  recevoîi 
capsules  ordinaires,  celles-ci  t 

Le  bourrage,  d'une  longueu: 
tilué  par  un  remplissage  en  I 
supérieure  de  la  charge  jusqu' 
<le  la  maçonnerie  à  pierre  sèc 
lerie  qui  était  fermée   par  un 

L'explosion  eut  Heu  le  15  st 
pouvait  le  désirer.  Toutefois,  i 
au  delà  de  la  limite  sud.  L'éb< 
8  eut  lieu  du  coté  du  versant 
d'endroits,  la  parole^  resta  c 
reut  nuls. 

Mine  du  Lodrlno  Inférle 
exactement  le  même  que  pour 
aplanir  une  zona  de  terrain  d' 
tée  en  plan  et  en  coupes  danîi 
et  12). 

Au  sommet,  le  terrain  étaii 
064'", là.  Au  nord,  la  zone  éta 
deux  grands  gradins  dont  la  si 
la  hauteur  moyenne  de  05G"',S 
titude  de  649'"50.  L'étendue  d 
mètres  de  l'est  à  l'ouest,  et 
sud. 

Le  terrain  était  formé  de  tr 
ticale.  La  couche  supérieure  re 
caires  très  durs  mélangés  de  q 
pentine  tendre  et  la  couche  inl 
rocs  très  fendillés. 

Pour  obtenir  d'un  seul  coup 
poa  de  faire  trois  puits  de  raini 
les  trois,  le  niveau  650  mètres 
résistance  était  de  14"I2.  La 
rection  des  galeries  sont  repr^ 


—  804  — 

Les  calculs  de  charge  donnèrent  les  résultats  suivants  : 

Pour  le  fourneau  n°  4  :  d.400  kilogrammes  qu'on  porta  à  1,500 
kilogrammes  pour  vaincre  les  résistances  latérales  ; 

Pour  le  fourneau  n**  2  :  1,386  kilog.  66,  qu'on  réduisit  au  con- 
traire à  1,300  kilogrammes,  car,  dans  ce  cas,  il  ne  s'agissait  que 
d'obtenir  un  grand  entonnoir  entre  les  fourneaux  1  et  3. 

Pour  le  fourneau  n^3,  enfin  :  1,400  kilogrammes,  mais  comme 
cette  charge  était  destinée  à  déplacer  tout  Téperon  situé  vers  la 
limite  est  et  formé  de  roches  très  dures,  elle  fut  portée  à  1,600 
kilogrammes.  —  Soit  au  total,  4,400  kilogrammes  de  djnamitede 
même  composition  que  pour  Bruciato. 

Le  bourrage  et  l'amorçage  furent  aussi  les  mêmes  que  pour  cette 
dernière  mine . 

L'explosion  simultanée  des  trois  charges  eu  .lieu  le  7  octobre  1883. 
Elle  réussit  parfaitement.  Le  dessin  représente  la  nouvelle  forme 
du  terrain,  pour  chaque  section,  après  l'explosion.  Les  effets  de 
projection  furent  nuls. 

Prix  de  revient  et  rendement.  —  Il  n'a  pas  été  possible 
pour  ces  deux  mines,  de  même  que  pour  les  précédentes,  d'éta- 
blir  un  détail  du  prix  de  revient  de  chaque  opération.  La  fabrique 
d'Avigliana  n'a  eu  en  effet,  à  fournir  que  la  dynamite  et  les  acces- 
soires nécessaires  pour  le  sautage;  les  autres  travaux  de  galerie 
et  de  bourrage  ayant  été  exécutés  par  le  génie  mQitaire.  Mais  on 
peut  affirmer,  par  l'expérience  acquise  dans  les  travaux  de  sautage 
auxquels  ceux  que  nous  venons  de  décrire  ont  servi  de  type,  que  le 
prix  de  revient,  sur  le  carreau  de  la  carrière,  des  matériaux  extraits 
au  moyen  des  grosses  mines,  varie  entre  0  fr.  15  et  0  fr.  20  le 
mètre  cube  de  déblais  produits ,  lesquels  peuvent  renfermer  jus- 
qu'à 80  0/0  de  matière  utilisable. 

Quant  au  rendement,  on  peut  l'estimer,  pour  les  mines  bien  éta- 
blies, et  dans  les  conditions  normales,  de  15  à  20  mètres  cubti:> 
de  déblais  par  kilogramme  de  dynamite  employée. 

Conclusions.  —  H  résulte  de  ce  qui  précède  que  l'usage  de^ 
grosses  mines  dans  l'exécution  des  grands  travaux  publics  est  de 
nature  à  faire  réaliser  une  sérieuse  économie  dans  la  main-d'œu- 
vre et  dans  Textraction  des  matériaux  de  carrière,   tout  en  per- 


mettant  d'accélérer  beauc 
sons,  il  doit  être  sérieuse 

Bd  terminant,  disons  ei 
qui,  avec  ses  45,000  cari 
Dne  grosse  mine,  du  tjpe 
cuper. 

On  peut  se  demander  ti 
n'a  pas  adopté,  pour  ce  ti 
ges  en  puits  et  en  galerit 
la  dépense. 

La  réponse  est  facile.  L 
du  tout  le  même  que  dans 
gissait  pas,  en  effet,  d'ol 
mais  bien  de  débarrasser 
truaient,  en  réduisant  ces 
possible  qui  pussent  être 
dragage.  On  a  dû,  pour  ce 
nombre  de  centres  d'expli 
de  l'explosif  employé,  aot 
servir  de  l'expression  de  ] 
gieux  travail  de  perforatic 
découper  le  rocher  comm 
quel  on  a  pratiqué  ensuit) 
voir  les  cartouches. 

Bans  un  cas  comme  dt 
tranchées  ou  des  ports,  d 
en  poussière  de  redoutable 
explosifs  modernes,  et  en 
blés  d'assurer  pratiqueme 

Il  nous  a  paru,  par  su: 
occasion  de  rendre  encore  1 
fred  Nobel,  qui,  le  premie 
râbles  mojens  d'action,  a 
se  trouvent  aussi  plusieur 
ment  contribué  à  en  génc 


NOXIOE 


SUR  LA 


SOCIÉTÉ  DES  INGÉNIEURS  CIVILS 


PAR 


M.    A.-C.   BENOIT-DUPORTAIL 


A  la  suite  de  la  mort  de  mon  camarade  de  promotion  et  ami 
Louis  Richard,  qui  a  eu  l'honneur  d'être  Président  de  la  Sociét<^ 
en  4876,  Tidée  m'est  venue  de  voir  combien  nous  avons  perdu 
de  nos  camarades  et  combien  il  reste  de  survivants,  dont  les  plus 
jeunes  ont  maintenant  soixante-un  ans.  Le  nombre  des  morts  de 
la  promotion  d844  de  l'École  Centrale  est  de  dix-sept  et  celui  des 
survivants  de  vingt-neuf,  sur  un  total  de  quarante-six,  c'est-à- 
dire  que  le  tiers  d'entre  nous,  plus  deux,  manque  à  Tappel. 

En  faisant  le  même  relevé  pour  la  première  promotion  de  la 
Société,  la  promotion  de  1848,  dont  je  fais  partie,  on  trouve  que» 
sur  les  cent  trente-cinq  sociétaires  admis  définitivement  à  cette 
époque  et  qui  figurent  sur  l'Annuaire,  la  mort  en  a  enlevé  soixante- 
dix-neuf,  soit  cinquante-huit  et  demi  pour  cent,  et  qu'il  n'en  reste 
que  cinquante-six,  soit  quarante -un  et  demi  pour  cent. 

Cette  forte  proportion  de  mortalité  pour  les  fondateurs  de  la 
Société  s'explique  très  bien  par  ce  fait  que  nous  étions  tous  de 
tout  jeunes  gens  en  sortant  de  l'École  Centrale,  tandis  qu'une 
grande  partie  des  fondateurs  de  la  Société  étaient  déjà  des  hommes 
faits  et  quelques-uns  même  des  vieillards  il  y  a  trente-sept  ans. 

Mes  souvenirs  sa  reportant  ainsi  à  l'origine  de  la  Société,  j'ai 
pensé  qu'il  ne  serait  pas   hors  de  propos,   non   pas  de  faire  son 


-  807  — 

histoire,  raaia  uae  notice  sur  son  origine, 
loppements,  au  moyen  des  notes  que  je 
eu  l'honneur  d'en  être  membre  dès  le  p 
seignements  très  intéressants  qui  nous 
présidents,  MM.  Eugène  Flachat,  Emile  : 


ORIGINE  DE  L\  S0( 

Lors  de  la  Révolution  de  février  184 
Centrale  se  sont  demandé,  comme  cela 
circonstance,  oc  qu'allait  devenir  rÉcoU 
profession  d'Ingénieur  civil  et  quel  se 
nouvelle  organisation  sociale  qui  se  prépi 

Un  grand  nombre  d'entre  eux  penser 
moment  était  venu  de  se  grouper  fortemt 
nitivement  une  Société  des  Ingénieurs  so 
comme  on  avait  déjà  tenté  bien  des  fois, 
faire. 

C'est  le  4  mars  1848,  romme  l'ont  rap| 
19  juin  188îi,  nos  Présidents,  MM.  Emile 
pousse,  que  MM.  Alcan,  Ch.  Gallon,  Fau; 
sont  rencontrés  sur  la  place  de  l'Hôtel-de- 
)a  Société,  ont  dit  :  Cela  sera. 

MM.  Alquié,  Arson,  Aleiçis  Barrault, 
Bois,  Blard,  Boudsot,  Bricogne,  Chabrier, 
Clémandot,  Deligny,  Forquenot,  Ganneron, 
Loustau,  Félix  Mathias,  de  Montcarville,  I 
Polonceau,  Francis  Pottier,  Priestley,  Scri 
Yvon-Villarceau  et  un  grand  nombre  d'ai 
avec  empressement. 


—  808  — 


ORGANISATION  PROVISOIRE,  PREMIERS  STATUTS. 

Une  Assemblée  générale  eut  lieu  immédiatement  dans  un  des 
amphithéâtres  de  l'École  Centrale,  avec  Tassentiment  de  M.  Lavallée 
et  du  Conseil  de  l'École. 

Le  bureau  provisoire,  composé  de  : 

MM.  Ch.  Callon,  président; 

Faure,  secrétaire-rapporteur  ; 
C.  Laurens; 
A.  BouSsot; 
et  F.  Scribe, 

fut  autorisé  à  s'adjoindre  un  certain  nombre  de  camarades  pour 
rédiger  un  projet  de  statuts  qui  fut  présenté  le  H  mars  à  une 
seconde  Assemblée  générale  tenue  également  à  l'École  Centrale. 

Les  membres  adjoints  étaient  :  MM.  Alquié,  Arson,  Blard, 
V.  Bois,  Bricogne,  Ganneron ,  de  Montcarville ,  Nozo  et  Yvon- 
Villarceau. 

Un  certain  nombre  de  membres,  animés  d'un  esprit  libéral  dont 
nous  n'avons  qu'à  nous  féliciter,  firent  observer  que,  indépendam- 
ment des  anciens  élèves  de  l'Ecole  Centrale,  il  y  avait  d'autres 
Ingénieurs  distingués  qui  honoraient  notre  profession  et  qui  étaient 
d'ailleurs  animés  pour  l'Ecole  des  sentiments  les  plus  sympathiques; 
et  ils  proposèrent  de  les  admettre  également,  ce  qui  fut  adopté. 

Il  y  a  lieu  de  remarquer  que  cette  disposition  qui  faisait  de  la 
Société  des  Ingénieurs  civils  une  grande  Société  savante  et  indus- 
trielle, lui  ôtait  une  partie  des  caractères  d'ime  association  amicale 
et  a  retardé  de  quatorze  ans  la  création  de  celle-ci. 

On  avait  proposé  aussi  d'admettre  les  Ingénieurs  des  Ponts  et 
Chaussées  et  des  Mines  ;  mais  les  plus  distingués  d'entre  nous,  tout 
en  reconnaissant  qu'il  y  avait  parmi  eux  beaucoup  d'hommes  de 
mérite,  furent  d'avis  qu'il  ne  convenait  de  recevoir  parmi  nous  que 
ceux  qui  auraient  quitté  le  service  de  l'État,  à  cause  de  la  nature 
même  des  fonctions  de  ceux  qui  sont  chargés  d'exercer  un  contrôle 
gouvernemental  et  une  sorte  de  juridiction  sur  les  Chemins  de  fer 
et  sur  l'Industrie  en  général  ;  ils  pensaient  avec   raison  que  la 


—  «09  - 

situation  de  ces  derniers  créerait  néces 
cultes  poar  tout  le  monde.  Leur  opini 
que  L'on  n'admettrait  pas  comme  memi 
nieurs  des  Ponts  et-  Chaussées  et  des 
quelle  que  fit  la  sympathie  que  l'on  pi 
lemeot. 

11  a,  du  reste,  été  bien  entendu  que  ] 
seulement  de  recevoir,  mais  même  d 
lorsque  l'ordre  du  jour  appellerait  de: 
pourraient  les  intéresser,  soit,  récipro 
à  faire  des  communications  qui  nous  h 
que  les  choses  se  sont  toujours  passéf 

Le  titre  primitif  de  la  Société,  insc 
était  : 

Société  Centrale  des  Ingénieurs  Ci 
élèves  do  l'École  Centrale  des  Arts  el 


ORGANISATION    Dl 

Par  suite  de  la  décision  prise  le  11 
furent  faites  près  de  MM.  Eugène  et  j 
Goiiin,  Grouvelle,  Houel,  Pépin  Le 
Servel,  Vuigner  et  d'autres  encore  i 
de  faire  partie  de  la  Société. 

11  Lo  Bureau  et  le  Comité  définitif  oi 
»  au  scrutin  de  liste,  et  ont  ét<^  et 
»  vante  : 

Il  Membres  du  Bi 
»  MM.   Eugène  Flachat,  Président 
»  Vice-Présidents  ;   Victor  Bois  et  Se 
«  Trésorier. 

1)  Membres  du  C 
)•  MM.  Boudsot,  Alcan,  Pétiet,  Laai 
»  Grouvelle,  Paul  Séguin.  » 
(1)  Voirie  compte  rendu  d*  1  de  1tU8. 


—  810  — 

Le  Bureau  et  le  Comité  se  sont  constitués  le  30  mars. 

Le  titre  de  la  Socif^té  a  été  modifié  comme  suit,  par  suite  de 
la  nouvelle  organisation: 

«Société  Centrale  des  Ingénieurs  Civils, fondée  le 4 mars  1848. > 

Le  mot  Centrale  a  été  supprimé  à  partir  du  1"^  janvier  4850. 

Les  membres  de  la  Société  ayant  des  origines  diverses,  nos 
réunions  ne  pouvaient  plus  avoir  lieu  à  l'École  centrale  ;  la  Société 
n'eut  pas  de  siège  pendant  quelque  temps  et  le  compte  rendu 
no  i  de  1848  porte,  page  9,  les  mentions  suivantes  : 

(' toutes  les   communications  doivent  être  adress^^es 

»  franco,  pour  ce  qui  concerne  la  discussion  des  questions  étudiées 
»  par  la  Société,  ainsi  que  les  demandes  d'admission ,  à  M.  Victor 
»  Bois,  secrétaire,  place  du  Havre  n°  14. 

»  2°  Pour  ce  qui  concerne  les  procès-verbaux  et  les  vacances 
»  intéressant  les  membres  de  la  Société,  à  M.  Scribe,  secrétaire. 
»  rue  Blanche,  29. 

»  Les  cotisations  doivent  être  adressées  franco  à  M.  Priestley, 
»  trésorier,  rue  Pavée-au-Marais,  n**  3.  » 

La  Société  se  réunit  successivement  à  la  Société  d'Encourage- 
ment, alors  rue  du  Bac,  au  manège  de  la  rue  Duphot,  rue  des 
Bons-Enfants,  à  Tlmprimerie  Chaix,  20,  rue  Bergère. 

Cet  état  de  choses  ne  pouvait  être  que  provisoire  :  il  n'était 
pas  possible  que  la  Société  restât  nomade,  comme  elle  l'était,  et 
que  nos  archives  fussent  disséminées  en  plusieurs  points,  au  domi- 
cile personnel  de  certains  membres. 

Aussi,  dès  que  le  Bureau  se  fut  entendu  avec  M.  CKaix,  le 
siège  de  la  Société  a  été  établi  à  son  imprimerie,  rue  Bergère, 
n^  20,  comme  on  le  voit  snr  la  couverture  du  second  cahier. 

Avant  d'aller  plus  loin,  il  importe  de  remarquer  que,  bien  qu'un 
certahi  nombre  d'Ingénieurs  éminents,  on  peut  même  dire  illustres, 
d'origines  diverses,  aient  eu  une  part  considérable  dans  le  déve- 
loppement de  la  Société,  presque  depuis  son  origine,  néanmoins 
sa  fondation  est  due  exclusivement,  comme  on  le  voit  par  ce  qui 
précède,  aux  anciens  élèves  de  l'École  Centrale  qui,  animés  d'un 
esprit  libéral  qui  leur  fait  honneur,  ont  appelé  au  milieu  d'eux 
tous  les  hommes  qui  exerçaient  d'une  manière  honorable  la  profes- 
sion d'Ingénieur  Civil,  et  notamment  M.  Eugène  Flachat,  dont  le 


—  811  — 

grand  mérite,  la  haute  position  et  les  qualités  précieuses  ont  puis- 
samment contribué  à  donner  à  la  Société  l'importance  et  l'éclat 
dont  elle  jouit. 

Il  me  paraît  donc  de  toute,  justice,  je  dirai  même  de  toute  né- 
cessité, d'inscrire  dans  notre  annuaire  la  composition  du  Bureau 
provisoire  qui  a  présidé  à  la  première  organisation  de  la  Société 
en  tête  de  la  <c  Liste  par  années  des  anciens  membres  du  Bureau 
et  du  Comité.  » 

L'esprit  libéral  qui  animait  alors  et  qui  anime  aujourd'hui  les 
élèves  de  l'École  Centrale  qui  ont  formé  longtemps  les  trois  quarts 
du  nombre  total  et  qui  en  forment  maintenant  plus  de  la  moitié, 
y  compris  les  membres  associés,  est  tel  qu'ils  n'ont  pas  hésité  à 
appeler  à  la  Présidence  des  Ingénieurs  d'origines  diverses  quand 
ils  leur  ont  reconnu  des  titres  sérieux. 

De  1848  à  1860,  le  fauteuil  de  la  Présidence  a  été  occupé  neuf 
fois  par  des  Ingénieurs  Civils  d'origines  diverses.  (M.  Eugène 
Flachat,  5  fois,  M.  Perdonnet,  M.  Vuigner,  2  fois,  et  M.  Stéphane 
Mony)  ;  et  4  fois  seulement  par  des  Centraux  (MM.  J.  Pétiet, 
C.  Polonceau,  Ch.  Callon  et  A.  Faure). 

De  1861  à  1870,  4  fois  par  des  Ingénieurs  d'origines  diverses 
(M.  Flachat,  2  fois,  M.  H.  Tresca  et  M.  le  général  Morin),  et  (> 
fois  par  des  Centraux  (MM.  J.  Pétiet,  Salvétat,  Nozo,  Love,  Alcan 
et  Vuillemin). 

Enfin,  de  1871  à  1885,  3  fois  seulement  par  des  Ingénieurs 
d'origines  diverses  (MM.  Lavalley,  H.  Tresca  et  L.  Martin)  et 
12  fois  par  des  Centraux  (MM.  Yvon-Villarceau,  Emile  MuUer, 
Molinos,  Jordan,  Richard,  de  Dion,  J.  Farcot,  Gottschalk,  H.  Ma- 
thieu, E.  Trélat,  Marché  et  de  Comberousse). 

Les  esprits  chagrins  pourront  se  dire  :  on  voit  bien  par  ces  chiflFres 
que  les  Centraux  d'aujourd'hui  sont  devenus  exclusifs  et  qu'ils  ne 
laissent  arriver  à  la  tête  de  la  Société  que  ceux  qui  sont  sortis  de 
leur  école. 

Il  est  facile  de  montrer  en   quelques  mots  qu'ils   se  trompent. 

En  1848,  les  Centraux  les  plus  âgés  avaient  à  peine  quarante 
ans  et  il  n'y  en  avait  qu'un  petit  nombre  qui  eussent  acquis  une 
réputation  solide. 

Depuis  cette  époque,  la  plupart  de  nos  devanciers  ont  disparu  et, 
grâce  à  l'instruction  que  l'on  reçoit  à  l'Ecole  Centrale,  une  partie 


—  812  — 

de  ses  élèves,  qui  étaient  alors  des  jeunes  gens  inconnus,  sont 
devenus  des  hommes  éminents  et  ont  succédé  naturellement  à  nos 
premiers  maîtres. 

En  terminant  ce  chapitre,  je  dois  dire  que  le  Bureau  définitif, 
nommé  le  25  mars  et  installé  le  30  du  même  mois,  a  bientôt 
reconnu  la  nécessité  de  se  renforcer  en  s'adjoignant  un  troisième 
secrétaire,  M.  Adolphe  Bellier,  ce  qui  portait  à  sept  le  nombre  des 
membres  du  Bureau,  et  en  augmentant  le  nombre  des  membres  du 
Comité  qui  a  été  porté  à  onze  dont  une  partie  se  trouvaient  déjà 
dans  le  premier  Comité  et  d'autres  ont  été  introduits  im  peu  après. 

Les  nouveaux  membres  étaient  MM.  Alexis  Barrault,  Vuigner, 
Polonceau,  Faure  et  Léonce  Thomas. 

MM.  Boudsot  et  le  major  Poussin  s'étaient  retirés. 

Le  Comité  se  trouvait  ainsi  composé  de  :  MM,  Alcan,  Laurens, 
Alexis  Barrault,  Jule.s  Pétiet,  Nozo,  Grouvelle,  Paul  Séguin,  Vuigner, 
Polonceau,  Faure  et  Léonce  Thomas. 


PREMIERS  TRAVAUX. 

La  situation  politique  de  la  France  à  cette  époque  devait  néces- 
sairement exercer  une  influence  considérable  sur  les  premiers 
travaux  de  la  Société,  qui  ont  eu  pour  objet  : 

La  réorganisation  des  Ateliers  nationaux  ; 

L'organisation  du  Corps  des  Ponts  et  Chaussées  et  du  Corps 
des  Mines  ; 

L'organisation  de  Cours  publics  à  l'usage  des  ouvriers  et  autres  ; 

Et  la  revision  des  statuts  de  la  Société. 

Les  Ateliers  Nationaux  ont  disparu  promptement. 

L'organisation  du  Corps  des  Ponts  et  Chaussées  et  du  Corps  des 
Mines  n'a  pas  été  sensiblement"  modifiée  jusqu'à  présent  et  je  ne 
me  crois  pas  apte  à  émettre  une  opinion  à  cet  égard,  parce  que  la 
question  est  excessivement  complexe. 

L'organisation  des  Cours  publics  et  de  conférences  ne  pouvait 
avoir  qu'une  importance  secondaire  eu  égard  aux  cours  très  nom- 
breux du  même  genre  qui  existent  déjà  à  Paris. 

Enfin,  la  revision   des   statuts  a  donné  lieu  à  des  décisions  qui 


—  813  — 

ont  reçu  sans  retard  leur  application.  Diverses  t 
introduites  successivement  depuis  cette  époque. 

Les  questions  dont  nous  venons  de  parler  n'î 
tère  éphémère  et  s'éloignaient  même  du  bu1 
proposait. 

hes  trois  premiers  mémoires  techniques  rei 
ordinaire  de  nos  travaux  ont  été  présentés  par 
M.  Yvert,  ami  ou  camarade  de  beaucoup  d'eni 
trait  : 

Le  premier  au  pont  tubulaire  de  Conway  ; 

Le  deuxième  à  un  sj'stème  de  poutres  creus( 
tioD  des  ponts  ; 

Et  le  troisième  à  un  système  pneumatique  poui 

Ils  sont  traduits  de  l'anglais. 

Un  quatrième  mémoire  a  été  présenté  par  nt 
ligny,  également  ami  ou  camarade  de  beau 
u  sur  la  chute  du  pont  du  Chemin  de  fer 
•  Germmn,  à  Àsnlères,  incendié  le  25  février 
o  provisoire  en  charpente  établi  par  M.  Eugèm 
»  en  chef.  » 

C'est  un  mémoire  original. 

Je  n'ai  point  la  prétention  de  faire  ici  l'éi 
moires  qui  vous  ont  été  présentés,  et  mon  in 
ment  de  rappeler  ici  lea  premiers  pas  qui  o 
voie  qui  a  mérité  à  la  Société  le  rang  qu'elU 

Je  crois  remplir  un  devoir  en  signalant  s; 
moires  nombreux  et  très  intéresssants  que  no 
collègue,  Alfred  Nozo,  a  présentés  dans  l'oi 
sur  l'eutratien  des  roues,  l'eutretien  des  tu 
locomotives,  etc.  La  Société  a  récompensé  so 
en  la  nommauL  Président  en  1866. 


STATUTS  DEFINITIFS. 

Les  statuts  déônitifs  difTèrcut  peu  des  stati 

Les  principales  modifications  résultent  de  < 

rÉcole  Centrale,  fondateurs  de  la  Société,  on 


—  814  — 

et  pour  leurs  futurs  camarades,  aux  prérogatives  qu'ils  s'étaient 
réservées  d'abord  et  sur  lesquelles  il  est  inutile  d'insister. 

Ces  nouveaux  statuts  ont  été  adoptés  par  l'Assemblée  générale 
du  13  juillet  4848. 

Actuellement,  le  bureau  est  composé  de  : 

1  Président  ; 

4  Vice-Présidents  (au  lieu  de  3)  ; 

4  Secrétaires  (au  lieu  de  3)  ; 

1  Trésorier. 

Et  le  Comité  est  composé  de  : 

20  Membres  au  lieu  de  41); 
Des  Présidents  honoraires; 
Et  des  anciens  Présidents. 

Il  y  a  un  point  sur  lequel  je  crois  devoir  appeler  l'attention  en 
terminant  ce  chapitre  : 

Depuis  4876,  les  anciens  Présidents  font,  .de  droit,  partie  du 
Comité. 

Cette  mesure  est  très  louable  en  elle-même  :  il  est  convenable 
que  les  hommes  à  qui  nous  avons  confié  la  directiou  de  la  Sociétô 
continuent  à  être  appelés  à  donner  leur  avis  sur  les  questions  im- 
portantes. Mais  elle  a  eu  un  résultat  regrettable  que  l'on  n« 
pouvait  pas  prévoir  :  c'est  que  les  anciens  Présidents  ne  se  mettent 
plus  sur  les  rangs  pour  être  nommés  une  seconde,  une  troisième 
fois,  comme  l'ont  été  plusieurs  de  leurs  prédécesseurs  (MM.  Jules 
Petit,  H.  Tresca  et  Vuignier,  chacun  2  fois)  sans  parler  de  M.  Eug. 
Flachat,  qui  a  été  nommé  7  fois. 

Je  ne  demanderais  assurément  point  de  rapporter  cette  mesure, 
qui  me  paraît  excellente,  mais  j'exprimerai  le  vœu  qu'elle  soit 
complétée  en  décidant  que  le  titre  de  Président  honoraire  soit 
conféré  de  droit  aux  membres  qui  auront  été  appelés  trois  fois  à 
la  présidence  :  ce  sera  un  stimulant  qui  engagera  à  se  représenter 
des  hommes  que  nous  serions  heureux  de  voir  de  nouveau  à  la 
tête  de  la  Société. 


DËVELOPPEMENT  OE 

INAUGURATION  DE  SON 


Après  avoir  eu  son  siège  rue  Bergèi 
la  Société  qui  avait  grandi  pendant  c 
ment  assise,  et  voyant  ses  ressources 
Buffault,  n°  26,  un  local  encore  modi 
ses  besoins,  et  dans  lequel  elle  est  res 

C'est  là  qu'elle  a  été  reconnue  d'uti 

EnÔD,  elle  a  pu  se  faire  construire, 
Hôtel  actuel  dont  elle  a  pris  possessio 

Dans  la  séance  d'inauguration,  M.  l 
Doraire  de  la  Société,  a  prononcé  un  à 
rappelé  l'origine  de  notre  profession  ei 
civils  ont  eu  longtemps  à  soutenir  ;  et 
pour  l'année  1812,  a  fait  rapidement, 
marquable  le  tableau  des  progrès  de  la 

D  faut  lire  le  discours  de  M.  Eugèni 
alors  trimestriel  d'avril,  mai  et  juin  1! 
passages  suivants  : 

'<  Les  premiers  pas  du  Génie  civil  < 
i>  incertains;  l'accès  en  était  interdit  ; 
M  services  rendus  par  les  Ingémeurs  c 
»  laicot  fonder  en  France  celte  proft 
»  rir  et  nous  étions  sans  force  et  sam 
»  puter  pied  à  pied  le  terrain  sur  lequ 
D  vite,  et  nous  n'étions  que  des  homn 
■  dans  une  carrière  dont  le  nom  n'ex 

»  Il  D'y  avait  pas  de  travaux  publi( 
»   nieurs,  qu'aux  Ingénieurs  de  l'État 

Après  avoir  exposé  le  mauvais  état 
gables  à  cette  époque,  les  entraves  i 
mettait  à  leur  usage,  la  mauvaise  qni 


—  816  — 

à  leur  constructioQ  et  à  leur  entretien,  M.  Eugène  Flachat  a  rap- 
pelé d'une  manière  saisissante  la  part  brillante  que  les  Ingénieurs 
civils  ont  prise  dans  la  création  des  chemins  de  fer,  dans  rétablisse- 
ment de  certains  canaux,  dans  la  construction  des  ponts  suspendus, 
dans  Tapplication  du  fer  à  la  construction  des  ponts  et  des  char- 
pentes, dans  le  développement  de  la  métallurgie  et  des  ateliers  et 
établissements  industriels  de  toute  espèce. 

Avant  de  faire  l'historique  de  la  Société,  M.  Emile  Muller  a  ré- 
pondu les  paroles  suivantes  : 

(c  Notre  cher  président  engage  tous  les  ingénieurs  à  Tunion. 

»  Elle  est  certes  dans  tous  nos  cœurs,  car,  aujourd'hui,  plus  que 
jamais,  nous  savons  que  seule,  et  prise  dans  toutes  ses  acceptions, 
elle  peut  rendre  à  notre  chère  France,  sa  grandeur  et  la  haute  situa- 
tion qu'elle  avait  su  conquérir. 

)>  Mais  je  vous  en  conjure,  que  ce  mot  ne  laisse  pas  naître  dans 
votre  esprit  la  pensée  du  silence  ;  le  silence  sur  toutes  les  grandes 
et  difficiles  questions  laisserait  supposer  TUnion,  mais  serait  infail- 
liblement rabaissement  de  notre  Société,  serait  peut-être  sa  mort. 

»  Ne  craignons  pas  les  désaccords  passagers,  ne  nous  laissons 
pas  entraîner  par  ceux  qui  en  redoutent  les  conséquences  :  l'esprit 
de  notre  Société  est  trop  élevé  pour  que  nos  relations  amicales 
souffrent  d'une  discussion,  même  ardente. 

»  Nous  devons  tout  discuter  et  surtout,  en  ce  moment,  les  ques- 
tions d'intérêt  général  qui  ont  trait  à  notre  profession. 

»  Rejeter  de  nos  séances  de  certaines  études,  parce  que  les  dé- 
bats pourraient  devenir  passionnés,  serait,  à  mes  yeux,  une  grande 
faute,  ce  serait  amoindrir  le  rôle  que  votre  Société,  si  vous  le  vou- 
lez résolument,  est  destinée  à  remplir  un  jour. 

»  Rester  modestement  une  Société  d'appréciation  et  de   discus 
sion  technologique  n'est  pas  à  la  hauteur  de  la  mission  du  Génie 
civil  dont  les  premiers  efforts  viennent  d'être  exposés  à  nos  médi- 
tations. 

»  Ce  serait  renoncer  d'avance  à  une  partie  de  notre  but,  à  celui 
de  représenter  librement,  en  dehors  de  toute  attache  administra- 
tive, l'intérêt  public,  si  souvent  négligé. 

»  Ce  serait  manquer  au  but  des  fondateurs  de  notre  Société, 
que  je  trouve    si    nettement  formulé    dans    les  premières  lignes 


écrites,  il  y  a  aujourd'hui  même  vingt-qus 
première  page  du  premier  compte  rendu 

»  Rappelons-nous  sans  cesse  que,  pour 
doit  couronner  notre  œuvre ,  il  faut  le  I 
de  tous  les  membres  de  la  Société. 

n  Notre  devise  doit  être  : 

c<  Labor  oninia  oiticU. 

Après  avulr  exposé  le  développement 
M.  ËmlFe  Muller  donne  à  son  tour  des  n 
rossants  sur  la  construction  de  l'hôtel  c 
8(},223  fp.  07  c,  la  construction  propr^r 
et  l'installation  et  le  mobilier  40,000  fran 
07  c;  et  il  signale  le  zèle  et  le  dévoue 
collègue,  M.  Demimuid,  architecte,  charg* 

MM.  Emile  Muller  et  Ch.  de  Comberouss 
le  7  juin  1872  {nous  venons  de  l'indiqu 
19  juin  1885,  l'historique  de  la  Société, 
donner  un  résumé. 

A  la  fin  de  la  première  année,  le  nombi 
peut  appeler  fondateurs  c'tait  do  135,  doi 
suite  de  la  présente  notice  ;  à  l'heure  où  j' 
lement  sont  survivants. 

La  Société  n'avait  pas  alors  do  fonds  so< 
jusqu'en  1860. 

En  1849,  OQ  compte  34  nouveaux  membre 

Le  nombre  des  sociétaires  es£  ainsi  porte 

Il  atteint  presque  500  (498)  dix  ans  plu 
présidence  de  notre  sympathique  et  regret 
l'un  des  fondateurs. 

Il  s'élève  à  319  en  1860,  sous  la  préside 
des  fondateurs. 

T'est  à  cette  époque  que,  grâce  à  l'acti' 
M.  Viiigner,  la  Société  commença  à  avoir  h 
auxquelles  elle  était  naturellement  destinée 
la  demande  en  reconnaissance  d'utilité  pi 
sauce  nécessitait  des  modifications  aux  sta 


—  818  — 

fonds  inaliénable  de  50,000  francs  :  des  souscriptions,  des  dons 
volontaires  et  des  exonérations  de  la  cotisation  permirent  de  réaliser 
ce  capital  qui  fut  converti  en  190  obligations  de  chemins  de  fer. 

Enfin  la  même  année,  le  31  décembre  1860,  la  Société  voyait  ses 
travaux  persévérants  de  douze  années  couronnés  de  succès  par  la 
reconnaissance  d'utilité  publique. 

En  1864,  sous  la  présidence  de  M.  J.  Pétiet,  qui  avait  déjà  été 
président  en  1853,  la  Société  prend  un  développement  nouveau  : 
154  membres  sont  admis,  grâ':e  à  sa  persévérante  activité  ;  le  nom- 
bre des  sociétaires  s'élève  ainsi  à  750,  et,  parmi  eux,  les  présidents 
des  cinq  grandes  Compagnies  de  chemins  de  fer,  qui  firent  chacun 
un  don  de  2,000  francs  à  la  Société.  Le  fonds  social  est  porté  à 
80,443  fr.  90. 

En  1865,  sous  la  présidence  de  M.  Salvétat,  25  membres  sous- 
crivent pour  donner  une  médaille  d'or  au  meilleur  mémoire  remis 
à  la  Société  dans  le  courant  de  l'année. 

Cette  médaille  est  décernée  Tannée  suivante,  1866,  sous  la  prési- 
dence de  M.  Nozo,  à  MM.  Huet  et  Geyler  pour  leur  mémoire  sur  le 
traitement  des  minerais. 

La  Société,  suivant  cette  louable  impulsion  de  l'initiative  per- 
sonnelle, décide  que,  à  l'avenir,  une  médaille  d'or  sera  décernée 
tous  les  ans,  dans  l'assemblée  générale  de  juin,  au  meilleur  mémoire 
remis  dans  le  cours  de  l'année  précédente. 

La  première  médaille  a  été  décernée  en  1867  à  M.  Ârson,  pour 
son  mémoire  sur  l'écoulement  des  gaz. 

En  1867,  M.  Perdonnet,  que  la  Société  a  perdu  cette  même 
année,  a  o£fertun  prix  représenté  par  une  médaille  d'or  de  â,000  francs 
pour  le  meilleur  travail  sur  les  conditions  techniques  de  traction  des 
trains. 

Ce  prix  a  été  décerné  l'année  suivante  à  MM.  Vuillemin,  Guébhard 
et  Dieudonné  pour  leur  mémoire  sur  la  résistance  des  trains  et  la 
puissance  des  machines. 

L'année  1867  était  signalée  par  une  grande  Exposition  universelle 
qui  a  laissé  des  souvenirs  ine£façables. 

La  Société  veut  avoir  à  sa  tête,  pour  cette  solennité,  l'Ingénieur 
éminent  qui  a  soutenu  ses  premières  années  et  dont  elle  sait  l'inal- 
térable et  l'infatigable  dévouement,  et  elle  appelle  à  la  présidence,. 


-  819  — 

pour  la  septtéme  fois,  M.  Eugène  Flachat,  auquel  c 
rannée  suivante,  le  titre  de  Président  homiaire. 

L'Exposition  de  1867  éveille,  comme  l'a  trè»  bien  dit 
beroQsse,  les  ambitions  de  la  Société  qui  compte  déjà 
membres  et  dont  le  capital  est  près  d'atteindre  100 
Elle  yeat  être  chez  elle  et  avoir  son  Hôtel,  comme  le 
anglais. 

En  1868,  le  capital  atteint  106,910  francs  et  l'ei 
3,968  fp.  43. 

M.  Love,  alors  président,  s'occupe  avec  activité  de 
d'un  terrain. 

En  1869,  son  successeur,  M.  Âlcan,  un  des  foud 
Société,  poursuit  et  mène  à  bonne  fin  les  négociations 
mées  et,  le  11  février,  199  mètres  de  terrain  sont 
Rougemont,  n"  10,  au  prix  de  390  francs  le  mètre. 

Un  concours  est  ouvert,  suivant  un  programme  s 
Comité,  pour  la  construction  de  l'hôtel,  et  notre  regrt 
M.  Demimuid,  ancien  élève  de  l'École  Centrale,  est  ch 
cution,  son  projet  répondant  le  mieux  aux  conditi 
gramme. 

Les  travaux  sont  commencés  en  mai  1870,  pendant 
de  M.  Vuillemin,  sous  la  surveillance  d'une  comraissi 
de  MM.  Eugène  Flachat,  Crétin,  Emile  Muller  et  Vui 
sont  poussés  avec  une  telle  activité,  un  tel  dévoueme 
heureusement  les  couvrir  au  mois  de  septembre  de 
néfaste.  Pendant  nos  désastres,  les  baies  de  l'hôtel 
avec  des  planches  clouées,  et  il  attend,  comme  nous, 
jours. 

Enfin  le  "i  juin  1872,  sous  la  présidence  de  M.  î 
la  Société  prend  possession  de  son  hôtel ,  comme  il 
haut. 

Les  élections  pour  l'année  1871  furent  retardées 
l'investissement  de  Paris  et  des  douloureux  événem 
suivi  le  siège,  et  ce  n'est  qu'au  mois  de  juin  de  ceti 
M.  Yvon-Villarcean  fut  appelé  à  la  présidence. 

En  vertu  de  la  décision  prise  par  l'assemblée 
21  juin  1872,  le  remboursement  de  l'emprunt  cent 
Société  pour  la  construction  de  son  hôtel  devait  ae  fa: 


—  820  — 

années,  à  partir  de  1877,  de  manière  à  être  complètement  opéré 
en  1892. 

Beaucoup  de  souscripteurs  avaient  cru  alors  faire  un  don  à  la 
Société,  comme  Ta  justement  fait  remarquer  notre  président,  M.  de 
Comberousse,  dans  son  discours  du  19  juin  1885,  auquel  j  emprunte 
ce  qui  suit,  parce  que  ces  lignes  ont  trait  surtout  à  Tavenir  de  la 
Société  : 

«  Qu'est-il  arrivé,  cependant  ?  A  partir  de  1877,  les  intérêts 
ont  été  régulièrement  soldés,  les  tirages  se  sont  continués  et  les 
obKgations  ont  été  remboursées  année  par  année.  Et,  aujourd'hui, 
'  en  1885,  nous  avons  le  plaisir,  comme  le  disait  M.  Loustan  tout 
à  l'heure,  de  ne  pas  faire  de  tirage  au  sort,  parce  que  nous  rem- 
boursons tout  ce  qui  reste,  parce  que  nous  liquidons  Topération. 

»  Et  nous  arrivons  à  cet  heureux  résultat  à  peu  près  à  la  moitié 
du  temps  fixé. 

»  Il  n'y  a  pas  à  insister,  les  chiffres  ont  une  éloquence  que  rien 
ne  peut  remplacer. 

»  Permettez-moi  seulement  d'ajouter  que  la  Société  a  donné  là 
une  preuve  de  puissance  à  laquelle  ses  meilleurs  amis  ne  s'atten- 
daient pas.  Elle  n*a  plus  qu'à  vouloir  pour  atteindre  bientôt 
l'épanouissement,  l'extension  k  laquelle  elle  a  droit  et  dont  elle  a 
besoin. 

»  Je  me  range  parmi  les  prudents,  je  désire  qu'on  accroisse  les 
ressources  avant  de  rien  entreprendre  de  nouveau.  Mais,  si  pour- 
tant on  rencontrait  une  de  ces  occasions  qu'on  regrette  trop  ensuite 
d'avoir  laissé  échapper,  rexpérience  que  nous  venons  de  faire  rae 
rendrait  audacieux  et  je  n'hésiterais  pas  à  la  recommencer  pour 
donner  à  la  Société  une  demeure  plus  vaste,  mieux  éclairée,  répon- 
dant à  tous  ses  besoins,  vraiment  digne  d'elle,  en  un  mot,  et  Ac 
ses  destinées.  Quand  nous  atteindrons  le  chiffre  de  3,000  membres, 
il  n'y  aura  pas  d'ailleurs  à  hésiter. 

»  Ainsi,  pas  à  pas,  nous  grandissons  et  nous  faisons  de  plus  on 
plus  honneur  aux  efforts  de  nos  dignes  et  éminents  fondateurs. 

»  Nos  budgets  aussi  ont  grandi,  mais  c'est  pour  que  nous  puis- 
sions tenir  notre  place  et  mieux  remplir  nos  devoirs. 

»  En  1875,  les  Bulletins  sont  trimestriels,  et  nos  impressions  de 
toutes  sortes  (les  reliures  com[)rises)  atteignent  17,672  francs.  Je 


i 


—  821  — 

n'entre  pas  dans  le  détail,  qui  nous  conduirait  trop  loin  :  je  dis  ce 
qu'on  a  payé  en  bloc. 

»  En  4876,  les  Bulletins  deviennent  bimensuels,  et,  de  ce  fait, 
la  dépense,  au  chapitre  des  impressions,  s'élève  pour  1877,  à 
25,452  francs. 

»  Les  Bulletins  deviennent  mensuels  en  1880,  sous  la  présidence 
de  M.  Gottschalk,  et  nous  payons,  en  1881,  une  somme  corres- 
pondante de  33,590  francs. 

»  Les  dépenses  de  personnel  qui,  en  1875,  ne  comptaient  que 
pour  6,640  francs,  montent  en  1881,  avec  la  nouvelle  organisation 
reconnue  nécessaire,  à  14,560  francs. 

»  Ce  sont  là,  avec  raison,  nos  deux  chapitres  les  plus  chargés. 

»  Maintenant  que  nous  sommes  entièrement  propriétaires  de 
l'hôtel,  que  nous  n'avons  plus  d'obligations  à  éteindre,  nous  pou- 
vons dire,  en  chiffre  rond,  et  sauf  les  dépenses  exceptionnelles 
qu'il  faut  toujours  prévoir,  que  notre  budget  des  dépenses  va 
osciller,  pendant  plusieurs  années,  autour  de  60,000  francs. 

»  Avec  2,000  membres,  non  exonérés,  le  budget  des  recettes 
serait  de  72,000  francs  ;  avec  2,500  membres,  de  90,000  francs  ; 
avec  3,000  membres,  de  108,000  francs. 

»  Vous   pouvez  juger   maintenant  pourquoi  j'ai  indiqué    tout  à 
l'heure  le   chiffre  de    3,000    membres  comme   celui   qu'il   fallait 
atteindre  au  plus  tôt,  et  qui  nous  donnerait  toute  la  confiance  et 
toute  l'élasticité  nécessaires  pour  tenter  une  nouvelle   migration, 
cette  fois  définitive,  au  moins  pour  de  longues  années.  » 


PIÈCES  ANNEXES 


Bureau  provisoire  du  4  mars  1848 

MM.  Ch.  Gallon,  président  : 

A.  Faure,  secrétaire-rapporteur  ; 
G.  Laurens,  a.  Boudsot,  F.  Scribe. 

Membi'es  adjoints  pour  la  rédaction  des  Statuts  : 

MM.  Alquié,  Arson,   Blard,  Victor  Bois,   Bricogne,  Ganneroii,  m 
Montcarville,  Nozo  et  Yvon-  Villarceau. 

1er  Bureau  définitif,  nommé  le  25  mars  et  installé 

le  30  mars  1848. 

MM.  Edg.  Flachat,  président; 

Gh.  Gallon  et  Degousée,  vice-présidents  ; 
Victor  Bois  et  Scribe,  secrétaires  ; 
Prtestley,  trésorier. 

Membres  du  Comité  : 

MM.  Boudsot,  AiCAN ,  Pétiet  ,  Laurens,  Nozo',  le  major  Poussin, 
Grouvelle  et  Paul  Séguin. 

1er  Bureau  modifié  au  13  juiUet  1848. 

MM.  EuG,  Flaschat,  président  ; 

Gh.  Gallon  et  Degousée,  vice-présidents  ; 
Victor  Bois,  F.  Scribe  et  Ad.  Bellier,  secrétaires  ; 
Priestley,  trésorier. 

Meinhres  du  Comité  : 

MM.  Alcan,  Laurens,  Al.  Barrauld,  Jules  Pétiet,  Nozo,  Grouvelle, 
Paul  Séguin,  Vuiguer,  Polonceau,  Faure  et  Léonce  Thomas. 

LISTE  DES  MEMBRES  DE  LA  SOCIÉTÉ  ADMIS  EN  1848 

MM.  MM. 

Aboitard.  Armengaud  aîné,  père. 

-^  Abt.  Arson* 

—  Alcan  (Michel).  —  Bardou. 

—  Alguie.  —  Barrault  (Alexis). 


Bakirolohbv. 

Di 

Benoit-Dupobtail. 

—  E 

Bergeron. 

—  F, 

BiVEB. 

—  F, 

Blacher.' 

-  F 

Blanche. 

—  Fi 

Blard. 

-  Fi 

Bois  (Victob). 

—  F' 

Bonnet  {AucrsiK). 

Fi 

Bonnet  (Victor). 

G 

BOBDET. 

—  0 

Boucart. 

—  G 

Boudent. 

—  G 

BOUDSOT. 

G 

BOUCÈRE. 

-  G 

BOOBGART. 

—  G 

Bourdon. 

G 

BooRouiCNON  (Etienne)  . 

G 

Boussou. 

Cî 

BOUTIN. 

G 

Bricogne  (Charles). 

—   D 

Bkidel. 

B 

Caillé. 

—  E 

Cave  (François). 

—  h 

CUABBIER. 

—  B 

CSAPELAIK. 

H 

Charpentier  (Joseph-Ferdinand 

.  —  J 

Chevandier  de  Valdrome. 

Chobrzïnski. 

Cornet. 

—  L 

COURTÉPÉE. 

Daguin. 

Daoré. 

Darblay  (Paul). 

DBBAtGE. 

Dëgouséi  père. 

Delignv. 

Delom. 

—  I 

Desmazîirbs. 

DosNAY  (Charles). 

~  I 

DtIFOURNEL. 

~  I 

-  DUMÉRY. 

—  I 

—  824  — 


MM. 

LOUSTAU. 

Mangeon. 
Mariottk. 
Mathias  (Félix). 
Mathias  (Ferdinand). 
Mesdach. 
Meykr  (J.-J.). 

MlRECKl. 
MiTCHELL. 

Nancy. 

Nozo  f Alfred). 
Pépin  Le  Halleur. 
Perdonnet. 
Pétiet  (Jules). 
Pi€ard. 

-  de  Planhol. 
•  PoiNSor. 

-  Polonceau  (Camille). 

-  Pot. 

Pothier  (Francis), 

POTTIEH    (FeIIDINAND). 
-   POUPÉ. 


MM. 
Pbiestley. 

DE   PCRY. 

Redon. 
DE  Regel. 
Rhoné. 
Salleron. 
Salve TAT. 
Saulnier. 
Scrirb. 

Séguin  (Paul). 
Servel. 

Thomas  (Léonce). 
Thomas  (Frédéric) 
'  Thomé  de  Gamond. 
Trélat  (Emile). 

-  Valério  (Oscar). 
Véron. 

-  VOLLANT. 

-  Vaigner. 

Y VERT. 

-  YvON-ViLLARCEAU. 


1»    ■•  ■  - 


CHRONIQUE 


Sommaire.  —  Les  premiers  chemins  de  fer  français.  —  Essais  à  Tindicateur  sur 
des  locomotives.  —  Enveloppes  calorifuges.  —  Prix  Fourneyron. 


lie»  premiers  ehemlnii  de  fer  fk>anfmla.  —  La  Belgique  a 
célébré  cette  année  ,  avec  uû  éclat  dont  un  certain  nombre  de  mem- 
bres de  la  Société  ont  pu  se  rendre  compte  de  visu  y  le  cinquantième 
anniversaire  de  la  création  de  ses  chemins  de  fer. 

Notre  Président  avait  rappelé  auparavant,  dans  une  de  nos  séances, 
que  cette  même  année  marquait  le  cinquantième  anniversaire  de  la  con- 
cession du  chemin  de  fer  de  Saint-Germain,  point  de  départ  de  la  cons- 
truction du  réseau  des  chemins  de  fer  français.  Un  de  nos  collègues , 
M.  A  Léger,  a  réclamé  énergiquement  en  faveur  du  chemin  de  fer  de 
Saintr-Etienne  à  Lyon,  qui  ,  dès  1831  ,  c'est-à-dire  quatre  ans  avant 
qu'on  songeât  seulement  à  décréter  le  chemin  de  fer  de  Saint-Germain, 
était  exploité  avec  des  locomotives  et  transportait  déjà,  bon  an  mal 
an,  en  1835,  200,000  voyageurs  et  500.000  tonnes  de  marchandises. 

Notre  collègue  a  publié,  dans  le  Lyon  Industriel^  sous  le  titre,  de  «  les 
Premiers  Chemins  de  fer  français,  »  une  intéressante  notice  dont  nous 
donnons  ci-dessous  un  résumé  succinct. 

Le  chemin  de  fer  de  Saint-Etienne  à  Andrezieux  avait  été  ouvert 
dés  le  mois  d'avril  1828,  la  traction  était  faite  par  des  chevaux  ;  cette 
ligne  fut  entièrement  remaniée  pour  faire  place  à  la  ligne  de  Saint- 
Etienne  à  Montbrison  ;  elle  fut  abandonnée  en  juin  1864,  après  avoir 
servi  pendant  trcnle-six  ans;  elle  n'est  citée  qu'en  raison  d*un  intérêt 
historique;  le  premier  chemin  de  fer  construit  en  France  et  méritant 
réellement  ce  nom  est  le  chemin  de  fer  de  Saint-Etienne  à  Lyon,  le- 
quel, mis  en  adjudication  le  27  mars  1826,  fut  adjugé  à  33  p.  cent  de 
rabais  consenti  sur  le  tarif  maximum  de  0  fr.  15  c.  par  tonne  kilo- 
mètre, à  une  compagnie  représentée  par  MM.  Seguin  frères  et  Biot. 

L'étude  de  cette  ligne  fut  faite  avec  le  plus  grand  soin  et  le  tracé 
fut  établi  si  judicieusement  que,  vers  1853,  à  la  reprise  du  chemin 
par  le  Grand-Central,  il  n'y  eut  que  des  réfections  de  détail  très  pou 
importantes  à  faire  pour  mettre  cette  ligne  à  la  hauteur  des  progrès 
réalisés  depuis  vingt-cinq  ans. 

Le  prix  d'établissement  avait  été  seulement  de  270,000  francs  par 
kilomètre,  c'est-à-dire,  très  inférieur  à  celui  du  chemin  de  fer  de  Li- 
verpool  à  Manchester,    bien  que  la   ligne  comptât  des    travaux  d  art 


—  826  — 

importants,  entre  autres  4,400  mètres    de    tunnels,    sur  une  longueur 
totale  de  86  kilomètres. 

La  ligne  avait  été  établie  à  double  voie,  sauf  pour  les  trois  grands 
tunnels  de  la  Mulatière,  de  Rive-de-Gier  et  de  Terrenoire,dont  le  der- 
nier avait  la  longueur,  considérable  pour  Tépoque,  de  1,510  mètres. 
Les  courbes  avaient  un  rayon  minimum  de  500  mètres,  et  les  rampes, 
de  5  à  6  millièmes  entre  Lyon  et  Rive-de-Gier,  s'élevaient  à  15  mil- 
lièmes de  Rives-de-Gier  à  Saint-Etienno. 

La  voie  était  établie  en  rails  de  fer  à  simple  champignon  pesant  13 
kilogs  le  mètre,  posés  sur  dés  en  pierre,  écartés  de  1",  05;  dès  1836, 
le  poids  des  rails  fut  porté  à  26  kilogs,  c'est-à-dire  au  double  du  poids 
primitif. 

La  ligne  ne  fut  terminée  qu'en  1833,  la  première  section,  celle  de 
Givors  à  Grand-Croix,  ayant  été  ouverte  en  1830  ;  les  acquisitions  de 
terrain,  difficiles  à  réaliser  en  Tabsence  de  Texpropriation  qui  ne  fut 
réglée  que  par  la  loi  de  1841,  firent  perdre  beaucoup  de  temps  et 
firent  dépasser  notablement  les  prévisions  du  devis. 

A  l'origine  la  traction  se  faisait  par  des  chevaux  ;  il  y  avait  des 
trains  mixtes,  voyageurs  et  marchandises,  et  des  trains  spéciaux  'de 
voyageurs,  comprenant  des  voitures  dites  financières,  imitées  des  dili- 
gences, avec  deux  coupés,  deux  compartiments  d'intérieur  et  une  im- 
périale pour  les  bagages. 

Dès  1831  les  locomotives  de  M.  Seguin  aîné  avaient  été  mises  en 
service:  elles  avaient  des  cvlindres  verticaux  actionnant  les  manivelles 
des  quatres  roues  par  des  balanciers  et  des  bielles  pendantes;  le  tirage 
de  la  chaudière  tubulaire  était  activé  par  des  ventilateurs  placés  sur 
le  tender;  ces  machines  pesaient  6  tonnes  et  remorquaient  16  à  18 
wagons  de  4  tonnes  en  palier,  7  à  8  sur  rampes  de  6  millièmes  et  2 
à  3  sur  les  fortes  inclinaisons  de  15  millièmes;  comme  elles  étaient 
trop  légères,  on  dut  créer  en  1833  des  machines  de  10  tonnes ,  du 
type  des  machines  anglaises,  lesquelles  remorquaient  80  à  85  tonnes 
en  palier,  40  sur  les  rampes  de  6  et  12  à  16  sur  les  rampes  de  lo 
millièmes. 

Ce  dernier  résultat  n'était  pas  encore  suffisant  pour  assurer  l'exploi- 
tation économique  des  rampes  et  on  trouva,  sur  la  section  spéciale  do 
Grand-Croix  à  Saint-Etienne,  avantage  à  revenir  à  l'emploi  des  chevaux, 
jusqu'en  1844  où  M.  Verpilleux  créa  le  type  à  tender  moteur  qui  prit 
son  nom,  pesant  en  tout  26  tonnes  avec  4  cylindres  et  8  roues  mo- 
trices. 

Les  tarifs  étaient  trop  bas  pour  que  le  produit  de  l'exploitation  fût 
suffisamment  rémunérateur;  on  dut  demander,  dès  1831,  le  relèvement 
de  0  fr.  098  à  0  fr.  12,  et,  avec  une  exploitation  à  75  p.  cent  des 
recettes  brutes,  la  compagnie  de  Saint-Etienne  à  Lyon  put  de  1835  à 


—  827  — 

4840,  réaliser  en  moyenne   700,000   francs   de  bénéfices  annuels,  soît 
environ  5  pour  cent  du  capital  d'établissement. 

Des  dégâts  causés  par  les  inondations  vinrent  compliquer  la  situa- 
tion; les  dépenses  résultant  de  cette  cause  et  celles  nécessitées  par 
des  agrandissements  devenus  indispensables,  durent  être  opérées  au 
moyen  d'avances  faites  par  l'Etat  et  remboursées  par  des  surtaxes  éta- 
blies sur  les  transports. 

En  résumé,  comme  le  fait  observer  M.  Léger,  alors  que  le  cbemin 
de  fer  de  Saint-Germain  n'existait  encore  que  sur  le  papier,  la  région 
lyonnaise  avait  un  chemin  de  fer  en  pleine  exploitation  pour  voya- 
geurs et  marchandises  avec  des  locomotives,  sauf  sur  les  rampes  de 
23  millièmes,  venues  trop  tôt,  mais  dans  tous  les  cas,  exploitées  avec 
les  machines  Verpilleux  dix  ans  avant  qu*on  osât  admettre  de  telles 
inclinaisons  nulle  part  ailleurs. 

La  ligne  d'Andrezieux  a  Roanne  offre  un  exemple  non  moins  remar- 
quable; destinée  à  porter  les  houilles  du  bassin  de  Saint-Etienne  à  un 
point  où  la  Loire  devient  plus  facilement  navigable,  elle  fut  adjugée 
en  1828  à  MM.  Mellet  et  Henry,  et  fut  ouverte  au  commencement  de 
1833,  en  avance  de  deux  ans  et  demi  sur  le  délai  fixé  pour  Tachève- 
ment  et,  chose  non  moins  remarquable,  avec  une  économie  très  im- 
portante sur  le  prix  prévu  d'établissement;  elle  a  coûté  107,000  le  ki- 
lomètre pour  simple  voie.  La  longueur  totale  était  de  67  kilomètres, 
et  comportait  plusieurs  sections  à  déclivités  modérées  séparées  par  des 
plans  inclinés  automoteurs  dont  les  rampes  atteignaient  45  et  80  mil- 
limètres; des  machines  fixes  étaient  installées  au  sommet  des  plans 
inclinés  pour  compenser  les  différences  de  chargement;  on  simplifia 
même  la  solution  en  attelant  une  locomotive  au  train  deseendant 
qui  remorquait  du  même  coup  le  train  montant  avec  son  câble  agis- 
sant comme  prolonge  de  3  kilomètres  de  longueur;  cette  disposition 
ingénieuse  a  été  proposée  souvent  depuis. 

La  partie  de  la  ligne  comprenant  ces  plans  inclinés  a  été  rectifiée 
en  18S6  par  le  tracé  actuel;  mais  le  reste  a  été  conservé  par  la  ligne 
actuelle,  ce  qui  fait  croire  que  cette  construction  était  loin  de  repré- 
senter une  simple  ébauche. 

Les  locomotives  furent  introduites  dès  1834  sur  la  section  à  décli- 
vité modérée  du  chemin  de  fer  d'Andrezieux  à  Roanne  ;  elles  étaient 
de  construction  anglaise  et  remorquaient  120  tonnes  en  palier,  elles 
traînaient  même  3  wagons  ou  12  tonnes  brutes  sur  la  rampe  de  45 
millièmes  du  Bernand;  ces  machines  pesaient  6  à  7  tonnes.  On  orga- 
nisa de  bonne  heure  des  trains  de  voyageurs  avec  des  voitures  à  trois 
compartiments  contenant  30  personnes. 

L'exploitation  de  cette  ligne  fut  peu  rémunératrice;  les  recettes 
n'atteignirent  que    le  tiers  des  chiffres  prévus  et  ne  permirent  que  la 


—  828  — 

rémunération  à  1  4  '2  pour  cent  du  capital  engagé  ;  la  situation  ne 
s'améliora  que  bien  après  1840. 

M.  Léger  cite  encore  le  cas  du  chemin  de  fer  sur  route  de  Mont- 
rond  à  Montbrison,  concédé  en  183S  à  M.  Cherblanc;  cette  ligne  do 
io  kilomètres  fut  exploitée  jusqu'en  1841  et  on  peut  dire  que  Tessai 
fut  au  point  do  vue  technique  absolument  satisfaisant,  mais  le  succès 
financier  ne  fut  pas  n*alisé  et  l'entreprise  dut  se  mettre  en  liquidation. 

Notre  collègue  rappelle  avec  raison  ces  utiles  et  glorieux  souvenirs, 
bien  moins  obscurcis  toutefois  qu'il  ne  paraît  le  croire  ;  il  insiste  pa^ 
ticulièrement  sur  ce  fait,  intéressant  à  noter,  que  ces  entreprises 
hardies  et  profitables  furent  conçues  et  réalisées  par  l'initiative  locale 
simplement  mise  en  œuvre  par  un  groupe  d'hommes  qui  ont  été  les 
véritables  pionniers  des  chemins  de  fer  français,  Beaunier,  les  frères 
Seguin,  Biot,  Costo,  Mellet,  Henrv,  Clément  Dosormes,  Locard,  etc. 
Il  ne  fut  point  nécessaire,  dit  M.  Léger,  de  recourir  au  concours  des 
puissances  financières  en  renom  sans  lesquelles,  en  plein  Paris,  on  no 
fût  point  parvenu,  en  183S,  à  trouver  les  18  millions  nécessaires  à  la 
création  du  petit  chemin  de  fer  de  Paris  à  Saint-Germain,  alors  que. 
de  1823  à  1835,  l'épargne  lyonnaise  et  stéphanoise  avait  pu  suffire, 
sans  effort  et  sans  éclat,  à  fournir  les  26  millions  que  coûtèrent  les 
quatre  premières  lignes  de  chemin  de  fer  établies  en  France. 

Dans  la  situation  difficile  que  traverse  en  ce  moment  l'industrie  de 
Rhône-et-Loire ,  ces  grands  exemples  d'initiative  no  doivent  pas  être 
perdus,  ils  doivent  au  contraire  être  invoqués  pour  défendre  et  sauver 
la  fortune  industrielle  de  ces  régions,  gravement  menacée  dans  les 
circonstances  actuelles. 

W^mmBlm  à  l^lndlentear  «ar  de«  loc«m»ti«'e»«  —  Le  Railroad 
Gazette  a  donné  récemment  les  résultats  d'une  série  d'essais  faits  sur 
une  locomotive  à  voyageurs  du  Philadelphia  and  Reading  Railroad  par 
MM.  Abbey  et  C)  Baldwin ,  étudiants  à  llnstitut  de  Stevens. 

Cette  machine  n®  169,  construite  aux  ateliers  de  Baldwin  en  1882, 
est  du  type  ordinaire  de  la  Compagnie  ;  en  voici  les  principales  dimen- 
sions : 

Diamètre  des  cylindres 0"*,4S6 

Course  des  pistons 0",610 

Diamètre  dos  4  roues  couplées   .    .    .         1",720 

Surface  de  grille 3»,  60  ~* 

Surface  de  chauffe  totale 127",  00 

Le  rapport  de  la  surface  de  chauffe  à  la  grille  est  de  35,3;  la  tuyère 
d'échappement  a  une  section  égale  à  0,375  de  la  section  totale  des  deux 
tuyaux  d'échappement. 

La  machine  faisait  le  service  entre  Jersey  City  et  Bound  Brook  on 


—  830  — 

La  contre-pression  est  également  très  élevée  ;  elle  est  en  moyenne 
de  1  kilogramme  au  moins  en  dessus  de  la  pression  de  l'atmosphère; 
cette  forte  contre-pression  est  motivée  par  Ténergie  du  tirage  nécessaire 
pour  brûler  la  grande  quantité  de  combustible  consommé  par  la 
machine. 

Les  passages  de  vapeur  sont  évidemment  encore  insuffisants,  pour  \e$ 
conditions  de  vitesse  réalisées  dans  ces  essais;  les  lumières  des  cylindres 
ont  0", 406  X  0,041,  soit  1,66S  décimètre  carré,  ou  très  sensiblement 
un  dixième  de  la  section  du  piston.  Ce  rapport  est  certainement  très 
satisfaisant  au  point  de  vue  absolu,  mais,  si  on  remarque  que  k  vitesse 
du  piston  s'est  élevée  parfois  aux  valeurs  excessives  de  7"*,42  et  7",93, 
on  trouve  que  la  vitesse  moyenne  de  la  vapeur  atteindrait  déjà,  dans 
Thypothèse  de  l'ouverture  complète  des  lumières,  74",3  et  79°*,30  par 
seconde,  vitesses  qui  en  réalité  s'élèvent  beaucoup  plus  haut  et  doivent 
entraîner  des  chutes  de  pression  considérables,  surtout  si,  comme  il  est 
très  probable,  la  vapeur  contenait  une  proportion  d'eau  un  peu  élevée. 

Les  relevés  directs  ont  fait  constater  une  consommation  de  combustible 
de  1080  kilogs  à  l'heure  ;  c'était  de  l'anthracite  des  mines  de  Upper 
Lehigh  ;  cette  consommation  ressort  au  taux  de  SOO  kilogs  par  mètre 
carré  de  grille  et  par  heure.  La  dépense  d'eau  a  été  de  7675  litres,  ce  qui 
donne  7,107  d'eau  pour  1  de  combustible  et  une  production  de  vapeur 
de  60  kilogrammes  par  mètre  carré  de  surface  de  chaufie. 

Ces  consommations  de  combustible  et  d'eau  rapportées  à  la  puissance 
indiquée  moyenne  de  402  chevaux,  donnent  une  dépense  de  2,70  kilo- 
grammes de  combustible  et  19,2  kilogrammes  de  vapeur  par  cheval 
indiqué  et  par  heure. 

On  peut  dire  que,  pour  une  machine  à  vapeur  fonctionnant  avec  des 
pressions  à  la  chaudière  de  7,5  à  10,5  kilogs  par  centimètre  carré  et 
des  admissions  de  0,20  à  0,25  de  la  course,  s'étant  exceptionnellement 
élevées  à  0,40,  ces  résultats  n'ont  rien  de  satisfaisant. 

Nous  croyons  toutefois  qu'il  ne  faut  pas  les  prendre  absolument  au 
pied  de  la  lettre  et  que  les  dépenses  de  combustible  et  d'eau  sont 
faussées,  la  première  par  un  énorme  entraînement  de  charbon  échap- 
pant à  la  combustion,  entraînement  occasionné  par  un  tirage  très  violent 
et  rendu  d'ailleurs  plus  facile  par  la  nature  du  combustible  employé,  et 
la  seconde  par  un  entraînement  d'eau  dû  à  la  vaporisation  exagérée 
demandée  à  la  chaudière. 

On  ne  doit  pas  perdre  de  vue  qu'un  travail  excessif  imposé  à  une 
partie  d'un  appareil  moteur  à  vapeur  entraine  des  conséquences  défavo- 
rables pour  toutes  les  autres  parties. 

Dans  l'espèce,  le  mal  provient  d'abord  de  vitesses  excessives  imposées 
à  des  machines  non  appropriées  à  ces  Vitesses;  il  eti  résulte  immédia- 
tement une  vitesse  de  piston  exagérée,  laquelle,  en  présence  d'orifices 
devenus  insuffisants  à  ces  vitesses,  fait  agir  la  machine  comme  si  on  lui 


—  834  — 

avait  attelé,  d'une  part,  ne  pompe  à  faire  le  vide  et,  de  l'autre ,  une 
pompe  de  compression  d'air.  De  là  une  exagération  du  travail  à  fournir, 
laquelle  exige  un  supplément  de  dépense  de  vapeur;  la  chaudière  est 
donc  conduite  à  produire  par  mètre  carré  une  quantité  de  vapeur  exces- 
sive, laquelle  amène  nécessairement  Témersion  du  niveau  d'eau  de  la 
chaudière  d'un  volume  plus  considérable  de  vapeur,  une  vitesse  d'émer- 
sion  plus  grande  et  finalement  une  proportion  plus  élevée  de  l'eau 
mélangée  avec  la  vapeur.  Cette  modification  de  la  nature  du  fluide 
moteur  agit  défavorablement  sur  la  marche  de  la  machine  proprement 
dite;  la  résistance  dans  les  passages  augmente  encore  et  la  vapeur  humide 
travaille  moins  bien,  de  sorte  que  non  seulement  il  y  a  plus  de  travail  à 
fournir,  mais  que  chaque  unité  de  ce  travail  coûte  plus  à  produire  et  que 
par  conséquent  on  a  encore  plus  de  vapeur  à  demander  à  la  chaudière; 
c'est  un  cercle  d'où  on  ne  peut  plus  sortir. 

Le  foyer  vient  également  se  mettre  de  la  partie  ;  il  faut  brûler  un 
poids  de  combustible  exagéré,  c'est-à-dire  augmenter  la  combustion  par 
unité  de  surface;  il  faut  forcer  le  tirage,  d'où  contre-pression  derrière 
les  pistons  et  augmentation  de  travail  à  fournir  par  la  machine,  entraî- 
nement d'une  partie  du  combustible  non  utilisé  et  dès  lors  nécessité 
d'accroître  encore  la  quantité  de  combustible  à  jeter  sur  la  grille,  nous 
ne  disons  pas  à  brûler. 

On  arrive  ainsi  à  gaspiller  en  pure  perte  le  combustible  et  la  vapeur. 

Ces  considérations  sont  justifiées,  non  seulement  par  les  dépenses 
excessives  de  combustible  et  d'eau  rapportées  à  l'unité  de  puissance 
développée,  mais  également  par  les  températures  constatées  dans  la 
boîte  à  fumée.  Les  expérimentateurs  se  sont  servis  à  cet  effet  du  pyro- 
mètrè  de  Bulkley  ;  la  température  qui  ne  dépassait  pas  150  degrés  pen- 
dant les  stationnnements  s'élevait  à  650,  c'estrà*dire  au  rouge  naissant, 
dans  la  marche  à  100  kilomètres. 

Ces  expériences  sont  très  intéressantes .  Doit-on  en  conclure  que  la 
traction  à  très  grande  vitesse  est  nécessairement  coûteuse  comme  com- 
bustible? Ne  doit-on  pas  admettre  plutôt  qu'elle  démontrent  qu'il  faut 
avoir  des  machines  appropriées  aux  divers  services  et  que  des  loco- 
motives convenables  pour  des  vitesses  de  70  à  80  kilomèlres  ne  sau- 
raient fournir  avantageusement  des  vitesses  de  100  à  180  kilomètres? 

Il  est  très  possible  que  sous  ce  rapport  la  pratique  américaine  de  la 
construction  des  locomotives  ou  plutôt  de  leur  usage  ne  soit  pas  à  imiter* 

Enveloppes  ealorlfuses.  Nous  trouvons  dans  V American  Engl- 
neer  une  expérience  qui  montre  d'une  manière  frappante  l'avantage  des 
enveloppes  contre  le  refroidissement  et  permet  de  chiffrer  cet  avantage* 

Dans  une  usine  de  fabrication  de  matières  grasses,  on  a  opéré  sur 
deux  réservoirs  en  tôle  de  1",83  de  diamètre  et  3,66  de  hauteur,  ces 
réservoirs  avaient  leur  base  protégée  par  le  soubassement  en  maçonnerie 


—  832  — 

sur  lequel  ils  reposaient;  les  parois  et  le  couvercle  étaient  exposés  à 
Tair,  cette  surface  représentant  21  mètres  carrés  en  nombre  rond. 

Un  (les  réservoirs. reçut  sur  ses  parois  une  couverture  en  mastic  d'a- 
miante, tandis  que  l'autre  conserva  ses  parois  nues;  on  maintint  dans 
les  deux  réservoirs  une  pression  de  vapeur  de  2  1/2  kilogrammes  effec- 
tifs, et  on  recueillit  Tcau  condensée  dans  chacun,  laquelle  était  pesée 
avec  exactitude. 

On  constata  que  le  réservoir  à  parois  nues  condensait  66,14  kiiogs  de 
vapeur  par  heure,  et  le  réservoir  à  parois  protégées  24.46,  différence 
41,68.  Les  chiffres  correspondent  à  3,15  et  1,17  kilogrammes  de  vapeur 
condensée  par  mètre  carré  et  par  heure,  ce  qui  s'accorde  d'ailleurs  bien 
avec  les  chiffres  généralement  admis. 

Les  41,(38  kilogrammes  de  vapeur  économisés  représentent,  à  raison 
de  7,o  kiiogs  de  vapeur  par  kilog  de  combustible  ,  5,50  kiiogs  de 
combustible  à  Theure,  ou  132  par  journée  de  24  heures.  A  lo  francs  la 
tonne,  c'est  une  dépense  de  1  fr.  98,  soit  2  francs  en  nombre  rond. 
On  peut  évaluer  a  10  francs  le  mètre  carré  le  prix  de  l'enveloppe 
protectrice,  soit  210  francs  pour  le  réservoir;  la  dépense  serait  donc 
couverte  par  l'économie  représentée  par  lOo  jours  de  travail,  soit  3  mois 
et  demi  et,  à  partir  de  ce  moment,  ou  réaliserait  un  bénéfice  net  de 
2  francs  par  jour  et  par  rèservoir.  L'usine  dans  laquelle  a  été  faite 
Texpérience  employant  16  de  ces  réservoirs,  l'économie  annuelle  atteint 
presque  12,000  francs. 

PrliK  Foiinie9'ron«  —  L'Académie  des  sciences  a,  dans  sa  séance 
publique  annuelle  du  21  décembre  1885,  décorné  le  prix  Fourueyron  à 
notre  éminent  et  vénérable  collègue,  M.  Daniel  Colladon. 

Voici  les  termes  du  rapport  de  la  commission,  composée  de  MM. 
Phillips,  Lévy,  Haton  de  la  Groupillière.  Lalanne,  et  Resal,  rappor- 
teur. 

«  L'Académie  avait  proposé  pour  sujet  du  prix  qu'elle  doit  décerner 
cette  année,  la  question  suivante  :  Etude  théoHque  et  pratique  sur  les 
accumulateurs  hydrauliques  et  leurs  applications. 

Aucun  mémoire  ne  lui  étant  parvenu  sur  cette  (luestion,  la  commis- 
sion a  cru  devoir  se  livrer  à  des  recherches  sur  les  travaux  actuels 
qui,  par  leur  nature,  rentrent  dans  le  programme  général  tracé  par  le 
fondateur  du  prix;  son  attention  s'est  arrêtée  sur  M.  Daniel  Colladon. 

M.  Colladon  est  le  premier  qui  ait  proposé  (1852),  l'emploi  de  l'air 
comprimé  substitué  aux  câbles  pour  transmettre  la  force  dans  les  tun- 
nels et  c'est  d'après  ces  idées  qiic  l'on  a  établi  les  compresseui's  do 
Modane  et  de  Bardonnèche, logions  extrêmes  du  tunnel  du  Mont-Cenis. 

En  1871,  M.  Colladon  inventa  pour  la  compression  de  l'air  une 
pompe  dont  le  piston  et  la  tige  prolongée  au  delà  du  cylindre  sont 
creux;  leur  intérieur  est  constamment   refroidi    par   de    l'eau  amenée 


—  833  - 

dans  un  tube  concentrique  k  la  tige  et  qui  ressort  par  l'espac 
laire. 

Les  turbines  d'AiroIo,  de  iOQ  chevaux  chacune,  faisant  3S0 
tiens  par  minute,  M.  Colladon  a  fait  établir  les  pompes  de  son 
à  raison  de  80  tours  de  manivelle  dans  le  même  temps,  ce  q 
permis  de  n'employer  qu'un  seul  engrenage,  comme  transmis: 
lu  roue  tangentielle  à  chaque  arbre  moteur.  Pour  éviter  l'em] 
volants,  les  pompes  ont  été  groupées  ao  nombre  de  trois,  suj 
l)ar  un  même  bâti  et  actionnées  par  une  manivelle  triple.  Cinq 
ont  alimenté  les  cinq  compresseurs. 

La  même  disposition  a  été  adoptée  du  côté  de  Goscheuen;  se 
les  arbres  à  manivelles  n'ont  iait  que  60  tours  par  minute. 

On  a  constaté  que  les  pompes  à  grande  vitesse  du  système  < 
ont  donné  deux  fois  plus  de  puissance  en  air  comprimé  que  1< 
reils  du  Mout-Cenis;  d'ailleurs  l'emplacement  occupé  a  été  r^ 
1/5  à  1/6  et  la  dépense  de  un  tiers. 

Il  résulte  de  cet  exposé  que  M.  Colladon  est  le  véritable  i 
des  compresseurs  {dont  dès  l'origine  il  avait  établi  la  théorie) 
a  apporté  au  Saint-Crothard  des  améliorations  considérables  sur 
cieus  appareils  du  Monb-Cenis. 

Pour  ces  motifs,  la  commission  décerne  le  prix  a  M.  Duniol  ( 
et  propose  d'en  porter  exceptionnellement  la  valeur  à  3,000  fn 
Ces  considérants  sont  certainement  des  plus  flatteurs  pou 
collègue  et  on  conçoit  que  le  rapporteur  ne  pouvait  entrer  ( 
grands  développements  à  ce  sujet.  On  nous  permettra  donc  i 
pléter  cet  exposé  en  signalant  deux  points  d'une  importance  < 
dans  cette  question  et  qui  ont  été  omis  dans  les  considéra 
nous  venons  de  reproduire. 

Le  premier  est  que,  si  M.  CoUadoo  a  pu  songer  à  réaliser 
de  l'air  comprimé  pour  la  transmission  des  forces  ,à  distanc 
parce  que  des  expériences  longues  et  minutieuses,  commene 
lui  dès  1830  et  terminées  en  18oâ,  sur  la  circulation  de  l'air 
gués  conduites,  lui  ont  démontré  que  les  formules  adoptées 
générales  pour  les  petits,  moyens  et  gros  diamètres,  à  la  si 
expériences  de  d'Aubuisson  et  Oirard,  qui  n'avaient  opéré  que 
conduites  de  O^.IO  de  diamètre  au  maximum,  étaient  erroné* 
des  diamètres  notablement  plus  grands  et  que,  pour  des  canal 
eu  fonte  de  0",30  à  0",^  et  plus  de  diamètre,  bien  nettoyées  < 
à  l'intérieur  avec  des  joints  convenablement  faits,  la  perte  de 
n'est  guère  que  la  moitjé  de  celle  que  donneraient  ces  formu 
Le  second  point  est  que  le  perfectionnement  capital  applii 
compresseurs  dés  1872  par  M.  Colladon  est  l'injection  d'eau  pu 
à  l'intérieur  des  cylindres,  ce  qui  a  été  le  seul  procédé  efTicai 
obtenir  une  marche  très  rapide  (âOO  coups   et  plus   par  œinut 


—  834  — 

que  Tair  comprimé  à  8,    10  et  même    14  atmosphères  s'échauffât  de 

plus  de  20  degrés. 

Ce  dernier  perfectionnement  a  eu  une  influence  décisive,  tant  sur  l'é- 
conomie de  travail  dépensé  pour  la  compression  que  sur  le  volume 
d'air  obtenu  d'un  appareil  de  dimensions  données;  ce  dernier  avantage 
s'est  traduit  par  une  réduction  considérable  du  prix  des  appareils  et 
de  l'emplacement  qu'ils  exigent;  il  est  facile  de  comprendre  l'impor- 
tance de  ces  résultats  pour  les  transmissions  de  force  à  distance,  pro- 
blème dont  l'importance  devient  tous  les  jours  plus  capitale. 


COMPTES  RENDUS 


SOCIÉTÉ  D'ENCOURAGEMENT  POUR  L'INDUSTRIE  NATIONALE 


Octobre  1885 

Rapport  de  M.  DE  Luynes,  sur  les  procédés  de  MM.  Appert  frères. 
pour  rmppllôatloii  de  Pair  eomprlmë  an  travail  et  an 
soafllase  du  irerre. 

Ces  procédés  ont  été  décrits  dans  la  séance  du  19  octobre  1883  de  la 
Société  des  Ingénieurs  civils  (1883,  vol.  II,  pages  368  et  416). 

Rapport  de  M.  Le  Roux,  sur  Tappareil  dit  eompteur  Itjdraail- 
que  d'ëleetrieltë,  de  MM.  Marchand  et  G^rbon^ 

Cet  appareil  est  un  conapteur  horaire  totalisateur,  destiné  à  mesurer 
les  temps  pendant  lesquels  ont  fonctionné  un  nombre  quelconque  d'ap- 
pareils dans  lesquels  l'électricité  peut  avoir  à  jouer  un  rôle  ;  il  ne 
donne  pas  les  quantités  d'électricité. 

Le  principe  de  cet  instrument  consiste  à  faire  soulever  une  sou- 
pape par  un  électro-aimant  qui  fonctionne  dès  que  le  courant  passe, 
cette  soupape  laissant  écouler  de  Teaudont  le  volume  mesuré  est  pro- 
portionnel au  temps  de  l'écoulement ,    c'est-à-dire  du   fonctionnemenl 


—  &Jo  - 

des  appareils  électriques,  tels,  par  exeniplo,  <]Uo  doe  lampes 
ccDtes. 

Cet  appareil  n'a  encore  été  i-éalisé  i|iie  sous  lu  forme  d'u 
lie  démoustration. 

Rapport  de  M.  Bardï  sur  un  nyparcll  «lc«Un^  à  la 
T»«lott  de*  bolHsons,  de  M.  A.  Gav. 

L'auteur  propose  de  conserver  les  liquides  sujets  à  altérati 
contact  de  l'air,  tels  que  les  boissons  fermenlées,  vius,  cid 
daDS  des  récipients  cylindriques  en  verre,  de  23  liti'os  envii 
pacité,  entourés  d'un  clissagc  en  osier;  ces  vases  eut  leur  b 
rieur  rodé,  ce  qui  permet  la  fermeture  par  dea  couvoi-clea 
s'appliquant  sur  ces  bords  par  riutcrmédiaire  d'une  mince 
caoutchouc;  des  tubulures,  fermées  de  la  même  façon  et  pli 
partie  inférieure,  servent  ii  faire  la  vidange  des  récipients. 

Lorsqu'on  veut  mettre  les  liquides  en  consommation  ,  on 
au  bouchon  du  bas  un  robinet  en  verre  et  on  place  par  1 
supérieure  une  membrane  ou  ballon  en  caoutchouc  très  fie: 
aurait,  une  fois  entièrement  gonflée,  le  volume  total  du  réc 
ballon  est  âxé  au  bouchon,  et  mis  en  communication  avec 
rieur  par  un  canal  pratiqué  dans  ce  bouchon.  On  conçoit  dei 
lorsqu'on  soutire  du  liquide  par  le  robinet  inférieur,  l'air 
dsLDS  la  poche  la  gonfle  et  la  fait  s'appliquer  sur  le  niveau  < 
qui  Be  se  tronve  jamais  lai-même  en  contact  avec  l'air. 

Un  seule  poche  sufât,  quel  que  soit  le  nombre  des  récipif 
que  le  bouchon  auquel  cette  poche  est  fixée  peut  s'applique] 
les  récipients. 

Un  point  délicat  est  l'emploi  du  caoutchouc  qui  peut  donne 
aux  liquides;  ce  caoutchouc,  pour  éviter  cet  inconvénient, 
spécialement  préparé  à  cet  efl'et,  par  un  procédé  dont  l'aut 
le  secret. 

Le  rapporteur  a  pu  constater  que  du  vin,  dans  lequel  des  1 
caoutchouc  étaient  restées  immergées  pendant  prés  de  deux  ai 
resté  intact  et  franc  de  goAt. 

Notice  nécrologique  sur  IValter  1TeM«M,  membre  de 
royale  de  Londres,  ex-président  de  la  Société  des  industries 
(traduit  du  Journal  oftke  Society  ofchemical  industry). 

Photographie  isochromatique,  par  M.  Fred,  E.  Yves.  (1 
Joutttat  de  l'Institut  de  Franklin.) 

Dispositif  téléphonique  pour  les  auditions  musicales  à  dista 
tpuit  par  la  Société  privée  des  télégraphes  de  Vienne  pour  1'] 
viennoise  de  1883.  (Traduit  du  journal  polytechnique  de  Dingl 


—  836  — 

Le  telpherage.  (Extrait  du  journal  iVa/ure.) 

De  l'utiliBation  de  Tacide  sulfurique  ayaut  servi  à  purifier  des  pétroles 
ou  des  carbures  de  goudron.  (Traduit  du  Chemiker  Z^tung,) 

Sur  le  tmitement  du  mildew  et  du  rot^  par  M.  A.  Millai*det.  (Extrait 
des  Annales  de  la  Société  d'agricaliure  de  la  Gironde.) 

Influence  du  silicium  sur  les  propriétés  de  la  fonte.  (Extrait  du  Bul^ 
etin  du  Comité  des  Forges.) 

Les  cartons  pellîculaires   au    gélatino-bromure    d'argent.  (Extrait  de 
la  Nature.) 


ANNALES  DES  PONTS  OT  CHAUSSEES 


Octobre  1885 

Note  sur  les  iii«*iiieiii«  flëcUssantii  flur  les  «ppals  d*uMe 
peutre  drelfe  ••ntlnaey  predaltif  par  la  flureliars^  fer- 
mée de  eliaripes  i«elëefii  ou  non,  par  MM.  E.  A.  Hausses,  ingé- 
nieur en  chef  des  Ponts  et  Chaussées,  et  L.  Cunq,  chef  de  section  au 
chemin  de  fer  du  Midi. 

Les  auteurs  se  sont  proposé  de  donner  une  méthode  directe  pour  le 
calcul  des  moments  iléchissants  sur  les  appuis  d'une  poutre  à  plusieurs 
travées  solidaires,  quels  que  soient  le  nombre,  la  position  et  Fimpor- 
tauce  des  charges;  cette  méthode,  pleinement  générale,  repose  sur  les 
principes  de  la  statique  graphique. 

Note  sur  la  eonstraeilon  du  pont  Salat-^ean  onr  l'Adovr, 

à  Saubusse  (Landes),  par  M.  Trépied  ,  ingénieur  des  Ponts  et  Chaus- 
sées. 

Le  pont  de  Sau])usse  a  été  construit  de  1880  à  188^2,  grâce  à  la  géné- 
rosité de  Mme  veuve  Desjobert,  qui  a  donné  400,000  francs  pour  Fédifi- 
cation  de  cet  ouvrage  d'art. 

Le  pont,  dénommé  pont  Saint-Jean  d'après  la  volonté  de  la  donatrice, 
comprend  sept  arches  elliptiques  de  24  mètres  d'ouverture  et  7",  50  de 
montée.  Les  piles  ont  été  fondées  avec  des  enceintes  en  pierre  et  pal- 
planches  dans  lesquelles  on  draguait  à  une  certaine  profondeur  au-des- 
sous de    Fétiage;  on   battait  dans  ces  enceintes  des  pieux  espacés  de 


Û",80  à  1  métré  et,  après  avoir  recepô  ces  pieux  k 
forme,  on  coulait  du  béton  daua  la  fouille. 

Les  maçonneries  sont  en  moellons,  les  bandeaux  de 
dés  piles  et  partie  des  avant  et  arrière-becs  en  pi 
^rde-corpB  sont  en  fonte. 

La  dépense  totale  s'est  élevée  k  âSO.OUO  francs,  ce 
francs  par  mètre  linéaire,  fondations  comprises,  et  17 
superficiel  en  élévation,  également  fondations  compris 

Note  sur  les  ponta  «napcadas  de  S»Im*-II| 

■■••Mie,  par  M.  Nicou.  ingénieur  en  chef  des  Ponts  ( 

On  construit  encore  des  ponts  suspendus  en  Fninci 
troduit  des  perfectionnements  importants;  on  lira  don 
intérêt  la  note  de  M.  Nicou. 

Le  pont  de  Saint-Ilpizc  sur  l'Allier  a  été  construit  e 
travées  de  6è'°,{l  d'ouverture  pour  la  travée  centrale 
travées  latérales. 

La  hauteur  de  la  première  au-dessus  des  basses  oau) 
26  mètres  au  milieu.  Le  pont  a  4  mètres   de  largeur  ■ 

Sur  chacune  des  deux  piles  se  trouvent  deux  obélif 
de  hauteur,  portant  des  secteurs  en  foute  sur  lesqui 
câbles  de  suspension,  savoir  les  câbles  soutenant  la 
les  câbles  allant  s'amarrer  aux  massifs  de  retenue  ptac 

Les  deux  petites  travées  et  les  deux  portions  cxtr 
centrale  sont  soutenues  par  des  haubans  inclinés  am 
reposant  sur  les  obélisques;  la  partie  milieu  delà  ti 
seule  supportée  par  le  câble  k  courbure  parabolique 
haubans  aç  sont  pas  dans  un  plan  vertical,  mais  bien 
sentant  un  fruit  de  1/10  par  rapport  au  plan  vertical 
de  diminuer  les  oscillations  horizontales. 

Les  tiges  de  suspension,  enfer  rond,  ont  leur  ext 
contouroée  de  manière  k  embrasser  les  càblos,  tandis  i 
inférieure  traverse  les  poutrelles  du  tablier  et  se  term 
filetée  recevant  unécrou. 

Le  garde-corps  est  disposé  en  forme  do  poutre  à  c 
éléments  diagonaux  sont  assemblés  avec  les  lisses  h 
moyen  de  sabots  en  fonte.  Ce  garde-corps  à  1"',40  de  1 

Le  prix  d'établissement  de  l'ouvrage  a  étô  le  suivai 

Maçonneries 33.194 

Suspension  et  tablier 37.308 

Total 70.302 

Le  pont  de  Lamothe,  établi  sur  l'Ailier,  près  de 
important  (jue  le  précédent  ;   il  peut  supporter  des  c 


—  838  ~ 

tonnes  sur  un  seul  essieu.  Il  n'a  qu'une  seule  travée  de  115  mètres 
de  portée  et  le  tablier  est  à  5",48  au-dessus  des  basses  eaux  de  la  ri- 
vière. La  largeur  entre  garde-corps  est  de  5",50  et  comprend  une  voie 
charretière  de  4", 10  et  deux  trottoirs  de  0",70  chacun. 

La  travée  est  supportée  de  chaque  côté  sur  H"*,28  à  partir  de  la  pile 
par  4  haubans  inclinés,  la  partie  médiane  étant  soutenue  par  les  câbles 
paraboliques. 

Les  obélisques  placés  sur  les  culées  portent  des  chariots  à  galets 
auxquels  sont  amarrés  les  câbles  et  les  haubans.  Il  y  a  dix  câbles  de 
suspension  dont  U  de  chaque  côté  du  pont. 

Le  tablier  est  presque  entièrement  métallique,  composé  de  poutrelles 
en  fer  laminé  k  section  de  double  T  à  ailes  larges  et  pesant  73  kilogs 
le  mètre  courant.  Les  poutrelles  de  la  partie  centrale  sont  soute< 
nues  par  les  tiges  de  suspension  et  celles  des  extrémités  par  des  longrines 
d'encor))ellement  également  en  fers  à  double  T  auxquelles  elles  sont  re- 
liées par  des  étriers  ;  ces  longrines  sont  soutenues  elles-mêmes  par  les 
haubans. 

Le  garde-corps  n'est  pas  destiné,  comme  dans  le  pont  précédent,  à  doD- 
ner  de  la  raideur  au  tablier;  on  a  cherché  au  contraire  à  le  faire  le  plus 
léger  possible,  il  est  composé  de  potelets  verticaux  en  fonte,  de  cor- 
nières formant  lisses  supérieure  et  inférieure  et  de  tirants  en  fer  rond: 
des  cordellcs  on  fils  de  fer  diminuent  les  vides  laissés  par  les  tirants 
dans  le  garde-corps. 

La  voie  charretière  et  les  trottoirs  sont  en  madriers  longitudinaux  de 
bois  de  chêno  avec  doublage  transversal  en  peuplier. 

Le  pont  de  Lamothe  a  coûté  : 

Pour  la  maçonnerie 79.200  francs 

Pour  la  suspension  et  le  tablier 104.239 

Total 183.439 

L'emploi  des  dispositions  spéciales,  telles  que  les  haubans  et  les  câbles 
on  fils  tordus,  ont  donné  à  ces  ponts  une  stabilité  qu'on  n'est  pas  habi- 
tué à  trouver  dans  les  ponts  suspendus;  on  a  pu  faire  parcourir  le  pont 
de  Lamothe  par  une  assez  lourde  voiture  à  deux  essieux  au  trot  et  au 
galop, sans  qu'aucune  oscillation  d'amplitude  notable  se  soit  produite. 

Les  cables  et  haubans  travaillent  à  16  kilogrammes  par  millimètre 
carré,  ils  sont  formés  de  fils  de  fer;  on  fait  observer  que  le  pont  de  La- 
mothe, pouvant  supporter  des  voitures  chargées  de  11  tonnes,  pourrait, 
sans  grand  surcroît  de  résistance,  donner  passage  à  de  petites  locomo- 
tives desservant  une  ligne  d'intérêt  local. 

lie  port  de  ISAlnt-Pëteinsbours  et  le  MoaveAo  eiMiAl  ma- 
pltlme,  par  M.  Petsche,  ingénieur  des  Ponts  et  Chaussées. 


On  Bait  que  les  barres  delà  Neva  emp^chaieDt  l'arrivé 
bourg  de  navires  calant  pins  de  2"" ,40,  lesquels  devaier 
fi  Cronstadt. 

Le  canal  maritime,  commencé  en  1877  et  achevé  an  c< 
cette  année, permet  l'accès  des  navires  qui  peuvent  arri 
Il  a  27  kilomètres  de  longueur;  on  peut  évaluer  les  dé 
lions  do  francs. 

Notre  collègue,  M.  Sergneeff,  a  Êiit  sur  ce  sujet  une  : 
munioatioD  à  la  Société,  1883,  vol.  I,  pages  480  et  SU 

Note  sur  ie  ««Irai  des  p«a(r««  drolten  à  tra 

r«8,  par  M.  de  Lacardi,  ingénieur   des  Ponts  et  Chai 

Note  sur  la  prefondear  à  donner  nux  ëcli 

flucnce  qu'exerce  au  point  de  vue  du  remplissage  du  sm 
vénielles  des  portes  d'amont  par  M.  Barbet,  ingénici 
Chaussées. 

La  question  de  la  durée  des  éclusiOges  est  d'un  int< 
pour  les  voies  navigables  très  fréquentées;  la  rapidité  d 
celle  de  l'entrée  des  bateaux  dans  le  sas  y  jouent  un  râ 

Les  expériences  qui  font  le  sujet  de  cette  note  ont  C' 
conclure  : 

1°  Qu'il  n'est  pas  nécessaire  de  donner  au  mouillage 
val  une  valeur  supérieure  à  2", 23  ou  2", 30,  si  l'on  vei 
trée  des  bateaux  montants  et  diminuer  par  suite  d'une 
la  durée  totale  d'une  éolus6e,  mémo  pour  des  voies 
grande  fréquentation,  comme  le  canal  do  la  Sensée  et  Is 
sur  lesquels  l'auteur  a  opéré  ; 

2"  Que  l'on  peut  se  borner  à  cotte  profondeur  sans 
d'inconvénient  sérieux  pour  la  rapidité  des  manœuvres 
qu'il  s'agit  d'anciennes  écluses  à  remanier,  pour  lesqu' 
plus  importante  des  radiers  pourrait  compromettre  la 
vragee  ou  donner  lieu  à  de  trop  grandes  dépenses  ; 

3°  Que  la  hauteur  à  laquelle  les  ventolles  des  por 
vent  être  établies  en  contro-bas  du  niveau  d'aval  est 
mouillage,  mais  que  cette  fonction  varie  dans  des  lim 
chées  lorsque  le  mouillage  reste  compris  lui-même  er 
2»,30  ; 

4°  Qu'enfin,  dans  ces  conditions,  la  hauteur  à  laqu 
pour  obtenir  le  minimum  de  durée  du  remplissage  du 
mur  de  chute  parait  être  voisine  de  1  mètre. 

Résumé  du  Rapport  de  la  Commlailon  Inten 


—  840  — 

C7»iiAl  de  Sves,  par  M.  Flamaiit,   ingénieur  en  chef  des  Ponts  et 
Chaussées. 

'  La  Commission  avait  eu  à  examiner  trois  projets  ou  combinaisons 
ayant  pour  but  de  répondre  à  la  condition  du  passage  par  le  canal 
d'un  trafic  annuel  dépassant  dix  millions  de  tonnes,  savoir  : 

1**  Le  doublement  de  la  voie  maritime  par  élargissement  pur  et 
simple  ; 

2®  Le  doublement  par  construction  d'une  seconde  voie  ; 

3**  Le  doublement  mixte  ou  combinaison  des  deux  premières  hypo- 
thèses . 

La  Commission  conclut  à  runanîmité  en  faveur  de  la  première  méthode, 
l'élargissement  pur  et  simple  du  canal,  de  la  Méditerranée  à  la  mer 
Rouge. 

Elle  conclut  également  que  la  profondeur  doit  être  portée  à  8",50 
d'abord  et  qu'un  approfondissement  supplémentaire  de  0™,50,  devant 
compléter  la  profondeur  de  9  mètres ,  devra  former  la  dernière  phase 
d'exécution  des  améliorations. 

La  largeur,  mesurée  à  8  mètres  sous  le  niveau  des  basses  mers  de 
vive  eau  ordinaire,  sera  portée,  d'une  part,  entre  Port-Saïd  et  les  Lacs 
Amers,  à  65  mètres  dans  les  parties  rectilignes,  à  75  mètres  dans  les 
courbes  de  grand  rayon  et  à  80  mètres  dans  les  courbes  de  plus  faible 
î*ayon  ;  d'autre  part,  entre  les  Lacs  Amers  et  Suez,  à  7o  mètres  dans  les 
parties  rectilignes  et  80  mètres  dans  les  courbes  qui  sont  toutes  de 
trrand  ravon. 

La  Commission  approuve  également  les  profils  types  présentés  par  la 
Compagnie. 

Note  sur  les  tëlëaiar^sraplies  ou  maragraphes  enregistreurs  à  dis' 
tance  établis  le  long  de  l'Escaut  et  de  ses  affluents,  par  M.  J.  Troost, 
ingénieur  en  chef,  directeur  du  service  de  l'Escaut. 

Ces  appareils  étaient  installés  à  l'Exposition  universelle  d'Anvers;  ils 
ont  été  construits  par  M.  Schubart,  à  Gand. 

Le  principe  repose  sur  l'emploi  de  deux  moteurs  à  mouvement  uni- 
forme placés  l'un  au  poste  d'observation,  Tautre  à  la  station  d'enregistre- 
ment; le  mouvement  du  premier  moteur  est  périodiquement  emprunt/' 
par  un  frotteur  ou  observateur  qui  relève  la  position  occupée  par  un 
indicateur  de  la  marée  et  la  transmet  par  un  courant  électrique  au  burin 
de  l'appareil  enregistreur  qui  la  grave  sur  un  cylindre  actionné  par  le 
second  moteur. 

Un  seul  fil  suffit  aux  transmissions  de  quatre  postes  d'observation, 
transmissions  qui  sont  aussi  enregistrées  par  un  même  burin  sur  un  seul 
cvlindre. 

L'enregistrement  se  fait  périodiquement,  à  volonté,  de  cinq  en  cinq  ou 


—  8il  — 

de  dix  en  dix  minutes.  Il  est  commandé  par  une  horloge  qni  décleoahe: 
le  moteur  des  quatre  appareils  enregistreurs,  dont  les  cylindres  récepteurs 
font  alors  une  révolution  complète  pendant  laquelle  chacun  d'eux, 
enregistre  succcessivement  les  indications  des  postes  d'observation 
placés  sur  la  ligne  à  laquelle  il  est  relié. 

L'administration  des  Ponts  et  Chaussées  de  Belgique  a  installé,  le  long  de 
l'Escaut  maritime  et  de  ses  affluents,  quinze  de  ces  appareils  observateurs 
de  la  marée  dont  les  indications  s'enregistrent  dans  une  station  centrale 
qui  avait  été  temporairement  transférée  à  l'Exposition  d'Anvers,  compar- 
timent des  ponts  et  chaussées. 

I«es  Iiiffëiilevrs  <le«  Ponts  et  €Hmnmêtmm  m  PJBxpMitlon 

«I^É^sypte.  Note  complémentaire  par  M.  Tarbé  de  Saint-Haadouin,  ins- 
pecteur général  des  Ponts  et  Chaussées  en  retraite. 

Mëstotenee  av  fév  des  ëlëatents  mëtelltqves  «les  liâtl- 
mentSy  par  M.  de  Pabàudeau,  ingénieur  en  chef  des  Ponts  et 
Chaussées. 

A  propos  des  expériences  de  Bauschinger  que  nous  avons  signalées 
dans  la  Chronique  de  Juin  1885,  page  803,  M.  de  Preaudeau  cite  des 
observations  intéressantes  faites  par  M.  Barret ,  ingénieur  de  la  Com- 
pagnie des  Docks  et  Entrepôts  de  Marseille  sur  les  incendies  surve- 
nus à  divers  entrepôts  ;  M.  Barret  propose  d'assembler  les  colonnes 
en  fonte  creuses  par  des  joints  étanches  et  d'en  relier  la  base  à  la  dis- 
tribution d'eau  de  la  ville;  la  circulation  d'eau  qui  s'opérerait  ainsi,  la 
partie  supérieure  des  colonnes  étant  d'ailleurs  ouverte,  empêcherait  la 
fusion  de  la  fonte  et  probablement  la  destruction  des  bâtiments.  Les 
planchers  devraient  être  établis  en  briques  creuses  et  les  poutres  métal- 
liques devraient  être  noyées  dans  la  maçonnerie,  tandis  que  leurs  extré- 
mités reposeraient  sur  des  sabots  en  fonte  pour  permettre  la  dilatation. 


COMPTES  RENDUS  MENSUELS 

DE  LA  SOCIÉTÉ  DE  L'INDUSTRIE  MINÉRAtE 


Réunion  de  Saint-Étierns 

Séance   du  3   octobre    4886. 
Communication  de  M.  Imbert  sur  une  ttuieUne    à   essayer  les 


cltaliieB. 

Cette  machine  d'une  extrême  simplicité  se  compose  d'un  vérin  hydrau- 


—  842  — 

llque  de  8  tonnes  dont  la  tête  agit  sur  Textrémlté  d'un  levier  formé 
d'une  barre  d'acier  Bessemer  de  ISO  x  30  "/-^  de  section. 

A  cheval  sur  ce  levier  est  une  chappe  en  acier  coulé  portante  sa  partie 
inférieure  une  noix  ayant  Tempreinte  de  trois  demi-maillons  successif» 
de  la  chaîne  à  essayer  ;  une  chape  semblable  axée  à  un  bâti  en  fort  boi^ 
de  chêne  complète  l'appareil.  Un  manomètre  indique  la  pression. 

Grâce  à  la  disposition  spéciale  des  deux  chapes,  on  peut  éprouver  une 
chaîne  de  longueur  quelconque  par  portions  égales  successives.  En  pla- 
çant la  chape  à  différents  points  du  levier,  on  peut  obtenir  des  efforts 
en  rapport  avec  les  bras  de  levier;  ainsi,  avec  un  vérin  de  8  tonnes,  on 
peut  éprouver  une  chaîne  à  24,  32  et  40  tonnes.  Pour  une  chaîne  en 
acier  à  tnaillons  de  20  "/",  ces  efforts  ref^résentent  respectivement  38, 
SO  et  63  kilogrammes  par  millimètre  carré.  Un  appareil  de  ce  genre  ne 
revient  pas  à  plus  de  400  francs  dont  200  pour  le  vérin. 


Ck>mmunicatioD  de  M.  Ch.  Bmssov,  sur  les  mmwàik^mim  ûHm 
a  C««ip«  «le  po«i««tirei9  d  dans  les  mines  à  grisou  et  les  moyens  de  le» 
éviter. 


Commlsstoii  pnuuileMiie  «la  yrliNiv,  traduction  par  M.  Ct.  Smox 
d'une  note  parue  dans  le  Gliickauf. 

Communication  de  M.  Euverte,  sur  les  tubes  à  caitons  ea 
acier  Hartln  noit  martèle  manm  0ouMure«* 

Ces  tubes  à  canons  sont  fabriqués  à  l'usine  de  Bofors,  en  Suède, 
d'après  le  procédé  créé  par  l'usine  de  Tcrrenoire. 

La  matière  se  compose  de  fonte  provenant  exclusivement  de  minerais 
de  premier  choix,  de  fonte  blanche,  de  déchets  de  fer  forgé  et  d'une 
petite  quantité  de  ferromanganèse  contenant  du  silicium  ;  ce  mélange  est 
traité  au  four  Martin  ;  les  tubes  sont  coulés  dans  des  lingotières  en 
fonte  chauffées  et  garnies  d'une  mince  couche  de  terre  réfractaire. 

L'acier  obtenu  est  absolument  sans  soufflures  ;  on  le  réchauffe  et  on 
le  laisse  refroidir  dans  du  poussier  de  charbon;  cette  opération  régn- 
lariso  les  tensions  intérieures  et  fait  acquérir  à  la  matière  une  élasticité* 
et  une  résistance  très  élevées.  La  résistance  à  la  rupture  était  en  moyenne 
de  61  kilog.  avec  allongement  de  13  0/Oj  la  limite  d'élasticité  de  22  kilog. 
et  la  diminution  de  la  section  de  rupture  de  14,4  0/0. 

On  a  employé  également  d'autres  proportions  donnant  un  métal  plus 
doux,  présentant  54  à  57  kilogs  de  résistance  à  la  rupture,  de  28  à  30  de 
limite  d'élasticité  avec  21  à  23  0/0  d'allongement.  Ce  métal  ayant  eu- 
trouvé  un  peu  doux,  on  est  revenu  à  des  proportions  donnant  des  pro- 
priétés intermédiaires  entre  les  précédentes. 

Des  canons  de  8.4  centimètres,  ainsi  fabriqués,  ont  subi  l'épreuve  de 
2000  coups  à  la  charge  de  service,  sans  dégradation  ni  agrandissement 
de  la  chambre  à  poudre. 


843 


Séance  tbnue  a  àlais  lk  8  novkhbrb  188o. 

■ 

Communication  de  M.  Villot  sur  r»nalT8e  rapMe  des  Kaa  avec 
l'appareil  Bunte  et  Tappareil  Villot. 

La  méthode  est  celle  d*Orsat  avec  emploi  de  la  burette  de  Bunte, 
caractérisée  par  le  mesurage  des  gaz  sous  une  pression  qui  n'est  pas 
exactement  la  pression  atmosphérique,  mais  cette  pression  augmentée 
d'une  petite  hauteur  liquide  toujours  la  môme.  M.  Villot  décrit  égale- 
ment un  appareil  qu'il  propose  et  qui  n'est  autre  que  le  précédent  simpliâé 
et  mis  en  œuvre  autrement. 

Discussion  sur  les  reTétemeiiM  en  fer  pour  travaux  des 
litiitfee. 

Cemiiilesleii  pruseleiiBe  dii  srleev*  —  Ceneluslenfli  do 
rapport  sur  les  lampée  de  eûretë,  communication  de  M.  Mar- 

SAUT. 

Ces  conclusions  ne  contiennent  pas  moins  de  101  articles;  le  rapport 
officiel  n'est  pas  encore  publié,  mais  il  a  été  communiqué  à  M.  Mar- 
saut  par  le  président  de  la  sous-commission  des  lampes. 


RAuNioN  DE  Saint-Etienne 
Séance  du  7  novembre  188 S. 

Inetallatten  de  la  etatioiieentrale  d'ëelalrase  ëleetrlqve 
de  Salnt-Étlemie,  communication  de  M.  Alldiant. 

La  force  motrice  de  la  station  centrale  est  constituée  par  quatre 
machines  Woolf  à  cylindres  de  0°',220  et  0»,380  de  diamètre  et  0,600 
de  course,  marchant  à  180  tours  auxquelles  la  vapeur  est  fournie  par 
4  chaudières  semi-tubulaires  de  90  mètres  de  surface  de  chauffe  chacune. 
Avec  une  pression  de  7  kilogs,  chaque  machine  peut  fournir  de  78  à 
130  chevaux  effectifs.  Avec  la  pression  maximum  de  12  kilogs,  à 
laquelle  les  chaudières  sont  timbrées,  la  puissance  développée  par  chaque 
machine  atteint  190  chevaux. 

Chaque  moteur,  porte  deux  poulies-volants  de  2™,20  de  diamètre  qui 
actionnent  par  courroies  l'arbre  général  de  transmission  tournant  à 
867  tours  par  minute;  cet  arbre  porte  8  embrayages   à  friction  dont 


—  844  — 

4  correspondent  aux  moteurs  et  4  aux  dynamos;  ces  dernières  sont 
des  machines  Edison,  type  SOO  lampes  A  de  16  bougies;  Tarmature 
tourne  à  740  tours  par  minute  en  donnant  au  circuit  ouvert  une  force 
électromotrice  de  110  volts.  Au  sortir  des  djnamos,  le  courant  passe 
dans  une  salle  d'épreuve  où  un  tableau  portant  divers  appareils  régu- 
lateurs permet  de  faire  varier  Tintensité  du  champ  magnétique  de 
chaque  machine  et  de  régler  isolément  celles-ci  ;  de  lÀ  le  courant  passe 
au  réseau  d'éclairage. 

Communication  de  M.  Clirmont  sur  le  traniipori  de  îm  forw 
par  rëlectrlelttf. 

Il  s*agit  de  la  '  communication  faite  à  l'Académie  des  sciences  par 
M.  Marcel  Depreî,  le  22  octobre  188S. 

Communication  de  M.  Clermont  sur  la  pr«<lvetl«M  <lv  yasIiTire- 
gème  par  par  le  praeëclë  Hembert  et  Heitry, 

Ce  procédé,  tel  qu'il  est  jiécrit  par  les  auteurs  dans  leur  communi- 
cation à  l'Académie  des  sciences,  comporte  deux  opérations  distinctes: 
la  première  est  la  décomposition  de  la  vapeur  d'eau  par  du  coke 
incandescent  en  hjdrogène  et  en  oxyde  de  carbone,  et  la  seconde  la 
décomposition  de  la  vapeur  d'eau  surchauffée  au  point  de  dissociation 
en  présence  de  l'oxyde  de  carbone,  décomposition  qui  donne  de  l'acide 
carbonique  et  une  nouvelle  quantité  d'hydrogène  ;  on  peut  obtenir  pra- 
tiquement 3,200  mètres  cubes  d'hydrogène  par  1 ,000  kilogrammes  de 
coke;  le  prix  de  revient  est  d'environ  11/2  centime  par  mètre  cube. 


SOCIETE  DES  INGENIEURS  ALLEMANDS 


N«  16.  —  U  Novembre  488S. 

Exposition  -universelle  d'Anvers,  par  Herm.  Fischer  (fin). 

Exploitation  des  mines.  —  Indicateur  de  ventilation. 

Croiseur-torpilleur  le  Scout. 

Groupe  de  Berlin.  —  Expérience  sur  la  raréfaction  de  Taîr.  —  Nou- 
veaux règlements  pour  les  chaudières  à  vapeur. 

Groupe  de  Wurtemberg.  —  Les  arbres .   leur  croissance  et  leur  trai- 


—  845  — 

tement. —  Machines  à  écrire.  —  Brûleur  pour  chauffage  a  l'huile  miné- 
rale. 

Patentes. 

Bibliographie. —  Étude  sur  la  théorie  des  corps  élastiques,  du  D^  Jacob 
Teubner.  —  Pont  de  chemin  de  fer  sur  la  Save  à  Brod ,  par  Moriz 
Bock.  —  Ouvrages  adressés  à  la  rédaction. 

Correspondance.  —  Gages  d'extraction. 

Variétés.  —  Lancements  et  essais  de  navires. 


NM7.  —  H  Novembre  1885. 

Matériel  roulant  de  chemins'de  fer  à  TËxposition  d'Anvers,  par  B.  Su- 
lomon  (suite). 

Nouvelle  forme  de  cubilot.  ^ 

Machines  agricoles.  —  Semoirs  (suite)* 

Groupe  de  Hanovre.  —  Le  ciment  et  ses   falsifications.  — ■  Applica- 
tions de  l'acide  carbonique  liquide. 

Groupe  de  Saxe,  —  Lavage  des  chai'bons.  —  Filature  de  la  laine 
poignée. 

Patentes. 

Bibliographie.  —  Principe  de  la  conservation  de  l'énergie  du  I)^  Jacob 
Weyrauch.  —  Ouvrages  adressés  à  la  rédaction^ 

Variétés.  —  Concours  et  prix  proposés.  —  Action  du  feu  et  de  l'eau 
sur  les  colonnes  métalliques. 


NO  48.  —  2«  Novembre  4885. 

Compresseur  à  sec  à  tiroirs,  patente  Burckardt  et  Weiss,  par  J.-F. 
Weiss. 

Machine  à  air  chaud  de  la  Société  de  construction  de  Berlin-Au- 
halt. 

Groupe  de  Francfort. 
Groupe  de  Manheim. 

Groupe  du  Rhin  inférieur.  —  Caractères  du  fer  fondu  et  soudé.  — 
Appareil  de  sûreté  pour  chaudières  de  Schwartzkopff. 

Association  des  chemins  de  fer. 


—  846  — 

Écoles  supérieures,  par  le  D'  Krumme. 

Patentes. 

Bibliographie,  - —  Exploitation  des  houillères,  par  M.  Demanet.  tra- 
duction allemande  de  C.  Leybold. —  Lettres  sur  TExposition  d'Anvers 
parues  dans  la  Gazette  de  Cologne  ,  par  le  D'  W.  Mohr. —  Ouvrages 
adressés  à  la  rédaction. 

Variétés.  —  Lancements  et  essais  de  navires. 


N«  Ad.  —  5  Décembre  4885. 


Distribution  de  Klûg  pour  machines  à  vapeur,  par  H.  Ebbs. 

Compresseur  à  sec  et  à  tiroir,  patente  Burckardt  et  Weiss,  par  J.-F. 
Weiss  (suite). 

Matériel  de  chemins  de  fer  à  l'Exposition  d'Anvers,  par  B.  Salomon 
(suite). 

Groupe  de  Wurtemberg.  —  Expositions  de  Londres,  Anvers  et  Gorlitz. 
—  Clé  hélicoïdale  de  Clarfeld  et  Kockler.  —  Usine  électro-technique 
de  Canstadt. 

Patentes. 

Correspondance.  —  Appareils  de  graissage  pour  cylindres  à  vapeur. 

Variétés.  —  Revue  des  patentes,  de  Lûrmann.  —  Éclairage  électri- 
que intérieur  des  chaudières  à  vapeur. 


N«  80.  —  4i  Décembre  4885. 


'    Distribution  de  Kliîg  pour  machines  à  vapeur,  par  H.  Ebbs  [fm). 

Matériel  de  chemins  de  fer  à  TExposition  d'Anvers,  par  B.  Salomon 
(suite). 

Compresseur  à  sec  et  à  tiroir,  patente  Burckardt  et  Weiss  (suite). 

Chemins  de  fer.  —  Freins  continus. 

Electro-technique.  —  Expériences  de  Marcel  Deprez  sur  le  transport 
électrique  de  la  force* 

Perfectionnement  au  tube  de  Pitot* 


Groupe  de  Hanovre.  —  Déviatii 
tributioQ  d'eau  de  la  ville  de  Hai 
Patentes. 

Bibliographie.  —  Ouvrages  adi 
Correspondance.  —  Croiseur-to 
YarUtéa.  —  Statiou  d'essais  él 
de  navires  en  Allemagne. 


i 


ANNEXE 


AU  BULLETIN  DE  DÉCEMBRE  1885 


CONGRÈS  DES  SOCIÉTÉS  SAVANTES  EN  1886 


CIRCULAIRE 


de  M.  le  Mîidstre  de  l'Instruction  publique. 


Paris,  le  7  septembre  1885. 

Monsieur  le  Président, 

J'ai  l'honneur  de  vous  adresser  le  programme  du  Congrès  des 
Sociétés  savantes  en  1886,  en  vous  priant  de  lui  donner  toute  la 
publicité  désirable.. Comme  les  années  précédentes,  il  comprend  cinq 
parties  distinctes  afférentes  aux  cinq  sections  du  Comité  des  tra- 
vaux historiques  et  scientifiques. 

Les  Sociétés  savantes  ont  collaboré  dans  une  large  mesure  à 
l'ensemble  de  ce  programme  ;  en  réponse  à  ma  circulaire  du  12  mai 
dernier,  elles  m'ont  transmis  un  grand  nombre  de  sujets  qu'elles 
jugeaient  dignes  de  figurer  à  Tordre  du  jour  du  Congrès,  et  le 
Comité,  en  arrêtant  la  rédaction  défiiiilivo,  a  essayé  de  tenir  compte 
de  tous  les  vœux,  s' attachant  seulement  à  généraliser  les  termes  de 
certaines  questions  quand  elles  ne  semblaient  viser  qu'un  intérêt 
local. 

Un  assez  grand  nombre  de  sujets  d'études,  surtout  ceux  quiinté- 
ressent  les  historiens  et  les  archéologues,    vous   avaient  été   déjà 

Bull.  56 


—  850  — 

soumis  dans  des  sessions  antérieures  ;  vos  Sociétés  ont  compris  que 
les  nombreuses  et  intéressantes  communications  auxquelles  ils  ont 
donné  lieu  n'avaient  fait  qu'en  accentuer  Tintérét,  et,  devant  les 
vœux  émis,  le  Comité  a  cvax  devoir,  cette  année  encore,  les  main- 
tenir au  programme. 

L'initiative  prise  par  vos  Sociétés  et  que  je  tiendrai  toujours  à 
leur  laisser,  m'est  une  garantie  précieuse  pour  l'avenir  :  j'ai  la  con- 
fiance que  l'an  prochain,  sur  tous  les  points  qui  constituent  ce 
programme  et  que  j'ai  choisis  d'accord  avec  vous,  MM.  les  délégués 
apporteront  les  résultats  de  leurs  travaux  et  seront  prêts  à  soutenir 
des  discussions  qui  assureront  l'éclat  de  votre  Congrès  et  en  démon- 
treront de  plus  en  plus  la  haute  importance  scientifique. 

Agréez,  Monsieur  le  Président,  l'assurance  de  ma  considération 
la  plus  distinguée. 

Le  Ministre  de  instruction  publique, 
des  Beaux- Arts  et  des  Cultes  y 

René  GOBLET. 


PROGRAMME 


DU 


r  r 


CONGRES  DES  SOCIETES  SAVANTES 


A  LA  SORBONNE  EN  1886 


I. 

SECTION  D'HISTOIRE  ET  DE  PHILOLOGIE 

1°  Mode  d'élection  et  étendue  des  pouvoirs  des  députés  aux  États 
provinciaux. 

2°  Les  esclaves  sur  les  bords  de  la  Méditerranée  au  moyen  âge. 

3^  Recherche  des  documents  d'après  lesquels  on  peut  détermi- 
ner les  modifications  successives  du  servage. 

4°  Origine  et  organisation  des  anciennes  corporations  d'arts  et 
métiers. 

5°  Origine,  importance  et  durée  des  anciennes  foires. 

6°  Anciens  livres  de  raison  et  de  comptes  et  journaux  de  fa- 
mille. 

7^  Liturgies  locales  antérieures  au  dix-septième  siècle. 

8°  Origine  et  règlements  des  confréries  et  charités  antérieures 
au  dix-septième  siècle. 

9*^  Étude  des  anciens  calendriers, 

10°  Indiquer  les  modifications  que  les  recherches  les  plus  ré- 
centes permettent  d'introduire  dans  le  tableau  des  constitutions 
communales  tracé  par  M.  Augustin  Thierry. 

Il*^  Des  livres  qui  ont  servi  à  l'enseignement  du  grec  en  France, 
depuis  la  Renaissance  jusqu'au  dix-huitième  siècle. 

12°  Les  exercices  publics  dans  les  collèges  (distributions  de  prix, 
académies,  représentations  théâtrales,  etc.),  avant  la  Révolution. 


—  HM  — 

l^""  Anciennes  démarcations  des  diocèses  et  des  cités  de  la  Gaulv, 
servant  encore  aujourd'hui  de  limites  aux  départements  et  aux 
diocèses. 

14^  Étude  des  documents  antérieurs  à  la  Révolution  pouvant 
fournir  des  renseignements  sur  le  chiffre  de  la  population  dans 
une  ancienne  circonscription  civile  ou  ecclésiastique. 

16°  L'histoire  des  mines  en  France  avant  le  dix-septième  siècle. 

16°  De  la  signification  des  préfixes  EN  et  NA  devant  les  noms 
propres  dans  les  chartes  et  les  inscriptions  en  langue  romane. 

17°  Objet,  division  et  plan  d'une  bibliographie  départementale. 


II 
SECTION  D'ARCHEOLOGIE 

1°  Quelles  sont  les  contrées  de  la  Gaule  où  ont  été  signalés  des 
cimetières  à  incinération  remontant  à  une  époque  antérieure  à  la 
conquête  romaine?  — Quels  sont  les  caractères  distinctifs  de  ces 
cimetières  ? 

2«  Dresser  la  liste,  faire  la  description  et  rechercher  rorigioe 
des  œuvres  d'art  hellénique,  des  inscriptions  et  des  marbres  grecs, 
qui  existent  dans  les  collections  publiques  ou  privées  des  divers 
départements.  Distinguer  ceux  de  ces  monuments  qui  sont  de  pro- 
venance locale  de  ceux  qui  ont  été  importés  dans  les  temps  mo- 
dernes. 

3°  Drosser  la  liste  des  sarcophages  païens  sculptés  de  la  Gaule. 
En  étudier  les  sujets  ,  rechercher  les  données  historiques  et  les 
légendes  qui  s'y  rattachent  et  indiquer  leur  provenance. 

4°  Signaler  les  nouvelles  découvertes  de  bornes  militaires  ou  k> 
constatations  de  chaussées  antiques  qui  peuvent  servir  à  détermi- 
ner le  tracé  des  voies  romaines  en  Gaule  ou  en  Afrique. 

5°  Grouper  les  renseignements  que  les  noms  de  lieux-4its  peu- 
vent fournir  à  l'archéologie  et  à  la  géographie  antique. 

U°  Signaler  dans  une  région  déterminée  les  édifices  antiques  de 
l'Afrique  tels  que  arcs  de  triomphe,  temples,  théâtres,  cirques, 
portes  do  ville,  tombeaux  monumentiiux,  aqueducs,  ponts,  etc.,  *^î 
dresser  le  plan  des  ruines  romaines  les  plus  intéressantes. 


—  8S3  -^ 

7^  Étudier  les  caractères  qui  distinguent  les  diverses  écoles  d'ar- 
chitecture religieuse  à  l'époque  romane  en  s'attachant  à  mettre  en 
relief  les  éléments  constitutifs  des  monuments  fplans,  voûtes,  etc.). 

8°  Rechercher,  dans  chaque  département  ou  arrondissement,  les 
monuments  de  l'architecture  militaire  en  France  aux  différents  siè- 
cle du  moyen  âge  ;  en  donner  des  statistiques ,  signaler  les  docu- 
ments historiques  qui  peuvent  servir  à  en  déterminer  la  date . 

9^  Signaler  les  constructions  rurales  élevées  par  les  abbayes, 
telles  que  granges,  moulins,  étables,  colombiers  ;  en  donner  autant 
que  possible  les  coupes  et  plans. 

10°  Etudier  les  tissus  anciens,  les  tapisseries  et  les  broderies  qui 
existent  dans  les  trésors  des  églises,  dans  les  anciens  hôpitaux, 
dans  les  musées  et  dans  les  collections  particulières. 

\\^  Signaler  les  actes  notariés  du  quatorzième  au  seizième  siècle, 
contenant  des  renseignements  sur  la  biographie  des  artistes  et  par- 
ticulièrement les  marchés  relatifs  aux  peintures,  sculptures  et  autres 
œuvres  d'art  commandées  soit  par  des  particuliers  ,  soit  par  des 
municipalités  ou  des  communautés . 

12^  Étudier  les  produits  des  principaux  centres  de  fabrication  de 
Torfèvrerie  en  France  pendant  le  moyen  âge  et  signaler  les  carac- 
tères qui  permettent  de  les  distinguer. 

13^  Quelles  mesures  pourraient  être  prises  pour  améliorer  l'or- 
ganisation des  musées  archéologiques  de  province,  leurs  installa- 
tions, leur  mode  de  classement  et  pour  en  faire  dresser  ou  perfec- 
tionner les  catalofifues  ? 


III 


SECTION  DES  SCIENCES  ÉCONOMIQUES  ET  SOCIALES 

i**  Des  procédés  de  mobilisation  de  la  propriété  foncière  expéri- 
mentés ou  proposés  en  France  ou  à  l'étranger  (cédules  hypothécai- 
res, dettes  foncières,  billets  de  banque  fonciers,  etc.). 

2°  De  la  propriété  en  pays  musulman. 

3°  Analyse  des  dispositions  prises,  depuis  le  seizième  siècle  jus- 
qu'à nos  jours,  pour  créer  et  développer  la  vicinalité.  Avantages  et 


—  854  — 

inconvénients  de  la  prestation  en  nature  ;  appréciation   des  condi- 
tions actuelles  de  la  législation  sur  les  chemins  vicinaux. 

4^  Historique  de  la  législation  ayant  eu  pour  but  de  conserver  les 
forêts  sous  l'ancien  régime  et  de  nos  jours.  Indication  de  quelques 
mesures  à  prendre  pour  prévenir  les  défrichements  et  les  exploita- 
tions abusives  de  bois  et  forêts  des  particuliers. 

5*  Réforme  de  Timpôt  foncier  des  propriétés  non  bâties. 
6^  Quelles  étaient  les  données  générales   de  Torganisation  des 
anciennes  universités  françaises?  Y  aurait-il  avantage  à  créer  des 
universités  régionales  ?  Quels  services  pourraient-elles  rendre  ? 
7®  De  l'enseignement  agricole  dans  les  écoles  primaires. 
8^  Ouvrages  anciens  et  tentatives   diverses  pour  la  réforme  et 
l'amélioration  des  prisons  avant  1789. 

9°  Messagers,  messageries,  courriers,  poste  dans  une  région  donnée, 
du  moyen  âge  à  la  Révolution. 
10°  La  diminution  de  la  population  rurale. 
11°  Etudier  la  valeur  vénale  de  la  propriété  non  bâtie  au  dix- 
huitième  siècle  dans  une  province,  et  comparer  cotte  valeur  avec  la 
valeur  vénale  actuelle. 

12°  Du  crédit  agricole  et  des  moyens  de  l'organiser  efficacement, 
son  fonctionnement  en  Allemagne  et  en  Italie.  Syndicats  d'agricul- 
teurs pour  l'achat  des  instruments  et  des  engrais,  et  pour  la  vente 
des  produits  ;  ne  serait-ce  pas  là  le  moyen  de  résoudre  la  question 
du  crédit  agricole? 

13°  Étude  des  résultats  statistiques  de  la  participation  aux  béné- 
fices dans  l'industrie. 

14°  Pourrait-on  reprendre  la  frappe  des  pièces  de  5  francs  en 
argent  sans  avoir  à  redouter  un  rapide  drainage  de  l'or  ? 

15°  Des  conditions  d'exécution  qui  peuvent  justifier  le  rangqof 
la  transportation  et  la  relégation  occupent  dans  Féchelle  des  pei- 
nes établies  par  le  Code  pénal  et  par  la  loi  de  1885, 


—  855  — 


IV 

SECTION  DES  SCIENCES  MATHÉMATIQUES .  PHYSIQUES . 

CHIMIQUES  ET  MÉTÉOROLOGIQUES 

* 

1°  Etude  du  mistral. 

2°  Méthodes  d'observation  des  tremblements  de  terre. 

ii°  Électricité  atmosphérique. 

4°  Recherches  sur  la  présence  de  la  vapeur  d'eau  dans  l'air  par 
les  observations  astronomiques  et  spectroscopiques. 

5^  Comparaison  des  climats  du  midi  et  du  sud-ouest  de  la 
France. 

6^  Des  causes  qui  semblent  présider  à  la  diminution  générale 
des  eaux  dans  le  nord  de  l'Afrique  et  à  un  changement  du  climat. 

7°  Études  relatives  à  l'aérostation. 

.8*^  Etude  de  la  gamme  musicale,  au  point  de  vue  historique. 


SECTION  DR  SCIENCES  NATURELLES  ET  DE  SCIENCES 

GÉOGRAPHIQUES. 

i*'  Étude  du  mode  de  distribution  topographique  des  espèces 
qui  habitent  notre  littoral. 

2°  Étude  détaillée  de  la  faune  fluviatile  de  la  France.  Indiquer 
les  espèces  sédentaires  ou  voyageuses  et,  dans  ce  dernier  cas,  les 
dates  de  leur  arrivée  et  de  leur  départ.  Noter  aussi  Tépoque  de 
la  ponte.  Influence  de  la  composition  de  l'eau. 

3"  Étude  des  migrations  des  oiseaux.  Indiquer  les  dates  d'arrivée 
et  de  départ  des  espèces  de  la  faune  française.  Signaler  les  espèces 
sédentaires  et  celles  dont  la  présence  est  accidentelle. 

4^  Étude  des  phénomènes  périodiques  de  la  végétation  ;  dates 
du  bourgeonnement,  de  la  floraison  et  de  la  maturité.  Coïncidences 
de  ces  époques  avec  celles  de  l'apparition  des  principales  espèces 
d'insectes  nuisibles  à  l'agriculture. 


—  8,%  — 

o«  Examiner  et  discuter  l'influence  qu'exercent  sur  les  insectes 
les  températures  hibernales  et  leur  durée  plus  ou  moins  longue, 

6®  Étude  des  insectes  producteurs  de  miel  et  de  cire. 

7°  Étudier  au  point  de  vue  de  l'anthropologie  les  différentes  popu- 
lations qui,  depuis  les  temps  les  plus  reculés,  ont  occupé,  en  tota- 
lité ou  en  partie,  une  région  déterminée  de  la  France. 

8*^  Époque,  marche  et  durée  des  grandes  épidémies  au  moyen 
âge  et  dans  les  temps  modernes. 

9^  Comparer  entre  eux  les  vertébrés  tertiaires  des  gisements  de 
la  France,  au  point  de  vue  des  modifications  successives  que  les 
types  ont  subies. 

10*^  Comparaison  des  espèces  de  vertébrés  de  l'époque  quaternaire 
avec  les  époques  similaires  de  Tepoque  actuelle. 

11°  Comparaison  de  la  flore  de  nos  départements  méridionaux 
avec  la  flore  algérienne. 

12**  Influence  des  plantations  d'eucalyptus  au  point  de  vue  de 
l'assainissement  des  terres  marécageuses.  Utilisation  de  ces  arbres. 

13^  Étude  des  arbres  à  quinquina,  à  caoutchouc  otà  gutta-percha. 
Quelles  sont  les  conditions  propres  à  leur  culture  ?  De  leur  intro- 
duction dans  nos  colonies. 

14°  Etudier  Tinfluence  de  la  chaîne  des  Cévennes  dans  les  limitos 
apportées  à  la  propagation  vers  le  Nord  des  espèces  végétales  ot 
animales  de  la  région  méditerranéenne. 

irjo  Exposer  les  découvertes  archéologiques  qui  ont  servi  à  déter- 
miner le  site  des  villes  de  Tantiquité  ou  du  moyen  âge,  soit  en 
Europe,  soit  en  Asie,  soit  dans  le  nord  de  l'Afrique. 

16°  Signaler  les  documents  géographiques  curieux  (textes  et  car- 
tes manuscrits)  qui  peuvent  exister  dans  les  bibliothèques  publiques 
et  les  archives  des  départements  et  des  communes. 

17°  Étudier  les  mouvements  généraux  des  sables  en  Afrique  et 
en  Asie.  Déterminer  les  régions  où  les  sables  reculent  et  celles  où 
ils  progressent. 

18°  Étudier  les  résultats  géographiques  obtenus  à  la  suit«  dp 
grandes  explorations  accomplies  récemment  au  Congo,  dans  Tlndo- 
Chine  et  au  Tonkin. 


TABLE  DES  MATIÈRES 


TRAITÉES    DANS   LA   CHRONIQUE   DE    1886. 


Aeler  (Production  dos  fers  et)  en  Allemagne,  Juin,  I,  805;  —  (Chau- 
dières en)  Juillet,  II,  15i  ;  —  Utilisation  des  vieux  rails  d'i.  Octobre, 
II,  516. 

Ael^rlefi  (Force  motrice  dans  les  forges  et),  Janvier,  I,  103  ;  —  de 
Bilbao,  août,  II,  235. 

Agrandlfifieineiit  d'un  tunnel,  Janvier,  I,  111. 

Air  (Machines  à)  chaud,  Février,  I,  266.  • 

Allmentatloii  d*eau  de  Texpédition  du  Soudan ,  Mars ,  I,  463  ;  — 
d*eau  des  villes  de  l'Amérique  du  Nord,  Avril,  I,  581. 

Arlberif  (Locomotives  employées  aux  travaux  du  tunnel  de  1'),  Août, 
II,  228. 

Ai9i9aliil(Meineiit  de  la  ville  de  Blankenberghe.  Juillet,  II,  162. 

Ateliers  de  Baldwin,  Août,  II,  232,  Septembre,  354. 

Canal  de  l'Érié  (Trafic  du).  Avril,  I,  574. 

diaudlèrem  en  acier.  Juillet,  II,  154. 

Chemins  de  fer  (Vitesse  des  trains  de),  Février,  I,  270  ;  —  à  cré- 
maillère. Mars,  I,  407  ;  —  à  traction  électrique.  Avril,  I,  576  ;  —  au 
Japon,  Septembre,  II,  360.  —  (Les  premiers)  français.  Décembre, 
II,  825. 

Cheminée  (Déplacement  d'une)  d'usine,  Octobre,  II,  517. 

Coke  (sous-produits  de  la  fabrication  du).  Septembre,  II,  357. 

Colonneu  (Résistance  au  feu  des)  en  fonte.  Juin,  I,  805. 

Campafrnle  de  navigation  Péninsulaire  et  Orientale,  Novembre,  II, 
672. 

Compteur  d'eau,  système  Schmid,  Avril,  I,  582. 

Oëmalllère  (Chemin  de  fer  à).  Mars,  I,  467. 

Hëplaeement  d'une  cheminée  d'usine,  Octobre,  II,  517. 

Hlatrlbutlon  d*oau  de  Stuttgart,  Janvier,  I,  113. 

Hoek  flottant  de  Rotterdam,  Octobre,  II,  512. 

Eau  (Distribution  d')  de  Stuttgart,  Janvier,  1, 113;  —  (Alimentation  d'), 
de  l'expédition  du  Soudan,  Mars,  I,  463;  —  (Alimentation  d')  des 
villes  de  l'Amérique  du  Nord,  Avril,  I,  381  ;  —  (Compteur  d')  sys- 
tème Schmid,  Avril,  I,  582. 

Kelalra||;e  électrique  de  l'Atlantique,  Mars,  I,  460. 


—  8r;8  — 

Électrique  (Éclairage)  de  TAtlantique,  Mars,  1,466;  —  (Chemin  de 
fer  à  traction).  Avril,  I,  S76;  7—  ^Phare)  transportable,  Juin,  I,  797. 

Enveloppe»  calorifuges,  Décembre,  II,  831. 

i:«eaut  (L')  et  le  port  d'Anvers,  Mai,  I,  601. 

Essaie  à  l'indicateur  sur  des  locomotives.  Décembre,  II,  828. 

Expédition  du  Soudan  /'AlimeDtation  d'eau  de  l'i.  Mars,  I,  i63. 

Expériences  de  consommation  sur  une  machine  marine,  pVvrier,  I, 
258  ;  Mars,  I,  4^3. 

Fairlle  (R.),  AoAt,  II,  236. 

Fer  (Production  du)  et  de  l'acier  en  Allemagne,  Juin,  I,  805. 

Feu  (Résistance  au)  des  colonnes  en  fonte,  Juin,  I,  805. 

Forée  motrice  dans  les  forges  et  aciéries,  Janvier,  I,  lO.'l;  — -  hy- 
draulique pour  le  percement  des  grands  tunnels,  Juin,  I,  801. 

Frein  restituteur  pour  tramways,  Juillet,  II,  158. 

Frottement  dans  les  grues  à  bras,  Février,  I,  207. 

Qaz  naturel  aux  États-Unis,  Septembre,  II,  111  : —  (Moteurs  ;V).  No- 
vembre, II,  574. 

'Claee  (Résistance  de  la).  Octobre.  II,  517. 

Qothard  (^frafic  du),  Mai,  I,  603. 

CSrues  (Anciennes)  hydrauliques.  Février,  I,  266;  —  (Frottement 
dans  les)  à  bras,  Février,  I,  2()7. 

Homme  (Travail  développé  par  V)  dans  un  court  espace  de  temps, 
Mai,  I,  697. 

Hydrauliques  (Anciennes  grues).  Février,  I,  266;  —  (Forces  mo- 
trices) pour  le  percement  des  grands  tunnels.  Juin,  ï,  801. 

Indieateur  (Essais  à  T),  sur  des  locomotives,  Décembre,  II,  828. 

Industrie  minérale  en  Belgique,  Août,  II,  235. 

Inifënieurs  (Travaux  des  Sociétés  d'),  Janvier,  I,  108. 

liamlnolrs  (Machines  de),  Octobre,  II,  511. 

lioeoniotives  Decapo(f,  Avril,  I,  579; —  (Tiroirs  équilibrés  pour', 
Juin,I,  799;  —  employées  aux  travaux  du  tunnel  de  TArlberg,  Août. 
II,  228  ;  —  (Essais  à  Tindicateur  sur  dos),  Décembre,  II,  828. 

Haelilnes  à  air  chaud.  Février,  I,  265;  —  marine  (Expériences  do 
consommation  sur  une).  Février,  I,  258;  Mars,  I,  455;  —  élévatoi- 
res  américaines,  Mai,  I,  689;  —  à  deux  cylindres  (Observations  sur 
le  fonctionnement  des).  Août,  II,  238  ;  —  de  laminoii'S,  Octobre,  H, 
511. 

métrique  (Le  système)  aux  États-Unis,  Mai,  I,  695:  —  (Le  systèmf^) 
et  ses  adversaires.  Septembre,  II,  357. 

moteurs  à  gaz,  Novembre,  ÏI,  674. 

MaTiiratioii  sur  les  lacs  des  États-Unis,  Janvier,  I,  112;  —  (Compa- 
gnie de)  Péninsulaire  et  Orientale,  Novembre  II,  672. 

HTavires  à  vapeur  (Les  grands).  Juin,  I,  803. 


—  8S9  — 

Observations  sur  le  fonctionnement  des  machines  à  deux  cylindres, 
Août,  II,  238. 

Origine  du  mot  tramway,  Mars,  I,  464. 

Patentes  en  Angleterre,  Juillet,  II,  16i. 

Phare  électrique  transportable,  Juin,  I,  79". 

Pétrole  en  Amérique,  Juillet,  II,  103. 

Pont  de  Brooklyn  (Tramway  du),  Février,  I,  271;  —  à  bascule  à 
Rotterdam,  Novembre,  II,  669. 

Port  d'Anvers  (UEscaut  et  le).  Mai,  I,  69i. 

Prix  Fourneyron,  Décembre,  II,  832. 

Produetlon  du  zinc  en  Espagne,  Mai,  I,  606  ;  —  dos  fors  et  aciers 
en  Allemagne,  Juin,  I,  805. 

Pyromètre  calorimètre.  Novembre,  II,  678. 

Rails  (Usure  des),  avril,  I,  574;  —  (Utilisation  dos  vieux)  d'acier. 
Octobre,  II,  316. 

Rësistanee  au  feu  des  colonnes  en  fonte.  Juin,  I,  803  ;  —  de  la  glace. 
Octobre,  II,  317. 

lious-prodults  de  la  fabrication  du  coke.  Septembre,  II,  337. 

Système  métrique  (Le)  aux  États-Unis,  Mai,  1,  693;  —  (Le)  et  ses 
adversaires,  Septembre,  II,  337. 

Tèlëi^rapltes  aux  États-Unis,  Juillet,  II,  163. 

Tiroirs  équilibrés  pour  locomotives.  Juin,  I,  799. 

Touace  (le),  JuiUet,  II,  163. 

Traetlon  électrique  (Chemin  de  fer  à),  Avril,  I,  376. 

Trafle  du  Canal  de  l'Krié,  Avril,  I,  374  ;  —  du  Gothard.  Mai,  I,  693. 

Trains  (Vitesse  des)  de  chemins  de  fer,  Février,  I,  270. 

Tramiiray  du  pont  de  Brooklyn,  Février,  1,271  ;  —  (Origine  du  mot;. 
Mars,  I,  464;  —  (Frein  restituteur  pour).  Juillet,  II,  138  ;  —  (Trans- 
port dans  Paris  par  omnibus  et),  Novembre,  II,  679. 

Transports  à  bon  marché,  Février,  I,  269;  —  dans  Paris  par  omni- 
bus et  tramways.  Novembre,  11,679. 

Travail  développé  par  Thomme  pondant  un  court  espace  de  temps, 
Mai,  I,  697. 

Travaux  des  Sociétés  d'Ingénieurs,  Janvier,  I,  108  ;  —  du  tunnel 
de  TArlberg  (Locomotives  employées  aux),  Août,  II,  228. 

Trevithlek  (Richard),  Janvier,  I,  109. 

Tunnel  (agrandissement  d'un).  Janvier,  I,  111  ;  —  (Forces  motrices 
hydrauliques  pour  le  percement  des  grands).  Juin,  I,  801  ;  —  (Loco- 
motives employées  aux  travaux  du)  do  l'Alborg,  Août,  II,  228. 

Usure  des  rails,  Avril,  I,  574. 

Utilisation  des  vieux  rails  d'acier.  Octobre,  II,  516. 

Vitesse  des  trains  de  chemins  de  fer,  Février,  I,  270. 

ZIne  (Production  du)  en  Espagne,  Mai,  I,  696. 


TABLE  DES  MATIERES 


DEUXIÈME  SEMESTRE.  -  ANNÉE  1885 


Appareils  dynanométriques  applicables  aux  Machines  ma- 
rines (grands).  Note  de  M.  Daniel  Golladon  sur  ses  appareils  et  sur 

ceux  de  M.  Auguste  Taurines,  lue  par  M.  A.  Mallet 374 

Lettre  de  M.  de  Cossigny  au  sujet  de  cette  lecture 540 

Appareil  élévatoire  de  SO"",  avec  chariot  transbordeur,  Com- 
munication et  mémoire  de  M.  A.  Bonnet 200  et  209 

Remarques  de  MM.  Forest,  Badois  et  A.  Quéruel,  sur  la  communi- 
cation pi-écédente 207 

Assainissement  de  Toulon  (Àvant^Projet  de  M.  ^Ingénieur  en  chef 
Dyrion),  Communication  et  note  de  M.  Allred   Hauet .....  547  et  76(5 

Bateau  à  Hélice  mobile  {système  Edmond  Boy),  compte  rendu  d*ex- 
périences  et  considérations  générales  sur  la  Navigation  intérieure,  par 

M.  Edmond  Roy 186 

Observations  de  MM.  A.  Quéruel,  Carimantrand  et  Edmond  Roy,  sur  la 

communication  précédente 196 

Lettre  de  M.  W.  Nordling,  relative  au  même  sujet 391 

Calcul  des  Poutres  continues  {méthode  générale  analytique  et  méthode 
graphique),  mémoire  par  M.  Bertrand  de  Fontviolant 255 

Catastrophe  de  Chancelade,  notes  de  M.  Durupt  (sur  la) .  .  .  550  et  563 
Observations  de  MM.  de  Comberousse,  Badois  et  Grûner  sur  la  première 

note  de  M.  Durupt 553 

Souscription  spontanée  des  membres  de  la  Société  jmur  les  victimes 
de  cette  catastrophe 756 

Chemin  de  fer  de  Saint-Étienne  à  Lyon,  lettre  de  M.  A.  Léger 
(sur  les  Origines  du),  et  remanjue  de  M.  de  Comberousse  à  ce  sujet  .      392 

Chemin  de  1er  Métropolitain,  letties  de  M.  Haag  et  de  M.  Jules 
Garnier,  relatives  à  leui-s  projets  respectils  (de) 181  et  538 

Cinquantenaire  (de  l'Etablissement  du  chemin  de  fer  de  Saint-Germain 
et  du  Réseau  français),  paroles  de  M.  de  Comberousse .        27 

Congrès  métallurgique  et  géologique,  tenu  à  Budapest  ....      179 

Congrès  des  Sociétés  savantes  à  la  Sorbonne,  en  1886.  Circu- 


—  862  — 

laiie  de   M.   lo   MiiûsU'o  dv   l'Instruction  publique  el  prognunmc*  du 
Congrès 819 

Convention  internationale  pour  la  protection  de  la  propriété 
industrielle  : 

NoU*  de  M.  Edouard  Simon 4Î8 

Communication  H  note  de  MM.  Cli.  Assi  el  L.  Genès 43 i  et  489 

Observations  préscnlée.s  sur  le  nièine  sujet  par  MM.  Casalonpi, 
Albert  Caheii,  Armengaud,  Mardelet,  Edouard  Simon,  Cli.  Asm 
et  L.  Gtmès 444,  537  et  550 

Décès  :  MM.  Henri  Tresca,  Giraudeau,  Grieunaai'd,  Louis  Pai-ent, 
Bougùre,  Jean  Fleurv,  Virtor  Forquenot,  Mesmer,  CÀ>urnerie,  Parlier, 
Sehalier,  Hermann-Lachapelle.  Andeiiel,  Sordoillet  (*),  Husquin  de 
Rliéville  lils  (altaclié  au  secrétariat  de  la  Société).  9,  U).  t79,  373,  538  el  566 

Décorations  françaises  : 

CoMMANDECR  DE  LA  LÉGION  d'Honneur  :  M.  A.  KonuB 422 

Officier  de  la  Légion  d'Honneur  :  M.  ApiHTt 179 

Chevaliers  de  la  Légion  d'Honneur  :  MM.  V.  Conlaniin,  A.  MalitM. 

Léon  Francq,  E.  Cacheux,  Ernesl  Herscher,  Morel :25etl79 

Officier  DF.  l'Instruction  publique:  M.  Richou 557 

Officiers  d'Académie  :  MM.  Edmond  Michaud.  Guigon  be>   ....      557 

Décorations  étrangères  : 

Ordre  de  François- Joseph  :  Ciiev aller.  M.  F.  Bômrhes il 

Ordre  de  la  Couronne  de  fer  d* Autriche  :  ClievaJier,  M.  Pasquier  ...  25 

Ordre  cte  LeopoW  :  Officier  :  M.  Greiner 755 

Chevaliers:  MM.  Ch.  Bourdon  et  DoîU.   .   .   .  373  el  538 

Ordre  de  Charles  III  d*Esj)agne:  C\u*\i\ïivi\  M.  Decau ville 557 

Ordre  du  Sauveur  de  Grèce  :  Chevalier,  M.  Pasquier 25 

Ordre  du  Cambodge:  Officier,  M.  Adolphe  Violet 373 

Ordre  impérial  de  l'Osmanié  :  Commandeur,  M.  Letalle 373 

Ordre  du  Nicham  :  OfTicier,  M.  Vernes Mi) 

Distribution  de  la  force  motrice  à  domicile  au  moyen  de 
l'air  raréfié,  observations  techni(|ues  présentées  par  M.  Piarron  de 
Mondésir,  à  propos  du  mémoire  de  M.   L.    Boudenoot  et  de    la  lettre 

de  M.  Mékarski o7i  el  771 

Lettre  de  M.  Mékai*ski  sur  le  même  sujet 575 

Dynamomètres  de  traction  et  de  rotation,  lettre  de  M.  J.  de 

Cossigny   sur  les  appareils   d(»  M.  Auguste  Taurines 18.3 

Observations  de  M.  A.  Malle l  sur  la  lettre  précédente 185 

Économiste  pratique  (F),  note  de  M.  G.  Anthoni  sur  l'ouvrage  de 
M.  E.  Cacheux  (intitulé) m 

Élection  des  membres  du  Bureau  et  du  Comité,  pour  Tan- 
née 1886  7r»5 

Érection  d'une  statue  à  Denis  Papin«  dans  la  cour  d'honneur  du 
Con«Tvatoire  des  Arls  et  Métiei-s.  Souscription  offici(»lle  de  la  Société.      755 

^*,  Le  décès  de  M.  Sordoillet, morl  à  Panama  en  novembre  1885,  n*a  pu  être  annoncé 
à  la  Société  qu'à  la  séance  du  8  janvier  1886. 


—  863  — 

Exposition  universelle  d'Anvers,  lettre  et  notes  do  M.  J.  Moran- 
dière  (sur  Y) 26  et    54 

Exposition  de  l'outillage  des  travaux  publics,  lettre  du  Syn- 
dicat des  Entrepreneurs  de  travaux  publics  de  France  (aQnon(;ant  T).      394 

Fondation  d'une  Société  nouvelle  d'Ingénieurs  et  d'indus- 
triels belges,  lettre  d*avis 180 

Forces  mutuelles  et  leurs  applications  aux  phénomènes 
mécaniques,  physiques  et  chimiques,  communication  et  mé- 
moire de  M.  P.  Bertliot  (sur  les) 544  et  588 

Hélices  propulsives  (Recherches  sur  la  œnslruction  théorique  des),  mé- 
moire de  M.  Duroy  de  Bruignac Vd 

Observation  de  M.  A.  Quéruel  sur  la  conmmnication  précédente  de 
M.  de  Bruignac  (séance  du  19  juin  188D),et  ré^wnse  de  M.  de  Brui- 
gnac   8 

Hôtel  des  Postes  de  Paris  fLenout7e/j,  communication  de  M.  Guadel 
sur  la  partie  esthétique  et  la  construction  proprement  dite;  communi- 
cation de  M.  A.  Bonnet  sur  l'organisation  et  le  service  mécanique  557  et  756 
Observation  de  M.  A.  Quéruel 760 

Langues  internationales  (Conférences sur  les),    par  MM.  E.  Maldant, 
A.  Kerckhofls. 
Discussion    :  l^LM.  £.  Maldant,  A.  Rerckboûs,  Brûll,  Casalonga,  le 
général  Tcheng-ki-Tong,  Auguste   Moreau ,   Gassaud,    Derennes, 
SaiUard,  Pesée,  Ch.  Cotard • 689 

La  Plata  (Les  intérêts  français,  au  point  de  vue  industriel  et  commer- 
cial, dans  les  pays  de),  communication    de  M.  A.  Potel 36 

ObscTvation  de  M.  Seyrig  à  propos  de  cette  communication 52 

L^gs  Fusco,  rapport  présenté  par  M.  de  Comberoussi%  au  nom  du 
Comité,  sur  la  donation  faite  par  M™*  Fusco  à  la  Société 450 

Vole  de  l'Assemblée,  constituée  en  Assemblée  générale,  accoptimt  à 
runanimité,  œnformément  à  la  proposition  du  Comité,  le  Legs 
Fusco  sous  bénéfice  d'inventaire. 453 

Legs  Giffard  (Signature  du  Décret  autorisant  la  Société  à  entrer  en  pos- 
session du). 422 

Lettres  de  M.  Fabry,  piésident  de  l'Union  des  Ingénieurs  sortis  des 
écoles  de  Louvain  ;  de  M.  de  Mattliys,  président  de  l'Association  des 
Ingénieui's  sortis  des  écol(»s  de  Gand  ;  de  M.  G.  Cadolini,  président  du 
Collège  des  Ingénieurs  et  Architectes  de  Rome  au  sujet  du  décès  de 
M.  Henri  Tresca 9,  10  et    27 

Machine  à  vapeur  (Système  A.  Quéruel),  compte  rendu  [nxr  M.  A. 
Quéruel  des  essais  faits  sur  une  machine  à  vapeur  de  son  système, 

construite  par  M.  A.  Crespin 23  et  464 

Observation  de  M.  Douane  sur  ce  compte  rendu 24 

Machines  marines  à  l'Exposition  universelle  d'Anvers,  com- 
munication et  mémoire  de  M.  Jules  Gaudry  (sur  les) 548  et  626 

Membres  admis  (Nouveaux) 7,  178,  372  et  536 

Membre  honoraire  :  M.  H.  de  Matthys 541, 587 


--  864  — 

Moteurs  domestiques     (Nouveau   aystèmc  de),    coinniunication    de 

M.  Abel  Pifre ît 

Observations  de  MM.  Contauiiu  et  Edmond  Rov  sur  cette  coniniu- 
nication 16 

Pavage  en  côramite  (Nouveau),  note  i>ai'  M.  A.  Gouv> 454 

Ports  de  ooxnmerce  en  France  et  à  l'Étranger,  considérations 
générales  et  analyse  de  l'ouvrage  de  M.  Laroche,  ingénieur  en  chef 
des  ponts  et  chaussées,  {mr  M.  Charles  Cotard 365 

Obsèques  de  M.  Henri  Tresca,  pi*ésident  honoraire  : 
Discours  de  MM.  Maurice  Lévy,  A.  Laussedat,    Cauvet,    Haton  de   la 
Goupillière,  de  Comberousse,  Ix)uis  Passy  et  A.  Nobiot 130 

Remerciement  (Lettres  de)  à  la  Société  : 

De  M.  F.  Bômches • 10 

De  M.  F.  Reymond M 

Sautage   des  grosses  mines  (Emploi  de  la  dynamite  pour  le).  (X)ni- 

inunication  et  mémoire  de  M.  G.  (-erbelaud 578  et  1\H 

Observations  sur  la  comniunicuition  précédente,  par  MM.  (^halon, 
G.  Bianchi,  de  Cordemoy,  ('h.  (À)tani  et  G.  Orbelaud 580 

Situation  financière  de  la  Société  (Exposé  de  /aj,par  M.  G.  Loustau 
(Assemblée  générale  du  18  décembre) 76i 

Société  des  Ingénieurs  Civils  (Notice  sw  /aj,  parM.  A.-C.  Benoit- 
Duportail 806 

Table  des  matières  traitées  dans  la  chronique  de  1886  .  .      857 

Vases,  sables  et  graviers  (L*entratnement  et  le  transport  par  les 
Eaux  courantes  des),  analyste  par  M.  Auguste  Moreau  de  la  communi- 
cation faite  sur  ce  sujet,  par  M.  Vauthier,  au  Congrès  tenu  à  Biois  par 
l'Association  française  jKmr  Tavancement  des  Scienres iî» 

Voyage  de  la  Société  en  Belgique  : 

Exposé,  par  M.  de  (lomberousse,  de  la  partie   olUcielle  du  vo>uge.      395 
Compte  rendu,  par  M.  BrûU,  des  excursions  organisées  en  l'honneur 
de  la  Société  par  TAssociation  des  Ingénieurs  sortis  des  écoles  de 
Gand 400 

Compte  rendu,  par  M.  Auguste  Moreau,  comme  suppléant  dv  M.  Pt;- 
risse,  des  excursions  organisées  en  l'honneur  de  la  Société  iku* 
l'Association  des  Ingénieurs  sortis  des  écoles  de  Liè^e ill 


IVPQiaïKRlE  GBRTnALE  DBS  CHEMINS  DE  FEK.  —  IMPRIMERIE  CUAIX.  —  20,  RUE  BEROÊRB,  PARIS.  —  634o-6.